lundi 21 octobre 2013

All the boys love Mandy Lane

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

de Jonathan Levine. 2006. U.S.A. 1h30. Amber Heard, Anson Mount, Whitney Able, Michael Welch, Edwin Hodge, Aaron Himelstein, Luke Grimes.

Sortie salles U.S: 11 Octobre 2013 (sortie limitée). Angleterre: 15 Février 2008. France, uniquement en Dvd: 3 Août 2010

FILMOGRAPHIE:  Jonathan Levine est un réalisateur et scénariste américain, né le 18 Juin 1976 à New-York. 2006: All the Boys love Mandy Lane. 2008: Wackness. 2011: 50/50. 2013: Warm Bodies.


Inédit en salles en France et tardivement programmé aux States (il est sorti le 13 Octobre 2013), faute d'une défaite financière des distributeurs (l'insuccès du dyptique Boulevard de la mort / Planet Terror), All the Boys love Mandy Lane aura connu bien des déboires pour accéder à son exploitation commerciale. Le pitchUne bande d'ados décide de passer un long week-end bucolique dans le ranch familial d'un de leurs camarades. C'est aussi l'occasion pour les garçons de courtiser la jeune Mandy Lane, fille candide à la beauté renversante. Mais une série de meurtres violents ébranle leur festivité. Sous le mode opératoire du psycho-killer de base influencé par Vendredi 13, le réalisateur  Jonathan Levine se réapproprie des clichés avec une ambition somme toute personnelle afin de se démarquer de l'ornière. On est d'abord frappé par la beauté naturelle de ces images poétiques (métaphore de la puberté) mais aussi impressionné par la troublante Mandy Lane lorsqu'elle déambule dans son lycée sous le regard éperdu des adolescents. Cette égérie sexuelle attisant d'autant plus curiosité, concurrence et jalousie qu'elle semble faire preuve d'abstinence pour la luxure.


Ce personnage central, Jonathan Levine en tire un archétype féministe où l'aura trouble de sa présence virginale planera durant tout le récit. Au niveau des stéréotypes impartis à la description des protagonistes (le dragueur, la blonde potiche, le bouffon, la grande gueule, le quidam valeureux, etc...) le réalisateur les fait voler en éclat en accordant une certaine humanité dans leur malaise pubère insolent. Car si nos jeunes fêtards continuent à se droguer et forniquer lors d'une insouciance libertaire, le témoignage innocent de Mandy Lane ainsi que la présence meurtrière d'un tueur aux aguets vont les rappeler à l'ordre de la raison. Ou lorsque le psycho-killer rencontre la chronique sociale d'une jeunesse déshumanisée par la compétition. En dépit de la stature imposée à ces personnages si souvent déconsidérés à travers l'iconographie du genre, All the Boys love Mandy Lane est notamment transcendé de la stylisation d'une mise en scène rigoureuse (voire parfois même expérimentale) en multipliant les prises de risque. Celles d'y bousculer les habitudes du spectateur pour son ton anti ludique et son refus de concession si bien que l'aspect spectaculaire des meurtres n'a ici rien de divertissant. Si bien que la violence est froide, crue, même si parfois hors-champs afin d'éviter la complaisance, et son réalisme désespéré nous laisse dans une certaine contrainte émotionnelle quant à son ultime demi-heure rigoureusement éprouvante, surprenante, impressionnante. Quand bien même l'aspect équivoque du personnage de Mandy Lane accentue cette force émotive nous laissant au final un arrière goût fort amer dans la bouche. En crescendo, Jonathan Levine distillant une terreur moite davantage ardue pour le sort des ados, alors que son point d'orgue nihiliste nous laisse sur le carreau pour la révélation du meurtrier ainsi que son parti-pris à la fois immoral et désenchanté.


Elephant. 
Etrangement poétique, désabusé, dérangeant mais aussi poignant, All the Boys love Mandy Lane réfute la redite triviale pour nous livrer un psycho-killer littéralement vénéneux, fascinant, hypnotique en somme. Le soin formel accordé aux images graciles et la beauté envoûtante de Mandy Lane se complétant harmonieusement pour laisser en mémoire une élégie défaitiste, malaise social du constat de l'amour du point de vue de l'ado ici provocateur, vulgaire, égoïste, bonimenteur. Pour un premier long-métrage aussi atypique, on peut peut-être évoquer le coup de maître de cet auteur sagace infiniment attentionné d'y dépeindre un malaise existentiel aux conséquences factieuses.

*Bruno 
21.10.13
21.07.2024. Vostfr

samedi 19 octobre 2013

A HIJACKING. (Kapringen)


de Tobias Lindholm. 2012. Danemark. 1h39. avec Pilou Asbæk, Søren Malling, Dar Salim, Roland Møller

Sortie salles France: 10 Juillet 2013

FILMOGRAPHIE: Tobias Lindholm est un réalisateur, scénariste et acteur danois.
2010: R
2012: A Hijacking


Dans l'océan Indien, sept marins danois vont devenir les victimes d'une prise d'otages à bord de leur navire. Leur entreprise professionnelle va tenter de négocier avec les terroristes une demande de rançon exorbitante afin de la réévaluer et sauver l'équipage. 


Un film choc d'un réalisme décoiffant et au jeu d'acteur bluffant de vérité ! Le réalisateur danois réinventant ici le concept d'une prise d'otage avec un souci de vérité faisant office de documentaire. Principalement dans les rapports de force étroits que des hommes d'affaires et un affréteur doivent entretenir avec des terroristes afin d'établir un consensus sur la somme désirée. Alors que nos bureaucrates vont tout mettre en oeuvre pour réduire le montant de la rançon, les pirates n'auront de cesse à pratiquer le chantage contre la vie d'innocents afin d'exiger une somme extravagante.
Du point de vue des victimes, le réalisateur privilégie une émotion viscérale envers leur traitement infligé pour des problèmes d'hygiène et auquel humiliations et jeu de soumission sont pratiquées par des rebelles sans vergogne. Un sentiment tangible de claustration est également transmis au spectateur à travers leur interminable embrigadement au sein du navire. En auscultant leur humanisme sévèrement contrarié par la chance de survie car contraints de patienter durant des mois une décision majeure, A Hijacking met en exergue leur épreuve de force toujours plus ardue jusqu'au traumatisme psychologique. Sans parler de l'attente des familles stressées, sévèrement malmenées par une situation insoutenable.
A la manière d'un reportage, le réalisateur nous immerge donc dans un cauchemar en haute mer oppressant où l'abattement semble également nous atteindre. Au delà du jeu rigoureux de l'interprétation, on peut également louer la prestance des comédiens somaliens aux gueules faméliques éludées de moindre empathie. Impassibles et opiniâtres, même si parfois épris d'une certaine sympathie pour les otages (la séquence de beuverie qu'ils se partagent aux premières semaines des négociations), leur posture belliqueuse laisse augurer le pire quand à la mise de rançon incessamment remaniée par des notables obtus !


Avec le réalisme tranché d'une situation de crise interminable, A Hijacking nous fait traverser le calvaire d'une prise d'otage dans une volonté immersive de nous impliquer en interne des négociations. Sa mise en scène épurée éludée de moindre fioriture, son émotion parfois ardue (le final en demi-teinte laisse une trace indélébile dans l'esprit du spectateur) et surtout le jeu authentique des comédiens laissent en mémoire un suspense éprouvant où le courage de survie est mis à rude épreuve.   

Bruno Matéï
19.10.13


vendredi 18 octobre 2013

Le Village des Damnés / Village of the Damned

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de John Carpenter. 1995. U.S.A. 1h39. Avec Christopher Reeve, Kirstie Alley, Linda Kozlowski, Michael Paré, Meredith Salenger, Mark Hamil.

Sortie salles France: 16 Août 1995. U.S: 28 Avril 1995

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis).
1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


Si tout le monde (ou presque) s'accorde à dire que Le Village des Damnés fait parti d'un des métrages les moins renommés de la carrière de John Carpenter, il serait toutefois temps de réévaluer cette petite pépite d'angoisse parano, remake intelligemment réactualisé en couleurs d'un scope éclatant. Adapté du célèbre roman de John Wyndham (The Midwich Cuckoos) et déjà porté à l'écran par Wolf Rilla en 1960, le Village des Damnées doit sa réussite à son traitement original d'une menace surnaturelle envers l'apparence anodine de chérubins blonds. Avec une certaine émotion, c'est également l'occasion de retrouver dans un dernier rôle valide le grand Christopher Lee, parfaitement à l'aise dans celui d'un médecin flegmatique au destin valeureux. Le PitchDans la petite ville de Midwich, plusieurs habitants s'évanouissent à un endroit précis de la région après qu'un nuage invisible vogua au dessus de leur banlieue. Réveillés quelques heures plus tard, plusieurs femmes se retrouvent inexplicablement enceintes afin d'enfanter des rejetons aux pouvoirs surnaturels !


Avec sa réalisation consciencieuse peaufinant l'espace du cadre au sein d'un esthétisme flamboyant, John Carpenter possède le don inné de nous plonger dans des contes cauchemardesques où l'aura trouble s'insinue naturellement en nous. L'art de narrer un sujet original où de petits blondinets possèdent la faculté de lire et contrôler nos pensées par un simple regard télépathique et dont le but égotiste et d'y régir notre monde. Réflexion spirituelle sur l'indépendance de l'âme, l'impulsion de l'amour et notre sens humaniste nécessaire à la clef de survie, le Village des Damnées contraste ces thèmes parmi l'immoralité d'une colonie d'enfants impassibles, métaphore sur la fascisme. Des marmots délétères à la conscience collective incontrôlable, dénués de compassion et de sentiments pour pouvoir s'adapter avec la race humaine. Ainsi, dans une éthique d'asservissement et de dictature, leur déontologie est donc essentiellement vouée à se reproduire biologiquement afin d'accéder à la suprématie. A travers ce récit fantastique aussi envoûtant (les enfants possèdent un magnétisme psychologique réellement inquiétant avec leurs yeux scintillants), intense et captivant (les enjeux de survie sont toujours plus alarmistes jusqu'au point d'orgue vertigineux), John Carpenter renouvelle le principe du remake avec l'habileté du conteur studieux.


Pourvu d'une narration privilégiant l'étude de caractère des personnages en oscillant intelligemment avec les scènes chocs horrifiques (le bras plongé dans un bain d'eau bouillante, le cuisinier carbonisé sur son barbecue) ou explosives (la fusillade sanglante perpétrée entre les forces de l'ordre, l'ultime confrontation psychologique entre le docteur et les enfants), Le Village des Damnés est un efficace jeu d'angoisse en acmé, métaphore sur la soumission et le totalitarisme. Un cauchemar d'autant plus inquiétant, trouble, anxiogène qu'il est transcendé du charisme surnaturel de ces charmantes têtes blondes et d'une partition envoûtante si chère à Carpenter

*Bruno
18.10.13. 3
11.09.24. 4èx.Vostfr


jeudi 17 octobre 2013

La Malédiction Finale / The Final Conflict

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site blushots.weebly.com

de Graham Baker. 1981. U.S.A. 1h48. Avec Sam Neill, Rossano Brazzi, Don Gordon, Lisa Harrow, Barnaby Holm, Mason Adams.

Sorties salles France: 7 Octobre 1981

FILMOGRAPHIE: Graham Baker est un réalisateur, producteur et scénariste américain.
1981: La Malédiction Finale. 1984: Impulse. 1988: Futur Immédiat, Los Angeles 1991. 1990: The Recruit. 1991: Ni dieu ni maître (Born to Ride). 1999: Beowulf


"Regarde le Lion de Juda ! Le messie qui est venue d'abord enfant et ne revient pas enfant, mais en Roi des Rois, pour régner dans la gloire à jamais !"

Dernier volet d’une trilogie à succès (en épargnant le calamiteux téléfilm des années 90), La Malédiction Finale scelle l’achèvement de l’Antéchrist, désormais mû par des motivations politiques.
Car à présent âgé de 32 ans, Damien Thorn vient d’être nommé ambassadeur en Grande-Bretagne, après s’être débarrassé de son prédécesseur. Tandis que la renaissance du Nazaréen approche, il met tout en œuvre pour l’éradiquer, aidé de ses fidèles disciples.

Cinéaste discret, mais auteur de deux séries B fort honorables (Impulse, Futur Immédiat), Graham Baker contourne l’horreur cinglante du second opus pour retrouver la sobriété psychologique du chef-d’œuvre de Donner, avec un esthétisme gothique plus affirmé - ruines monumentales où se réunissent les moines, final crépusculaire dans une abbaye fantomatique où Damien s’est retranché.
Renforcé par l’interprétation inquiétante de Sam Neill, tout en magnétisme contenu, La Malédiction Finale se montre plus ambitieux que son prédécesseur, préférant explorer les stratégies politiques de Damien pour accéder à son omnipotence.

Exit donc le rythme effréné d’une horreur spectaculaire : place à un thriller politico-spirituel, traversé par le combat éternel du Mal contre le Bien.
C’est un Damien au sommet de sa puissance, mais hanté, que nous dévoile Baker, sa crainte de la résurrection du Christ devenant plus viscérale à l’approche d’une date prophétique : le 24 mars, entre minuit et six heures.
En parallèle, une confrérie de sept moines, guidée par les Écritures et les signes astraux, s’apprête à déjouer ses plans, tentant de l’éliminer à l’aide des fameuses dagues sacrées.

Et si la mise en scène, constamment efficace, accuse parfois quelques facilités (la rapidité avec laquelle la maîtresse de Damien décèle le chiffre 666 sous sa chevelure, ou un affrontement final peut-être trop vite expédié), la tension alarmiste et la densité des enjeux tiennent le spectateur en haleine jusqu’à la chute inéluctable du Fils du Diable.

L’horreur graphique s’efface au profit d’une dimension mystique, mais certaines morts restent redoutablement percutantes : le suicide mécanique du premier ambassadeur, une balle dans la bouche déclenchée par un ingénieux dispositif ; le chrétien foudroyé et brûlé vif sur un plateau télévisé ; ou encore cette chasse à courre d’une brutalité implacable, galvanisée par le souffle homérique de la mise en scène.
Ajoutons à cela une dimension tragique, quasi biblique, lors des harangues de Damien à ses fidèles ou face au Christ de pierre, dans un monologue aussi intime que glaçant.

"Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,
car le monde ancien a disparu."
Apocalypse 21:4

Avec son format scope classieux, La Malédiction Finale s’impose comme une conclusion digne, subtilement distincte de ses aînées. Un scénario solide, une mise en scène élégante, l’aura troublante de Sam Neill, la puissance grégorienne de Jerry Goldsmith
Autant d’éléments qui parachèvent cette passionnante trilogie vers une épiphanie finale aussi téméraire que mystique.

Bruno — cinéphile du cœur noir

La critique de La Malédictionhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html
La critique de Damien: La Malédiction 2http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/damien-la-malediction-2-damien-omen-2.html

28.04.25. 5èx. Vost
26.11.24. 
17.10.13. 

mercredi 16 octobre 2013

Damien: La Malédiction 2 / Damien: Omen II

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site esplatter.com
 
de Don Taylor. 1977. U.S.A. 1h46. Avec William Holden, Lee Grant, Jonathan Scott-Taylor, Robert Foxworth, Nicholas Pryor, Lew Ayres, Sylvia Sidney.

Sortie salles France: 16 Août 1978. U.S: 9 Juin 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Taylor est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 13 Décembre 1920 à Freeport, Pennsylvanie (Etats-Unis), décédé le 29 Décembre 1998 à Los Angeles (Californie). 1969: 5 hommes armés. 1971: Les Evadés de la Planète des Singes. 1973: Tom Sawyer. 1977: L'île du Docteur Moreau. 1978: Damien: la malédiction 2. 1980: Nimitz, retour vers l'enfer.


"Ces hommes-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres du Christ". 

Second opus d’une trilogie passionnelle consacrée à l’avènement de l’Antéchrist sur Terre, Damien : La Malédiction 2 poursuit son chemin de croix apocalyptique à travers l’éveil d’un adolescent en quête d’identité. Richard Donner n’étant plus aux commandes, la réalisation échoit à Don Taylor, artisan habile de la série B fantastique (Les Évadés de la planète des singes, L’Île du Dr Moreau, Nimitz). Quant à William Holden, qui avait décliné le rôle de père adoptif dans le premier volet pour cause de réticence envers le satanisme, il revient cette fois-ci, convoqué par le triomphe planétaire du chef-d’œuvre initial, pour incarner le frère de Robert Thorn.

Certaines scènes sont signées par le scénariste Mike Hodges (le dîner avec la tante, la visite de l’usine, l’enseignement militaire), mais des désaccords avec la production le poussent à quitter le projet. C’est donc à Don Taylor que revient l’honneur d’achever cette entreprise infernale.

Le pitch : aujourd’hui âgé de 12 ans, Damien Thorn est recueilli par son oncle Richard et son épouse, suite aux tragiques événements ayant emporté ses parents adoptifs. Inscrit dans une école militaire, le jeune garçon s’initie peu à peu à sa véritable nature, guidé par les murmures de ses disciples, tandis que de mystérieux accidents meurtriers sèment l’effroi au sein de son nouveau foyer.

Deux ans après La Malédiction, cette suite, lancée dans la foulée, ne retrouve pas l’intensité tragique de son prédécesseur, mais elle s’impose comme une œuvre rigoureuse, axée sur un florilège de morts violentes orchestrées par les forces du Mal - parfois incarnées par la figure énigmatique d’un corbeau noir magnétique.

Don Taylor mise sur l’efficacité brute, privilégiant des séquences choc, vertigineuses dans leur cruauté sèche : l’agression d’une femme par des corbeaux sur une route bucolique, la noyade sous la glace d’un vieil homme aspiré par les courants, ou encore le démembrement d’un médecin dans la cage d’un ascenseur pris de folie mécanique. Autour de ces morts plus explicites que dans le premier volet, le film s’attache à la montée en puissance du jeune Damien, désormais élève modèle dans un établissement martial, siège de sa métamorphose.

Si le récit s’avère un peu moins dense, il reste captivant, soutenu par une mise en scène nerveuse et stylisée : l’attaque des corbeaux sur cette femme au manteau rouge flamboyant, ou la séquence du lac gelé, véritable coup de froid claustrophobe gravé dans la rétine. Le couple William Holden / Lee Grant, bien que moins imposant que Gregory Peck et Lee Remick, apporte une prestance suffisante pour ancrer la narration, surtout grâce à la stature rassurante de Holden.

Mais c’est Jonathan Scott Taylor, au regard impassible et troublant, qui irradie. Son interprétation glacée insuffle à Damien une aura ensorcelante, sur le fil entre innocence perdue et détermination maléfique. Adolescent surdoué - comme en témoigne ce duel oral fulgurant avec son professeur d’histoire - il bascule progressivement dans l’ombre, conscient de sa destinée. Et si, parfois, une hésitation, un remords, viennent fissurer la carapace, la perte de valeur humaine est déjà amorcée.

 
Son pouvoir infini est sa solitude. Sa splendeur, la fatalité qui l’étreint.
"Le jour viendra, Damien, où le monde saura qui tu es..."
Soutenue par la partition enragée de Jerry Goldsmith (dans une version plus moderne mais tout aussi saisissante), Damien : La Malédiction 2 joue brillamment la carte du divertissement intelligent. Suspense horrifique, action brutale, tension spirituelle : tout s’harmonise dans un crescendo de damnation. L’empreinte de Damien, adolescent maudit en pleine mutation, demeure fascinante. Son regard transperce, ses choix dérangent, et son chemin, jalonné de sang et de renoncements, continue de hanter la mémoire du spectateur. Notamment dans ces séquences marquantes : sa joute pédagogique, son sacrifice final, ou l’éclair de lucidité qui scelle son abandon à la noirceur.
Une excellente séquelle, maîtrisée et fiévreuse, dont la mise en scène resserrée capte chaque battement de cœur… ou d’horreur.

Bruno — cinéphile du cœur noir

La chronique de La Malédiction http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html
La chronique de La Malédiction Finalehttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction-finale-final-conflict.html

16.10.13.
08.10.20. 4èx


mardi 15 octobre 2013

La Malédiction / The Omen

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site ablogofhorror.com

de Richard Donner. 1976. U.S.A/Angleterre. 1h51. Avec Gregory Peck, Lee Remick, Harvey Stephens, David Warner, Billie Whitelaw, Patrick Troughton.

Sortie salles France: 17 Novembre 1976. U.S: 25 Juin 1976

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


"Il faut de la finesse. Que l'homme doué d'esprit calcule le chiffre de la Bête: c'est un chiffre d'homme: son chiffre est 666"
Livre de l'Apocalypse, Chapitre 13, verset 18.

"Damien, l’Ange aux Griffes Noires".
Trois ans après le traumatisme L'Exorciste de Friedkin, et pour mieux surfer sur la vague mercantile du satanisme, Richard Donner puise dans les versets bibliques pour La Malédiction, espérant ainsi gagner en authenticité. Épaulé par des stars aussi prestigieuses que Lee Remick, David Warner et surtout le vétéran Gregory Peck – admirable de robustesse dans un rôle pourtant inadapté – cette variation grand public sur le thème démoniaque tente de nous persuader que l’Antéchrist s’apprête à accomplir sa sinistre prophétie, dissimulé sous les traits d’un charmant bambin. Pour masquer la mort de son fils et sans en révéler la supercherie à son épouse, l’ambassadeur Robert Thorn adopte un nourrisson sur les conseils ambigus d’un prêtre. Très vite, l’enfant présente un comportement troublant, tandis qu’une série d’incidents meurtriers vient décimer l’entourage familial.

« La marque du chef-d’œuvre, c’est que même lorsqu’on en connaît l’issue, le plaisir du revoir reste intact ! » Classique notoire, La Malédiction ne déroge pas à cette règle d’or, gravant dans le marbre un récit diabolique érigé sous le sceau de l’Évangile. Avec un savoir-faire virtuose, Donner orchestre pour son quatrième long-métrage un film d’horreur ludique, d’une efficacité redoutable, alignant les scènes chocs spectaculaires sur une ossature narrative solidement charpentée.

Car au-delà de la brutalité impressionnante des morts (la pendaison de la gouvernante, l’empalement du prêtre, la décapitation nette du photographe, la chute de Mme Thorn du balcon puis sa défenestration en hôpital) et des incidents incongrus (l’agression des babouins au zoo, l’hystérie de Damien face à l’oratoire), c’est la détresse humaine du couple en perdition qui retient l’attention. Donner nous accable en exposant leur impuissance face à une vérité insoutenable. L’horreur ici se love sous l’apparence la plus anodine : celle d’un enfant de cinq ans. Son nom : Damien Thorn. Ou, pour être plus tranché : le fils du diable.

L’empathie désespérée qu’inspire cette gueule d’ange sournoise provoque un malaise croissant, une confusion inquiète à mesure que les événements s’assombrissent. Autour d’une enquête fiévreuse menée par un père vacillant, de plus en plus tourmenté, et un photographe retors, les révélations s’accumulent, nourrissant une angoisse rampante. Jusqu’au point d’orgue, insoutenable : un père, dans une cathédrale, levant un poignard sur la tête de son propre fils… Dernière image : le visage angélique du spectre de Satan, vision d’effroi parmi les plus marquantes du genre.


 "Le Diable dans la Chair de l’Enfance".
En maître d’œuvre d’une horreur moderne, Donner conjugue crescendo de tension, horreur cinglante et enquête archéologique, exploitant les peurs de l’inconscient collectif – l’abîme du diable, ses pouvoirs invisibles. Le charisme patibulaire des figures antagonistes (les gouvernantes, le chien-cerbère, le prêtre halluciné), l’esthétique sépulcrale de certains décors (le cimetière étrusque aux accents gothiques, la chambre tamisée de Damien) renforcent l’aura maléfique qui suinte de chaque recoin. Et que dire de l’ombreuse partition de Jerry Goldsmith, aux accents liturgiques infernaux ? Un classique impérissable, d’une intensité émotionnelle presque implacable.

* Bruno

Récompense: Oscar de la Meilleure musique en 1977

La critique de Damien: la Malédiction 2 http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/damien-la-malediction-2-damien-omen-2.html
La critique de La Malédiction Finalehttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction-finale-final-conflict.html

15.10.13. 5èx

lundi 14 octobre 2013

NORTHWEST (Nordvest). Prix de la Critique, Prix du Jury, Beaune 2013

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site leblogducinema.com

de Michael Noer. 2013. Danemark. 1h31. avec Gustav Dyekjaer Giese, Oscar Dyekjaer Giese, Lene Maria Christensen, Annemieke Bredahl Peppink, Nicholas Westwood Kidd, Roland Moller. 

Récompenses: Prix du Jury, Prix de la Critique au Festival International du film Policier à Beaune, 2013. 

Sortie salles France: 9 Octobre 2013. salles Danemark: 18 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Michael Noer est un réalisateur danois, né le 27 Décembre 1978
2003: En Rem af Huden. 2005: Mimis Sidste Valg. 2006: Hawaii. 2007: Vesterbro. 2008: De Vilde Hjerter. 2010: R. 2013: Nordvest


Après la trilogie Pusher, le Danemark fait à nouveau parler de lui sous l'influence de Michael Noer dont il s'agit ici de son second long-métrage. Dans un souci d'authenticité proche du docu-vérité, le cinéaste danois nous assène un uppercut avec ce drame d'une délinquance juvénile plongeant tête baissée dans les racines du Mal. Récompensé à Beaune, Northwest suit le quotidien du jeune Casper, délinquant spécialiste du cambriolage et travaillant pour le compte de Jamal. Un jour, il rencontre un malfrat beaucoup plus qualifié qui décide de l'initier à son juteux buziness de came et de proxénétisme. C'est avec le soutien de son jeune frere Andy que Casper va gravir les échelons du grand banditisme, jusqu'au jour où Jamal revient faire surface pour lui demander des comptes. 


D'un réalisme saisissant d'âpreté et incarné par des gueules taillées à la serpe, Northwest joue la carte du reportage avec ce portrait abrupt de deux jeunes marginaux sombrant dans la criminalité. Si le scénario n'apporte rien de neuf et se contente de décrire la descentes aux enfers de frères issus d'un quartier défavorisé de Copenhague, la mise en scène inspirée et le jeu tranché des interprètes renouvellent le genre avec une maîtrise fascinante ! En éprouvant une certaine empathie pour ces frères paumés, soucieux d'entretenir leur famille d'une mère larguée et déboussolée, Northwest retranscrit leurs vicissitudes avec froideur et jusqu'au-boutisme glaçant ! Durant 1h30, le réalisateur nous plonge dans l'univers délétère de la pègre et des boites techno avec une intensité émotionnelle toujours plus ardue quand on imagine l'issue irréversible des frangins. Sans désir de choquer (la violence la plus brutale n'est jamais graphique) Michael Orner peaufine leur fraternité familiale et étudie leurs rapports conflictuels autour d'un contexte d'élitisme. ATTENTION SPOILER !!! Si l'aîné accorde pas mal de crédit à vouloir protéger l'existence du cadet, l'élève va se résoudre à lui tenir tête dans une volonté rebelle de le surpasser ! Les conséquences désastreuses de leur démêlé de soumission vont engendrer une vendetta du clan hostile qu'ils vont devoir contrecarrer en désespoir de cause ! FIN DU SPOILER


Transcendé par le jeu authentique des comédiens et la mise en scène acerbe de Michael Orner, Northwest bouleverse les codes du drame délinquant avec un souci de vérité peu commun. Il en ressort une tragédie noire où les enjeux humanistes sont sévèrement mis à mal par un endoctrinement criminel. Un moment de cinéma hypnotique filmé à l'arraché afin d'intensifier la déchéance juvénile d'une marginalité livrée aux sanglantes luttes de gangs. 

14.10.13
Bruno Matéï


vendredi 11 octobre 2013

DESPUES DE LUCIA. Prix Un Certain Regard, Cannes 2012

                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site ciudadanonoodles.blogspot.com

de Michel Franco. 2012. Mexique/France. 1h43. Avec Tessa La, Hernan Mendoza, Gonzalo Vega Sisto, Tamara Yazbek Bernal, Paco Rueda, Paloma Cervantes.

Sortie salles France: 3 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE: Michel Franco est un réalisateur, scénariste et producteur mexicain.
2009: Daniel et Ana. 2012: Despues De Lucia. 2013: A Los Ojos (to the eyes).


Récompensé à Cannes du Prix Un certain regard en 2012, Despues de Lucia est un drame éprouvant que le réalisateur mexicain Michel Franco retranscrit avec souci de réalisme et rythme monotone. L'âpre descente aux enfers d'une adolescente, souffre-douleur de ses camarades de classe après que l'un de ses petits amis ait divulgué une vidéo de leurs ébats au sein du lycée. Alors que son père se remet difficilement de la mort accidentelle de sa femme Lucia, ce dernier décide de lui cacher la vérité et emménage dans une nouvelle banlieue à Mexico. C'est dans son nouvel établissement scolaire que la jeune fille va devenir la cible de ses camarades railleurs qui n'hésiteront pas à lui infliger sévices et humiliations, jusqu'aux viols collectifs. Film choc dont on se remet difficilement et qui provoque chez le spectateur un marasme progressif, Despues de Lucia joue la carte de l'hyper réalisme pour dénoncer sans concession le malaise des adolescents quand ils sont victimes de maltraitance scolaire. A travers le calvaire incessant d'Alejandra, Michel Franco nous assène un cri d'alarme et de désespoir face à la responsabilité parentale où le manque de communication peut s'avérer un préjudice lourd de conséquences pour la victime désignée. Le réalisateur aborde ce phénomène sociétal avec lucidité et refus de fioriture pour mettre en exergue la cruauté démesurée de ces mineurs insouciants totalement en décalage avec la réalité des exactions lâchement commises. Alors que l'on présage la destinée tragique du supplice d'Alejandra, Michel franco surprend dans la trajectoire inopinée de sa narration et nous plonge dans l'abyme d'un cauchemar où personne ne sortira indemne.


Dans un rôle difficile d'adolescente candide et introvertie mais curieuse des premiers émois amoureux, Tessa La livre une prestation bouleversante dans sa fragilité meurtrie de victime soumise, incessamment martyrisée. La compassion inévitable que l'on accorde à son égard est d'autant plus douloureuse qu'elle se refuse à provoquer une rébellion devant la dictature de ses oppresseurs. C'est donc avec une crainte de plus en plus prégnante que nous redoutons un suicide rédempteur, juste avant que le réalisateur relance son intrigue SPOILER !!! dans une réflexion sur la vengeance lourde de répercutions Fin du SPOILER. Dans celui du père aimant et attentif mais contrarié par le brutal décès de son épouse, Hernan Mendoza compose un personnage laconique plutôt discret dans les rapports intimes avec sa fille bien que débordant d'amour et d'inquiétude. Epris d'un accès de colère impulsif (l'altercation avec un conducteur obtus), l'acteur extériorise soudainement un tempérament colérique à la violence incontrôlée, reflet de son affliction sévèrement mise à mal par le deuil conjugal.


Avec sa photo naturaliste, sa mise en scène hyper maîtrisée et le jeu criant de vérité des comédiens, Michel Franco s'implique en auteur rigoureux pour nous asséner de plein fouet le portrait sordide d'une jeunesse irresponsable incapable de mesurer la gravité de leurs actes. Il en ressort un témoignage terrifiant car nihiliste et sans concession pour cette jeunesse esseulée de démission parentale. Pour rajouter le côté pathétique de ce fait-divers actuel, le nihilisme de son épilogue nous achève SPOILER !!! par son sens du désespoir imparti à la loi du talion. Fin du SPOILER

Dédicace à Jenny Winter
11/10/13
Bruno Matéï


jeudi 10 octobre 2013

LE JOUR DU DAUPHIN (The Day of the Dolphin)

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemotion.com

de Miche Nichols. 1973. U.S.A. 1h44. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Paul Sorvino, Fritz Weaver, Jon Korkes, Edward Herrmann.

Sortie salles U.S: 19 Décembre 1973

FILMOGRAPHIE: Mike Nichols, de son vrai nom Michael Igor Peschkowsky, est un réalisateur américain, d'origine allemande, né le 6 Novembre 1931 à Berlin.
1966: Qui a peur de Virginia Woolf ? 1967: Le Lauréat. 1970: Catch 22. 1971: Ce Plaisir qu'on dit charnel. 1973: Le Jour du Dauphin. 1975: La Bonne Fortune. 1984: Le Mystère Silkwood. 1985: La Brûlure. 1988: Biloxi Blues. 1989: Working Girl. 1990: Bons baisers d'Holywood. 1991: A Propos d'Henry. 1994: Wolf. 1996: The Birdcage. 1998: Primary Colors. 2000: De quelle planète viens-tu ? 2001: Bel Esprit. 2003: Angels in America. 2004: Closer. 2007: La Guerre selon Charly Wilson.


Drame écolo au confins de la science-fiction, le Jour du Dauphin avait ému une génération de spectateurs lorsqu'il fut diffusé sur la Cinq au tout début des années 80. Oeuvre maudite car aujourd'hui délaissé par une bonne partie des cinéphiles et ignorée du jeune public, ce superbe récit d'aventures est une déclaration d'amour pour la cause des dauphins, un hymne à l'océan et une réflexion sur la connexion amicale entre l'homme et l'animal.

Sur une île, un chercheur féru de passion pour les dauphins réussit à communiquer le langage de la parole à l'un d'eux. Mais une poignée d'hommes d'affaires sans scrupule décident de tirer profit de cette nouvelle révolution.  



Ce résumé laconique est volontaire de ma part car si l'intrigue peut paraître au premier abord prévisible, sa structure adopte une démarche plutôt inopinée au fil de son cheminement alarmiste et accentue par la même occasion un vrai suspense exponentiel. Mike Nichols, illustre réalisateur du Lauréat et de Qui a peur de Virginia Woolf ? s'inspire d'un roman de Robert Merle, Un animal doué de raison, pour mettre en scène ce récit d'aventures d'une émotion prude dans la tendre relation impartie entre deux dauphins et une équipe de biologistes. La sobriété du propos à laquelle cette histoire fascinante nous est contée et le jeu circonspect des comédiens s'avèrent si persuasifs qu'il ne fait aucun doute pour le spectateur de croire à la communication entreprise entre l'homme et le mammifère. Avec la beauté de ces images maritimes, Mike Nichols élabore parfois des séquences poétiques d'une pudeur sensuelle lorsque deux dauphins s'enlacent au fond d'un bassin sous une musique mélancolique de Georges Delerue. L'émotion pure qui en émane provoque chez le spectateur un sentiment d'abandon total avec notre réalité car nous nous immergeons comme par enchantement dans la conscience candide des cétacés.
Toutes les séquences d'éducation auquel le biologiste en chef lie une complicité indéfectible avec Alpha, le dauphin surdoué, s'avèrent d'autant plus crédibles et attachantes que l'immense Georges C. Scott se prête au jeu avec un naturel confondant. Attentionné et studieux dans son rôle à contre-emploi de scientifique érudit, l'acteur dégage une densité psychologique et humaniste à daigner sauvegarder coûte que coûte l'espèce animale compromise par la stratégie d'une bande de malfrats perfides.
C'est dans cette seconde partie retorse que le Jour du Dauphin surprend par son refus des conventions avec un scénario beaucoup plus finaud qu'il n'y parait. Réquisitoire contre la cupidité de l'homme avide d'exploiter la cause animale à des fins ATTENTION SPOILER !!! politiques, Mike Nichols fait donc intervenir espionnage et terrorisme pour mettre en exergue la nature délétère de l'homme mégalo. FIN DU SPOILER. Son point d'orgue haletant, course contre la montre et la mort pour la survie de nos dauphins, culmine sa conclusion vers une issue bouleversante où l'émotion sera mise à rude épreuve pour le public sensible.


Poème lyrique proféré à l'amour des dauphins, témoignage de tolérance pour la cause animale et sa libre indépendance, aventure haletante insufflant en dernier recours un suspense intense, Le Jour du Dauphin est d'autant plus convaincant qu'il est rehaussé d'une interprétation au cordeau (jusqu'aux moindres seconds rôles) et que la mise en scène de Mike Nichols élude tout niaiserie mielleuse. Une oeuvre magnifique d'une humilité bouleversante, à redécouvrir d'urgence ! 

Dédicace à Goon et au Pharmacien de garde
10.10.13
Bruno Matéï

                                       

mercredi 9 octobre 2013

Prisoners

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site lyricis.fr

de Denis Villeneuve. 2013. Québec. 2h33. Avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Maria Bello, Terrence Howard, Melissa Leo, Paul Dano, Dylan Minnette.

Sortie salles France: 9 Octobre 2013. U.S: 20 Septembre 2013

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières. 1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoners.


Multi récompensé avec ces derniers métrages et considéré dans son pays comme un nouveau maître du cinéma d'auteur, le québécois Denis Villeneuve s'expatrie aux Etats-Unis pour le projet d'un thriller noir de triste actualité (les enlèvements infantiles). Avec l'appui des valeurs montantes Hugh Jackman (son rôle le plus dur et viscéral) et Jake Gyllenhaal, Prisoners oscille drame psychologique et policier à suspense autour d'un dédale machiavélique. De par le judicieux prétexte d'une énigme insoluble jonchée de maigres indices, le réalisateur brosse scrupuleusement le portrait de deux hommes entêtés, délibérés à résoudre une douloureuse histoire de disparitions. Le PitchDeux familles sont déchirées par la disparition soudaine de leur enfant. Alors que l'inspecteur Loki s'évertue à rechercher les filles et retrouver un potentiel coupable, l'un des pères de familles décide d'employer une justice individuelle.

                                       

Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même.
Thriller éprouvant d'une efficacité optimale, à tel point que sa durée excessive de 2h30 bouleverse toute notion temporelle, Prisoners joue la carte de l'émotion ardue à privilégier l'aspect psychologique d'un script filandreux et le ressort d'un suspense exponentiel toujours plus acéré. Ainsi, à travers son énigme dérangeante inspirée des fait-divers morbides de ces dernières années, Denis Villeneuve nous plonge dans le désarroi familial, épreuve de force pour les familles accablées (leurs attentes autant que leurs craintes insupportables pour la survie de leurs rejetons), alors qu'un flicard indécis et un père renfrogné mettront tout en oeuvre pour retrouver les disparues et son coupable. Du point de vue du père irascible délibéré à martyriser le présumé coupable, Denis Villeneuve met en exergue de prime abord une réflexion sur la vengeance et la justice individuelle. Si bien que ce lynchage interminable éprouve et émeut lorsque nous sommes contraints d'assister à l'affliction d'une sentence barbare. Partagé entre le désir de savoir s'il s'agit bien du véritable assassin ou d'un simple innocent, Prisoners met à mal nos pulsions vindicatives face à notre instinct inhumain aveuglé par la colère de l'iniquité. Il nous dévoile avec un réalisme brut mais sans complaisance la face cachée de notre rancoeur capable d'extérioriser des exactions de cruauté, alors que les preuves de culpabilité émises au coupable restent infondées. Et donc en éprouvant autant d'empathie pour le père haineux, rongé à vif de douleur pour sa fille disparue, et pour le potentiel coupable, simplet mutique incapable de prononcer une syllabe, le drame qui se noue lentement déstabilise notre jugement en espérant trouver refuge vers une issue plus favorable avec l'autorité d'un flic estimable. C'est lors de sa seconde partie, un peu plus focalisée sur la remise en question de l'inspecteur hésitant, sévèrement mis à mal par les parents et la deveine, que le film  redouble d'intensité pour son suspense éprouvant en y confrontant un autre présumé coupable beaucoup plus probant. Alternant fausses pistes, indices géographiques et rebondissements fortuits, la traque inlassable culmine son point de chute vers l'inévitable résolution du meurtrier ainsi qu'une course contre la montre désespérée.


Si tu plonges longuement ton regard dans l'abîme, l'abîme finit par ancrer son regard en toi...
Dominé par les prestations pugnaces de Hugh Jackman (saisissant de hargne en justicier intolérable) et de Jake Gyllenhaal (flegmatique et boiteux en flic studieux mais toujours plus endurant), Prisoners  renouvelle les codes du thriller avec brio d'une mise en scène au cordeau, intelligence des thématiques abordées et dimension humaine poignante. La mécanique de son suspense infaillible nous éprouvant les nerfs avec une intensité d'autant plus fragile qu'elle traite d'un thème d'actualité inquiétant, la disparition d'enfants et leur traitement infligé. Cafardeux, hypnotique et bouleversant, Prisoners ne vous laisse pas une seconde de répit jusqu'à son ultime image elliptique.

*Bruno
09.10.13


mardi 8 octobre 2013

La Belle et la Bête. Prix Louis Delluc, 1946

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jean Cocteau. 1946. France. 1h34. Avec Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair, Mila Parély, Nane Germon, Marcel André, Raoul Marco, Jean Cocteau, Christian Marquand.

Sortie salles France: 29 Octobre 1946. U.S: 23 Décembre 1947

FILMOGRAPHIE: Jean Cocteau est un réalisateur, dessinateur, poète, graphiste, dramaturge français, né le 5 Juillet 1889 à Maisons-Laffitte, décédé le 11 Octobre 1963. 1930: Le Sang d'un Poète. 1946: La Belle et la Bête. 1948: l'Aigle a 2 têtes. 1948: Les Parents Terribles. 1950: Orphée. 1960: Le Testament d'Orphée.


“Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout.”
Chef-d'oeuvre mythique du cinéma français, La Belle et la Bête était déjà entrée au panthéon des contes légendaires sous la plume de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont dans son classique homonyme publié en 1757. De par l'ambition formelle du poète Jean Cocteau, cette version cinématographique se joue du trucage de prestidigitation et du maquillage afin de matérialiser l'histoire d'amour féerique entre une bête humaine et une belle candide. Le pitch: Afin de sauver son père d'une inévitable sentence, une jeune fille est contrainte de partir à la rencontre de la bête, seigneur mi-homme mi-animal vivant reclus dans un immense château. Ce dernier tombe subitement amoureux de la Belle ! Peu à peu, une relation affectueuse se noue entre eux ! Conte universel sublimant les thèmes de la virginité de l'âme, du droit à la différence, de la duperie des apparences ainsi que de la rédemption de l'amour, La Belle et la Bête  perdure son pouvoir ensorcelant d'onirisme baroque sous la direction d'un cinéaste à son apogée. 


Car en technicien circonspect, Jean Cocteau croit tant à la puissance de ses images picturales qu'une inévitable aura fantasmatique s'y dégage. Et si la candeur de ces plages poétiques atteignent une telle intensité irréelle, elle le doit notamment à l'interprétation transie de fragilité de Jean Marais. L'acteur livrant également un triple rôle de personnages contradictoires dans leur démarche autoritaire à daigner conquérir une dulcinée. Mais c'est inévitablement dans la peau de la Bête que l'acteur maquillé transcende une charge émotionnelle en demi-teinte pour son amour voué à la Belle. Débordant d'affection pour cette jeune inconnue mais prisonnier de sa propre apparence monstrueuse, la Bête est contrainte d'escompter la réponse de sa bien-aimée dans un espoir élégiaque d'une rare puissance expressive. Beauté pastel incarnant la douceur la plus ténue, Josette Day lui offre la réplique avec l'élégance sensuelle d'une âme innocente. D'abord réticente à sa proposition insensée (une demande de mariage contre la vie de son père !), la Belle va peu à peu apprendre à connaître la Bête, comprendre sa fougue mais aussi son désarroi des sentiments en faisant fi de sa laideur corporelle. Leur incroyable destin se condensant à l'acuité de l'amour capable d'amadouer l'agressivité du monstre le plus indomptable.


Il était une fois.....
Baignant dans un esthétisme monocorde à l'architecture baroque, La Belle et la Bête fait véritablement office d'ovni insolite à travers sa variation sur la catharsis de l'amour capable de convertir l'être le moins influent. Au delà de son imagerie foisonnante où la féerie atteint une dimension hors norme, le duo d'amants maudits formé par Jean Marais et Josette Day reste sans nulle doute l'un des plus beaux couples de l'histoire du cinéma. Et rien que pour leur présence à la fois irréelle et fantasmagorique, la Belle et la Bête est à voir et à revoir pour en saisir toute son essence difficilement descriptible par les mots. 

*Bruno Matéï

La critique d'un autre ovni aussi fantasmatique : http://brunomatei.blogspot.fr/2012/11/la-belle-et-la-bete-panna-netvor-prix.html

24.05.22. 4èx
08.10.13. 


Le Blu-ray est un miracle formel !