mercredi 27 novembre 2013

La Foire des Ténèbres / Something Wicked This Way Comes

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Jack Clayton. 1983. Angleterre. 1h35. Avec Jason Robards, Jonathan Pryce, Diane Ladd, Royal Dano, Vidal Peterson, Shawn Carson, Mary Grace Canfield, Richard Davalos.

Sortie salles: 29 Avril 1983

FILMOGRAPHIE: Jack Clayton est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 1er mars 1921 à Brighton, décédé le 26 Février 1995 à Slough (Royaume-Uni).
1959: Les Chemins de la haute ville. 1961: Les Innocents. 1964: Le Mangeur de Citrouilles. 1967: Chaque soir à 9 heures. 1974: Gatsby le magnifique. 1983: La Foire des Ténèbres. 1987: The Lonely passion of Judith Hearne. 1992: Memento Mori (télé-film).


Produit Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80 par la cĂ©lèbre firme Walt Disney, Ă  l'Ă©poque oĂą ils souhaitaient se dĂ©marquer du produit familial standard en privilĂ©giant des rĂ©cits plus sombres et adultes (les Yeux de la forĂŞt), La Foire des TĂ©nèbres est notamment la rĂ©union de deux auteurs prodiges, Jack Clayton / Ray Bradbury. D'après le roman Ă©ponyme du cĂ©lèbre Ă©crivain, le rĂ©alisateur anglais le transpose ici avec un charme nostalgique Ă©vident de par sa reconstitution archaĂŻque d'une fĂŞte foraine chargĂ©e de mystères. A l'instar d'un conte infantile, le film relatant l'arrivĂ©e d'une bien Ă©trange foire au coeur d'un petit village de l'Illinois. Deux enfants insĂ©parables, Jim et Will, y font la rencontre de Mr Dark, un sombre dandy capable de matĂ©rialiser nos rĂŞves d'antan. Depuis son intrusion et celle de sa troupe, d'Ă©tranges Ă©vènements portent atteintes Ă  la vie des citadins. PersĂ©cutĂ©s Ă  leur tour, Jim et Will vont tenter d'avertir le père de ce dernier que la population encourt un grave danger. Echec commercial lors de sa sortie officielle, la Foire des TĂ©nèbres eut la dĂ©veine de ne pas rencontrer son public sans doute rebutĂ© par l'aspect austère de son climat hermĂ©tique. Pour autant, ce conte pour adultes s'avère vĂ©ritablement intriguant, inquiĂ©tant Ă  travers son cheminement cauchemardesque, et ce en nous proposant un rĂ©cit original des plus fascinants chez la caractĂ©risation perfide d'antagonistes atypiques.


C'est d'abord la conviction de sa distribution (Jason Robards et Jonathan Price s'affrontent Ă  la manière charismatique de gentlemens avisĂ©s !) qui nous permet d'adhĂ©rer Ă  cette Ă©trange carrousel de l'Ă©trange oĂą un ĂŞtre dĂ©moniaque s'est insinuĂ© dans l'intimitĂ© des citadins afin de les asservir. Pour cela, il s'approprie de leurs rĂŞves les plus inaccessibles et envieux en leur donnant l'illusion de renouer avec un bonheur passĂ©iste. Ce cadeau empoisonnĂ©, Mr Dark leur Ă©labore sans vergogne afin de se nourrir de leurs cauchemars et de leurs affres les plus noires. Par l'entremise de deux enfants avides de curiositĂ© (par ailleurs Ă©tonnants de maturitĂ© dans leur capacitĂ© de rĂ©flexion !), et d'un père sclĂ©rosĂ© rĂ©futant la vieillesse, la Foire des TĂ©nèbres nous convie donc Ă  une lutte sempiternelle entre les forces du Bien et du Mal. Qui plus est, la caractĂ©risation humaine de ces personnages est d'autant mieux traitĂ©e afin de souligner une rĂ©flexion sur l'usure du temps, l'amertume de la vieillesse et nos regrets insolubles. Si bien qu'ici, et d'une manière hĂ©tĂ©rodoxe, l'hĂ©roĂŻsme est Ă©tabli du point de vue d'un sexagĂ©naire rongĂ© par la contrariĂ©tĂ© d'un acte de bravoure qu'il n'eut pu braver plus tĂ´t. Alors que les enfants, en pleine dĂ©fiance avec les dĂ©mons, vont finalement s'acheminer vers une virĂ©e initiatique auprès de leur mauvaise posture. Cette expĂ©rience avec les forces dĂ©moniaques leur permettant d'accĂ©der Ă  la rĂ©demption et au dĂ©passement de soi en extĂ©riorisant une idĂ©ologie optimiste (le fait de positiver et de songer au bonheur permet de rompre les liens destructeurs du Mal). EmaillĂ© de sĂ©quences oniriques (les agissements de l'envoĂ»tante sorcière de verre, le labyrinthe du temps) ou cauchemardesques (la dĂ©gĂ©nĂ©rescence corporelle de Mr Dark au sein du carrousel), la Foire des TĂ©nèbres dĂ©route le spectateur avec un sens retors de l'illusion, Ă  l'instar de sa sĂ©quence de claustration viscĂ©rale (l'invasion des mygales rampants dans la chambre des enfants).


Scandé d'une partition rassurante de James Orner, du charisme gandin de ces interprètes et d'un esthétisme délicieusement archaïque, La Foire des Ténèbres peut aujourd'hui accéder à la renommée qu'il aurait dû mériter. Avec le recul, c'est également l'occasion de se rendre compte que l'usure du temps abordée dans le film n'a entachée aucune emprise sur l'entreprise de Clayton. Je dirais même qu'à contrario, et peut-être avec la complicité alchimique de Mr Dark, la Foire des Ténèbres s'est aujourd'hui converti au rajeunissement ! Si bien qu'il est à redécouvrir d'urgence avec une attention toute particulière (de préférence en VO, tout autre tonalité encore plus opaque, voire insaisissable).

*Bruno
26.12.24. 4èx. Vost.
27.11.13. 

mardi 26 novembre 2013

COLORADO (La Resa dei conti)

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site az-movies.centerblog.ne

de Sergio Sollima. 1966. Italie/Espagne. 1h50. Avec Tomas Milian, Lee Van Cleef, Luisa Rivelli, Fernando Sancho, Nieves Navarro.

Sortie salles France: 4 Juin 1969. Espagne: 29 Novembre 1966

FILMOGRAPHIE: Sergio Sollima est un réalisateur et scénariste italien, né le 17 Avril 1921 à Rome.
1965: Agente 3 S 3 passaporto per l'inferno. 1966: Agente 3 S 3 massacro al sole. 1966: Requiem per un agente segreto. 1966: Colorado. 1967: Le Dernier face à face. 1968: Saludos Hombre. 1970: La Cité de la violence. 1973: Revolver. 1976: Le Corsaire Noir.


Premier volet d'une trilogie, Colorado est le western auquel collaborèrent durant 3 années successives le réalisateur Sergio Sollima et l'acteur caméléon Tomas Milian. Moins connu que Le Dernier face à face et Saludos Hombre et peu diffusé à la TV, ce grand classique refait aujourd'hui surface sous la bannière de Wild Side Video en version haute définition !


Influencé par l'inattendu succès de Pour une poignée de dollars, Sergio Sollima livre avec Colorado un western spaghetti diablement ironique dans son florilège de rebondissements impromptus. A travers l'escapade inlassable d'un illustre chasseur de prime délibéré à mettre la main sur un potentiel tueur d'enfants, Sergio Sollima établit surtout une étude caractérielle de deux personnages contradictoires mais mutuellement impressionnés par leur sens de bravoure et de perspicacité. Car en jouant sur le faux semblant d'un malfrat inculte mais redoutablement rusé, le réalisateur ne cesse de nous interroger sur sa culpabilité d'autant plus que ce dernier ne cesse de se dépêtrer de ses ennuis avec une audace cynique. Pour incarner ce rôle de malfrat licencieux peu banal dans le paysage du western, Tomas Milian rivalise de raillerie, mesquinerie et subterfuge afin de ridiculiser son ennemi juré redresseur de tort. Avec son regard reptilien impassible, Lee Van Cleef endosse la responsabilité de l'honnête chasseur de prime, partagé entre la décision de s'associer avec un propriétaire cupide pour la construction d'une ligne de chemin de fer et celui de pourchasser sans relâche l'odieux assassin. Au fil de cette narration habilement charpentée mettant en exergue actions et bévues fortuites, Sergio Sollima étudie les rapports de force qui unit ces deux antagonistes tout en remettant en cause le manque de preuves tangibles que l'homme de loi se doit de témoigner.
Cette traque intrépide menée à travers le désert du Texas jusqu'à la frontière du Mexique culmine son point de chute vers l'itinéraire d'une nouvelle chasse à l'homme encore plus déloyale après avoir divulgué la véritable identité du meurtrier.


En dénonçant la corruption et la xénophobie chez une justice arbitraire (les villageois mexicains molestés n'ont également aucune considération), Sergio Sollima immortalise surtout le portrait peu commun d'un duo d'ennemis intraitables mais rattrapés par leur instinct de survie et d'équité. Soutenu par la partition lyrique d'Ennio Morricone, Colorado met notamment en lumière les vastes étendues d'un désert aride dérangé par une traque des plus perfides !

26.11.13
Bruno Matéï

    lundi 25 novembre 2013

    Le Professionnel

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

    de Georges Lautner. 1981. France. 1h48. Avec Jean Paul Belmondo, Jean Desailly, Robert Hossein, Cyrielle Claire, Marie-Christine Descouard, Elisabeth Margoni, Jean-Louis Richard, Michel Beaune, Bernard-Pierre Donnadieu.

    Sortie salles France: 21 Octobre 1981

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Georges Lautner est un réalisateur et scénariste français, né le 24 Janvier 1926 à Nice, décédé le 22 Novembre 2013 à Paris. 1958: la Môme aux boutons. 1959: Marche ou crève. 1962: L'Oeil du monocle. 1963: Les Tontons flingueurs. 1963: Des Pissenlits par la racine. 1964: Le Monocle rit jaune. 1964: Les Barbouzes. 1966: Ne nous fâchons pas. 1967: Le Grande sauterelle. 1968: Le Pacha. 1969: Sur la route de Salina. 1970: Laisse aller, c'est une valse. 1971: Il était une fois un flic. 1972: Quelques messieurs trop tranquilles. 1973: La Valise. 1974: Les Seins de glace. 1975: Pas ce problème ! 1976: On aura tout vu. 1977: Mort d'un pourri. 1978: Ils sont fous ces sorciers. 1979: Flic ou voyou. 1980: Le Guignolo. 1981: Est-ce bien raisonnable ? 1981: Le Professionnel. 1984: Joyeuse Pâques. 1984: Le Cowboy. 1985: La cage aux folles 3. 1986: La vie dissolue de Gérard Floque. 1988: La Maison Assassinée. 1989: Présumé dangereux. 1991: Triplex. 1991: Room service. 1992: l'Inconnu dans la maison.

    Enorme succès en France (il totalise 5 243 511 entrĂ©es) et au delĂ  de nos frontières (en Allemagne il dĂ©passe les 3 millions), Le Professionnel a marquĂ© toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs et forgĂ© la lĂ©gende d'un acteur charismatique au naturel spontanĂ©. Film d'action populaire signĂ© par un spĂ©cialiste du genre, troisième union du tandem Lautner/BĂ©bel, Le professionnel n'a aujourd'hui rien perdu de son pouvoir de sĂ©duction - Ă  l'instar de l'inoubliable score d'Ennio Morricone: Chi Mai

    TirĂ© du roman, Mort d'une bĂŞte Ă  la peau fragile de Patrick Alexander, le film raconte la vengeance d'un Ă©missaire chargĂ© d'abattre un prĂ©sident dictateur au Malagawi. Vendu par les services secrets français, il est livrĂ© aux autoritĂ©s africaines et condamnĂ© au bagne. Deux ans plus tard, avec l'aide d'un complice, Joss Beaumont s’Ă©vade et revient Ă  Paris pour solder les comptes.

    RĂ©alisĂ© avec savoir-faire, solidement charpentĂ©, Le Professionnel demeure le modèle absolu du spectacle populaire, Ă©quilibrant avec prĂ©cision humour, charme et action. Ă€ ce titre, la cĂ©lèbre cascade d’une course-poursuite, intĂ©gralement supervisĂ©e par RĂ©my Julienne, reste un repère stylistique. PortĂ© par un rythme sans faille et une intrigue bien huilĂ©e multipliant rebondissements et retournements dramatiques (son final, abrupt et audacieux, secoue encore les entrailles du spectateur), le film brille Ă©galement par sa galerie de protagonistes couards et insidieux. MalmenĂ©s par ce professionnel vĂ©loce, ils tenteront tout pour l’abattre et dissimuler une machination d’État.

    Sous son vernis politique, Georges Lautner Ă©gratigne l’hypocrisie des ministres français et leurs gesticulations diplomatiques avec l’Afrique, tout en ridiculisant, avec un humour fĂ©roce, la lubricitĂ© d’un dictateur engluĂ© dans la fange. Dans la peau de l’agent devenu transfuge, Jean-Paul Belmondo reste fidèle Ă  son image de sĂ©ducteur massif Ă  la verve goguenarde (dialogues incisifs d’Audiard). Sa bonhomie chaleureuse, son aisance souveraine et son charisme viril prouvent qu’il demeure l’icĂ´ne indĂ©trĂ´nable du cinĂ©ma d’action hexagonal.

    Combinant avec adresse action, tension humour - parfois jusque dans l’instant crucial (le duel entre Robert Hossein et BĂ©bel dĂ©samorcĂ© par un badaud lunaire frise le comique parodique) - et portĂ© par les larges Ă©paules de l’imperturbable BĂ©bel, Le Professionnel mĂ©rite pleinement son statut de classique populaire. MagnifiĂ© par le thème Ă©lĂ©giaque et entĂŞtant de Morricone, pimentĂ© du charme mutin de ses actrices, il nous laisse pourtant la gorge nouĂ©e face Ă  l’aigreur d’un Ă©pilogue tragique, rĂ©sonnant aujourd’hui comme un glas funĂ©raire.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

    A Georges Lautner
    25.11.13. 3èx

    samedi 23 novembre 2013

    L'ATTENTAT

     
                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Ziad Doueiri. 2012. France/Belgique/Qatar/Belgique. 1h44. Avec Ali Suliman, Evgenia Dodina, Reymonde Amsellem, Dvir Benedek, Uri Gavriel, Ruba Salameh.

    Récompense: Etoile d'Or au Festival du film de Marrakech

    Sortie salles France: 29 Mai 2013

    FILMOGRAPHIE: Ziad Doueiri est un réalisateur et scénariste arabe.
    1998: West Beyrouth. 2004: Lila dit ça. 2012: L'Attentat


    "Comment a t'elle pu un jour mettre une ceinture d'explosifs et se faire exploser au milieu d'un restaurant ? comment ?"
    Je pense que les terroristes ne comprennent pas vraiment ce qui leur arrive.
    Quelque chose change dans leur cerveau et ils ne sont plus les mĂŞmes.
    Ca peut arriver à n'importe qui, ça peut te tomber dessus comme une tuile ou te ronger de l'intérieur
    et après tu ne vois plus le monde de la même façon.
    T'attends juste le moment de franchir le pas !


    Sur un thème d'actualitĂ© brĂ»lant, l'attentat-suicide chez les kamikazes compromis au conflit israĂ©lo-palestinien, le rĂ©alisateur Ziad Doueri livre un drame bouleversant en Ă©vitant l'Ă©cueil de la morale ou de l'apologie. Avec une profonde humanitĂ©, il nous retranscrit le cheminement dĂ©sespĂ©rĂ© d'un Ă©minent mĂ©decin, en quĂŞte de vĂ©ritĂ© pour tenter de comprendre l'exaction d'un attentat commis par sa propre femme. Responsable de la mort innocente de 11 victimes dans un restaurant de Tel Aviv, cette jeune palestinienne semblait auparavant une femme Ă©quilibrĂ©e dĂ©nuĂ©e d'une quelconque haine intĂ©griste. C'est ce que le film nous remĂ©more avec l'alternance de flash-back oĂą le couple Ă©tait en harmonie amoureuse. Avec humilitĂ© et sensibilitĂ© aiguĂ«, L'Attentat s'attache notamment Ă  dĂ©peindre le mal-ĂŞtre de deux patries en guerre, incapables de trouver une solution pacifique Ă  leur problème. Avec sa rĂ©alisation limpide dĂ©nuĂ© de logorrhĂ©e inutiles, le film prend aux tripes dans son sens de la dignitĂ© et tente de nous expliquer les motivations morales qui ont pu conduire un kamikaze Ă  perpĂ©trer un acte aussi lâche. En Ă©vitant les clichĂ©s usuels du manichĂ©isme, le rĂ©alisateur insiste surtout Ă  mettre en avant la dimension humaine du mari perplexe et de sa femme rĂ©voltĂ©e, tĂ©moin malgrĂ© elle du rĂ©sultat d'un gĂ©nocide Ă  Jenine, et donc intĂ©rieurement rongĂ©e par son accablement et sa honte. Face Ă  cette rancĹ“ur inconsolable ne lui reste plus qu'adouber sa loi du talion, c'est Ă  dire agir en tant que martyr afin de venger l'honneur de sa patrie et le sacrifice des innocents.   


    "Nous ne sommes pas des fanatiques ni des islamistes, nous sommes un peuple qui se bat par tous les moyens pour retrouver sa dignité"
    Mis en scène avec une incroyable pudeur et filmant ses personnages tourmentĂ©s au plus près de leur sentiments, L'Attentat s'accapare de notre Ă©thique avec une rare puissance Ă©motionnelle pour Ă©tablir un regard nouveau sur l'expression des Kamikazes. Face au thème brĂ»lant si brillamment illustrĂ©, le fait qu'il n'apporte aucune solution pour panser la haine des peuples nous implique personnellement dans un sentiment de dĂ©sespoir et d'injustice. Au-delĂ  de souligner l'humilitĂ© de ces personnages meurtris, l'Attentat n'oublie pas pour autant de transcender une dĂ©chirante histoire d'amour oĂą l'amertume de sa conclusion risque de vous chavirer vers un collapse inconsolable.

    Un grand merci Ă  Pascal Frezzato
    23.11.13
    Bruno Matéï
                                    

    vendredi 22 novembre 2013

    La Baie Sanglante / Reazione a catena / Ecologia del delitto

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 50ansdecinema.wordpress.com

    de Mario Bava. 1971. Italie. 1h24. Avec Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Camaso, Anna Maria Rosati, Chris Avram, Leopoldo Trieste, Laura Betti.

    Sortie salles France: 22 Mars 1973. Italie: 1971

    FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie). Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).il va inventer 13 manières de tuer

     
    VĂ©ritable chef-d’Ĺ“uvre du nĂ©o-giallo, avant-coureur du psycho-killer que Sean S. Cunningham reprendra de façon bien plus triviale (Vendredi 13), La Baie Sanglante traverse les dĂ©cennies sans faillir, portĂ©e par un pouvoir de fascination ancrĂ© dans une nature automnale, théâtre macabre d’une hĂ©catombe meurtrière.

    Le pitch : après le meurtre d’une comtesse et de son Ă©poux, leur fils - rejoint par deux couples sans scrupules - tente de s’emparer de leur propriĂ©tĂ©, situĂ©e en bordure d’une baie. Ă€ partir d’un scĂ©nario machiavĂ©lique jalonnĂ© d’une succession de meurtres d’un gore cru, Bava redouble d’efficacitĂ© pour orchestrer le jeu de massacre d’une poignĂ©e d’antagonistes aussi cupides que vĂ©reux. Ce qui saisit d’emblĂ©e, lorsqu’on se replonge dans les eaux troubles de La Baie Sanglante, c’est ce contraste abyssal entre la beautĂ© rassurante de la nature et la cruautĂ© frontale des meurtres (avec ces zooms insistants sur les chairs tailladĂ©es).

    Face aux agissements vils de personnages cyniques s’entretuant pour transformer ce havre en station balnĂ©aire bĂ©tonnĂ©e, Bava esquisse une mĂ©taphore acide sur le viol de la nature. Comme si la baie, blessĂ©e, observait leur mĂ©pris avec une tristesse rageuse - appuyĂ©e par un score Ă©lĂ©giaque. La baie devient prĂ©sence spectrale, mĂ©moire silencieuse de la profanation. Et pour accentuer encore le chaos, quatre adolescents Ă©garĂ©s y pĂ©nètrent par effraction… et paient leur curiositĂ© après la dĂ©couverte d’un noyĂ©.

    Ce scĂ©nario implacable, toujours plus jouissif dans les stratĂ©gies perfides dĂ©ployĂ©es par cette faune humaine dĂ©cadente, Bava le dirige avec une maestria gĂ©omĂ©trique et un sens du cadre sĂ©pia (azurĂ© pour les sĂ©quences nocturnes) Ă  couper le souffle - surtout en Blu-ray. La poĂ©sie macabre de ses visions, Ă  la fois oniriques et morbides, fascine davantage encore lorsqu’elle se conjugue Ă  un jeu de lumière sensuelle, Ă©veillant une Ă©motion trouble, presque charnelle. Et ce, jusqu’Ă  l’ironie burlesque d’un Ă©pilogue dĂ©risoire, accompagnĂ© d’un score primesautier.
     

    "Sous les feuillages, la mort sourit".
    PortĂ© par le score inoubliable de Stelvio Cipriani et par la mise en scène stylisĂ©e de Bava, La Baie Sanglante s’impose comme une pierre angulaire du cinĂ©ma d’horreur, oĂą l’audace gore flirte avec l’Ă©lĂ©gance d’un Ă©rotisme macabre. L’efficacitĂ© brutale de son scĂ©nario, peuplĂ© de figures lamentables d’antagonistes rustres, exacerbe sans relâche son pouvoir Ă©motionnel, chargĂ© d’une dĂ©rision caustique anti-capitaliste. Une Ĺ“uvre d’art Ă  l’Ă©tat brut, Ă  redĂ©couvrir d’urgence tant son pouvoir de fascination hante l’esprit avec un plaisir masochiste inextinguible.

    — ton cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    22.11.13. 
    20.02.24. 7èx. VF car version anglaise doublée



    jeudi 21 novembre 2013

    Terreur dans le Shangaï Express / Horror Express / Pánico en el Transiberiano

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ohmygore.com

    de Eugenio Martin. 1972. Angleterre/Espagne. 1h30. Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Alberto de Mendoza, Silvia Tortosa, Julio Pena, Helga Line, Telly Savallas.

    Récompense: Médaille CEC en 1972 au Festival International de Catalogne, à Sitges.

    FILMOGRAPHIE: Eugenio Martin est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1925 à Grenade.
    1965: L'uomo di Toledo. 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1969: La vida sigue igual. 1971: Les 4 Mercenaires d'El Paso. 1972: Terreur dans le ShangaĂŻ express. 1973: La Chica del Molino Rojo.


    Bisserie ibĂ©rique bien connue des cinĂ©philes des Eighties si bien qu'elle sortit au prĂ©mices de la VHS, Terreur dans le ShangaĂŻ Express allie harmonieusement science-fiction et Ă©pouvante d'après un pitch inspirĂ© de The Thing. En chine, un palĂ©ontologue fait la stupĂ©fiante dĂ©couverte d'un fossile mi-humain, mi-singe. Il dĂ©cide de le rapatrier Ă  Moscou en empruntant le train. Mais Ă  bord, une sĂ©rie de morts mystĂ©rieuses commence Ă  Ă©branler les passagers, les victimes Ă©tant retrouvĂ©es aveugles. SĂ©rie B modeste aux moyens minimalistes mais transcendĂ©e d'une imagination sans borne et le talent de ces illustres interprètes (Christopher Lee et Peter Cushing se partagent la vedette avec un habituel snobisme, alors que Telly Savallas cabotine en cosaque castrateur !), Terreur dans le ShangaĂŻ-Express joue la carte du divertissement efficient avec tant de charme. C'est de prime abord l'aspect dĂ©bridĂ© des motivations de la crĂ©ature ainsi que sa physionomie rubigineuse qui fascinent le spectateur. 


    Car sous son apparence glauque et velue s'y cache un extra-terrestre exilĂ© sur terre depuis des millions d'annĂ©es. Son but: nous annihiler par l'intelligence de notre cerveau en l'absorbant pour se nourrir de nos connaissances. Par son regard rutilant, il hypnotise chacune de ses victimes jusqu'Ă  ce que leurs yeux ensanglantĂ©s soient rendus aveugles ! En prime, Ă  l'instar de La Chose, et pour mieux dĂ©tourner l'attention de ces ennemis, il possède la facultĂ© d'usurper les corps humains par le simple esprit de sa pensĂ©e. Ce pitch gĂ©nialement improbable, Eugenio Martin le trousse avec une ironie macabre (Ă  l'instar de l'intĂ©griste insidieux prĂŞt Ă  corrompre son âme pour le prix de la vĂ©ritĂ©) et un sens de l'action horrifique fertile en rebondissements. D'autant plus que le lieu de claustration est bien choisi afin d'y diluer inquiĂ©tude et angoisse. Car Ă  bord du ShangaĂŻ-express, depuis que les cadavres pleuvent, la paranoĂŻa s'y distille peu Ă  peu auprès des passagers et ne cessent d'interroger un duo de scientifiques Ă  l'affĂ»t. D'ailleurs, au fil de leur investigation pour y dĂ©mystifier l'objectif de la chose, ils iront de dĂ©couvertes en rĂ©vĂ©lations dĂ©passant l'entendement. Enfin, pour parachever, le rĂ©alisateur culmine vers une issue catastrophiste Ă  l'aide d'une touche morbide Ă  rĂ©veiller les morts ! 


    Le Monstre aux yeux rouges
    Nanti d'un scĂ©nario fantasque multipliant les idĂ©es extravagantes et campĂ© par des vĂ©tĂ©rans notoires issus de l'horreur vĂ©tuste, Terreur dans le ShangaĂŻ-Express Ă©pouse un cachet bisseux parmi le soin de maquillages modestes mais qualitatifs et de l'originalitĂ© d'une mĂ©lodie entĂŞtante. Son esprit iconoclaste d'y allier science-fiction alarmiste et horreur cheap au sein d'une scĂ©nographie inĂ©dite renforcent le caractère dĂ©bridĂ© d'une sĂ©rie B bonnard aujourd'hui considĂ©rĂ©e (Ă  juste titre) comme culte. 

    *Bruno
    21.11.13. 
    18.02.25. 5èx. Vost


    mercredi 20 novembre 2013

    LA PORTE DU PARADIS (Heaven's Gate)

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Michael Cimino. 1980. 3h37 (Director's Cut). Avec Kris Kristofferson, Christopher Walken, Isabelle Huppert, Jeff Bridges, John Hurt, Sam Waterston, Richard Masur, Brad Dourif, David Mansfield, Terry O'Quinn.

    Sortie salles U.S: 19 Novembre 1980

    FILMOGRAPHIE: Michael Cimino est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 février 1939 à New-York.
    1974: Le Canardeur. 1978: Voyage au bout de l'enfer. 1980: La Porte du Paradis. 1985: L'Année du Dragon. 1987: Le Sicilien. 1990: La Maison des Otages. 1996: The Sunchaser. 2007: Chacun son cinéma - segment No Translation Needed.


    Chef-d'oeuvre maudit du cinéma hollywoodien, de par son échec cinglant qui valut la faillite de United Artists, La Porte du paradis renaît aujourd'hui par le support du blu-ray dans une version director's cut entièrement supervisée par son réalisateur.

    Retraçant un triste épisode de l'histoire américaine après la guerre de sécession (la bataille du comté de Johnson de 1890 qui opposa des mercenaires contre des immigrants d'Europe de l'Est), Michael Cimino démonte les mécanismes de la guerre sous l'insurrection de ces expatriés, condamnés à être exécutés pour anarchisme et vol chez les propriétaires de bétail. Au coeur de ce conflit sanglant, un shérif aigri et un mercenaire raciste vont participer à cette sédition tout en se disputant l'amour d'une tenancière de bordel.


    Fresque monumentale d'une durée excessive de 3h37, La porte du Paradis est un western romanesque d'une ampleur démesurée dans le déploiement de ses moyens faisant intervenir des milliers de figurants au sein de paysages immaculés. Souffle épique et lyrique se côtoient avec le sens ambitieux d'une mise en scène circonspecte prenant son temps à élucider un épisode peu glorieux de l'ouest américain. Outre le fait de dénoncer une Amérique fasciste et xénophobe, hostile à tout étranger venu s'exiler sur leur patrie, Michael Cimino s'intéresse surtout à dépeindre les tourments d'un trio romanesque impliqué dans une situation politique qui leur échappe. De par leur divergence morale (Nathan est un tueur exerçant pour le syndicat des éleveurs alors que son acolyte James est prêt à défendre les démunis) et leur fragilité humaine (leur rancoeur compromise par l'infidélité amoureuse), le réalisateur décrypte leur remise en cause avec une acuité prude. Par la faute d'une idylle indécise, ces deux acolytes vont finalement se mesurer à leur aplomb pour la sauvegarde d'une catin depuis que cette dernière est consignée sur la liste noire des 125 immigrants (elle est coupable de rameuter sa clientèle étrangère contre du bétail volé). Alors que James se morfond dans la peine et tente de digérer sa rupture amoureuse, Nathan va peu à peu renoncer à ses activités de mercenaire réactionnaire afin de prémunir celle qu'il aime ! A sa réflexion sempiternelle apposée sur l'aboutissement de la guerre, Michael Cimino dépeint surtout l'état d'âme de personnages complexes asservis par un enjeu belliqueux et compromis par une romance en perdition. Il traite notamment de la vieillesse qui s'étiole inexorablement, du regret du temps passé alors que le chagrin d'un homme est engendré par le dépit amoureux.


    Autant en emporte le vent
    D'une intensitĂ© Ă©motionnelle bouleversante et jalonnĂ© de batailles homĂ©riques hallucinantes de virtuositĂ©, La Porte du Paradis sublime la romance de trois amants inconsolables, embourbĂ©s dans la barbarie d'une guerre inĂ©quitable. A travers une page sordide de l'expansion d'une bourgeoisie ricaine, ce western contemplatif cĂ©lèbre le courage et confine au vertige de la tragĂ©die pour le sacrifice Ă©mis aux martyrs du chaos ! 
    Un monument en état de grâce, à l'image des ses illustres comédiens transis d'humanisme versatile, déchirant et inoubliable !

    20.11.13
    Bruno Matéï

    lundi 18 novembre 2013

    La Sentinelle des Maudits / The Sentinel

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

    de Michael Winner. 1977. U.S.A. 1h35. Avec Christina Raines, Ava Gardner, Chris Sarandon, Burgess Meredith, Sylvia Miles, José Ferrer, Arthur Kennedy, John Carradine, Christopher Walken, Eli Wallach, Jerry Orbach, Jeff Glodblum, Beverly D'Angelo, Martin Balsam, William Hickey, Tom Berenger.

    Sortie salles U.S: 7 Janvier 1977

    FILMOGRAPHIEMichael Winner est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 30 Octobre 1935 Ă  Londres.
    1967: Qu'arrivera t'il après ?, 1971: les Collines de la Terreur, 1971: l'Homme de la loi, le Corrupteur, 1972: Le Flingueur, 1973: le Cercle noir, 1973: Scorpio, Un justicier dans la ville, 1976: Won ton ton, 1977: la Sentinelle des Maudits, 1978: le Grand Sommeil, 1979: l'Arme au poing, 1982: Un justicier dans la ville 2, 1985: le Justicier de New-York, 1988: Rendez-vous avec la mort, 1993: Dirty Week-end.


    "Hallucinations sépulcrales au 7e étage".
    Surfant sur la vague des succès satanistes de l'Ă©poque, Michael Winner s’essaie au genre horrifique en adaptant The Sentinel, roman de Jeffrey Konvitz. EntourĂ©e d’une plĂ©iade de stars peu habituĂ©es Ă  cĂ´toyer les marges du cinĂ©ma de genre, cette sĂ©rie B surprenante, nantie d’une certaine renommĂ©e, a fini par s’Ă©lever au rang de classique dans la catĂ©gorie des vilains p’tits canards dĂ©viants.

    Le pitch : En quĂŞte d’indĂ©pendance, Alison Parker quitte le domicile de son fiancĂ© pour emmĂ©nager dans un appartement new-yorkais, Ă  Brooklyn. Rapidement, d’Ă©tranges manifestations s’accumulent : des bruits au-dessus du plafond la nuit, des voisines saphiques surgies de nulle part, et, au sommet de l’immeuble, un vieillard aphone qui semble scruter le monde Ă  travers sa fenĂŞtre.

    ImprĂ©gnĂ©e de son ambiance Seventies, La Sentinelle des Maudits capte l'attention sans faiblir grâce Ă  l’inquiĂ©tude latente qui innerve ce sinistre immeuble. ÉmaillĂ©e de sĂ©quences chocs, parfois sanguinolentes et terrifiantes (le corps nu du père d’Alison tailladĂ© Ă  coups de couteau !), et de visions d’effroi — ce final mĂ©morable, Ă©rigeant une parade monstrueuse ! — Michael Winner cherche clairement Ă  provoquer un malaise hĂ©tĂ©rodoxe, en assumant le caractère profondĂ©ment dĂ©viant de ses situations.                             

    Ă€ mesure que les hallucinations se multiplient, que l’esprit d’Alison vacille, Christina Raines insuffle Ă  son personnage une densitĂ© humaine, une fragilitĂ© lestĂ©e de soupçons et d’un Ă©moi suicidaire en guise de dernier recours. Winner lâche alors les rĂŞnes Ă  une imagerie lubrique : orgies de vieillards salaces, libertinage insolent de lesbiennes insatiables — et cette sĂ©quence osĂ©e, burnĂ©e, d’une masturbation aussi gĂŞnante qu’inoubliable, comme seuls les Seventies savaient en produire.

    Par son intrigue interlope habilement construite, La Sentinelle des Maudits distille son intensitĂ© dans les mĂ©andres que l’hĂ©roĂŻne tente d’Ă©claircir, entre le poids du clergĂ© et le soutien ambivalent de son amant. Ce dernier, jadis suspectĂ© du meurtre de sa première Ă©pouse, incarne l’ambiguĂŻtĂ© ambiante. Comme lui, tous les personnages qui traversent le rĂ©cit s’avèrent distants, austères, Ă©quivoques — voire spectres dĂ©sincarnĂ©s. Le Monseigneur Franchino au comportement trouble, le flic arrogant en mal de reconnaissance, dont le cabotinage paranoĂŻaque frĂ´le le grotesque, renforcent encore l’Ă©trangetĂ© du rĂ©cit.


    "Parade nécrosée au sommet de Brooklyn".
    Modestement rĂ©alisĂ©, le film privilĂ©gie un climat d’Ă©trangetĂ© sourde, presque insidieuse, baignĂ© d’une ambiance malsaine, parfois franchement effrayante, traversĂ©e de visions d’horreur nĂ©crosĂ©es. La Sentinelle des Maudits s’impose ainsi comme un must du genre, portĂ© par sa galerie de personnages sclĂ©rosĂ©s et la folie macabre qui martyrise son hĂ©roĂŻne, acculĂ©e au seuil de la damnation. Grâce Ă  l’habiletĂ© lĂ©gendaire des maquillages de Dick Smith, Michael Winner grave dans la rĂ©tine une poignĂ©e de sĂ©quences cauchemardesques, plongĂ©es dans la pourriture et la dĂ©crĂ©pitude. Si bien que l’on reste tĂ©tanisĂ© d’effroi face Ă  ce gĂ©nial rĂ©cit de patrimoine sĂ©pulcral.  
    DĂ©dicace Ă  Guillaume Matthieu

    *Eric Binford
    14.04.11. 
    18/11/13.
    22/07/21. 
    01.06.25. 5èx. Vost

    vendredi 15 novembre 2013

    We are what we are

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Jim Mickle. 2013. France/U.S.A. 1h45. Avec Kelly McGillis, Michael Parks, Wyatt Russell, Ambyr Childers, Julia Garner, Bill Sage.

    Sortie salles France: Prochainement. U.S: 18 Janvier 2013

    FILMOGRAPHIE: Jim Mickle est un réalisateur et scénariste américain.
    2006: Mulberry Street. 2010: Stake Land. 2013: We are what we are.


    Jim Mickle nous avait dĂ©jĂ  surpris avec Mulberry Street, un premier film maladroit et redondant mais prometteur dans sa vision apocalyptique d’un monde contaminĂ© par un mystĂ©rieux virus. Son second essai, Stake Land, proposait un survival post-apo perfectible mais plein de bonnes intentions, rĂ©actualisant le mythe vampirique tout en dressant le portrait de fuyards farouches. Avec We Are What We Are, le rĂ©alisateur franchit un palier dans sa maĂ®trise, pour raconter une histoire de cannibalisme ancrĂ©e dans notre Ă©poque contemporaine : faute d’une vieille tradition, une famille doit perpĂ©tuer, une fois par an, un acte de cannibalisme pour assurer la survie de ses descendants. Mais une tempĂŞte torrentielle dĂ©voile Ă  la police des indices - des ossements retrouvĂ©s au bord d’une rivière.

    Partant de l’idĂ©e originale du film mexicain Ne nous jugez pas, Mickle rĂ©exploite intelligemment le filon, sans cĂ©der Ă  la mode du remake. Les 45 premières minutes peinent Ă  dĂ©marrer (n'y voyez rien de pĂ©joratif), le rythme languissant et l’ambiance dĂ©pressive accentuant le sentiment de dĂ©suĂ©tude, mais la narration gagne en densitĂ© dans la caractĂ©risation interlope d’une famille religieuse. Avec l’Ă©lĂ©gance d’une photo limpide aux teintes grises et blanches, We Are What We Are explore le fondamentalisme sous l’autoritĂ© d’un patriarche entièrement vouĂ© Ă  Dieu et Ă  sa thĂ©orie du cannibalisme. RongĂ©es par le chagrin depuis la mort accidentelle de Mme Parker, ses deux filles et le fils cadet doivent se confronter Ă  son intransigeance pour perpĂ©tuer cette tradition filiale.


    Le film exploite habilement ce thème grand-guignolesque pour dĂ©noncer l’intĂ©grisme, mais le traite surtout avec une densitĂ© psychologique, rĂ©vĂ©lant la posture dĂ©munie des enfants et l’isolement rĂ©aliste de cette lignĂ©e recluse. Mickle s’attarde sur le fardeau dĂ©sespĂ©rĂ© des sĹ“urs Parker, dont le jeu glaçant et anĂ©mique traduit la fragilitĂ© ; elles obĂ©issent au père pour assassiner de sang-froid une jeune captive, mais rongĂ©es de remords et de honte, leur pudeur renaissante semble un pas vers la rĂ©demption - d’autant que l’innocence du petit frère reste Ă  protĂ©ger. ÉmaillĂ© de sĂ©quences-chocs inattendues, We Are What We Are malmène notre empathie et suscite un malaise latent face au repli des sĹ“urs. PortĂ© par une musique monotone, le film instaure un climat diaphane en osmose avec la pluie battante et la rivière jonchĂ©e d’ossements. PlongĂ© dans l’existence esseulĂ©e de cette famille, le spectateur partage, Ă  l’instar des deux filles, l’abandon et la solitude, mĂŞme si l’une d’elles cherche un rĂ©confort dans les bras de l’adjoint du shĂ©rif. Et Mickle pousse le drame jusqu’au paroxysme, jusqu’Ă  l’affrontement final oĂą l’horreur Ă©clate, Ă©branlant les plus sensibles.


    En cinĂ©aste avisĂ©, rĂ©fractaire aux artifices du divertissement, Jim Mickle livre avec We Are What We Are son film le plus abouti et original, dans une dĂ©marche auteurisante portĂ©e par une interprĂ©tation hors pair. Le rĂ©sultat est une Ĺ“uvre austère, emplie de mĂ©lancolie et de silences lourds, Ă  mi-chemin entre le conte social - le père, ogre insatiable - et l’horreur extrĂŞme, oĂą la barbarie hallucinĂ©e surgit face Ă  l’achèvement punitif. Fort et poignant. 

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

    15.11.13
    28.08.25.

    jeudi 14 novembre 2013

    La Résidence / la residencia /The house that screamed/Gli orrori del liceo femminile

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

    de Narcisso Ibañez Serrador. 1969. Espagne. 1h40. Avec Lilli Palmer, Christina Galbo, John Moulder Brown, Pauline Challoner, Tomas Blanco, Candida Losada, Mary Maude.

    Sortie salles France: 9 Août 1972

    FILMOGRAPHIE: Narciso Ibanez Serrador est un scénariste, producteur et réalisateur uruguayen, né le 4 Juillet 1935 à Montevideo (Uruguay).
    1969: La Résidence. 1976: Les Révoltés de l'An 2000

    Chef-d'Ĺ“uvre d'Ă©pouvante gothique Ă  l’aura perverse, d’autant plus troublante qu’elle dĂ©coule du refoulement de jeunes collĂ©giennes (dĂ©filĂ© d’actrices particulièrement vĂ©nĂ©neuses), La RĂ©sidence est un acmĂ© de l’angoisse oĂą l’ombre d’un tueur giallesque rĂ´de derrière les murs d’une geĂ´le scolaire.

    Le pitch : ThĂ©rèse, nouvelle pensionnaire d’un internat du sud de la France, affronte la discipline sadique d’une directrice qui n’hĂ©site pas Ă  flageller les insolentes. Une nuit, Isabelle disparaĂ®t sans laisser de traces après avoir tentĂ© de rejoindre le fils de l’administratrice…

    Pour les amoureux d’Ă©pouvante sĂ©culaire Ă  l’ambiance littĂ©ralement ensorcelante, La RĂ©sidence est une clef de voĂ»te ibĂ©rique, traversĂ©e d’une puissance Ă©motionnelle diaphane. Car Ă  travers la claustration d’un pensionnat rongĂ© par l’autoritarisme d’une matriarche (en tenue Ă©triquĂ©e façon Ilsa, la louve SS, Lilli Palmer vampirise, Ă©ructe d’ambiguĂŻtĂ© masochiste), Narciso Ibáñez Serrador nous plonge dans les racines de la perversitĂ©, sous l’emprise du conservatisme et de la sociopathie. PrĂ©figurant les figures baroques de Suspiria (scĂ©nographie dominĂ©e par un univers presque exclusivement fĂ©minin, directrice raide comme Miss Tanner, meurtres stylisĂ©s), La RĂ©sidence dĂ©gage ce mĂŞme magnĂ©tisme environnemental, oĂą le mal semble infiltrĂ© jusque dans les murs.

    En pleine possession de son talent de conteur (cheminement ombrageux en crescendo) et de sa maĂ®trise technique (camĂ©ra fluide, regard aiguisĂ©), Serrador transcende un univers mortifère profondĂ©ment immersif — autant par l’effronterie de ses personnages que par le point de vue d’un assassin invisible, voyeur permanent. Entre l’ombre du suspect et l’austĂ©ritĂ© glaçante de l’enseignante, le sentiment d’oppression, latente mais constante, prime sur la cruautĂ© des exactions. Flagellations punitives sur les indociles, meurtres vertigineux sur les plus candides : tout concourt Ă  l’Ă©treinte.

    Sur le mĂŞme mode opĂ©ratoire que Psychose, Serrador distille une montĂ©e progressive du suspense, s’abreuvant d’une menace sourde. Il tisse aussi une relation quasi incestueuse entre la directrice et son rejeton pubère — et va mĂŞme plus loin qu’Hitchcock, avec une audace plus crue, plus insolente. Le climat malsain instaurĂ© par cette directrice saphique (quinquagĂ©naire attirĂ©e par les jeunes collĂ©giennes, Ă©prise de sa comparse sadienne) contamine peu Ă  peu les pensionnaires. Fantasmes lors d’une sĂ©ance de couture, coucheries avec un paysan, scène de douche troublante sous l’Ĺ“il humide d’une gouvernante : derrière ce portrait de jeunes filles insidieuses se cache un malaise existentiel, nourri par l’intolĂ©rance, le fanatisme religieux et le fĂ©tichisme d’une mĂ©gère interlope.

    Le point d’orgue, d’un nihilisme foudroyant, scelle une vĂ©ritable anthologie de l’effroi obscurantiste (un certain Lucky McKee s’en est peut-ĂŞtre inspirĂ© pour façonner May). Quant Ă  l’ultime image, littĂ©ralement dĂ©rangeante, elle hantera longtemps au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique final.

     
    ProfondĂ©ment pervers, poisseux, et malsain, mais terriblement immersif grâce Ă  son pouvoir de fascination irrĂ©pressible, La RĂ©sidence sublime son huis clos gothique au sein d’un internat rubigineux. Sa splendide photo sĂ©pia renforce l’aura vĂ©nĂ©neuse de ses collĂ©giennes en rut, victimes de l’endoctrinement d’une hiĂ©rarchie asexuĂ©e. DĂ©monial, dĂ©viant, effrontĂ© : une terreur vertigineuse dont on se repaĂ®t, ad vitam aeternam.

    *Bruno
    14.11.13. 3èx

    mercredi 13 novembre 2013

    MODUS ANOMALI

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pixagain.org

    de Joko Anwar. 2012. Indonésie. 1h26. Avec Rio Dewanto, Hannah Al Rashid, Izzi Isman.

    Sortie le 15 mai 2013

    FILMOGRAPHIE: Joko Anwar est réalisateur, acteur et scénariste indonésien, né le 3 Janvier 1976
    2005: Janji Joni. 2007: Dead Time: Kala. 2009: Pintu terlarang. 2012: Modus Anomali.


    Survival indonĂ©sien goguenard et retors dans sa rĂ©habilitation des codes du genre, Modus Anomali emprunte au suspense d'une Ă©nigme aussi confuse que dĂ©concertante. A travers la fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e d'un quidam amnĂ©sique, perdu au beau milieu d'une forĂŞt hostile, Joko Anwar livre un implacable thriller constamment imprĂ©visible dans son lot de revirements abrupts !

    Dans une forĂŞt, un homme s'extirpe de la terre après avoir Ă©tĂ© enterrĂ© vivant. Poursuivi par un tueur sans visage, il se rend dans une maison abandonnĂ©e. A l'intĂ©rieur, il dĂ©couvre la vidĂ©o du meurtre de sa femme enceinte. Qu'en est-il de ses deux enfants ? La traque pour les retrouver et Ă©chapper au meurtrier ne fait que commencer ! 


    Dans une mise en scène originale et inventive (la camĂ©ra exploite les dĂ©cors et scrute la paranoĂŻa du hĂ©ros avec un sens du cadrage hĂ©tĂ©rodoxe !), le rĂ©alisateur distille une ambiance monocorde des plus dĂ©routantes. Par le silence feutrĂ© de la vĂ©gĂ©tation et l'attitude taciturne des protagonistes, Modus Anomali souhaite bousculer les habitudes du spectateurs embarquĂ© dans un jeu de rĂ´le hermĂ©tique. En prime, au sein de cette survivance de longue haleine, la manière dont le tueur utilise la paranoĂŻa du hĂ©ros laisse extĂ©rioriser une cruautĂ© Ă  l'humour noir grinçant pour les dommages collatĂ©raux. ÉmaillĂ© d'indices et de pièges, Joko Anwar fait donc subir Ă  son personnage nombres d'Ă©preuves physiques (sa planque dans une malle Ă©troite alors qu'un feu est entrain de se propager !) et psychologiques ATTENTION SPOILER ! (le sort rĂ©servĂ© Ă  ses propres enfants, FIN DU SPOILER sa haine toujours plus viscĂ©rale de vouloir Ă©triper son bourreau !) que n'aurait pas reniĂ© John Rambo et Evil Ash ! Cette atmosphère crĂ©pusculaire d'une forĂŞt particulièrement dĂ©lĂ©tère auquel un tueur s'y est planquĂ© nous place dans une situation de doute, Ă  l'instar du hĂ©ros incessamment persĂ©cutĂ© ! Sans cĂ©der Ă  une esbroufe spectaculaire, le rĂ©alisateur opte le plus souvent sur le climat tendu d'un environnement Ă©trangement onirique (la forĂŞt superbement Ă©clairĂ©e semble insuffler de temps Ă  autre une aura fantasmatique hĂ©ritĂ©e des contes de fĂ©e !) tout en nous Ă©branlant sur le caractère violent de certains Ă©vènements. 
    PassĂ©e cette première heure aussi dĂ©routante qu'irrĂ©sistiblement inquiĂ©tante, la dernière partie va littĂ©ralement bouleverser la  destinĂ©e de notre survivant dans une mise en abĂ®me dĂ©sarçonnante ! Si personnellement, j'ai Ă©tĂ© stupĂ©fiĂ© de la tournure du revirement, il n'en sera pas du goĂ»t de tout le monde, tant son twist rĂ©vĂ©lateur laisse certaines questions et rĂ©flexion en suspens !


    Original et surprenant, mais dĂ©routant et parfois incohĂ©rent dans ses facilitĂ©s requises, Modus Anomali a au moins le mĂ©rite de proposer un survival dĂ©tonnant dans sa structure insolite Ă  double niveau de lecture. Le choc qui en Ă©mane (la stupeur des meurtres s'avère toujours plus dĂ©rangeante face Ă  la rĂ©action du hĂ©ros) et les ruptures de ton accordĂ©es laissent en mĂ©moire un ovni audacieux conçu pour diviser son public et s'interroger sur la riposte de la violence. 

    13.11.13
    Bruno Matéï

    lundi 11 novembre 2013

    MEMORY OF THE DEAD (court-métrage).


    de Pascal Frezzato. 2013. France. 20 mns. Avec Isabelle Rocton, Bruno Dussart, Caroline Masson, Christophe Masson, Adrien Erault, David Hamon, Camille Houlbert, Maxime Loiseau, Marina Poulet, Matthieu Lemercier, Eugene Rocton et Jean Bastien Erault

    FILMOGRAPHIE: Pascal Frezzato est un réalisateur français de court-métrage, né le 4 Décembre 1972.
    2010/11: Predator. 2012: Le Règne des Insectes. 2013: Memory of the dead.


    Entreprise autrement plus ambitieuse que celle du Règne des Insectes (en rapport Ă  sa scĂ©nographie plus hĂ©tĂ©rogène exploitant ici des dĂ©cors naturels, ces comĂ©diens amateurs plus nombreux et un planning de tournage plus imposant), Memory of the Dead est le troisième essai de Pascal Frezzato dans la cour des courtsLa gestation de ce projet de longue haleine, nous la devons d'abord Ă  la scĂ©nariste et comĂ©dienne Isabelle Rocton (jouant ici son 1er rĂ´le Ă  l'Ă©cran) qui souhaitait rendre hommage au mythe du zombie d'une manière toute intime.
    Partant de la même théorie nihiliste que le Règne des Insectes (l'apocalypse sans espoir de rédemption), Memory of the Dead traite de la survie des infectés (on les prénomme ici les "Z") après que la 3è guerre mondiale ait éclaté. A partir de cet argument linéaire, Pascal Frezzato livre un hommage Bis au film de zombie dans sa pure tradition, à l'instar du pré-générique où quelques zombies déambulent au milieu des champs. A travers cette belle séquence filmée en plan large, on pense inévitablement à La Nuit des Morts-vivants de Romero, alors que la scène suivante (leur promenade sur le parking d'un supermarché) évoque le panthéon du genre: Dawn of the Dead
    PassĂ©e cette première Ă©bauche du chaos, nous entrons ensuite de plein pied dans l'intimitĂ© d'un dĂ®ner particulièrement inconvenant ! Le repas dĂ©gueulbif de trois infectĂ©s avachis sur une victime Ă©ventrĂ©e ! De manière percutante, et Ă  l'aide de gros plans insistant sur la chair des viscères, le rĂ©alisateur semble subitement habitĂ© par une audace graphique quelque peu expĂ©rimentale. Les effets spĂ©ciaux, bricolĂ©s et minimalistes, s'avèrent assez efficaces dans leur texture graphique, d'autant mieux privilĂ©giĂ©s par un habile montage. A contrario, on peut tout de mĂŞme reprocher que la camĂ©ra s'attarde un peu trop sur l'appĂ©tit vorace d'une zombie en particulier, lorsque cette dernière mâchouille longuement un intestin ! A noter Ă©galement que la qualitĂ© des maquillages de latex confectionnĂ©s pour les zombies s'avère assez impressionnante (en prioritĂ© le faciès menaçant que Isabelle Rocton porte avec tĂ©nacitĂ© !). 
    Face Ă  cette dĂ©bauche gore complaisamment Ă©talĂ©e, on peut songer aux effluves d'un Joe d'Amato en pleine renaissance ou d'un Jesus Franco pas encore remis de Mondo Cannibale. On imagine alors que la suite Ă  venir sera sans doute du mĂŞme acabit ! Que nenni, puisque durant sa dernière partie, le mĂ©trage bifurque diamĂ©tralement pour adopter une dĂ©marche très intime (Ă  l'instar du final dĂ©senchantĂ© du Règne des Insectes). 


    C'est durant ses 10 dernière minutes, face Ă  l'errance solitaire d'une femme zombie, que Memory of the Dead va enfin pouvoir dĂ©coller pour dĂ©voiler ses ambitions premières. A travers le cheminement instinctif d'une morte-vivante, le film va subitement explorer son Ă©tat de conscience comme George Romero l'avait prĂ©alablement su traiter dans le Jour des Morts-vivants. La perte de l'ĂŞtre cher face Ă  une rĂ©miniscence infantile ! C'est ce que cette infectĂ©e souhaite se remĂ©morer durant la visite de son ancienne demeure, oĂą sa dĂ©marche nonchalante va l'entraĂ®ner vers le refuge tamisĂ© de sa chambre. A l'aide d'un magnifique score Ă©lĂ©giaque, l'ambiance mortifère qui imprĂ©gnait le mĂ©trage va subitement altĂ©rer pour extĂ©rioriser une amertume dĂ©licate ! Tristesse, accablement, colère et regret sont les nouveaux sentiments exprimĂ©s du point de vue de ce cadavre rongĂ© par le souvenir et sa nĂ©crose. Ces sĂ©quences dramatiques de claustration durant laquelle cette dernière se retrouve recluse dans l'intimitĂ© d'une chambre nous saisit Ă  la gorge par son regain d'humanitĂ© Ă©garĂ© dans le nĂ©ant.  
    Si le jeu perfectible des comĂ©diens aurait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus charpentĂ©, (la petite Camille est assez inexpressive face Ă  la vue de sa maman zombifiĂ©e alors que Isabelle Rocton adopte une dĂ©marche un peu trop rigide pour se dĂ©placer !) le dĂ©sarroi fragile que nous vĂ©hicule l'actrice première nous bouleverse jusqu'aux larmes ! Face Ă  cette dĂ©charge d'Ă©motion et d'humanisme dĂ©sespĂ©rĂ©, on songe au magnifique psycho drame Moi, Zombie, Chronique de la douleur de Andrew Parkinson, alors que Pascal Frezzato ignorait l'existence de ce mĂ©trage British !


    La mère des Larmes
    Avec l'intĂ©gritĂ© du cinĂ©aste et l'aimable participation des comĂ©diens amateurs, Pascal Frezzato continue d'entamer la voie du court-mĂ©trage Z en livrant aujourd'hui un hommage aux films de Zombies dans une dramaturgie inattendue. En dĂ©pit de quelques dĂ©fauts techniques Ă©vidents (fx de synthèse perfectibles, Ă©clairages ternes), du jeu de prestance parfois hĂ©sitant (bien que Isabelle Rocton dĂ©gage une incroyable acuitĂ© Ă©motionnelle !), Memory of the Dead empreinte la voie de Romero et Parkinson pour sa rĂ©flexion sur la conscience et transcende en dernier acte une Ă©lĂ©gie bouleversante sur le deuil infantile ! 

    P.S: Attention ! Passé le générique de fin, un clin d'oeil surprise vous attend !
    Le court-métrage est visionnable ici !
    http://www.dailymotion.com/video/x18teot_memory-of-the-dead-sous-titrage-anglais_shortfilms

    La critique de Mathias Chaput:
    Après son très rĂ©ussi « Règne des insectes », le talentueux et passionnĂ© Pascal Frezzato rĂ©cidive dans le court en s’appropriant un thème maintes fois ressassĂ© auparavant : le film de zombies…
    Sauf que lĂ , il a choisi le parti pris d’adopter un ton totalement diffĂ©rent et aux antipodes des films d’horreur contemporains en incluant Ă  son Ĺ“uvre une dimension mĂ©taphorique voire cristalline par le biais du personnage de la zombie femelle qui revoit son passĂ© d’humaine après s’ĂŞtre vue dans un miroir…
    Et la donne change radicalement !
    InspirĂ© Ă  l’extrĂŞme, Frezzato, outre une technique et un sens du cadrage très intĂ©ressants prend la symbolique de l’escalier, cet escalier oĂą la « Z » gravite et monte comme une ASCENSION du mort vers son âme dans le ciel…
    Et d’un coup, tout son passĂ©, toute sa vie ressurgit ! sa fille enfant, le lit, la chambre, l’ours en peluche, autant d’allĂ©gories qui jaillissent du subconscient de cette zombie, frĂŞle et mĂ©lancolique…
    Les maquillages sont efficaces et les dĂ©cors très soignĂ©s et « Memory of the dead » prend son essor vĂ©ritablement dès l’entrĂ©e dans la maison, parvenant Ă  dĂ©marquer le dĂ©but gore Ă  l’outrance pour partir dans une recherche Ă  la dĂ©marche intelligente, cassant les hypothĂ©tiques redondances qui auraient pu foisonner si Frezzato n’avait pas exultĂ© son imagination dès lors…
    Habilement rĂ©alisĂ© et au timing soutenu, « Memory of the dead » plonge le spectateur en immersion vers un voyage sans retour au sein de l’inconscient, dans le creux d’une vague ou d’un tremblement sismique et finalement parvient Ă  apporter un rĂ©confort et un apaisement Ă  une situation douloureuse et Ă©nigmatique…
    Nul doute que le parcours de « Memory of the dead » sera jalonnĂ© du plus grand intĂ©rĂŞt des aficionados de films de zombies qui y verront lĂ  une approche et une thĂ©matique parfaitement novatrice, revigorante et très rigoureuse dans son traitement…
    Note : 9/10

    Pour ceux qui souhaitent découvrir le Règne des Insectes
    http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/le-regne-des-insectes_13.html
    et Pour une poignĂ©e de Spaghettis: http://brunomatei.blogspot.fr/…/per-un-pugno-di-spaghetti-p…
    11.11.13
    Bruno Matéï