lundi 18 novembre 2013

La Sentinelle des Maudits / The Sentinel

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Michael Winner. 1977. U.S.A. 1h35. Avec Christina Raines, Ava Gardner, Chris Sarandon, Burgess Meredith, Sylvia Miles, José Ferrer, Arthur Kennedy, John Carradine, Christopher Walken, Eli Wallach, Jerry Orbach, Jeff Glodblum, Beverly D'Angelo, Martin Balsam, William Hickey, Tom Berenger.

Sortie salles U.S: 7 Janvier 1977

FILMOGRAPHIEMichael Winner est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 30 Octobre 1935 Ă  Londres.
1967: Qu'arrivera t'il après ?, 1971: les Collines de la Terreur, 1971: l'Homme de la loi, le Corrupteur, 1972: Le Flingueur, 1973: le Cercle noir, 1973: Scorpio, Un justicier dans la ville, 1976: Won ton ton, 1977: la Sentinelle des Maudits, 1978: le Grand Sommeil, 1979: l'Arme au poing, 1982: Un justicier dans la ville 2, 1985: le Justicier de New-York, 1988: Rendez-vous avec la mort, 1993: Dirty Week-end.


"Hallucinations sépulcrales au 7e étage".
Surfant sur la vague des succès satanistes de l'Ă©poque, Michael Winner s’essaie au genre horrifique en adaptant The Sentinel, roman de Jeffrey Konvitz. EntourĂ©e d’une plĂ©iade de stars peu habituĂ©es Ă  cĂ´toyer les marges du cinĂ©ma de genre, cette sĂ©rie B surprenante, nantie d’une certaine renommĂ©e, a fini par s’Ă©lever au rang de classique dans la catĂ©gorie des vilains p’tits canards dĂ©viants.

Le pitch : En quĂŞte d’indĂ©pendance, Alison Parker quitte le domicile de son fiancĂ© pour emmĂ©nager dans un appartement new-yorkais, Ă  Brooklyn. Rapidement, d’Ă©tranges manifestations s’accumulent : des bruits au-dessus du plafond la nuit, des voisines saphiques surgies de nulle part, et, au sommet de l’immeuble, un vieillard aphone qui semble scruter le monde Ă  travers sa fenĂŞtre.

ImprĂ©gnĂ©e de son ambiance Seventies, La Sentinelle des Maudits capte l'attention sans faiblir grâce Ă  l’inquiĂ©tude latente qui innerve ce sinistre immeuble. ÉmaillĂ©e de sĂ©quences chocs, parfois sanguinolentes et terrifiantes (le corps nu du père d’Alison tailladĂ© Ă  coups de couteau !), et de visions d’effroi — ce final mĂ©morable, Ă©rigeant une parade monstrueuse ! — Michael Winner cherche clairement Ă  provoquer un malaise hĂ©tĂ©rodoxe, en assumant le caractère profondĂ©ment dĂ©viant de ses situations.                             

Ă€ mesure que les hallucinations se multiplient, que l’esprit d’Alison vacille, Christina Raines insuffle Ă  son personnage une densitĂ© humaine, une fragilitĂ© lestĂ©e de soupçons et d’un Ă©moi suicidaire en guise de dernier recours. Winner lâche alors les rĂŞnes Ă  une imagerie lubrique : orgies de vieillards salaces, libertinage insolent de lesbiennes insatiables — et cette sĂ©quence osĂ©e, burnĂ©e, d’une masturbation aussi gĂŞnante qu’inoubliable, comme seuls les Seventies savaient en produire.

Par son intrigue interlope habilement construite, La Sentinelle des Maudits distille son intensitĂ© dans les mĂ©andres que l’hĂ©roĂŻne tente d’Ă©claircir, entre le poids du clergĂ© et le soutien ambivalent de son amant. Ce dernier, jadis suspectĂ© du meurtre de sa première Ă©pouse, incarne l’ambiguĂŻtĂ© ambiante. Comme lui, tous les personnages qui traversent le rĂ©cit s’avèrent distants, austères, Ă©quivoques — voire spectres dĂ©sincarnĂ©s. Le Monseigneur Franchino au comportement trouble, le flic arrogant en mal de reconnaissance, dont le cabotinage paranoĂŻaque frĂ´le le grotesque, renforcent encore l’Ă©trangetĂ© du rĂ©cit.


"Parade nécrosée au sommet de Brooklyn".
Modestement rĂ©alisĂ©, le film privilĂ©gie un climat d’Ă©trangetĂ© sourde, presque insidieuse, baignĂ© d’une ambiance malsaine, parfois franchement effrayante, traversĂ©e de visions d’horreur nĂ©crosĂ©es. La Sentinelle des Maudits s’impose ainsi comme un must du genre, portĂ© par sa galerie de personnages sclĂ©rosĂ©s et la folie macabre qui martyrise son hĂ©roĂŻne, acculĂ©e au seuil de la damnation. Grâce Ă  l’habiletĂ© lĂ©gendaire des maquillages de Dick Smith, Michael Winner grave dans la rĂ©tine une poignĂ©e de sĂ©quences cauchemardesques, plongĂ©es dans la pourriture et la dĂ©crĂ©pitude. Si bien que l’on reste tĂ©tanisĂ© d’effroi face Ă  ce gĂ©nial rĂ©cit de patrimoine sĂ©pulcral.  
DĂ©dicace Ă  Guillaume Matthieu

*Eric Binford
14.04.11. 
18/11/13.
22/07/21. 
01.06.25. 5èx. Vost

vendredi 15 novembre 2013

We are what we are

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jim Mickle. 2013. France/U.S.A. 1h45. Avec Kelly McGillis, Michael Parks, Wyatt Russell, Ambyr Childers, Julia Garner, Bill Sage.

Sortie salles France: Prochainement. U.S: 18 Janvier 2013

FILMOGRAPHIE: Jim Mickle est un réalisateur et scénariste américain.
2006: Mulberry Street. 2010: Stake Land. 2013: We are what we are.


Jim Mickle nous avait dĂ©jĂ  surpris avec Mulberry Street, un premier film maladroit et redondant mais prometteur dans sa vision apocalyptique d’un monde contaminĂ© par un mystĂ©rieux virus. Son second essai, Stake Land, proposait un survival post-apo perfectible mais plein de bonnes intentions, rĂ©actualisant le mythe vampirique tout en dressant le portrait de fuyards farouches. Avec We Are What We Are, le rĂ©alisateur franchit un palier dans sa maĂ®trise, pour raconter une histoire de cannibalisme ancrĂ©e dans notre Ă©poque contemporaine : faute d’une vieille tradition, une famille doit perpĂ©tuer, une fois par an, un acte de cannibalisme pour assurer la survie de ses descendants. Mais une tempĂŞte torrentielle dĂ©voile Ă  la police des indices - des ossements retrouvĂ©s au bord d’une rivière.

Partant de l’idĂ©e originale du film mexicain Ne nous jugez pas, Mickle rĂ©exploite intelligemment le filon, sans cĂ©der Ă  la mode du remake. Les 45 premières minutes peinent Ă  dĂ©marrer (n'y voyez rien de pĂ©joratif), le rythme languissant et l’ambiance dĂ©pressive accentuant le sentiment de dĂ©suĂ©tude, mais la narration gagne en densitĂ© dans la caractĂ©risation interlope d’une famille religieuse. Avec l’Ă©lĂ©gance d’une photo limpide aux teintes grises et blanches, We Are What We Are explore le fondamentalisme sous l’autoritĂ© d’un patriarche entièrement vouĂ© Ă  Dieu et Ă  sa thĂ©orie du cannibalisme. RongĂ©es par le chagrin depuis la mort accidentelle de Mme Parker, ses deux filles et le fils cadet doivent se confronter Ă  son intransigeance pour perpĂ©tuer cette tradition filiale.


Le film exploite habilement ce thème grand-guignolesque pour dĂ©noncer l’intĂ©grisme, mais le traite surtout avec une densitĂ© psychologique, rĂ©vĂ©lant la posture dĂ©munie des enfants et l’isolement rĂ©aliste de cette lignĂ©e recluse. Mickle s’attarde sur le fardeau dĂ©sespĂ©rĂ© des sĹ“urs Parker, dont le jeu glaçant et anĂ©mique traduit la fragilitĂ© ; elles obĂ©issent au père pour assassiner de sang-froid une jeune captive, mais rongĂ©es de remords et de honte, leur pudeur renaissante semble un pas vers la rĂ©demption - d’autant que l’innocence du petit frère reste Ă  protĂ©ger. ÉmaillĂ© de sĂ©quences-chocs inattendues, We Are What We Are malmène notre empathie et suscite un malaise latent face au repli des sĹ“urs. PortĂ© par une musique monotone, le film instaure un climat diaphane en osmose avec la pluie battante et la rivière jonchĂ©e d’ossements. PlongĂ© dans l’existence esseulĂ©e de cette famille, le spectateur partage, Ă  l’instar des deux filles, l’abandon et la solitude, mĂŞme si l’une d’elles cherche un rĂ©confort dans les bras de l’adjoint du shĂ©rif. Et Mickle pousse le drame jusqu’au paroxysme, jusqu’Ă  l’affrontement final oĂą l’horreur Ă©clate, Ă©branlant les plus sensibles.


En cinĂ©aste avisĂ©, rĂ©fractaire aux artifices du divertissement, Jim Mickle livre avec We Are What We Are son film le plus abouti et original, dans une dĂ©marche auteurisante portĂ©e par une interprĂ©tation hors pair. Le rĂ©sultat est une Ĺ“uvre austère, emplie de mĂ©lancolie et de silences lourds, Ă  mi-chemin entre le conte social - le père, ogre insatiable - et l’horreur extrĂŞme, oĂą la barbarie hallucinĂ©e surgit face Ă  l’achèvement punitif. Fort et poignant. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

15.11.13
28.08.25.

jeudi 14 novembre 2013

La Résidence / la residencia /The house that screamed/Gli orrori del liceo femminile

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

de Narcisso Ibañez Serrador. 1969. Espagne. 1h40. Avec Lilli Palmer, Christina Galbo, John Moulder Brown, Pauline Challoner, Tomas Blanco, Candida Losada, Mary Maude.

Sortie salles France: 9 Août 1972

FILMOGRAPHIE: Narciso Ibanez Serrador est un scénariste, producteur et réalisateur uruguayen, né le 4 Juillet 1935 à Montevideo (Uruguay).
1969: La Résidence. 1976: Les Révoltés de l'An 2000

Chef-d'Ĺ“uvre d'Ă©pouvante gothique Ă  l’aura perverse, d’autant plus troublante qu’elle dĂ©coule du refoulement de jeunes collĂ©giennes (dĂ©filĂ© d’actrices particulièrement vĂ©nĂ©neuses), La RĂ©sidence est un acmĂ© de l’angoisse oĂą l’ombre d’un tueur giallesque rĂ´de derrière les murs d’une geĂ´le scolaire.

Le pitch : ThĂ©rèse, nouvelle pensionnaire d’un internat du sud de la France, affronte la discipline sadique d’une directrice qui n’hĂ©site pas Ă  flageller les insolentes. Une nuit, Isabelle disparaĂ®t sans laisser de traces après avoir tentĂ© de rejoindre le fils de l’administratrice…

Pour les amoureux d’Ă©pouvante sĂ©culaire Ă  l’ambiance littĂ©ralement ensorcelante, La RĂ©sidence est une clef de voĂ»te ibĂ©rique, traversĂ©e d’une puissance Ă©motionnelle diaphane. Car Ă  travers la claustration d’un pensionnat rongĂ© par l’autoritarisme d’une matriarche (en tenue Ă©triquĂ©e façon Ilsa, la louve SS, Lilli Palmer vampirise, Ă©ructe d’ambiguĂŻtĂ© masochiste), Narciso Ibáñez Serrador nous plonge dans les racines de la perversitĂ©, sous l’emprise du conservatisme et de la sociopathie. PrĂ©figurant les figures baroques de Suspiria (scĂ©nographie dominĂ©e par un univers presque exclusivement fĂ©minin, directrice raide comme Miss Tanner, meurtres stylisĂ©s), La RĂ©sidence dĂ©gage ce mĂŞme magnĂ©tisme environnemental, oĂą le mal semble infiltrĂ© jusque dans les murs.

En pleine possession de son talent de conteur (cheminement ombrageux en crescendo) et de sa maĂ®trise technique (camĂ©ra fluide, regard aiguisĂ©), Serrador transcende un univers mortifère profondĂ©ment immersif — autant par l’effronterie de ses personnages que par le point de vue d’un assassin invisible, voyeur permanent. Entre l’ombre du suspect et l’austĂ©ritĂ© glaçante de l’enseignante, le sentiment d’oppression, latente mais constante, prime sur la cruautĂ© des exactions. Flagellations punitives sur les indociles, meurtres vertigineux sur les plus candides : tout concourt Ă  l’Ă©treinte.

Sur le mĂŞme mode opĂ©ratoire que Psychose, Serrador distille une montĂ©e progressive du suspense, s’abreuvant d’une menace sourde. Il tisse aussi une relation quasi incestueuse entre la directrice et son rejeton pubère — et va mĂŞme plus loin qu’Hitchcock, avec une audace plus crue, plus insolente. Le climat malsain instaurĂ© par cette directrice saphique (quinquagĂ©naire attirĂ©e par les jeunes collĂ©giennes, Ă©prise de sa comparse sadienne) contamine peu Ă  peu les pensionnaires. Fantasmes lors d’une sĂ©ance de couture, coucheries avec un paysan, scène de douche troublante sous l’Ĺ“il humide d’une gouvernante : derrière ce portrait de jeunes filles insidieuses se cache un malaise existentiel, nourri par l’intolĂ©rance, le fanatisme religieux et le fĂ©tichisme d’une mĂ©gère interlope.

Le point d’orgue, d’un nihilisme foudroyant, scelle une vĂ©ritable anthologie de l’effroi obscurantiste (un certain Lucky McKee s’en est peut-ĂŞtre inspirĂ© pour façonner May). Quant Ă  l’ultime image, littĂ©ralement dĂ©rangeante, elle hantera longtemps au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique final.

 
ProfondĂ©ment pervers, poisseux, et malsain, mais terriblement immersif grâce Ă  son pouvoir de fascination irrĂ©pressible, La RĂ©sidence sublime son huis clos gothique au sein d’un internat rubigineux. Sa splendide photo sĂ©pia renforce l’aura vĂ©nĂ©neuse de ses collĂ©giennes en rut, victimes de l’endoctrinement d’une hiĂ©rarchie asexuĂ©e. DĂ©monial, dĂ©viant, effrontĂ© : une terreur vertigineuse dont on se repaĂ®t, ad vitam aeternam.

*Bruno
14.11.13. 3èx

mercredi 13 novembre 2013

MODUS ANOMALI

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pixagain.org

de Joko Anwar. 2012. Indonésie. 1h26. Avec Rio Dewanto, Hannah Al Rashid, Izzi Isman.

Sortie le 15 mai 2013

FILMOGRAPHIE: Joko Anwar est réalisateur, acteur et scénariste indonésien, né le 3 Janvier 1976
2005: Janji Joni. 2007: Dead Time: Kala. 2009: Pintu terlarang. 2012: Modus Anomali.


Survival indonĂ©sien goguenard et retors dans sa rĂ©habilitation des codes du genre, Modus Anomali emprunte au suspense d'une Ă©nigme aussi confuse que dĂ©concertante. A travers la fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e d'un quidam amnĂ©sique, perdu au beau milieu d'une forĂŞt hostile, Joko Anwar livre un implacable thriller constamment imprĂ©visible dans son lot de revirements abrupts !

Dans une forĂŞt, un homme s'extirpe de la terre après avoir Ă©tĂ© enterrĂ© vivant. Poursuivi par un tueur sans visage, il se rend dans une maison abandonnĂ©e. A l'intĂ©rieur, il dĂ©couvre la vidĂ©o du meurtre de sa femme enceinte. Qu'en est-il de ses deux enfants ? La traque pour les retrouver et Ă©chapper au meurtrier ne fait que commencer ! 


Dans une mise en scène originale et inventive (la camĂ©ra exploite les dĂ©cors et scrute la paranoĂŻa du hĂ©ros avec un sens du cadrage hĂ©tĂ©rodoxe !), le rĂ©alisateur distille une ambiance monocorde des plus dĂ©routantes. Par le silence feutrĂ© de la vĂ©gĂ©tation et l'attitude taciturne des protagonistes, Modus Anomali souhaite bousculer les habitudes du spectateurs embarquĂ© dans un jeu de rĂ´le hermĂ©tique. En prime, au sein de cette survivance de longue haleine, la manière dont le tueur utilise la paranoĂŻa du hĂ©ros laisse extĂ©rioriser une cruautĂ© Ă  l'humour noir grinçant pour les dommages collatĂ©raux. ÉmaillĂ© d'indices et de pièges, Joko Anwar fait donc subir Ă  son personnage nombres d'Ă©preuves physiques (sa planque dans une malle Ă©troite alors qu'un feu est entrain de se propager !) et psychologiques ATTENTION SPOILER ! (le sort rĂ©servĂ© Ă  ses propres enfants, FIN DU SPOILER sa haine toujours plus viscĂ©rale de vouloir Ă©triper son bourreau !) que n'aurait pas reniĂ© John Rambo et Evil Ash ! Cette atmosphère crĂ©pusculaire d'une forĂŞt particulièrement dĂ©lĂ©tère auquel un tueur s'y est planquĂ© nous place dans une situation de doute, Ă  l'instar du hĂ©ros incessamment persĂ©cutĂ© ! Sans cĂ©der Ă  une esbroufe spectaculaire, le rĂ©alisateur opte le plus souvent sur le climat tendu d'un environnement Ă©trangement onirique (la forĂŞt superbement Ă©clairĂ©e semble insuffler de temps Ă  autre une aura fantasmatique hĂ©ritĂ©e des contes de fĂ©e !) tout en nous Ă©branlant sur le caractère violent de certains Ă©vènements. 
PassĂ©e cette première heure aussi dĂ©routante qu'irrĂ©sistiblement inquiĂ©tante, la dernière partie va littĂ©ralement bouleverser la  destinĂ©e de notre survivant dans une mise en abĂ®me dĂ©sarçonnante ! Si personnellement, j'ai Ă©tĂ© stupĂ©fiĂ© de la tournure du revirement, il n'en sera pas du goĂ»t de tout le monde, tant son twist rĂ©vĂ©lateur laisse certaines questions et rĂ©flexion en suspens !


Original et surprenant, mais dĂ©routant et parfois incohĂ©rent dans ses facilitĂ©s requises, Modus Anomali a au moins le mĂ©rite de proposer un survival dĂ©tonnant dans sa structure insolite Ă  double niveau de lecture. Le choc qui en Ă©mane (la stupeur des meurtres s'avère toujours plus dĂ©rangeante face Ă  la rĂ©action du hĂ©ros) et les ruptures de ton accordĂ©es laissent en mĂ©moire un ovni audacieux conçu pour diviser son public et s'interroger sur la riposte de la violence. 

13.11.13
Bruno Matéï

lundi 11 novembre 2013

MEMORY OF THE DEAD (court-métrage).


de Pascal Frezzato. 2013. France. 20 mns. Avec Isabelle Rocton, Bruno Dussart, Caroline Masson, Christophe Masson, Adrien Erault, David Hamon, Camille Houlbert, Maxime Loiseau, Marina Poulet, Matthieu Lemercier, Eugene Rocton et Jean Bastien Erault

FILMOGRAPHIE: Pascal Frezzato est un réalisateur français de court-métrage, né le 4 Décembre 1972.
2010/11: Predator. 2012: Le Règne des Insectes. 2013: Memory of the dead.


Entreprise autrement plus ambitieuse que celle du Règne des Insectes (en rapport Ă  sa scĂ©nographie plus hĂ©tĂ©rogène exploitant ici des dĂ©cors naturels, ces comĂ©diens amateurs plus nombreux et un planning de tournage plus imposant), Memory of the Dead est le troisième essai de Pascal Frezzato dans la cour des courtsLa gestation de ce projet de longue haleine, nous la devons d'abord Ă  la scĂ©nariste et comĂ©dienne Isabelle Rocton (jouant ici son 1er rĂ´le Ă  l'Ă©cran) qui souhaitait rendre hommage au mythe du zombie d'une manière toute intime.
Partant de la même théorie nihiliste que le Règne des Insectes (l'apocalypse sans espoir de rédemption), Memory of the Dead traite de la survie des infectés (on les prénomme ici les "Z") après que la 3è guerre mondiale ait éclaté. A partir de cet argument linéaire, Pascal Frezzato livre un hommage Bis au film de zombie dans sa pure tradition, à l'instar du pré-générique où quelques zombies déambulent au milieu des champs. A travers cette belle séquence filmée en plan large, on pense inévitablement à La Nuit des Morts-vivants de Romero, alors que la scène suivante (leur promenade sur le parking d'un supermarché) évoque le panthéon du genre: Dawn of the Dead
PassĂ©e cette première Ă©bauche du chaos, nous entrons ensuite de plein pied dans l'intimitĂ© d'un dĂ®ner particulièrement inconvenant ! Le repas dĂ©gueulbif de trois infectĂ©s avachis sur une victime Ă©ventrĂ©e ! De manière percutante, et Ă  l'aide de gros plans insistant sur la chair des viscères, le rĂ©alisateur semble subitement habitĂ© par une audace graphique quelque peu expĂ©rimentale. Les effets spĂ©ciaux, bricolĂ©s et minimalistes, s'avèrent assez efficaces dans leur texture graphique, d'autant mieux privilĂ©giĂ©s par un habile montage. A contrario, on peut tout de mĂŞme reprocher que la camĂ©ra s'attarde un peu trop sur l'appĂ©tit vorace d'une zombie en particulier, lorsque cette dernière mâchouille longuement un intestin ! A noter Ă©galement que la qualitĂ© des maquillages de latex confectionnĂ©s pour les zombies s'avère assez impressionnante (en prioritĂ© le faciès menaçant que Isabelle Rocton porte avec tĂ©nacitĂ© !). 
Face Ă  cette dĂ©bauche gore complaisamment Ă©talĂ©e, on peut songer aux effluves d'un Joe d'Amato en pleine renaissance ou d'un Jesus Franco pas encore remis de Mondo Cannibale. On imagine alors que la suite Ă  venir sera sans doute du mĂŞme acabit ! Que nenni, puisque durant sa dernière partie, le mĂ©trage bifurque diamĂ©tralement pour adopter une dĂ©marche très intime (Ă  l'instar du final dĂ©senchantĂ© du Règne des Insectes). 


C'est durant ses 10 dernière minutes, face Ă  l'errance solitaire d'une femme zombie, que Memory of the Dead va enfin pouvoir dĂ©coller pour dĂ©voiler ses ambitions premières. A travers le cheminement instinctif d'une morte-vivante, le film va subitement explorer son Ă©tat de conscience comme George Romero l'avait prĂ©alablement su traiter dans le Jour des Morts-vivants. La perte de l'ĂŞtre cher face Ă  une rĂ©miniscence infantile ! C'est ce que cette infectĂ©e souhaite se remĂ©morer durant la visite de son ancienne demeure, oĂą sa dĂ©marche nonchalante va l'entraĂ®ner vers le refuge tamisĂ© de sa chambre. A l'aide d'un magnifique score Ă©lĂ©giaque, l'ambiance mortifère qui imprĂ©gnait le mĂ©trage va subitement altĂ©rer pour extĂ©rioriser une amertume dĂ©licate ! Tristesse, accablement, colère et regret sont les nouveaux sentiments exprimĂ©s du point de vue de ce cadavre rongĂ© par le souvenir et sa nĂ©crose. Ces sĂ©quences dramatiques de claustration durant laquelle cette dernière se retrouve recluse dans l'intimitĂ© d'une chambre nous saisit Ă  la gorge par son regain d'humanitĂ© Ă©garĂ© dans le nĂ©ant.  
Si le jeu perfectible des comĂ©diens aurait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus charpentĂ©, (la petite Camille est assez inexpressive face Ă  la vue de sa maman zombifiĂ©e alors que Isabelle Rocton adopte une dĂ©marche un peu trop rigide pour se dĂ©placer !) le dĂ©sarroi fragile que nous vĂ©hicule l'actrice première nous bouleverse jusqu'aux larmes ! Face Ă  cette dĂ©charge d'Ă©motion et d'humanisme dĂ©sespĂ©rĂ©, on songe au magnifique psycho drame Moi, Zombie, Chronique de la douleur de Andrew Parkinson, alors que Pascal Frezzato ignorait l'existence de ce mĂ©trage British !


La mère des Larmes
Avec l'intĂ©gritĂ© du cinĂ©aste et l'aimable participation des comĂ©diens amateurs, Pascal Frezzato continue d'entamer la voie du court-mĂ©trage Z en livrant aujourd'hui un hommage aux films de Zombies dans une dramaturgie inattendue. En dĂ©pit de quelques dĂ©fauts techniques Ă©vidents (fx de synthèse perfectibles, Ă©clairages ternes), du jeu de prestance parfois hĂ©sitant (bien que Isabelle Rocton dĂ©gage une incroyable acuitĂ© Ă©motionnelle !), Memory of the Dead empreinte la voie de Romero et Parkinson pour sa rĂ©flexion sur la conscience et transcende en dernier acte une Ă©lĂ©gie bouleversante sur le deuil infantile ! 

P.S: Attention ! Passé le générique de fin, un clin d'oeil surprise vous attend !
Le court-métrage est visionnable ici !
http://www.dailymotion.com/video/x18teot_memory-of-the-dead-sous-titrage-anglais_shortfilms

La critique de Mathias Chaput:
Après son très rĂ©ussi « Règne des insectes », le talentueux et passionnĂ© Pascal Frezzato rĂ©cidive dans le court en s’appropriant un thème maintes fois ressassĂ© auparavant : le film de zombies…
Sauf que lĂ , il a choisi le parti pris d’adopter un ton totalement diffĂ©rent et aux antipodes des films d’horreur contemporains en incluant Ă  son Ĺ“uvre une dimension mĂ©taphorique voire cristalline par le biais du personnage de la zombie femelle qui revoit son passĂ© d’humaine après s’ĂŞtre vue dans un miroir…
Et la donne change radicalement !
InspirĂ© Ă  l’extrĂŞme, Frezzato, outre une technique et un sens du cadrage très intĂ©ressants prend la symbolique de l’escalier, cet escalier oĂą la « Z » gravite et monte comme une ASCENSION du mort vers son âme dans le ciel…
Et d’un coup, tout son passĂ©, toute sa vie ressurgit ! sa fille enfant, le lit, la chambre, l’ours en peluche, autant d’allĂ©gories qui jaillissent du subconscient de cette zombie, frĂŞle et mĂ©lancolique…
Les maquillages sont efficaces et les dĂ©cors très soignĂ©s et « Memory of the dead » prend son essor vĂ©ritablement dès l’entrĂ©e dans la maison, parvenant Ă  dĂ©marquer le dĂ©but gore Ă  l’outrance pour partir dans une recherche Ă  la dĂ©marche intelligente, cassant les hypothĂ©tiques redondances qui auraient pu foisonner si Frezzato n’avait pas exultĂ© son imagination dès lors…
Habilement rĂ©alisĂ© et au timing soutenu, « Memory of the dead » plonge le spectateur en immersion vers un voyage sans retour au sein de l’inconscient, dans le creux d’une vague ou d’un tremblement sismique et finalement parvient Ă  apporter un rĂ©confort et un apaisement Ă  une situation douloureuse et Ă©nigmatique…
Nul doute que le parcours de « Memory of the dead » sera jalonnĂ© du plus grand intĂ©rĂŞt des aficionados de films de zombies qui y verront lĂ  une approche et une thĂ©matique parfaitement novatrice, revigorante et très rigoureuse dans son traitement…
Note : 9/10

Pour ceux qui souhaitent découvrir le Règne des Insectes
http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/le-regne-des-insectes_13.html
et Pour une poignĂ©e de Spaghettis: http://brunomatei.blogspot.fr/…/per-un-pugno-di-spaghetti-p…
11.11.13
Bruno Matéï

  



vendredi 8 novembre 2013

L'Invasion des Profanateurs / Invasion of the Body Snatchers. Antenne d'Or, Avoriaz 1979.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dailymars.net

de Philip Kaufman. 1978. U.S.A. 1h55. Avec Donald Sutherland, Brooke Adams, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright, Leonard Nimoy.

Sortie salles U.S: 20 Décembre 1978

FILMOGRAPHIE: Philip Kaufman est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 23 Octobre 1936 à Chicago, Illinois (Etats-Unis). 1965: Goldstein. 1967: Fearless Frank. 1972: La Légende de Jesse James. 1974: The White Dawn. 1978: L'Invasion des Profanateurs. 1979: Les Seigneurs. 1983: L'Etoffe des Héros. 1988: L'Insoutenable légèreté de l'être. 1990: Henry et June. 1993: Soleil Levant. 2000: Quills, la plume et le sang. 2004: Instincts Meurtriers. 2012: Hemingway et Gellhorn (télé-film).


"Obey !"
Seconde adaptation du roman homonyme de Jack Finney, l'Invasion des Profanateurs est un remake du classique de Don Siegel aujourd'hui privilĂ©giĂ© du caractère oppressant d'une Ă©pouvante anxiogène. EpaulĂ© de remarquables effets-spĂ©ciaux impressionnants de rĂ©alisme (la reconstitution des cadavres perfectibles par les cocons) et d'une galerie de comĂ©diens Ă©patants d'expressivitĂ© fĂ©brile (Donald Sutherland, Brooke Adams, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright et Leonard Nimoy), cette version colorisĂ©e s'Ă©rige en sommet de terreur psychologique de par son intensitĂ© mĂ©tronome. Ainsi, Ă  travers un scĂ©nario original bâti sur une nouvelle invasion d'E.T, l'Invasion des Profanateurs doit sa grande rĂ©ussite Ă  l'intelligence de son propos pour le rapport intrinsèque Ă  nos pulsions face Ă  la dĂ©pendance de l'angoisse et de la souffrance via nos Ă©motions innĂ©es. A savoir l'inhĂ©rence vitale de rĂ©gir notre vie par le principe de la souffrance afin de pouvoir conquĂ©rir le bonheur. Il fallait tout de mĂŞme oser entreprendre un pitch aussi saugrenu que n'importe quel tâcheron Z aurait facilement versĂ© dans le ridicule. Imaginez une seconde le concept SF alarmiste ! Une fleur venue de l'espace est la nouvelle menace terrienne dans leur mainmise Ă  vouloir prendre possession de nos corps durant notre sommeil !


Mais sous la houlette de Philip Kaufman, cette trame incongrue s'avère un modèle d'angoisse diffuse et d'efficacitĂ© oĂą la paranoĂŻa d'une poignĂ©e de survivants sera mise Ă  rude Ă©preuve pour avertir la populace. La première partie, la plus Ă©prouvante, nous fait partager la dĂ©tresse d'une Ă©pouse, convaincue que son mari n'est plus celui qu'elle eut connu et qu'au sein de sa sociĂ©tĂ© une conspiration de grande ampleur est sur le point de converger ! Avec l'entremise amicale d'un inspecteur de l'hygiène, d'un couple et d'un psychiatre, ils vont tenter de comprendre les tenants et aboutissants de cette sournoise hostilitĂ©. C'est Ă  travers la flore de cocons en mutation que l'origine extra-terrestre s'extrait pour s'emparer de nos corps afin de se dĂ©doubler en zombie impassible ! DĂ©nuĂ© d'une quelconque Ă©motion, de douleur et de haine, ces nouveaux conquĂ©rants prolifèrent sur terre afin de nous asservir en guise de survie. Le climat d'inquiĂ©tude, de doute et de terreur palpable qu'insuffle chaque protagoniste est d'autant plus prĂ©gnant que l'endurance de la fatigue les contraint de garder l'oeil Ă©veillĂ©. Cette descente aux enfers se livre donc Ă  un cauchemar sans fin que la mise en scène avisĂ©e de Kaufman va habilement coordonner Ă  l'aide d'une bande son dissonante, de cadrages obliques et de mouvements de camĂ©ra cuisants (parfois Ă  l'Ă©paule) afin d'amplifier le malaise. La seconde partie, autrement haletante car fertile en poursuites, est une course contre la mort que nos hĂ©ros devront traverser au sein d'une ville chaotique en adoptant une posture impassible afin de dĂ©tourner le ravisseur. Avec un dĂ©sespoir toujours plus contraignant, leur chance de survie semble de plus en plus prĂ©caire depuis que chaque citadin s'est substituĂ© par un nouveau corps dĂ©nuĂ© d'Ă©piderme !
 

Les Envahisseurs sont parmi nous
MĂ©taphore sur la propagande, l'instinct grĂ©gaire et les doctrines dictatoriales (et bien d'autres analogies sur notre condition soumise), rĂ©flexion mĂ©taphysique oĂą les sentiments de peur et de souffrance sont Ă©lĂ©mentaires Ă  l'Ă©panouissement, l'Invasion des Profanateurs perdure son pouvoir de fascination par la densitĂ© d'un scĂ©nario implacable et surtout par sa capacitĂ© Ă©motionnelle Ă  provoquer l'effroi, jusqu'Ă  l'ultime image, glaçante de nihilisme. 

La Chronique de l'Invasion des profanateurs de SĂ©pultures: http://brunomatei.blogspot.fr/…/linvasion-des-profanateurs-…

*Bruno
30.12.22. 4èx
08.11.13. 


jeudi 7 novembre 2013

Coup de Coeur / One from the Heart

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Hollywood.com

de Francis Ford Coppola. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Frederic Forrest, Teri Garr, Raul Julia, Nastassja Kinski, Lainie Kazan, Harry Dean Stanton.

Sortie salles France: 29 Septembre 1982. U.S: 12 Février 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVEFrancis Ford Coppola est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 7 Avril 1939. 1963: Dementia 13. 1966: Big Boy. 1968: La VallĂ©e du Bonheur. 1969: Les Gens de la pluie. 1972: Le Parrain. 1974: Conversation Secrète. Le parrain 2. 1979: Apocalypse Now. 1982: Coup de coeur. 1983: Outsiders. Rusty James. 1984: Cotton Club. 1986: Peggy Sue s'est mariĂ©e. 1987: Jardins de Pierre. 1988: Tucker. 1989: New-York Stories. 1990: Le Parrain 3. 1992: Dracula. 1996: Jack. 1997: L'IdĂ©aliste. 2007: l'Homme sans âge. 2009: Tetro. 2011: Twixt.


Echec commercial cuisant lors de sa sortie officielle alors que les critiques de l'Ă©poque y accordaient un intĂ©rĂŞt limitĂ©, Coup de coeur est pourtant, comme son titre l'indique, un moment de cinĂ©ma singulier dans son rapport universel Ă  la thĂ©matique de l'amour. Car Ă  travers les procĂ©dĂ©s illusoires du cinĂ©matographe, Francis Ford Coppola rend autant hommage au 7è art dans sa faste virtuositĂ© oĂą l'inventivitĂ© du cameraman expĂ©rimente son outil avec souci de stylisme fĂ©erique. CĂ©lĂ©bration aux romances classiques et aux comĂ©dies musicales de l'âge d'or, Coup de coeur est une nuit d'ivresse aussi euphorique que les bulles d'une coupe de champagne que l'on savoure Ă  chaque gorgĂ©e. 
Le pitchA Las vegas, un couple s'entre-dĂ©chire après 5 ans de vie commune. Ils dĂ©cident d'un commun accord de se sĂ©parer pour vivre indĂ©pendamment leur nouvelle libertĂ© au sein d'une ville effervescente. 


Trois ans après avoir sublimĂ© la guerre dans le cauchemar vietnamien Apocalypse Now, Francis Coppola dĂ©pose les armes pour jeter son dĂ©volu vers la romance d'un couple en perdition. Show de sons et lumières sous les nĂ©ons polychromes des projecteurs de Las Vegas, Coup de coeur est une ode Ă  l'amour le plus candide et Ă  l'instant prĂ©sent. Si bien qu'en dĂ©pit de l'infidĂ©litĂ© du couple dĂ©suni, leur fuite vers un Las Vegas utopique va les rappeler Ă  la raison de l'authenticitĂ© amoureuse, de l'expĂ©rience de leur propre vĂ©cu au mĂ©pris des broutilles subsidiaires ! Ainsi, Ă  travers cette histoire limpide mainte fois Ă©culĂ©e Ă  l'Ă©cran, notre cinĂ©aste perdure sa pertinence Ă  rĂ©inventer ici le genre romantique dans une mise en scène expĂ©rimentale en constante crĂ©ativitĂ© ! Jeu de lumières et d'ombres juxtaposĂ©s dans le mĂŞme plan afin de suivre deux sĂ©quences distinctes, Ă©clairages flashy et couleurs rutilantes sur des dĂ©cors de carte postale, feux d'artifice de numĂ©ros musicaux improvisĂ©s en pleine rue de festivitĂ©, ballades de blues d'un romantisme exaltant, Coup de coeur s'Ă©rige au sommet d'une fantasmagorie en constante conversion. Un bain de jouvence pour tous les coeurs en peine ou en Ă©treinte oĂą les âmes blessĂ©es s'y sĂ©parent pour mieux se retrouver au moment opportun.


Cinema Paradiso
En illustrant la virĂ©e de deux femmes en quĂŞte de plĂ©nitude (Teri Garr et Nastassia Kinski magnĂ©tisent l'Ă©cran de leur Ă©rotisme Ă  la fois charnel et gracile !), incessamment courtisĂ©es par des amants dĂ©sireux (FrĂ©dĂ©ric Forrest et Raul Julia forment avec entrain un duo obstinĂ© !), Coup de Coeur prodigue avec une fĂ©erie ensorcelante la sollicitation de l'amour le plus fĂ©brile. En jouant sur les trucages de l'illusion pour y altĂ©rer la rĂ©alitĂ©, Francis Ford Coppola se porte aussi avant-coureur pour annoncer l'ère du numĂ©rique. Sauf qu'en l'occurrence, ces procĂ©dĂ©s artisanaux entièrement rĂ©gis en studio renvoient Ă  la fertilitĂ© première d'un Melies et d'un ChaplinSi vous voulez rendre amoureuse votre femme ou renouer avec la prĂ©mices de l'Ă©moi sentimental, Coup de coeur est tout Ă  fait capable d'occasionner l'effet escomptĂ© au sein de sa fĂ©erie Ă©tincelante plus vraie que nature. 

*Bruno
08.11.22. vf. 3èx
07.11.13. vost. 2èx.


mercredi 6 novembre 2013

L'Exorciste 2, l'hérétique / Exorcist 2: The Heretic

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site daysarenumbers.net

de John Boorman. 1977. U.S.A. 1h58. Avec Linda Blair, Richard Burton, Louise Fletcher, Max Von Sydow, Kitty Winn, Paul Henreid, James Earl Jones, Ned Beatty.

Sortie salles France: 25 Janvier 1978. U.S: 17 Juin 1977

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur américain, né le 18 Janvier 1933 à Shepperton (Royaume-Uni).
1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: Délivrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La Forêt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour réussir. 1995: Rangoon. 1998: Le Général. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail.

"J’ai trouvĂ© particulièrement stimulante l’idĂ©e de faire un film qui s’appuyait sur l’attente d’un public prĂ©existant. Chaque film exige un effort pour rejoindre son public, et c’est pourquoi le cinĂ©ma est si souvent rĂ©pĂ©titif : la rĂ©pĂ©tition est gage de succès. J’ai trouvĂ© qu’il serait honnĂŞte de prendre en charge cette attente du public et de la remodeler, de l’aider Ă  se rĂ©orienter, plutĂ´t que de le satisfaire avec la réédition d’un produit familier." — John Boorman

"L’HĂ©rĂ©sie selon Boorman : hypnotique odyssĂ©e au cĹ“ur du Mal"
Quatre ans après le traumatisme foudroyant de L’Exorciste, John Boorman entreprend de rĂ©aliser une suite Ă  rebours des attentes, s’Ă©cartant rĂ©solument du grand-guignol rĂ©vulsif de son modèle. Échec commercial cinglant - le public, sans doute, attendait un remake plus horrifique encore - le film est Ă  nouveau boudĂ© lorsque Boorman en remonte une version modifiĂ©e, avec final spectaculaire Ă  la clĂ©. 

Synopsis: En enquĂŞtant sur les circonstances troubles de la mort du père Merrin, le prĂŞtre Lamont entre en contact avec la jeune Regan Ă  travers des sĂ©ances d’hypnose synchronisĂ©e, pour tenter de confronter Ă  nouveau le dĂ©mon Pazuzu.


Visuellement Ă©blouissant, notamment durant l’odyssĂ©e initiatique du père Lamont en Afrique, L’Exorciste II : L’HĂ©rĂ©tique joue la carte du vertige sensoriel : jusqu’Ă  s’infiltrer, par hypnose synchronique, dans les crevasses d’une montagne pour assister Ă  l’exorcisme d’un enfant nommĂ© Kokumo. RĂ©flexion mĂ©taphysique sur la nature du Mal, le film bouscule les conventions, tente de sonder les fondements malĂ©fiques de Pazuzu - lequel se manifeste sous l’apparence d’une invasion de sauterelles - et ose dĂ©tourner le spectacle vers l’Ă©trangetĂ© spirituelle. Boorman dĂ©route, mais avec panache : il accumule les visions, les incursions mentales, les connexions tĂ©lĂ©pathiques, jusqu’Ă  faire vaciller toute notion de rĂ©alitĂ©.

Plus Ă©sotĂ©rique encore dans sa seconde partie, l’Ĺ“uvre nous entraĂ®ne Ă  la recherche de Kokumo, porteur d’un savoir ancestral capable de dĂ©mystifier le Mal. Ă€ grands renforts de rituels tribaux, d’illusions mystiques et d’une Ă©cologie prĂ©monitoire, le film fait rĂ©sonner la figure des sauterelles en menace symbolique - entitĂ© organique, incontrĂ´lable, presque divine. Le climat tropical qui martèle cette contrĂ©e aride en amplifie la moiteur hypnotique.

CĂ´tĂ© interprĂ©tation, on retrouve avec bonheur Linda Blair, Regan affirmĂ©e, lumineuse, dont la sensualitĂ© adolescente Ă©pouse certaines plages oniriques d’une rare grâce - notamment sa prĂ©sence symbolique sur un toit, parmi une nuĂ©e de colombes. Si Richard Burton frĂ´le parfois le cabotinage (le prologue, oĂą une possĂ©dĂ©e s’immole sous son regard hallucinĂ©, fait vaciller la crĂ©dibilitĂ©), il parvient fort bien Ă  insuffler au père Lamont une prĂ©sence hantĂ©e, tragique, parcourue de stupeur et d’obsession. Monolithique mais transi d'inquiĂ©tude et de contrariĂ©tĂ©, il incarne une densitĂ© humaine vacillante, ensorcelĂ©e.

Fascinante plongĂ©e dans les trĂ©fonds du Mal, rythmĂ©e par l’inoubliable partition de Morricone, L’Exorciste II refuse la redite et peut se targuer d’ĂŞtre l’une des rares suites Ă  affronter son panthĂ©on diabolique avec une rĂ©elle autonomie d’auteur. EsthĂ©tiquement envoĂ»tant dans ses nuances ocres, le film n’oublie pas de provoquer l’Ă©motion - celle d’une Regan rĂ©conciliĂ©e avec sa lumière - et de culminer dans un final apocalyptique d’anthologie, soutenu par des FX prodigieux.

Comme le soulignait Pierre-AndrĂ© Arène Ă  l’Ă©poque, il est grand temps de redĂ©couvrir cette Ĺ“uvre complexe, dĂ©routante, mais passionnĂ©ment originale.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

06.11.13. 3èx
12.08.25. 4èx. Vost 

mardi 5 novembre 2013

Razorback

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Russell Mulcahy. 1984. Australie. 1h35. Avec Gregory Harrison, Arkie Whiteley, Bill Kerr, Chris Haywood, David Argue, Judy Morris.

Sortie salles Australie: Avril 1984

FILMOGRAPHIE: Russell Mulcahy est un rĂ©alisateur australien, nĂ© le 23 Juin 1953 Ă  Melbourne, dans l'Ă©tat de Victoria. 1979: Derek and clive get the horn. 1984: Razorback. 1985: Arena. 1986: Highlander. 1991: Highlander 2. 1991: Ricochet. 1992: Blue Ice. 1993: l'Affaire Karen McCoy. 1994: The Shadow. 1996: Tireur en pĂ©ril. 1998: La malĂ©diction de la Momie. 1999: Resurrection. 2003: Swimming Upstream. 2007: Resident Evil: Extinction. 2008: Le Rois Scorpion 2. 2009: Fais leur vivre l'enfer, Malone !

 
"Dans la gueule du désert : Razorback".
Ă€ peine âgĂ© de trente et un ans lorsqu’il met en chantier son second long-mĂ©trage, Russell Mulcahy ne laisse pas indiffĂ©rent le jury d’Avoriaz, qui voit en ce solide artisan un nouveau prodige de la mise en scène — et ce, mĂŞme si Razorback repart bredouille. Si, lors de sa sortie en salles, le succès reste timide auprès du grand public, c’est du cĂ´tĂ© des vidĂ©ophiles qu’il se taille peu Ă  peu une rĂ©putation de sĂ©rie B culte. Mixant allègrement fantastique, aventure et horreur fangeuse pour croquer le portrait dĂ©viant d’un duo de rednecks, Mulcahy rĂ©invente le bestiaire animalier pour hausser l’affrontement au rang de mythe. Mais deux portraits d’ĂŞtres meurtris se tĂ©lescopent dans Razorback : celui de Carl, jeune homme exilĂ© dans le dĂ©sert australien pour retrouver la trace de sa femme disparue, Beth Winters, journaliste engagĂ©e pour la cause animale ; et celui de Jack, vieil homme esseulĂ©, rongĂ© par la vengeance après avoir perdu son petit-fils dans une attaque nocturne du sanglier. Chacun, avec sa faille, livre Ă  sa façon une guerre impitoyable contre la bĂŞte, tandis que deux bouseux d’abattoir, violeurs en cavale, se retrouvent happĂ©s par cette traque implacable.
 

Spectacle baroque et furibond, oĂą l’onirisme crĂ©pusculaire s’imbibe d’une nature solaire, clairsemĂ©e — la traversĂ©e hallucinĂ©e de Carl dans le dĂ©sert aride ! — Razorback joue la carte de la singularitĂ© en ravivant des thèmes Ă©culĂ©s du cinĂ©ma fantastique. Avec une ambition stylisĂ©e, Mulcahy sème des plages de poĂ©sie tout au long du cheminement, hasardeux et belliqueux, de ses justiciers hantĂ©s par le deuil. Dans la mouvance des Dents de la mer pour la dĂ©mesure bestiale et de Massacre Ă  la tronçonneuse pour le portrait de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s sadiques — ces chasseurs de kangourous, aveuglĂ©s sous les projecteurs, traquĂ©s la nuit pour ĂŞtre torturĂ©s Ă  loisir — Razorback hybride les genres et dĂ©cuple l’intensitĂ© de l’aventure. Surtout, Mulcahy nous attache Ă  ses personnages cabossĂ©s, oĂą l’humanisme saigne d’Ă©corchures intimes, et propulse ce bestiaire dans un survival sensoriel oĂą des chasseurs faillibles, mais rebelles, affrontent le monstre. Une Ă©motion poignante affleure dans la relation naissante entre Sarah, jeune assistante de Jack, et Carl, veuf inconsolable, qui grâce Ă  elle, s’arrime de nouveau Ă  la tendresse. Cette bribe de romantisme, qui infuse peu Ă  peu le rĂ©cit, trouve son Ă©crin dans la superbe Ă©lĂ©gie musicale d’Iva Davies.

Quant Ă  la carrure monstrueuse du Razorback, Mulcahy privilĂ©gie la suggestion, sans jamais cĂ©der Ă  l’esbroufe : sans doute pour compenser un budget restreint, il use de gros plans, dĂ©taille la physionomie infernale, exalte la fĂ©rocitĂ©. Avec un montage prĂ©cis, une rĂ©alisation souvent inventive, Razorback accomplit le tour de force de rendre son monstre crĂ©dible, soutenu par une imagerie crĂ©pusculaire, littĂ©ralement — et inlassablement — ensorcelante. DĂ©jĂ  un chef-d’Ĺ“uvre formel.


"Bestiaire baroque sous le soleil mort : Razorback".
Spectacle flamboyant, oĂą l’onirisme baroque se dispute Ă  une violence sèche, Razorback mĂŞle les genres avec une efficacitĂ© et une pudeur d’Ă©motion rares. Sa mise en scène, d’une audace inouĂŻe, transcende la bĂŞte d’apocalypse et la pugnacitĂ© de pionniers que rien n’Ă©puise. Un classique indĂ©pendant, incandescent, qui n’est pas près de s’Ă©teindre.
 
*Bruno
22.12.24. 6èx. Vostf (comme si c'était la toute 1ère fois)
05.11.13. 5èx

lundi 4 novembre 2013

LES FANTOMES D'HALLOWEEN (Lady in White / La dame blanche)

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forgottenflix.com

de Franck LaLoggia. 1988. U.S.A. 1h57 (version longue). Avec Lukas Haas, Len Cariou, Alex Rocco, Katherine Helmond, Jason Presson.

Sortie salles U.S: 22 Avril 1988. Angleterre: 16 Juin 1989

FILMOGRAPHIE: Franck La Loggia est un réalisateur, acteur, scénariste, producteur et compositeur américain, né le 12 Janvier 1954 à Rochester, New-York. 1981: Fear no Evil. 1988: Les Fantômes d'Halloween. 1995: Mother


Directement sorti en Vhs Ă  la fin des annĂ©es 80 et relativement passĂ© inaperçu auprès des vidĂ©ophiles, Les FantĂ´mes d'Halloween est une curieuse production d'un rĂ©alisateur mĂ©connu puisque uniquement responsable de trois longs-mĂ©trages. Baignant dans le climat solaire d'une paisible bourgade ricaine, son prĂ©lude nous remĂ©more inconsciemment l'esprit infantile de Spielberg lorsque des enfants farceurs batifolent dans leur quartier en toute insouciance. Mais un Ă©vènement dramatique va rapidement obscurcir cette impression de bonheur exaltant avec la rĂ©actualisation d'un fait divers crapuleux auquel le responsable n'eut jamais Ă©tĂ© rĂ©primandĂ©. Car 10 ans au plus tĂ´t, une dizaine d'enfants fut lâchement exĂ©cutĂ©s par ce dangereux psychopathe. Suite Ă  une mauvaise farce d'Halloween, un garçon embrigadĂ© dans le sellier de son Ă©cole se retrouve nez Ă  nez avec l'apparition fantomatique d'une fillette. PrĂ©cĂ©demment violentĂ©e et assassinĂ©e, elle dĂ©cide de rentrer en contact avec Frank afin qu'il puisse l'aider Ă  retrouver la paix pour dĂ©voiler au grand jour l'identitĂ© du meurtrier. Victime lui aussi d'une sauvage agression par ce mĂŞme assassin, Frank va tenter de le dĂ©masquer avec l'entremise de son frère et d'une intrigante dame blanche. 


Ce qui au premier abord parait Ă©dĂ©nique avec les FantĂ´mes d'Halloween, c'est son esprit de bonhomie hĂ©ritĂ© du conte fantastique si bien que les enfants en seront les principaux tĂ©moins. Particulièrement Frank, gosse docile Ă©levĂ© par un père prĂ©venant mais bouleversĂ© depuis la disparition de son Ă©pouse ! Et le jeune fils de se retrouver embarquĂ© dans une situation improbable particulièrement alerte pour sa propre survie ! En confrontant l'amertume des fantĂ´mes plaintifs, l'innocence d'un gamin prude et les nouvelles stratĂ©gies horrifiques d'un criminel en fuite, les FantĂ´mes d'Halloween oscille les genres parmi l'interfĂ©rence de traits d'humour (les broutilles quotidiennes imparties aux grands parents de Frank depuis que l'aĂŻeul consomme ses cigarettes en catimini). En prenant son temps pour structurer un cheminement narratif peu surprenant mais parfois cruel, le cinĂ©aste fait Ă©galement preuve d'une dramaturgie inattendue lorsqu'un prĂ©sumĂ© coupable est sur le point de retrouver sa libertĂ©. En illustrant l'AmĂ©rique des annĂ©es 60 corrompue par le racisme et la motivation expĂ©ditive d'une victime inconsolable, Frank Lallogia ternie Ă  nouveau l'apparence aimable de cette bourgade que l'on s'Ă©tait idĂ©alisĂ© au premier abord. Mais surtout, il met en exergue les affres d'un enfant fragile confrontĂ© Ă  sa raison existentielle. PrĂ©alablement sauvĂ© in extremis d'une mort certaine et opposĂ© aux apparitions spirituelles des fantĂ´mes, Frank n'aura de cesse pour un si jeune âge d'affronter ses craintes afin de prĂŞter main forte Ă  une mère et une fille dĂ©sunies ! En jouant sur la lĂ©gende urbaine de la dame blanche, le rĂ©alisateur tente notamment d'agrĂ©menter une petite Ă©nigme autour de ce symbole, ici redresseur de tort. Alors que le final ne manquera pas de provoquer une Ă©motion poignante face au ton rĂ©solument fĂ©erique, libĂ©rateur de la situation.


Attachant et agrĂ©able Ă  suivre mais nĂ©anmoins perfectible, Les FantĂ´mes d'Halloween aurait pu ĂŞtre plus passionnant Ă  travers ses sombres thĂ©matiques si la mise en scène chĂ©tive et une direction de seconds rĂ´les parfois timorĂ©e eurent Ă©tĂ© plus maĂ®trisĂ©s. Pour autant, la beautĂ© naturelle de certaines images, l'onirisme formel qui en dĂ©coule tantĂ´t, la bouille attachante du jeune Lukas Haas et surtout la volontĂ© du rĂ©alisateur Ă  ternir son rĂ©cit emportent l'adhĂ©sion. 

Un grand merci Ă  l'Univers Fantastique de la Science-fiction
04.11.13. 3èx
Bruno Matéï

jeudi 31 octobre 2013

Henry, portrait d'un serial-killer

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

"Henry: Portrait of a Serial Killer" de John Mc Naughton. 1986. U.S.A. 1h23. Avec Michael Rooker, Tom Towles, Tracy Arnold.

Sortie salles France: 6 Février 1991

FILMOGRAPHIE: John Mc Naughton est un réalisateur américain, né le 13 Janvier 1950 à Chicago. 1984: Dealers in Death. 1986: Henry, portrait d'un serial killer. 1991: Sex, drugs, Rock and Roll. 1991: The Borrower. 1993: Mad Dog and Glory. 1996: Normal Life. 1998: Sexcrimes. 2000: Condo Painting. 2001: Speaking of sex. 2004: Redliners. 2009: Backstabbers. 2013: The Harvest.


Ce film s'inspire de fait rĂ©els. Ce n'est pas une histoire vraie proprement dite. Les aveux d'un certain Henry ont servi Ă  faire ce film. Aveux qu'il a niĂ©s, par la suite. Otis et Becky sont des personnages fictifs. 

Interdit en salles durant 4 ans par la censure amĂ©ricaine et estampillĂ© X, Henry est le premier long-mĂ©trage du rĂ©alisateur John Mc Naughton. InspirĂ© du personnage d'Henry Lee Lucas, tueur en sĂ©rie responsable de plus de 199 meurtres, le film dĂ©peint la dĂ©rive meurtrière d'un duo d'anciens taulards, des marginaux rĂ©solument reclus de leur condition misĂ©reuse. D'un cĂ´tĂ©, Henry, le plus influent, est un tueur mĂ©thodique extĂ©riorisant sa rage sur les innocents depuis le traumatisme de son enfance galvaudĂ©e par une mère prostituĂ©e. De l'autre, Otis est un badaud Ă©cervelĂ© facilement influencĂ© par le vice et la perversion. A bord de leur vĂ©hicule, ils sillonnent les quartiers nocturnes afin d'assassiner au hasard d'une rue des citadins. Au coeur de ce duo indocile, la soeur d'Otis, Becky, tente de se faire une place dans leur appartement restreint et s'efforce Ă  chercher un petit boulot de strip-teaseuse avant de tomber amoureuse d'Henry. Car Ă©pris d'empathie et d'identification pour ses confidences martyrs, Becky eut Ă©tĂ© prĂ©alablement victime d'une enfance incestueuse vis Ă  vis de son gĂ©niteur. A travers le teint blafard d'une photo granuleuse ainsi que le souci documentaire d'une rĂ©alisation expĂ©rimentale,  John Mc Naughton nous immerge au sein d'un cauchemar urbain profondĂ©ment glauque et crapuleux. Ainsi, le climat poisseux, particulièrement prĂ©gnant, s'avère si malsain qu'Ă  la sortie de la projo nous nous sentions physiquement polluĂ©s par cette dĂ©bauche oĂą la saletĂ© du sang et les cris d'agonie rĂ©sonnent encore tel un Ă©cho !


Or, en autopsiant sans concession le portrait de deux assassins arriérés, littéralement vautrés dans le meurtre, Henry... constitue une épreuve de force morale toujours plus dérangeante de par sa gratuité profondément perverse. Car en position de voyeur, nous sommes contraints de témoigner de l'existence triviale du trio de chômeurs (Otis va vite abdiquer son poste de pompiste au fil de son cheminement meurtrier) et surtout d'espionner par l'oeil de la caméra leurs méfaits criminels par le truchement de leurs errances nocturnes. La contrainte de subir leur quotidienneté misérable et surtout d'assister à leurs exactions sanglantes provoquant un malaise viscéral tangible du fait de son traitement hyper réaliste. Ainsi, en évitant toute forme de racolage, John Mc Naughton filme de manière crue des meurtres brutaux à l'aide d'une caméra vhs qu'Otis se divertit à préserver en mémoire. Alors que du point de vue de Henry (l'être le moins licencieux car jamais assouvi de sadisme), les crimes sont souvent établis hors champs en nous proposant simplement d'en découvrir la résultante des mutilations. Qui plus est, les flash-back émis au son des hurlements des victimes rehaussent l'aspect cauchemardesque de l'esprit dérangé d'Henry, prisonnier de ses pulsions vengeresses et torturé par ces démons. On s'étonne d'ailleurs de lui éprouver un chouia d'empathie pour le rapport à la fois amical et affectueux entretenu avec Becky, et ce juste avant de renouer avec ses pulsions malades.


IncarnĂ© par des comĂ©diens transis de vĂ©ritĂ© Ă  travers leur dĂ©gĂ©nĂ©rescence immorale, Henry... provoque autant de fascination pour l'aspect reportage infligĂ© Ă  sa mise en scène que de dĂ©goĂ»t pour la reprĂ©sentation radicale du duo de serial-killers irrĂ©cupĂ©rables. Glaçant et psychologiquement perturbant du fait de son Ă©pineuse intensitĂ© (telle ce massacre d'une famille filmĂ© en mode "VHS" !), rarement un film d'horreur n'aura dĂ©crit avec autant de vĂ©risme et vĂ©racitĂ© l'introspection pathĂ©tique de deux monstres humains. 
Pour public averti.

L'avis de Mathias Chaputhttp://horrordetox.blogspot.fr/2011/03/henry-portrait-of-serial-killer-de-john.html

*Bruno
31.10.13. 3èx