mardi 8 août 2017

LES VIERGES DE SATAN

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kinoscript.com

"The Devil Rides Out" de Terence Fisher. 1968. Angleterre. 1h35. Avec Christopher Lee, Charles Gray, Nike Arrighi, Leon Greene, Patrick Mower, Gwen Ffrangcon Davies.

Sortie salles Angleterre: 20 Juillet 1968. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville. 1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Enième réalisation de l'éminent Terence Fisher pour le compte de la Hammer, Les Vierges de Satan exploite les thèmes en vogue (la même année sort Rosemary's Baby !) du satanisme, de la magie noire et de l'hypnotisme avec une efficacité symétrique. Car en dépit d'un pitch minimaliste ne cessant d'alterner stratégies d'attaque et contre-attaques entre survivants reclus dans leur vaste demeure et un redoutable sorcier féru de sacrifice, les Vierges de Satan s'avère formidablement ludique sous l'autorité d'un cinéaste coordonnant quelques séquences-chocs particulièrement intenses. Je songe particulièrement à l'acuité psychologique des séances d'hypnose que le détestable Mocata exerce sur ses victimes en état catatonique.


Par le biais de cet antagoniste perfide, on peut notamment compter sur le charisme sĂ©ducteur du comĂ©dien Charles Gray se fondant dans la peau d'un mĂ©crĂ©ant sous l'impĂ©riositĂ© de son regard azur subtilement ensorcelant. Ce qui l'amène Ă  ne jamais adopter la fâcheuse posture du "mĂ©chant" cabotin si bien que sa prĂ©sence prĂ©gnante Ă  l'Ă©cran ne nous indiffère jamais. Outre les seconds-rĂ´les tous aussi impliquĂ©s dans leur fonction autrement prĂ©caire mais nĂ©anmoins vaillante (la troublante Nike Arrighi, Patrick Mower et Leon Greene forment un trio fraternel bipolaire du fait de l'emprise spirituelle que Mocata exerce sur eux !), Christopher Lee campe le duc de Richleau avec une autoritĂ© aussi classieuse que dĂ©pouillĂ©e. Les affrontements cĂ©rĂ©braux qu'il perpĂ©tue Ă  distance auprès de son ennemi donnant lieu Ă  des sĂ©quences aussi bien inquiĂ©tantes que fascinantes. Et ce en dĂ©pit de quelques trucages gentiment dĂ©suets (l'araignĂ©e gĂ©ante) mais pour autant poĂ©tiques (l'apparition du cheval et du chevalier masquĂ© Ă  proximitĂ© de nos hĂ©ros blottis dans leur cercle de protection, le regard pĂ©nĂ©trant de Tanith lors d'une sĂ©quence clef), voir parfois mĂŞme dĂ©rangeants (l'homme Ă  la tĂŞte de bouc, le nègre au regard globuleux et au rictus sournois).


Jeu de survie d'une poignĂ©e d'aristocrates mutuellement confrontĂ©s aux forces invisibles du Mal, les Vierges de Satan adopte une facture kitch (la dĂ©froque criarde des fidèles de Satan autour de leur traditionnel sabbat) non disgracieuse grâce au jeu mature de sa distribution dandy et Ă  la mise en scène avisĂ©e de Fisher dĂ©ployant en intermittence quelques sĂ©quences horrifiques oĂą l'intensitĂ© de la suggestion prime le plus souvent. Un excellent divertissement dont on reconnait bien la patte Hammer tentant ici de rajeunir avec plus ou moins de succès le thème du satanisme.

Bruno Matéï
2èx

lundi 7 août 2017

LE CREDO DE LA VIOLENCE

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinememorial.com

"Born Losers" de Tom Laughlin. 1967. U.S.A. 1h53. Avec Tom Laughlin, Elizabeth James, Jeremy Slate, Jane Russell, Jack Starrett, Edwin Cook.

Sortie salles France: 8 DĂ©cembre 1967. U.S: 12 Juillet 1967

FILMOGRAPHIE: Tom Laughlin est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 10 aoĂ»t 1931 Ă  Minneapolis, Minnesota, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 dĂ©cembre 2013 Ă  Thousand Oaks, Californie. 1986 The Return of Billy Jack. 1977 Billy Jack Goes to Washington.  1975 The Master Gunfighter. 1974 The Trial of Billy Jack. 1971 Billy Jack. 1967 Le crĂ©do de la violence. 1962 The Proper Time. 1961 Like Father, Like Son.


Film de bikers mou du genou, faute d'un scénario rachitique (une bande de motards sème la terreur dans une bourgade ricaine, mais un marginal burné, Billy Jack, parvient à leur tenir tête jusqu'au règlement de compte sanglant), Le Credo de la violence pâti en prime d'une réalisation maladroite et d'une intensité dramatique infructueuse. A l'instar des mines boudeuses des victimes féminines après avoir été molestées par la bande. Obsolète quant au portrait risible de ces bikers jouant incessamment les grandes gueules avec une outrance putassière, le Crédo de la violence sombre rapidement dans la trivialité en dépit d'un prologue prometteur étonnamment violent pour l'époque (le passage à tabac d'un quidam rogue en plein centre urbain). Il faudra d'ailleurs attendre les 5 dernières minutes pour retrouver cette forme d'âpreté lorsque Billy Jack se transforme en justicier intraitable. Même la relation romanesque qu'entame ce dernier avec une jeune rebelle ne parvient pas à nous susciter l'empathie dans leurs mésaventures redondantes à s'opposer aux bikers.


Une curiosité dispensable donc qui ne pourrait peut-être que contenter les nostalgiques l'ayant découvert durant la sacro-sainte époque de la Vhs.

Eric Binford.
2èx

vendredi 4 août 2017

LES MONSTRES DE L'ESPACE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"Quatermass and the Pit" de Roy Ward Baker. 1967. Angleterre. 1h37. Avec James Donald, Andrew Keir, Barbara Shelley, Julian Glover, Duncan Lamont, Bryan Marshall.

Inédit en salles en France. Sortie Angleterre: 9 Novembre 1967. U.S: 16 Février 1968.

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010.
1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts. 1974: Les 7 vampires d'or. 1980: Le Club des Monstres. 1984: Les Masques de la mort (télé-film).


Honteusement inĂ©dit en salles dans l'hexagone et relativement peu diffusĂ© Ă  la TV, ce 3è volet des aventures de Quatermass (dĂ©jĂ  tributaire de 2 chefs-d'oeuvre prĂ©alablement tournĂ©s en noir et blanc !) est une nouvelle pièce maĂ®tresse de la firme Hammer que Roy Ward Baker dirige avec une rare intelligence. Car Ă©paulĂ© de l'originalitĂ© d'un scĂ©nario aussi retors que passionnant autour de thèmes spirituels sur la mĂ©taphysique et la foi (notre origine existentielle), les Monstres de l'espace nous questionne incessamment sur notre vĂ©ritable identitĂ© par le biais d'un argument extra-terrestre. Dans un mĂ©tro londonien en travaux, les autoritĂ©s dĂ©couvrent un fragment de mĂ©tal inconnu et des ossements de squelettes difformes Ă  travers un mur argileux, quand bien mĂŞme le scientifique Quatermass se penche sur cette mystĂ©rieuse dĂ©couverte avec une scrupuleuse rĂ©flexion. Alors que les badauds rĂ©unis en externe s'impatientent Ă  dĂ©couvrir la trouvaille, les autoritĂ©s tentent de les rassurer en leur suggĂ©rant qu'il s'agit probablement d'un missile allemand d'après guerre. 


Fort d'un suspense palpitant remarquablement charpentĂ©, Les Monstres de l'espace parvient Ă  faire naĂ®tre un sentiment de curiositĂ© permanent par le truchement du pouvoir de suggestion. Roy Ward Baker prenant malin plaisir Ă  retarder toute forme d'esbroufe afin de mieux gĂ©rer notre perplexitĂ© et nos questionnements face Ă  un ovni attisant toutes les convoitises policières, militaires et scientifiques. Aussi bien inquiĂ©tant que follement original, Ă  l'instar de l'Invasion des profanateurs, de l'inĂ©galable The Thing (auquel Carpenter s'en serait peut-ĂŞtre inspirĂ© !), voir mĂŞme de Rendez-vous avec la peurles Monstres de l'espace transcende le genre parmi le brio d'une trajectoire narrative regorgeant de mĂ©taphores (notamment notre irrĂ©pressible instinct voyeuriste, l'autosuggestion et les Ă©ventuelles thĂ©ories sur la raison du surnaturel). Bâti sur une investigation de longue haleine et exploitant Ă  merveille le cadre exigu d'un mĂ©tro rĂ©duit en labo d'expĂ©rimentation, le cinĂ©aste conjugue rebondissements et pĂ©ripĂ©ties alarmistes avec souci du dĂ©tail technique, de manière Ă  crĂ©dibiliser son contexte Ă  la fois singulier et dĂ©bridĂ©. Quant Ă  sa distribution anglaise, James Donald, Andrew Keir et Barbara Shelley insufflent sobrement un jeu autoritaire avant de cĂ©der Ă  la fragilitĂ© d'une paranoĂŻa difficilement gĂ©rable quand aux pouvoirs tĂ©lĂ©kinĂ©siques et spirituels d'une entitĂ© indicible sur le point de se matĂ©rialiser.


Sommet du genre supervisé par la notable Hammer Films, Les Monstres de l'espace constitue sans prétention l'un des plus originaux films de science-fiction toutes époques confondues. Car aujourd'hui encore, et autour de ses thèmes passionnels tels la quête identitaire et le dieu créateur, il n'a rien perdu de son pouvoir (éthéré) de fascination et de son intensité dramatique. Spoil ! A l'instar de ce magnifique plan final auquel nos deux héros éreintés et déboussolés s'observent l'air évasif, la mine sentencieuse, tandis que le générique défile parmi la candeur d'un score mélancolique. Fin du Spoil

DĂ©dicace Ă  Jean-Marc Micciche et Jean Pierre Dionnet 
Bruno Dussart.
2èx

jeudi 3 août 2017

ASYLUM. Licorne d'Or, Paris 73.

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.fr

de Roy Ward Baker. 1972. Angleterre. 1h28. Avec Peter Cushing, Britt Ekland, Herbert Lom, Patrick Magee, Barry Morse, Barbara Parkins, Robert Powell, Charlotte Rampling, Sylvia Syms, Richard Todd.

Sortie salles France: 8 Mai 1974 (Int - de 18 ans). Angleterre: Juillet 72

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010. 1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1967: Les Monstres de l'Espace. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts. 1974: Les 7 vampires d'or. 1980: Le Club des Monstres. 1984: Les Masques de la mort (télé-film).


Produit par la cĂ©lèbre firme Amicus d'après des rĂ©cits de Robert Bloch, Asylum porte notamment la signature d'un petit maĂ®tre en la matière, le rĂ©alisateur Roy Ward Baker (Les Cicatrices de Dracula, The Vampires Lovers, le gĂ©nial Les Monstres de l'Espace et surtout son chef-d'oeuvre estampillĂ© Hammer, Dr Jekyll et Sr Hyde). Prenant pour cadre un asile psychiatrique, un jeune mĂ©decin doit dĂ©couvrir l'identitĂ© du Dr Star par le biais de 4 patients Ă©pris de dĂ©mence. Un Ă  un, ces derniers lui racontent leur rĂ©cit personnel basĂ© sur le surnaturel. Le 1er segment, agrĂ©ablement contĂ© par l'entremise d'un suspense inquiĂ©tant, repose sur le stratagème meurtrier d'un mari infidèle dĂ©libĂ©rĂ© Ă  supprimer son Ă©pouse afin de couler des jours paisibles dans les bras de sa maĂ®tresse. Seulement, sa femme finira par lui rĂ©server une diabolique surprise grâce Ă  sa relation amicale entretenue plus tĂ´t avec le Pr Kalanga (un sorcier vaudou). DĂ©lirant quant au retournement de situation macabre que le coupable doit endurer, l'intrigue amuse efficacement avec l'appui d'une rĂ©alisation avisĂ©e, d'effets spĂ©ciaux cheap plutĂ´t soignĂ©s pour l'Ă©poque (aussi concis soient-ils !) et d'une distribution fort convaincante. Le second rĂ©cit, le plus atmosphĂ©rique par son climat gothique envoĂ»tant (candĂ©labres en sus au sein d'une chambre vide !), s'intĂ©resse au cas d'un couturier dĂ©sargentĂ© prochainement limogĂ© par son propriĂ©taire, faute de ne plus pouvoir payer son loyer. Seulement, un Ă©trange individu (campĂ© par le dandy Peter Cushing) vient frapper in extremis Ă  sa porte pour lui suggĂ©rer de façonner un costume pour son jeune fils. En dernier ressort, le vendeur accepte selon le mode d'emploi draconien du client. A savoir, Ă©laborer le costard entre 0h00 et 5h00.


PoĂ©tique et cruel, sournois et machiavĂ©lique, les rebondissements qui empiètent l'intrigue font preuve d'intensitĂ© et de rĂ©alisme afin de nous amener Ă  cĂ´toyer l'improbable. Car une fois de plus, Roy Ward Baker s'y prend avec savoir faire technique et souci formel Spoil ! lorsqu'un mannequin de vitrine va soudainement prendre vie sous nos yeux ! Fin du Spoil. La troisième histoire, plus conventionnelle, nous illustre les rapports fragiles entre un frère et une soeur si bien que cette dernière souffre de paranoĂŻa. Remarquablement campĂ© par Charlotte Rampling, celle-ci parvient Ă  insuffler densitĂ© psychologique et angoisse sous-jacente durant son cheminement ambigu par un jeu trouble de schizophrĂ©nie que n'aurait pas reniĂ© Sir Alfred Hitchock quand on se remĂ©more son chef-d'oeuvre Psychose. Sans surprise, voir prĂ©visible, Roy Ward Baker parvient pour autant Ă  insuffler un suspense assez prenant lors de sa trajectoire psychotique sans doute en proie au dĂ©doublement de personnalitĂ©. A moins qu'il ne s'agisse du fantĂ´me de sa meilleure amie ! Le dernier sketch nous relate en temps rĂ©el le discours dĂ©lirant du patient Byron dans l'enceinte de l'asile (l'Ă©ventuel Dr Star !). Ayant confectionnĂ© des jouets plus vrais que nature, il est persuadĂ© de donner vie Ă  ses mini robots par la simple persuasion de son esprit. Outre la performance indiscutable des acteurs (Herbert Lom, Patrick Magee et Rober Powel se disputent la vedette Ă  jeu Ă©gal) et ce souci formaliste rĂ©current imputĂ© Ă  la mise en scène et aux trucages rĂ©tros, cet ultime segment tire-parti de son caractère fascinant par la prĂ©sence onirique de poupĂ©es diaboliques douĂ©es de vie. Sans doute l'Ă©pisode le plus fun et dĂ©bridĂ© du lot.


Efficace, atmosphĂ©rique, intrigant et fascinant sous la mainmise d'une distribution totalement impliquĂ©e (notamment la solide prĂ©sence de Barry Morse en styliste malencontreusement cupide !) et l'originalitĂ© d'intrigues aux chutes sardoniques que le rĂ©alisateur relève plutĂ´t brillamment, Asylum peut se targuer de faire parti du haut du panier sous la bannière Amicus. A ranger soigneusement Ă  proximitĂ© d'Histoires d'outre-tombe, de Frissons d'outre-tombe, de La Maison qui tue et du Caveau de la Terreur.

Bruno Matéï
2èx

Récompenses:
Prix Interfilm et Prix OCIC, lors du Festival de Berlin en 1973.
Licorne d'or au Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction

mercredi 2 août 2017

LE JUSTICIER DE NEW-YORK

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Death Wish 3" de Michael Winner. 1985. U.S.A. 1h31. Avec Charles Bronson, Deborah Raffin, Ed Lauter, Martin Balsam, Gavan O'Herlihy, Joe Gonzalez.

Sortie salles France: 5 Mars 1986 (Int - de 18 ans). U.S: 1er Novembre 1985

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013. 1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.


Troisième opus des vicissitudes du vindicateur Paul Kersey, Le Justicier de New-York joue plein pot la carte de la dĂ©rision avec un esprit cartoonesque tantĂ´t fun, tantĂ´t jouissif. Sur ce dernier point, personne ne peut oublier son final belliqueux proprement surrĂ©aliste lorsque flics, voyous et aimables citadins s'entretuent, flingues et sulfateuses Ă  la main, au coeur d'une citĂ© urbaine livrĂ©e Ă  feu et Ă  sang ! Assumant le cĂ´tĂ© dĂ©bridĂ© de tant d'exubĂ©rances, Michael Winner parvient Ă  transcender ses clichĂ©s par le biais de situations semi parodiques efficacement gĂ©rĂ©es (notamment parmi l'appui d'un sens du cadre !). De par la posture amiteuse de vieillards impotents peu Ă  peu motivĂ©s par un esprit rĂ©actionnaire et des exactions criminelles de notre justicier redoublant de subterfuge pour Ă©radiquer les voyous parmi l'Ă©laboration de pièges domestiques ou avec la gâchette de son "Magnum 475".


Paul Kersey ayant pour mission, et avec le soutien d'un flic vĂ©reux (l'attachant Gavan O'Herlihy dans une prĂ©sence d'esprit autoritaire !), de nettoyer un quartier malfamĂ© que le 3è âge est contraint de subir depuis le laxisme de la police locale. Fort de son charisme viril et d'un regard impassible Ă©minemment magnĂ©tique, Charles Bronson soutient le film de ses Ă©paules robustes avec une classe dĂ©sarmante de naturel. Jeu du gendarme et du voleur menĂ© tambour battant sous les intimidations d'un leader punk assoiffĂ© de haine et d'impĂ©riositĂ© (Gavan O'Herlihy ne passe pas inaperçu dans son cabotinage patibulaire), le Justicier de New-York baigne dans le politiquement incorrect avec un esprit sarcastique très second degrĂ©. Et ce en dĂ©pit d'une ultra violence tantĂ´t râpeuse, tantĂ´t outrĂ©e (Ă  croire que le rĂ©al ne sait parfois pas sur quel pied danser Ă  opposer actions rĂ©alistes et surrĂ©alistes !). Dans tous les cas, le spectateur partagĂ© entre stupeur et hilaritĂ© s'amuse frĂ©quemment de ce divertissement improbable noyĂ© dans la dĂ©mesure. Pour clore, on peut aussi louer le caractère aussi bien envoĂ»tant qu'entĂŞtant de sa partition musicale supervisĂ©e par Jimmy Page et Mike Moran ( leitmotiv similaire aux 2 prĂ©cĂ©dents opus !).


SĂ©rie B d'action d'une ultra violence dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e ne se prenant jamais au sĂ©rieux, Le justicier de New-York justifie le plaisir coupable avec une dĂ©rision cartoonesque aussi attachante que bonnard. On retiendra surtout de ces règlements de compte en pagaille son impensable point d'orgue urbain littĂ©ralement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© ! 

Eric Binford.
5èx

mardi 1 août 2017

SHORT CIRCUIT

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Badham. 1986. U.S.A. 1h35. Avec Ally Sheedy, Steve Guttenberg, Fisher Stevens, Tim Blaney, Austin Pendleton, G. W. Bailey, Brian McNamara, Marvin J. McIntyre.

Sortie salles France: 20 Août 1986. U.S: 9 Mai 1986

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton. 1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie. 2000: Laser game.


PuĂ©ril en diable car pĂ©tri de bons sentiments au grĂ© d'une intrigue linĂ©aire prĂ©visible (rĂ©fugiĂ© chez une attendrissante cĂ©libataire, un gentil robot s'efforce de fuir mĂ©chants militaires et scientifiques lors d'une course poursuite rĂ©cursive !), Short Circuit est un sympathique divertissement uniquement conçu pour les enfants. Car en dĂ©pit du charmant duo que forment la sĂ©millante Ally Sheedy et le non moins affable Steve Guttenberg, Short Circuit s'embourbe dans la niaiserie au rythme d'une accumulation de poncifs sirupeux (si on Ă©carte la jolie scène de danse, unique moment de fantaisie nanti d'une sensible Ă©motion, et de quelques images oniriques assez prĂ©gnantes lors de sa dernière partie). Bref, surfant sur la notoriĂ©tĂ© d'E.T (chef-d'oeuvre d'Ă©motions et de simplicitĂ© procréé 4 ans plus tĂ´t par le magicien Spielberg), John Badham que l'on a connu tellement plus ambitieux et inspirĂ© nous façonne un produit mercantile techniquement soignĂ© mais d'une vacuitĂ© narrative sans vigueur ni Ă©motions.

Bruno Matéï
3èx

vendredi 28 juillet 2017

The House on Sorority Row

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scopophiliamovieblog.com

de Mark Rosman. 1983. U.S.A. 1h31. Avec Kate McNeil, Eileen Davidson, Janis Ward, Robin Meloy, Harley Jane Kozak, Jodi Draigie, Ellen Dorsher

Sortie salles U.S: 21 Janvier 1983. Inédit en France.

FILMOGRAPHIE: Mark Rosman est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1959. 1983: The House on Sorority Row. 1985: Alfred Hitchcock prĂ©sente (Alfred Hitchcock Presents) (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1985 : The Blue Yonder (TV). 1986 : Capone Chien Gangster! (TV). 1994 : The Force. 1995 : Evolver. 1997 : Invasion Alien. 2000 : Grandeur nature (TV). 2000 : Mannequin d'un jour (TV). . 2004 : Comme Cendrillon. 2005 : L'Homme parfait. 2011 : Kate et William : Quand tout a commencĂ©... (TV).


Un groupe d'étudiantes se réunissent dans une sororité afin de célébrer la fête de fin d'année. Mais la matriarche, propriétaire de la demeure leur refuse illico de rester sur les lieux pour une éventuelle party. Les filles insolentes refusent de se laisser impressionner et se résignent à y séjourner. Mme Slater décide alors de se venger en provoquant un couple en coït. A leur tour, en guise de rancoeur, les étudiantes complotent une macabre mise en scène pour brimer la sexagénaire. Seulement, la mauvaise blague tourne au drame, celle-ci se noyant dans la piscine. Après avoir lesté le corps au fond du bassin, les filles entament leur fameuse party en compagnie de nombreux invités. Mais un mystérieux assassin rode aux alentours pour décimer un à un les responsables de la mort de Mme Slater.


Psycho-killer oublié des années 80 quand bien même il fut injustement proscrit de nos salles hexagonales, The House on sorority row exploite son filon en vogue avec une certaine efficacité. Et ce en dépit d'une réalisation académique, bien que relativement soignée, et d'incohérences parfois grossières (l'étudiant lambda inexplicablement sacrifié, aucune des filles ne s'interroge à savoir qui aurait pu planquer le cadavre de Mme Slater dans le grenier !). Pour autant, hormis ces anicroches et un schéma narratif usé jusqu'à la corde, ce psycho-killer parvient à distraire avec un charme et une sincérité qu'on ne retrouve plus dans nos productions contemporaines. La bonne idée de départ est de nous caractériser les futures victimes comme les coupables d'un meurtre accidentel ayant mal tourné. Ensemble, et d'un commun accord, elles décident de se débarrasser du cadavre sans en avertir la police, et ce en dépit de la réticence de certaines. Sournoises et véreuses mais rongées par le remord à l'exception de la responsable du crime, ces dernières parviennent à nous confronter à leur désarroi de s'être adonnées à un compromis aussi machiavélique.


Quand bien même le fantôme de Mme Slater pourrait sévir aux alentours après y avoir déplacer son corps à plusieurs reprises ! Nanti d'une photo saturée et d'une ambiance parfois disco lors d'une party nocturne, The house on sorority row laisse planer le mystère en la présence d'un tueur aussi invisible qu'invincible dont on devine toutefois assez rapidement l'identité si je me réfère à son prologue implicite. Pour autant, le suspense et la tension, aussi chétifs soient-ils, parviennent à faire leur petit effet lors de séquences d'angoisses et exactions morbides parfois percutantes ou envoûtantes. A l'instar de cette idée astucieuse de nous duper sur l'éventuel meurtre d'une future victime par le biais deux proies séparées à proximité d'un cimetière. Or, cette séquence trop furtive s'avère mal exploitée pour la résultante de son effet de surprise dénué d'intensité et de terreur. On se réconforte néanmoins vers son final haletant distillant une atmosphère onirique plutôt palpable lorsque l'unique survivante se retrouve confinée dans la demeure parmi le soutien d'un praticien et du tueur masqué. Et si l'héroïne manque un tantinet de conviction dans sa posture effarouchée, on se prête toutefois au jeu de son appréhension lors d'une partie de cache-cache assez inventive de par l'exploitation des décors domestiques et l'apparition finale du tueur assez surprenante.


Modeste psycho-killer des années 80, The house on Sorority row n'en demeure pas moins ludique, charmant et sympathique dans son intégrité d'y exploiter un efficace suspense sous le pivot d'une atmosphère horrifico-onirique gentiment prégnante. A (re)découvrir.

*Bruno

Dédicace à Célina Trinci

03.06.24. 3èx
28/07/17. 
11/05/11 (190 vues)

jeudi 27 juillet 2017

HOWARD LE CANARD

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

"Howard the Duck" de Willard Huyck. 1986. U.S.A. 1h50. Avec Lea Thompson, Jeffrey Jones, Tim Robbins, Ed Gale, Chip Zien, Timothy M. Rose.

Sortie salles France: 10 Décembre 1986. U.S: 1er Août 1986

FILMOGRAPHIEWillard Huyck (né le 8 septembre 1945) est un scénariste, réalisateur et producteur américain. 1986: Howard... une nouvelle race de héros. 1984 Une défense canon. 1979 French Postcards. 1973 Messiah of Evil.


D'après le Comics Marvel éponyme créé par Steve Gerber et Val Mayerik, Howard the Duck est considéré comme l'un des plus gros échecs de l'histoire du cinéma au moment de remporter les pires Razzie Awards l'année même de sa sortie. Produit par Georges Lucas pour un budget avoisinant 30 millions de dollars, il n'en rapporte que 9 au grand dam du créateur de Star Wars. Véritable aberration filmique sortie tout droit d'une 4è dimension, Howard le canard est un nanar cosmique aussi impayable que lourdingue. Nanti d'un rythme folingue au travers de séquences d'actions homériques (trucages fluos en sus sans doute inspirés de S.O.S Fantômes !), de blagues de comptoir, d'allusions salaces (!?) et de gags infantiles conçus pour les - de 10 ans, ce divertissement familial parvient autant à amuser qu'à agacer un spectateur déconcerté par tant d'inepties. Le pitch à lui tout seul semble avoir été procréé par un cerveau déficient ! Jugez en !


De sa planète lointaine, un canard humanoĂŻde est subitement projetĂ© vers la terre par une masse Ă©nergĂ©tique expĂ©rimentĂ©e par un scientifique. Sur place, il fait la rencontre amicale d'une jeune rockeuse prĂŞte Ă  l'adopter, quand bien mĂŞme notre Ă©minent scientifique (incarnĂ© par l'excellent Jeffrey Jones - la Folle journĂ©e de Ferris Bueller - !) poursuit ses expĂ©riences Ă  l'aide de son spectroscope. Mais il libère incidemment un mĂ©chant monstre issue de la planète Sominus. Dès lors, ce dernier habitĂ© dans le corps du scientifique sème la panique dans New-york alors qu'Howard s'Ă©vertuera Ă  l'Ă©radiquer de sa petite taille vĂ©loce. MouvementĂ© car riche en pĂ©ripĂ©ties et catastrophes en roue libre (la pagaille dans le bar, l'Ă©chappĂ©e vertigineuse en ULM !), Howard le canard parvient tout de mĂŞme amuser la galerie sous l'impulsion d'un preux canard douĂ© de parole et de deux terriens que campent fougueusement la sĂ©millante et sexy LĂ©a Thompson et le grand dadais Tim Robbins Ă  ses prĂ©mices d'acteur (bien qu'il s'agisse de sa 6è apparition Ă  l'Ă©cran). Ce dernier se fondant dans la peau d'un novice scientifique avec un jeu outrĂ© d'olibrius intarissable. Le trio aussi bien attachant que crĂ©tin dans leurs bravoures de survie parvenant in extremis Ă  nous divertir, notamment grâce Ă  leur esprit (naĂŻf) de cohĂ©sion fraternelle.


Nanar de luxe oĂą se disputent dans un foutoir disproportionnĂ© gags potaches (souvent ridicules) et pyrotechnies parfois impressionnantes (FX assez convaincants Ă  l'appui !), Howard le canard risque de rendre une partie de son public cyclothymique Ă  la vue de cet ovni atypique ne sachant sur quel pied danser (tel ce fameux final avec l'intrusion d'une gigantesque crĂ©ature conçue en Animatronic !). Il faut le voir pour le croire, pour le meilleur et pour le pire ! 

Bruno Matéï2èx

mercredi 26 juillet 2017

THE BIG LEBOWSKI

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Joel Coen et Ethan Cohen (non crédité). 1998. U.S.A/Angleterre. 1h57. Avec Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi, David Huddleston, Philip Seymour Hoffman, Peter Stormare, Flea, Torsten Voges, Tara Reid, John Turturro, Sam Elliott, Ben Gazzara, Leon Russom, David Thewlis.

Sortie salles France: 22 Avril 1998. U.S: 6 Mars 1998

FILMOGRAPHIE: Joel Coen (né le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (né le 21 Septembre 1957) sont deux frères réalisateurs, scénaristes, monteurs, acteurs et producteurs américains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: Intolérable Cruauté, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinéma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit. 2013 : Inside Llewyn Davis. 2016 : Ave, César !


ConsidĂ©rĂ© quelques annĂ©es après sa sortie comme une oeuvre culte des nineties, The Big Lebowski n'a pas usurpĂ© cette rĂ©putation tant le divertissement purement rĂ©crĂ©atif confectionnĂ© par les Cohen s'avère aussi atypique que diablement rĂ©jouissant. Adoptant comme argument une classique histoire de kidnapping hĂ©ritĂ© d'un polar des annĂ©es 50, The Big Lebowski tire parti de son charme et de sa ferveur grâce Ă  sa distribution pĂ©tulante (on y croise Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi, Philip Seymour Hoffman, John Turturro, Sam Elliott et Ben Gazzara) et Ă  la disparitĂ© des genres (comĂ©die et polar) portĂ©s en dĂ©rision sous la camĂ©ra toujours aussi inventive des frères Cohen. Ces derniers rivalisant d'idĂ©es folingues pour pimenter leur rĂ©cit Ă  travers un cheminement de quiproquos, pĂ©ripĂ©ties et dĂ©convenues jamais Ă  court de carburant !


Et afin de rendre l'aventure plus exaltante et chimĂ©rique et de porter en Ă©difice leur amour du 7è art, les Cohen y intercalent quelques sĂ©quences onirico-baroques particulièrement stylisĂ©es (Ă  l'instar des Ă©vanouissements du Duc s'adonnant Ă  ses fantasmes après avoir Ă©tĂ© corrigĂ© par ses ennemis). Et Dieu sait si notre luron accumule les emmerdes et bĂ©vues après avoir tentĂ© d'arnaquer le notable Jeffrey Lebowski d'une rançon d'1 million de dollars. La femme de ce dernier ayant Ă©tĂ© kidnappĂ©e par de mystĂ©rieux malfrats, le Duc aura Ă©tĂ© dĂ©signĂ© comme intermĂ©diaire afin de dĂ©marcher leur transaction. Conçu Ă  la manière d'un trip hilarant sous les ressorts peu communs de l'oisivetĂ© et du jeu du bowling, The Big Lebowski baigne dans la dĂ©contraction la plus totale (pour ne pas dire la "cool attitude" !) autour d'un trio de losers aussi bonnards qu'empotĂ©s. Outre la composition dĂ©jantĂ©e d'un John Goodman pĂ©tri d'exubĂ©rances et rĂ©parties pĂ©dantes, et la prĂ©sence cinglante d'un John Turturro gĂ©nialement hilarant en bowler mafieux pourvu d'un pyjama violet, Jeff Bridges rafle la mise dans celui du tire-au-flanc insouciant adepte d'un alcool fĂ©tiche, le "Russe blanc" ! D'ailleurs, après la projo, on serait bougrement tenter de lui voler la recette !


ComĂ©die festive et tonique truffĂ©e de rebondissements et de partitions rock sous l'impulsion dĂ©bridĂ©e de comĂ©diens fringants, The Big Lebowski constitue une bouffĂ©e d'air frais au sein du paysage morose du cinĂ©ma conventionnel, voir aussi auteurisant. Les rĂ©alisateurs se permettant avec sincĂ©ritĂ© et avec une certaine Ă©motion (notamment ce final poignant iconisant le personnage du Duc !) de prĂ´ner les bienfaits de la flânerie par le principe d'une insouciance libertaire. En somme, faites ce que bon vous semble en vous rappelant incessamment que nous n'avons qu'une vie, aussi impermanente soit-elle ! 

Eric Binford.
2èx

mardi 25 juillet 2017

TIMECRIMES. Prix du Meilleur Inédit Video, Gerardmer 2009.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mjyoung.net

"Los cronocrímenes" de Nacho Vigalondo. 2007. Espagne. 1h35. Avec Karra Elejalde, Candela Fernández, Bárbara Goenaga, Nacho Vigalondo, Juan Inciarte.

Sortie Dtv France: 17 juin 2009. Espagne: 27 Juin 2008

FILMOGRAPHIENacho Vigalondo est un réalisateur et scénariste espagnol né le 6 avril 1977 à Cabezón de la Sal. 2007: Timecrimes. 2011: Extraterrestre. 2013: Open Windows. 2017: Colossal


Premier essai du dĂ©butant Nacho Vigalondo particulièrement remarquĂ© Ă  Fantastic Fest et Ă  GĂ©rardmer d'oĂą il remporte le Prix du meilleur inĂ©dit Video, Timecrimes exploite le thème du voyage temporel sous le pivot machiavĂ©lique du subterfuge. L'intrigue gigogne Ă©tant conçue Ă  la manière d'un puzzle Ă  rĂ©soudre autour de trois mĂŞmes personnages contraints de se chasser-croiser afin de rĂ©parer leur tort ainsi qu'un malencontreux incident mortel. Assis sur le hamac dans son jardin après avoir reçu un mystĂ©rieux appel tĂ©lĂ©phonique, Hector aperçoit de ses jumelles une jeune fille dĂ©vĂŞtue Ă  proximitĂ© des bois. DĂ©sireux d'en savoir un peu plus, il s'enfonce dans la forĂŞt mais est salement amochĂ© au bras Ă  la suite d'un coup de ciseaux perpĂ©trĂ© par un individu bandĂ©. Durant sa fuite, il trouve refuge dans un Ă©trange laboratoire dirigĂ© par un scientifique lui offrant son hospitalitĂ©. Mais sa vie va soudainement basculer et adopter une tournure ingĂ©rable lors d'un concours de circonstances temporelles pernicieuses. A la fois jubilatoire et constamment inquiĂ©tant et haletant, Timecrimes cultive un sens acĂ©rĂ© de la surprise par le truchement d'un sombre rĂ©cit riche en dĂ©convenues, simulacres et rebondissements. Et ce sous l'impulsion d'une victime malgrĂ© elle destinĂ©e Ă  retourner dans le passĂ© afin de le rendre rationnel et retrouver sa paix intĂ©rieure. Essentiellement endossĂ© par quatre comĂ©diens natifs d'Espagne, Timecrimes renforce d'autant plus son caractère crĂ©dible par leur identitĂ© mĂ©connue dans l'hexagone. Se glissant sobrement dans la peau de victimes et assaillants aussi bien empotĂ©s qu'infortunĂ©s, ces derniers redoublent pour autant d'audace, de vaillance, d'hypocrisie et de trahison afin de remporter la mise lors d'une Ă©preuve de force vertigineuse.


L'ennemi est en nous ! 
Jeu d'apparences biaisĂ©es et du chat et de la souris conduit avec une efficacitĂ© optimale, de par l'habiletĂ© d'une mise en scène plutĂ´t inventive, son sens de dĂ©rision sous-jacent et surtout ses pĂ©ripĂ©ties impromptues en roue libre (l'intrigue nous Ă©claircissant toujours un peu mieux au fil des investigations dĂ©doublĂ©es d'Hector !), Timecrimes sème doute et confusion afin de mieux nous surprendre l'instant d'après. Les va-et-vient rĂ©currents (et chaotiques) de notre victime temporelle en quĂŞte de rĂ©demption cultivant au cours de ses stratĂ©gies un fĂ©tide survival d'une cruautĂ© finalement amorale ! Une perle du genre, satire retorse sur la personnalitĂ© bicĂ©phale de l'homme victime de son ego et de sa nature sournoise.  

Bruno Matéï
2èx

Récompenses: 2007 : prix du public à Fantastic Fest
2007 : Grand prix du jury Ă  Fantastic Fest
2009 : Prix du meilleur inédit vidéo à Fantastic'Arts 2009

vendredi 14 juillet 2017

The Toxic Avenger / Toxic

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Lloyd Kaufman et Michael Herz. 1984. U.S.A. 1h22. Avec Mitch Cohen, Mark Torgl, Andree Maranda, Pat Ryan Jr., Dan Snow, Gary Schneider, Cindy Manion

Sortie salles France: 29 mai 1985. U.S: 11 avril 1986

FILMOGRAPHIE: Lloyd Kaufman (né Stanley Lloyd Kaufman Jr. le 30 décembre 1945) est un réalisateur, producteur et acteur de cinéma underground et indépendant américain. 2017: Return to Return to Nuke 'Em High Aka Vol. 2. 2016 Grindsploitation. 2013 Return to Nuke 'Em High Volume
1. 2006 Poultrygeist: Night of the Chicken Dead. 2006 Debbie Rochon Confidential: My Years in Tromaville Exposed! (Video). 2004 Tales from the Crapper (Video) (non crédité). 2000 Citizen Toxie: The Toxic Avenger IV. 1999 Terror Firmer. 1996 Tromeo and Juliet. 1990 Sgt. Kabukiman N.Y.P.D. 1989 The Toxic Avenger Part III: The Last Temptation of Toxie. 1989 The Toxic Avenger Part II. 1988 Troma's War (as Samuel Weil). 1986 Atomic College (as Samuel Weil). 1984 Toxic (as Samuel Weil). 1983 The First Turn-On!! (as Samuel Weill). 1982 Stuck on You ! (as Samuel Weil). 1981: Waitress! (as Samuel Weil). 1979 Squeeze Play (as Samuel Weil). 1978 The Fur Trap. 1977 My Sex-Rated Wife (as David Stitt).1977 Exploring Young Girls (as David Stitt). 1976 Les Nympho Teens (as David Stitt). 1976 The Divine Obsession (as Louis Su). 1974 Sweet & Sour (as H.V. Spyder). 1973 The New Comers (as Louis Su). 1973 Ha-Balash Ha'Amitz Shvartz (non crédité). 1971 The Battle of Love's Return. 1969 The Girl Who Returned.


Film culte de la gĂ©nĂ©ration 80 considĂ©rĂ© Ă  juste titre comme l'un des plus rĂ©ussis de la firme Troma, The Toxic Avenger est l'idĂ©al trait d'union entre la parodie de films de super-hĂ©ros et la sĂ©rie Z horrifique sous couvert de gags potaches bas de plafond. Car grotesque et ridicule Ă  n'en plus finir de par son intrigue nonsensique truffĂ©e d'incohĂ©rences et de personnages cintrĂ©s littĂ©ralement erratiques, The Toxic Avenger est une immense farce de comptoir oĂą la dĂ©bilitĂ© règne en maĂ®tre ! Lloyd Kaufman et Michael Herz assumant fièrement leur dĂ©lire sardonique dans un esprit BD salement incorrect. Certaines sĂ©quences plutĂ´t trash empruntant l'itinĂ©raire du mauvais goĂ»t (le gosse Ă©crabouillĂ© Ă  deux reprises par une voiture, la mamie violemment tabassĂ©e par deux malfrats assoiffĂ©s de haine, le clĂ©bard flinguĂ© Ă  bout portant !) avec une dĂ©rision vitriolĂ©e risquant de faire grincer les dents aux non initiĂ©s. 

Le Pitch: EmployĂ© dĂ©ficient dans un club de musculation, Melville tombe dans un baril de dĂ©chets toxiques Ă  la suite d'une mauvaise blague infligĂ©e par sa clientèle. DĂ©figurĂ© et pourvu d'une force surhumaine, il devient le vengeur toxique en combattant le crime impuni ainsi que les responsables de sa mutation. DĂ©signĂ© par la population de Tromaville comme un super-hĂ©ros redresseur de tort, il est toutefois dĂ©nigrĂ© par le maire vĂ©reux de la ville avec l'appui de quelques policiers prĂŞts Ă  endiguer ses exactions hĂ©roĂŻques. Le vengeur toxique trucidant ses victimes avec une violence aussi dĂ©complexĂ©e que gĂ©nĂ©reusement sadique ! 


Baignant constamment dans une ambiance débridée de gore festif, d'humour crétin et d'action explosive, The Toxic Avenger distille une insolence effrontée en la présence volontairement grotesque d'un super-héros aussi bien fétide qu'attachant. Sa défroque insalubre, sa tête de plouc tuméfié et son caractère altruiste nous invoquant la sympathie à préserver la vie d'innocents dans un déluge d'ultra violence où le gore inventif ne connait aucune limite. Les effets spéciaux artisanaux s'avérant d'autre part réussis afin d'exacerber son réalisme grand-guignolesque. Qui plus est, la romance de Toxic amorcée avec une jeune aveugle au sein d'une cabane de fortune cultive des scènes intimistes volontairement mielleuses mais plaisamment potaches. Quand bien même, afin de relancer l'enjeu d'une action plutôt redondante, les auteurs se permettent d'évoquer en filigrane une réflexion sur les effets pervers de la vendetta meurtrière lorsque Toxic s'adonne à une exaction gratuite auprès d'une victime (faussement) innocente ! Toujours aussi irrévérencieux et imprégné de mauvais goût, le final pittoresque perdure les situations improbables avec l'intrusion massive de l'armée prête à y sacrifier notre vengeur depuis l'audace imbitable de son crime gratuit ! Spoil ! Pour autant, tout rentrera dans l'ordre avec un esprit bon enfant de happy-end salvateur lorsque la populace osera s'y interposer afin de sauver leur super-héros injustement incriminé ! Fin du Spoil.


D'une crétinerie en roue libre de par son humour décérébré qu'expriment sans modération nos personnages dinguos; hystérique, généreux et transgressif de par son déploiement d'ultra-violence gore, The Toxic Avenger ne peut que ravir les fans incorrigibles de délire trivial dans sa facture de BD marginale fièrement grotesque, débilos, décalée, démesurée. Attention toutefois à l'épuisement moral selon votre humeur journalière !

*Eric Binford.
4èx. Vostfr

jeudi 13 juillet 2017

Dr Jekyll et les Femmes. Prix du Meilleur réalisateur, Catalogne 81.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site therockyhorrorcriticshow.com

"L'Etrange cas du Dr Jekyll et Miss Osbourne" de Walerian Borowczyk. 1981. France, Allemagne, Angleterre. 1h31. Avec Udo Kier, Marina Pierro, Patrick Magee, Gérard Zalcberg, Howard Vernon, Clément Harari.

Sortie salles France: 17 Juin 1981 (Int - 18 ans). U.S: Inédit en salles.

FILMOGRAPHIE: Walerian Borowczyk est un cinéaste et plasticien polonais né le 2 septembre 1923 à Kwilcz, près de Poznań (Pologne), mort le 3 février 2006 au Vésinet en région parisienne.
1967 : Le Théâtre de monsieur et madame Kabal. 1968 : Goto, l'île d'amour. 1971 : Blanche. 1974 : Contes immoraux. 1975 : L'Histoire du péché. 1975 : La Bête. 1976 : La Marge. 1977 : Intérieur d'un couvent. 1979 : Les Héroïnes du mal. 1979 : Collections privées. 1980 : Lulu. 1981 : Docteur Jekyll et les femmes. 1983 : L'Art d'aimer. 1987 : Emmanuelle 5. 1988 : Cérémonie d'amour


Dr Jekyll et les Femmes - Aberration baroque d’un cauchemar charnel.
RepĂ©rĂ© par les vidĂ©ophiles lors de son exploitation VHS sous l’emblème sacrĂ© de Hollywood Video, Dr Jekyll et les Femmes demeure une aberration filmique comme le paysage horrifique en offre rarement. DĂ©jĂ  intriguĂ©s et glacĂ©s par sa bande-annonce monocorde, bâtie sur de simples arrĂŞts sur image - plans Ă©rotico-gores fondus les uns dans les autres - les amateurs s’Ă©taient ruĂ©s pour dĂ©couvrir ce que recelait cet objet supposĂ© sulfureux inspirĂ© de Stevenson. Ă€ rebours, Borowczyk ne s’appuie pas sur le roman que nous connaissons, mais sur une Ă©bauche que l’Ă©crivain dut sacrifier sous le joug de son Ă©pouse Fanny Van de Grift, jugeant l’Ĺ“uvre trop fade. C’est cette version fantĂ´me que le cinĂ©aste ressuscite, Ă  renforts de sexe et de sang (le film fut d’ailleurs interdit aux moins de 18 ans) sans sombrer dans l'outrance. Ă€ mi-chemin entre film d’auteur et sĂ©rie B provocatrice, Dr Jekyll et les Femmes orchestre une descente aux enfers singulière, au point d’en devenir l’adaptation la plus bizarre, la plus dĂ©rangeante et la plus insaisissable jamais projetĂ©e sur pellicule.

D’une simplicitĂ© presque triviale, le rĂ©cit expose la nuit de cauchemar que subiront les hĂ´tes aristocratiques du Dr Jekyll dans sa demeure tentaculaire. Depuis qu’une fillette battue Ă  mort a Ă©tĂ© retrouvĂ©e - prologue d’une brutalitĂ© malsaine malgrĂ© son hors-champ - un maniaque rĂ´de, prĂŞt Ă  frapper. Un Ă  un, les convives pĂ©rissent entre les mains du mystĂ©rieux Edward Hyde, tandis que la fiancĂ©e de Jekyll contemple ces exactions avec une fascination troublante. PortĂ© par une brochette d’illustres seconds couteaux chers aux amateurs de Bis (Udo Kier - Du sang pour Dracula -, Marina Pierro - La Morte-vivante -, Patrick Magee - Le Chat Noir -, GĂ©rard Zalcberg - Les PrĂ©dateurs de la Nuit -, Howard Vernon - L’Horrible Dr Orlof -, ClĂ©ment Harari - Inspecteur Labavure), Dr Jekyll et les Femmes distille une atmosphère fĂ©tide dans une unitĂ© de temps et de lieu Ă©touffante. SaturĂ©e d’une partition dissonante - littĂ©ralement envoĂ»tante, vĂ©nĂ©neuse - la mise en scène auteurisante de Borowczyk s’acharne Ă  composer des cadrages alambiquĂ©s, magnifiĂ©s par une photo ouatĂ©e, parfois traversĂ©e d’Ă©clairs d’un onirisme azurĂ©en. ExpĂ©rimental dans son stylisme et son goĂ»t provocateur pour les images scabreuses frĂ´lant un peu la pornographie Ă  travers 2/3 plans, le film se vit comme un cauchemar hallucinĂ©, pulvĂ©risant Ă  point nommĂ© les frontières du rĂ©el. Les acteurs, possĂ©dĂ©s par les pulsions de domination et de soumission, se livrent Ă  un jeu outrancier, presque rituel, littĂ©ralement fascinant.


"Déliquescence morale de la haute société."
RĂ©solument baroque - notamment cette mĂ©tamorphose impensable dans une baignoire souillĂ©e - et visuellement somptueux dans ses dĂ©cors gothiques tantĂ´t sensuels, tantĂ´t menaçants, Dr Jekyll et les Femmes renonce Ă  toute morale pour cĂ©lĂ©brer la funeste Ă©treinte d’amants maudits, submergĂ©s par la fascination du meurtre et la perversion sexuelle - jusqu’au vampirisme, voire Ă  un cannibalisme suggĂ©rĂ©. Il en Ă©mane une Ĺ“uvre hybride, ineffable, une expĂ©rience Ă©rotico-horrifique aussi charnelle que diaphane, au risque de diviser les spectateurs peu enclins Ă  apprivoiser un tel dĂ©lire inconfortable, mĂ©phitique et austère. Mais pour les amateurs d’ambiances atypiques baignĂ©es d’un surrĂ©alisme indicible, Dr Jekyll et les Femmes demeure une expĂ©rience hypnotique, unique en son genre, difficile Ă  oublier une fois le gĂ©nĂ©rique muet refermĂ©.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Isabelle Rocton

11.12.25. 3èx. VF

Récompense: Prix du Meilleur réalisateur lors du Festival international du film de Catalogne en 1981.

mercredi 12 juillet 2017

Sex Addict / Bad Biology

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemur.f

de Frank Hennenlotter. 2008. U.S.A. 1h25. Avec Charlee Danielson, Anthony Sneed, Krista Ayne, Jelena Jensen.

Sortie Dvd France: 18 Août 2009. U.S (dvd): 26 Janvier 2010

FILMOGRAPHIE: Frank Henenlotter est un réalisateur américain né le 29 août 1950 à New-York. 1982: Frères de sang. 1988: Elmer, le remue-méninges. 1990: Frères de sang 2. 1990: Frankenhooker. 1992: Frères de Sang 3. 2008: Sex Addict.


"Orgasmes mutants et pénis carnassier : Henenlotter lâche la bête !"

16 ans après Frères de sang 3, Frank Henenlotter ressurgit plus vigoureux et frondeur que jamais avec Bad Biology, vulgairement retitrĂ© chez nous Sex Addict. Si avec Frères de sang 3 il s’Ă©tait enlisĂ©, peinant Ă  raviver la folie de ses dĂ©buts (Frères de sang premier du nom, Elmer, et Frankenhooker), le voilĂ  rajeuni de seize ans — c’est le gouffre qui sĂ©pare son 3è opus de ce retour inattendu — retrouvant sa verve dĂ©bridĂ©e (les dialogues fusent Ă  tout va), sa causticitĂ©, son sens provocateur et son talent naturel de transgresseur, cette fois pour plonger Ă  corps perdu dans l’addiction sexuelle.

Synopsis: Une jeune nymphomane, mutante invraisemblable dotĂ©e de sept clitoris, multiplie les Ă©treintes d’un soir Ă  cadence effrĂ©nĂ©e, jusqu’au jour oĂą elle entrevoit l’orgasme titanesque d’une prostituĂ©e, provoquĂ© par un cĂ©libataire tout aussi Ă©rotomane. Lui, pourtant, s’Ă©chine Ă  calmer la voracitĂ© de son pĂ©nis dĂ©mesurĂ© en le gavant de psychotropes. DĂ©bute alors une descente aux enfers que nos deux amants se partagent Ă  distance (le rĂ©cit, scindĂ© en journaux intimes parallèles, juxtapose leurs dĂ©rives) avant de se rejoindre pour transcender, ensemble, un orgasme commun, dĂ©miurgique.


MĂ©ga trip libidineux, monstre cinĂ©matographique Ă  la fois mal Ă©levĂ© et dĂ©licieusement immoral (nouveaux-nĂ©s jetĂ©s dans les poubelles, orgasmes dĂ©bridĂ©es, final horrifique en clin d’Ĺ“il Ă  Frères de sang et plus encore Ă  Elmer), Bad Biology alterne cocasserie et dĂ©goĂ»t viscĂ©ral au grĂ© de situations surrĂ©alistes, scabreuses, parfois proprement inconcevables. Et ce malgrĂ© une intrigue d’une linĂ©aritĂ© dĂ©sarmante, sauvĂ©e par moult situations hallucinĂ©es et un final orgasmique aussi foutraque que grotesque. Baignant dans le mauvais goĂ»t, la provocation outrancière et la subversion Ă©rotico-trash flirtant avec la pornographie, Henenlotter enfante ici une farce monstrueuse sur l’emprise sexuelle, jalonnĂ©e de scènes anthologiques — ah… cet orgasme fĂ©minin, sans doute le plus interminable et vertigineux de toute l’histoire du cinĂ©ma ! Une vision qu’on n’oublie pas de sitĂ´t.

Ovni dĂ©glinguĂ© Ă©clos de l’esprit d’un esprit tordu, mais d'une luciditĂ© sarcastique, Bad Biology accumule insolences salaces et orgasmes dĂ©lirants, portĂ© par des comĂ©diens cabotins Ă  souhait, s’abandonnant sans pudeur aux ultimes convulsions du plaisir. Le rĂ©cit, irrĂ©sistiblement barrĂ©, n’est qu’un florilège d’excès, de masturbation extatique et de coĂŻts fiĂ©vreux.

"Sexe, sang et clitoris : le monstre jouit encore".
Satire au vitriol de la dĂ©pendance sexuelle, exhibant fièrement le pĂ©nis le plus monstrueux du septième art, Bad Biology joue la provocation Ă©picurienne avec un second degrĂ© irrĂ©sistiblement dĂ©capant. Marque de fabrique intacte d’un maĂ®tre de l’underground, plus vivace et juvĂ©nile que jamais.
Public averti

Bruno
15.06.25. 3èx. VF