jeudi 10 novembre 2011

Dracula. Bram Stoker's Dracula. Saturn Award du Meilleur Film d'Horreur en 1993.

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Francis Ford Coppola. 1992. U.S.A. 2h08. Avec Gary Oldman, Winona Ryder, Anthony Hopkins, Keanu Reeves, Richard E. Grant, Cary Elwes, Bill Campbell, Sadie Frost, Tom Waits, Monica Bellucci, Michaela Bercu.

Sortie en salles en France le 13 Janvier 1993. U.S: 13 Novembre 1992.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Francis Ford Coppola est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 7 Avril 1939. 1963: Dementia 13. 1966: Big Boy. 1968: La Vallée du Bonheur. 1969: Les Gens de la pluie. 1972: Le Parrain. 1974: Conversation Secrète. Le parrain 2. 1979: Apocalypse Now. 1982: Coup de coeur. 1983: Outsiders. Rusty James. 1984: Cotton Club. 1986: Peggy Sue s'est mariée. 1987: Jardins de Pierre. 1988: Tucker. 1989: New-York Stories. 1990: Le Parrain 3. 1992: Dracula. 1996: Jack. 1997: L'Idéaliste. 2007: l'Homme sans âge. 2009: Tetro. 2011: Twixt.


Enorme succès Ă  sa sortie en salles si bien qu'il engrangea au total 215 862 692 dollars Ă  travers le monde, Dracula fut en 1992 un Ă©vènement cinĂ©matographique quand on sait que derrière cet ambitieux projet Francis Ford Coppola s'est portĂ© garant Ă  Ă©chafauder sa propre version du mythe. RĂ©unissant des tĂŞtes d'affiche de prestige et des moyens importants pour remanier la destinĂ©e immortelle du plus cĂ©lèbre des vampires, cette version inscrite dans un classicisme flamboyant se pare d'un romantisme dĂ©senchantĂ©.   

Le Pitch: En 1462, en Transylvanie, le comte Vlad Dracul s'engage dans une offensive contre les Turcs alors que sa femme Elizabeta l'attend impatiemment dans son château. Après l'achèvement d'une cruelle bataille sanglante, son Ă©pouse reçoit une lettre lui indiquant que son amant est mort au champ d'honneur. DĂ©sespĂ©rĂ©e et anĂ©antie par le chagrin, elle dĂ©cide de se suicider en se jetant du haut d'un fleuve. Ayant survĂ©cu Ă  la guerre, le comte revient dans sa demeure pour apprendre la terrible nouvelle. Fou de haine et de douleur, il dĂ©cide de renier Dieu et ses sbires pour s'adonner vers les forces occultes et rĂ©clamer ainsi vengeance pour la mort inĂ©quitable de son idylle. Quatre siècles plus tard, Jonathan Harker, clerc de notaire est invitĂ© Ă  quitter Londres pour se rendre en Transylvanie dans la demeure de Dracula. En effet, le comte est intĂ©ressĂ© Ă  racheter l'abbaye de Carfax. Au moment de leur rencontre, le maĂ®tre des tĂ©nèbres entrevoit le portrait de la fiancĂ©e de Jonathan, Mina. FrappĂ© de stupeur par sa beautĂ© lascive, il reconnait en elle le parfait sosie de son ancienne Ă©pouse. Il dĂ©cide de partir Ă  Londres pour la retrouver après avoir tendu un traquenard Ă  Jonathan Harker en invoquant ses princesses de la nuit avides de sang frais. 


Enième version d'un des archĂ©types les plus inaltĂ©rables du cinĂ©ma d'Ă©pouvante, Dracula s'alloue d'un Ă©clat nouveau sous la camĂ©ra virtuose de Francis Ford Coppola. CinĂ©aste notoire cumulant les rĂ©ussites les plus novatrices de ces dernières dĂ©cennies, cette rĂ©actualisation du fameux vampire des Carpathes apporte son originalitĂ© et alimente un nouvel intĂ©rĂŞt dans un romantisme Ă©perdu baignĂ© de flamboyance gothique. Un parti-pris formel privilĂ©giĂ© de somptueux dĂ©cors ainsi qu'une photo saturĂ©e de pourpre et carmin. La musique orchestrale composĂ©e par Wojciech Kilar s'accordant de violons sombres et raffinĂ©s, les costumes baroques resplendissant par leur aspect Ă©litiste (surtout pour les personnages tĂ©nĂ©breux) et les effets-spĂ©ciaux artisanaux Ă©tant confectionnĂ©s avec rigueur (exit donc la modernitĂ© des effets numĂ©riques que Coppola rĂ©futa avant l'entreprise du tournage). La mise en scène inventive du rĂ©alisateur multiplie les angles de vue alambiquĂ©s, les cadrages affinant l'Ă©tendue des vastes paysages gothiques ainsi qu'une poĂ©sie florissante Ă©manant d'une imagerie fantasmagorique. Au passage, un bel hommage est rendu au cinĂ©matographe en pleine ascension victorienne alors qu'au mĂŞme moment sortit le roman de Bram Stoker. Les comĂ©diens sont plutĂ´t adroitement sĂ©lectionnĂ©s pour nous enivrer dans une aventure horrifique Ă©maillĂ©e de pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques mais surtout d'aigre romance caractĂ©risĂ©e par le couple Dracula / Mina. Nos amants maudits Ă©tant remarquablement endossĂ©s par l'excellent Gary Oldman en noble vampire lamentĂ© d'un amour Ă©perdu, et la radieuse Winona Ryder, rĂ©incarnation de sa maĂ®tresse immolĂ©e, destinĂ©e Ă  sauver une âme malĂ©fique autrefois vouĂ©e Ă  Dieu. A eux deux, ils forment un duo ensorcelant dans leur relation fĂ©brile au souffle romanesque charnel. A nĂ©gliger toutefois dans une douce mesure le rĂ´le secondaire de l'amant bernĂ©, Keanu Reeves, semblant ici transparent car peu Ă  l'aise pour exacerber son amour et son empathie envers sa compagne tributaire du prince des tĂ©nèbres.


Une touche d'érotisme est également soulignée durant le cheminement narratif, tel ce livre pornographique que Mina feuillette timidement avec une curiosité fascinée, alors que sa comparse Lucie est plutôt dévergondée à suggérer les positions sexuelles les plus débridées. Enfin, le charme ardent émanant des maîtresses de la nuit dévêtues dans un lit de soie, enlaçant à elles trois de manière torride un Jonathan Harker transi d'excitation, fait sans doute parti des moments les plus vénéneux du film. Parfois, certaines séquences horrifiques surprennent par leur tonalité cruelle comme ce bébé en pleurs offert en sacrifice pour les trois princesses des ténèbres. Il y a aussi cette splendide séquence où nos héros attendent patiemment l'arrivée de Lucie dans la chapelle, alors que la morte devenue vampirisée porte en ses bras un enfant pour s'apprêter à le dévorer avant de s'engouffrer dans son caveau familial. Le final haletant s'octroie d'un caractère épique pour parachever une tragédie de désespoir et de romance. La force psychologique du récit est d'ailleurs d'avoir osé dénaturer le personnage maléfique de Dracula dans sa triste destinée d'amour meurtri. Alors que sa nouvelle compagne réincarnée en la personne de Mina était donc vouée à lui rendre la mise pour l'extraire du monde des ténèbres afin de le repentir à Dieu.

Liens d'amour et de sang
Spectacle grandiose dĂ©ployant un florilège de sĂ©quences aussi flamboyantes et Ă©purĂ©es que dantesques et Ă©chevelĂ©es, Dracula de Coppola tire son impact Ă©motionnel et son originalitĂ© par son rĂ©cit romanesque d'une beautĂ© funèbre lyrique. Le charme lascif de Mina, enlacĂ©e dans les bras d'un comte mĂ©lancolique rongĂ© de remord, nous entraĂ®nant dans un somptueux ballet onirique oĂą l'amour cathartique reste plus fort que tout.

Dédicace à Isabelle Rocton

*Bruno
10.11.11. .
15.08.23. 4èx

Récompenses: Oscar du Meilleur Montage sonore, des Meilleures Costumes et du Meilleur Maquillage en 1992.
Saturn Awards du Meilleur film d'Horreur, du Meilleur Acteur pour Gary Oldman, du Meilleur Réalisateur, du Meilleur Scénario et des Meilleurs Costumes en 1993.


mardi 8 novembre 2011

Portier de Nuit / Il portiere di notte

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Liliana Cavani. 1974. Italie/France. 1h58. Avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Philippe Leroy, Gabriele Ferzetti, Giuseppe Addobbati, Isa Miranda, Nino Bignamini, Marino Masé, Amedeo Amodio, Piero Vida.

Sortie en salles en France le 3 Avril 1974 (Int - 18 ans). U.S: 1 Octobre 1974

FILMOGRAPHIE: Liliana Cavani est une réalisatrice italienne, née le 12 Janvier 1933 à Carpi (Emilie-Romagne). 1966: Francesco d'Assisi. 1968: Galileo. 1969: Les Cannibales. 1972: l'Ospite. 1974: Milarepa. Portier de Nuit. 1977: Au-dela du bien et du mal. 1981: La Peau. 1982: Derrière la porte. 1985: Berlin Affair. 1989: Francesco. 1992: La Traviata. 1993: Sans pouvoir le dire. 2002: Ripley s'amuse. 2005: De Gasperi, l'uomo della speranza. 2008: Einstein (téléfilm).


Un chef-d'oeuvre maudit profondément scabreux dont les images incongrues, difficilement acceptables, laissent d'inévitables traces de par la force de la mise en scène, son fascinant climat mélancolique et du jeu transi des acteurs damnés.

Oeuvre polĂ©mique Ă  sa sortie, rarement diffusĂ©e en salles ou Ă  la T.V, classĂ© X aux Etats-Unis, Portier de Nuit est une oeuvre sulfureuse et dĂ©rangeante sur l'amour interdit d'amants compromis. Si bien qu'un parfum de scandale s'esquisse autour de la relation sadomaso d'un ancien tortionnaire nazi et de sa maĂ®tresse dĂ©portĂ©e juive toujours aussi fascinĂ©e par leurs plaisirs Ă©hontĂ©s. A moins que celle-ci ne soit finalement victime du syndrome de Stockholm (voire mĂŞme manipulatrice ?) au sein d'un huis-clos intimiste en dĂ©liquescence physique et morale. 

Le pitchA Vienne, en 1957, Max travaille comme portier de nuit dans un grand hĂ´tel. Un jour, il reconnait son ancienne maĂ®tresse aujourd'hui mariĂ©e Ă  un chef d'orchestre d'opĂ©ra. Leur relation amoureuse Ă©tait prĂ©alablement Ă©tablie sous le rĂ©gime nazi au moment oĂą Lucia fut envoyĂ©e dans un camp de concentration. Aujourd'hui, ils dĂ©cident de renouer leur lien passionnel mais des officiers nazis, anciens compatriotes de Max, manifestent leur inquiĂ©tude face Ă  ce tĂ©moin capital potentiellement capable de les dĂ©noncer pour leurs antĂ©cĂ©dentes exactions. 

ConsidĂ©rĂ© comme le chef-d'oeuvre baroque de sa carrière plutĂ´t politique, la rĂ©alisatrice Liliana Cavani  dĂ©peint avec verdeur et rĂ©alisme clinique le portrait d'un couple en rĂ©conciliation après avoir entretenu une relation passionnelle durant le règne despotiste du 3è Reich. Alors qu'il fut officier nazi chargĂ© d'envoyer Ă  la mort des milliers de juifs parquĂ©s dans les camps de concentration, Max tomba subitement amoureux d'une jeune dĂ©portĂ©e juive du nom de Lucia. D'abord rĂ©ticente et pĂ©trifiĂ©e pour l'objet de soumission qu'elle reprĂ©sente, la jeune fille se laisse peu Ă  peu entraĂ®ner dans une relation masochiste alors que le gĂ©nocide de son peuple est en pleine expansion. Quelques annĂ©es plus tard, ils se retrouvent par hasard d'une reprĂ©sentation théâtrale dans laquelle le mari de Lucia est chef d'orchestre renommĂ©.


De prime abord fuyante et angoissĂ©e de retrouver son prĂ©cĂ©dant amant tortionnaire, la jeune femme se laisse attendrir par ses pulsions sexuelles refoulĂ©es, faute d'une romance fusionnelle indocile afin de renouer avec leur relation torturĂ©e d'humiliations, de châtiments et d'amour extraverti. Ainsi donc, dans une photographie blafarde illustrant avec froideur un climat austère renforçant son caractère trouble, dĂ©rangĂ©, assez antipathique, Liliana cavani nous entraĂ®ne dans une impossible histoire d'amour auquel deux amants torturĂ©s de culpabilitĂ© souhaitent malgrĂ© tout vivre jusqu'au bout leur dĂ©sir sulfureux d'un rapport autodestructeur. Ainsi, en confrontant cette audacieuse romance galvaudĂ©e du spectre tyrannique du nazisme, la rĂ©alisatrice Ă©tablie un parallèle malsain pour notre sentiment interne face Ă  la fascination / rĂ©pulsion du Mal. Comme si Lucia, martyrisĂ©e d'un gouvernement dictatorial souhaitait amorcer cette relation putanesque Ă  travers une sexualitĂ© sadique oscillant jouissance et douleur afin de fuir, omettre inconsciemment l'agonie de milliers de juifs sacrifiĂ©s dans des conditions infâmes. Dans le rĂ´les des amants maudits, Dirk Bogarde impressionne fortement auprès d'une force d'expression bicĂ©phale puisque contenue ou autrement furibonde Ă  travers sa prestance dĂ©loyale d'ancien tortionnaire SS Ă©pris d'amour fou pour une jeune juive fascinĂ©e par ses rapports de soumission. Pour la prĂ©sence meurtrie et ambiguĂ« de Lucia, Charlotte Rampling hypnotise l'Ă©cran face Ă  son regard fĂ©lin particulièrement veloutĂ©, son attachement irrĂ©sistible auprès des actes abusifs de Max, formant ainsi Ă  eux deux les amants maudits d'une idylle incongrue. 


Déshonneur du désordre amoureux.
Superbement mis en scène sans esbroufe car renforcĂ© d'une sobriĂ©tĂ© autonome de la part de sa rĂ©alisatrice particulièrement affirmĂ©e, Portier de Nuit demeure un fascinant poème noir sur le destin de ces amants fous dĂ©terminĂ©s Ă  fuir leur sinistre existence Ă  travers les liens de l'Ă©panouissement amoureux. TranscendĂ© du jeu rĂ©aliste des comĂ©diens se livrant corps et âme face Ă  une camĂ©ra introspective, ce drame d'amour nĂ©crosĂ© dĂ©gage un parfum de souffre aussi malsain qu'Ă©trangement beau (si je peux me permettre d'une certaine manière). Tout du moins d'une beautĂ© mĂ©lancolique. Ainsi, il en rĂ©sulte une oeuvre austère Ă  la fois Ă©touffante, fragile, hallucinĂ©e, abstraite, renfrognĂ©e, malaisante sous l'impulsion d'acteurs transis d'Ă©moi. MĂŞme si Ă©videmment leurs personnages plus vrais que nature Ă  l'Ă©cran ne cessent de nous Ă©voquer la perplexitĂ©, l'interrogation, la commotion, voire la timide empathie Ă  travers leur culpabilitĂ© (impardonnable ?) d'une emprise dĂ©lĂ©tère anti-manichĂ©enne. Un film malade en somme (difficile Ă  digĂ©rer donc) qui reste (inĂ©vitablement) entaillĂ© en notre mĂ©moire, ad vitam aeternam. 
Pour Public Averti.

*Bruno
08.11.11
15.09.22
25.10.24. Vostfr

lundi 7 novembre 2011

L'Enfer des Zombies / Zombie 2 / Zombie Flesh Eaters

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lucio Fulci. 1979. Italie. 1h31. Avec Tisa Farrow, Ian McCulloch, Richard Johnson, Al Cliver, Auretta Gay, Stefania d'Amario, Olga Karlatos.

Sortie salles France: 13 Février 1980. Italie: 25 Août 1979. U.S: 18 Juillet 1980

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


"L'Ă®le aux morts : fièvre tropicale et pourriture vaudoue". 
Un an après le succès planĂ©taire de Zombie de Romero, Lucio Fulci est chargĂ© de concurrencer les AmĂ©ricains en livrant sa propre vision du mythe, teintĂ©e d’exotisme. Le producteur Fabrizio De Angelis le contacte sur les recommandations d’Enzo G. Castellari, d’abord pressenti pour exploiter ce filon lucratif. D’après un scĂ©nario de Dardano Sacchetti, l’intrigue est lĂ©gèrement remaniĂ©e pour suggĂ©rer une filiation avec le chef-d’Ĺ“uvre de Romero. MalgrĂ© une sortie expurgĂ©e de ses effets les plus sanglants, le film rencontre un immense succès mondial, et la notoriĂ©tĂ© de Fulci s'impose durablement dans l’Hexagone. En Italie, L’Enfer des Zombies sort sous le titre fallacieux de Zombi 2, faisant croire Ă  une prĂ©quelle imaginaire.

Pitch: Un bateau fantĂ´me Ă©choue sur le port de New York. Deux policiers montent Ă  bord. L’un d’eux est aussitĂ´t agressĂ© par un colosse monstrueux qui lui arrache la jugulaire. Peu après, la fille du propriĂ©taire de l’embarcation, interrogĂ©e par la police, se rend sur l’Ă®le de Matoul pour retrouver son père disparu.

 
Premier volet d’une quadrilogie fondĂ©e sur la mythologie du mort-vivant, L’Enfer des Zombies suscite aussitĂ´t l’effroi lors d’un prologue cinglant restĂ© gravĂ© dans les mĂ©moires : dans les entrailles d’un yacht, deux flics font face Ă  l’apparition insensĂ©e d’un zombie mastard, dĂ©voreur de chair. Fulci exacerbe le choc avec une gorge arrachĂ©e, effet gore minutieux concoctĂ© par Gianetto De Rossi, tandis que la physionomie du monstre — amas de chair terreuse, pourrie — affirme dĂ©jĂ  la patte fulcienne. EntourĂ© de ses fidèles (Frizzi, De Rossi, Sacchetti), le rĂ©alisateur impose un style baroque, fiĂ©vreusement latin.

Ă€ partir d’un scĂ©nario simpliste, Fulci opère un retour aux sources du zombie vaudou, ancrant son rĂ©cit dans un dĂ©cor insulaire baignĂ© de lumière et souillĂ© par la mort. Une atmosphère poĂ©tico-macabre s’installe, contrastant avec la beautĂ© solaire de la nature tropicale. Comme ce crustacĂ© s’Ă©chappant sur la poussière d’un village dĂ©sertĂ©, tandis qu’en arrière-plan une silhouette putride dĂ©ambule vers nous. Fulci transcende la futilitĂ© narrative par une mise en scène sensorielle, dĂ©lĂ©tère, nourrie d’un environnement fantasmagorico-baroque. La peur latente s’infiltre dans chaque recoin de l’Ă®le de Matoul : salle de bain, chapelle en ruine, baraque en bois transformĂ©e en hospice... Tout respire la fièvre, la sueur, l’agonie.

Ă€ la diffĂ©rence des zombies romerien, ceux de Fulci sont de vĂ©ritables charognes spumeuses, suintant la puanteur. Leurs corps, rongĂ©s de vers, errent lentement, comme hypnotisĂ©s. Dans le dortoir des malades, recouverts de draps infectĂ©s de sueur et de sang, la mort plane — dans l’air chaud et poisseux que survolent des mouches insolentes.

Par intermittence, Fulci orchestre des pĂ©ripĂ©ties tragiques avec une brutalitĂ© frontale. Impossible d’oublier la mort de Paola MĂ©nard (Olga Karlatos, Ă  la beautĂ© mĂ©diterranĂ©enne), sĂ©questrĂ©e dans sa salle de bain par un zombie voyeur. Une Ă©charde lui perfore l’Ĺ“il dans un plan-sĂ©quence anthologique, zoomĂ©, sans coupe — bestial, implacable. Fulci ose aussi l’irrĂ©el : une scène sous-marine oĂą Susan, partie plonger, est menacĂ©e Ă  la fois par un requin et un zombie spectral. Un duel improbable Ă©clate entre les deux prĂ©dateurs, tableau surrĂ©el d’un monde en bascule. Plus loin, dans le cimetière des conquistadors, des morts Ă©mergent lentement de leurs tombes ; l’un d’eux se jette sur Susan pour lui dĂ©chirer la gorge. Et le final, prĂ©cipitĂ© dans l’action, laisse exploser une apocalypse insulaire, oĂą les zombies surgissent en masse, engloutissant le jour dans l’opacitĂ©.

La mise en scène, portĂ©e par une Ă©quipe d’orfèvres du macabre, serait incomplète sans la partition funèbre et entĂŞtante de Fabio Frizzi. Le compositeur signe un score poisseux, d’une lenteur obsĂ©dante, martelant une ambiance exotico-macabre, presque olfactive.

 
Quarante ans après, ce chef-d’Ĺ“uvre transalpin conserve intact son pouvoir de fascination morbide, son souffle moite, son horreur sourde. On fermera les yeux sur la direction d’acteurs bancale — l’un des points faibles rĂ©currents chez Fulci — tant le charisme brut de certaines trognes secondaires (Richard Johnson en tĂŞte) rattrape l’essentiel. Et l’essentiel, c’est cette alchimie unique, ce cauchemar sur pellicule qui provoque une peur viscĂ©rale, dĂ©clenchĂ©e par un climat insulaire fiĂ©vreux, jusqu’Ă  cette ultime image, prophĂ©tique, annonciatrice d’une apocalypse mondiale — Ă©cho hallucinĂ© aux zombies politisĂ©s de Romero.

Dédicace à Fabio Frizzi.

*Bruno
07.11.11. 6èx.

Bande-annonce française
Oh ! Vous m'entendez ? Est-ce qu'il y a quelqu'un Ă  bord ?
On dirait qu'il est abandonné !
Si tu bouges j'te flingue ! Reste ou tu es !
Oui, c'est bien le voilier de mon père. Et ou se trouve t-il pour l'instant ?
Nous voulons nous rendre à Mattool, nous sommes à la recherche de son père, les dernières nouvelles venaient de la-bas.
Mattool ! C'est une île que tout le monde évite. On dit qu'elle est maudite.
Mais de quelle maladie est mort mon père ? Quel est donc le secret de cette île ?
Dites moi ! Qu'est ce que c'est que cette histoire de morts qui reviennent Ă  la vie et que l'on doit tuer une seconde fois ?
Il circule sur cette île de fantastiques légendes. Légendes de Vaudou et de Zombies.
Quand la terre recrachera ses morts, tu vivras l'horreur de tes pĂŞchers.
J'ai peur tu sais, j'ai peur que l'on ne puissse jamais quitter l'île.
Docteur ! Les morts reviennent à la vie ! Ils envahissent l'île.

A lire également, l'excellente critique de Leatherfacehttp://deadstillalive.canalblog.com/archives/2011/09/07/21903753.html



vendredi 4 novembre 2011

Kidnapped / Secuestrados. Mélies d'Argent à Espoo Ciné.


de Miguel Angel Vivas. 2010. Espagne. 1h22. Avec Guillermo Barrientos, Dritan Biba, Fernando Cayo, Cesar Diaz, Martijn Kuiper, Manuela Velles, Ana Wagener, Xoel Yanez.

Récompenses: Mélies d'Argent à Espoo Ciné.
Meilleur film, Meilleur Réalisateur au Fantastic Film Fest 2010.

FILMOGRAPHIE: Miguel Angel Vivas est un réalisateur, scénariste et acteur espagnol.
1998: Tesoro (court-métrage). 2002: El hombre del saco (court-métrage). 2002: Reflejos (réflections). 2003: I'll See you in my Dreams (court-métrage). 2010: Kidnapped


SĂ©lectionnĂ© au festival de Strasbourg 2011, Ă  Sitges 2010 et rĂ©compensĂ© du Meilleur Film et Meilleur RĂ©alisateur au Fantastic Fest 2010, Kidnapped est le second long-mĂ©trage d'un rĂ©alisateur espagnol dĂ©jĂ  multi-rĂ©compensĂ© auprès de courts-mĂ©trages. Mais rien ne semblait prĂ©sager l'Ă©motion traumatique qu'allait engendrer cet Ă©lectro-choc dĂ©nonçant avec rigueur le phĂ©nomène inquiĂ©tant de la violence urbaine sur le territoire ibĂ©rique: l'"enlèvement express". A savoir, kidnapper avec une extrĂŞme violence une famille lambda en un minimum de temps afin de leur soutirer de l'argent. 

Le Pitch: A Madrid, une famille aisĂ©e installĂ©e dans leur nouvelle demeure est victime de l'intrusion de trois individus cagoulĂ©s. LigotĂ©s et menacĂ©s de mort, les parents ainsi que leur fille sont contraints de leur divulguer leur numĂ©ro de carte bancaire pour les monnayer. C'est le dĂ©but d'une nuit de cauchemar auquel personne ne sortira indemne. 
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En tablant sur un canevas Ă©culĂ© mainte fois adaptĂ© au cinĂ©ma de genre (la Rançon de la peur, les Chiens de paille, la Maison des Otages, la Dernière Maison sur la gauche et plus rĂ©cemment The Strangers), Kidnapped exploite le fameux filon du "home invasion", huis-clos dĂ©diĂ© Ă  l'efficacitĂ© d'un suspense exponentiel chez une famille lambda sĂ©questrĂ©e par des malfrats sans vergogne. Le prĂ©ambule persuasif dans sa verdeur acerbe car illustrant un individu ligotĂ© allongĂ© sur le sol, nous impressionne lorsque celui-ci suffoque faute d'un sac plastique sur la tĂŞte. Après avoir rĂ©ussi Ă  rejoindre une chaussĂ©e, une nouvelle estocade nous est assĂ©nĂ©e après que ce dernier composa un appel tĂ©lĂ©phonique pour avertir sa famille. Parmi la froideur d'une photo blafarde et d'une camĂ©ra agressive portĂ©e Ă  l'Ă©paule, l'ambiance oppressante s'insinue instinctivement auprès du spectateur dĂ©jĂ  averti que le cheminement narratif sera loin d'ĂŞtre une partie de plaisir. GĂ©nĂ©rique liminaire... Après nous avoir furtivement prĂ©sentĂ© le profil Ă©quilibrĂ© d'un couple de bourgeois et de leur adolescente venus emmĂ©nager dans leur nouvelle rĂ©sidence, le rĂ©alisateur Miguel Angel Vivas va droit au but de son sujet pour nous assĂ©ner de plein fouet l'irruption brutale de trois individus cagoulĂ©s, implacablement dĂ©terminĂ©s Ă  s'approprier du magot tant convoitĂ©. L'intensitĂ© de l'intrigue, c'est de nous immerger frontalement dans sa plus terrifiante et pĂ©nible quotidiennetĂ©. En effet, l'horreur perpĂ©trĂ©e n'est ici nullement surnaturelle ou gentiment frissonnante mais bien ancrĂ©e dans la paisible rationalitĂ© d'un cocon familial en interne de leur foyer. Et donc, quoi de plus terrifiant et de dĂ©stabilisant qu'un groupe d'assaillants venu s'introduire dans leur maison au pĂ©ril de la vie des propriĂ©taires ! L'identification du spectateur auprès de la famille lambda demeurant idoine quand bien mĂŞme l'interprĂ©tation spontanĂ©e des comĂ©diens insuffle une Ă©motion viscĂ©rale auprès de leur affliction psychologique. Qui plus est, la nationalitĂ© de ces derniers mĂ©connus dans l'hexagone nous permet de nous familiariser auprès de leur trogne triviale.


Ainsi, sans vouloir Ă©pater la galerie, le metteur en scène applique de manière rĂ©currente les critères du plan-sĂ©quence et du split screen (Ă©cran scindĂ© en deux pour suivre en temps direct deux actions simultanĂ©es) afin de mieux nous imprĂ©gner de l'ambiance incisive dĂ©coulant du viol de cet environnement familial. Le sentiment de terreur oppressante proprement insupportable assĂ©nĂ©e aux victimes serviles est exacerbĂ© d'un rĂ©alisme rugueux proche du documentaire. La famille sĂ©vèrement prise Ă  parti, perpĂ©tuellement menacĂ©e et molestĂ©e, se confinant dans un climat intolĂ©rable de dĂ©sespoir. Tant et si bien que le spectateur tĂ©moin de cet engrenage infernal de violence gratuite ne peut que subir, endurer ce que les victimes sont acculĂ©es d'admettre et de supporter. De prime abord et intelligemment, sa violence Ă  la fois acerbe et brutale prime avant tout sur la psychologie tourmentĂ©e, humiliĂ©e des personnages plutĂ´t que l'outrance dĂ©monstrative des sĂ©vices endurĂ©s. A l'exclusion d'un final eschatologique d'une barbarie insoutenable. De surcroĂ®t, les Ă©vènements drastiques et situations de danger encourus par nos protagonistes sont plutĂ´t lestement pensĂ©s, crĂ©dibles, sans fioriture alors que d'autres nouveaux intervenants de l'histoire iront s'interposer afin d'accentuer un suspense davantage Ă©prouvant pour la survie des innocents. Avec une maĂ®trise probante, Miguel Angel Vivas offusque donc le spectateur jusqu'au malaise tangible lors d'une descente aux enfers proprement jusqu'au-boutiste. En nous posant notamment la fatale question de savoir ce que nous ferions en pareille situation d'effraction ! Il dĂ©montre Ă©galement les risques irrĂ©versibles encourus du point de vue des malfrats vĂ©reux lorsqu'une situation Ă©chappe Ă  leur contrĂ´le. NĂ©anmoins, leur caractĂ©risation n'Ă©vite pas le stĂ©rĂ©otype envers un des antagonistes, un peu plus compatissant, rĂ©flĂ©chi, subitement conscient pour Ă©luder un nouveau dĂ©bordement meurtrier. Mais le rĂ©alisme sordide suintant de chaque situation intempestive et l'intensitĂ© imputĂ©e au climat de malaise transcendent finalement ce menu clichĂ©.


Les EnragĂ©s. 
Terrifiant au sens le plus viscĂ©ral, oppressant et tendu Ă  l'extrĂŞme jusqu'Ă  l'intolĂ©rable car y affichant un rĂ©alisme d'une brutalitĂ© escarpĂ©e, Kidnapped culmine dautant plus sa besogne vers un traumatisant bain de sang. Point d'orgue peut-ĂŞtre discutable pour son outrance en chaine mais relativement couillu et rejoignant pourtant le pessimisme de faits-divers tragiques qui inondent nos journaux TV. Sa tonalitĂ© alerte nous plongeant dans un tel sentiment de paranoĂŻa, d'inconfort, de dĂ©sarroi et de peur qu'on en sort extĂ©nuĂ©, mutique, dĂ©sarmĂ© surtout. ConcentrĂ© d'adrĂ©naline forcenĂ©e 1h20 durant, Kidnapped est un bad-trip discourtois Ă  rĂ©server Ă©videmment Ă  un public averti. 

*Bruno
01.10.24. 2èx. Vostfr
04.11.11


jeudi 3 novembre 2011

Le Sang du Vampire / Blood of the Vampire


de Henry Cass. 1958. Angleterre. 1h24. Avec Donald Wolfit, Vincent Ball, Barbara Shelley, Victor Maddern, William Devlin.

Sortie salles France: 27 Avril 1960. U.S: Octobre 1958.

FILMOGRAPHIE: Henry Cass est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur britannique nĂ© le 24 Juin 1902 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© en 1989. 1949: La Montagne de Verre. 1950: Jennifer. Vacances sur Ordonnance. 1951: Histoires de jeunes femmes. 1955: Windfall. No Smoking. 1956: Bond of Fear. 1957: Professor Tim. Booby Trap. 1958: Le Sang du Vampire. 1960: The Hand. 1965: Give a Dog of Bone. 1968: Happy Deathday.


La mĂŞme annĂ©e que la sortie du chef-d'oeuvre le Cauchemar de Dracula, le rĂ©alisateur anglais Henry Cass entreprend un film d'Ă©pouvante traitant du mĂŞme thème mais abordĂ© cette fois-ci d'un point de vue scientifique. Si bien que dans le Sang du Vampire, notre savant fou, accompagnĂ© de son traditionnel adjoint difforme, est contraint de rĂ©approvisionner son corps de sang humain en usant de transfusions sanguines. D'après un scĂ©nario de Jimmy Sangster (habituellement crĂ©ditĂ© Ă  l'Ă©curie Hammer) et produit par l'illustre duo Monty Berman / Robert S. Baker (l'Impasse aux Violences, Jack l'Eventreur), le Sang du Vampire dĂ©tonne par son ambiance malsaine dĂ©monstrative et son originalitĂ© Ă  renouveler le mythe du suceur de sang.

Synopsis: En Transylvanie, en 1874, un homme est exĂ©cutĂ© après avoir Ă©tĂ© accusĂ© de vampirisme. Son fidèle assistant rĂ©ussit cependant Ă  exhumer son corps avec l'aide d'un scientifique pour lui rendre la vie grâce Ă  une transplantation cardiaque. MalgrĂ© sa rĂ©surrection, l'homme qui avait ingĂ©rĂ© un sĂ©rum pour pouvoir rester en vie a subi une infection sanguine. Six ans plus tard, directeur d'un asile psychiatrique, il poursuit ses sinistres travaux avec la collaboration d'un mĂ©decin. 
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D'après un scĂ©nario de prime abord orthodoxe, Henry Cass rĂ©ussit avec une certaine audace Ă  dĂ©tourner le thème du vampire en quĂŞte de sang vierge pour le profil imparti au mythe du savant fou. Un scientifique contraint de pratiquer de multiples transfusions sanguines sur des cobayes humains au point de vidanger leur corps famĂ©lique. Le lieu baroque et sordide d'un asile psychiatrique surveillĂ© par des gardes et accompagnĂ©s de dobermans affamĂ©s, rĂ©ussit Ă  crĂ©er une ambiance inquiĂ©tante particulièrement tangible. La photographie criarde aux teintes jaunes sĂ©pia et au rouge pourpre accentue ce sentiment d'hostilitĂ© palpable jusque dans le laboratoire de Callistratus, environnement barbare suintant la mort putride des cadavres moribonds. L'efficacitĂ© du rĂ©cit s'Ă©tablit notamment auprès des rapports conflictuels d'un jeune mĂ©decin (leur relation houleuse ne manque pas de mordant dans leur divergence) contraint de subvenir Ă  un directeur utopiste en quĂŞte d'immortalitĂ©.  
Tandis que la prĂ©sence enjĂ´leuse de la charmante Barbara Hershey apporte un appui affectueux auprès de son amant vouĂ© au chantage. Il y a aussi l'assistant difforme Karl, endossĂ© par l'acteur Victor Maddern (comme sorti d'un "bossu de la morgue" ibĂ©rique). Sa prĂ©sence iconique exacerbe Ă  volontĂ© l'ambiance gothique hybride dans un raffinement putassier.
Mais si le Sang du Vampire se rĂ©vèle aussi captivant et particulièrement intense entre les enjeux des protagonistes, il le doit beaucoup Ă  la gĂ©niale interprĂ©tation de Donald Wolfit incarnant avec plaisir masochiste le rĂ´le du savant fou immoral. Un ĂŞtre abject obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de survivre en soutirant le sang de victimes innocentes. Sa mĂ©galomanie arrogante, son faciès tĂ©nĂ©breux mis en valeur par de larges sourcils et surtout son regard sournois irradient l'Ă©cran de ses cyniques exactions.
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Baignant dans un climat glauque et malsain agencĂ© autour d'un univers gothique digne des productions Hammer, Le Sang des Vampires est un trĂ©sor d'Ă©pouvante rehaussĂ© de la conviction des comĂ©diens et d'un rĂ©cit habilement structurĂ© (Ă  une incohĂ©rence près comme ce final vite expĂ©diĂ© pour la sauvegarde du hĂ©ros). On est d'autant plus surpris pour l'Ă©poque du caractère brutal de certaines dĂ©rives sanglantes, Ă  l'instar de ces chiens insatiables dĂ©vorant ardemment deux protagonistes dĂ©soeuvrĂ©s. 

*Bruno
03.11.11.  
DĂ©cembre 2020. 4èx. 

mercredi 2 novembre 2011

POUPOUPIDOU


de Gérald Hustache Mathieu. 2010. France. 1h42. Avec Jean-Paul Rouve, Sophie Quinton, Guillaume Gouix, Olivier Rabourdin, Clara Ponsof, Arsinee Khanjian, Eric Ruf, Lyes Salem, Joséphine de Meaux, Ken Samuels.

Sortie en salles en France le 12 Janvier 2011

FILMOGRAPHIE: Gérald Hustache Mathieu est un réalisateur français né en 1968 dans la ville d'Echirolles, en Isère dans la banlieue sud de Grenoble.
1996: J'ai horreur de l'amour (assistant rĂ©alisation). 2001: Peau de Vache (court). 2003: La Chatte Andalouse (moyen mĂ©trage). 2006: Avril. 2011: Poupoupidou


Après un premier film remarquĂ© pour sa poĂ©sie libertaire, GĂ©rald Hustache Mathieu entreprend avec Poupoupidou (titre Ă©nigmatique un peu peu rĂ©ducteur), un polar insolite et dĂ©calĂ© façonnĂ© dans le moule de la comĂ©die atypique. IlluminĂ©e par la fonction pĂ©tillante de Sophie Quinton, cette ovni gracieux enchante subtilement le spectateur par son aura fantasmagorique. Un Ă©crivain en panne d'inspiration dĂ©couvre sur une route enneigĂ©e le cadavre d'une blonde surnommĂ©e Candice Lecoeur. IntriguĂ© par ce potentiel suicide, il va tenter de remonter le passĂ© pour dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© sur cette Ă©gĂ©rie de Franche ComtĂ© grâce Ă  son journal personnel. Peu Ă  peu, il se rend compte que d'Ă©tranges similitudes avec la vie notoire de Marilyn est agréée avec celle de Candice. Pour renouer avec l'ambition de sa profession, il profite Ă©galement de cette Ă©trange enquĂŞte pour entamer la rĂ©daction de son nouveau roman. 



Avec la structure dĂ©sincarnĂ©e et impondĂ©rable d'un scĂ©nario aussi insolite, difficile de rester inflexible face Ă  un film aussi Ă©trange, lyrique et enivrant. A partir d'un argument policier orthodoxe, l'intrigue foisonnante va rapidement s'acheminer vers un itinĂ©raire excentrique remplie de situations cocasses, attendrissantes ou graves, compromises avec des personnages sournois, indĂ©cis, distraits et rĂŞveurs, en quĂŞte de gloire ou de reconnaissance. Formellement, Poupoupidou flirte incessamment avec l'onirisme enchanteur dans un parti pris baroque (variante de nuances polychromes picturales) et avec la pĂ©tulance d'une jeune blonde avide de rencontrer l'amour mais persuadĂ©e d'ĂŞtre la rĂ©incarnation de Marilyn Monroe. GĂ©rald Hustache Mathieu oscille les genres avec une aisance fulgurante et nous narre avec fantaisir une idylle impossible entre deux ĂŞtres que tout sĂ©pare malencontreusement. En rĂ©sulte une perpĂ©tuelle puissance Ă©motionnelle sous-jacente dans les investigations utopistes d'un Ă©crivain passionnĂ© par les Ă©tats d'âme fĂ©briles d'une star trop vite Ă©levĂ©e au rang d'Ă©gĂ©rie jusqu'au fameux climax rĂ©vĂ©lateur d'une rĂ©demption dĂ©chirante.


Pour l'interprĂ©tation, Jean Paul Rouve surprend avec sobriĂ©tĂ© dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de romancier contrariĂ© mais subitement inspirĂ© par un fait divers macabre simulĂ© en suicide. ModĂ©rĂ©ment touchant et discrètement amoureux d'une femme subitement balayĂ©e par la mort, il reconstruit peu Ă  peu le puzzle Ă©cornĂ© de sa nouvelle Marilyn pour finalement dĂ©couvrir un semblant de relation interposĂ©e. Sans fioriture, Sophie Quinton irradie l'Ă©cran de sa physionomie lascive pour Ă©mailler les campagnes publicitaires auquel elle doit user de sa suavitĂ© pour convaincre la sociĂ©tĂ© de consommation. Et en particulier la gente masculine fascinĂ©e par ses formes charnelles et son pouvoir Ă©rotique sensiblement aguichant. Sa prĂ©sence fĂ©minine d'une beautĂ© Ă©purĂ©e hors norme insuffle au fil du rĂ©cit une aura irrationnelle dĂ©licatement souple et envoĂ»tante. Le spectateur rendu transi n'Ă©tant pas prĂŞt d'oublier le talent de cette actrice nĂ©ophyte au potentiel naturel !


Lestement mis en scène dans une chimère romanesque inimitable, Poupoupidou est un poème en demi-teinte. Aussi frais, Ă©thĂ©rĂ©, drĂ´le, angĂ©lique et passionnĂ© que lugubre, nonchalant, touchant et tragique dans le rĂŞve insoluble que se partagent David et Candice. Par l'hypocrisie, la cupiditĂ© des hommes et la providence d'un hasard inĂ©quitable, leur frĂŞle destin s'Ă©difie en conte dĂ©senchantĂ© inscrit dans l'Ă©lĂ©gie. La dĂ©sillusion fatale de deux ĂŞtres candides sĂ©parĂ©s par la mort mais dont leur liaison sous-jacente va finalement se convertir au travers d'une lettre de compassion. Poupoupidou Ă©tant finalement l'histoire fragile d'une princesse incomprise par qui la cĂ©lĂ©britĂ© orgueilleuse aura tout dĂ©truit. On s'extrait de l'esprit de Candice bouleversĂ© et hantĂ© par sa stature de nouvelle Marilyn destinĂ©e Ă  rĂ©pĂ©ter sa lĂ©gende brocardĂ©e.

Dédicace à Damval Dulac.
02.11.11
Bruno Matéï



mardi 1 novembre 2011

Bad Boy Bubby. Prix Spécial du Jury à Venise 1993.


de Rolf De Heer. 1993. Australie/italie. 1h52. Avec Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson, Syd Brisbane, Nikki Price, Norman Kaye, Paul Philpot, Peter Monaghan, Natalie Carr.

Sortie en salles en France le 1 novembre 1995. U.S: 26 Avril 2005

FILMOGRAPHIE: Rolf De Heer est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et compositeur australien d'origine nĂ©erlandaise, nĂ© le 4 Mai 1951 Ă  Heemskerk (Pays-Bas). 1984: Sur les ailes du tigre. 1988: Encounter at Raven's Gate. 1991: Dingo. 1993: Bad Boy Bubby. 1996: La Chambre Tranquille. 1997: Epsilon. 1999: Dance me to My Song. 2001: Le Vieux qui lisait des romans d'amour. 2002: The Tracker. 2003: Le Projet d'Alexandra. 2006: 10 canoĂ«s, 150 lances et 3 Ă©pouses.

En 1995 sort dans une quasi-indiffĂ©rence un long mĂ©trage australien signĂ© d’un rĂ©alisateur nĂ©erlandais. InondĂ© de rĂ©compenses dans divers festivals internationaux, Bad Boy Bubby gagne, au fil du bouche-Ă -oreille, un statut d’ovni hybride : dĂ©rangeant, beau et sordide, oĂą l’humanisme candide de son protagoniste Ă©branle un public friand d’anticonformisme.

Le pitch : Bubby, 35 ans, vit reclus comme un animal dans sa maison familiale, sous la fĂ©rule d’une mĂ©gère incestueuse. EnfermĂ©, maltraitĂ©, rĂ©duit en esclave, il partage son isolement avec un chat de gouttière. Jusqu’au jour oĂą, jalousĂ© par les retrouvailles inespĂ©rĂ©es avec son père alcoolique, il dĂ©cide de se rebeller et de franchir les frontières industrielles de sa prison.

Éprouvante, profondĂ©ment malsaine et dĂ©rangeante, la première demi-heure rivalise de dĂ©viance dans ce foyer insalubre, oĂą quelques cafards jonchent le sol et un chat est sĂ©questrĂ© dans une cage. Sa mère, ventripotente et perverse, impose Ă  son rejeton inculte de rester assis sur une chaise toute la journĂ©e durant ses absences prolongĂ©es. Parfois, elle l’Ă©touffe tranquillement en lui bouchant bouche et nez. Pour sortir de la maison, elle se dĂ©place en ville avec un masque Ă  gaz, feignant auprès de son fils que l’air urbain est empoisonnĂ©, proche des bâtiments industriels. Abruti par une existence sans compassion, sans amour, sans notion du bien ni du mal, Bubby endure son ennui, son seul loisir Ă©tant d’asphyxier un chat domestique, par curiositĂ© morbide. Ces scènes, d’une cruautĂ© extrĂŞme et d’un rĂ©alisme glaçant, poussent Ă  s’interroger : le chat a-t-il vraiment souffert, sacrifiĂ© pour mieux nous Ă©branler ? Avec l’arrivĂ©e inopinĂ©e de son père alcoolique, Bubby s’extĂ©riorise, adoptant une attitude de dĂ©bauche sexuelle envers sa mère. 

Par la suite, après nous avoir fait vivre dans un souci documentaire — un peu comparable au climat ombrageux et dĂ©pressif d’Eraserhead de Lynch — le sordide quotidien d’un homme rĂ©duit Ă  l’Ă©tat primitif, le rĂ©alisateur amorce lentement une quĂŞte initiatique. Il s’agit d’illustrer le profil d’un quidam arriĂ©rĂ© — comparable au monstre de Frankenstein par son ignorance et sa pudeur dĂ©ficiente — rencontrant au hasard des rues la jungle des marginaux, intĂ©gristes, artistes bĂ©nĂ©voles et handicapĂ©s dystrophiĂ©s. Durant ce parcours d’un homme autrefois refoulĂ© et molestĂ©, Rolf De Heer filme de façon corrosive le portrait poignant d’un ĂŞtre esseulĂ©, perdu au cĹ“ur d’une citĂ© oĂą les citadins cherchent un sens mĂ©taphysique Ă  leur existence. Ă€ la manière d’un poème dĂ©calĂ© sur l’absurditĂ© humaine, Bad Boy Bubby se dĂ©ploie en magnifique rĂ©cit initiatique, vers la raison et la rĂ©demption. En fustigeant la religion responsable du fondamentalisme, le film devient aussi un hymne Ă  la libertĂ© la plus autonome, ainsi qu’Ă  l’Ă©panouissement de l’amour. Dans le rĂ´le du clochard fascinĂ© par les merveilles du monde, Nicholas Hope Ă©poustoufle par son jeu naturel et son regard empli d’innocence. Son chemin fantasque cristallise un message de tolĂ©rance, une fraternitĂ© envers les exclus, et une quĂŞte identitaire vers l’accomplissement.


"
Bad Boy Bubby : L’odyssĂ©e crue d’une âme captive".
Choquant, dĂ©stabilisant, glauque, parfois malsain lors de sa première partie effrontĂ©e, le film de Rolf De Heer adopte une mise en scène singulière, inscrite dans la cruditĂ©, pour dĂ©peindre avec sensibilitĂ© un univers aliĂ©nant et dĂ©bridĂ©. Caustique, dĂ©sincarnĂ©, dĂ©bridĂ©, poĂ©tique, drĂ´le et profondĂ©ment bouleversant, portĂ© par l’interprĂ©tation fĂ©brile d’un acteur au jeu infantile, Bad Boy Bubby est un ovni anticonformiste. Il transcende le portrait d’un homme chrysalide, dĂ©couvrant peu Ă  peu les nouveaux repères de son existence. Chef-d’Ĺ“uvre dĂ©diĂ© aux laissĂ©s-pour-compte, aux marginaux et aux athĂ©es, il s’impose comme une dĂ©claration d’amour Ă  la banalitĂ© de notre existence, ancrĂ©e dans l’instant prĂ©sent.

DĂ©dicace Ă  Isabelle et Eugène Rocton, et Philippe Blanc.
*Bruno 
01.11.11.

RĂ©compenses: Prix SpĂ©cial du Jury Ă  la Mostra de Venise en 1993.
Prix du Meilleur RĂ©alisateurmeilleur scĂ©nariomeilleur montage et meilleur acteur pour Nicholas Hope lors des Australian Film Institute Awards en 1994.
Prix du Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleure Mise en scène au Festival du film de Seattle en 1994.
Prix du Public, Prix RFM, Prix des Etudiants, Prix SpĂ©cial du Jury au Festival d'action et d'Aventures de Valenciennes en 1995.
Prix Très SpĂ©cial Ă  Paris en 1995

Rolf De Heer



lundi 31 octobre 2011

2019, Après la chute de New-York / 2019 - Dopo la caduta di New York / 2019, After the fall of New-York


de Sergio Martino. 1983. Italie. 1h36. Avec Michael Sopkiw, Valentine Monnier, Anna Kanakis, George Eastman, Roman Geer, Vincent Scalondro, Haruhiko Yamanouchi, Edmund Purdom, Louis Ecclesia.

Sortie salles France: 11 Janvier 1984. Italie: 22 Juillet 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


En 1981 dĂ©barquent en salle Mad Max 2 et New York 1997, deux Ĺ“uvres charnières de la science-fiction post-apo. Nos voisins transalpins s’empressent alors d’exploiter le filon, surenchĂ©rissant dans une frĂ©nĂ©sie homĂ©rique nourrie de bande dessinĂ©e et de western spaghetti. Deux ans après les modèles de Miller et Carpenter, Sergio Martino (auteur de quelques classiques tels Torso, La Queue du Scorpion, Mannaja ou Le Continent des Hommes-Poissons) livre sa version belliqueuse du post-nuke. D’autres cinĂ©astes, tout aussi cupides, dĂ©voilent Ă  leur tour des avatars Ă  maigre budget aussi improbables que Le Gladiateur du futur, Les Guerriers du Bronx ou Les Nouveaux Barbares, pour ne citer que les plus fameux.

Synopsis : En 2019, le monde est ravagĂ© par une apocalypse nuclĂ©aire, causant la stĂ©rilitĂ© des dernières femmes. Les Euraks, armĂ©e tĂ©mĂ©raire infiltrĂ©e dans les zones irradiĂ©es, traquent les rares survivants pour les Ă©tudier dans l’espoir de reproduire l’espèce humaine. ExilĂ© en Alaska, un prĂ©sident amĂ©ricain charge le mercenaire Parsifal de retrouver la dernière femme fertile. Celui-ci s’entoure de deux briscards aussi pugnaces que dĂ©glinguĂ©s pour mener Ă  bien cette mission-suicide au cĹ“ur des vestiges new-yorkais.


ÉrigĂ© sous le moule de la sĂ©rie Z (involontairement) pittoresque, faute de budget et d’acteurs chauvins Ă  la trogne risible, 2019, après la chute de New York peut sans conteste se targuer d’ĂŞtre le plus savoureux ersatz rital des classiques susnommĂ©s. Car grâce Ă  l’habiletĂ© d’un petit maĂ®tre du bis Ă  la carrière loin d’ĂŞtre nĂ©gligeable (Sergio, t'es pour moi un Dieu !), cette bisserie intrĂ©pide transcende ses flagrants dĂ©fauts par la fertilitĂ© d’une action pĂ©tulante (quel sens du montage !) et de pĂ©ripĂ©ties hautement colorĂ©es. Dans la posture gogo de hĂ©ros en mal de reconnaissance, le film puise son charme dans un dĂ©cor dĂ©charnĂ© de carton-pâte et via ses figures grotesques irrĂ©sistiblement attachantes : gueules irradiĂ©es, braconnier chinois adepte du fouet, homme-singe Ă  l’Ă©piderme boursouflĂ© (inĂ©narrable George Eastman en Sinbad dĂ©ficient), borgne humanoĂŻde au lasso mĂ©tallique, preux mercenaire prĂŞt au sacrifice, valeureux nabot s’Ă©ventrant par altruisme, ou encore esclave Ă©prise du cĹ“ur du hĂ©ros mad-maxien.


Dès le prĂ©ambule, une aura mĂ©lancolique plane sur l’horizon diaphane d’un New York azur, portĂ© par un air de trompette funèbre. Martino soigne son univers aride d’apocalypse, appuyĂ© par une voix-off monocorde exposant la situation radioactive avec gravitĂ©. Après une mĂ©morable course-poursuite façon auto-tamponneuse, menĂ©e par des gladiateurs motorisĂ©s, la trame s’aligne sur le canevas de New York 1997 : un hĂ©ros anarchiste, bellâtre et inexpressif, contraint d’accomplir une mission sous la houlette d’un chef d’État sournois.

Grâce Ă  la bonhomie de nos mercenaires, Ă  la fois rĂ©trogrades et extravagants (le nain sauteur Kirke est devenu, chez certains amateurs, une icĂ´ne impayable), Ă  l’action en roue libre inspirĂ©e de la BD destroy, et au dynamisme du montage, l’aventure dystopique dĂ©borde de gĂ©nĂ©rositĂ©. Chaque rencontre avec des belligĂ©rants en survie ouvre sur de nouveaux tableaux hallucinĂ©s. Quelques sĂ©quences gores, typiquement italiennes dans leur audace racoleuse, viennent animer les Ă©gouts new-yorkais d’une crasse rĂ©jouissante. Si cette Ă©popĂ©e Ă©chevelĂ©e s’avère si jubilatoire, c’est aussi grâce Ă  la drĂ´lerie (involontaire) de certaines rĂ©pliques prononcĂ©es avec un sĂ©rieux Ă  toute Ă©preuve.

Ajoutons Ă  cela une bande-son tapageuse : bruitages d’armes Ă  feu et de coups de poing tonitruants, typiques du cinĂ© rital, saturĂ©s par le score enlevĂ© des frères Guido et Maurizio De Angelis, qui dynamisent jusqu’Ă  l’Ă©puisement les confrontations belliqueuses.


Les nains aussi ont commencé petit !
Efficacement troussĂ© et nerveusement mis en scène sous le sceau d’une "pochette-surprise" narrative en pagaille, 2019... incarne le pur divertissement dĂ©complexĂ©. Un miracle de ringardise qui pallie ses moyens prĂ©caires par un savoir-faire aussi inspirĂ© qu’avisĂ©, et par l’attachante complicitĂ© de comĂ©diens cabotins se prĂŞtant au jeu avec une foi inĂ©branlable. Sans prĂ©tention (malgrĂ© ses Ă©lans de plagiat), loufoque, dĂ©bridĂ© et gĂ©nĂ©reux en portraits de marginaux dĂ©cadents, errant dans une scĂ©nographie rutilante (mention spĂ©ciale Ă  ses dĂ©cors urbains envoĂ»tants), 2019, après la chute de New York demeure le meilleur succĂ©danĂ© de Mad Max, portĂ© par une facture Z irrĂ©sistiblement latine. Et par je ne sais quel miracle, le film possède mĂŞme une âme et un coeur Ă  travers ses plages de tendresse Ă  la fois sensibles et envoĂ»tĂ©es. 

Reste une question improbable en guise de conclusion identitaire :
“Est-ce une faute grave d’ĂŞtre un nain ?!”

* Bruno
28.03.26. 8èx. VF. 01.01.19. 
31.10.11.

Sergio Martino

jeudi 27 octobre 2011

La Nuit des Masques / Halloween. Grand Prix de la Critique Ă  Avoriaz 1979.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Halloween" de John Carpenter. 1978. U.S.A. 1h31. Avec Donald Pleasance, Jamie Lee Curtis, Nancy Kyes, P.J. Soles, Charles Cyphers, Kyle Richards, Brian Andrews, John Michael Graham, Nancy Stephens, Arthur Malet.

Sortie salles France le 14 Mars 1979 (Int - 18 ans). U.S: 25 Octobre 1978.

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

 
"La GĂ©omĂ©trie de la peur". 
Après ses premiers essais Dark Star (1974) et Assaut (1976), le jeune rĂ©alisateur John Carpenter est sollicitĂ© par les producteurs indĂ©pendants Irwin Yablans et Moustapha Akkad pour dĂ©velopper un scĂ©nario centrĂ© sur un psychopathe s’en prenant Ă  des babysitters dans une petite bourgade amĂ©ricaine. D’abord intitulĂ© The Babysitter Murders, le script coĂ©crit par Carpenter et sa compagne de l’Ă©poque, Debra Hill, Ă©volue jusqu’Ă  fusionner avec la fĂŞte d’Halloween, pĂ©riode de la Toussaint oĂą se dĂ©roule l’action.

Avec un maigre budget de 325 000 dollars et un tournage express de 21 jours sous le soleil californien, Halloween s’impose comme un succès surprise, portĂ© par le bouche-Ă -oreille. Si la critique de l’Ă©poque se montre sĂ©vère avec ce modeste film d’horreur signĂ© par un quasi inconnu, Halloween finit par gĂ©nĂ©rer plus de 176 millions de dollars Ă  l’Ă©chelle mondiale (dont 47 millions aux États-Unis). Il devient le film indĂ©pendant le plus rentable de l’histoire du cinĂ©ma. En France, il n’attire que 283 934 spectateurs Ă  sa sortie. C’est avec le temps que ce chef-d’Ĺ“uvre indĂ©trĂ´nable gagnera ses lettres de noblesse.

Haddonfield, Illinois. 1963. Une nuit d’Halloween, alors que ses parents sont absents, le jeune Michael Myers poignarde sa sĹ“ur Judith. Quand ses parents rentrent, ils dĂ©couvrent leur fils figĂ© au seuil de la maison, vĂŞtu d’un costume, un couteau ensanglantĂ© Ă  la main. Quinze ans plus tard, toujours un soir d’Halloween, Michael s’Ă©chappe de l’asile psychiatrique oĂą il Ă©tait enfermĂ©, bien dĂ©cidĂ© Ă  revenir dans sa ville natale pour y perpĂ©trer de nouveaux crimes. Le docteur Loomis, hantĂ© par son patient, se rend Ă  Haddonfield pour tenter de l’arrĂŞter. Pendant ce temps, des babysitters se prĂ©parent pour la fĂŞte..

En 1978, Ă  l’aube d’une carrière encore balbutiante, John Carpenter (alors âgĂ© de 30 ans) rĂ©volutionne littĂ©ralement le cinĂ©ma d’horreur moderne, et transcende les codes naissants du slasher initiĂ© quatre ans plus tĂ´t par Black Christmas de Bob Clark. Avec presque rien — un script minimaliste, des acteurs inconnus (Ă  l’exception de Donald Pleasance), un budget rachitique —, Carpenter choisit de suggĂ©rer plutĂ´t que de montrer, d’Ă©voquer un tueur spectre, masquĂ©, qui joue Ă  cache-cache avec ses proies.

C’est dans cette simplicitĂ© que Halloween tire toute sa force anxiogène. Il impose une ambiance nocturne, hypnotique, oĂą la peur sourd de chaque ombre. La musique entĂŞtante, quasi permanente, Ă©pouse les tĂ©nèbres et fait de Michael Myers le maĂ®tre invisible des lieux. Sa silhouette Ă  peine dĂ©voilĂ©e, sa dĂ©marche raide, son masque inexpressif deviennent l’incarnation mĂŞme d’un mal silencieux. Il n’est plus un homme, mais une entitĂ© diffuse, capable de surgir dans n’importe quelle pièce de notre foyer supposĂ© sĂ»r.

Dans une banlieue paisible dĂ©sertĂ©e de parents, Carpenter construit un huis clos Ă©touffant autour de trois adolescentes lĂ©gères et insouciantes. Seule Laurie, ravissante et solitaire, adoptĂ©e par la famille Strode, veille sur deux enfants, entre ennui et soupirs. C’est aussi Ă  travers cette nuit d’Halloween, fĂŞte celtique dĂ©rivĂ©e des traditions britanniques, que se glisse le surnaturel : citrouilles sculptĂ©es, rituels enfantins, frissons du folklore. Michael Myers devient alors le croque-mitaine originel, ce monstre tapi dans l’ombre de nos terreurs enfantines — un fantĂ´me sans visage, au regard mort, mĂ©canique, impassible.

Mais l’ambition de Carpenter n’est pas de verser dans le gore, ni de multiplier les effets faciles. Halloween refuse l’esbroufe. Pas de gerbes de sang, pas de jump scares de pacotille. La peur naĂ®t ici d’un suspense diffus, lentement instillĂ©, d’une menace qui rĂ´de et prend son temps. L’effet meurtrier, tant redoutĂ©, est sans cesse diffĂ©rĂ©. Et quand il frappe, c’est sans crier gare — sec, brutal, sans fioriture.

Le casting, subtil, renforce cette tension : les jeunes actrices, loin des stéréotypes idiots, réagissent avec un naturel crédible, ce qui rend chaque péril plus palpable. Jamie Lee Curtis, encore inconnue, incarne Laurie avec une sobriété touchante, donnant chair à ses angoisses croissantes. Donald Pleasance, quant à lui, compose un Dr Loomis paranoïaque, maladroit, errant dans le quartier comme un détective à contre-temps, possédé par sa traque.


The Babysitter Murders
VoilĂ  ce que symbolise, au fond, l’horreur d’Halloween. Un chef-d’Ĺ“uvre du slasher sans artifice, forgĂ© pour Ă©veiller nos peurs archaĂŻques, celles de l’enfant terrĂ© dans le noir. Un film qui fait de la suggestion son arme absolue, et qui sublime ses limites budgĂ©taires par l’intelligence de sa mise en scène : gĂ©omĂ©trique, tendue, millimĂ©trĂ©e. Une leçon de tempo et d’efficacitĂ© qui grave pour toujours la silhouette spectrale de Michael Myers dans l’inconscient collectif. L’ombre du Boogeyman, Ă©ternelle, insaisissable.

*Bruno

Dédicace à Gérald Giacomini.
14.10.22
27.10.11