lundi 21 septembre 2015

Freddy sort de la Nuit / New Nightmare

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Wes Craven. 1994. U.S.A. 1h52. Avec Heather Langenkamp, Robert Englund, Miko Hughes, Wes Craven, John Saxon, Robert Shaye.

Sortie salles France: 4 Mai 1995. U.S: 14 Octobre 1994.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997:Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


Pratiquant la mise en abyme afin de redonner un second souffle à la franchise, Wes Craven se prend un malin plaisir à détourner son mythe fondateur à travers un récit ombrageux où réalité et fiction continuent de se juxtaposer mais de manière plus leste que les antécédents opus. Si bien qu'en l'occurrence, le célèbre croquemitaine a décidé de s'extirper de la pellicule afin de venir bouleverser la quotidienneté des véritables acteurs du premier volet ! Ou comment un monstre issu du fantasme d'un cinéaste parvient finalement à se matérialiser par sa volonté (celle du scénariste Wes Craven) pour prendre sa revanche sur ses créateurs l'ayant finalement vulgairement réduit au monstre ricaneur. D'où sa réflexion sur les ficelles du cinéma, l'addiction des fans hystérisés et la démarche mainstream des suites à succès uniquement conçues pour engranger les dollars.


Illustre hĂ©roĂŻne du premier volet, on retrouve avec grand plaisir Heather Langenkamp interprĂ©tant dans son propre rĂ´le avec toujours autant d'aplomb et de dĂ©termination une actrice maternelle confrontĂ©e Ă  sa paranoĂŻa d'une intuition improbable (la rĂ©surrection de Freddy dĂ©libĂ©rĂ© Ă  s'extraire de son inconscient pour s'introduire dans la rĂ©alitĂ©). Quand bien mĂŞme son fils est sujet Ă  d'horribles cauchemars l'incitant Ă  adopter un comportement pathologique de plus en plus schizophrène. Ainsi, par le biais de ce tĂ©moin candide, Freddy en profite pour le molester avec endurance afin d'attiser la gĂ©nitrice vers une ultime confrontation. C'est donc autour de ses rapports dysfonctionnels et du danger tacite que Wes Craven agence son intrigue afin de privilĂ©gier l'efficacitĂ© de l'expectative en Ă©vitant le plus longtemps l'apparition escomptĂ©e (et redoutĂ©e) de l'homme aux griffes d'acier ! Grâce Ă  la posture affirmĂ©e d'Heather Langenkamp et Ă  l'aimable participation des seconds rĂ´les (Wes Craven himself, Robert Englund et John Saxon), le film parvient Ă  soutenir l'intĂ©rĂŞt d'une tension sous-jacente en ascension. Notamment en surfant sur les clins d'oeil et rĂ©fĂ©rences au premier volet, telle cette confusion du rĂŞve et de la rĂ©alitĂ© que notre hĂ©roĂŻne et son rejeton Ă©prouvent avant les estocades (notamment celle en interne hospitalier) d'une dernière partie plus intense, homĂ©rique, sanglante (on fera l'impasse sur quelques CGI foireux).


Peut-ĂŞtre moins ambitieux que ne le laissait supposer son script et moins glauque et terrifiant que son modèle (alors que le boogeyman est paradoxalement ici plus sombre et inquiĂ©tant), Freddy sort de la nuit s'avère toutefois constamment efficace, divertissant et surtout intelligent pour sa structure narrative, son savoir-faire et ses thèmes abordĂ©s (notamment l'emprise de la fiction Ă  travers notre quotidiennetĂ© et celle des acteurs et des crĂ©ateurs) afin de nous sĂ©duire sans ambages une ultime fois. Wes Craven s'interrogeant notamment avec scrupule sur sa responsabilitĂ© morale d'avoir engendrĂ© une franchise horrifique aussi lucrative qu'(hĂ©las) Ă©culĂ©e ! 

*Bruno
27.11.23. 4èx. Vostfr

    vendredi 18 septembre 2015

    L'Au-delĂ  / The Beyond / L'Aldila / E tu vivrai nel terrore - L'aldilĂ 

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h27. Avec Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John, Veronica Lazar, Anthony Flees, Giovanni De Nava, Al Cliver.

    Sortie salles France: 14 Octobre 1981. Italie: 29 Avril 1981. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..


    Spectacle « enchanteur » de poĂ©sie morbide, portĂ© par une scĂ©nographie gothique aussi ensorcelante qu’anxiogène (cet hĂ´tel bucolique de la Nouvelle-OrlĂ©ans et ses chambres poussiĂ©reuses), L’Au-delĂ  s’est hissĂ©, au fil des dĂ©cennies, au panthĂ©on du genre — alors qu’Ă  sa sortie, il fut trop souvent dĂ©nigrĂ© (Ă  tort !) comme une vulgaire sĂ©rie B Ă  la violence jugĂ©e gratuite et obscène.
    Revoir, pour la Ă©nième fois, ce mastodonte putrescent sans jamais se lasser de son impact visuel — intensitĂ© renforcĂ©e par les maquillages hallucinĂ©s de Giannetto De Rossi —, sensoriel (l’odeur suggĂ©rĂ©e de nos cadavres purulents), et auditif (Fabio Frizzi composant un contrepoint musical tantĂ´t lancinant, tantĂ´t mĂ©lodique), prouve Ă  quel point Lucio Fulci fut un gĂ©nie, passĂ© maĂ®tre dans l’art de rationaliser notre peur la plus archaĂŻque : la hantise de la mort et de sa putrĂ©faction corporelle.
    Cette angoisse du nĂ©ant, ce rapport viscĂ©ral au trĂ©pas, cette effluve nausĂ©abonde qui s’Ă©lève des cadavres dĂ©crĂ©pits ou des corps fraĂ®chement suppliciĂ©s, L’Au-delĂ  l’inscrit sur pellicule rubigineuse — Ă  travers la photo sĂ©pia de Sergio Salvati —, par le biais d’une camĂ©ra chirurgicale qui ausculte les plaies dĂ©chiquetĂ©es de l’agonie humaine.


    Et si l’intrigue simpliste, voire incohĂ©rente, diront certain(e)s,  ne sert que de prĂ©texte Ă  Ă©taler, Ă  intervalles mĂ©tronomiques, des mises Ă  mort d’anthologie jamais vues auparavant (mĂŞme la sĂ©quence des araignĂ©es, parfois dĂ©criĂ©e pour la facture mĂ©canique d’une ou deux figurines, parvient miraculeusement Ă  nous transir d’Ă©moi), Lucio Fulci rĂ©ussit pourtant Ă  la transcender par la symĂ©trie d’une mise en scène Ă©tonnamment stylisĂ©e. On peut citer, par exemple, la mĂ©morable fantasmagorie routière, lorsque Emilie et son berger allemand se figent au milieu d’une chaussĂ©e sans destination.
    Ou comment parvenir Ă  transfigurer les pires sĂ©vices crapoteux Ă  travers la beautĂ© sulfureuse d’une poĂ©sie mortifère, dĂ©diĂ©e au spectacle pestilentiel, comme cet inoubliable supplice du bain d’acide consumant dĂ©licatement le visage d’une veuve, avant de laisser s’Ă©couler sur le sol une mousse crĂ©meuse d’un rouge pastel.
    Hymne effrontĂ© Ă  la cruautĂ© organique (le martyr christique de Schweick transgresse la morale d’une justice dĂ©pravĂ©e), cantique Ă  la mort mais aussi Ă  la plĂ©nitude du repos Ă©ternel, comme l’Ă©pilogue fantasmatique, vision sidĂ©rante de poĂ©sie picturale, reprĂ©sentant le nĂ©ant, projection graphique du tableau de Schweick.
    Sarabande infernale de zombies en ascension, leur dĂ©ambulation iconique dans l’hĂ´pital dĂ©clenche un malaise pĂ©trifiant, tandis que l’enfer entrouvre ses portes pour laisser libre cours aux rituels meurtriers.
    L’Au-delĂ  empoisonne ses personnages sous l’impulsion d’une entitĂ© fĂ©tide, les confrontant Ă  des phĂ©nomènes surnaturels nonsensiques. La fresque du peintre, mĂ©taphore de l’enfer, n’est finalement que la prĂ©monition de ces suppliciĂ©s que Fulci matĂ©rialise avec une fulgurance sĂ©pulcrale.


    L'Etrange couleur des larmes de ton corps
    En dĂ©pit de la superficialitĂ© des dialogues et d’une direction d’acteurs perfectible — que leur charisme inquiĂ©tant parvient nĂ©anmoins Ă  transcender, L’Au-delĂ  accomplit l’exploit rare de nous livrer l’un des plus beaux poèmes morbides jamais gravĂ©s sur pellicule. 
    Ă€ l’instar de l’opĂ©ra gracile qu’est Suspiria, et Ă  travers la splendeur du nĂ©ant, Fulci parvient Ă  ornementer les pires sĂ©vices du châtiment humain, par le biais d’une fĂ©erie macabre, baignĂ©e dans un climat funèbre aussi Ă©vocateur que lyrique.
    EnvoĂ»tant, angoissant, vĂ©ritablement effrayant (Emilie cernĂ©e par un quatuor de zombies gutturaux, dans l’intimitĂ© de son salon ; le plombier surgissant d’une baignoire pour Ă©nuclĂ©er la domestique),
    L’Au-delĂ  est aussi sublimĂ© par la prĂ©sence suave de Catriona MacCollguidĂ©e ici par l’influence spectrale d’une non-voyante Ă©chappĂ©e des limbes.

    *Bruno . 5èx

    DĂ©dicace Ă  Christina Massart, Mathias Chaput et Boss Ju. 
     
    La critique de JĂ©rĂ´me AndrĂ© Tranchant: VU EN BLURAY. 
    J'ai dĂ©couvert ce long mĂ©trage Ă  9 ans.  Ça m'a traumatisĂ©.  Bien des annĂ©es après,  il m'est toujours difficile de revoir ce classique de l'horreur. 
    Quand Lucio Fulci s'attaque Ă  "L'au-delĂ ", il veut faire du cinĂ©ma total. Pour lui la dĂ©finition du cinĂ©ma total est celle-ci ; sur un scĂ©nario minimaliste créé des scènes et images qui imprime la rĂ©tine. Argento , son concurrent,  avec "Inferno" vient de rĂ©ussir son expĂ©rience de cinĂ©ma total.  Avec "L'au-delĂ ", il va trouver un vecteur Ă  ses visions. 

    Le film dĂ©bute dans une maison en rĂ©novation de la nouvelle OrlĂ©ans.  Au siècle prĂ©cĂ©dent, un peintre a Ă©tĂ© clouĂ© sur une porte et tuĂ© Ă  la chaux vive.  Dans le sous-sol,  il y a un problème de plomberie.  Un plombier va dĂ©couvrir une porte de l'enfer. 

    L'au-delĂ  est une succession de scènes violentes sans discontinuer.  Chaque sĂ©quences est un tableau,  chaque scènes est une vision de l'enfer. Évidemment, Lucio Fulci propose un regard terrible sur la fin d'un monde.  Il n'y a plus d'innocence ni de puretĂ©,  le monde est un chaos putride et horrible. Il n'y a plus d'espoir,  il n'y a que douleur. 

    L'au-delĂ  est une expĂ©rience sensitive et viscĂ©rale.  Le spectateur est plongĂ©e dans un univers de chair et de sang. Ce long mĂ©trage est terriblement dĂ©pressif.  Sa fin est sĂ»rement la plus belle descente aux enfers du cinĂ©ma. La divine comĂ©die de Dante adaptatĂ© pour le cinĂ©ma. Lucio Fulci est en pleine possession de ses moyens.  Il est parvenu Ă  son expĂ©rience de cinĂ©ma total. L'au-delĂ  est son chef-d'oeuvre.


    La critique de Mathias Chaput:
    VĂ©ritable ode Ă  la putrĂ©faction, « l’au-delĂ  » est le meilleur film de Fulci Ă  ce jour…
    DotĂ© d’un onirisme incroyable et omniprĂ©sent (suffit de voir la fin du film pour comprendre que tout ceci n’Ă©tait qu’un rĂŞve !), le spectateur navigue entre irrĂ©el, horreur, angoisse et fascination…
    Tout est relatĂ© merveilleusement, avec des morceaux de bravoure incroyable (notamment les scènes dans l’hĂ´pital) , certaines sĂ©quences tĂ©moignent de l’horreur pure (les araignĂ©es), et les comĂ©diens sont tous bien impliquĂ©s dans leurs rĂ´les, laissant transparaitre leur angoisse et leur incomprĂ©hension face Ă  des phĂ©nomènes qui les dĂ©passent…
    De nos jours, certains le trouveront dĂ©suet et datĂ©, ceci dit il ne faut pas occulter que « L’au-delĂ  » est un pan du cinĂ©ma d’horreur d’auteur, vĂ©ritable pilier, vĂ©ritable renaissance d’un genre Ă  son apogĂ©e vers le dĂ©but des eighties !
    Un film de puriste en somme… pas donnĂ© Ă  tout le monde !
    Dans ce paysage actuel de remakes à tout va, il est parfois bon de se replonger dans les œuvres des maitres, des dieux du gore !
    Et Fulci fait partie de cette catĂ©gorie …
    Certaines mauvaises langues diront que le maestro a pompĂ© religieusement « Shining » (le coup de la chambre) ou « Suspiria » (le chien dĂ©vorant l’aveugle), en attendant il a su insufflĂ© Ă  son mĂ©trage un cĂ´tĂ© Ă©pique et surdimensionnĂ© dans l’horreur ultime !
    ConsidĂ©rons qu’il Ă©tait littĂ©ralement en Ă©tat de grâce et qu’il a accouchĂ© de quelque chose qui se vit, une EXPERIENCE, l’aboutissement d’une carrière donnant naissance Ă  une perle, un morceau cristallin, relĂ©guant tous les autres films du genre au rang infĂ©rieur et marquant la pierre tombale d’un certain cinĂ©ma populaire !
    Surprenant, exerçant une fascination empathique encore maintenant, « L’au-delĂ  » est d’une puissance, d’une beautĂ© et d’un impact hors du commun !!!!
    A voir religieusement…
    10/10 intemporel

    jeudi 17 septembre 2015

    IN THE CUT

                                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ebay.com

    de Jane Campion. 2003. U.S.A/Australie/Angleterre. 1h58. Avec Meg Ryan, Mark Ruffalo, Nick Damici, Jennifer Jason Leigh, Micheal Nuccio, Sharrieff Pugh, Heather Litteer, Patrice O'Neal, Kevin Bacon.

    Sortie salles France: 5 Novembre 2003. U.S: 22 Octobre 2003.

    FILMOGRAPHIE: Jane Campion est une réalisatrice et scénariste néo-zélandaise, née le 30 Avril 1954 à Wellington. 1989: Sweetie. 1990: Un Ange à ma table. 1993: La leçon de piano. 1996: Portrait de Femme. 1999: Holly Smoke. 2003: In the Cut. 2009: Bright Star.


    RĂ©alisatrice reconnue par la critique avec Un Ange Ă  ma Table (Grand Prix du Jury Ă  la Mostra de Venise, 90) et la Leçon de Piano (Palme d'Or, Cannes 93), Jane Campion change de registre en 2003 pour emprunter le mode du thriller avec In the Cut, d'après un roman de Susanne Moore. Prenant pour interprète principale l'illustre Meg Ryan dĂ©voilĂ©e ici sans maquillage dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de son image charmeuse et romantique, Jane Campion nous brosse un portrait de femme indĂ©pendante en perdition. Celle d'une professeur de lettres Ă©garĂ©e entre sa solitude, son passĂ© familial galvaudĂ© et ses rencontres sexuelles sans lendemain. Meg Ryan, quasi mĂ©connaissable, donnant corps Ă  son personnage apathique avec une Ă©motion contenue, une sensibilitĂ© contrariĂ©e et un tempĂ©rament versatile. TĂ©moin malgrĂ© elle des exactions sordides d'un serial-killer dĂ©membrant ses victimes, le dĂ©tective Malloy est contraint de l'interroger, faute du premier crime perpĂ©trĂ© sous la fenĂŞtre de son appartement. Rapidement, Frannie se laisse courtiser par ce dernier pour entamer avec consentement une relation lubrique. Mais l'arrogance du meurtrier Ă  l'affĂ»t de ses dĂ©placements ainsi qu'un 3è crime crapuleux vont bouleverser sa banale quotidiennetĂ©. 


    Thriller singulier dans la forme puisque le film esthétiquement crépusculaire se morfond dans un climat anxiogène indicible, In the Cut est une errance au bout de l'enfer urbain qu'une femme esseulée va emprunter de manière impromptue par sa fragile influence et ses rencontres plus ou moins marginales (si on excepte sa relation intrigante avec l'inspecteur Malloy). Chargé d'un érotisme torride par le biais de séquences charnelles particulièrement sensorielles, l'intrigue oppose les étreintes sexuelles à l'horreur de situations crapoteuses parmi l'errance d'une héroïne facilement malléable. Avec le parti-pris de réfuter les conventions du genre, Jane Campion s'intéresse surtout à fignoler son cadre urbain entaché d'une aura glauque vénéneuse autour de l'évolution ambivalente de Malloy et Franny, communément épris d'idylle entre jeux sexuels et désirs éthérés. Nanti d'un langage parfois cru et même de l'utilisation audacieuse d'inserts X lors d'une séquence clef confinée dans les toilettes d'un bar, la réalisatrice sème trouble et malaise afin de désorienter le spectateur embarqué dans une investigation policière à la progression indécise. Exploitant avec subtilité suspense latent, angoisse palpable et tension sous-jacente, In the Cut hypnotise les sens du spectateur parmi l'habileté machiavélique d'une réalisation auteurisante faisant honneur à l'étude caractérielle (l'identité de l'assassin s'avérant finalement peu louable). Avec son atmosphère aussi glauque que feutrée régie au coeur d'un New-York ombrageux et parmi les motivations lubriques de personnages (seconds-rôles à l'appui !) ne prêtant pas à la quiétude, le spectateur observe cette jungle avec l'impuissance de prêter main forte à notre héroïne vulnérable.


    L'amour en berne
    Angoissant et oppressant, sensuel et provocant, malsain et Ă©prouvant (l'Ă©picentre traumatique s'avère d'une intensitĂ© dramatique aussi rigoureuse que bouleversante !), In the Cut bouscule les habitudes du spectateur impliquĂ© dans un thriller d'un Ă©rotisme instable, de par les frustrations sexuelles et la dĂ©sillusion des protagonistes en dĂ©pit amoureux. Sans doute un des thrillers les plus marquants des annĂ©es 2000 malgrĂ© sa retenue publique. 

    Dédicace à Arnaud Kovac
    Bruno Matéï
    2èx

    mardi 15 septembre 2015

    Tueurs Nés / Natural Born Killers. Grand Prix Spécial du Jury, Mostra de Venise, 1994.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com 

    d'Oliver Stone. 1994. U.S.A. 2h02 (Director's Cut). Avec Woody Harrelson, Juliette Lewis, Tom Sizemore, Tommy Lee Jones, Rodney Dangerfield, Everett Quinton, Jared Harris, Pruitt Taylor Vince, Edie McClurg, Russell Means, Lanny Flaherty, Robert Downey Jr.

    Sortie salles France: 21 Septembre 1994. U.S: 26 Août 1994

    FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 15 septembre 1946 Ă  New-York. 1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: NĂ© un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs NĂ©s, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (tĂ©lĂ©-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible PrĂ©sident, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.


    Film culte Ă  la polĂ©mique tempĂ©tueuse dès sa sortie en raison de sa violence triviale ultra sarcastique, Tueurs NĂ©s traite de ce thème du point de vue psychotique d'un couple de serial-killers engagĂ©s Ă  Ă©radiquer la vie d'autrui avant de succomber Ă  leur romance. Trip expĂ©rimental d'une fulgurance visuelle exubĂ©rante (foisonnance de plans rapides et concis modifiant sans prĂ©venir texture et colorimĂ©trie de l'image !), cocktail au vitriol d'humour noir, d'action cartoonesque et d'ultra violence dĂ©complexĂ©e, Oliver Stone allie l'hyperbole et la surenchère afin de porter en dĂ©rision la schizophrĂ©nie de l'homme hantĂ© par son instinct meurtrier. Ou comment renouer ici avec une libertĂ© Ă©panouie du point de vue immoral de tueurs galvaudĂ©s par leur enfance martyr ! A travers ces Ă©corchĂ©s de la vie incapables de refrĂ©ner leur haine, Oliver Stone en profite pour dĂ©noncer la responsabilitĂ© morale de nos sociĂ©tĂ©s modernes se vautrant dans la vulgaritĂ© avec une complaisance irresponsable via le tube cathodique ! Sur ce point, on peut d'ailleurs prĂ´ner la manière satirique Ă  laquelle le rĂ©alisateur se raille des sitcoms familiales (rajout de rires outrĂ©s en fond sonore afin de mieux manipuler le public et l'inciter Ă  ricaner !) pour vulgariser la jeunesse de Mickey et Mallory ! Retraçant de manière dĂ©bridĂ©e et dans un maelstrom d'images ultra agressives leur Ă©quipĂ©e sauvage avant leur arrestation mĂ©diatique puis leur Ă©vasion,  


    Tueurs NĂ©s se porte en rĂ©quisitoire sur la complicitĂ© des mĂ©dias Ă  engendrer des criminels de masse au travers de leurs Ă©missions sensationnalistes en quĂŞte d'audimat. En l'occurrence, ces reportages racoleurs combinant images d'archives et reconstitution factice afin de glorifier le parcours morbide des tueurs en sĂ©rie les plus scandaleux. La quĂŞte du scoop le plus crapuleux commentĂ© par des journalistes vĂ©reux ayant perdu toute notion de luciditĂ© et de moralitĂ© au sein d'une sociĂ©tĂ© de dĂ©cadence ! Baignant dans un climat perpĂ©tuel de folie furieuse, en martelant notamment le spectateur de mĂ©taphores cauchemardesques Ă©manant des esprits torturĂ©s du couple criminel, Tueurs NĂ©s puise son intensitĂ© et sa fascination par le portrait imparti Ă  sa jungle de dĂ©saxĂ©s. C'est Ă  dire l'ĂŞtre humain conditionnĂ© Ă  refouler sa violence dans une sociĂ©tĂ© civique mais ici contraints de laisser extĂ©rioriser sa dĂ©chĂ©ance animale sous l'influence libertaire d'un couple de tueurs ! Parmi cette posture cabotine et outrancière, les acteurs habitĂ©s par leur rĂ´le s'en donnent Ă  coeur joie dans les exubĂ©rances en roue libre ! Que ce soit Roberft Downey Jr en journaliste cupide subitement rĂ©veillĂ© par l'autonomie de son instinct meurtrier, Tom Sizemore en flic sournois tributaire de sa dĂ©viance sexuelle, Tommy Lee Jones en directeur pĂ©nitentiaire habitĂ© par une dĂ©mence castratrice, Woody Harelson en sommitĂ© criminelle et enfin Juliette Lewis donnant corps Ă  son personnage impavide avec constance inquiĂ©tante et une sensualitĂ© naturelle trouble ! 


    Le Monstre de Frankenstein.
    Film malade habitĂ© par la frĂ©nĂ©sie d'une violence compulsive, farce au vitriol dĂ©nonçant avec dĂ©rision insolente l'ascension de la Real TV (le dĂ©briefing carcĂ©ral et la tuerie qui s'ensuit en direct live !) et la responsabilitĂ© des mĂ©dias et des journalistes en quĂŞte du scoop le plus Ă©hontĂ©, fable cinglante sur le pouvoir de l'image, l'influence de la violence cinĂ©matographique et la fascination morbide Ă©prouvĂ©e pour les serial-killers, Tueurs NĂ©s est une expĂ©rience sensorielle sous impulsion reptilienne. Une catharsis en somme au tueur qui sommeille en chacun de nous !

    *Bruno
    4èx. 19.07.2024. Vostfr. Director's Cut. 

    Récompenses: Mostra de Venise 1994, Grand prix spécial du jury et Prix Pasinetti de la meilleure actrice pour Juliette Lewis

    lundi 14 septembre 2015

    FIRESTORM

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chinesemov.com

    "Fung Bu" de Alan Yuen. 2013. Hong-Kong/Chine. 1h49. Avec Andy Lau, Gordon Lam, Ka-Tung, Yao Chen, Jacqueline Chan.

    Sortie salles Hong-Kong: 19 Décembre 2013

    FILMOGRAPHIE: Alan Yuen est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur chinois
    1994: Ai qing jia you shan. 2002: Seung Fei. 2013: Firestorm.


    Polar d'action co-produit entre la Chine et Hong-Kong, Firestorm reprend le concept de base d'un modèle du genre, Heat de Michael Mann pour les rĂ©currents agissements de braqueurs professionnels s'en prenant Ă  des camions de transport de fond parmi des moyens disproportionnĂ©s (outre leur artillerie militaire, la sĂ©quence d'ouverture utilise de manière inĂ©dite une grue afin de dĂ©sosser un fourgon blindĂ© !).


    Il s'agit donc d'une incessante rivalitĂ© entre ces derniers et les forces de l'ordre que nous relate fĂ©brilement Alan Yuen, quand bien mĂŞme sous argument corrupteur, le hĂ©ros principal (l'inspecteur Yan Bin qu'endosse avec aigreur charismatique Andy Lau) est entachĂ© d'une justice aussi sournoise qu'expĂ©ditive pour maĂ®triser ses assassins. Si le scĂ©nario n'apporte rien de neuf pour son incessant jeu de chat et de la souris entre flics et truands sans pitiĂ© Spoil ! (un gosse y trinque sous les yeux impuissants du paternel !) fin du Spoil, l'Ă©nergie de la mise en scène, l'habile dosage des sĂ©quences d'actions aussi spectaculaires qu'inventives et l'ambiguĂŻtĂ© du hĂ©ros prĂŞt Ă  braver sa profession pour Ă©radiquer le Mal insuffle une redoutable efficacitĂ© au cheminement narratif. En parallèle, Alan Yuen s'intĂ©resse Ă©galement Ă  mettre en appui la tentative de rĂ©demption d'un second-rĂ´le en sursis, un jeune ex-taulard partagĂ© entre le dĂ©sir de renouer avec sa marginalitĂ© et celui de se racheter une conduite afin de rĂ©cupĂ©rer l'amour de sa compagne. MenĂ© sans rĂ©pit car surtout dĂ©diĂ© Ă  l'impact homĂ©rique des fusillades sanglantes, règlements de compte, poursuites effrĂ©nĂ©es en vĂ©hicule et confrontation finale au paroxysme de l'apocalypse (stratĂ©gie d'attaque catastrophiste Ă  l'appui !), Firestorm n'oublie pas de provoquer l'Ă©motion parmi la caractĂ©risation humaine d'un flic en voie de perdition morale depuis la mort d'un acolyte. Parmi la dramaturgie d'un Ă©vènement aussi brutal, Firestorm gagne donc en intensitĂ© tout en portant un regard subversif Ă  l'identitĂ© de son personnage obnubilĂ© Ă  l'idĂ©e d'Ă©radiquer ses assassins quelqu'en soit les moyens requis, quand bien mĂŞme l'empathie Ă©prouvĂ©e pour son indic progressera lorsque ce dernier tentera une bravoure de dernier ressort.


    Se clĂ´turant par le chaos d'une confrontation furieusement belliqueuse en plein centre urbain (comptez 20 bonnes minutes de pyrotechnie Ă  feu et Ă  sang !), Firestorm exploite habilement l'esbroufe Ă  l'aide d'une virtuositĂ© gĂ©omĂ©trique et l'intensitĂ© narrative d'une guerre de clans parmi l'autoritĂ© vĂ©reuse d'un anti-hĂ©ros obsĂ©dĂ© par sa justice criminelle. 

    Dédicace à Jean Michel Micciche.
    Bruno Matéï

    vendredi 11 septembre 2015

    MONSTER BOY: HWAYI

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Jang Joon-Hwan. 2013. Corée du Sud. 2h06. Avec Yeo Jin-goo, Kim Yoon-seok, Cho Jin-Woong, Jang Hyun-sung, Kim Sung-Kyun, Park Hae-Joon.

    Sortie salles Corée du Sud: 9 Octobre 2013. Sortie Dvd France: 29 Octobre 2014

    FILMOGRAPHIE: Jan Joon-Hwan est un réalisateur et scénariste coréen.
    2003: Jigureul jikyeora ! 2010: Kamelia (segment "Love for Sale"). 2013: Monster Boy


    ConcentrĂ© d'action et d'ultra violence aussi sardonique que cruelle, Monster Boy fait office de descente aux enfers du point de vue d'un adolescent embrigadĂ© dès son enfance par des braqueurs pour tenir lieu de rançon. Après avoir Ă©tĂ© confinĂ© au fond d'une cave durant son enfance puis ayant parvenu Ă  canaliser ses visions hallucinatoires d'un monstre tapi dans l'ombre, Hwayi est aujourd'hui enrĂ´lĂ© pour devenir un tueur mĂ©thodique sous son apprentissage parental. Mais au moment de sa première effraction chez un particulier, une rĂ©vĂ©lation inopinĂ©e va totalement bouleverser la donne et le substituer en ange exterminateur. Polar aussi tranchant qu'une lame de rasoir pour son parti-pris insolent d'illustrer les exactions meurtrières d'une famille dysfonctionnelle au passĂ© galvaudĂ©, Monster Boy aborde les thĂ©matique de la dĂ©mission parentale, l'enfance maltraitĂ©e, la perte de l'innocence et la vengeance par le conditionnement d'un adolescent en voie de mutation. Ou comment parvenir Ă  se fondre dans la peau d'un tueur sans vergogne après avoir rĂ©ussi Ă  dompter le monstre qui sommeille en nous ! L'Ă©veil et l'Ă©quilibre de la maturitĂ© Ă©tant ici compromis par une Ă©thique nihiliste de perpĂ©trer le Mal sans justification. 


    EmaillĂ© de sĂ©quences surrĂ©alistes pour la caractĂ©risation graphique d'une crĂ©ature haineuse, Monster Boy bouscule nos habitudes par le biais d'une ambiance aussi survoltĂ©e que rĂ©aliste, notamment avec l'appui d'une violence sournoise et la personnalitĂ© dĂ©calĂ©e d'antagonistes victimes Spoil ! de leur condition orpheline fin du Spoil. Poignant Ă  plus d'un titre, notamment pour l'intensitĂ© dramatique de sa dernière partie, l'intrigue oscille efficacement les règlements de compte sanglants, courses-poursuites et bastonnades autour des agissements punitifs d'un adolescent en crise identitaire. La vigueur brutale qui Ă©mane de sa rancune et la vĂ©locitĂ© de la camĂ©ra nous entraĂ®nant dans une vertigineuse spirale de violence toujours plus pernicieuse pour ceux qui s'y morfondent ! Outre sa facture homĂ©rique d'exploiter des scènes d'actions Ă  la chorĂ©graphie virtuose, Monster Boy privilĂ©gie autant la rĂ©flexion sur l'engrenage et l'endoctrinement de la violence (vaincre la peur pour prendre ici la place du monstre que l'on combattait !) tout en fustigeant la responsabilitĂ© parentale destituĂ©e de pĂ©dagogie et de nobles valeurs. La caractĂ©risation psychologique de Hwayi en requĂŞte identitaire s'avĂ©rant toujours plus bouleversante sous l'impulsion nĂ©vralgique de l'Ă©tonnant Yeo Jin-Goo. On peut Ă©galement saluer la prestance habitĂ©e de Kim Yoon-seok (dĂ©jĂ  fulgurant en meurtrier crapuleux dans Sea Fog !) endossant avec flegme viscĂ©ral et ambiguĂŻtĂ© morale une figure paternelle aussi traumatisĂ©e d'un passĂ© martyr. 


    Emotionnellement foudroyant pour ses Ă©clairs d'ultra-violence dĂ©complexĂ©e, son action Ă©pique et sa dramaturgie en chute libre, Monster Boy dresse, non sans une certaine dĂ©rision vitriolĂ©e, le portrait aliĂ©nant d'une famille dysfonctionnelle noyĂ©e par leur dĂ©chĂ©ance immorale depuis leur condition de dĂ©rĂ©liction. Cri d'alarme contre les consĂ©quences de la dĂ©mission parentale engendrant la haine de leur progĂ©niture, Monster Boy dĂ©gage un humanisme dĂ©sespĂ©rĂ© sous l'appui symbolique de l'Ange du Mal. 

    Dédicace à Jean Marc Micciche
    Bruno Matéï

    jeudi 10 septembre 2015

    HYENA. Prix du Jury au Festival de Beaune, 2015.

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dailymars.net

    de Gérard Johnson. 2014. Angleterre. 1h52. Avec Peter Ferdinando, Stephen Graham, MyAnna Buring, Elisa Lasowski, Neil Maskell, Richard Dormer, Tony Pitts, Mehmet Ferda.

    Sortie salles France: 6 Mai 2015. Interdit aux - de 16 ans.

    FILMOGRAPHIE: Gerard Johnson est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le
    2009: Tony. 2014: Hyena.


    Polar choc venu d'Angleterre alors qu'il s'agit de la seconde rĂ©alisation de Gerard Johnson, Hyena enthousiasma tant les festivaliers de Beaune qu'il repartit avec le Prix du Jury, sans compter ses rĂ©compenses attribuĂ©es Ă  Sitges pour celui du Meilleur Film et au Festival europĂ©en des Arcs pour celui du Meilleur Acteur que Peter Ferdinando endosse avec une vĂ©ritĂ© sinistrĂ©e ! Uppercut Ă©motionnel d'une grande intensitĂ© pour le cheminement de perdition qu'une poignĂ©e de flics corrompus s'adonne alors que leur leader tentera en dĂ©sespoir de cause une quĂŞte de rĂ©demption, Hyena fait l'effet d'un mauvais trip pour la verdeur de son rĂ©alisme poisseux. Glauque et viscĂ©ralement malsain, l'ambiance tĂ©nĂ©breuse que Gerard Johnson parvient Ă  rĂ©gir autour de ses tĂ©moins galeux nous ensorcelle parmi la scĂ©nographie d'une citĂ© urbaine en dĂ©crĂ©pitude.


    SurveillĂ© par l'autoritĂ© de ses supĂ©rieurs sur le point de le coffrer pour corruption et meurtre, et menacĂ© de mort par deux tueurs albanais qu'il tente maladroitement de coffrer, (des frères impliquĂ©s dans le trafic de came et traite des blanches), l'officier Michael Logan magnĂ©tise l'Ă©cran de sa prĂ©sence anxiogène oĂą l'ombre de la dĂ©route semble planer sur ses Ă©paules. Accro Ă  la coke, portant peu d'affection Ă  sa compagne et toujours plus nĂ©crosĂ© par ses trafics en tous genres, ce dernier s'efforce dans un regain de conscience Ă  daigner porter secours auprès d'une albanaise rĂ©duite Ă  l'esclavage. Avec souci de rĂ©alisme d'une mise en scène personnelle tantĂ´t expĂ©rimentale, tantĂ´t stylisĂ©e, le rĂ©alisateur nous plonge dans cet univers de crime, d'extorsion et de corruption sous l'impulsion du flic ripou en instance de survie. Si le scĂ©nario dĂ©jĂ  vu n'apporte pas vraiment de nouveautĂ© pour les règlements de compte, trahisons et filatures que se disputent police et pègre, la manière scrupuleuse dont le cinĂ©aste dresse le portrait aride de ces marginaux burnĂ©s et l'introspection accordĂ©e aux Ă©tats d'âme de l'officier nous fascine de façon contemplative. Notamment en accordant le bĂ©nĂ©fice de l'empathie pour les consĂ©quences dramatiques de sa dĂ©chĂ©ance morale et de son soutien hĂ©roĂŻque auprès de l'albanaise. Si les âpres Ă©clairs de violence qui traversent l'intrigue impressionnent durablement la mĂ©moire, la manière retorse dont Gerard Johnson l'exploite Ă©lude tout effet de sensationnalisme, notamment avec le parti-pris d'un rĂ©alisme baroque parfois stylisĂ© d'effets de ralenti ! 


    ExpĂ©rience sordide de polar dĂ©pressif oĂą flics ripoux et mafieux albanais se bafouent l'autoritĂ© sans aucune vergogne, Hyena est une plongĂ©e vertigineuse au coeur de la bassesse humaine. Avec sa rĂ©alisation auteurisante et ces trognes burinĂ©es d'une interprĂ©tation hors pair, Gerard Johnson parvient miraculeusement Ă  rĂ©inventer le classicisme de sa narration parmi la photogĂ©nie crĂ©pusculaire d'une citĂ© urbaine mĂ©phitique. Avec l'appui de son esprit nihiliste et iconoclaste, une grosse majoritĂ© de spectateurs sortiront nĂ©anmoins frustrĂ©s d'un Ă©pilogue aussi elliptique ! PrĂ©parez vous donc Ă  la douche froide ! 

    Bruno Matéï

    Récompenses: Prix du jury au Festival du film policier de Beaune en 2015
    Meilleur film Ă  FantĂ stic Orbita de Sitges Film Festival 2014 
    Meilleur Acteur (Peter Ferdinando) au Festival EuropĂ©en des Arcs 

    mercredi 9 septembre 2015

    SEA FOG

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    "Haemoo" de Shim Sung-bo. 2014. Corée du Sud. 1h56. Avec Kim Yoon-seok, Park Yoo-chun, Han Ye-ri.

    Sortie salles France: 1er Avril 2015. Corée du Sud: 13 Août 2014

    FILMOGRAPHIE:  Shim Sung-bo est un scĂ©nariste (Memories of Murder, 2003) et rĂ©alisateur sud-corĂ©en. 2014: Sea Fog.


    Première rĂ©alisation de Shim Sung-ho, scĂ©nariste de Memories or murder, Sea Fog aborde le thème (on ne peut plus actuel !) de la situation des migrants Ă  travers un pĂ©riple maritime en perdition. Le film, sans concession par son climat aussi malsain qu'Ă©touffant, provoque d'autant plus le malaise qu'il s'inspire d'une histoire vraie ! Parce qu'il est sur le point de perdre son emploi, un capitaine propose Ă  son Ă©quipage d'accepter d'embarquer des migrants chinois en toute illĂ©galitĂ©. Par la cause d'une dĂ©faillance technique, leur transaction converge Ă  une impitoyable descente aux enfers. 


    Introspection au coeur de la turpitude humaine, épreuve de force morale pour la survie, jeu de massacre entre un équipage cupide corrompu par leurs bas instincts de dernier ressort, Sea Fog est un drame horrifique d'une intensité éprouvante. De par le réalisme sordide alloué à la déchéance d'une équipe de prolétaires contraints d'enfreindre la loi afin de préserver leur précarité professionnelle, Shim Sung-ho insuffle un malaise toujours plus tangible au fil de leur dérive meurtrière en chute libre. Ce dernier prenant soin de structurer une intrigue machiavélique autour de leurs exactions où chacun des membres de l'équipage ne comptera finalement que sur leur libre arbitre afin de rester en vie et fuir leur responsabilité. Outre le portrait méprisable alloué à la nature humaine, la force de l'intrigue résidant également dans la tension d'une progression de suspense quant à la situation alarmiste octroyée à une clandestine planquée sous la salle des machines. En filigrane, et avec une pudeur sensible aussi lyrique que bouleversante, le cinéaste prenant soin de nous attacher à la survie de cette candide rescapée éprise d'affection pour un jeune matelot. Autour de leur faible enjeu de survie où l'injustice des règlements de compte s'avère toujours plus abrupt, l'intrigue converge vers une tournure dramatique au dénouement indécis. A savoir si la rédemption amoureuse pourrait vaincre la mort et parvenir à leur faire oublier l'expérience traumatique.


    Drame horrifique jusqu'au-boutiste sur fond de romance Ă  l'humanisme affligĂ©, Sea Fog empreinte le canevas de l'oeuvre choc sans misĂ©rabilisme ni complaisance. Shim Sung-ho illustrant âprement un constat aussi Ă©difiant que pessimiste sur la nature humaine lorsque l'homme est contraint de transgresser la loi pour l'unique enjeu de sa survie. A travers ce pĂ©riple morbide oĂą la fonction des immigrants n'est qu'un bĂ©nĂ©fice de gain, le cinĂ©aste pointe du doigt l'irresponsabilitĂ© des passeurs Ă  oser braver risques et prĂ©judice. Une Ă©preuve d'autant plus bouleversante pour la rĂ©alitĂ© sociale de son thème d'actualitĂ© que Shim Sung-ho dĂ©peint scrupuleusement avec une sensibilitĂ© sans Ă©chappatoire. 

    Dédicace à Cid Orlandu et Jean Marc Micciche.
    Bruno Matéï

    mardi 8 septembre 2015

    DRACULA CONTRE FRANKENSTEIN

                                                                               Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

    "Los Monstruos Del Terror" de Hugo Fregonese et Tulio Demicheli. 1970. Espagne/Allemagne. 1h27. Avec Paul Naschy, Patty Shepard, Craig Hill, Michael Rennie, Karin Dor.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Tulio Demicheli est un réalisateur, scénariste et producteur espagnol, né le 15 Août 1914 en Argentine, décédé le 25 Mai 1992 à Madrid, Espagne.
    1966: Deux garces pour un tueur. 1970: Dracula contre Frankenstein. 1972: Les 2 visages de la peur.
    Hugo Fregonese est un réalisateur, acteur et scénariste espagnol né le 8 Avril 1908 en Argentine, décédé le 17 Janvier 1987. 1973 La mala vida. 1970: Dracula contre Frankenstein (non crédité). 1966: La pampa sauvage. 1964: Les cavaliers rouges. 1964: Les rayons de la mort du Dr. Mabuse. 1962/I: Marco Polo (US version). 1958: Harry Black et le tigre. 1957: Les sept tonnerres. 1957: La spada imbattibile. 1956: I girovaghi. 1950: L'impasse Maudite.


    Production hispano-germanique dĂ©butĂ©e par le cinĂ©aste Hugo Fregonese puis finalisĂ© par Tulio Demicheli, faute de moyens financiers en berne, Dracula contre Frankenstein s'inspire Ă©minemment de la zĂ©derie de Ed Wood, Plan nine from outer space considĂ©rĂ© comme l'ofni le plus nul de tous les temps ! Des extra-terrestres prenant notre apparence humaine dĂ©barquent sur terre et s'installent dans un château afin de parfaire leur odieux stratagème. C'est Ă  dire exhumer de leur tombe les monstres les plus cĂ©lèbres de nos superstitions (Frankenstein, Dracula, le Loup-garou et la Momie) pour envahir notre monde. Mais un inspecteur enquĂŞtant sur la disparition de jeunes filles va tenter de dĂ©jouer leur improbable complot ! Titre français fallacieux s'il en est, puisque Ă  aucun moment de l'histoire nos deux monstres notoires viennent improviser un quelconque pugilat, Dracula contre Frankenstein est une aberration filmique aujourd'hui exhumĂ©e de l'oubli chez nos Ă©diteurs d'Artus Films. Les mauvaises langues pourraient d'ailleurs gentiment s'en railler en prĂ©tendant le contraire, Ă  savoir qu'il aurait mieux valu qu'il reste inhumĂ© dans les limbes du silence !


    Nanti d'un faible budget, eu Ă©gard des dĂ©cors minimalistes du sombre manoir terni d'une photo dĂ©colorĂ©e, cette sĂ©rie Z s'efforce de ressusciter les monstres de notre enfance sous l'impulsion d'une poignĂ©e d'acteurs inexpressifs mais convaincus de leur stature horrifiante ! TraitĂ© avec un sĂ©rieux contractĂ© comme le prĂ©tendent ces derniers, l'intrigue saugrenue de cette mascarade provoque successivement consternation et sourire amusĂ© face Ă  un contexte aussi ubuesque oĂą les monstres sĂ©culaires de nos mythologies reviennent Ă  la vie sous l'obĂ©dience d'une dictature extra-terrestre ! DĂ©ambulant dans le château en guise d'ennui et avec dĂ©sir innĂ© de vivre leur indĂ©pendance, nos crĂ©atures sont nĂ©anmoins contraintes de tester leur compĂ©tence physique sur des cobayes (tout en se provoquant mutuellement) sous l'autoritĂ© du savant extra-terrestre. Mais parmi ces crĂ©atures malfaisantes, Waldemar Daninsky (campĂ© avec sobriĂ©tĂ© par l'inĂ©narrable Paul Naschy !), Ă©pris d'aigreur et d'insurrection pour sa condition esclave de lycanthrope et fĂ©ru d'amour pour une secrĂ©taire, songe au suicide après avoir tenter de s'Ă©vader depuis les cruelles expĂ©riences de son maĂ®tre. Pendant ce temps, un inspecteur sur le qui-vive se rapproche un peu plus du repère du Docteur Warnoff (maĂ®tre d'oeuvre de cette rĂ©surrection folklorique !) depuis le kidnapping de sa propre dulcinĂ©e. Nanti d'un rythme assez sporadique pour la conduite dĂ©sordonnĂ©e du rĂ©cit multipliant incohĂ©rences et situations horrifiques sans ressort dramatique, Dracula contre Frankenstein se suit modestement comme un dĂ©lire d'inepties en roue libre avant que le loup-garou ne se porte garant d'une rĂ©demption hĂ©roĂŻque !


    Le loup-garou contre la Momie, Frankenstein et Dracula
    SĂ©rie Z ombrageuse sauvĂ©e par l'hĂ©rĂ©sie d'une intrigue saugrenue constamment impromptue et par la fantaisie archaĂŻque des monstres au faciès "Paella", Dracula contre Frankenstein Ă©veille un intĂ©rĂŞt gentiment ludique pour les inconditionnels de bisserie atypique (Ă  l'instar de cette opĂ©ration du coeur pratiquĂ©e sur Waldemar afin de l'exhumer de sa torpeur !).   

    Bruno Matéï

    lundi 7 septembre 2015

    BIG RACKET

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineforum-clasico.org

    "Il grande racket". de Enzo G. Castellari. 1976. Italie. 1h44. Avec Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Orso Maria Guerrini, Glauco Onorato, Marcella Michelangeli, Romano Puppo, Antonio Marsina, Salvatore Borghese.

    Sortie salles France: 2 Août 1978

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Enzo G. Castellari est un réalisateur, scénariste, acteur, monteur et producteur italien, né le 29 Juillet 1938 à Rome (Italie).
    1967: Je vais, je tire et je reviens. 1968: Django porte sa croix. 1968: 7 Winchester pour un massacre. 1968: Tuez les tous... et revenez seul ! 1973: Le Témoin à abattre. 1976: Keoma. 1976: Big Racket. 1977: Une Poignée de salopards. 1977: Action Immédiate. 1979: La Diablesse. 1979: Les Chasseurs de Monstres. 1981: La Mort au Large. 1982: Les Nouveaux Barbares. 1982: Les Guerriers du Bronx. 1983: Les Guerriers du Bronx 2. 1987: Striker. 1987: Hammerhead. 1997: Le Désert de Feu.


    Pur film d'exploitation surfant sur la vague des Vigilante Movies initiĂ©s par l'Inspecteur Harry et Un Justicier dans la ville, Big Racket tire parti de son attraction grâce Ă  l'efficacitĂ© de sa mise en scène exploitant nerveusement les sĂ©quences de gunfights sur un rythme mĂ©tronomique, notamment avec l'appui du montage calibrĂ©. 


    Enzo G. Castellari s'avĂ©rant particulièrement inspirĂ© Ă  chorĂ©graphier ces règlements de compte par le biais d'une violence spectaculaire n'hĂ©sitant pas parfois Ă  la vulgariser. De par la posture rĂ©actionnaire (et suicidaire) de justiciers aveuglĂ©s par leur dĂ©chĂ©ance meurtrière (l'un d'eux n'hĂ©sitera pas Ă  blesser son rival de plusieurs balles avant de froidement l'assassiner !) et la dĂ©rive perverse d'un quatuor de malfrats adeptes du viol en rĂ©union (une des deux sĂ©quences d'agression sexuelle s'avère assez dure pour le rĂ©alisme imparti aux clameurs d'une innocente mineure, mĂŞme si le hors-champs dĂ©samorce graphiquement l'horreur des sĂ©vices). Si l'intrigue canonique (pour dĂ©clarer la guerre Ă  la mafia, un flic dĂ©chu de ses fonctions dĂ©cide de fonder une milice avec le soutien de parents de dĂ©funts) fait preuve d'idĂ©ologie irresponsable et ne sert que de prĂ©texte Ă  surenchĂ©rir l'action, le savoir-faire de son auteur de nous tenir constamment en haleine parvient Ă  transcender ses facilitĂ©s en jouant la carte dĂ©complexĂ©e du western urbain. Outre le caractère ludique de ses affrontements belliqueux que s'imposent insatiablement flics et pègre, Big Racket est Ă©galement servi par un casting de seconde zone des plus attachants. Des trognes burinĂ©es d'acteurs italiens complètement impliquĂ©s dans leur fonction criminelle (et)ou justicière, quand bien mĂŞme les rĂ©parties cocasses de Vincent Gardenia viennent un peu dĂ©tendre l'atmosphère dans son statut affable d'indic en semi-retraite. Des seconds rĂ´les insufflant un bel entrain Ă  leur cohĂ©sion rebelle quand bien mĂŞme Fabio Testi mène sa hiĂ©rarchie officieuse avec le flegme autoritaire d'un flic en insurrection.    


    NaĂŻf et rĂ©actionnaire pour l'idĂ©ologie primaire d'une justice expĂ©ditive, Big Racket est transcendĂ© par la dĂ©rision d'un faiseur de Bis adepte d'une sĂ©rie B d'exploitation ludique sous l'impulsion d'une poignĂ©e d'acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les expressions bellicistes. Si sa violence parait aujourd'hui un brin dĂ©suète (son interdiction au moins de 18 ans peut aujourd'hui ĂŞtre levĂ©e), la vigueur spectaculaire qui Ă©mane des canardages n'a rien perdu de son ressort jouissif au point de concurrencer la modernitĂ© de nos films d'action numĂ©risĂ©s. 

    Remerciement Ă  Artus Film.
    Bruno Matéï

    jeudi 3 septembre 2015

    CANNIBAL FEROX


    d'Umberto Lenzi. 1981. Italie. 1h36. Avec Giovanni Lombardo Radice, Lorraine De Selle, Robert Kerman, Danilo Mattei, Zora Kerova, Walter Lucchini.

    Sortie salles France: 16 Juin 1982. Italie: 24 Avril 1981. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie en salles.

    FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie).
    1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


    Pur produit d'exploitation typiquement transalpin, Cannibal Ferox surfe sur le succès du scandaleux Cannibal Holocaust un an après que le classique de Deodato eut Ă©claboussĂ© les Ă©crans dans des versions tronquĂ©es. RĂ©alisĂ© par Umberto Lenzi qui fut l'initiateur du genre en 1972 avec Au pays de l'Exorcisme, Cannibal Ferox fut interdit dès sa sortie dans 31 pays en raison de son extrĂŞme violence et de ces sĂ©quences snufs animalières (honteusement) familières au sous-genre. Si la plupart des films de cannibales avait dĂ©jĂ  provoquĂ© un tollĂ© de rĂ©probation de la part du public et des dĂ©fenseurs de la cause animale, Cannibal Ferox continue de se complaire dans la mise Ă  mort rĂ©elle d'animaux avec une gratuitĂ© triviale. En dehors du dĂ©goĂ»t viscĂ©ral que provoque inĂ©vitablement ses châtiments cruels pris sur le vif, le film parvient tout de mĂŞme Ă  nous "distraire" dans son format de sĂ©rie B/Z exploitant avec une certaine efficacitĂ© l'aventures et l'horreur crapoteuse par le biais d'une intrigue fertile en pĂ©ripĂ©ties. 


    En gros, une Ă©quipe d'Ă©tudiants en anthropologie prĂ©parant une thèse sur la cannibalisme dĂ©cident de se rendre en Amazonie afin de prouver que cette pratique indigène n'Ă©tait qu'une lĂ©gende. Durant leur pĂ©riple, ils font la rencontre de deux trafiquants de drogue dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver des Ă©meraudes au fin de fond de la jungle. Parmi ce duo suspicieux, le leader cocaĂŻnomane s'avère un psychopathe sans vergogne multipliant les intimidations meurtrières auprès d'une tribu autochtone. Si cette intrigue conventionnelle n'accorde aucune surprise quant au cheminement de survie des protagonistes fatalement pourchassĂ©s par des indigènes revanchards depuis leurs sauvages exactions, Cannibal Ferox puise son intĂ©rĂŞt dans le dĂ©paysement de sa scĂ©nographie vĂ©gĂ©tative au rythme de scènes de poursuites et de fugue que nos protagonistes doivent encourir afin de rester en vie. On peut aussi relever l'ironie finale du rĂ©alisateur Ă  mettre en appui l'hypocrisie de l'anthropologie lorsque l'unique survivante primĂ©e d'un diplĂ´me de docteur Ă  l'universitĂ© de New-York est contrainte de feindre Ă  ses professeurs que le cannibalisme n'Ă©tait qu'un mythe ! Mais le clou du spectacle, si escomptĂ©, se rĂ©vèle bien entendu les moments gores de mises Ă  mort cruelles intentĂ©es sur les ĂŞtres humains. Les multiples sĂ©vices infligĂ©s sur les indigènes et (anti)hĂ©ros s'avĂ©rant assez impressionnants de rĂ©alisme grâce Ă  l'habiletĂ© du montage et des maquillages Ă©laborĂ©s par Giuseppe Ferranti. A l'instar des seins d'une jeune femme suspendus par des crochets, de l'Ă©masculation suivie d'un scalp (en gros plan) d'un prisonnier et de l'Ă©nuclĂ©ation d'un indigène sans dĂ©fense ! Si la plupart des acteurs cabotins offre le minimum syndical pour leur prestance superficielle d'expĂ©diteurs apeurĂ©s, Giovanni Lombardo Radice parvient Ă  s'extraire du lot pour son rĂ´le erratique de tortionnaire pervers (Ă  la moindre occasion il n'hĂ©site pas Ă  parfaire ses dĂ©lires morbides tout en influençant l'une de ses proches !) prĂŞt Ă  trahir les siens afin de s'extraire de l'enfer vert ! 


    DĂ©nuĂ© de suspense et d'intensitĂ© pour les enjeux de survie et la fonction alimentaire des personnages, notamment faute d'un scĂ©nario Ă©culĂ© inspirĂ© de Cannibal Holocaust, Cannibal Ferox fait aujourd'hui office de curiositĂ© Bis par son aspect attachant de film d'aventures horrifiques menĂ© sur un rythme soutenu. Du Grindhouse transalpin de (bon) mauvais goĂ»t sauvĂ© par l'audace de son ambiance malsaine oĂą des marginaux peu recommandable vont finalement servir de dĂ®ner anthropophage parmi des sĂ©quences mĂ©morables de châtiment rustre.    

    La Chronique de Cannibal Holocaust: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/07/cannibal-holocaust.html

    Bruno Matéï
    3èx 


    mercredi 2 septembre 2015

    THE AGE OF ADALINE

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lajupettedejeannette.com

    de Lee Toland Krieger. 2015. U.S.A. 1h55. Avec Blake Lively, Michiel Huisman, Kathy Baker, Harrison Ford, Ellen Burstyn, Amanda Crew, Richard Harmon, Mark Ghanimé.

    Sortie salles France: 22 Mai 2015 en video. U.S: 24 Avril 2015

    FILMOGRAPHIE: Lee Toland Krieger est un scénariste et réalisateur américain.
    2006: December Ends. 2009: The Vicious Kind. 2012: Celeste and Jesse Forever. 2015: Adaline.


    Honteusement banni de nos salles pour être directement passé par la case DTV, The Age of Adeline empreinte les thématiques universelles de l'amour, la solitude et la vieillesse avec une pudeur inattendue pour le genre romantique. L'intrigue érigée en conte de fée illustrant le cheminement existentiel d'une jeune fille de 29 ans incapable de vieillir corporellement depuis un grave accident de voiture. Alors qu'elle se jure de renoncer à l'amour une seconde fois, Adaline se laisse finalement séduire par un affable inconnu, Spoil ! au moment même où ressurgit l'obscur passé de sa première idylle Fin du Spoil.


    Romance prude oĂą se conjugue subtilement la science-fiction (stellaire) et sa poĂ©sie qui en Ă©mane, The Age of Adeline s'entreprend de narrer avec souci de maturitĂ© et vibrante Ă©motion une magnifique histoire d'amour oĂą chaque personnage insuffle une belle densitĂ© psychologique dans leur tourment sentimental. Faute de la condition maudite de notre hĂ©roĂŻne destinĂ©e Ă  se morfondre dans la solitude depuis le fardeau de sa jeunesse Ă©ternelle, Adaline est condamnĂ©e Ă  se reclure afin d'Ă©pargner la souffrance de l'ĂŞtre aimĂ© destinĂ© Ă  vieillir naturellement. PrivilĂ©giant la sobriĂ©tĂ© d'une Ă©motion contenue et l'art de conter sa romance Ă©purĂ©e, Lee Toland Krieger nous livre une fable sur la candeur de la vieillesse lorsque deux ĂŞtres sont destinĂ©s Ă  la longĂ©vitĂ© amoureuse. Notamment cet Ă©quilibre moral d'ĂŞtre parvenu Ă  combler l'ĂŞtre aimĂ© dans le respect des sentiments et de la sincĂ©ritĂ©. En Ă©pargnant intelligemment le pathos et la mièvrerie dans lequel le rĂ©cit aurait facilement basculĂ©, le cinĂ©aste compte autant sur la spontanĂ©itĂ© de comĂ©diens renversants de naturel pour nous Ă©mouvoir avec une intensitĂ© imprĂ©visible ! Blake Lively (Savages, Green Lantern) livrant avec justesse une composition fragile de cĂ©libataire aguerrie, compromise entre ses Ă©motions contradictoires Ă  se laisser gagner par l'amour ou Ă  le fuir afin d'Ă©pargner au conjoint sa malĂ©diction improbable. Si Michiel Huisman lui partage la vedette avec une belle retenue en philanthrope inscrit dans la sincĂ©ritĂ© des sentiments, le vĂ©tĂ©ran Harrison Ford lui dĂ©robe la vedette dans sa posture confuse d'Ă©poux septuagĂ©naire Spoil ! subitement Ă©branlĂ© par une rencontre alĂ©atoire ! Fin du Spoil. Enfin, c'est avec une Ă©motion Ă©lĂ©giaque que l'on retrouve l'illustre Ellen Burstyn (l'Exorciste, Requiem for a Dream) pour son apparition secondaire de maman octogĂ©naire fĂ©rue de vitalitĂ© empathique pour sa progĂ©niture !


    Hymne Ă  l'amour passionnel et Ă  la dignitĂ© de la vieillesse, mĂ©taphore sur la peur de l'engagement et la crainte d'aimer, fable sur la symĂ©trie naturelle du temps, The Age of Adaline parvient Ă  sĂ©duire et bouleverser sans jamais prĂ©mĂ©diter une structure Ă©motive convenue. Outre la poĂ©sie candide de ses images mystiques renforcĂ©es d'une photo Ă©purĂ©e, le magnĂ©tisme naturel des comĂ©diens est autant Ă  prĂ´ner, comme le souligne la prĂ©sence bouleversante d'Harrison Ford et la personnalitĂ© torturĂ©e de Blake Lively parvenant aussi Ă  nous tirer les larmes par le biais d'une simple tige de cheveu ! 

    Remerciements Ă  Pascal Frezzato et Olivier le Docteur.
    Bruno Matéï

    La critique de Gilles Rolland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-adaline