lundi 10 novembre 2014

Dolls / Les Poupées

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thelightningbugslair.com

de Stuart Gordon. 1987. U.S.A. 1h17. Avec Carolyn Purdy-Gordon, Patrick Williams Ian, Carrie Lorraine, Guy Rolfe, Hilary Mason, Bunty Bailey, Cassie Stuart, Stephen Lee.

Sortie salles U.S: Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 11 AoĂ»t 1947 Ă  Chicago (Illinois). 1979: Bleacher Bums (tĂ©lĂ©-film). 1985: RĂ©-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delĂ . 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (tĂ©lĂ©-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des TĂ©nèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horro (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself. 


Le pitch : Sur une route de campagne isolĂ©e, une fillette, son père et la maĂ®tresse de celui-ci trouvent refuge dans un manoir pour s’abriter de l’orage. Chaleureusement accueillis par le couple de propriĂ©taires, ils sont bientĂ´t rejoints par un routier flanquĂ© de deux punkettes. Mais dans la nuit, d’Ă©tranges Ă©vĂ©nements viennent troubler la quiĂ©tude des hĂ´tes…

Après la rĂ©vĂ©lation Re-Animator et le non moins excellent From Beyond, Stuart Gordon s’attelle au conte de fĂ©es pour adultes avec Dolls. Une petite production soigneusement fignolĂ©e, portĂ©e par la limpiditĂ© inspirĂ©e du rĂ©cit, le charisme des comĂ©diens en roue libre, et surtout par l’apparence enfantine des poupĂ©es douĂ©es de vie. RĂ©alisĂ©es pour la plupart en stop-motion, ces jouets minimalistes dĂ©gagent une aura Ă  la fois machiavĂ©lique et onirique : derrière leur fausse candeur, leurs dĂ©placements engendrent une violence sardonique sur des victimes dĂ©munies.


Mieux encore, avec l’autoritĂ© d’un maĂ®tre artisan, Gordon les caractĂ©rise dans un apparat manuel, tĂ©moin d’un patrimoine sĂ©culaire. Ă€ travers cette fable en forme de plaidoyer pour le droit au rĂŞve et Ă  l’enfance enfouie, il rend hommage Ă  la magie des jouets, mĂŞlĂ©e ici Ă  l’occultisme de vieillards tapissĂ©s dans un manoir gothique. Si le scĂ©nario linĂ©aire s’articule autour des exactions de poupĂ©es vengeresses, punissant la cruautĂ© des adultes abusifs, la mise en scène, elle, nous saisit par l’efficacitĂ© d’un conte dĂ©tournĂ©, gorgĂ© de dĂ©rision macabre. En prime, le charme des personnages (la bouille candide de Judy, Ă©paulĂ©e par son nouvel alliĂ© Ralph ; l’ambivalence bienveillante du vieux couple) suscite une rĂ©elle empathie — et mĂŞme une bonhomie naĂŻve — Ă  se laisser attendrir par l’alchimie de ces jouets après en avoir frissonnĂ©.


La Plus longue nuit du Monde ! 
Éloge de l’amour des jouets et de la magie de l’enfance imprimĂ©e en chacun de nous (du moins, pour ceux qui ont su la prĂ©server !), Dolls renoue avec une Ă©pouvante archaĂŻque, transposĂ©e dans un Ă©crin moderne oĂą sang, angoisse et humour noir font bon mĂ©nage. Il s’en dĂ©gage un pouvoir de fascination tenace, au fil du cheminement inquiĂ©tant de nos hĂ©ros confrontĂ©s Ă  la vendetta des poupĂ©es — d’autant que la qualitĂ© des trucages renforce la dimension dĂ©moniaque de leur autonomie. Conte gothico-surnaturel, Dolls transcende l’amour de la sĂ©rie B avec charme, frissons et tendresse, en une plaidoirie sincère pour l’Ă©ducation des enfants… et l’apprentissage nĂ©cessaire de leurs peurs. 

*Bruno 
19.05.25. Vost. 5èx
10.11.14
24.06.10

vendredi 7 novembre 2014

La Rose de fer

                                                             Photo empruntĂ© sur Google 

de Jean Rollin. 1973. France. 1h20. Avec Françoise Pascal, Hugues Quester, Natalie Perrey, Michel Delesalle, Mireille Dargent (sous le nom de "Dily D'Argent"), Jean Rollin.

FILMOGRAPHIE: Jean Michel Rollin, Roth Le Gentil est un réalisateur, producteur et scénariste français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (France), décédé le 15 Décembre 2010.
1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'Itinéraire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les Démoniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquées, 1981 : Fugues mineures (Les Paumées du petit matin, 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : À la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La Fiancée de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la Méduse.


Franc-tireur du fantastique français des seventies, Jean Rollin n’a jamais rĂ©ellement gagnĂ© les faveurs du public ni de la critique dans notre cher pays, frileux envers le genre, malgrĂ© une poignĂ©e d’aficionados reconnaissant en lui la patte d’un auteur singulier, adepte d’atmosphères onirico-sensuelles. Ă€ l’inverse, des cohortes de fans d’Outre-Manche continuent de lui vouer un vĂ©ritable culte autour de sa filmographie fantastique ; rappelons d’ailleurs que le cinĂ©aste Ĺ“uvra aussi dans la pornographie afin de renflouer ses Ă©checs commerciaux rĂ©currents. RĂ©alisĂ© en 1973, La Rose de Fer ne dĂ©roge pas Ă  la règle du fiasco critique et public, alors mĂŞme qu’il s’agit pourtant de l’une de ses Ĺ“uvres les plus personnelles et envoĂ»tantes, loin s’en faut. Le rĂ©cit, volontairement linĂ©aire, suit l’errance nocturne d’un couple d’amoureux dans un cimetière de Picardie - Ă  Amiens plus prĂ©cisĂ©ment, non loin de chez moi.


Durant toute une nuit, les amants arpentent les allĂ©es, cherchant en vain l’issue. Peu Ă  peu, l’angoisse de ce lieu morbide gangrène leur relation, jusqu’Ă  ce que la jeune femme se laisse envahir par l’ivresse d’une douce dĂ©mence, en rĂ©sonance intime avec les morts. SĂ©duite par l’aura spirituelle Ă©manant des pierres tombales et par le silence paisible qui règne dans l’air, elle finit par communier avec les âmes des dĂ©funts, improvisant quelques pas de danse, allant jusqu’Ă  enlacer un crâne pour leur tĂ©moigner son amour. Éloge de la mort et de l’Ă©ternitĂ© nocturne, La Rose de Fer se love dans un climat onirique de huis clos gothique, parmi sculptures de pierre et caveaux funĂ©raires. C’est une vĂ©ritable promenade avec l’au-delĂ  que nous propose Jean Rollin, portĂ©e par son rythme languissant - sans jamais ennuyer - et par la complicitĂ© naturelle de comĂ©diens semi-amateurs, Ă©tonnamment convaincants, Ă  commencer par Françoise Pascal, d’une innocence discrètement fougueuse. La rĂ©alisation bricolĂ©e, parfois traversĂ©e d’images fantasmagoriques en clair-obscur saisissant, conjuguĂ©e Ă  un jeu d’acteurs presque improvisĂ©, distille un charme trouble, embarquant le spectateur dans un requiem de la solitude. Bien sĂ»r, pour se laisser happer par cette expĂ©rience mystique, il faut accepter la monotonie et la maladresse - si attachantes - de l’ensemble, et surtout Ă©pouser le style très particulier de Jean Rollin, cĂ©dant volontiers au non-sens pour mieux nous perdre dans son univers de fantasmes et d’Ă©rotisme dĂ©lectable.


"Songe d’une pierre tombale."
Beau, envoûtant, parfois bercé par une musique lancinante ou soudain dissonante, La Rose de Fer est un étrange voyage au royaume des morts, une promenade spirituelle en leur compagnie, où la douceur de la nuit finit par nous convaincre de la paix de leur repos éternel. Un superbe poème sépulcral, aussi fascinant que singulier - surtout au sein du paysage hexagonal. Probablement mon film préféré de la carrière de Jean Rollin.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Daniel Aprin et Mathias Chaput

13/12/25. 3èx

jeudi 6 novembre 2014

BONNIE AND CLYDE

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notapaxamericana.wordpress.com

d'Arthur Penn. 1967. U.S.A. 1h51. Avec Warren Beatty, Faye Dunaway, Gene Hackman, Estelles Parsons, Michael J. Pollard, Denver Pyle, Dub Taylor, Evans Evans, Gene Wilder.

Sortie salles France: 8 Novembre 1967. U.S: 13 Août 1967

Récompenses: Oscars 1968. Meilleure Actrice de second rôle, Estelle Parsons.
Meilleure Photographie: Burnett Guffey

FILMOGRAPHIE: Arthur Penn est un réalisateur américain, né le 27 Septembre 1922 à Philadelphie, décédé le 28 Septembre 2010 à Manhattan, New-York.
1958: Le Gaucher. 1962: Miracle en Alabama. 1965: Mickey One. 1966: La Poursuite Impitoyable. 1967: Bonnie and Clyde. 1969: Alice's Restaurant. 1970: Litlle Big Man. 1975: La Fugue. 1976: Missouri Breaks. 1981: Georgia. 1985: Target. 1987: Froid comme la Mort. 1989: Penn and Teller get killed. 1995: Lumière et Compagnie (segment).


Deux ans avant La Horde Sauvage, une oeuvre polémique avait également rivalisé d'audace dans son traitement de la violence exacerbée par des éclaboussures de sang parfois filmées au ralenti. A l'instar de la fusillade finale perpétrée sur le couple de gangsters après avoir été pris au dépourvu lors d'un guet-apens policier. Beaucoup ont reproché la complaisance de cette séquence restée dans les annales pour sa sauvagerie radicale et considérée à raison comme l'une des morts les plus sanglantes du cinéma. Pourtant, dans la réalité des faits, 150 impacts de balles ont été dénombrés sur la carrosserie des braqueurs. On ne peut donc reprocher à Arthur Penn d'avoir voulu surenchérir dans le racolage facile, ce dernier ne faisant que retracer fidèlement la mort de Bonnie and Clyde dans la folie cruelle du règlement de compte.


Enorme succès Ă  sa sortie, le film doit beaucoup de sa notoriĂ©tĂ© au couple glamour imposĂ© par Warren BeattyFaye Dunaway, alors qu'Ă  la base c'est Ă  Jane Fonda qu'Ă©tait imparti le rĂ´le de la serveuse fĂ©rue de passion et d'Ă©vasion auprès d'un indĂ©fectible braqueur de banque. Un duo devenu aussi lĂ©gendaire que nos vrais criminels qui exĂ©cutèrent durant leur pĂ©riple pas moins de 12 personnes dans le sud-ouest amĂ©ricain de la grande dĂ©pression. Sublime de sensualitĂ© et fiĂ©vreuse d'ardeur, Faye Dunaway crève l'Ă©cran dans sa prestance de criminelle endurcie pour sa nouvelle condition dĂ©linquante mais nĂ©anmoins dĂ©sarçonnĂ©e par l'absence de sa mère et l'impuissance de son amant. Charismatique en diable et un brin trop Ă©lĂ©gant, Warren Beatty se fond pourtant dans la peau de Clyde Barrow avec stoĂŻcitĂ© malgrĂ© ses brefs instants de culpabilitĂ© lorsqu'il ose commettre son premier meurtre de sang froid auprès d'un citadin innocent. Souffle romanesque et Ă©pique se tĂ©lescopent incessamment sous la camĂ©ra virtuose d'Arthur Penn, l'auteur s'Ă©tant vĂ©ritablement inspirĂ© Ă  retracer cette Ă©quipĂ©e sauvage parmi la complicitĂ© de seconds rĂ´les aussi irresponsables (Moss, le jeune pompiste, Buck, le frère aĂ®nĂ©e de Clyde, et sa femme Blanche) venus prĂŞter main forte au couple de braqueurs toujours plus Ă©puisĂ©s Ă  dĂ©jouer les embuscades policières. Cette traque homĂ©rique traversĂ©e d'âpres Ă©clairs de violence met bien en exergue l'inconscience de ce gang, particulièrement Bonnie et Clyde, deux gamins avides de libertĂ© et d'Ă©panouissement, alors que ce dernier se compromet Ă  son impuissance pour contenter sexuellement sa compagne. C'est donc dans l'adrĂ©naline des braquages de banques et d'Ă©picerie qu'il trouve refuge afin de pallier sa frustration. Dans leur caractĂ©risation aussi rĂ©aliste que romanesque, nous ne pouvons qu'Ă©prouver une forte empathie pour ces anti-hĂ©ros Ă©pris de fureur de vivre et de dĂ©sespoir car Ă  bout de souffle d'endurer une chasse Ă  l'homme toujours plus irrĂ©ductible.


MenĂ© sur un rythme infernal et mis en scène parmi la virtuositĂ© de sĂ©quences d'action percutantes, Bonnie and Clyde relève plus du drame romanesque (non exempt d'humour corrosif) que du film noir pour le portrait imparti Ă  l'insouciance de ces tueurs fĂ©rus de libertĂ©. Il en Ă©mane un grand moment de cinĂ©ma d'une rare puissance Ă©motionnelle dans la complicitĂ© idĂ©aliste formĂ© au couple iconique, Warren Beatty / Faye Dunaway.

Bruno Matéï
4èx

                                  

mercredi 5 novembre 2014

LA HORDE SAUVAGE (The Wild Bunch)

                                           
                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site levafilmworks.com

de Sam Peckinpah. 1969. U.S.A. 2h25. Avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmond O'Brien, Warren Oates, Jaime Sanchez, Ben Johnson, Emilio Fernandez.

Sortie salles France: 17 Octobre 1969. U.S: 18 Juin 1969

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984. 1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


« L'enfant est Dieu et le Diable Ă  la fois, et en lui se trouvent mĂŞlĂ©es la cruautĂ© et une extrĂŞme bontĂ©. Il suffit que les enfants soient tĂ©moins de certaines choses pour qu'ils deviennent très vite des adultes, des ĂŞtres aussi vicieux, aussi mĂ©chants que nous. Tout un système de morale, d'Ă©ducation nous empĂŞche de regarder en face un certain nombre de vĂ©ritĂ©s, par exemple qu'il existe dĂ©jĂ  chez l'enfant tout ce cĂ´tĂ© sombre de l'homme. »
Sam Peckinpah


Western mythique vilipendĂ© par la critique dès sa sortie pour l'intolĂ©rance de sa violence tranchĂ©e, La Horde Sauvage gagna pourtant au fil des dĂ©cennies un statut de chef-d'oeuvre proverbial. C'est dire si le film de Peckinpah Ă©tait Ă  contre courant des conventions classiques Ă©tablies par le western lyrique de John Ford et celui plus "hĂ©roĂŻque" de John Wayne afin de mettre ici en exergue une forme de violence baroque appuyĂ©e d'effets de ralentis chorĂ©graphiques. C'est Ă©galement la rĂ©ponse ricaine pour tenter d'Ă©muler l'âpretĂ© du western italien, Sam Peckinpah optant de surenchĂ©rir dans la bestialitĂ© avec un carnage final d'une intensitĂ© rigoureuse toujours aussi acĂ©rĂ©e aujourd'hui. Magnifiquement mis en scène pour la modernitĂ© de son montage vĂ©loce, la Horde Sauvage est le tĂ©moignage de la traĂ®trise, de l'avilissement, du chaos, du dĂ©sordre, faute d'un monde minĂ© par la pauvretĂ© des exclus (les villageois mexicains), gangrenĂ© par la dictature de conflits guerriers. La plupart des personnages dĂ©peints comme  des chasseurs de primes vindicatifs, des bandits autonomes ou des terroristes belliqueux assoiffĂ©s d'alcool, de cruautĂ© et de pouvoir. 


Dans cette peinture nihiliste de la nature humaine, le prélude l'anticipe déjà avec ce groupe de bambins mesquins batifolant autour de scorpions pour les regarder se faire dévorer par des milliers de fourmis. Métaphore sur notre instinct pervers et meurtrier dont l'enfant influant se réapproprie naturellement du comportement destructeur des adultes, le film nous achemine lentement vers le baroud d'honneur d'une bande de malfrats délibérés à se sacrifier car épuisés de survivre dans un monde qu'ils ne comprennent plus. A travers leur équipée homérique redoublant d'audaces, de bravoure et de dangerosité, telle cette attaque coordonnée autour d'un convoi ferroviaire, Sam Peckinpah évoque leur anachronisme, leur sentiment intime d'être dépassé par leur univers qu'ils ne reconnaissent plus depuis la révolution industriel. A l'instar de la première apparition d'un véhicule sur roue que des mexicains exposent fièrement aux badauds pour dévoiler le progrès. Au fil du cheminement marginal de ces anti-héros sclérosés, le désespoir et l'amertume les rattrapent un peu plus, quand bien même l'humanisme les rappellent à la raison de la tolérance lorsqu'ils se résignent d'épargner de ses souffrances un de leur camarade torturé par la troupe du général Mapache ! S'ensuit alors leur dernière offensive suicidaire d'aller provoquer par les armes ces centaines de belligérants et de mettre un terme à leur funèbre existence (tels des fantômes errants) en commun accord. Le spectateur éprouvant une inattendue empathie pour leurs ultimes sursauts de bravoure et de loyauté.


D'une brutalitĂ© toujours inĂ©galĂ©e pour le genre il me semble, La Horde Sauvage illustre de manière poisseuse une diatribe sur l'instinct foncièrement mauvais de l'ĂŞtre humain tout en Ă©nonçant une rĂ©flexion Ă©difiante sur le venin de la violence. MagnifiĂ© de la prestance burinĂ©e des comĂ©diens inscrits dans une camaraderie marginale, ce chemin de croix reste une Ă©preuve de force d'une intensitĂ© Ă©prouvante pour l'expĂ©dition pessimiste de ses hors-la-loi livrĂ©s Ă  la solitude et la dĂ©sillusion.  

Bruno 
3èx

« J'ai fait ce film parce que j'Ă©tais très en colère contre toute une mythologie hollywoodienne, contre une certaine manière de prĂ©senter les hors-la-loi, les criminels, contre un romantisme de la violence [...]. C'est un film sur la mauvaise conscience de l'AmĂ©rique.(...) La Horde sauvage est simplement ce qui arrive lorsque des tueurs vont au Mexique. L'Ă©tonnant est que vous ressentez une perte immense quand ces tueurs atteignent la dernière ligne droite. »
Sam Peckinpah

mardi 4 novembre 2014

Trick or Treat

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Michael Dougherty. 2007. U.S.A. 1h22. Avec Brian Cox, Anna Paquin, Dylan Baker, Leslie Bibb, Quinn Lord, Rochelle Aytes, Moneca Delain, Tahmon Penikett.

Sortie salles U.S: 9 DĂ©cembre 2007

FILMOGRAPHIE: Michael Dougherty est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© en Octobre 1974 Ă  Columbus. 1998: Refrigerator Art. 1998: Deadtime Stories. 2008: Trick'r Treat. 2010: Calling all Robots.


Honteusement inĂ©dit en salles et donc directement passĂ© par la case Dtv, Trick'r Treat renoue avec le film Ă  sketchs typiquement sardonique dans son esprit BD hĂ©ritĂ© des EC-comics. Indubitablement, Ă  la lecture du film, on songe au classique du genre Creepshow, de par la crĂ©ativitĂ© des histoires en trompe-l'oeil dĂ©tournant parfois avec malice l'archĂ©type du conte, du soin imparti Ă  son esthĂ©tisme flamboyant et des twists Ă  rĂ©pĂ©tition faisant mouche Ă  chaque dĂ©marche. ComposĂ© de quatre histoires reprenant les mythes de l'horreur sĂ©culaire (morts-vivants, vampires, loups-garous, mais aussi, dans une mesure plus contemporaine, un monstre Ă©nigmatique et un tueur en sĂ©rie !), Trick'r Treat ne cesse d'entrecroiser le cheminement des intrigues avec celui des personnages en alternant Ă©vènements actuels et antĂ©rieurs. 


Ancré dans un solide humour macabre aussi irrésistible qu'audacieux (nos chères têtes blondes y trépassent avec une ironie franchement caustique !), la réussite du métrage découle de la structure des intrigues adroitement narrées où chaque personnage clef peut autant endosser la fonction de victime que celui du potentiel coupable ! Outre l'aspect festif de ces histoires espiègles où l'hypocrisie prime souvent avec l'instinct vengeur d'esprits rebelles, Trick'r Treat transfigure la fête d'Halloween avec un respect immodéré pour l'amour des citrouilles et des sorcières. Car à travers l'intrusion suspecte d'un étrange garçonnet affublé d'un sac à patate sur la tête et de deux boutons de manchette à la place des yeux, une nouvelle icône monstrueuse se dévoile sous nos yeux pour la première fois. Une manière fort originale de boucler cette anthologie afin de porter en témoignage l'aspect sardonique du folklore d'Halloween où farce et bonbons se sont gentiment mêlés au chantage affectif ! Et le réalisateur de s'en railler avec autant de brimade pour l'aspect morbide des situations que de respect pour sa coutume ancestrale que les enfants d'aujourd'hui ont monopolisé dans leur stature capricieuse !


La fĂŞte des Masques
Hymne Ă  Halloween et Ă  l'horreur ludique au sein du film choral, vĂ©ritable trĂ©sor d'inventivitĂ© dans l'alchimie des intrigues redoublant de sarcasme et le rĂ´le insidieux impartis aux divers protagonistes, Trick'r Treat est Ă©galement un rĂ©gal pour les yeux pour son onirisme macabre oĂą aucun dĂ©tail n'est laissĂ© au hasard. Le plaisir s'avère si jouissif et addictif qu'on aurait tant aimĂ© que le film se prolonge un peu plus (il ne dure qu'1h22, gĂ©nĂ©rique compris !), le temps de nous raconter une ultime fois un nouveau conte diaboliquement fripon ! 

*Bruno
3èx. vostfr

                                     

    lundi 3 novembre 2014

    Morsures / Nightwing

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

    d'Arthur Hiller. 1979. U.S.A. 1h44. Avec Nick Mancuso, David Warner, Kathryn Harrold, Stephen Macht, Strother Martin.

    Sortie salles France: 4 Juin 1980. U.S: 22 Juin 1979

    FILMOGRAPHIE: Arthur Hiller est un rĂ©alisateur et acteur canadien, nĂ© le 22 Novembre 1923 Ă  Edmonton, Alberta (Canada). 1956: Massacre Ă  Sand-Creek. 1964: Les Jeux de l'amour et de la guerre. 1965: Promise her Anything. 1966: Tobrouk, commando pour l'enfer. 1966: Les Plaisirs de PĂ©nĂ©lope. 1967: The Tiger Makes Out. 1970: Escapade Ă  New-York. 1970: Love Story. 1971: Plaza suite. 1971: L'HĂ´pital. 1972: L'Homme de la Manche. 1975: The Man in the Glass Booth. 1976: Transamerica Express. 1979: Ne tirez pas sur le dentiste. 1979: Morsures. 1982: Making Love. 1982: Avec les Compliments de l'Auteur. 1987: Une chance pas croyable. 1989: Pas nous, pas nous. 1990: Filofax. 1992: The Babe. 1997: An Alan Smithee Film.


    "Quand le sacré mord la terre profanée."

    Pitch :
    Un shĂ©rif adjoint, sa compagne et un savant anglais unissent leurs forces pour dĂ©jouer une invasion de chauves-souris dans une contrĂ©e reculĂ©e de l’Arizona, ancien territoire indien.

    SĂ©rie B aujourd’hui quasi ignorĂ©e, Morsures s’est surtout fait connaĂ®tre dans les vidĂ©oclubs des annĂ©es 80 auprès d’une poignĂ©e de cinĂ©philes amateurs de curiositĂ©s. Il faut d’emblĂ©e oublier le caractère fallacieux de sa jaquette française et sa superbe affiche US racoleuse : Morsures choisit la retenue plutĂ´t que l’esbroufe, prĂ©fĂ©rant travailler la caractĂ©risation de ses personnages et mettre en valeur l’originalitĂ© d’un script retors. Tout au long d’une intrigue soigneusement contĂ©e, le film ne nous donne Ă  voir que trois attaques coordonnĂ©es de chauves-souris, la première demeurant la plus sanglante et incisive, tant la panique s’y propage de victime en victime, mordues tous azimuts. On saluera Ă©galement la rĂ©ussite artisanale des effets spĂ©ciaux mĂ©caniques conçus par Carlo Rambaldi, mĂŞlant avec habiletĂ© vraies et fausses chauves-souris, virevoltant dans les airs avant de s’agripper Ă  l’Ă©chine des corps pour mordre.


    Mais au-delĂ  de l’impact dĂ©monstratif de ces sĂ©quences impressionnantes, le film gagne surtout en force et en crĂ©dibilitĂ© lorsqu’il met en exergue les rapports de domination opposant un jeune shĂ©rif intègre Ă  un industriel mĂ©galomane, maĂ®tre d’un empire pĂ©trolier vorace. La seconde partie s’attarde alors sur les enjeux stratĂ©giques et sur l’expĂ©dition presque touristique d’un trio de hĂ©ros dĂ©cidĂ©s Ă  endiguer la menace, après la dĂ©couverte de nouveaux cadavres porteurs de la peste bubonique. Militant pour la cause indienne et la condition infortunĂ©e de ses peuples spoliĂ©s, Morsures dĂ©veloppe aussi un discours Ă©cologique, appelant au respect de l’environnement par l’irruption du surnaturel, nourri de croyances spirituelles liĂ©es Ă  des terres sacrĂ©es profanĂ©es par l’homme blanc. Cette mise en garde prend corps Ă  travers un sorcier indien, rĂ©solu Ă  se venger de l’Ă©tranger vĂ©nal, aidĂ© par la complicitĂ© animale des chauves-souris. Par la sobriĂ©tĂ© de son propos et la manière subtile, posĂ©e, tranquille dont Arthur Hiller introduit le fantastique, le film Ă©voque parfois le magnifique Wolfen de Michael Wadleigh, notamment dans son souffle poĂ©tique et lyrique. En prime, le rĂ©alisateur ancre son rĂ©cit dans un rĂ©alisme inquiĂ©tant en rappelant le mode de vie grĂ©gaire des chiroptères, leur comportement autonome et les maladies mortelles qu’ils peuvent transmettre Ă  l’homme.


    SĂ©rie B injustement mĂ©connue, trop vite cataloguĂ©e comme un produit horrifique risible Ă  cause de son emballage tapageur, Morsures conjugue pourtant avec intelligence aventure, drame social et horreur, portĂ© par des interprètes d’une belle densitĂ© humaine ou cĂ©rĂ©brale - Ă  l’image d’un David Warner, avisĂ© et couillu en chercheur infaillible. Du fantastique au sens noble en somme. Car Morsure n’est pas un film de rĂ©conciliation : c’est un retrait du sacrĂ©, une fermeture dĂ©finitive pour Ă©viter la mutation. L’histoire spirituelle d’un shĂ©rif frondeur, gardien tragique contraint de dĂ©truire ce qu’il protège afin de tenir tĂŞte Ă  la technologie vorace du monde moderne.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

    31/01/25. 3èx. VF

    jeudi 30 octobre 2014

    Halloween 2. Director's Cut.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nitehawkcinema.com

    de Rob Zolmbie. 2009. U.S.A. 1h59 (Director's Cut). Avec Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell, Tyler Mane, Brad Dourif, Danielle Harris, Sheri Moon Zombie, Brea Grant.

    Sortie en Dvd et Blu-ray le 31 Mars 2010. Sortie salles U.S: 28 Août 2009

    FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


    Suite du remake amorcĂ© trois ans plus tĂ´t, Halloween 2 rejoue la carte de l’anticonformisme, que Rob Zombie pousse jusqu’Ă  la dĂ©mystification totale de l’icĂ´ne fantomatique Michael Myers. Échec public et critique outre-Atlantique — au point que la France le bannit des Ă©crans pour l’enterrer directement en DVD et Blu-ray — ce second opus continue de dĂ©concerter les puristes de la franchise. Zombie rĂ©invente le psycho-killer avec audace, inspiration, un rĂ©alisme funeste, et surtout une brutalitĂ© Ă  vif, inĂ©dite dans le genre.

    Le pitch : deux ans après les tragiques Ă©vĂ©nements, Laurie Strode tente de se reconstruire auprès d’une thĂ©rapeute. Le Dr Loomis, lui, s’est recyclĂ© en Ă©crivain, promouvant son rĂ©cit de traque comme on vend une relique souillĂ©e. Mais Ă  l’approche d’Halloween, le tueur masquĂ© refait surface Ă  Haddonfield, bien dĂ©cidĂ© Ă  solder ses comptes avec sa sĹ“ur, logĂ©e chez le shĂ©rif Brackett.


    D’une violence hardcore acĂ©rĂ©e, Halloween 2 prend Ă  rebours la suggestion de Carpenter. Ici, les meurtres s’enchaĂ®nent avec une sauvagerie littĂ©ralement inouĂŻe. Le film baigne dans une ambiance onirico-macabre : fĂŞte d’Halloween transformĂ©e en concert rock masquĂ©, visions spectrales de Deborah vĂŞtue de blanc, accompagnĂ©e du petit Michael, rĂŞves hallucinĂ©s de Laurie comme Ă©chappĂ©s d’un cauchemar burtonien. Ce second chapitre remplace le rĂ©alisme cru par une transe hallucinatoire, oĂą les actes meurtriers — barbares — s’enracinent dans une logique symbolique et psychique.

    Michael Myers, incarnation brute du Mal, revient sous les traits d’un clodo barbu, tantĂ´t Ă  visage nu, tantĂ´t dissimulĂ© derrière un masque Ă©clatĂ©. Il erre dans les campagnes nocturnes pour regagner Haddonfield, abandonnant derrière lui des cadavres parfois dĂ©chiquetĂ©s Ă  mains nues. Si l’intrigue en elle-mĂŞme n’a rien de transcendant (la quĂŞte familiale du tueur reste filigrane), la mise en scène prĂ©cise de Zombie en renouvelle l’intĂ©rĂŞt : par l’hostilitĂ© viscĂ©rale de Michael, sa cruautĂ© Ă©reintante, sa prĂ©sence oppressante. Ă€ cela s’ajoute une Laurie Strode mĂ©connaissable, marginale, dĂ©pressive, rongĂ©e par les mĂŞmes visions que son frère. Fragile, nĂ©vrosĂ©e, hantĂ©e — elle irradie une empathie tragique dans sa lutte dĂ©sespĂ©rĂ©e contre ses dĂ©mons et le retour du monstre. Quant au Dr Loomis, il devient ici caricature cynique : Ă©crivain cupide en quĂŞte de notoriĂ©tĂ©, avant une rĂ©demption tardive dans un dernier acte rĂ©vĂ©lateur — du moins, dans la version Director’s Cut, qui dĂ©voile les vraies intentions de Zombie.


    Angoissant, sombre, franchement terrifiant par son climat insĂ©cure et la stature bestiale du tueur, Ă©prouvant par ses Ă©clats de violence pure (le prologue de 25 minutes relève de l’anthologie ; le massacre chez les Brackett glace par sa sĂ©cheresse et son hors-champ glaçant), Halloween 2 ose dĂ©construire le mythe. Zombie transfigure l’univers en cauchemar organique, onirique, dĂ©lĂ©tère, traversĂ© de fulgurances malsaines et pourtant ancrĂ©es dans le rĂ©el. Le rĂ©sultat : une Ĺ“uvre formelle, puissamment maĂ®trisĂ©e, portĂ©e par un montage vigoureux et le jeu brut de comĂ©diens habitĂ©s — mention aux apparitions de Margot Kidder et de Danielle Harris, rescapĂ©e des opus 4 et 5. Une descente aux enfers sans accalmie, Ă  travers le profil souffreteux d’une survivante jamais remise, que Zombie filme avec une intensitĂ© implacable. Une (seconde) rĂ©fĂ©rence Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

    *Bruno
    06.04.25. 3èx. Vost


    mercredi 29 octobre 2014

    Frankenstein

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site luxedb.com

    de James Whale. 1931. U.S.A. 1h11. Avec Boris Karloff, Colin Clive, Mae Clarke, John Boles, Edward Van Sloan, Dwight Frye.

    Sortie salles France: 17 Mars 1932. U.S: 21 Novembre 1931

    FILMOGRAPHIE: James Whale est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 22 Juillet 1889 Ă  Dudley en Angleterre, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Mai 1957 Ă  Hollywood, Los Angeles.
    1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge.
    1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirée étrange (The Old Dark House)
    1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein). 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick (The Great Garrick)
    1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer (The Man in the Iron Mask). 1940 : L'Enfer vert (Green Hell). 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


    Avant-propos: 
    "On dit souvent que la FiancĂ©e de Frankenstein est un meilleur film, mais il y a quelque chose de pur par rapport Ă  l'original. C'est comme explorer un territoire oĂą l'homme n'est jamais allĂ©. L'austĂ©ritĂ© de la mise en scène et l'absence de musique en font une expĂ©rience très onirique. Bien sĂ»r, l'artificialitĂ© du film est très prononcĂ©e, avec ces studios visibles et une direction artistique Ă©vidente, mais je vois une puretĂ© romantique dans son approche de l'horreur. Et bien sĂ»r, la performance de Karloff est phĂ©nomĂ©nale. Je pense qu'il s'agit de la meilleure version de Frankenstein, mĂŞme s'il en existe des plus opulentes et des plus complexes. C'est amusant, pendant longtemps, La FiancĂ©e de Frankenstein a Ă©tĂ© mon Ă©pisode favori. Les goĂ»ts Ă©voluent, et j'ai fini par embrasser la simplicitĂ© de l'original." Joe Dante.

    Film mythique s'il en est, inaugurant l'âge d'or de la Universal et tous ces monstres qui prendront le relais, Frankenstein reste le chef-d'oeuvre incontournable du genre sachant qu'aucun cinéaste ni comédien notoire n'ont réussi à le surpasser 80 ans après sa sortie ! Exception faite peut-être avec la série Penny Dreadful transcendant avec souci de réalisme l'intense dramaturgie de la créature réduite au désarroi de la solitude ! Outre l'idée singulière empruntée au roman de Mary Shelley, c'est à dire créer un être vivant à partir de morceaux de corps humains récupérés sur les cadavres de sépulture, Frankenstein puise sa force d'évocation dans l'interprétation de Boris Karloff épaulée des maquillages de Jack Pierce. Pourvu d'une taille imposante, d'une démarche hésitante, d'un front carré et d'un regard abattu, l'acteur se fond dans la carrure du monstre avec une intensité troublante par ses expressions de terreur ou de compassion.


    Sur ce dernier point, personne ne peut oublier la sĂ©quence intime qui voit le monstre batifoler avec une fillette avant qu'un drame inĂ©luctable ne vienne ternir leur relation amicale. La force dramatique du rĂ©cit Ă©mane justement de sa caractĂ©risation en quĂŞte identitaire et de paternitĂ© car ne sachant diffĂ©rencier le Bien du Mal depuis sa brutale rĂ©surrection. Qui plus est, avec le cerveau d'un ancien criminel, la crĂ©ature extĂ©riorise des pulsions de haine face Ă  l'autoritĂ© de l'homme incapable de comprendre son dĂ©sarroi dans sa position martyrisĂ©e. A travers sa condition d'estropiĂ© par la mĂ©galomanie du savant (Colin Clive semble littĂ©ralement habitĂ© par la folie dans son regard monolithique), James Whale aborde le sens de la responsabilitĂ© parentale et celui de l'Ă©ducation lorsque l'innocence se retrouve destituĂ©e de soutien et de personnalitĂ©. 


    Oeuvre charnière pour le genre horrifique, Frankenstein puise sa densitĂ© dans l'originalitĂ© d'un pitch mettant en exergue la dimension humaine d'une crĂ©ature livrĂ©e Ă  l'intolĂ©rance et l'instinct violent de l'homme. Baignant dans un noir et blanc aux Ă©clairages crĂ©pusculaires et entièrement dĂ©nuĂ© de musique, la forme adopte une ambiance baroque que la prestance exceptionnelle de Karloff renforce Ă  point nommĂ© avec symbolisme. 

    Bruno Matéï
    3èx

    mardi 28 octobre 2014

    CABAL. Director's Cut. (Nightbreed). Prix Spécial du Jury, Avoriaz 91.

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site geekchunks.com

    de Clive Barker. 1990. Angleterre. 2h01 (Director's Cut). Avec Craig Sheffer, Anne Bobby, David Cronenberg, Hugh Quarshie, Charles Haid, Doug Bradley, Oliver Parker, Hugh Ross, Catherine Chevalier.

    FILMOGRAPHIE: Clive Barker (né le 5octobre 1952, est un romancier britannique, peintre et cinéaste (réalisateur, scénariste et producteur).
    1973: Salome. 1978: The Forbidden. 1987: Hellraiser. 1990: Cabal. 1995: Maître des Illusions (le)

    Récompenses:
    . Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam 1990.
    . Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1991.


    Trois ans après la rĂ©vĂ©lation Hellraiser, Clive Barker transpose Ă  nouveau l'un de ses romans pour transcender la monstrueuse parade d'un bestiaire flamboyant. Echec public et commercial lors de sa sortie, d'autant plus discrĂ©ditĂ© d'une version tronquĂ©e de plus de 20 minutes par les producteurs, Cabal renait aujourd'hui de ses cendres dans une version Director's cut beaucoup plus Ă©pique et cohĂ©rente. De par l'action encourue lors de son ultime point d'orgue, par le traitement rĂ©servĂ© au tueur en sĂ©rie et le cheminement divin de son hĂ©ros partagĂ© entre l'amour d'une compagne et le devoir de prĂ©server un peuple opprimĂ©. Sur ce dernier point, la caractĂ©risation humaine du couple s'avère d'ailleurs plus romanesque dans leurs sentiments contradictoires Ă  prĂ©valoir l'union conjugale. PerturbĂ© par de rĂ©currents cauchemars auquel il se transpose dans la citĂ© de Midian, refuge de monstres de tous horizons, Boon consulte le psychiatre Decker afin de comprendre les aboutissants de son obsession. Alors qu'un serial-killer sème la mort au sein de la ville, ce jeune patient est rapidement accusĂ© d'en ĂŞtre le coupable, faute du stratagème perfide de son mĂ©decin. Abattu par la police lors d'une confrontation musclĂ©e, il finit par rejoindre les habitants de la citĂ© de Midian dans sa condition de martyr ! 


    VĂ©ritable dĂ©claration d'amour aux Monstres oĂą le droit Ă  la diffĂ©rence s'avère le pivot de l'intrigue, Cabal allie conte mythologique et horreur sanglante sous couvert d'action homĂ©rique. C'est tout du moins ce qu'impose sa dernière partie beaucoup Ă©chevelĂ©e dans ce Director's Cut faisant honneur au lyrisme, quand bien mĂŞme la visite de Lori dans les catacombes s'avère plus imposante afin de mieux contempler la cohabitation du bestiaire humain. EsthĂ©tiquement fulgurant et pourvu de remarquables maquillages afin de parfaire la physionomie des monstres hybrides, Cabal envoĂ»te dans l'authenticitĂ© de son univers sĂ©culaire exploitant avec originalitĂ© mythes et lĂ©gendes dans un contexte moderne. Quand bien mĂŞme l'icĂ´ne du fameux serial-killer renoue avec le slasher dans son accoutrement masquĂ© et la vague de meurtres qu'il commet sans vergogne. Outre son instinct sadique Ă  commettre les exactions sur d'innocentes victimes, il s'avère ici contrariĂ© par l'existence des Freaks confinĂ©s dans les sous-sols de Midian. Alors que Lori tente de retrouver les traces de son compagnon, Decker va tenter par orgueil dĂ©mesurĂ© de tout mettre en oeuvre afin d'Ă©radiquer les monstres parmi le soutien de la police. Avec dĂ©rision, Clive Barker ironise dans la caricature allouĂ©e au tueur, sachant que derrière le masque se planque un Ă©minent psychiatre atteint de maladie mentale ! (Cronenberg s'auto-parodiant avec cynisme non simulĂ© !). Quand aux forces de l'ordre, elles sont ici rĂ©duites Ă  la brutalitĂ© et l'intolĂ©rance de leurs actes totalitaires, quand bien mĂŞme un prĂŞtre incrĂ©dule prĂ©fère se rapprocher auprès de la foi Ă©ternelle du Cabal. Sous un dĂ©luge de feu et d'action, les rapports antinomiques du Bien (les monstres) et du Mal (les humains) vont amener Ă  se confronter afin d'emporter la mainmise ! 


    Freakshow
    Oeuvre infortunĂ©e depuis sa sortie, et ce malgrĂ© son Prix SpĂ©cial du Jury dĂ©cernĂ© Ă  AvoriazCabal brille aujourd'hui de 1000 feux dans sa version finale beaucoup plus cohĂ©rente et fastueuse. Illustrant avec ambition un univers mythologique oĂą le morbide cĂ´toie la fĂ©erie sous alibi du divertissement, Clive Barker rĂ©ussit Ă  transposer son roman avec souffle Ă©pique et dimension humaine des rebuts d'une sociĂ©tĂ© animale.  

    Bruno Matéï
    28.10.14. 4èx
    18.07.11. 

    vendredi 24 octobre 2014

    L'Impasse aux Violences / The Flesh and the Fiends

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tvclassik.com

    de John Gilling. 1960. Angleterre. 1h37. Avec Peter Cushing, June Laverick, Donald Pleasance, George Rose, Renee Houston, Dermot Walsh, Billie Whitelaw.

    Sortie salles Angleterre: 2 Février 1960

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Gilling est un réalisateur et scénariste anglais, né le 29 Mai 2012 à Londres, décédé le 22 Novembre 1984 à Madrid (Espagne).
    1957: Pilotes de haut-vol. 1958: Signes particuliers: néant. 1959: L'Impasse aux Violences. 1961: Les Pirates de la Nuit. 1962: L'Attaque de San Cristobal. 1966: L'Invasion des Morts-Vivants. 1966: La Femme Reptile. 1967: Dans les Griffes de la Momie. 1975: La Cruz del diablo.


    "Ceci est l'histoire d'hommes et d'âmes damnĂ©s. C'est une histoire de vice et de meurtre. Nous n'avons pas d'excuses Ă  faire aux morts. Tout est vrai." 
     
    L’impasse aux violences — Anatomie d’une conscience dĂ©chue
    Seconde adaptation de l’histoire vraie des tueurs en sĂ©rie Burke et Hare, ayant sĂ©vi dans l’Angleterre du XIXe siècle, L’Impasse aux violences retrace leurs exactions criminelles au profit d’un Ă©minent mĂ©decin, le Dr Knox. Dans sa soif de progrès scientifique, ce dernier s’obstine Ă  dissĂ©quer des cadavres que les deux acolytes vont d’abord exhumer des cimetières, contre une poignĂ©e de guinĂ©es. Mais plus les corps sont frais, plus la rĂ©compense est gĂ©nĂ©reuse. Alors, sans scrupule, les deux malfrats passent au meurtre, pour satisfaire les exigences du savant. De cette histoire sordide et mĂ©ticuleusement documentĂ©e, John Gilling livre une mise en scène rĂ©aliste et tendue, oĂą transparaĂ®t le pathĂ©tique d’une convoitise dĂ©shumanisante. Ă€ travers l’orgueil aveugle d’un mĂ©decin qui nie la gravitĂ© de ses compromis, et la bassesse crapuleuse de deux criminels engluĂ©s dans leur propre mĂ©diocritĂ©, le film trace les contours d’une dĂ©chĂ©ance morale sans appel.

    Les interprĂ©tations glaçantes de June Laverick et Donald Pleasence, tortionnaires cupides et lubriques, nous Ă©branlent dans leur nihilisme poisseux. En les suivant dans leurs dĂ©rives putassières, dans les pubs saturĂ©s de poivrots et de prostituĂ©es, Gilling peint en creux la misère sociale du vieux Édimbourg, gangrenĂ© par la faim, le vice et la survie. Loin de se contenter du seul choc des meurtres froidement exĂ©cutĂ©s, le film suscite l’Ă©motion par le biais d’une histoire d’amour impossible entre un jeune apprenti mĂ©decin et une prostituĂ©e — fragile esquisse d’espoir vite broyĂ©e par le dĂ©sespoir social. Entre les corps vendus Ă  la science, les menaces des confrères jaloux et les cris silencieux des damnĂ©s, le Dr Knox s’enfonce dans une logique amorale, tout en ignorant qu’une fillette croisera bientĂ´t son regard pour lui ouvrir enfin les yeux — sur l’humanitĂ©, la dignitĂ©, le respect des morts et la fragilitĂ© des vivants.

    ConspuĂ© par une foule enragĂ©e malgrĂ© son acquittement — car la justice aussi a ses hiĂ©rarchies — le mĂ©decin, rongĂ© de l’intĂ©rieur, finit par affronter sa propre culpabilitĂ©. Et dans ce rĂ´le crĂ©pusculaire, Peter Cushing incarne avec une intensitĂ© bouleversante ce savant en guerre avec lui-mĂŞme, Ă©cartelĂ© entre la dĂ©votion professionnelle et l’Ă©veil tardif d’une conscience trop longtemps anesthĂ©siĂ©e.


     "Le MĂ©decin et les DamnĂ©s".
    D’une puissance Ă©motionnelle aussi rigoureuse que dĂ©rangeante, Ă  l’image de sa violence parfois insupportable (interdit aux moins de 18 ans Ă  sa sortie !), L’Impasse aux violences transcende son vernis de film d’horreur pour s’imposer comme un drame humain d’une rare densitĂ©. Mis en scène avec brio, transcendĂ© par des dialogues ciselĂ©s, ce chef-d’Ĺ“uvre lucide doit autant Ă  la gravitĂ© de son histoire vraie qu’Ă  l’excellence habitĂ©e de ses interprètes : June Laverick, Donald Pleasence, et un Peter Cushing au sommet de sa vĂ©ritĂ©.

    *Bruno
    3èx
    24/10/14
    09/04/02

    jeudi 23 octobre 2014

    La Maison aux fenĂŞtres qui rient / La Casa dalle finestre che ridono

                                                               Photo scannĂ©e appartenant Ă  Bruno Matéï

    de Pupi Avati. 1976. Italie. 1h51. Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Giulio Pizzirani, Bob Tonelli, Vanna Busoni.

    Sortie salles Italie: 16 Août 1976

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Pupi Avati est un réalisateur italien, né le 3 Novembre 1938 à Bologne. 1970: Thomas e gli indemoniati. 1970: Balsamus, l'homme de Satan. 1975: La mazurka del barone, della santa e del fico fiorone. 1976: La Cage aux minets. 1976: La Maison aux Fenêtres qui rient. 1977: Tutti defunti... tranne i morti. 1983: Zeder. 1984: Une saison italienne. 1991: Bix. 1992: Fratelli e sorelle. 1993: Magnificat. 1994: L'amico d'infanzia. 1994: Dichiarazioni d'amore. 1996: L'arcano incantatore. 1996: Festival. 1997: Le Témoin du marié. 1999: La via degli angeli. 2001: I cavalieri che fecero l'impresa. 2003: Un coeur ailleurs. 2004: La rivincita di Natale. 2005: Ma quando arrivano le ragazze ? 2005: La Seconda notte di nozze. 2007: La cena per farlu conoscere. 2007: Il Nascondiglio. 2008: Il papa di Giovanna. 2009: Gli amici del bar Margherita. 2010: Il figlio più piccolo. 2010: Una sconfinata giovinezza. 2011: Le Grand coeur des femmes.


    "Les couleurs, mes couleurs, elles coulent de mes veines. Elles sont si douces mes couleurs... aussi douces que l'automne, aussi chaudes que le sang. Elles sont lisses comme la pureté. Elles s'introduisent dans le corps des gens. Elles se propagent comme une infection. Mes couleurs..."

    Prix de la critique au Festival du film Fantastique de Paris, La Maison aux FenĂŞtres qui rient n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation de classique horrifique du cinĂ©ma transalpin tant Pupi Avati s'est avant tout avisĂ© Ă  nous parfaire un scĂ©nario vrillĂ© des plus machiavĂ©liques. Mais si la plupart des spĂ©cialistes emploie le terme Giallo afin de l'estampiller, j'opterais personnellement pour le thriller Hitchcockien mâtinĂ© d'une aura de souffre davantage malsaine auprès de l'amoralitĂ© du peintre entièrement vouĂ© Ă  l'art de l'agonie. 

    Le pitchUn artiste, Stefano, est conviĂ© Ă  rĂ©nover une fresque dans l'Ă©glise d'un petit village oĂą la plupart des citadins semble occulter un lourd secret. 20 ans au prĂ©alable, un peintre concocta cette esquisse reprĂ©sentant le martyr de San SĂ©bastien. MystĂ©rieusement disparu avec ses deux soeurs, il laisse derrière lui cette oeuvre morbide en dĂ©liquescence. LogĂ© dans une Ă©trange maison auquel une vieille dame y est alitĂ©e, Stefano va ĂŞtre tĂ©moin d'Ă©vènements Ă©tranges et meurtriers. 


    Baignant dans une atmosphère d'inquiĂ©tude latente, Pupi Avati privilĂ©gie ici le suspense latent parmi l'investigation de notre hĂ©ros confrontĂ© Ă  une sĂ©rie d'Ă©pisodes nĂ©buleux. Qui plus est, avec la participation de tĂ©moins aussi sournois qu'Ă©quivoques, Stefano est contraint de ne compter que sur lui afin de rĂ©soudre ces disparitions inexpliquĂ©es (celle du peintre, des soeurs et de certains de ces amis) et surtout tenter de dĂ©couvrir quel secret pourrait dĂ©voiler la fameuse fresque. Ainsi, en empruntant les codes de la demeure hantĂ©e (cadavres inhumĂ©s sous terre, maison poussiĂ©reuse tapis dans la pĂ©nombre, porte grinçante, volets qui claquent) et ceux du thriller (prĂ©sence invisible Ă©piant le hĂ©ros, meurtres en sĂ©rie, tĂ©moins suspicieux, disparition de preuves), le cinĂ©aste brouille les pistes pour mieux nous perdre dans le dĂ©dale d'une intrigue aussi sarcastique que macabre. EmaillĂ© d'indices au compte-goutte et de trouvailles originales (la maison aux "fenĂŞtres qui rient" et son fameux point d'orgue cumulant les twists cinglants), le film prend son temps d'y distiller une atmosphère anxiogène au fil du cheminement de notre hĂ©ros dĂ©concertĂ©. Un artiste indĂ©cis sĂ©vèrement malmenĂ© par son entourage oĂą le satanisme semble asservir toute la rĂ©gion, mais trouvant nĂ©anmoins soutien avec la romance d'une jeune enseignante. Pourvu d'une photographie soignĂ©e oscillant les clair-obscurs d'un environnement nocturne et le cadre solaire d'une campagne abritant des foyers archaĂŻques, Pupi Avati prend Ă©galement soin de peaufiner une ambiance tantĂ´t attrayante tantĂ´t ombrageuse (voire mĂŞme parfois onirique pour ces superbes Ă©clairages verts ou azur). Et si le rythme laborieux avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus vigoureux, la force de l'intrigue et son mystère savamment distillĂ© au compte goutte s'avèrent si bien ciselĂ©s, inquiĂ©tants et troubles Ă  la fois qu'on passe outre ce couac.  


    Atmosphérique de par son ambiance typiquement latine et brillamment charpenté pour l'investigation de notre héros opposé à une révélation traumatique, La Maison aux Fenêtres qui rient confronte thriller et épouvante à l'aide d'un onirisme morbide proprement singulier (les couleurs de l'art se mêlant à l'odeur de la mort !). A l'instar de son inoubliable générique liminaire en mode sépia illustrant un martyr à l'agonie lardé de coups de couteaux. Filmé au ralenti afin de schématiser la souffrance de l'homme nu ligoté en hauteur, ce prologue perturbant fait finalement écho au châtiment sardonique de sa mémorable conclusion au point de nous hanter à jamais.

    *Bruno
    4èx. Version Italienne

    RĂ©compensePrix de la Critique au Festival du film fantastique de Paris, 1977.

    mardi 21 octobre 2014

    Kissed. Meilleur Film, Meilleure Actrice, Meilleur Réalisateur, Malaga 98.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site rogerebert.com

    de Lynne Stopkewich. 1996. Canada. 1h18. Avec Molly Parker, Peter Outerbridge, Jay Brazeau, James Timmons, Jessie Winter Mudie, Annabel Kershaw.

    Sortie salles France: 15 Avril 1998. Canada: 7 Septembre 1996

    FILMOGRAPHIELynne Stopkewich est une réalisatrice, scénariste et productrice canadienne, née en 1964 à Montréal (Quebec). 1996: Kissed. 2000: Suspicious River. 2004: The Life (télé-film).

     
    "Amour froid".
    Auteur de deux longs-mĂ©trages, de quelques sĂ©ries TV et d’un tĂ©lĂ©film, Lynne Stopkewich reste une rĂ©alisatrice aussi discrète que mĂ©connue du grand public. Sorti dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale, son premier film, Kissed, s’est pourtant vu attribuer plusieurs rĂ©compenses dans son pays d’origine, tandis qu’une poignĂ©e de cinĂ©philes aguerris le hissa au rang de film culte. Production indĂ©pendante audacieuse, Kissed s’aventure en terrain minĂ© avec un anticonformisme dĂ©sarmant, abordant la nĂ©crophilie avec une pudeur presque sensorielle. Ă€ cent lieues des dĂ©bordements trash du scandaleux Nekromantik, le film emprunte la voie de la subtilitĂ© pour Ă©voquer l’obsession grandissante d’une jeune femme Ă©prise d’amour pour l’au-delĂ .

    Le pitch : Depuis l’enfance, Sandra nourrit une fascination pour les cadavres d’animaux fraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ©s. Ă€ l’aube de sa maturitĂ©, elle se fait embaucher dans un funĂ©rarium pour apprendre l’art de l’embaumement. Toujours plus attirĂ©e par la sensualitĂ© de la mort, elle finit par passer Ă  l’acte sexuel avec un corps masculin. Un jour, elle rencontre Matt, un Ă©tudiant en mĂ©decine intriguĂ© par sa beautĂ© distante et son Ă©trange mĂ©tier. Vierge de tout contact charnel avec un vivant, Sandra tente l’expĂ©rience d’un premier coĂŻt avec lui. Mais alors que Matt s’Ă©prend d’elle corps et âme, Sandra se dĂ©tache, fidèle Ă  son inclination pour la chair morte.

    Ă€ la lecture du synopsis, on pouvait craindre la redite ou la complaisance autour d’un sujet aussi socialement inacceptable. Pourtant, Lynne Stopkewich transcende la provocation pour livrer un vĂ©ritable poème sur la sensualitĂ© de la mort et la spiritualitĂ© de l’au-delĂ . PortĂ© par une atmosphère aussi trouble que charnelle, le film parvient Ă  captiver, Ă  troubler mĂŞme, par la beautĂ© de ses images oniriques et par la posture hypnotique de son hĂ©roĂŻne : une enseignante timorĂ©e, discrète, entièrement habitĂ©e par son amour des cadavres. LittĂ©ralement transie d’Ă©rotisme lorsqu’elle s’unit Ă  un corps, Sandra atteint une extase si pure qu’elle perçoit la lumière de l’âme dĂ©funte dans un halo de souvenirs intimes.

    Dans la pâleur magnĂ©tique de Molly Parker, l’actrice insuffle une acuitĂ© bouleversante, oĂą la perversion n’a plus sa place. Car dans son dĂ©sir d’enlacer la mort, Sandra tĂ©moigne d’une affection si douce, si viscĂ©rale, qu’on en oublie la dĂ©viance pour ne voir que la sincĂ©ritĂ©. Et si Kissed fascine autant, c’est aussi par la romance impossible entre Sandra et Matt, ce dernier littĂ©ralement asservi Ă  ses sentiments. MalgrĂ© un cheminement narratif prĂ©visible, l’ambiguĂŻtĂ© croissante de leur relation atteint un sommet d’intensitĂ© Ă©motionnelle, Ă  la lisière de la lumière et de la dĂ©composition.

     
    "Chair de ciel."
    D’une beautĂ© sensuelle, diaphane et ensorcelante, Kissed se dĂ©cline en poème lyrique sur la plĂ©nitude de la mort vĂ©cue comme abandon amoureux. Un Ă©tat de grâce absolue, lorsqu’une nĂ©crophile puise les derniers souffles vitaux d’un cadavre pour s’unir Ă  l’au-delĂ . Intimiste, fragile et incandescent, le film nous emporte loin, bien au-delĂ  du scabreux, dans une expĂ©rience Ă©rotique envoĂ»tante. Ă€ dĂ©couvrir d’urgence : il s’agit, Ă  mes yeux, du plus beau film jamais tournĂ© sur la nĂ©crophilie. Rien que ça. (D’ailleurs, il fut un temps diffusĂ© sur Canal+ dans les annĂ©es 90…)

    *Bruno
    2èx

    Récompenses: Meilleur long-métrage au Festival de Toronto, 1996
    Meilleur nouveau réalisateur de l'Ouest canadien pour Lynne Stopkewich.
    Prix Génie: Meilleure Actrice pour Molly Parker
    Meilleure Actrice pour Molly Maker, Meilleur Réalisateur pour Lynne Stopkewich, Meilleur Film au Festival de Malaga, 1998.