vendredi 7 décembre 2012

TOP 10, 2012

1) Les Bêtes du Sud Sauvage

2) Take Shelter

3) De Rouille et d'Os

Dans le désordre:
Bullhead


Killer Joe


The Dark Knight Rises


Le Territoire des Loups


Cheval de Guerre


Chained


Les Crimes de Snowtown


Les 3 recalés faisant office de petit "coup de coeur" :
Prometheus


Le Hobbit


Bellflower




Rétrospective, coup de coeur 2012:
Let's Scare Jessica to Death
L'Autre


LA SERIE DE L'ANNEE :


Top 10 de François Burnouf
Bullhead
Bellflower
Shame
Kill List
De Rouille et d'Os
Martha Marcy May Marlene
The Descendants
Malveillance
Le Territoire des Loups
Holy Motors
... mais il y a aussi Des Hommes sans loi, Killer Joe, Moonrise Kingdom, The Raid, La Taupe... et ceux que je n'ai pas encore vus comme Take Shelter et Les Bêtes du Sud Sauvage un bon cru cette année

Top 10 de Renaud Benoist 
1. LE HOBBIT UN VOYAGE INATTENDU
2. THE DARK KNIGHT RISES
3. SKYFALL
4. CHRONICLE
5. KILL LIST
6. PROMETHEUS
7. TAKE SHELTER
8. LES BETES DU SUD SAUVAGE
9. SUR LA PISTE DU MARSUPILAMI
10. DE ROUILLE ET D'OS

Top 10 de Fred Pizzoferrato
1) The Avengers
2) The Hobbit
3) The Dark Knight Rises
4) Chillerama
5) Killer Joe
6) The Expendables II
7) Dark Shadows
Seeking a friend for the end of the world
9) La dame en noir
10) Looper ou Safe...

Top 11 d'Isabelle Rocton
1-bellflower,
2-take shelter
3-chained
4-blanche neige et le chasseur,
5-prometheus,
6 - love,
7-war horse,
8-the woman in black,
9-the awakening,
10-de rouille et d'os,
11-chronicle

Top 12 de Pascal Frezzato
Blanche Neige et le Chasseur
Cabin in the Woods
Looper
On the Road
Prometheus
Kidnappés
Shame
Take Shelter
Le Territoire des Loups
The Dark Knight Rises
The Hunter
Le Hobbit

Top 15 de Steven Lefrançois
The Raid
Le Territoire des Loups
Take Shelter
Détention
Beyond the Black Rainbow
Exit Humanity
The Extraterrestrial
God Bless America
War of the Arrows
Dredd
The Agression Scale
Kill List
Prometheus
The Cabin in the Woods
The Dark Knight Rises
Miami Connection

Top 10 de Chantal Roy Brouillard
The Agression Scale
The Raid
God Bless in America
Bad Ass
Dredd
Take Shelter
The Dark Knight Rises
Cold Steel
The Kick
Nameless Gangster

Daniel Aprin: Top 10 Ciné de l'année 2012 (sachant que je n'ai toujours pas vu "Les bêtes du Sud sauvage")
1- Killer Joe
2- Dark Knight rises
3- Bullhead
4- Le territoire des loups
5- Kill List
6- Skyfall
7- Take shelter
8- Prometheus (grande déception, j'aurais aimé qu'il soit premier)
9- De rouille et d'os
10- Snowland
Mention spéciale à Bellflower et coup de coeur "nostalgie jouissive" à Expendables2.

Alexandra Louvet:
1/ TAKE SHELTER 
2/ HOLY MOTORS 
3/ MOONRISE KINGDOM 
4/ LOOPER 
5/ LES BETES DU SUD SAUVAGE 
6/ LES ADIEUX A LA REINE 
7/ LA CLINIQUE DE L'AMOUR 
8/ BULLHEAD 
9/ TWIXT 
10/ CAMILLE REDOUBLE

Gilles Rolland:
1 - LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU, de Peter Jackson
2 - TED, de Seth McFarlane
3 - THE DARK KNIGHT RISES, de Christopher Nolan
4 - CHEVAL DE GUERRE, de Steven Spielberg
5 - THE IMPOSSIBLE, de Juan Antonio Bayona
6 - LE TERRITOIRE DES LOUPS, de Joe Carnahan
7 - LOOPER, de Rian Johnson
8 - KILLER JOE, de William Friedkin
9 - TAKE SHELTER, de Jeff Nichols
10 - THE DESCENDANTS, d'Alexander Payne
11 - MILLENIUM : LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES, de David Fincher
12 - ARGO, de Ben Affleck
13 - JUSQU'À CE QUE LA FIN DU MONDE NOUS SÉPARE, de Lorene Scafaria
14 - PERFECT SENSE, de David MacKenzie
15 - AVENGERS, de Joss Whedon
16 - DES HOMMES SANS LOI, de John Hillcoat
17 - EXPENDABLES 2, de Simon West
18 - MOONRISE KINGDOM, de Wes Anderson (ex aequo)
18 - 5 ANS DE RÉFLEXION, de Nicholas Stoller
19 - L'ODYSSÉE DE PI, d'Ang Lee
20 - PROMETHEUS, de Ridley Scott

Caroline Masson
THE DARKNIGHT RISES
THE DIVIDE
LAID TO REST
LA CABANE DANS LES BOIS
BABYCALL
THE THEATRE BIZARRE
THE SECRET
THE BARRENS
LA PEAU QUE J'HABITE
AFTER LIFE
RED STATE
LIVIDE
THE VIOLENT KIND
MALVEILLANCE


Hélia Marzloff:
Top 10 année 2012 :
-Hasta la vista Geoffrey ENTHOVEN, Belgique (sortie française mars 2012)
-Órói / Jitters Baldvin ZOPHONÍASSON, Islande 2010 (sortie française juin 2012)
-Starbuck Ken SCOTT, Canada (sortie française juin 2012)
-Moonrise Kingdom Wes ANDERSON, USA
-Martha Marcy May Marlene Sean DURKIN, USA (sortie française février 2012)
-Babycall Pal SLETAUNE, Norvège, Suède et Allemagne (sortie française mai 2012)
-Fa meg pa, for faen / Turn me on! / Turn me on, dammit ! Jannicke Systad JACOBSEN, Norvège (sortie française janvier 2012)
-Almanya. Willkommen in Deutschland / Almanya Yasemin SANDERELI, Allemagne (sortie française mai 2012)
-678 / Les femmes du bus 678 Mohamed DIAB, Égypte 2010 (sortie française mai 2012)
-Louise Wimmer Cyril MENNEGUN, France

Navets vus et sortis en 2012 :
-Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui Pascal ARNOLD et Jean-Marc BARR, France
-Un bonheur n'arrive jamais seul James HUTH, France


Johannes Roger: 
1) Les enfants loups
2) Killer Joe
3) Moonrise kingdom
4) Cheval de guerre
5) Maniac (vu en AVP)
6) God bless America
7) The raid
8) The dark knight rises
9) Frankenweenie
10) Looper
11) L’étrange pouvoir de Norman
12) Paperboy

Quelques déceptions : Expendables 2, The impossible, Prometheus, Kill List, Chronicle…
Un navet : Abraham Lincoln chasseur de vampires
Pas (encore) vu : Argo, The hobbit, Jack Reacher…

Jen Winter:
Bullhead
Exit Humanity 
Take shelter 
De rouille et d'os  
Cloclo 
The hole 
Chained 
Amour 
Les Révoltés de l 'Ile du diable 
Killer joe  
Kill list ...

Alice Morini:
1-AMOUR
2-TYRANNOSAUR
3-L’ODYSSEE DE PI
4-ARGO
5-AU PAYS DU SANG ET DU MIEL
6-PROMETHEUS
7-LAURENCE ANYWAYS
8-CHEVAL DE GUERRE
9- FRANKENWEENIE
10-JACK REACHER
11-DE ROUILLE ET D’OS
12-DETACHMENT
13-THE IMPOSSIBLE
14- BULLHEAD
15-KILLER JOE
16-DES HOMMES SANS LOI
17-TAKE SHELTER
18-THE DEEP BLUE SEA
19-BELLFLOWER
20-LE TERRITOIRE DES LOUPS

John Zardoz Gornas:TOP 15
1/ CLOCLO
2/ LE TERRITOIRE DES LOUPS
3/ DES HOMMES SANS LOI
4/ JOHN CARTER
5/ TED
6/ A.C.A.B ALL COPS ARE BASTARDS
7/ L'ODYSSEE DE PI
8/ LES BETES DU SUD SAUVAGE
9/ LE HOBBIT
10/ L'AGE DE GLACE 4
11/ FRANKENWEENIE
12/ AVENGERS
13/ LES ENFANTS LOUPS AME ET YUKI
14/ SHERLOCK HOLMES JEU D'OMBRES
15/ BATMAN THE DARK KNIGHT RISES

FLOP 15
1/ LA VERITE SI JE MENS 3
2/ ASTERIX AUSERVICE DE SA MAJESTE
3/ SKYFALL
4/ PROMETHEUS
5/ THE DICTATOR
6/ EXPENDABLES II
7/ DE ROUILLE ET D'OS
8/ MOONRISE KINGDOM
9/ TOTAL RECALL
10/ GHOSTRIDER ESPRIT DE VENGEANCE
11/ LES SEIGNEURS
12/ LES KAÏRA
13/ COSMOPOLIS
14/ BATTLESHIP
15/ THE SECRET (tous les films de Laugier en fait)

Paracelsia Le Saigné:
1 - Le Hobbit (je ne l'ai pas vu mais c'est couru d'avance)
2 - Citadel (méga bonne surprise de l'année pour moi)
3 - Insensibles
4 - The Moonrise Kingdom
5 - The Guilty of Romance
6 - Kill List
7 - Des Hommes de Lois
8 - Amour
9 - Headhunters
10- Hasta La Vista

4 MOUCHES DE VELOURS GRIS (Quatre Mosche di Velluto Grigio)

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site t411.me

de Dario Argento. 1971. Italie/France. 1h44. Avec Michael Brandon, Mimsy Farmer, Bud Spencer, Jean-Pierre Marielle, Francine Racette, Calisto Calisti.

Sortie salles France: 21 Juin 1973. U.S: 17 Décembre 1971

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D


Entamé la même année que Le Chat à 9 Queues, 4 Mouches de velours est le dernier volet de la trilogie animale amorcée avec l'Oiseau au plumage de Cristal. Longtemps resté invisible en Dvd (faute de problèmes de droit), il n'était jusqu'à présent uniquement accessible sous diverses éditions Vhs au rabais. Enfin disponible sur support numérique, ce giallo mésestimé renaît de plus belle afin de s'offrir une seconde jeunesse. Un mélomane est la cible d'un criminel perfide. Un mystérieux individu masqué est déterminé à lui faire croire qu'il est responsable du meurtre accidentel d'un quidam interlope. Après la nouvelle découverte du cadavre de sa domestique, le musicien décide d'engager un détective pour tenter de démasquer le tueur. Par l'entremise d'une intrigue criminelle impartie au faux semblant d'une mise en scène emphatique et aux meurtres d'un stylisme raffiné,  Dario Argento nous élabore une troisième fois un alibi animalier parmi l'apparence énigmatique de 4 Mouches. C'est d'ailleurs uniquement vers la révélation de son mémorable point d'orgue que notre héros pourra enfin démasquer le fameux assassin par l'entremise des insectes diptères. Une idée de génie astucieusement acheminée par la révolution d'un procédé technique apte à photographier la dernière image que la rétine d'un oeil eut pu mémoriser avant de trépasser.


Mais bien avant l'improvisation de cette divulgation étourdissante, illustrant de surcroît dans la séquence suivante une mise à mort accidentelle en slow motion du plus bel effet (score mélodique en sus !), Dario Argento nous aura vadrouillé au sein d'une investigation indécise parmi l'assistance de protagonistes excentriques (un détective homosexuel malhabile mais pour le coup perspicace, un facteur souffre-douleur et un pêcheur inopportun). Par ailleurs, les diverses interludes pittoresques qui jalonnent l'intrigue ont de quoi décontenancer le spectateur, d'autant plus que l'adultère impartie entre le héros et la cousine de son épouse s'avère dénuée d'éthique. Elles permettent pour autant d'égayer l'intrigue, voir de déstabiliser la suspicion du spectateur tout en accentuant le caractère insolite de ce giallo émaillé de séquences-chocs incisives. A titre éloquent, le meurtre de la domestique dans le jardin s'avère sans doute le moment anxiogène le plus expérimental et suffocant à travers ses ellipses temporelles ! (utilisation soudaine de l'obscurité dans une scénographie tentaculaire). Décors picturaux à l'architecture baroque (le théâtre désaffecté du prélude, le jardin labyrinthique, la vaste demeure du musicien), mise en scène stylisée de par ses cadrages alambiqués et science du suspense latent ne relâchent jamais la pression afin d'émettre une hypothèse sur l'assassin et ses réelles motivations. En prime, Dario Argento fait intervenir à multiples reprises une séquence de rêve particulièrement morbide auprès de la sentence attribuée à un condamné à mort. Une forme de prescience que le héros empli de culpabilité (il est persuadé d'avoir commis un meurtre !) va inconsciemment s'infliger avant de saisir quel en était sa véritable signification (l'épilogue dramatique impliquant un accident mortel).


Inquiétant, angoissant, baroque et accessoirement loufoque, Quatre mouches de velours gris clôt sa trilogie animalière avec la même virtuosité technique et la dextérité de quelques idées étourdissantes (les motivations pathologiques du criminel, le procédé scientifique révélant un indice imbitable !). La prestance attachante des comédiens (le couple Michael Brandon / Mimsy Farmer, mais aussi Bud Spencer et Jean Pierre Marielle dans des rôles farfelus !), le score mélodique de Morricone et son point d'orgue anthologique renforçant le capital séducteur de cet excellent giallo estampillé Argento.

07.12.12. 3èx
Bruno Matéï 

jeudi 6 décembre 2012

Du sang pour Dracula / Blood for Dracula / Andy Warhol's Dracula

                                                                              Photo offerte par Ciné-Bis-Art

de Paul Morrissey (avec la collaboration d'Antonio Margheriti). 1974. U.S.A/France/Italie.1h43. Avec Joe Dallesandro, Udo Kier, Arno Juerging, Maxime McKendry, Milena Vukotic, Dominique Darel, Stefania Casini.

Sortie salles France: 22 Janvier 1975

FILMOGRAPHIE: Paul Morrissey est un réalisateur, scénariste, directeur de photographie, producteur, monteur et acteur américain, né le 23 Février 1938 à New-York (Etats-Unis).1966: Chelsea Girls. 1967: I, a Man. 1968: San Diego Surf. 1968: The Loves of Ondine. 1968: Flesh. 1969: Lonesome Cowboys. 1970: Trash. 1971: I miss Sonia Henie. 1971: Women in Revolt. 1972: Heat. 1973: l'Amour. 1973: Chair pour Frankenstein. 1974: Du sang pour Dracula. 1978: Le Chien des Baskerville. 1981: Madame Wang's. 1982: Forty Deuce. 1985: The Armchair Hacker. 1985: Cocaïne. 1985: Le Neveu de Beethoven. 1988: Spike of Bensonhurst.


"Dracula, dernier soupir d’un désir malade".
Un an après son chef-d’œuvre aussi mal élevé que décadent, Chair pour Frankenstein, Paul Morrissey s’empare cette fois du mythe de Dracula pour livrer une semi-parodie bien plus orientée vers la sensualité érotique que vers l’horreur sanguine. Sorti en VHS au début des années 80 sous la bannière René Chateau dans la collection des films que vous ne verrez jamais à la télévision (mention : strictement interdit aux moins de 18 ans, s’il vous plaît !), Du sang pour Dracula tente de renouer avec la subversion débridée de son binôme évoqué plus haut. Avec la même équipe technique (Carlo Rambaldi, Antonio Margheriti, Enrico Job, Claudio Gizzi, Luigi Kuveiller, Andy Warhol, Jean-Pierre Rassam, Jean Yanne !) et son trio d’acteurs iconiques (Udo Kier, Joe Dallesandro, Arno Juerging), cette relecture pittoresque du baron vampire se distingue par son portrait moribond, où la maladie l’emporte toujours un peu plus sur le désir de sang vierge. En clin d’œil, on reconnaîtra d’ailleurs Roman Polanski dans un passage aussi furtif que loufoque, incarnant un client de bar.
 

Le pitch : profondément malade et famélique, Dracula part en Italie, accompagné de son valet, à la recherche d’une vierge dont le sang pur pourrait le régénérer. Sur place, ils rencontrent une famille d’aristocrates en déclin, dont les jeunes filles effrontées vivent sous la domination d’un jardinier machiste. 

Avec son rythme languissant et sa narration un tantinet redondante, Du sang pour Dracula peut désarçonner le spectateur non averti face à cette déclinaison saugrenue de l’archétype vampirique. Car illustrant le profil agonisant d’un baron en quête de virginité, Morrissey déroge à toutes les conventions : son Dracula est un être faible, faillible, aigri, pathétique, désabusé. Se déplaçant en chaise roulante, poussé par son serviteur, il cache ses cheveux blancs sous une teinture noire, comme pour masquer sa décrépitude. Vieillard anachronique dans une société en pleine libération sexuelle, il se réduit à un spectre du passé. Udo Kier, visage glacé et regard éteint, parvient à désacraliser l’icône vampirique avec une gravité maladive, nous inspirant pitié plus que crainte.


Dans cette fresque à la fois pittoresque, sensuelle et décalée, Morrissey compose un tableau dérisoire de la mythologie du vampire, où les scènes érotiques s’imposent pour mieux souligner la lutte des classes. Le communisme y prend les traits du jardinier, brute prolétaire dominant les jeunes nobles libérées, nymphettes d’apparence sage mais avides de masochisme sexuel. Et tandis que le vampire décline, impuissant, il assiste à la disparition de toute virginité dans ce théâtre des corps : même en tentant d’y goûter, il en régurgite le sang impur, à s’en vider. Comme pour clore le folklore du vampire, la fin — gore, excessive, libératoire — consacre l’éloge d’une sexualité sans entrave, tout en abordant en filigrane les thématiques troubles de l’inceste et de la pédophilie. L’ironie, noire à l’excès, veut que le jardinier — aussi détestable, stupide, violent et paraphile soit-il — se voie érigé en ultime rempart, héros grotesque protégeant, malgré lui, les jeunes filles qu’il a lui-même dépucelées. Un parti-pris brûlant, provocateur, politiquement incorrect jusqu’à l’absurde, dans lequel Morrissey ose faire de cet érotomane détestable un sauveur dérisoire.


"Tragédie pour un buveur d’innocence".
Porté par l’inoubliable partition élégiaque de Claudio Gizzi et par la présence spectrale de l’ange déchu Udo Kier, Du sang pour Dracula demeure une œuvre atypique à l’esthétisme gothique et à l’érotisme suave. Les actrices, superbes de sensualité à travers robes de soie et chemises de nuit, évoluent dans une nature solaire, éclairée avec délicatesse. Son climat semi-parodique, infusé d’une provocation libertine, transcende avec sarcasme — mais non sans tendresse — le portrait d’un vampire souffreteux, exsangue et mélancolique. Grand classique détourné à l’audace incongrue, Du sang pour Dracula fascine, choque, amuse, déconcerte, provoque — et finit par séduire. A l'infini.
 
*Bruno
14.07.22. 5èx. vf
06.12.12. 

La Chronique de son binôme, Chair pour Frankenstein: http://brunomatei.blogspot.fr/…/chair-pour-frankenstein.html


mercredi 5 décembre 2012

La Nuit du Chasseur / The Night of the Hunter


                                          
                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site t411.me

de Charles Laughton. 1954. U.S.A. 1h33. Avec Robert Mitchum, Shelley Winters, Lillian Gish, Billy Chapin, Sally Jane Bruce, James Gleason.

Sortie salles France: 11 Mai 1956. U.S: 29 Septembre 1955

FILMOGRAPHIE: Charles Laughton est un réalisateur et acteur britannique, né le 1er Juillet 1899 à Scarborough (Yorkshire, Royaume-Uni), naturalisé américain en 1950. Il décède le 15 Décembre 1962 à Hollywood (Californie) des suites d'un cancer. 1954: La Nuit du Chasseur


Unique réalisation de l'acteur Charles Laughton, La Nuit du Chasseur fut dès sa sortie officielle une oeuvre maudite puisque dépréciée par la critique et boudée par un public non préparé à une telle excentricité. Reconnu au fil des ans comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma, ce conte hypnotique sur l'innocence bafouée resplendit de mille feux à travers son noir et blanc scintillant, transcendé aujourd'hui du support blu-ray mais aussi et surtout de sa nouvelle restauration 4K à damner un saint ! 

Le PitchAprès avoir planqué un butin que leur père leur légua juste avant d'être condamné pour assassinat, deux enfants sont persécutés par son ancien compagnon de cellule. Un pasteur machiavélique obnubilé à l'idée de mettre la main sur le fameux magot. 

Poème livide sur l'enfance maltraitée durant la période de la grande dépression, suspense haletant d'une traque incessante entre un pasteur démoniaque et deux bambins candides, romance passionnelle sur la préservation de l'innocence infantile par l'entremise de la pédagogie et des valeurs du Bien, la Nuit du Chasseur est une oeuvre ineffable. Un diamant noir, à mi-chemin entre l'onirisme du conte de fée et l'icône horrifique de l'ogre surgi de la forêt. Car dans une photo expressionniste en clair-obscur, Charles Laughton nous compose avec une folie créatrice un florilège d'images saisissantes et baroques aux inspirations hybrides (western, film noir, fantastique, horreur se télescopent parmi l'esthétisme du cinéma muet).


Tant auprès de la fuite crépusculaire sur le lit de rivière que les deux gamins emprunte sur la barque, du meurtre mystique de Willa Harper dans sa chambre tamisée d'éclairages ciselés, que de la découverte macabre qui s'ensuit lorsque son cadavre se laisse voguer au fond de l'eau parmi les algues marins. Par ailleurs, à travers son ambiance opaque insaisissable, La Nuit du Chasseur nous propose notamment d'y parfaire l'un des plus glaçants portraits de serial-killer auprès de sa perversité insatiable. Si bien que sous l'allégeance du diabolique Harry Powell, Robert Mitchum livre sans nul doute l'interprétation de sa carrière tant il retranscrit avec une froideur absolument terrifiante (3 séquences cruelles convoquent peur et malaise) le profil véreux d'un révérend bafouant la cause de Dieu. Pleinement conscient des valeurs manichéennes du Bien et du Mal, Harry Powell régit sa vie sans vergogne dans le cynisme le plus insidieux (pour ne pas dire notamment le plus crapuleux). Car pour duper une veuve puritaine, quoi de plus cruel et couard que de molester l'innocence au profit d'un juteux butin que deux gamins préservent secrètement. Ainsi, à travers cette sombre traque où deux orphelins fuient leur bourreau à travers champs d'une nature étrangement sereine (en accord avec l'harmonie animalière), Charles Laughton nous dépeint l'influence sournoise que le Mal puisse exercer chez l'être humain avide d'amour et de reconnaissance (Willa Harper et l'adolescente timorée sont impuissamment assujetties à l'emprise charnelle de Powell). Il y dénonce notamment le fanatisme religieux chez les personnes superstitieuses et démunies car se rabattant auprès d'une divinité puritaine afin d'apaiser leur déveine et éventuelle culpabilité. Enfin, il met en valeurs les principes moraux de la bienséance à travers l'enseignement parental lorsque les enfants fragilisés sont destitués de leur propre famille.


Conte obscur nappé de cynisme horrifique et d'onirisme enchanteur, récit initiatique confronté à la perte de l'innocence, la Nuit du Chasseur ne cesse de surprendre, de choquer parfois, d'apeurer aussi, d'éblouir et d'émouvoir enfin (quel final rédempteur pétri de tendresse !) un spectateur impliqué dans une structure narrative déconcertante. La puissance formelle de ces images aussi limpides qu'insolites, l'originalité de sa mise en scène pragmatique, le jeu gouailleur de Robert Mitchum glaçant d'austérité et de sarcasme (le diable en personne j'vous dit !) ainsi que la prestance très attachante du jeune Billy Chapin, transperçant l'écran par sa détermination fragile, confinent au chef-d'oeuvre émotif à la modernité trouble.  

*Bruno 
05.12.12. 3èX
12.04.24. 4èx. Vo. 4K

L'avis de Mathias Chaput:
Ce qui frappe avant tout dans "la Nuit du Chasseur" c'est le charisme MONUMENTAL de Mitchum dans son rôle !
S'immisçant de façon hypnotique dans le paysage, dans l'environnement et même dans le subconscient de ceux et celles qu'il côtoie, il signe là son rôle le plus emblématique, loin des stéréotypes des acteurs américains des années 50, cantonnés soit dans des rôles de durs soit dans des rôles de justiciers !
Non ici c'est AUTRE CHOSE...
C'est difficile à décrire en fait ce que l'on ressent, en fait je crois que ça se VIT...
Il faut le voir pour le comprendre, c'est très dur à faire discerner ou à raconter...
Métaphysique, métaphorique (la fuite la nuit sur la barque avec la toile de l'araignée, symbole du pasteur prédateur qui tisse son piège, les grenouilles, les lapins, le hibou, presqu'un métrage naturaliste, en tout cas hors normes avec le cinéma d'alors...) et surtout proche du fantastique, grâce à des cadrages élaborés rares pour l'époque ! (le reflet des personnages marchant le long de la rivière, la femme protectrice maternelle qui garde les orphelins et qui n'hésite pas à sortir son fusil de chasse et à en faire usage !)...
Le côté lancinant et charmeur à la limite de la dépravation de Mitchum dont même une adolescente à peine sortie de la puberté dit être amoureuse !
POLITICALLY INCORRECT !
Tous ces aspects pour le moins discutables contribuent sans nul doute à faire émerger une approche malsaine du personnage qui peut être identifié comme le "DIABLE", souillant et troublant la candeur des bambins innocents et aux visages terrorisés rien qu'à la vision de Powell, ogre des temps modernes, avide d'argent et étant prêt à tout pour obtenir le butin caché, quitte à occire ceux qui se trouveront sur son passage, y compris les mômes qu'il ne prendra aucune difficulté à supprimer dans l'alternative où son but est atteint !
Osé, novateur, sidérant et pathologique dans son style, "la Nuit du Chasseur" est un masterpiece qu'il faut impérativement avoir visionné si l'on se dit cinéphile...
Note : 10/10

mardi 4 décembre 2012

MACADAM A DEUX VOIES (Two-Lane Blacktop)

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Monte Hellman. 1971. U.S.A. 1h42. Avec James Taylor, Warren Oates, Laurie Bird, Dennis Wilson.

Sortie salles U.S: 7 Juillet 1971

FILMOGRAPHIEMonte Hellman est un réalisateur et producteur américain, né le 12 Juillet 1932 à New-York.
1959: Beast from Haunted Cave. 1964: Flight to Fury. 1964: Back Door to Hell. 1965: l'Ouragan de la Vengeance. 1967: The Shooting. 1971: Macadam à deux voies. 1974: Cockfighter. 1978: China 9, liberty 37. 1988: Iguana. 1989: Douce nuit, sanglante nuit 3. 2010: Road to Nowhere.


Film culte tardivement reconnu et desservi par un échec commercial cinglant, Macadam à deux voies s'engage dans le road movie contestataire, à la manière de ces illustres acolytes, Easy Rider et Point Limite Zero. Réalisé sous une forme documentaire, Monte Hellman nous retrace l'équipée monocorde de deux comparses taciturnes et d'une jeune auto-stoppeuse infantile, engagés dans une course automobile par l'entremise d'un rival solitaire.


Road Movie contemplatif illustrant la passion dévorante que peuvent entretenir les fous du volant, Macadam sur 2 voies est une fuite en avant vers une liberté sans illusion. La contre-culture de jeunes paumés sillonnant les routes des Etats-unis pour amasser leur gain à travers des courses illégales. Avec l'arrivée d'un quarantenaire tout aussi paumé et profondément frustré, nos trois conducteurs vont se lancer le défi de regagner Washington en un temps record ! Entre ces trois pèlerins avides d'élitisme par la gagne d'une course interminable, une jeune auto-stoppeuse versatile va semer le désordre vis à vis d'une idylle hésitante. Néanmoins, cette compétition de longue haleine va s'avérer finalement vaine et destructurée puisqu'en cours de route, nos deux acolytes vont notamment s'octroyer diverses courses aléatoires avec d'autres alliés tout aussi orgueilleux.
Cette intrigue futile bâtie sur la monotonie d'individus en quête libertaire nous illustre leur désir de fuite furtive sans pouvoir préfigurer l'avenir d'un lendemain incertain. C'est donc une errance routière que nous retrace Macadam à 2 voies, non exempt de loufoquerie (Warren Oates se révèle savoureux en quidam malchanceux contraint de prendre en auto-stop des individus peu communs), où flics et badauds restent des témoins apathiques. Sur le bitume des divers contrées consommées, nos héros vont néanmoins se porter en témoin d'une réalité morbide lors d'un accident meurtrier entre un camion et un véhicule. Alors que le quarantenaire, à deux doigts de s'isoler au bout du monde avec une gamine lunatique, va lui aussi se confronter au trépas lors des confidences d'une grand-mère accablée par le deuil familial de sa petite fille orpheline.


Course poursuite sans horizon de rebelles avides de notoriété et d'amour rédempteur mais incapables de se transcender dans leur ambition illusoire, Macadam à 2 voies est un road movie insolite véhiculant une nonchalance existentielle ainsi qu'une cocasserie excentrique (Warren Oates, en séducteur malhabile, est vêtu d'un pull de couleur distincte à chacune de ses apparitions !). Une virée urbaine de noctambules trop ancrés dans l'idéologie du temps présent où l'avenir n'a pas de raison d'être. Au risque de s'en brûler les ailes par déchéance amoureuse ou délivrance suicidaire. 

04.12.12
Bruno Matéï


lundi 3 décembre 2012

MALEVIL

                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site lamaisondegaspard.blogspot.com

de Christian de Chalonge. 1980. France/Allemagne. 2h00. Avec Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jean-Louis Trintignant, Jacques Villeret, Robert Dhéry, Hanns Zischler, Pénélope Palmer.

Sortie salles France: 13 Mai 1981 

FILMOGRAPHIE: Christian de Chalonge est un réalisateur français né le 21 Janvier 1937 à Douai.
1968: O Salto. 1971: l'Alliance. 1976: Le Désert des Tartares. 1978: l'Argent des Autres. 1980: Malevil. 1982: Les 40è Rugissants. 1990: Le Diable en Ville. 1990: Docteur Petiot. 1991: Le Voleur d'Enfants. 1996: Le Bel Eté 1914. 1997: Le Comédien. 1999: Maigret; un meurtre de première classe (télé-film). 2002: Maigret et le marchand de vin (télé-film). 2002: Maigret chez le Ministre (télé-film). 2007: l'Avare (télé-film). 2008: Le Malade Imaginaire (télé-film). 2009: Le Bourgeois Gentilhomme (télé-film).


Inspiré du roman homonyme de Robert Merle paru en 1972, Malevil est un récit de science-fiction post-apo décrivant sans esbroufe le quotidien d'une poignée de survivants après un cataclysme nucléaire. Co-produit entre la France et l'Allemagne, le film de Christian de Chalonge bénéficie en outre d'une distribution hétéroclite (Michel Serrault, Jacques Villeret, Jacques Dutronc et Robert Dhéry) afin de renforcer la crédibilité des évènements au cours duquel une famille de paysans va devoir s'unifier pour refonder un semblant de vie harmonieuse. Dans l'atmosphère feutrée d'une nature champêtre destituée de son environnement écologique, Malevil est d'abord une réussite esthétique modeste par son habileté à exploiter divers décors minimalistes pour retranscrire l'isolement d'un bout de campagne (bâtiments en ruines, rivière desséchée, champs et bosquet calcinés).


La première partie nous illustre avec efficacité la survie d'un groupe de citadins sauvés par l'explosion de la bombe et des effets de radiations depuis qu'ils s'étaient protégés en interne d'une cave. De manière circonspecte, Christian de Chalonge prend soin de nous attacher à ces campagnards de terroir réfugiés dans leur unique ferme et ayant encore l'aubaine de pouvoir élever le dernier bétail (chevaux, cochons et boeufs). Au fil des mois, après avoir labouré la terre et planter les nouvelles denrées, leur nouvelle vie semble beaucoup moins contraignante pour laisser présager le nouvel espoir d'un futur envisageable. Jusqu'au jour où une bande de voleurs faméliques décide de s'approcher un peu trop des champs de cultivation. Mais l'arrivée d'un autre groupe de survivants subordonnés à la hiérarchie d'un gourou totalitaire va sévèrement remettre en péril la postérité de nos agriculteurs. Cette seconde partie plus vigoureuse dans les conflits belliqueux entamés à travers deux clans rivaux laisse place à la rencontre apparemment hostile de pèlerins réunis en interne de wagons de transport sous l'isolement d'un tunnel. Tyrannisés par un directeur perfide alloué à la parole du divin (Jean Louis Trintignant, étonnant de flegme impassible), ces sbires sont contraints de lui obéir sans daigner tenter de s'insurger. Mais l'avènement des nouveaux survivants de Malevil va peut-être leur permettre de s'affranchir d'une emprise sectaire. A travers ce conflit hostile entre le peuple d'un fondamentaliste véreux et celui d'un pacifiste intègre (Michel Serrault en fermier autoritaire surprend par son jeu précisément modeste), le réalisateur démontre avec une dérision implicite l'instinct guerrier de l'être humain, contraint de se mesurer à la menace de l'étranger par esprit de mégalomanie, de survie ou d'autonomie. Et cela quelques mois seulement après avoir enduré un cataclysme nucléaire mondial aux conséquences catastrophiques.


Réalisé sans artifice avec une jolie photo scope et éludant le plus souvent la carte du spectaculaire, Malevil est une excellente preuve que le cinéma hexagonal est parfois apte à oeuvrer dans l'anticipation avec intelligence et persuasion. Son pouvoir de fascination émanant de l'environnement de sa campagne désincarnée ainsi que le caractère attachant des personnages, rendent toujours aussi attrayants ce post-nuke provincial bien de chez nous. A revoir sans réserve, notamment du fait de sa rareté partiale.   

03.12.12
Bruno Matéï


vendredi 30 novembre 2012

Blow Out

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Brian De Palma. 1981. U.S.A. 1h48. Avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz, Peter Boyden, Curt May.

Sortie salles France: 17 Février 1982. U.S: 24 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


Un an après son chef-d'oeuvre sulfureux Pulsions, Brian De Palma enchaîne avec un second thriller, une méticuleuse investigation afin d'y démanteler un attentat politique au coeur d'une Amérique paranoïaque. Au moment de ces expérimentations dans un parc régional, un preneur de son se retrouve témoin d'un meurtre fardé en accident. Or, suite à l'éclatement du pneu d'une voiture, un gouverneur et sa passagère sont projetés au fond d'une rivière. Après avoir sauvé in extremis la jeune fille, Jack tente de dévoiler au grand jour le meurtre du gouverneur à l'aide de sa bande-son mais aussi le film qu'un photographe est parvenu à enregistrer le soir même de la tragédie. Afin d'étouffer l'affaire au plus vite, un dangereux maniaque complice de cette conjuration s'entreprend de récupérer la bobine et supprimer les témoins gênants. Hommage au 7è art dans ce rapport inhérent que l'image et le son entretiennent communément afin d'épurer la chimère cinématographique, Blow Out est un jeu de manipulation roublard où le simulacre dévoile peu à peu ses failles par l'entremise d'un technicien de cinéma. Avec la complicité attachante de John Travolta (étonnant de sobriété dans un rôle à contre-emploi) et de l'aguicheuse Nancy Allen (irrésistible de naïveté candide dans sa fonction antinomique d'escort girl), Brian De Palma nous élabore une enquête passionnante où la mise en scène virtuose tient une fois de plus du prodige (utilisation harmonieuse du split screen, du travelling circulaire, du plan-séquence et de la louma).


Ainsi, à travers la reconstitution d'une scène de crime entreprise par un preneur de son obnubilé à rétablir la vérité, Brian De Palma nous manifeste son amour pour le cinéma sous toutes ses variantes. Si bien qu'ici, même les navets horrifiques mâtinés d'érotisme ont droit à la reconnaissance face à l'expressivité d'un hurlement salvateur. Une fois de plus, le réalisateur utilise avec masochisme la dextérité d'un scénario charpenté où les apparences trompeuses vont être dévoilées sous l'allégeance d'un cinéaste soucieux de conviction réaliste. Puisqu'en sous-intrigue, la quête du fameux cri escompté dès le prélude est finalement dégoté par le héros à travers Spoil ! l'agonie de sa compagne sacrifiée fin du Spoil. Et on peut dire qu'en terme de point d'orgue nihiliste, l'inoubliable dénouement de Blow-Out s'avère sacrément couillu pour laisser le spectateur dans un pessimisme élégiaque. Ce qui justifie d'ailleurs son relatif échec commercial lors de sa sortie en salles (13 747 234 dollars de recettes pour un budget de 18 millions) et la faillite qui s'ensuit pour sa société de production. Qu'importe la défaite, De Palma nous eut transcendé avec une maestria infaillible une course contre la montre fertile en péripéties délétères que nos héros ont parcouru pour y contrecarrer l'antagoniste, et ce afin de sauvegarder la preuve irréfutable d'un complot politique.


Un cri dans la nuit
Scandé de la partition raffinée de Pino Donaggio, Blow-out réexploite le mode opératoire du suspense et de l'enquête policière avec une roublardise jubilatoire. Dominé par un casting sans fard, cet hommage au cinéma "perfectible" transcende l'outil artistique au gré d'une énigme irrésolue. De par l'audace de sa conclusion bouleversante, Blow out prouve avec cruelle dérision (l'utilisation d'un vrai cri au profit d'une oeuvre de commande) qu'au cinéma rien n'est gagné d'avance, surtout lorsqu'un cinéaste s'efforce d'y cultiver sa patte personnelle. Quitte à l'arrivée d'essuyer un cuisant échec commercial... 

* Bruno
10.06.24. 5èx. Vostf
30.11.12.



jeudi 29 novembre 2012

Le jour d'Après / The Day After

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site encyclocine.com

de Nicholas Meyer. 1983. U.S.A. 2h06. Avec Jason Robards, JoBeth Williams, Steve Guttenberg, John Cullum, John Lithgow, Bibi Besch, Lori Lethin, Amy Madigan.

Diffusion TV U.S: 20 Novembre 1983. Sortie salles France: 25 Janvier 1984

FILMOGRAPHIENicholas Meyer est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 24 Décembre 1945 à New-York.
1979: C'était demain. 1982: Star Trek 2. 1983: Le Jour d'Après. 1985: Volunteers. 1988: Les Imposteurs. 1991: Company Business. Star Trek 6. 1999: Vendetta.


"Le Jour d’Après : autopsie d’un monde effondré".
Phénomène télévisuel lors de sa diffusion américaine, Le Jour d’Après fit naître un vent de panique tel qu’une ligne téléphonique fut mise en place dès le soir même pour calmer les esprits. Son impact émotionnel fut si retentissant que la France s’empressa de l’exploiter en salles. Œuvre de fiction post-apocalyptique, le film illustre les conséquences d’une Troisième Guerre mondiale embrasée par le péril nucléaire, décrivant avec un réalisme abrupt la survie désespérée d’une centaine d’êtres contaminés par la radioactivité. Structuré en trois actes, Le Jour d’Après s’attarde d’abord sur le quotidien paisible de familles ordinaires, lentement gagnées par l’angoisse face à l'escalade d’un conflit politique opposant URSS, Allemagne de l’Est et États-Unis. La caractérisation reste classique, fondée sur les principes d’un certain idéal familial, jusqu’à ce que les médias, saturés d’alertes, fassent basculer l’anxiété dans la frénésie : on investit les supermarchés, on remplit les caddies, on cherche des caves où se terrer — pendant que d’autres, à des kilomètres de leurs proches, entament une course contre la montre, le cœur noué, pour les rejoindre.


Puis vient le cataclysme. Lorsque les missiles américains sont lancés, la riposte soviétique s’abat dans une déflagration totale. Le Jour d’Après plonge alors dans l’horreur nue : une apocalypse nucléaire d’une brutalité hallucinée. Les effets spéciaux, parfois bricolés, parfois frappants — soutenus par des stock-shots tirés de Meteor ou Un Tueur dans la foule — parviennent malgré tout à générer une terreur profonde. Champignons atomiques, incandescences meurtrières, brasiers industriels, cités désossées : la vision d’un pays qui s’effondre est martelée sans relâche, à coups d’images cauchemardesques. Pour une production télévisuelle, Nicholas Meyer signe un coup de poing sans fard, une secousse émotionnelle d’une efficacité implacable. Cette seconde partie, fulgurante, vous cueille au plexus sans le moindre répit.


La dernière partie, plus sobre, plus cruelle aussi, s’attarde sur l’après. L’après-lumière, l’après-vie. Le réalisateur suit quelques survivants, ces visages croisés plus tôt, désormais hantés par le chaos. À travers eux, il brosse le tableau d’un monde à l’agonie : champs calcinés, forêts dénudées, arbres exsangues, animaux foudroyés, charniers d’humains pourrissants ou déjà momifiés. Une odeur de mort sature l’air, le choléra rôde, les vautours humains dictent leur loi. Le Jour d’Après devient alors une fresque dantesque, un opéra funèbre où chaque silhouette erre, spectrale, comme un zombie vidé d’avenir.


"Après le souffle, la poussière".
Cri d’alarme contre le vertige nucléaire, le film demeure une charge inflexible contre l’aveuglement de gouvernements voués à la destruction mutuelle. Les visions morbides de Nicholas Meyer, imprégnées de cendre et de ruine, laissent l’empreinte d’un génocide froid, implacable. Terrifiant jusqu’au dégoût, jusqu’au silence nauséeux. Et l’on espère, viscéralement, ne jamais connaître pareille extinction.

Note : plus de 100 millions d’Américains ont regardé ce téléfilm lors de sa première diffusion.

*Bruno
29.11.12. 4èx



mercredi 28 novembre 2012

L' Autre / The Other. Prix du Meilleur Réalisateur à Catalogne, 1972

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinepesadelo.blogspot.com

de Robert Mulligan. 1972. U.S.A. 1h40. Avec Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvanoky, Martin Udvanoky, Norma Connolly, Victor French, Loretta Leversee, Lou Frizzell.

Sortie salles U.S: 23 Mai 1972. France: 20 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Robert Mulligan est un réalisateur américain, né le 23 Août 1925 à New-York, décédé le 20 Décembre 2008 à Lyme, Connecticut. 1957: Prisonnier de la peur. 1960: Les pièges de Broadway. 1961: Le Rendez-vous de Septembre. 1961: Le Roi des Imposteurs. 1962: l'Homme de Bornéo. 1962: Du Silence et des Ombres. 1963: Une Certaine Rencontre. 1964: Le Sillage de la Violence. 1965: Daisy Clover. 1967: Escalier Interdit. 1969: l'Homme Sauvage. 1971: Un Eté 42. 1971: The Pursuit of Happiness. 1972: l'Autre. 1974: Nickel Ride. 1978: Les Chaines du sang. 1978: Même heure l'année prochaine. 1982: Kiss me Goodbye. 1988: Le Secret de Clara. 1991: Un Eté en Louisiane.

 
⚠️ AVERTISSEMENT : IL EST PRÉFÉRABLE D'AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SUIT ⚠️

L’Innocence Décomposée.
Pierre angulaire d’un fantastique éthéré autant qu’œuvre maudite — longtemps invisible, désormais exhumée en Blu-ray L’Autre est une vertigineuse descente dans la psyché d’une innocence fracturée. Adapté du roman de Tom Tryon, le film épouse la sensibilité douloureuse de l’enfance pour y injecter, tout en finesse, les thèmes du dédoublement, de la hantise, de la possession. Une odyssée psychologique d’une intensité dramatique déchirante.

Car derrière cette lumière d'été faussement sereine, c’est un drame familial en décomposition que nous explorons. Une dynastie ravagée par une série de morts tragiques, et au cœur du chaos : Niles, enfant candide broyé par le deuil de son père et de son jumeau. Terrifié à l’idée de mourir, effrayé par sa solitude, il s’accroche à l’illusion qu’Holand est toujours là. L’esprit malicieux — ou maléfique ? — du frère défunt finit par contaminer Niles, l’entraînant dans une spirale schizophrène où les frontières entre réel et imaginaire se désagrègent.
 

L’intrigue prend racine dans une relation clé : celle qu’il entretient avec sa grand-mère, Ada. Pour l’aider à traverser l’épreuve du deuil, elle lui enseigne un étrange jeu mental — une projection sensorielle dans l’esprit d’un autre. Mais ce jeu d’apparence inoffensive devient un piège. En se fondant dans l’illusion, Niles ouvre une brèche d’où surgit la chair spectrale de son double. Et, peu à peu, bascule.

Le drame devient alors insoutenable. Parce qu’il touche à ce que l’enfance a de plus vulnérable. Sous sa pudeur narrative, le film insuffle une horreur feutrée, presque indicible, rythmée par les tourments d’un enfant en dérive et les silences d’une grand-mère impuissante. Ajoutez à cela une mère veuve, murée dans une mélancolie mutique, incapable d’absorber la disparition de ses fils. Et l’atmosphère s’épaissit jusqu’à l’étouffement.


Jusqu’à ce point d’orgue, cette révélation atroce, innommable, qui scelle le destin de tous. Cette image terminale, aussi glaciale que définitive, nous laisse exsangue. Deux questions alors, suspendues dans le néant : Niles était-il réellement possédé par l’âme d’Holand ? Ou bien le "jeu" d’Ada, combiné à la cruauté du monde, n’a-t-il fait que réveiller une folie latente ?

 
Le Double et l’Abîme.
Clef de voûte du fantastique moderne, L’Autre nous éprouve sans anesthésie. Son crescendo malsain, son climat de deuil poisseux, sa mise en scène économe mais implacable... Et surtout, les performances saisissantes de Chris et Martin Udvarnoky, d’une dualité troublante : tendres et glaçants, angéliques et démoniaux. Ils incarnent la tragédie de l’enfance perdue avec une vérité presque insoutenable.

L’Autre, film inoxydable, continue de hanter — et d’ensorceler — ceux qui osent y plonger.

*Bruno
28.11.12

Récompense: Prix du Meilleur Réalisateur au Festival de Catalogne en 1972

L'avis de Mathias Chaput: http://horrordetox.blogspot.fr/2012/11/the-other-de-robert-mulligan-1972.html
Très peu prolixe dans le cinéma d'outre Atlantique, Robert Mulligan signe avec "The Other" un véritable chef d'oeuvre du cinéma fantastique contemporain...
Un scénario d'une originalité totale, sans redondances ni esbroufes...
Aucun effet gore n'est à déplorer dans le métrage !
Un climat malsain s'intègre parfaitement prenant le contre-pied de l'environnement et de l'innocence des protagonistes qui y végètent, en l'occurrence de simples et frêles pré adolescents qui ne demandent qu'à vivre et aimer la vie !
L'astuce de Mulligan consiste à faire virer crescendo son intrigue avec une révélation imparable et glaçante au bout d'une heure de projection !
Puis il fait tout partir en live pendant la dernière demie heure !
Dans la lignée de "Psychose" réalisé douze ans avant, voire même un petit côté "Carnival of souls" mais se démarquant par une mise en scène affûtée aux limites de l'onirisme, matinée de la plus grande schizophrénie pour le personnage principal !
"The other" est un film culotté et carrément révolutionnaire qui fera date dans le genre !
Avec des séquences sorties de nulle part, notamment cette virée dans une fête foraine avec les "monstres", ou ce plan aérien où Nels s'imagine être un corbeau survolant le village !
Mulligan ne recule devant aucun stratagème pour augmenter la terreur chez le spectateur, jusqu'à un final apocalyptique à la fois immoral et sans "happy end" !
Très bien joué et excellemment mis en scène, "The other" est à marquer d'une pierre blanche, film rare et précieux, il se doit d'être vu par tout cinéphile fantasticophile !
Note : 10/10 (pour l'originalité du scénario et l'intelligence du traitement de ce dernier)

                                        

mardi 27 novembre 2012

LES REVOLTES DE L'ILE DU DIABLE (Kongen av Bastøy). Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Marius Holst. 2010. Norvège/Pologne/Suède/France. 1h55. Avec Benjamin Hesltad, Trond Nilssen, Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Trond Nilssen.

Récompense: Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

Sortie salles France: 23 Novembre 2011. Norvège: 17 Décembre 2010

FILMOGRAPHIE: Marius Holst est un réalisateur, producteur et scénariste norvégien, né en 1965 à Oslo.
1990: Besokstid. 1994: Croix de bois, croix de fer. 1996: Lukten av mann. 1997: 1996: Pust pa meg !
2001: Oyenstikker. 2003: Tito ar dod. 2006: Kjoter (télé-film). 2007: Blodsband. 2010: Les Révoltés de l'île du diable.


Inspiré d'une histoire vraie, Les Révoltés de l'île du Diable retrace les conditions de vie drastiques d'une poignée de délinquants au sein d'un centre de redressement norvégien. Les évènements se déroulent sous un hiver réfrigérant de 1915. Le centre situé à Bastoy est implanté sur une île sous le commandement d'un directeur insidieux et d'un surveillant sadique. Mais l'arrivée d'une forte tête va peu à peu perturber leur hiérarchie et finalement déclencher une insurrection de grande ampleur.
Photo limpide contrastant avec son climat hivernal rigoureux, Les Révoltés de l'île du Diable est un puissant témoignage sur l'endurance de survie autant qu'un réquisitoire contre le despotisme d'une hiérarchie disciplinaire. Le sentiment d'isolement éprouvé au sein de cette île maudite laisse planer une solitude blafarde parmi le séminaire de jeunes désoeuvrés livrés aux pires corvées. Soumis à l'esclavage d'une discipline de fer et desservis par une alimentation précaire, les adolescents les plus arrogants sont notamment livrés à divers sévices corporels et humiliations par l'impassibilité d'un surveillant licencieux. Pour les plus opiniâtres d'entres eux avides d'évasion, l'isolement du cachot ou les travaux forcés pratiqués à proximité d'une forêt pluvieuse sont les punitions exemplaires afin de les dissuader d'une prochaine tentative.


Auscultant les conditions de vie tyranniques que vont subir ces jeunes délinquants durant plusieurs années d'emprisonnement, Marius Holst nous décrit avec un réalisme blafard cette descente aux enfers particulièrement abrupte. Majoritairement interprété par des comédiens débutants criants de vérité, la densité humaine qui émane de ses souffres douleurs nous émeut d'une manière terriblement empathique, d'autant plus qu'un ultime baroud d'honneur va laisser place à une rébellion belliqueuse. C'est en priorité vers la caractérisation de deux adolescents de prime abord contradictoires dans leur personnalité distinct qu'il s'attache à nous décrire leur calvaire mais aussi leur sens de camaraderie avec une affliction rude. En outre, à travers le discours moralisateur du directeur de prison (superbement incarné par un Stellan Skarsgârd castrateur), le réalisateur évoque sa lâcheté et son hypocrisie à oser tolérer un abus sexuel sur mineur sous couvert de bonne conscience. Vibrant témoignage de bravoure, de vaillance et d'honneur, ce portrait d'une adolescence souillée se révèle d'autant plus implacable par son impact effrayant qu'il est réellement inspiré d'évènements réels (comme le témoigne son générique de fin faisant défiler quelques photos d'archives où de vrais prisonniers juvéniles exerçaient des travaux de plantation !).


Elégie d'une fraternité inconsolable entre deux héros déchus, pamphlet contre le totalitarisme et témoignage édifiant sur la cruauté tolérée à de jeunes délinquants, Les Révoltés de l'île du Diable est une épreuve de survie d'une acuité émotionnelle cafardeuse. Son inévitable point d'orgue dramatique alloué au surpassement de soi et à la dignité humaine laisse en mémoire une conclusion amère sur l'intransigeance d'une société impitoyable.

Note subsidiaire: Le centre de détention de Bastøy, créé en 1900, est resté dans une discipline très stricte jusqu'en 1953, puis il est transformé en prison en 1970. Cette prison est maintenant un lieu d'expérimentation pour devenir la « première prison écologique au monde ».

27.11.12
Bruno Matéï 

lundi 26 novembre 2012

L'Etrange Créature du Lac noir / The Creature from the Black Lagoon

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Jack Arnold. 1954. U.S.A. 1h19. Avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Nestor Paiva, Whit Bissell, Sydney Mason, Bernie Gozier.

Sortie salles France: 13 Avril 1955. U.S: 5 Mars 1954

FILMOGRAPHIE: Jack Arnold est un réalisateur américain, né le 14 Octobre 1916, décédé le 17 Mars 1992. 1950: With These Hands. 1953: Le Crime de la semaine. 1953: Filles dans la nuit. 1953: Le Météore de la nuit. 1954: l'Etrange Créature du lac noir. 1955: La Revanche de la créature. 1955: Tornade sur la ville. 1955: Tarantula. 1955: Crépuscule Sanglant. 1956: Faux Monnayeurs. 1957: l'Homme qui Rétrécit. 1957: Le Salaire du Diable. 1958: Le Monstre des abîmes. 1958: Madame et son pilote. 1959: Une Balle signé X. 1960: La Souris qui rugissait. 1961: l'Américaine et l'amour. 1964: Pleins phares. 1969: Hello Down There. 1975: The Swiss Conspiracy.


Classique du monster movie des années 50 , l'Etrange Créature du lac noir marqua notamment une génération de cinéphile quand il fut autrefois projeté à la télévision dans le cadre de l'émission d'Eddie Mitchel, la Dernière Séance. Tous les spectateurs s'étaient alors empressés d'acheter une paire de lunette vendue avec le magazine Télé 7 Jours afin de pouvoir bénéficier de l'effet 3D escompté. Ce 19 Octobre 1982 fut donc une première en France pour l'exploitation du relief sur petit écran. Mais en dépit de son succès d'audience inévitable, l'expérience n'a pu être renouvelée faute de l'inefficacité visuelle des lunettes assujetties aux filtres bleues et rouges. Dans la mouvance de King KongJack Arnold nous concocte ici un film d'aventures riche en péripéties lorsqu'une créature amphibie sème la terreur auprès de scientifiques partis en expédition amazonienne. En effet, après avoir découvert une main fossilisée, des chercheurs embarquent à bord d'un bateau pour rejoindre le lagon noir. C'est dans cette mystérieuse lagune qu'ils devront se mesurer à l'hostilité d'un monstre aquatique.


Suspense lattent, exotisme et frissons ludiques sont les ingrédients inhérents d'un succès si mondialement célébré à travers le monde que deux autres suites furent rapidement mises en chantier. Bien entendu, si l'aspect effrayant de la créature peut aujourd'hui prêter à sourire, son pouvoir de fascination qu'il véhicule à travers son apparence mi-humaine, mi-amphibie, ainsi que la qualité des effets-spéciaux confectionnées à l'aide d'un costume en mousse de caoutchouc, n'ont rien perdu de sa poésie formelle. Car à l'instar de King-Kong, Jack Arnold accorde notamment une certaine empathie pour l'amertume esseulée du monstre subitement épris d'affection pour Kay Lawrence, la jeune femme du Dr Reed. En outre, à travers le profil arrogant d'un rival mégalo (le Dr Mark Williams), il met en exergue l'avidité de l'homme délibéré à capturer une espèce inconnue pour son ego et sa quête métaphysique sur l'origine de l'univers. Il confronte par ailleurs l'intrusion désinvolte de chercheurs notables au sein d'un environnement sauvage où la nature était à l'unisson.  Au fil des nombreuses estocades improvisées par la créature toujours plus coriace, la vigueur de la mise en scène s'impartie d'un rythme davantage haletant lorsque nos héros bloqués en interne de la lagune sont contraints de se défaire d'un barrage pour retrouver la liberté.


De par sa jolie photo monochrome, la dextérité d'une réalisation efficace, le talent de ses interprètes et surtout le magnétisme inquiétant du monstre amphibien, l'Etrange créature du Lac noir perdure son pouvoir attractif avec un charme naïf irrépressible. 

*Bruno
26.11.12
22.11.24. Vostfr