jeudi 2 novembre 2017

Danger: diabolik ! / Diabolik

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Diabolik" de Mario Bava. 1968. Italie/France. 1h43. Avec John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora, Mario Donen, Terry-Thomas.

Sortie salles France: 12 Avril 1968. Italie: 24 Janvier 1968

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

Film culte trop mĂ©connu, faute d’une diffusion tĂ©lĂ©visuelle timorĂ©e, Danger Diabolik rĂ©vèle discrètement derrière la camĂ©ra un des maĂ®tres du cinĂ©ma de genre italien, Mario Bava. Mixture parodique de James Bond et FantĂ´mas, nourrie par l’influence des fumetti (bandes dessinĂ©es italiennes), ce film aligne sans faiblir pĂ©ripĂ©ties rocambolesques et revirements badins, portĂ©s par un couple glamour, mutuellement transi d’extase. Le rĂ©cit insuffle une charge Ă©rotique capiteuse, quand leurs Ă©treintes charnelles se mĂŞlent aux mĂ©lodies fantasmiques, aux voix fĂ©minines langoureuses, d’Ennio Morricone.

Aux cĂ´tĂ©s de sa tendre compagne, Diabolik multiplie les maraudes extravagantes, raillant la police, surtout l’inspecteur Ginko, avide de l’apprĂ©hender mais toujours battu par ses diaboliques stratagèmes. Pendant ce temps, un ponte du cartel, complice de Ginko, nĂ©gocie sa capture en prenant en otage la dulcinĂ©e de Diabolik. Mais c’est sans compter sur l’esprit affĂ»tĂ© du bandit aux yeux bleus, prĂŞt Ă  extirper sa princesse des griffes de Valmont.

Cocktail fantaisiste d’action, d'humour et d’aventure dĂ©bridĂ©e, sous la houlette du criminel le plus insolent de la planète, Danger: Diabolik ! se savoure comme un pastiche jubilatoire. 

John Phillip Law, Ă©trangement sĂ©ducteur, s’en donne Ă  cĹ“ur joie, arborant son costume de cuir noir, ridiculisant ses rivaux avec une subversion dĂ©moniaque. Il n’hĂ©site pas non plus Ă  Ă©liminer quelques “gentils”, dĂ©marche politiquement incorrecte et audacieuse pour son Ă©poque.

MalgrĂ© l’exubĂ©rance dĂ©jantĂ©e, Bava crĂ©dibilise ses stratagèmes de cambriolage et d’Ă©vasion grâce aux moyens techniques secrets de Diabolik - son immense repaire domestique infiltrĂ© dans une grotte - et Ă  sa perspicacitĂ© cĂ©rĂ©brale, duperie assistĂ©e de gadgets sophistiquĂ©s. Multipliant subterfuges et dĂ©guisements, appuyĂ© par sa complice Eva - la blonde ultra sexy Marisa Mell, disparue Ă  53 ans d’un cancer de la gorge - Diabolik amuse et fascine au cĹ“ur d’une scĂ©nographie kitsch, pop et psychĂ©dĂ©lique, esthĂ©tisĂ©e avec une inspiration onirico-baroque toute bavaesque.

 
Oasis d’humour, de sensualitĂ©, d’invention et d’action, portĂ©e par une intrigue volontairement linĂ©aire, rĂ©fĂ©rentielle et accessible, Danger: Diabolik ! transcende les dĂ©cennies dans son parfum des sixties, entre bonne humeur galvanisante et charme exaltant du duo Diabolik / Eva, unis dans la passion pour l’or, la rĂ©bellion… et surtout l’amour.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. VF meilleure que la VO

mardi 31 octobre 2017

LA CHASSE DU COMTE ZAROFF

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"The Most Dangerous Game" de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. 1932. U.S.A. 1h03. Avec Joel McCrea, Fay Wray, Leslie Banks, Robert Armstrong, Noble Johnson

Sortie salles France: 16 Novembre 1934. U.S: 20 Septembre 1932

FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


"La chasse a toujours été la distraction favorite des hommes de guerre en temps de paix, c'est-à-dire dans les périodes plus ou moins brèves où la chasse à l'homme n'est pas ouverte."

Chef-d'oeuvre absolu du film d'horreur moderne alors que celui-ci dĂ©coule des annĂ©es 30, la Chasse du comte Zaroff perdure son pouvoir de fascination avec une alchimie quasi ineffable ! Car outre l'habile variĂ©tĂ© de ses dĂ©cors gothiques et de sa vĂ©gĂ©tation naturelle, l'originalitĂ© de sa trame d'un sadisme incongru et l'interprĂ©tation hallucinĂ©e de l'immense Leslie Banks en Zaroff aux yeux pervers Ă©carquillĂ©s (avec un oeil plus Ă©troit que l'autre et une cicatrice au front de manière Ă  appuyer sa posture patibulaire), la Chasse du Comte Zaroff nous plaque au siège par la puissance de ces images oniriques. On peut notamment compter sur l'authenticitĂ© de sa superbe photo noir et blanc formant un saisissant contraste auprès de ces dĂ©cors funèbres, notamment lorsque nos 2 hĂ©ros impitoyablement traquĂ©s de nuit s'enfoncent dans une jungle Ă  la photogĂ©nie tentaculaire.


Bref, tout dans la Chasse du Comte Zaroff n'est qu'attraction, magnĂ©tisme et envoĂ»tement sous l'impulsion d'un rĂ©cit d'aventures Ă  la fois haletant mais aussi psychologique (notamment auprès de sa première partie lorsque les convives de Zaroff commencent Ă  s'interroger sur sa vĂ©ritable identitĂ© après s'ĂŞtre laissĂ© sĂ©duire par son hospitalitĂ© hautaine, sa passion pour la chasse et son talent musical). Outre la prestance symbolique de Leslie Banks (sans doute l'un des plus raffinĂ©s portraits de psychopathe vu sur Ă©cran !), La Chasse... est notamment rehaussĂ© de la complĂ©mentaritĂ© du duo Joel McCrea / Fay Wray formant un couple solidaire partagĂ© entre dĂ©sarroi et frayeur d'un concept aussi sournois que cruel et l'instinct de survie de s'extraire des pulsions morbides du chasseur entièrement soumis Ă  sa pathologie dĂ©viante (traquer puis tuer sa proie afin de ressentir l'extase du crime !). Au passage, et par ces principes immoraux, on notera le rĂ©quisitoire imputĂ© au loisir de la chasse lorsque Robert (autrefois chasseur) Ă©noncera Ă  sa compagne avec regain de conscience et en guise d'Ă©puisement: "tous ces animaux que j'ai traquĂ©, je sais ce qu'ils ont ressenti !". Tout est dit en cette seule rĂ©plique !


TournĂ© Ă©conomiquement la mĂŞme annĂ©e que King-Kong dans les mĂŞmes dĂ©cors, avec le mĂŞme rĂ©alisateur et la mĂŞme actrice, La Chasse du Comte Zaroff est parvenu Ă  transcender son budget low-cost grâce au brio des deux cinĂ©astes scrupuleusement inspirĂ©s Ă  immortaliser leur rĂ©aliste cauchemar avec une intensitĂ© formelle hypnotique. Il y Ă©mane un des survivals les plus fascinants et cruels que l'on est vu au cinĂ©ma, tout en cultivant en filigrane une rĂ©flexion lucide sur la perversitĂ© (ascensionnelle) de la cynĂ©gĂ©tique que les chasseurs perdurent depuis des siècles avec une vile lâchetĂ©. 

Bruno Dussart
4èx  

vendredi 27 octobre 2017

LE TOBOGGAN DE LA MORT

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

"Rollercoaster" de James Goldstone. 1977. U.S.A. 1h58. Avec George Segal, Richard Widmark, Timothy Bottoms, Henry Fonda, Harry Guardino, Susan Strasberg, Helen Hunt.

Sortie salles France: 28 Décembre 1977. U.S: 10 Juin 1977

FILMOGRAPHIE: James Goldstone est un réalisateur et producteur américain né le 8 juin 1931 à Los Angeles et décédé le 5 novembre 1999 à Shaftsbury. 1968: Les Complices. 1969 : Virages. 1969 : A Man Called Gannon. 1970 : A Clear and Present Danger (en) (TV). 1971 : Brother John. 1971 : Red Sky at Morning. 1971 : The Gang That Couldn't Shoot Straight. 1972 : They Only Kill Their Masters. 1974 : Cry Panic (TV). 1974 : Dr. Max (TV). 1974 : Things in Their Season (TV). 1975 : Journey from Darkness (TV). 1975 : Eric (TV). 1976 : Le Pirate des Caraïbes. 1977 : Le Toboggan de la Mort. 1980 : Le Jour de la fin du monde. 1981 : Kent State (TV). 1982 : Charles & amp; Diana: A Royal Love Story (TV). 1983 : Rita Hayworth: The Love Goddess (TV). 1984 : Calamity Jane (TV). 1984 : Voyage sentimental (TV). 1984 : Le soleil se lève aussi (TV). 1986 : Dreams of Gold: The Mel Fisher Story (TV). 1988 : Les Voyageurs de l'infini (TV). 1990 : Mariage en noir(TV).


Plutôt oublié de nos jours en dépit de sa récente sortie commerciale en Blu-ray, Le Toboggan de la Mort est un excellent film catastrophe mené sur un rythme haletant si bien qu'il ne laisse que peu de répit au spectateur observant sans réserve les stratégies terroristes d'un dangereux maître chanteur spécialiste en explosif dans les manèges à sensations. Son attraction de prédilection, le Rollercoaster, montagne russe vertigineuse d'une envergure assez impressionnante si je la compare à nos manèges français un peu plus modérés. Sans jamais s'embarrasser de séquences inutiles conforme au schéma du genre catastrophe (la caractérisation d'une foule de protagonistes stéréotypés en 1er lieu), James Goldstone démarre sur les chapeaux de roue avec l'unique séquence catastrophe, l'explosion d'un rollercoaster lors d'une nuit bondée de touristes. Une séquence spectaculaire d'une violence assez impressionnante même si l'on parvient à discerner quelques mannequins lorsque les wagons détachés viennent se projeter sur des stands ou se retourner avant d'écraser chaque passager sur le sol. La suite du récit se focalise ensuite sur le chantage du tueur exigeant une rançon d'un million de dollars, auquel cas il poursuivra une deuxième action terroriste auprès d'un autre rollercoaster.


DĂ©pĂŞchĂ© sur les lieux, Harry Calder, contrĂ´leur de sĂ©curitĂ©, doit lui rapporter la valise en plein coeur de la fĂŞte foraine et parmi la filature des policiers maladroitement fondus dans la foule. Remarquablement menĂ© grâce Ă  son rythme oppressant balisĂ© de fausses alertes, James Goldstone rĂ©ussit Ă  rendre palpitant son suspense policier auprès d'une rĂ©alisation efficace brodant un jeu de cache-cache entre le tueur et le hĂ©ros mis Ă  rude Ă©preuve car gentiment brimĂ©. Quant Ă  la seconde partie, un peu plus tendue et nerveuse pour son nouvel enjeu dramatique, elle renoue avec la menace d'une troisième attaque terroriste après que les ouvriers d'un parc d'attraction soient parvenus Ă  dĂ©samorcer une seconde bombe en dernier ressort. Outre son suspense Ă©moulu instaurĂ© autour d'une scĂ©nographie festive efficacement exploitĂ©e (notamment ces multiples tours de montagne russe filmĂ©s en camĂ©ra subjective afin de nous donner le vertige !), le Toboggan de la mort est Ă©galement rehaussĂ© d'un casting 3 Ă©toiles typique de sa dĂ©cennie florissante. Principalement Richard Widmark en agent de police bourru constamment sur le qui-vive Ă  coordonner ses plans d'action afin d'apprĂ©hender le tueur, et surtout le mĂ©connu George Segal très Ă  l'aise dans celui d'un Ă©missaire de fortune s'efforçant sans relâche de dĂ©jouer les plans sournois du terroriste dont il ignore l'identitĂ©. Ce dernier Ă©tant endossĂ© par le troublant Timothy Bottoms tout Ă  fait machiavĂ©lique dans la peau d'un terroriste assez vaniteux car d'apparence faussement rassurant, plutĂ´t retors et dĂ©terminĂ© dans ses lâches stratagèmes.


Constamment haletant grâce Ă  l'ossature de son suspense inquiĂ©tant fertile en rebondissements, et rehaussĂ© du jeu viril des comĂ©diens d'un charisme burinĂ©, Le Toboggan de la Mort parvient d'autant mieux Ă  nous tenir en haleine sans jamais user de bravoure si on Ă©carte l'inĂ©vitable scène catastrophe de son introduction criminelle. 
A noter les furtives apparitions de Steve Guttenberg, Craig Wasson (Body Double) et Helen Hunt âgée de 14 ans !

Bruno Matéï
3èx

jeudi 26 octobre 2017

La Dernière maison sur la Gauche / "The Last House on the Left"

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Wes Craven. 1972. U.S.A. 1h25. Avec Sandra Cassel, Lucy Grantham, David Hess, Fred J. Lincoln, Jeramie Rain, Marc Sheffler.

Inédit en salles en France. Sortie U.S: 30 Août 1972

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


"Sous la crasse, la bĂŞte".
Fer de lance du Rape and Revenge crapoteux, interdit en salles en France et trente ans durant au Royaume-Uni, La Dernière maison sur la gauche rĂ©volutionna le cinĂ©ma d’horreur — bien avant que Tobe Hooper ne le marque Ă  son tour, deux ans plus tard, avec l’Ă©lectrisant Massacre Ă  la Tronçonneuse. Sordide, poisseux, ultra glauque et malsain, le film doit sa rĂ©putation scandaleuse Ă  son aspect docu-vĂ©ritĂ©, issu de la rĂ©alisation amateuriste (premier essai de Wes Craven derrière la camĂ©ra) qui, dans sa première partie — la plus rĂ©ussie ! —, illustre le chemin de croix de deux lycĂ©ennes livrĂ©es Ă  un quatuor de marginaux sans vergogne. Au cĹ“ur d’une forĂŞt, ironiquement Ă  quelques pas de la maison des parents de l’une d’elles, elles subiront humiliations, sĂ©vices sexuels et tortures corporelles jusqu’Ă  ce que mort s’ensuive. Sans dĂ©bauche d’hĂ©moglobine, Craven distille un malaise psychologique et viscĂ©ral, privilĂ©giant une violence crue, d’une intensitĂ© rarement Ă©galĂ©e, et une camĂ©ra Ă  l’Ă©paule, parfois rivĂ©e en gros plans sur des visages pĂ©trifiĂ©s ou orduriers. Et, par une bande-son dissonante, tour Ă  tour joviale et Ă©lĂ©giaque, il nous plonge dans un vertige moral au bord du malaise.

Et mĂŞme si Craven dĂ©samorce (maladroitement) l’horreur par quelques sĂ©quences cocasses — ces deux flics empotĂ©s en fil rouge dĂ©risoire —, le spectateur ne parvient pas Ă  relativiser l’impact barbare des images ni le jeu, Ă  la fois approximatif et fascinant, d’acteurs inconnus Ă  l’aura hallucinĂ©e de perversitĂ©. Mention spĂ©ciale Ă  David Hess, raclure impĂ©rieuse Ă©prouvant un sursaut de compassion après un meurtre lâche et gratuit (« Les vĂ©ritables monstres ne sont jamais totalement dĂ©pourvus de sentiments. C’est ça, et non leur aspect, qui les rend si effrayants », pour citer Stephen King), et Ă  Fred J. Lincoln — acteur porno prolifique —, inquiĂ©tant tortionnaire nanti de penchants masochistes. Parfois un brin complaisant (l’Ă©viscĂ©ration concise d’une victime, l’entaille au couteau, lente, sur le torse d’une autre martyre), La Dernière maison sur la gauche Ă©chappe pourtant au racolage, malgrĂ© la gratuitĂ© de ses exactions, puisĂ©es dans un fait divers sordide (comme le souligne le post-gĂ©nĂ©rique) qu’on croirait arrachĂ© au Nouveau DĂ©tective.

Et si la seconde partie, moins convaincante, peine Ă  Ă©galer l’aura putride et le rĂ©alisme insupportable de la première (photo granuleuse Ă  l’appui), le climat de malaise — quasi irrespirable — s’accroĂ®t dans l’Ă©tau du huis clos familial : les postures sournoises des ploucs insalubres, la vengeance dĂ©bridĂ©e des parents, redoublant d’idĂ©es saugrenues pour assouvir leur justice sanglante, prolongent la descente aux enfers jusqu’Ă  la violence paroxystique.

 
"La souillure des justes".
RĂ©flexion sempiternelle sur l’instinct bestial et primitif de l’homme — aussi vĂ©reux que son meurtrier dès qu’il s’abandonne Ă  ses pulsions justicières —, La Dernière maison sur la gauche conserve son pouvoir de fascination : sommet d’horreur pestilentielle, brute, Ă©corchĂ©e. MĂŞme si certains cinĂ©philes lui prĂ©fèrent aujourd’hui La BĂŞte tue de sang froid d’Aldo Lado (plus maĂ®trisĂ© et mieux interprĂ©tĂ©, j’en conviens), ce premier Craven reste une pierre angulaire d’un genre marginal et couillu : pionnier d’une horreur documentĂ©e oĂą l’effroi est simplement humain.
Public averti.

Bruno Dussart
6è

mercredi 25 octobre 2017

TOOTSIE. Oscar de la Meilleure Actrice pour Jessica Lange.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Sydney Pollack. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Dustin Hoffman, Jessica Lange, Teri Garr, Dabney Coleman, Charles Durning, Bill Murray, Sydney Pollack.

Sortie salles France: 2 mars 1983. U.S: 17 DĂ©cembre 1982

FILMOGRAPHIE: Sydney Pollack est un acteur, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 1er juillet 1934 Ă  Lafayette, dans l'Indiana (États-Unis) et mort Ă  Los Angeles le 26 mai 2008. 1965: The Slender Thread. 1966 : PropriĂ©tĂ© interdite. 1968 : Les Chasseurs de scalps. 1968 : Le Plongeon de Frank Perry, terminĂ© par Pollack non crĂ©ditĂ©. 1969 : Un château en enfer. 1969 : On achève bien les chevaux. 1972 : Jeremiah Johnson. 1973 : Nos plus belles annĂ©es. 1975 : Yakuza. 1975 : Les Trois Jours du condor. 1977 : Bobby Deerfield. 1979 : Le Cavalier Ă©lectrique. 1981 : Absence de malice. 1982 : Tootsie. 1985 : Out of Africa. 1990 : Havana. 1993 : La Firme. 1995 : Sabrina. 1999 : L'Ombre d'un soupçon. 2005 : L'Interprète. 2005 : Esquisses de Frank Gehry.


Gros succès international des annĂ©es 80 (en France il engrange 3 840 083 entrĂ©es) si bien qu'aujourd'hui il est rĂ©pertoriĂ© comme un classique du genre, Tootsie est une comĂ©die pĂ©tillante comme on n'en voit plus (ou alors si peu) de nos jours. Acteur au chĂ´mage dĂ©bordant de talent et d'ambition, Michael Dorsey risque le tout pour le tout en se fondant dans le corps d'une sexagĂ©naire prĂ©nommĂ©e Dorothy afin de mieux convaincre les producteurs d'un soap. Et le succès inespĂ©rĂ© de se produire si bien que ce dernier, amoureux de sa partenaire Ă  l'Ă©cran, essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extraire de la cĂ©lĂ©britĂ© en osant dĂ©voiler en dernier ressort son vĂ©ritable visage ! DirigĂ© par l'Ă©minent Sydney Pollack se refusant Ă  vulgariser le thème du travestissement avec subtile Ă©motion et parmi l'humilitĂ© de ses acteurs, Tootsie est justement l'occasion de mettre en valeur une plĂ©iade de comĂ©diens aux tempĂ©raments sĂ©millants, et ce jusqu'aux seconds-rĂ´les. Tant auprès de Dabney Coleman en metteur en scène vaniteux, de Charles Durning en veuf subitement aimant de Dorothy, de Bill Murray en acolyte conciliant, de George Gaynes en acteur sclĂ©rosĂ© gagnĂ© par la galanterie (car lui aussi Ă©pris de Dorothy !) que de l'explosive Teri Garr dans un rĂ´le taillĂ© sur mesure de maĂ®tresse infortunĂ©e.


Outre l'intensitĂ© attachante de ces derniers issus de l'ancienne Ă©cole, Tootsie dĂ©cuple le pouvoir attractif de sa tendre fantaisie sous l'abattage de Dustin Hoffman partagĂ© entre l'impudence de son personnage fictif, ses rĂ©els sentiments auprès de sa tendre partenaire hors Ă©cran et ses remords Ă  oser duper son entourage dans celle d'une actrice autoritaire au tempĂ©rament autonome. A ses cĂ´tĂ©s, lui partageant sobrement la vedette du soap, la radieuse Jessica Lange (justement rĂ©compensĂ©e de l'oscar de la meilleure actrice dans un second-rĂ´le) illumine l'Ă©cran dans sa fonction d'aimable confidente sitĂ´t le tournage achevĂ© car peu Ă  peu enivrĂ©e par le magnĂ©tisme (masculin) de sa partenaire Dorothy. DĂ©bordante de charme et d'innocence, Jessica Lange insuffle une sensuelle affection, de par ses soupçons de sentiments vĂ©hiculĂ©s par son Ă©ventuelle homosexualitĂ© qu'elle se refuse Ă  accepter. Sa dĂ©licate relation entamĂ©e avec Dorothy prouvant par cette occasion frauduleuse que l'amour ne se commande pas lorsque les sentiments restent plus forts que la raison quelque soit notre orientation sexuelle.


A travers ce jeu de cache-cache romantique compromis au vaudeville rocambolesque (les gags arborant une cocasserie toujours rĂ©vĂ©rencieuse eu Ă©gard du tendre humanisme d'Hoffman), Tootsie traite des dĂ©licats problèmes du chĂ´mage, de la gestion de la starisation, de la quĂŞte identitaire, de l'affirmation de soi et de l'Ă©mancipation fĂ©minine avec une Ă©motion subtilement poignante. Le divertissement efficacement structurĂ© alternant mutuellement drĂ´lerie, charme et romance parmi la motricitĂ© d'un scĂ©nario retors et celle d'un casting en roue libre. Un excellent anxiolytique aussi frais et pĂ©tillant qu'une coupe de champagne ! 

Eric Binford
3èx

Récompenses: Oscars 1983 : meilleure actrice dans un second rôle pour Jessica Lange
Golden Globes 1983 : meilleur film musical ou de comédie, meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour Dustin Hoffman, meilleure actrice dans un second rôle pour Jessica Lange
British Academy Film Awards 1984 : meilleur acteur pour Dustin Hoffman, meilleurs maquillages

mardi 24 octobre 2017

WIND RIVER. Prix de la mise en scène, Cannes 2017.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site teaser-trailer.com

de Taylor Sheridan. 2017. U.S.A. 1h50. Avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Kelsey Chow, Jon Bernthal, Graham Greene, Julia Jones, Gil Birmingham.

Sortie salles France: 30 Août 2017. U.S: 4 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Taylor Sheridan est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 21 mai 1970 Ă  Cranfills Gap au Texas, . 2011: Vile. 2017: Wind River.


Thriller choc d'une intensitĂ© dramatique aussi bouleversante qu'impitoyable, Wind River n'a pas volĂ© son prix de la mise en scène Ă  Cannes alors qu'il s'agit de la seconde rĂ©alisation du nĂ©ophyte Taylor Sheridan. Ce dernier parvenant Ă  tailler un suspense anxiogène autour d'un sordide fait divers (la dĂ©couverte du cadavre d'une jeune indienne) qu'une agent du FBI et un chasseur vont tenter d'Ă©lucider en plein coeur de montagnes enneigĂ©es (magnifique paysages Ă©purĂ©s). Intense et poignant quant Ă  l'humanisme fragile que nos protagonistes vĂ©hiculent sans fard de par leur pudeur contenue et leur non-dit, Wind River nous immerge dans leur Ă©tat de dĂ©sagrĂ©ment et d'impuissance morale sitĂ´t les circonstances de la mort dĂ©voilĂ©es ainsi que le chemin de croix que cette dernière parcourut en lieu et place de survie durant 10 kms dans une nature rĂ©frigĂ©rante Ă  - 30° ! Un exploit hĂ©roĂŻque tenant du surpassement de soi auquel son ectoplasme va planer sur les Ă©paules de nos hĂ©ros durant leur investigation Ă©maillĂ©e de rencontres ombrageuses cĂ©dant parfois aux brutaux Ă©clairs de violence d'une vibrante intensitĂ© dramatique. Cet alliage d'Ă©motions fulgurantes suscitant le vertige au spectateur (le + sensible) impliquĂ© dans un règlement de compte d'une folie suicidaire !


Un peu comme l'avait d'ailleurs magnifiquement opĂ©rĂ© Stanley Kubrick avec Full Metal Jacket (ou Spielberg avec le soldat Ryan...) lorsque les impacts de balles perforaient les chairs des victimes en Ă©moi ou Ă  l'agonie. La encore j'insiste sur le caractère Ă©prouvant, voir rĂ©solument bouleversant de cette brutalitĂ© incisive que le rĂ©alisateur parvient Ă  mettre en exergue avec un rĂ©alisme aride, et ce sans parti-pris racoleur. Notamment en tenant compte du caractère sournois du (ou des) coupable(s) compromis Ă  la discrimination raciale et de rendre hommage avec vibrante humilitĂ© Ă  cette victime sacrifiĂ©e en tenant compte de son exploit surhumain. VĂ©ritable oraison funèbre auprès des familles de dĂ©funtes tentant rigoureusement de se reconstruire après une tragĂ©die aussi inique qu'impromptue, Wind River traite des thèmes douloureux du souvenir, de la survie, de la rĂ©silience, du dĂ©passement de la souffrance avec une pudeur Ă  fleur de peau et une ambiguĂŻtĂ© morale quant Ă  l'illĂ©galitĂ© de l'auto-justice. Car outre la subtilitĂ© de sa mise en scène Ă  sacraliser le "thriller" par le biais d'une caractĂ©risation psychologique fouillĂ©e (et limpide) engendrant une rĂ©flexion sur la perte de l'ĂŞtre aimĂ©e, la providence et la canalisation de la souffrance, Wind River est illuminĂ© par les prĂ©sences des comĂ©diens Jeremy Renner (un regard viril chargĂ© de cicatrices morales derrière sa carapace stoĂŻque) et Elizabeth Olsen (poignante d'empathie auprès de la victime et de son co-Ă©quipier puis de pugnacitĂ© durant son ascension professionnelle). Ces derniers formant de manière impromptue un duo commun de justiciers solidaires impliquĂ©s dans l'instinct de vengeance et l'initiation d'une survie propre Ă  l'hĂ©roĂŻsme.


Un coup de poignard en plein coeur, inextinguible. 
Hommage dĂ©chirant Ă  la communautĂ© amĂ©rindienne du point de vue d'une jeune martyr d'une endurance physique et morale symbolique, Wind River laisse en Ă©tat de mutisme sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©. Le film s'Ă©difiant en bouleversant requiem auprès des victimes sacrifiĂ©es au moment oĂą leur famille se rĂ©signe Ă  se reconstruire, entre fragilitĂ© dĂ©munie et regain de rĂ©silience. De mon point de vue personnel (puisque j'en sors traumatisĂ© et que rares sont les films oĂą leur saillie de brutalitĂ© me bouleverse aux larmes), Wind River constitue sans doute un chef-d'oeuvre intimiste sur la gestion de la souffrance et de la dĂ©veine, faute de la lâchetĂ© de l'homme incapable de rĂ©primer ses bas instincts. 

Bruno Dussart.

Récompenses: Prix Un certain regard, Prix de la mise en scène, Cannes 2017
Festival international du film de Karlovy Vary 2017 : prix du public pour Taylor Sheridan, prix du président pour Jeremy Renner

vendredi 20 octobre 2017

LES VIKINGS

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cover.box3.net

"The Vikings" de Richard Fleischer. 1958. U.S.A. 1h55. Avec Kirk Douglas, Tony Curtis, Janet Leigh, Ernest Borgnine, James Donald, Alexander Knox, Maxine Audley

Sortie salles France: 15 Décembre 1958. U.S: 28 Juin 1958

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Grand classique hollywoodien au pouvoir de fascination trouble, de par son rĂ©alisme historique surfant dans un contexte de spectacle flamboyant,  Les Vikings est bel et bien un chef-d'oeuvre du film d'aventures au souffle Ă©pique d'une Ă©tonnante envergure. A l'instar de sa spectaculaire bataille finale dĂ©ployant gros moyens techniques et moult figurants sous l'oeil avisĂ© de Richard Fleischer en pleine possession de ses ambitions. La vigueur des combats barbares se renouvelant sans cesse grâce au dynamisme du montage vĂ©loce exploitant aussi bien dĂ©cors naturels que ceux de la bastille avec un brio d'autant plus formel (sa photo sĂ©pia sublimant sans modĂ©ration des images picturales que l'on croirait extrait d'un bouquin d'histoire !).


Outre ce morceau d'anthologie Ă  la fois immersif et palpitant, le rĂ©cit se permet en prime de renchĂ©rir le goĂ»t du spectacle avec une diabolique efficacitĂ© lorsque Einar et Erik iront se combattre Ă©pĂ©es Ă  la main sur la tour de la chapelle. LĂ  encore, Fleischer chorĂ©graphie ce corps Ă  corps avec une inventivitĂ© constante car multipliant les angles de vues alambiquĂ©s au sein d'un cadre exigu Ă©difiĂ© sous haute altitude ! En prime de la qualitĂ© percutante d'un jeu d'acteurs expansifs (le toujours aussi fringant Kirk Douglas se dispute ardemment la vedette avec Tony Curtis inopinĂ©ment crĂ©dible dans sa posture bourrue d'esclave en quĂŞte d'affirmation et de rĂ©bellion hĂ©roĂŻque !), Les Vikings bĂ©nĂ©ficie d'un scĂ©nario solide autour de la rivalitĂ© de deux frères pour autant indulgents car (inconsciemment lucides de leur parentĂ© puis) communĂ©ment contraints de collaborer afin de soutirer la promise du roi anglais, Aella. Janet Leigh se glissant dans le corps tĂ©nu de la princesse Morgane avec douce fragilitĂ©, tourments et perplexitĂ© quant Ă  sa nouvelle condition de soumise en proie au chantage des vikings complaisamment machistes et belliqueux.


DĂ©crivant dans un premier temps avec rĂ©alisme et souci du dĂ©tail, fougue passionnelle et violence incisive (mĂŞme si le hors-champs est souvent prĂ©conisĂ©) les us et coutumes des vikings et leur goĂ»t pour la guĂ©rilla (notamment leur code d'honneur de pĂ©rir avec l'Ă©pĂ©e afin de gagner le repos dans l'au-delĂ ), Richard Fleischer parvient Ă  infiltrer un souffle Ă  la fois Ă©pique et romantique au fil d'un rĂ©cit fertile en dissension psychologique lorsque les liens du sang fraternel sont compromis par un terrible secret autour des sentiments d'une promise. EnvoĂ»tant, sauvage et d'une beautĂ© formelle capiteuse ! 

Bruno Dussart
2èx

jeudi 19 octobre 2017

MORT SUSPECTE D'UNE MINEURE

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au blog Lupanarsvisions

"Morte sospetta di una minorenne / Too young to die" de Sergio Martino. 1975. Italie. 1h40. Avec Claudio Casinelli, Mel Ferrer, Lia Tanzi, Massimo Girotti, Barbara Magnolfi.

Inédit en salles en France. Italie: 12 Août 1975

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1975: Morte sospetta di una minorenne. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


InĂ©dit en salles et sous support numĂ©rique sur notre territoire, Mort suspecte d'une mineure combine les composantes (en vogue) du polar (les puristes lui prĂ©fèreront le terme "poliziesco") et du giallo autour de l'efficacitĂ© d'un script assez bien structurĂ© dĂ©nonçant (comme son confrère La Lame Infernale) la corruption d'un notable particulièrement aguichĂ© par la coke et les jeunes adolescentes. En filature, un commissaire aux mĂ©thodes expĂ©ditives tente de dĂ©couvrir le ou les coupables du meurtre sordide d'une mystĂ©rieuse adolescente avec l'appui d'un chapardeur vĂ©loce. PlutĂ´t nerveux par son action policière entrebâillĂ©e d'une poursuite automobile Ă©tonnamment cocasse et assez violent auprès de quelques meurtres stylisĂ©s, Mort suspecte d'une mineure constitue un bon divertissement sous l'impulsion musicale du score percutant de Luciano Michelini n'ayant rien Ă  envier au groupe Goblin (une partition rock et entĂŞtante si bien que le chef-d'oeuvre d'Argento, Les Frissons de l'Angoisse s'y fait instinctivement Ă©cho !). Sans pour autant laisser de souvenir impĂ©rissable, cette sĂ©rie B correctement emballĂ©e par le spĂ©cialiste Sergio Martino doit notamment son capital sympathie grâce Ă  la soliditĂ© de son casting rĂ©unissant Claudio Casinelli (très Ă  l'aise en flic rĂ©actionnaire entĂŞtĂ©), le vĂ©tĂ©ran Mel Ferrer et la charmante Barbara Magnolfi dans un rĂ´le toutefois assez discret je dois avouer. Enfin, et Ă  moindre Ă©chelle, on ne reste pas insensible Ă  l'esthĂ©tisme raffinĂ© des dĂ©cors domestiques typiquement transalpins et parfois mĂŞme baroques. A dĂ©couvrir.


Eric Binford.

mercredi 18 octobre 2017

BETTER WATCH OUT

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Chris Peckover. 2016. 1h29. U.S.A/Australie. Avec Levi Miller, Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Patrick Warburton, Dacre Montgomery, Virginia Madsen.

Sortie salles France: Prochainement. U.S: 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIEChris Peckover est un réalisateur américain.
2010: Undocumented. 2016: Better Watch out.


Conte de noel horrifique d'une saveur vitriolée dans son jeu de cache-cache avec la peur et de manipulation morale auprès des victimes démunies, Better Watch Out demeure une heureuse surprise dans le paysage familièrement formaté du genre car si peu avare en originalité, impudence et créativité. D'une audace détonnante pour ses éclairs de violence tranchés, cette série B remarquablement menée et techniquement maîtrisée (notamment pour l'inventivité et la souplesse de certains plans vertigineux et pour la flamboyance de sa photo !) doit son salut à son scénario à tiroirs constamment surprenant, et aux portraits juvéniles que forment des ados dévergondés.


En pleine pĂ©riode de NoĂ«l, Ashley (incarnĂ©e par la sĂ©duisante et nĂ©ophyte Olivia DeJonge prĂ©alablement entrevue dans The Visit !) joue la babysitter auprès d'une famille respectable en gardant leur fils unique. Mais l'intrusion de mystĂ©rieux tueurs dans la demeure va inciter le duo Ă  faire preuve de ruse et courage pour rester en vie, notamment en s'efforçant de rĂ©cupĂ©rer l'arme du paternel planquĂ© sous son lit. VoilĂ  pour le pitch prĂ©sageant un huis-clos tendu et effrĂ©nĂ©, sorte de pastiche horrifique de Maman j'ai ratĂ© l'avion accouplĂ© d'un autre illustre mĂ©trage dont je tairais le nom afin de prĂ©server tout effet de surprise. Car cumulant sur un rythme soutenu pĂ©ripĂ©ties et soubresauts avec autant d'intelligence que d'efficacitĂ© (notamment au niveau des rĂ©actions censĂ©es des ados en porte-Ă -faux se mesurant Ă  leur vaillance et Ă  leur esprit de provocation), Better Watch out est une pochette-surprise jusqu'au-boutiste. Le spectateur s'interrogeant de prime abord Ă  savoir si dans la sĂ©quence redoutĂ©e le rĂ©alisateur osera aller jusqu'au bout de son concept criminogène par le biais d'idĂ©es putassières sachant qu'en l'occurrence tous les protagonistes (ou plutĂ´t la plupart) sont des ados prĂ©-pubères portĂ©s sur la sexualitĂ©, le machisme et le dĂ©sir du dĂ©passement de soi.


Progressivement malsain donc quant Ă  la tournure (radicale) des Ă©vènements, voir parfois mĂŞme choquant et dĂ©rangeant (sans dĂ©voiler les rĂ©sultantes des situations stressantes d'embrigadement !), Better Watch Out constitue une farce mĂ©chamment sardonique, pied de nez au politiquement correct en cette pĂ©riode sereine des fĂŞtes de NoĂ«l. Intense, inventif, subversif, assez captivant et d'un humour noir dĂ©capant, le divertissement convainc d'autant mieux sous l'impulsion de comĂ©diens juvĂ©niles Ă©patants de fourberie ou de sobre apprĂ©hension du cĂ´tĂ© des victimes. Spoil ! En tirant mon chapeau Ă  un des acteurs dont je tairais le nom car portant le film sur ses Ă©paules avec un charisme d'une vĂ©nĂ©neuse sĂ©duction ! Fin du Spoil. Pour l'anecdote, on est Ă©galement ravi de retrouver en second-plan l'une des stars des annĂ©es 80, Virginia Madsen (Electric Dreams, Dune, Hot Spot, Highlander, le retour, Candyman, etc...), presque mĂ©connaissable dans son visage tumĂ©fiĂ©. Très sympa. 

P.S: Je vous déconseille de visionner tous trailers ou éventuels extraits afin de préserver les nombreux retournements de situation !

En remerciant Pascal Frezzato pour la découverte !
Bruno Matéï

mardi 17 octobre 2017

LE CLAN DES SICILIENS

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Henri Verneuil. 1969. France/Italie. 2h05. Avec Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura, Irina Demick, Yves Lefebvre, Marc Porel, Elisa Cegani, Amedeo Nazzari, Danielle Volle, Philippe Baronnet.

Sortie salles France: 5 Décembre 1969

FILMOGRAPHIE: Henry Verneuil (de son vrai nom Achod Malakian) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste  français d'origine armĂ©nienne, nĂ© le 15 Octobre 1920 Ă  Rodosto, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Janvier 2002 Ă  Bagnolet. 1951: La Table aux crevĂ©s. 1952: Le Fruit DĂ©fendu. 1952: Brelan d'As. 1953: Le Boulanger de Valorgue. 1953: Carnaval. 1953: l'Ennemi public numĂ©ro 1. 1954: Le Mouton a 5 pattes. 1955: Les Amants du Tage. 1955: Des Gens sans importance. 1956: Paris, palace HĂ´tel. 1957: Une Manche et la belle. 1958: Maxime. 1959: Le Grand Chef. 1959: La Vache et le Prisonnier. 1960: l'Affaire d'une Nuit. 1961: Le PrĂ©sident. 1961: Les Lions sont lâchĂ©s. 1962: Un Singe en Hiver. 1963: MĂ©lodie en sous-sol. 1963: 100 000 Dollars au Soleil. 1964: Week-end Ă  Zuydcoote. 1966: La 25è Heure. 1967: La Bataille de San Sebastian. 1969: Le Clan des Siciliens. 1971: Le Casse. 1972: Le Serpent. 1975: Peur sur la ville. 1976: Le Corps de mon ennemi. 1979: I comme Icare. 1982: Mille Milliards de Dollars. 1984: Les Morfalous. 1991: Mayrig. 1992: 588, rue du Paradis.


Triomphe en salles Ă  sa sortie avec plus de 4 821 585 entrĂ©es, le Clan des Siciliens est la rĂ©union de talents hors-pair qu'Henri Verneuil s'est permis de recruter parmi lesquels Jean Gabin, Alain Delon et Lino Ventura, et ce afin de parfaire un polar de l'ancienne Ă©cole. Production franco-italienne, le cinĂ©aste s'entoure Ă©galement de la contribution d'Ennio Morricone pour transfigurer une mĂ©lodie Ă©lĂ©giaque restĂ©e dans toutes les mĂ©moires. Un thème mĂ©tronomique que l'on entend tout le long du rĂ©cit car collant si bien aux sobres dĂ©placements d'une mafia partagĂ©e entre son orgueil professionnel et la rancune d'un code d'honneur conjugal bafouĂ©. A peine Ă©vadĂ© de prison, Roger Sartet propose Ă  son ami sicilien de dĂ©valiser une bijouterie avec l'accord du patriarche Vittorio. RĂ©ticent de prime abord, ce dernier finit par cĂ©der au vu de son allĂ©chant casse notamment lorsque Roger lui annonce qu'il possède la topographie de la bijouterie. Mais une idĂ©e plus judicieuse amène Vittorio Ă  reconsidĂ©rer leur plan. 


Film policier d'une distinction impĂ©riale si je me rĂ©fère au jeu dĂ©pouillĂ© des 3 monstres sacrĂ©s citĂ©s plus haut, Le Clan des Siciliens constitue un grand moment de cinĂ©ma sous l'autoritĂ© infaillible d'Henri Verneuil Ă©rigeant, une fois n'est pas coutume (pointe d'ironie !), un modèle de mise en scène. Notamment auprès de l'Ă©picentre du suspense, un fameux dĂ©tournement d'avion qu'imposera la famille Manalese avec un flegme imperturbable si bien qu'aucune violence n'est imputĂ©e aux passagers (Ă  l'exception d'un seul un brin zĂ©lĂ© que Roger corrigera d'un coup de pied !). Une sĂ©quence d'anthologie d'une subtile intensitĂ© par sa coordination professionnelle rĂ©futant tout dĂ©rapage criminel sous le pilier d'un habile montage Ă  couper au rasoir. Outre la soliditĂ© de l'intrigue Ă  la structure symĂ©trique et un rebondissement aussi retors que dĂ©risoire quant Ă  la dĂ©route du clan mafieux (une simple trahison d'adultère), Henri Verneuil transcende sa mise en scène au cordeau avec l'appui de ses trois immenses acteurs d'un charisme viril qu'on ne retrouve plus dans le cinĂ©ma mainstream. Ventura/Delon/Gabin jouant le jeu du chat et de la souris pour la mise du pouvoir dans une posture Ă  la fois impassible, caractĂ©rielle et bourrue.


Chef-d'oeuvre du polar français emprunt d'une touche transalpine auprès de l'intense mĂ©lodie du maestro Morricone et chez ses seconds-rĂ´les photogĂ©niques (outre les frères de la famille Manalese au regard torve, on est aussi sensible Ă  l'implication vĂ©reuse et fragile de la soeur de Roger, et Ă  celle compromise dans une adultère alĂ©atoire !), Le Clan des Siciliens perdure son pouvoir de sĂ©duction et de fascination, de par sa narration plausible (on croit dur comme fer au casse du siècle !) et le romantisme (tragique) qu'insuffle le trio divergeant, Delon/Gabin/Ventura. Du grand art ! 

Bruno Dussart
3èx

lundi 16 octobre 2017

POUR 100 BRIQUES T'AS PLUS RIEN

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Edouard Molinaro. 1982. France. 1h22. Avec Daniel Auteuil, Gérard Jugnot, Anémone, Jean-Pierre Castaldi, François Perrot, Paul Barge, Georges Géret, Darry Cowl.

Sortie salles France: 12 Mai 1982

FILMOGRAPHIE: Edouard Molinaro est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Mai 1928 à Bordeaux, en Gironde, décédé le 7 Décembre 2013 à Paris.1958: Le Dos au mur. 1959: Des Femmes disparaissent. 1959: Un Temoin dans la ville. 1960: Une Fille pour l'été. 1961: La Mort de Belle. 1962: Les Ennemis. 1962: Les 7 Pêchers capitaux. 1962: Arsène Lupin contre Arsène Lupin. 1964: Une Ravissante Idiote. 1964: La Chasse à l'Homme. 1965: Quand passent les faisans. 1967: Peau d'Espion. 1967: Oscar. 1969: Hibernatus. 1969: Mon Oncle Benjamin. 1970: La Liberté en Croupe. 1971: Les Aveux les plus doux. 1972: La Mandarine. 1973: Le Gang des Otages. 1973: L'Emmerdeur. 1974: L'Ironie du sort. 1975: Le Téléphone Rose. 1976: Dracula, père et fils. 1977: L'Homme pressé. 1978: La Cage aux Folles. 1979: Cause toujours... tu m'intéresses ! 1980: Les Séducteurs. 1980: La Cage aux Folles 2. 1982: Pour 100 briques t'as plus rien... 1984: Just the way you are. 1985: Palace. 1985: L'Amour en douce. 1988: A gauche en sortant de l'ascenseur. 1992: Le Souper. 1996: Beaumarchais, l'insolent. 1996: Dirty Slapping (court-métrage).


ComĂ©die populaire des annĂ©es 80 dirigĂ©e par le spĂ©cialiste du genre, Edouard MolinaroPour 100 briques t'as plus rien s'avère irrĂ©sistible de drĂ´lerie sous l'impulsion du duo pĂ©tulant GĂ©rard Jugnot/Daniel Auteuil incarnant des braqueurs de banque Ă  la p'tite semaine avec une fringance saillante. LicenciĂ© de son emploi de serrurier, Sam propose avec son comparse Paul de braquer une banque en guise de survie. Après un entrainement intensif dans le logement de la petite amie de Sam, ces derniers dĂ©cident de passer Ă  l'action. Complètement improbable car multipliant les situations saugrenues (ah cette fameuse transaction avec le personnel bancaire !) autour d'une prise d'otages que 2 braqueurs endimanchĂ©s dirigent avec (une fantaisiste) dĂ©termination, Pour 100 braques t'as plus rien ne s'embarrasse nullement de crĂ©dibilitĂ© afin de privilĂ©gier les facĂ©ties dĂ©jantĂ©es de nos braqueurs redoublants de maladresses et d'utopie pour parfaire leur dessein.


TruffĂ© de gags dĂ©sopilants grâce Ă  l'inventivitĂ© d'idĂ©es politiquement incorrectes et de situations grotesques tournant autour de l'appât du gain sous l'autoritĂ© du duo survoltĂ© Jugnot/Auteuil, Pour 100 briques t'as plus rien transpire la sincĂ©ritĂ© (assortie d'une gĂ©nĂ©rositĂ©) pour amuser le spectateur immergĂ© dans une action fertile en rebondissements. Outre la fougue expansive de nos deux illustres acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les effronteries dĂ©linquantes et criminelles (notamment la fausse mort de Sam !), et des seconds-rĂ´les aussi convaincants dans leur fonction de victime en sursis, on peut notamment compter sur l'aplomb spontanĂ© d'AnĂ©mone se fondant dans le corps d'une otage avec un bagout dĂ©complexĂ© ! Plusieurs sĂ©quences dĂ©lirantes Ă©manant de son impertinence Ă  dĂ©briefer la situation de crise Ă  la police et aux mĂ©dias tout en se concertant avec les malfrats. Sam, dragueur invĂ©tĂ©rĂ©, n'hĂ©sitant pas Ă  l'accoster afin de mieux parvenir Ă  ses fins cupides. 


Divertissement mineur sans prétention mené à 100 à l'heure, Pour 100 briques t'as plus rien ne manque ni de drôlerie, ni d'audaces ni d'originalité pour pasticher une improbable prise d'otages sous l'impulsion de comédiens pétris de ferveur et de complicité amicale dans leur fonction vénale. Un antidépresseur d'une efficacité en roue libre !

Eric Binford.
3èx

vendredi 13 octobre 2017

Morts Suspectes / Coma

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Coma" de Michael Crichton. 1978. U.S.A. 1h53. Avec Geneviève Bujold, Michael Douglas,
Elizabeth Ashley, Rip Torn, Richard Widmark, Lois Chiles.

Sortie salles France: 28 Juin 1978. U.S: 6 Janvier 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Crichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles. 1972: Pursuit (télé-film inédit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'évadé du futur. 1989: Preuve à l'appui (Physical Evidence).

Thriller mĂ©dical diablement ficelĂ© sous l’autoritĂ© du maĂ®tre du genre - l’Ă©crivain et rĂ©alisateur Michael Crichton (Ă  qui l’on doit les formidables Runaway, l’Ă©vadĂ© du futurLa Grande Attaque du train d’or et les gĂ©nialement visionnaires Mondwest et Looker) - Morts suspectes (dont on prĂ©fère d’ailleurs le titre US, plus concis et pertinent) est une machine Ă  suspense aussi haletante que documentĂ©e, menĂ©e d’une main de fer par une Geneviève Bujold omniprĂ©sente dans sa fonction investigatrice redoutablement couillue et retorse.

Synopsis: MĂ©decin-chef dans un Ă©minent hĂ´pital, Susan Wheeler s’alarme d’une sĂ©rie de cas de coma inexpliquĂ©s survenus durant l’annĂ©e Ă©coulĂ©e. Toujours plus suspicieuse, surtout depuis la mort subite de son amie d’enfance, elle s’efforce de convaincre son compagnon que sa paranoĂŻa n’est pas qu’un dĂ©lire de l’imaginaire. 

Dans un premier temps - passionnant, Crichton retranscrit, avec un rĂ©alisme chirurgical, la lente dĂ©rive morale d’une femme en proie au doute, Ă  mesure que s’Ă©paissit le voile de mystère autour de ces morts cĂ©rĂ©brales. Le film joue d’abord la carte de la suggestion avec un souci documentaire impressionnant. C’est la grande force du rĂ©cit : cultiver l’angoisse sourde, l’inquiĂ©tude rampante, Ă  travers indices maigres et Ă©nigmes suspendues, sans sombrer dans les artifices Ă©culĂ©s du genre. 


L’amant de Susan (sobrement incarnĂ© par le jeune Michael Douglas), figure ambivalente, vacille entre tendresse distante et rĂ©sistance sceptique, ce qui densifie encore le rĂ©cit. On ne sait s’il la croit, ou s’il cache une part d’ombre dans cette affaire de trafics de cadavres. Subtilement anxiogène, peuplĂ© de figures troubles - collègues, supĂ©rieurs, hommes en blouse blanche au sourire trop poli - Morts suspectes distille un suspense progressif, Ă  mesure que Susan s’enfonce dans l’illĂ©galitĂ© pour toucher du doigt une vĂ©ritĂ© terrifiante. La seconde partie, autrement plus haletante et nerveuse dans sa mĂ©canique de survie, dĂ©ploie une tension suffocante lors d’une traque tentaculaire. Susan, proie lucide, brave chaque couloir, chaque sous-sol, chaque conduit glacial, pour dĂ©jouer l’ennemi et repĂ©rer le nid du poison : le monoxyde de carbone.
 
Michael Crichton orchestre un cauchemar clinique sans rĂ©pit, oĂą le dĂ©cor hospitalier devient prison, piège, labyrinthe. Si le deuxième acte flirte agrĂ©ablement avec le conventionnel, la maĂ®trise technique et le rythme implacable maintiennent l’adrĂ©naline jusqu'au gĂ©nĂ©rique libĂ©rateur. Le climax, Ă©prouvant, nous laisse suspendus au souffle fragile de Susan sur une table d’opĂ©ration, menacĂ©e Ă  son tour. Ultime suspense Hitchcockien d'une tension affolante, notamment auprès de l'appui d'un tĂ©moin capital. 


Formidable machine Ă  suspense, implacablement menĂ©e, agrĂ©mentĂ©e de pĂ©ripĂ©ties tendues et de pointes d’anticipation dĂ©rangeantes, Morts suspectes explore la corruption mĂ©dicale, les savants fous et la marchandisation de la vie au cĹ“ur d’un monde froidement moderne. Servi par une distribution solide - en tĂŞte, Geneviève Bujold, viscĂ©rale, Ă©motive, combative - ce classique des seventies conserve, cinq dĂ©cennies plus tard, toute sa force et son pouvoir de fascination.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.08.25. Vostf. 4èx

jeudi 12 octobre 2017

MAIS OU EST DONC PASSEE LA 7E COMPAGNIE ?

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Lamoureux. 1973. France. 1h29. Avec Jean Lefebvre, Pierre Mondy, Aldo Maccione,
Robert Lamoureux, Pierre Tornade, Jacques Marin, Marcelle Ranson-Hervé, Érik Colin.

Sortie salles France: 13 Décembre 1973

FILMOGRAPHIERobert Lamoureux est un acteur, humoriste, auteur dramatique, réalisateur, poète, parolier et scénariste français, né le 4 janvier 1920 à Paris et décédé le 29 octobre 2011 à Boulogne-Billancourt. 1960 : Ravissante. 1960 : La Brune que voilà. 1973 : Mais où est donc passée la septième compagnie ? 1974 : Impossible... pas français. 1975 : On a retrouvé la septième compagnie. 1975 : Opération Lady Marlène. 1977 : La Septième Compagnie au clair de lune.


Juin 1940. A la suite de la capture de la 7è compagnie par les allemands, trois soldats rĂ©fugiĂ©s dans une forĂŞt tentent d'Ă©chapper Ă  l'ennemi avec l'aide du lieutenant Duvauchel, rescapĂ© d'un crash d'avion. Au fil de leur escapade semĂ©e d'heureuses et mauvaises rencontres, puis dans un concours de circonstances alĂ©atoires, ils parviennent in extremis Ă  libĂ©rer leur compagnie. 


Comédie troupière d'une rare indigence et platitude par son cheminement routinier, Mais ou est donc passé la 7è compagnie ? est à mon sens l'une des plus racoleuses arnaques du cinéma français ! Faute d'une réalisation académique peu inspirée, d'un scénario linéaire exploitant fort maladroitement péripéties cocasses, gags adipeux et rebondissements ballots, et d'aimables têtes d'affiche batifolant dans leur accoutrement militaire avec une verve crédule. Seule la présence furtive de Jacques Marin dans le rôle d'un épicier collabo eut parvenu à m'arracher quelques sourires lors d'une séquence de racket alimentaire perpétrée par nos trois franchouillards déguisés en allemands.


Insipide, soporifique et déprimant alors que deux autres suites verront le jour avec plus (le 2è opus) ou moins (le 3è) de succès commercial.

Eric Binford.