mardi 27 mars 2018

QUAND FAUT Y ALLER, FAUT Y ALLER

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Nati con la camicia" de E.B. Clucher. 1983. 1h48. Avec Terence Hill, Bud Spencer, Buffy Dee, David Huddleston, Riccardo Pizzuti, Faith Minton.

Sortie salles France: 14 Décembre 1983.

FILMOGRAPHIE: Enzo Barboni (E.B. Clucher) est un directeur de la photographie et réalisateur italien né le 10 juillet 1922 à Rome et mort le 23 mars 2002. 1970 : Ciak Mull. 1970 : On l'appelle Trinita. 1971 : On continue à l'appeler Trinita. 1972 : Et maintenant, on l'appelle El Magnifico. 1973 : Les Anges mangent aussi des fayots. 1974 : Même les anges tirent à droite. 1976 : Deux super flics. 1982 : Ciao nemico. 1983 : Quand faut y aller, faut y aller. 1984 : Attention les dégâts. 1987 : Renegade. 1991 : Ange ou Démon. 1995 : Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi.


"Un pincement au coeur particulier auprès de cette comĂ©die des annĂ©es 80 que j'ai pu dĂ©couvrir en salles un Dimanche après-midi. Et la bonne nouvelle ce soir Ă©mane de mon sourire de gosse constant au 3è visionnage !" 

ComĂ©die familiale taillĂ©e sur mesure pour le duo Hill / Spencer (si bien qu'il engrange 1 702 062 entrĂ©es rien qu'en France !), Quand faut y aller, faut y aller ne dĂ©roge pas Ă  la règle de la dĂ©connade la plus folingue et dĂ©complexĂ©e sous l'impulsion de nos Laurel et Hardy rarement avares de calembours, ventriloquisme et baffes dans la gueule en bonne et due forme. En l'occurrence, ces derniers (l'un auto-stoppeur, l'autre ex taulard) sont recrutĂ©s par la CIA Ă  la suite d'un concours de quiproquos fructueux. Leur mission: infiltrer l'organisation K1 dirigĂ© par l'utopiste "Tigre". DĂ©guisĂ©s en texans millionnaires, nos lurons vont devoir redoubler de ruses et d'hĂ©roĂŻsme afin d'Ă©chapper aux sbires du Tigre dĂ©sireux de devenir le maĂ®tre du monde.


Hommage parodique aux films d'espionnages, en particulier Ă  la cĂ©lèbre saga "James Bond" (la mĂŞme annĂ©e sortait d'ailleurs sur les Ă©crans Octopussy !), Quand faut y aller, faut y aller transpire la bonne humeur et la fanfaronnade (tant auprès des mĂ©chants que des gentils hĂ©ros usurpant l'identitĂ© de faux agents) sous l'autoritĂ© infaillible de Bud Spencer et Terence Hill Ă  la complĂ©mentaritĂ© amicale sĂ©millante. Ceux-ci pleinement investis dans une action rocambolesque insufflant une bonhomie fringante Ă  chacune de leur apparition dĂ©contractĂ©e. TruffĂ© de gags tantĂ´t hilarants, tantĂ´t cocasses (mĂŞmes les plus lourdingues prĂŞtent Ă  rire !), de cascades, poursuites et pugilats autour d'une intrigue improbable aussi simpliste qu'extravagante, Quand faut y aller faut y aller affiche un second degrĂ© irrĂ©sistible autour du paysage exotique de Miami (Ă  l'instar d'une visite touristique !). Autant dire que les fans irrĂ©ductibles du duo comique vont une fois de plus se rĂ©galer Ă  suivre leurs pĂ©rĂ©grinations au sein d'une aventure Ă  la fois amiteuse et dĂ©bridĂ©e comme on n'ose plus en produire aujourd'hui. Comme quoi mĂŞme les comĂ©dies les plus simplistes, bricolĂ©es, modestes et innocentes parviennent Ă  traverser le temps et les modes, notamment grâce au spĂ©cialiste du genre Enzo Barboni (alias E.B. Clucher) qui initia le duo lĂ©gendaire Ă  la popularitĂ© durant plus de deux dĂ©cennies (70/80).

* Bruno

lundi 26 mars 2018

LA GUERRE DES BOUTONS. Prix Jean Vigo

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

d'Yves Robert. 1962. France. 1h33. avec Jacques Dufilho, Yvette Etievant, Michel Galabru, Michèle Méritz, Jean Richard, Pierre Tchernia. André Treton, Michel Isella, Martin Lartigue, François Lartigue, Marie-Catherine Michonska-Faburel.

Sortie salles France: 13 avril 1962 ou 18 avril 1962

FILMOGRAPHIEYves Robert est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur français nĂ© le 19 juin 1920 Ă  Saumur, dĂ©cĂ©dĂ© le 10 mai 2002 Ă  Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'Ă  ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : SignĂ© Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : BĂ©bert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : ClĂ©rambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un Ă©lĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-PondichĂ©ry.


                                   "et dire que quand on sera grand on s'ra aussi bĂŞte qu'eux !"

Hymne à la liberté, à l'amitié et au batifolage du point de vue d'une enfance insouciante, la Guerre des Boutons est une formidable comédie populaire menée tambour battant par une troupe de comédiens en roue libre dans leur tempérament aussi bien sémillant que belliqueux. Si le divertissement intelligent militant pour la communication scolaire et parentale (les rapports houleux entre Lebrac et son professeur ainsi qu'avec son père castrateur) perdure toujours son innocente fraîcheur aujourd'hui, il le doit beaucoup à sa tendre cocasserie et à la fringance des enfants surprenants de naturel en p'tits rebelles en culotte courte en voie d'affirmation.


* Bruno

vendredi 23 mars 2018

Les Yeux de la forĂŞt

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site disney-planet.fr

"The Watcher in the Woods" de John Hough. 1982. U.S.A/Angleterre. 1h24. Avec Lynn-Holly Johnson, Kyle Richards, Bette Davis, Benedict Taylor, Carroll Baker, David McCallum.

Sortie salles France: 15 Septembre 1982. U.S: 17 Avril 1980

FILMOGRAPHIE: John Hough est un réalisateur anglais, né le 21 Novembre 1941 à Londres.
1969: Wolfshead : The Legend of Robin Hood. 1970: Eyewitness. 1971: Les Sévices de Dracula. 1972: l'île au Trésor. 1973: La Maison des Damnés. 1974: Larry le dingue, Mary la garce. 1975: La Montagne Ensorcelée. 1978: Les Visiteurs d'un Autre Monde. 1978: La Cible Etoilée. 1980: Les Yeux de la Forêt. 1981: Incubus. 1982: Le Triomphe d'un Homme nommé Cheval. 1986: Biggles. 1988: Hurlements 4. 1988: American Gothic. 1989: Le Cavalier Masqué (télé-film). 1990: A Ghost in Monte Carlo (Télé-film). 1992: Duel of Hearts (télé-film). 1998: Something to Believe In. 2002: Bad Karma.

Produit par Disney, qui s’essayait enfin au fantastique pour rameuter un public adulte - paradoxe rĂ©vĂ©lateur de leur virage tardif - Les Yeux de la ForĂŞt fut un cinglant Ă©chec commercial, Ă  l’instar du tout aussi boudĂ© La Foire des TĂ©nèbres sorti trois ans plus tard. RĂ©alisĂ© par John Hough, habile artisan de sĂ©rie B passionnĂ© du genre, Ă  qui l’on doit Les SĂ©vices de Dracula, Larry le dingue, Mary la garce, Incubus et surtout l’envoĂ»tante Maison des DamnĂ©s (sa plus belle rĂ©ussite Ă  mes yeux), Les Yeux de la ForĂŞt demeure pourtant une redoutable machine Ă  suspense, portĂ©e par un scĂ©nario captivant mĂŞlant occultisme, clairvoyance et hantise.

Hough parvient, dans son art du storytelling, Ă  conjuguer mystère, inquiĂ©tude et angoisse sous-jacente autour des agissements d’une jeune investigatrice avide de vĂ©ritĂ©, suite Ă  la disparition inexpliquĂ©e d’une adolescente. Ă€ peine installĂ©e dans une demeure gothique avec ses parents, Jane Curtis reçoit d’Ă©tranges messages venus de l’au-delĂ , l’exhortant Ă  venir en aide Ă  une certaine Karen. Il s’agirait de la fille de la propriĂ©taire des lieux, disparue trente ans plus tĂ´t lors d’un rite occulte avec trois amis. Jane et sa sĹ“ur cadette Ellie entreront, chacune Ă  leur manière, en contact avec la disparue afin de percer le mystère de cette absence figĂ©e dans le temps.


PortĂ© Ă  bout de bras par la jeune Lynn-Holly Johnson, pleine de conviction et d’innocence, capable d’endosser les traits d’une enquĂŞtrice confrontĂ©e aux forces surnaturelles, Les Yeux de la ForĂŞt parvient, sans effet de manche, Ă  nous faire croire Ă  l’improbable. Le jeu spontanĂ© des comĂ©diens, tous impliquĂ©s dans l’action occulte, et l’atmosphère d’Ă©trangetĂ© diffuse rendent l’ensemble Ă©tonnamment permĂ©able. Le savoir-faire de John Hough dynamise l’intrigue Ă  travers un concentrĂ© de suspense, d’incidents surnaturels et de rebondissements - notamment via le comportement trouble de certains tĂ©moins - autour d’une forĂŞt et d’une chapelle, théâtres d’Ă©vĂ©nements dramatiques consĂ©cutifs Ă  un rite ayant probablement ouvert une brèche dans l’au-delĂ .

Si l’on fait abstraction de la prĂ©sence en retrait de David McCallum (encore aurĂ©olĂ© cinq ans plus tĂ´t par la sĂ©rie TV L’Homme invisible), on se console largement avec l’Ă©minente Bette Davis, octogĂ©naire solitaire, aigrie par la perte de l’ĂŞtre aimĂ©. Sa prĂ©sence symbolique renforce la dimension ombrageuse du rĂ©cit par un charisme burinĂ© et souffreteux, celui d’une veuve meurtrie, dĂ©positaire de secrets inavouables. Si le final spectaculaire - rafistolĂ© par la production - ne rĂ©vèle pas tous les tenants et aboutissants de cette mystĂ©rieuse disparition (pourquoi Karen fut-elle transfĂ©rĂ©e par erreur, et quelle est cette entitĂ© malfaisante ?), Les Yeux de la ForĂŞt convainc nĂ©anmoins par l’ancrage d’un Ă©vĂ©nement aussi naturel que singulier - une Ă©clipse - et par une cohĂ©sion solidaire mue par le courage de dĂ©passer ses propres affres.


SĂ©rie B habilement contĂ©e dans un Ă©crin gothique oppressant - forĂŞt hostile, chapelle en ruine, demeure continuellement malmenĂ©e par une force occulte - Les Yeux de la ForĂŞt exploite avec efficacitĂ© le thème de la hantise Ă  travers un pitch dense en suspense et interrogations. L’implication de Lynn-Holly Johnson, très convaincante en enquĂŞtrice redresseuse de torts, emporte l’adhĂ©sion malgrĂ© un timbre de voix trop aiguĂ« qui peut dĂ©router au dĂ©part. MenĂ© sans temps mort, baignĂ© d’un charme rĂ©tro qui nous enveloppe comme un voile de soie tiède et mĂ©lancolique, le film tĂ©moigne du savoir-faire d’un auteur aussi inspirĂ©, malgrĂ© un point d’orgue perfectible, mais durablement trouble, intense et attachant.

Ci-joint la chronique de la Foire des Ténèbres: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/la-foire-des-tenebres-something-wicked.html

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
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jeudi 22 mars 2018

Jack l'Eventreur / Jack the Ripper

                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thecanniballecteur.wordpress.com
 
de Jess Franco. 1976. Suisse/Allemagne de l'Ouest. 1h32. Avec Klaus Kinski, Josephine Chaplin, Andreas Mannkopff, Herbert Fux, Lina Romay, Nikola Weisse, Ursula von Wiese, Hans Gaugler, Francine Custer, Olga Gebhard...

Sortie Salles France: 31 Janvier 1979. US: 12 Octobre 1979.

FILMOGRAPHIE: Jesús Franco Manera (né le 12 mai 1930 à Madrid) dit Jess Franco est un cinéaste espagnol. Son premier long métrage est achevé en 1959 premier d'une longue série de plus de 200 films. 1962: l'Horrible Dr Orlof, 1966: le Diabolique Dr Zimmer, 1970: Les Nuits de Dracula, Eugénie de Sade, 1971: Vampyros Lesbos, 1973: La Comtesse Noire, Christina, princesse de l'érotisme, 1976: Jack l'Eventreur, 1980: Mondo Cannibale, 1981: Sadomania, l'Abime des Morts-vivants, 1988: Les Prédateurs de la Nuit, 1996: Killer Barbys.
 

"La cape noire et le lac de sang".
Énième adaptation libre du cĂ©lèbre Ă©ventreur de Whitechapel sous la houlette de l’inĂ©narrable Jess Franco, Jack l’Éventreur s’avère, Ă  mon sens, l’une de ses plus brillantes rĂ©ussites — du moins l’une des plus ludiques et accessibles. Son ambiance immersive, Ă  la fois inquiĂ©tante et fangeuse, distille un malaise trouble : un gore tantĂ´t crapoteux (quelques visions complaisantes dignes d’un « d’Amato ketchup » qui maculent la rĂ©tine) et un portrait intimiste du serial killer que Klaus Kinski endosse ici avec un flegme timidement patibulaire. L’acteur promène sa sinistre cape noire, nonchalamment, presque banalement.

DĂ©plaçant l’action dans un village de Zurich (le film est une production germano-suisse), Franco transcende la forme par un Ă©ventail de dĂ©cors saillants : le cabaret d’un rouge rutilant, les ruelles brumeuses, le bois engourdi de vapeurs, le petit lac engorgĂ© de cadavres, ou encore l’antre domestique de l’Éventreur, hantĂ© par sa domestique complice. Et ce, malgrĂ© une scĂ©nographie somme toute Ă©triquĂ©e. 

Fascinant et entĂŞtant, bercĂ© d’un climat de sensualitĂ© inĂ©vitablement morbide et putassière (jusqu’Ă  une sĂ©quence quasi nĂ©crophile, d’une cruditĂ© Ă  fleur de chair), Jack l’Éventreur attise notre curiositĂ© en auscultant la psychose d’un misogyne cernĂ© par ses hallucinations d’une chair profane — stigmates d’une enfance martyrisĂ©e par une mère abusive et catin. Plus proche d’un Maniac de Lustig (version « Z » — Franco oblige !) que du traditionnel tueur en haut-de-forme, le film dĂ©roule une structure narrative sans surprise, mais subtilement nourrie du quotidien du docteur : ses soins aux plus dĂ©munis (jusqu’Ă  leur avancer quelques pièces), ses Ă©treintes impossibles et inavouĂ©es avec la propriĂ©taire du logis, et ses nuits sanglantes oĂą il Ă©ventre, sans ciller, les prostituĂ©es les plus distraites.

Et si son final, convenu, aurait gagnĂ© Ă  mordre plus violemment, il parvient malgrĂ© tout Ă  relancer l’intĂ©rĂŞt : la chute du monstre s’achève, haletante et brusque. On savoure aussi quelques seconds rĂ´les attachants, complices ou voyeurs : l’aveugle lucide, le pĂŞcheur cupide, la domestique Ă  l’instinct pervers tapi, l’inspecteur sur le qui-vive que AndrĂ© Mannkopff campe avec — trop ? — de sobriĂ©tĂ©, tous injectant un soupçon de dĂ©rision macabre Ă  la fresque.

 
"Franco éventre Jack, Kinski murmure le couteau".
En dĂ©pit d’un canevas trivial, Jack l’Éventreur reste une heureuse surprise dans la filmographie plĂ©thorique de Franco : une vision personnelle du mythe londonien, Ă  la fois rĂ©aliste, Ă©trange, envoĂ»tante, soignĂ©e — portĂ©e par un Klaus Kinski ombrageux, taiseux, timorĂ© presque.

P.S: « Pour la petite histoire, c’est Ă  Trèves, pendant mon service militaire en Allemagne, que j’ai eu le choc de le dĂ©couvrir sur grand Ă©cran. »

* Bruno
27/02/11 - 22/03/18 - 16.06.25. 5èx

mercredi 21 mars 2018

On l'appelle Trinita

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Lo chiamavano TrinitĂ ..." de Enzo Barboni. 1970. Italie. 1h54. Avec Terence Hill, Bud Spencer, Farley Granger, Dan Sturkie, Gisela Hahn.

Sortie salles France: 21 Juillet 1971. Italie: 22 Décembre 1970. U.S: 4 Novembre 1971

FILMOGRAPHIEEnzo Barboni (E.B. Clucher) est un directeur de la photographie et réalisateur italien né le 10 juillet 1922 à Rome et mort le 23 mars 2002. 1970 : Ciak Mull. 1970 : On l'appelle Trinita. 1971 : On continue à l'appeler Trinita. 1972 : Et maintenant, on l'appelle El Magnifico. 1973 : Les Anges mangent aussi des fayots. 1974 : Même les anges tirent à droite. 1976 : Deux super flics. 1982 : Ciao nemico. 1983 : Quand faut y aller, faut y aller. 1984 : Attention les dégâts. 1987 : Renegade. 1991 : Ange ou Démon. 1995 : Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi.

                                "Venez mes frères ! - Qui c'est qui lui a dit qu'on Ă©tait frères ?"

Gros succès international, au point qu’une suite fut rapidement mise en chantier par Enzo Barboni lui-mĂŞme, On l'appelle Trinita demeure sans conteste l’une des meilleures comĂ©dies du duo impayable Bud Spencer / Terence Hill.

Si le pitch, Ă  la fois classique et folichon, ne brille guère par son originalitĂ© - deux frères que tout oppose, se faisant passer pour des shĂ©rifs dans une petite ville, prĂŞtent main forte Ă  une communautĂ© mormone malmenĂ©e par des brigands mexicains et un major cupide - le climat burlesque et rocambolesque que parviennent Ă  instaurer ces “Laurel et Hardy” du western parodique compense largement ces quelques facilitĂ©s, grâce Ă  une dĂ©contraction irrĂ©sistible.

Car au-delĂ  de leur complĂ©mentaritĂ© profondĂ©ment attachante - Hill, le cadet espiègle, rapide comme l’Ă©clair, et Spencer, l’aĂ®nĂ© bourru, massif et faussement placide - le film brille par l’inventivitĂ© de ses bastons, Ă  la fois ludiques et spectaculaires. Spencer, passĂ© maĂ®tre dans l’art de distribuer baffes et coups de poing monumentaux, transforme chaque affrontement en ballet comique jubilatoire.


Les gags s’enchaĂ®nent avec une simplicitĂ© dĂ©sarmante, presque naĂŻve, et pourtant si efficace.
On retrouve ce plaisir pur, immĂ©diat, celui d’un enfant fascinĂ© par la magie de l’Ă©cran, par le jeu malicieux de hĂ©ros tout droit sortis d’une bande dessinĂ©e. Leur charisme flegmatique, leurs trognes mal rasĂ©es, leur dĂ©contraction absolue participent Ă  cette alchimie unique.

Bien sĂ»r, l’humour ne fait pas dans la subtilitĂ©. Il est frontal, pittoresque, parfois mĂŞme volontairement lourdaud.
Mais c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que rĂ©side sa force : dans une dĂ©rision assumĂ©e, dans une joie artisanale typiquement latine, qui donne au film son identitĂ© chaleureuse dĂ©nuĂ©e d'ambition.

PortĂ© par une mise en scène simple mais efficace - avec cette belle patine de western poussiĂ©reux en format scope - le film s’inscrit dans une tradition populaire oĂą le plaisir rĂ©gressif prime sur tout le reste.

Véritable western parodique familial, il propulsera la carrière du duo Bud Spencer / Terence Hill au rang de légende, dans une décontraction inégalée.

Plus encore aujourd'hui, On l’appelle Trinita agit comme une cure de bonheur anti-dĂ©pressive, un divertissement sincère et gĂ©nĂ©reux qui traverse les gĂ©nĂ©rations. Et sous l’impulsion de la chanson entĂŞtante de Franco Micalizzi, il parvient mĂŞme Ă  insuffler un vent de fraĂ®cheur au western spaghetti.

Un plaisir simple.
Mais un plaisir profondément authentique où pointe une larme mélancolique.

Box Office France: 2 624 948 EntrĂ©es ! 

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06.04.26. 4èx

mardi 20 mars 2018

THE ROAD WITHIN

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thepsychword.com

de Gren Wells. 2014. U.S.A. 1h40. Avec Robert Sheehan, Dev Patel, Zoë Kravitz, Robert Patrick, Kyra Sedgwick.

Sortie Dvd France: 13 Décembre 2017. U.S: 17 Avril 2015 (limité)

FILMOGRAPHIEGren Wells est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste  amĂ©ricaine, nĂ©e le 28 Juin 1974.
2014: The Road Within.


Passé à la trappe d'une exploitation salles sur notre territoire et en sortie limitée Outre-atlantique, The Road Within fait à mon sens office de bijou maudit, de par sa faible réputation beaucoup trop discrète, et ce en dépit de critiques et d'un accueil public favorables. Illustrant sans pathos ni misérabilisme le road trip d'un trio de jeunes patients échappés de leur clinique en lieu et place d'ennui, The Road Within nous touche droit au coeur sous l'impulsion alerte de comédiens sidérants de naturel. A point tel que sitôt le générique clôt, nous éprouvions une mélancolie douce amère de devoir s'en séparer si précipitamment. C'est dire si Vincent (atteint du syndrome de la Tourette), Alex (souffrant de TOC) et Marie (anorexique endurcie) parviennent communément à nous amuser et émouvoir avec une spontanéité, une fringance et une innocence tantôt cocasses, tantôt bouleversantes. Et ce en dépit de leurs actions marginales peu recommandables (vol d'essence et de voitures, larcin dans une épicerie) mais pour autant contrebalancées d'un goût du risque, de l'aventure et du désir de vivre bâtis sur une irrésistible impertinence.


A travers leurs pĂ©rĂ©grinations Ă  tenter de rejoindre un bout d'ocĂ©an afin d'exaucer le voeux de Vincent (dĂ©poser les cendres de sa mère rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©e), Gren Wells (dont il s'agit ici de son 1er essai) trouve la juste mesure Ă  conjuguer humour, tendresse et Ă©motion sans sombrer dans le mĂ©lo, la caricature et encore moins la raillerie Ă  travers les expressions exubĂ©rantes de trois paumĂ©s apprenant Ă  coexister avec leur maladie mentale. RĂ©cit initiatique Ă  accepter leur fardeau grâce aux valeurs de l'amitiĂ© et de l'amour, The Road Within milite pour le droit Ă  la diffĂ©rence et le dĂ©passement de soi Ă  condition que le sujet parvienne Ă  travailler une forme de paix intĂ©rieure. Au-delĂ  de la grande complicitĂ© terriblement attachante des comĂ©diens Ă©patants de verve et d'innocence (de par la beautĂ© de leur âme et la puretĂ© de leurs sentiments), on peut Ă©galement applaudir les prestances contrairement matures de Kyra Sedwick en mĂ©decin conciliante et Robert Patrick en paternel Ă©goĂŻste gagnĂ© par la culpabilitĂ© et le remords, faute d'une carrière politique en ascension. Et ce au dĂ©triment de l'amour de son fils. A travers leur filature routière Ă  tenter de localiser les 3 rebelles, la rĂ©alisatrice parvient lĂ  aussi Ă  toucher et Ă  amuser lors de leur confidence intime et crises de colère, notamment en abordant le thème de la dĂ©mission parentale avec une modestie dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention. 


Invitation Ă  l'Ă©vasion Ă  travers les panoramas californiens, vent de fraĂ®cheur baignant dans l'insouciance d'une libertĂ© expansive, The Road Within fait constamment appel Ă  l'Ă©motion la plus tendre et sĂ©millante Ă  travers les vicissitudes de trois jeunes adultes furieux de leur condition d'exclusion. DĂ©voilant avec une Ă©tonnante pudeur et un refus de voyeurisme une magnifique leçon de tolĂ©rance, de comprĂ©hension (envers autrui) et d'amour durant leur quĂŞte de convalescence, The Road Within s'enrichit d'un cheminement narratif alĂ©atoire ponctuĂ© de rebondissements pittoresques (l'Ă©change des voitures volĂ©es) et de pĂ©ripĂ©ties folingues. A dĂ©couvrir fissa si bien que nos trois lurons marquent de leur empreinte frondeuse une Ă©popĂ©e rocambolesque avec une libertĂ© d'esprit aussi humaine qu'ordinaire ! 

* Bruno

Ci-joint l'avis d'une inconnue: gvuxmvr parce que j'ai Ă©tĂ© très sensible par ses impressions (si humaines), tant et si bien qu'elle est parvenue Ă  me convaincre de cĂ©der Ă  la tentation du dĂ©sir.

Evidemment, les performances de Robert Sheehan et de Dev Patel (hyper talentueux) sont au coeur de la beauté et de la réussite du film. Ils sont littéralement à couper le souffle. Une fois que nous rentrons dans leur monde, leur jeu d'acteur nous retient jusqu'au bout. Ce film très touchant de réalisme, c'est un road trip qui forme des équipes inattendues. Les dialogues sont terribles, pleins de vérité et des fois empreints d'un humour contagieux. Ce genre de films mériterait d'être bien plus reconnu car il vaut vraiment le coup, c'est une bouffée d'air frais, et pourtant le sujet est très sérieux. L'histoire est jolie, elle prouve que ceux que l'on enferme pour troubles mentaux ont probablement plus d'humanité et de maturité en eux que ceux qui les côtoient mais qui sont à l'extérieur des quatre murs et se prétendent "normaux". Cette petite équipe de bras cassés est très attachante, ils connaissent la valeur des petites choses qui rendent heureux. On peut dire que la tension est quasiment toujours à son maximum, et on se demande si les plombs des personnages ne vont pas péter en même temps que ceux des spectateurs ! Qu'est-ce qu'on rit ! Mais qu'est-ce qu'on pleure aussi... Comme c'est humain ! La photographie est aussi très jolie, car elle est toujours en accord avec l'état intérieur des personnages. Autant dire que je recommande vraiment ce film !

* Gvuxmvr (27.03.17)


Gren Wells

lundi 19 mars 2018

BAD MOON

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Eric Red. 1996. U.S.A. 1h20. Avec Mariel Hemingway, Michael Paré, Mason Gamble, Ken Pogue, Hrothgar Mathews.

Sortie salles France: Inédit (à vérifier). U.S: 1er Novembre 1996.

FILMOGRAPHIE: Eric Red (Eric Joseph Durdaller), est un réalisateur scénariste et auteur américain, né le 16 février 1961 à Pittsburgh (Pennsylvanie). 2015: Night of the Wild (téléfilm). 2008: 100 Feet. 1996: Bad Moon. 1996: Undertow (TV Movie). 1991: Body Parts. 1988: Cohen and Tate.


Une série B tout juste bonnard, car naïve et simpliste. De par son cheminement narratif que l'on connaît par coeur, ses personnages souvent caricaturaux (la mère, le fils et surtout le démarcheur commercial), ses séquences ridicules (la posture orgueilleuse à 2 reprises de Michael Paré face au berger allemand) et ses fx perfectibles (tant auprès de la créature mécanique trop guindée que vulgairement numérisée). On retient surtout son final spectaculaire assez original et au montage maîtrisé lorsque s'affrontent belliqueusement le chien et le loup. Efficace et inoffensif, le spectacle gentiment ludique s'oublie vite sitôt le rideau tombé.


* Bruno

samedi 17 mars 2018

GHOSTLAND. Grand prix / Prix du public / Prix du jury Syfy, Gérardmer 2018.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Pascal Laugier. 2018. France/Canada. 1h29. Avec Crystal Reed, Emilia Jones, Anastasia Phillips, Taylor Hickson, Mylène Farmer, Adam Hurtig.

Sortie salles France: 14 Mars 2018 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un réalisateur Français né le 16 Octobre 1971.
Courts-Métrages: 1993: Tête de Citrouille. 2001: 4è sous-sol. Longs-métrages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012: The Secret. 2017: Ghostland.


"Et plus le corps est entravĂ©, plus l’esprit est libre" MF
Fourbu, assommĂ©, bouleversĂ© tandis que l'obscuritĂ© de la salle laisse place Ă  la lumière pour nous rappeler Ă  l'ordre de notre (morne) quotidiennetĂ©. Spectateurs Ă©clectiques (ados / adultes) et moi mĂŞme sommes sortis de la projo Ă  l'instar de zombies mutiques et bourrus ! Faute d'avoir perçu le cri du coeur d'un rĂ©alisateur engagĂ© Ă  honorer le genre autant qu'Ă  dĂ©clarer sa flamme Ă  la fragilitĂ© de l'innocence du point de vue fĂ©ministe Ă  nouveau molestĂ© tous azimuts, pour ne pas dire martyrisĂ©e par un Mal (ici) psychotique ! MĂ©taphore sur la cruautĂ© d'un monde sans pitiĂ© (comme l'exprime si bien Mylène Ă  sa fille dans un rĂ´le maternel Ă©quivoque plutĂ´t convaincant Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre renversant !), Ghostland singe le conte de fĂ©e avec un rĂ©alisme contemporain pour mettre en appui une rĂ©flexion existentielle sur le mal-ĂŞtre adolescent, la jalousie, la quĂŞte identitaire, la peur de l'engagement, et donc de grandir. Notamment Ă  travers le courage de vaincre ses dĂ©mons, de surpasser nos frayeurs les plus prĂ©judiciables afin d'accĂ©der Ă  une forme nouvelle de confiance en soi, de maturitĂ©. Et ce au dĂ©triment de se complaire dans le rĂŞve, refuge mĂ©lancolique de nos souvenirs d'enfance pour fuir les adultes autant que nos responsabilitĂ©s. D'une splendeur gothique axĂ©e sur l'onirisme macabre oĂą le moindre dĂ©tail domestique nous fascine autant qu'il assigne au malaise (imaginez un croisement vitriolĂ© de Dolls, Massacre Ă  la tronçonneuse et La Maison des 1000 morts), Ghostland est une invitation Ă  la farce macabre, Ă  la terreur escarpĂ©e et Ă©touffante sous l'impulsion d'une bande-son stridente aussi percutante que celle d'Evil-Dead de Raimi.


"Souffrir pour accéder au bonheur"
Nanti d'un scénario à couper au couteau, de par ses thèmes susnommés et d'une construction narrative difficilement prévisible (le pitch adopte un revirement fortuit au bout d'une demi-heure de manière terriblement poignante !), Pascal Laugier s'amuse avec les codes (et faux semblants), les détournent (le 1er quart d'heure inverse efficacement les rôles victime/bourreau lors de règlements de compte cacophoniques), les malaxent et les retournent comme une crêpe au sein d'une pochette surprise "hurlante". Pour ce faire, fort d'un montage dynamique roublard à mon sens, il manipule nos nerfs avec une intensité dramatique constamment éprouvante de par son enchaînement d'exactions punitives dénuées de raison et d'un réalisme perturbant (larmes et sueurs où s'allient folie et détresse, visages tuméfiés en plan large afin d'accentuer la résultante de la douleur "morale"). Chemin de croix de survie pour Hansel et Cretel subitement projetées dans notre société moderne (où la sauvagerie irréfléchie est reine) pour être constamment mises à l'épreuve afin de tester leur résilience, Ghostland inquiète (surtout auprès de sa première partie misant sur l'expectative autant que l'interrogation), oppresse et fascine à la fois de par son esthétisme cauchemardesque semé de monstres et figurines frigides (les poupées de porcelaine dans une posture étrangement guindée). Mais pas que ! Il déstabilise en outre notre sens de l'orientation (la maison de tous les cauchemars s'édifie en dédale vertigineux lorsque l'ouverture d'une porte peut-être l'objet d'une menace incontrôlée) au coeur d'une attraction de folie furieuse parfois bouleversante. Eu égard du parti-pris auteurisant de Laugier à sublimer les portraits névralgiques de deux soeurs aux points de vue contradictoires mais mises à l'épreuve pour s'acheminer vers la solidarité, voir peut-être la délivrance.


La Fureur de (sur)vivre.
PavĂ© dans la marre pour le genre horrifique trop souvent conformiste, consensuel et donc impersonnel, Ghostland honore autant la sĂ©rie B de samedi soir puissamment erratique et effrĂ©nĂ©e que le film d'auteur pour scander la noblesse de l'amour et celle de la bravoure Ă  travers une fratrie en voie (dĂ©sespĂ©rĂ©e) de communication et de rĂ©conciliation, faute d'une Ă©preuve insolente de survie. Pour parachever, coup de coeur au jeu si viscĂ©ral d'Anastasia Phillips en victime Ă©plorĂ©e au confins de la dĂ©mence, et surtout Ă  la prĂ©sence aussi fragile que fĂ©brile de Crystal Reed en Ă©crivaine ambitieuse nĂ©anmoins ballottĂ©e par le doute de l'affirmation et l'apprĂ©hension de la cĂ©lĂ©britĂ©. 

* Bruno
24.02.24. 2èx. Vostfr

vendredi 16 mars 2018

LE MARGINAL

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Jacques Deray. 1983. France. 1h39. Avec Jean-Paul Belmondo, Henry Silva, Carlos Sotto Mayor, Pierre Vernier, Maurice Barrier, Claude Brosset, Tchéky Karyo.

Sortie salles France: 26 Octobre 1983

FILMOGRAPHIEJacques Deray, nĂ© Jacques Desrayaud le 19 fĂ©vrier 1929 Ă  Lyon, et mort le 9 aoĂ»t 2003 Ă  Boulogne-Billancourt, est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma français. 1960 : Le Gigolo. 1963 : Rififi Ă  Tokyo. 1963 : Symphonie pour un massacre. 1965 : Par un beau matin d'Ă©tĂ©. 1966 : Avec la peau des autres. 1966 : L'Homme de Marrakech. 1969 : La Piscine. 1970 : Borsalino. 1971: Doucement les basses. 1971 : Un peu de soleil dans l'eau froide. 1972 : Un homme est mort. 1974 : Borsalino & Co. 1975 : Flic Story. 1977 : Le Gang. 1978 : Un papillon sur l'Ă©paule. 1980 : Trois hommes Ă  abattre. 1982 : Les Secrets de la princesse de Cadignan. 1983 : Le Marginal. 1983 : Credo (TV). 1985 : On ne meurt que deux fois. 1987 : Le Solitaire. 1987 : Maladie d'amour. 1989 : Les Bois noirs. 1991 : Contre l'oubli. 1991 : NetchaĂŻev est de retour. 1993 : Un crime. 1994 : 3000 ScĂ©narios contre un virus (segment « Arnaud et ses copains »). 1994 : L'Ours en peluche. 1998 : Clarissa (TV). 2000 : On n'a qu'une vie (TV). 2001 : Lettre d'une inconnue (TV).


               Un divertissement sans prĂ©tention taillĂ© sur mesure pour BĂ©bel et la gĂ©nĂ©ration 80.

En pleine notoriĂ©tĂ© depuis Le Professionnel et l'As des as, Bebel rĂ©cidive avec Le Marginal si bien que le public se rue Ă  nouveau en masse (4 956 822 entrĂ©es) pour assister Ă  ces nouveaux exploits clairement influencĂ©s par les rĂ©cents succès d'Un justicier dans la ville, de l'Inspecteur Harry (et de l'Anti-gang me chuchote Jean François Dupuy). Belmondo endossant le rĂ´le burnĂ© d'un commissaire aux mĂ©thodes expĂ©ditives afin de dĂ©manteler une filière de drogue commanditĂ©e par le trafiquant Meccaci (campĂ© par le vĂ©tĂ©ran Henry Silva au charisme patibulaire saillant). Si l'intrigue Ă©culĂ©e n'apporte rien de neuf pour le genre, Jacques Deray  (Borsalino 1 et 2, La Piscine, Flic Story, 3 Hommes Ă  abattre, On ne meurt que 2 fois) possède suffisamment de mĂ©tier et de savoir-faire pour nous emballer un divertissement d'action menĂ© tambour battant dans son lot de poursuites en voitures et hĂ©lico, règlements de comptes sanglants et bastons Ă©piques (celle du bistrot s'avère la plus jouissive dans ses accents semi-parodiques que n'aurait reniĂ© Bud Spencer) au coeur d'une faune parisienne peu frĂ©quentable.


D'ailleurs, Deray en profite pour nous dresser une visite nocturne dans ses bas-fonds malfamĂ©s (trafic sexuel chez des antillais, corruption dans une boite gay, tapin sur les trottoirs de Pigalle) que BĂ©bel arpente quotidiennement sourire aux lèvres pour interroger anciennes connaissances, complices influents et tĂ©moins dĂ©vouĂ©s. Sur ce dernier point, on peut notamment apprĂ©cier la prĂ©sence divinement lascive de la brĂ©silienne Carlos Sotto Mayor assez crĂ©dible en prostituĂ©e au grand coeur si bien qu'elle forma un couple Ă  la ville avec BĂ©bel dès la sortie du film. Outre son rythme nerveux fertile en humour et action, Le Marginal ne serait après tout qu'un banal divertissement policier s'il ne bĂ©nĂ©ficiait de l'icone fringante Jean-Paul Belmondo portant le film de ses larges Ă©paules avec autant de force tranquille que de cool attitude. Ce dernier parvenant Ă  dynamiser l'intrigue dans sa bonne humeur sans fard, sa dĂ©marche distinguĂ©e et son sens adroit de l'offensive outrepassant sans gĂŞne la lĂ©galitĂ©.


C'est donc avec un pincement au coeur que la gĂ©nĂ©ration 80 pourra Ă  nouveau accueillir Le Marginal sous l'impulsion entĂŞtante de la mĂ©lodie de Morricone ! De par son charme rĂ©tro hĂ©ritier d'une Ă©poque obsolète (la dĂ©froque des acteurs et son urbanisation estampillĂ©e "80" parmi ses bistrots Ă  flipper et ses marchĂ©s publics) oĂą la symbiose des acteurs virils emportaient tout sur leur passage.  

* Bruno

jeudi 15 mars 2018

Lady Frankenstein / La figlia di Frankenstein

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Mel Welles et Aureliano Luppi (co-réalisateur non crédité). 1971. Italie. 1h39. Avec Joseph Cotten, Rosalba Neri, Paul Muller, Peter Whiteman, Herbert Fux,

Sortie salles France: 16 Août 1973 (Paris). Italie: 22 Octobre 1971

FILMOGRAPHIEMel Welles est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur américain, né le 17 Février 1924 in New York City, New York, USA, décédé le 19 Août 2005 en Virginie, USA. 1977: Joyride to Nowhere. 1971 Lady Frankenstein. 1968 Les mercenaires de la violence. 1968 Llaman de Jamaica, Mr. Ward (uncredited). 1967 Le baron vampire. 1964 Un commerce tranquille. 1960 La petite boutique des horreurs (exterior sequences, uncredited). 1960 Code of Silence.


Perle rare du cinĂ© Bis transalpin, Lady Frankenstein prĂ©figure avec 2 ans d'avance le chef-d'oeuvre dĂ©cadent de Paul Morrissey, Andy Warhol et Antonio Margheriti, Chair pour Frankenstein. Tant pour ses (petits) Ă©clats de violence gore typiquement latins, pour son climat malsain plutĂ´t dĂ©complexĂ© que de son soupçon de polissonnerie mâtinĂ© de nĂ©crophilie (voir la sĂ©quence couillue auquel Tania Ă©prouve un orgasme sexuel lors d'un Ă©bat meurtrier). BordĂ©lique en diable (le montage elliptique vaut son pesant de cacahuètes), truffĂ© d'incohĂ©rences, de dialogues intelligibles et de personnages sommaires pour autant (très) attachants dans leur complicitĂ© romantico-meurtrière (le trio diabolique Tania / Marshall / Thomas), Lady Frankenstein baigne dans un climat de dĂ©lire horrifique rĂ©solument "autre" pour qui idolâtre les bisseries infiniment intègres et soignĂ©es. Reprenant dans sa 1ère partie le schĂ©ma Ă©culĂ© du chef-d'oeuvre de James Whale (l'exhumation de cadavres par des fossoyeurs, les expĂ©rimentations organiques et la rĂ©surrection du monstre perpĂ©trĂ©e par le crĂ©ateur et son assistant sous une nuit orageuse), l'intrigue bifurque ensuite aimablement dans le n'importe nawak lorsque Tania, fille du dĂ©funt Dr Frankenstein, s'efforce de convaincre l'adjoint de ce dernier de lui offrir son propre coeur et son cerveau afin de lui crĂ©er l'ĂŞtre parfait pour ses appĂ©tits sexuels, et ce par l'entremise du jeune corps de Thomas.


Dès lors que celle-ci se glisse dans la peau d'une doctoresse criminelle (difficilement convaincante de par son inexpĂ©rience mĂ©dico-scientifique, mais autrement glamoureuse Ă  travers sa prĂ©sence magnifiquement charnelle Ă©paulĂ©e de son bagout sĂ©ducteur), Lady Frankenstein aligne les situations aussi improbables que gĂ©nialement grotesques avec un sĂ©rieux inĂ©branlable (Ă  l'instar des rĂ©currentes intrusions du commissaire prĂ©somptueux en investigateur infructueux). Pendant ce temps, autour des nouveaux travaux de Tania et du Dr Marshall, le 1er monstre prĂ©alablement créé par Frankenstein dĂ©ambule dans la nature et Ă  proximitĂ© du village en s'empressant, tel un dĂ©ment attardĂ©, d'assassiner les villageois les plus imprudents. Avec sa trogne vĂ©rolĂ©e de pizza mal garnie aussi fraĂ®che qu'un zombie de l'Avion de l'Apocalypse ou qu'un Bossu de la Morgue, notre monstre spaghetti affiche par ailleurs une mine de vengeur "toxic" infiniment irrĂ©sistible Ă  chacune de ses extravagances meurtrières. Ce dernier beuglant et gesticulant Ă  tout va pour mieux se faire remarquer et provoquer l'(inutile) effroi. Au-delĂ  du jeu fantaisiste de cette icĂ´ne pas si Ă©loignĂ©e du cartoon, Lady Frankenstein affiche un esthĂ©tisme Ă©tonnamment soignĂ© de la part de sa photo sĂ©pia et de ses dĂ©cors domestiques d'un gothisme fiĂ©vreux. VĂ©ritable rĂ©gal pour les yeux. Une facture formelle capiteuse donc que renchĂ©rit en permanence l'actrice Rosalba Neri lors de ses apparitions insidieuses d'aguicheuse lubrique.


A la marge entre la sĂ©rie B et Z pour autant esthĂ©tiquement irrĂ©prochable, Lady Frankenstein  dĂ©poussière l'Ă©pouvante sĂ©culaire Ă  renfort d'Ă©rotisme soft et de gore rubigineux dans une dĂ©marche maladroite infiniment charmante. De par l'intĂ©gritĂ© des 2 cinĂ©astes et de seconds-couteaux au charisme saillant, ce dĂ©lire typiquement latin distille une immersion vĂ©nĂ©neuse sous l'effigie d'un pitch  capillotractĂ© (et ce jusqu'Ă  son Ă©pilogue sardonique). Parangon d'une horreur spaghetti low cost "artisanale" et inopinĂ©ment singulière, les inconditionnels de Bisserie typiquement latine ont largement de quoi trouver leur compte.  

P.S: Superbe copie HD du Chat qui fume !

* Bruno
13.06.24. 2èx. Vostfr.

mercredi 14 mars 2018

UTU Redux

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Geof Murphy. 1983. Nouvelle Zélande. 1h48. Avec Anzac Wallace, Bruno Lawrence, Tim Elliott, Kelly Johnson, Wi Kuki Kaa

Sortie salles France: 27 Juin 1984.

FILMOGRAPHIEGeoff Murphy est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste néo-zélandais, né le 13 juin 1938 en Nouvelle-Zélande. 1977 : Wild Man. 1977 : Dagg Day Afternoon. 1981 : Goodbye Pork Pie. 1983 : Utu. 1985 : Le Dernier survivant. 1988 : Never Say Die. 1989 : Red King, White Knight (TV). 1990 : Young Guns 2. 1992 : Freejack. 1993 : Angle mort (TV). 1993 : The Last Outlaw (en) (TV). 1995 : Piège à grande vitesse. 1996 : Don't Look Back (TV). 1999 : Fortress 2 : Réincarcération. 2000 : L'Homme traqué (Race Against Time) (TV). 2001 : Blerta Revisited. 2004 : Spooked.


                Avertissement: Une chronique exclusive rĂ©digĂ©e par Boobakar et reprise sur le site                                                        SENSCRITIQUE.COM, dont je partage la mĂŞme opinion.

Utu est un survival sorti en Nouvelle-Zélande en 1983, où il a eu un gros succès, mais dont les ventes à l'étranger furent décevantes. De ce fait, le film fut rangé dans un placard durant près de trente ans jusqu'à une nouvelle restauration, et un montage un peu plus court, qui fait qu'il sera redécouvert par une nouvelle génération, lui apportant cette fois le succès.
J'avoue que je ne m'attendais pas Ă  ça de Geoff Murphy, qui a fait des tas de films de commande (de Young guns II Ă  Fortress 2 en passant par Piège Ă  grande vitesse, un Steven Seagal !), mais il faut dire que son Ĺ“uvre nĂ©o-zĂ©landaise nous est quasiment inconnue.


Ce film est l'histoire d'une vengeance, celle d'un capitaine Maori, travaillant pour les Anglais lors de la guerre de Nouvelle-Zélande, vers la fin du XIXe siècle, qui voit que l'armée supprime les siens. Fou de rage, il va se battre contre les Anglais et fomenter une armée.
Il faut dire que le film est très beau, toujours comme si le ciel fut toujours couvert, et ça donne un aspect survival pas inintéressant, et ça reste étonnamment violent, à l'image de cette scène très connue où, pour officialiser en quelque sorte sa vengeance, le soldat Maori va aller dans une église, tuer le prête alors qu'il faisait son office, et lui couper la tête pour en quelque sorte déclarer la guerre !

Mais là où Utu pêche un peu, c'est dans sa construction que je trouve particulièrement confuse. Est-ce à cause de de nouveau montage dit Redux (dix minutes en moins), mais le récit est orné de plusieurs flash-backs, et si on n'est pas attentif, il est difficile se perdre dans la narration, car tout s'enchaîne tel quel. Est-ce pour représenter l'aspect mental du personnage, très bien joué par Anzac Wallace, ou la confusion qui régna alors, mais c'est pas facile de s'y retrouver.
C'est un mélange de plusieurs genres, aussi bien l'horreur que le Western, en passant par des scènes d'actions très fortes, comme celle où cet homme va brûler, et tuer, des occupants d'une maison, car pour lui, les blancs sont désormais des ennemis, alors que peu de temps avant, il était leur éclaireur.


Quentin Tarantino qualifie ce film comme le plus important du cinĂ©ma NĂ©o-ZĂ©landais, il aura fortement influencĂ© Lee Tamahori, par ailleurs rĂ©alisateur de 2eme Ă©quipe, pour L'âme des guerriers, mais je ne trouve pas Utu aussi fort que je ne le pensais. Car c'est au fond assez confus pour me satisfaire totalement ; mais attention, je ne remets pas en cause ses qualitĂ©s picturales qui sont Ă©videntes.  6/10.

* Boubakar (10.03.18)

mardi 13 mars 2018

MOI, TONYA. Oscar de la Meilleure actrice de second rĂ´le, Allison Janney.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Craig Gillespie. 2017. U.S.A. 2h00. Avec Margot Robbie, Mckenna Grace, Sebastian Stan, Allison Janney, Julianne Nicholson, Caitlin Carver, Bojana Novakovic.

Sortie salles France: 21 Février 2018. U.S: 8 Décembre 2017

FILMOGRAPHIECraig Gillespie (né le 1er septembre 1967 à Sydney) est un réalisateur australien. 2007 : Mr. Woodcock. 2007 : Une fiancée pas comme les autres. 2011 : Fright Night. 2014: Million Dollar Arm. 2015 : The Finest Hours. 2017 : Moi, Tonya.


ComĂ©die dramatique pleine de frĂ©nĂ©sie technique et formelle sous le pilier d'un jeu d'acteurs criants de vĂ©ritĂ© et d'autodĂ©rision (Margot Robbie, Mckenna Grace se disputent la vedette lors d'un cruel affrontement parental), Moi Tonya aborde brillamment le "biopic" pour retracer ascension et dĂ©clin de cette patineuse ayant dĂ©frayĂ© la chronique Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 90 Ă  la suite d'une agression envers sa rivale Nancy Kerrigan. Impeccablement rythmĂ© de par l'ironie pittoresque des situations improbables que Tonya Harding enchaĂ®ne au fil de ses frĂ©quentations peu recommandables, Moi, Tonya conjugue rires et larmes avec une efficacitĂ© peu commune si bien qu'elle confine au vertige dans ses Ă©motions littĂ©ralement contradictoires (on peut clairement diviser le film en 2 parties dans son renversement des situations dramatiques). Et ce tout en restant fidèle Ă  la reconstitution des Ă©vènements scrupuleusement dĂ©crits du point de vue introspectif d'une patineuse fragile mais pugnace, mĂ©prisĂ©e par un jury Ă©litiste car accordant trop d'importance aux valeurs morales que Tonya n'a jamais pu relever faute de son esprit rebelle (c'est une redneck politiquement incorrecte de par son Ă©ducation maternelle rĂ©actionnaire).


Outre le caractère ludique des faits cocasses relatĂ©s avec causticitĂ© (notamment les stratĂ©gies grotesques de pieds nikelĂ©s que l'on croirait Ă©chappĂ©s d'un polar des Cohen), on reste autant stupĂ©fait par l'inventivitĂ© de la mise en scène (parfois clippesque et semĂ©e de tubes pop-rock) rĂ©solument inspirĂ©e pour y dresser le bouleversant portrait d'une patineuse aussi bien fragile qu'infortunĂ©e mais pour autant battante et stoĂŻque afin de se tailler un nom dans l'histoire du patinage artistique. C'est tout du moins ce qu'elle accomplira en tant que première patineuse amĂ©ricaine d'avoir exĂ©cutĂ© un triple axel lors d'une compĂ©tition. Alors que les mĂ©dias de l'Ă©poque s'Ă©taient ensuite empressĂ©s de relayer l'affaire scandaleuse avec un gout racoleur du sensationnalisme, Craig Gillespie souhaite rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© d'après son parcours d'endurance (aussi bien moral que physique) sĂ©vèrement compromis par une mère abusive dès son enfance puis par un Ă©poux borderline incessamment violent auprès d'elle. Grâce au jeu profondĂ©ment expressif de Margot Robbie dessinant le magnifique portrait d'une patineuse caractĂ©rielle Ă  la fois solitaire (notamment faute de tolĂ©rer l'amitiĂ© auprès de ses rivales), insolente (sa rĂ©bellion et ses joutes verbales auprès de l'orgueil d'un jury inĂ©quitable) et dĂ©sespĂ©rĂ©ment en mal d'amour (tant auprès de sa mère tyrannique que de son compagnon sadomaso), le personnage si malmenĂ© (et prochainement haĂŻ du public) se dĂ©voile sous nos yeux avec fĂ©brile sensibilitĂ©.


"La vérité on l'a au fond de soi même"
Leçon de courage, de dĂ©termination et de bravoure auprès des losers infortunĂ©s, hommage plein de tendresse et de dignitĂ© envers une tricarde condamnĂ©e au pilori par la justice et la foule avide d'esclandre, Moi, Tonya confine au sublime dans son sens du spectacle Ă©pique oĂą le tragi-cocasse se tĂ©lescope avec une dimension humaine inopinĂ©ment prude. Un moment de cinĂ©ma frĂ©tillant transfigurĂ© par le duo explosif Margot Robbie/Allison Janney crevant l'Ă©cran Ă  chacune de leurs apparitions si bien que leur apartĂ© (dans le sens oĂą elles s'adressent parfois directement Ă  nous spectateurs !) nous immerge d'autant mieux dans leur rivalitĂ© triviale Ă  se disputer leur responsabilitĂ© sous couvert d'injustice et d'inĂ©galitĂ© sociale.

* Bruno

Récompenses: Oscars 2018 : Meilleure actrice dans un second rôle pour Allison Janney
Golden Globes 2018 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney
British Academy Film Awards 2018 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney
Screen  Actors Guild Awards 2018 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney
Australian Academy of Cinema and Television Arts Awards 2018 :
Meilleure actrice internationale pour Margot Robbie
Meilleure actrice internationale dans un second rĂ´le pour Allison Janney
Critics' Choice Movie Awards 2018 :
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Allison Janney

vendredi 9 mars 2018

MR73

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Olivier Marchal. 2008. France. 2h05. Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Catherine Marchal, Francis Renaud, Gérald Laroche, Guy Lecluyse, Philippe Nahon, Clément Michu, Moussa Maaskri.

Sortie salles France: 12 Mars 2008 (Int - 12 ans).

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 novembre 1958 à Talence. 2002 : Gangsters. 2004 : 36 quai des Orfèvres. 2008 : MR 73. 2011 : Les Lyonnais. 2017 : Carbone.


                                           "Dieu est un fils de pute et un jour je le tuerai."

Quatre ans après la rĂ©vĂ©lation 36 Quai des Orfèvres, Olivier Marchal met les bouchĂ©es doubles avec le tĂ©tanisant et bouleversant MR73. Un uppercut Ă©motionnel implacable sous le schĂ©ma d'une trajectoire mortuaire en roue libre. Chemin de croix vertigineux d'un flic avinĂ© condamnĂ© Ă  l'infortune puis Ă  la damnation, MR73 laisse en Ă©tat de collapse sitĂ´t le rideau (de larmes) tombĂ©. D'une noirceur et cruautĂ© inouĂŻes, Olivier Marchal accomplit avec ce polar aussi bien poisseux que sinistrosĂ© la pièce maĂ®tresse de sa florissante carrière, Ă  l'instar de ses aĂ®nĂ©s les plus notables (Corneau, Chabrol, Tavernier et consorts). De par la densitĂ© de son scĂ©nario binaire impeccablement charpentĂ© (course contre la montre Ă  dĂ©jouer 2 serial-killers en mĂŞme temps de nous livrer une Ă©tude de caractères dĂ©sabusĂ©s), de l'attention de sa mise en scène posĂ©e et d'un jeu d'acteurs putassiers (Philippe Nahon, proprement terrifiant de cynisme en monstre irrĂ©cupĂ©rable !) ou virils que Daniel Auteuil domine avec une vĂ©ritĂ© viscĂ©rale mise Ă  nu face Ă©cran.


StriĂ© par la tristesse du deuil et l'Ă©puisement de l'existence, enlaidi, vieilli et lambinĂ© par l'alcool, Auteuil balade sa dĂ©gaine tel un fantĂ´me errant lors d'une quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de rĂ©demption et d'exutoire au sein d'un monde anxiogène gangrenĂ© par l'injustice, la corruption (ici policière) et le Mal Ă  visage humain. D'une intensitĂ© dramatique suffocante au travers de visions morbides (la rĂ©sultante des crimes les plus sordides nous rappelle Seven ou Le Silence des Agneaux), de pĂ©ripĂ©ties et règlements de compte abrupts, MR73 provoque un dĂ©sarroi moral difficilement gĂ©rable face Ă  l'introspection d'un homme accablĂ© par le deuil et seul contre tous Ă  tenter de dĂ©voiler la merde auprès de sa hiĂ©rarchie. Sous couvert du poids inextinguible de la culpabilitĂ©, du remord et de l'amertume que notre anti-hĂ©ros traverse sans illusion, Marchal en profite pour nous envoyer en pleine face son cri d'indignation face Ă  une sociĂ©tĂ© laxiste oĂą les plus nantis parviennent toujours Ă  taire leurs agissements les plus prĂ©judiciables. Notamment faute d'un instinct pervers indĂ©crottable chez les sujets les plus dĂ©rangĂ©s. Abordant enfin le thème de la vengeance en dernière ligne droite, MR73 fait ensuite appel au suicide le plus immoral par le truchement d'un ange exterminateur fourbu par le prĂ©judice et la partialitĂ©.


Le "Martyrs" du polar français. 
TragĂ©die sĂ©pulcrale d'une noirceur et d'un pessimisme constants de par son regard plein d'acrimonie sur une sociĂ©tĂ© aussi fourbe que nĂ©crosĂ©e, MR73 triture nos Ă©motions avec une acuitĂ© dramatique cafardeuse. HantĂ© par la prĂ©sence tricĂ©phale d'Auteuil en coupable / victime / bourreau, ce polar viciĂ© habitĂ© par sa dĂ©chĂ©ance morale est notamment l'occasion pour Marchal de nous livrer une bouleversante oraison auprès des martyrs innocents, puis de nous achever avec la genèse d'un nourrisson clamant sa souffrance dès 1er souffle. Du grand cinĂ©ma Ă  la fois dur et crĂ©pusculaire, sensible et Ă©lĂ©giaque, aussi nihiliste soit son propos rageur (pas de rĂ©demption possible pour les monstres et les vindicateurs), Ă  ne pas mettre pour autant entre toutes les mains. 

Dédicace à Mathias Chaput

* Bruno

La chronique de Mathias Chaput:
Il est des Ĺ“uvres qui rĂ©concilient avec le cinĂ©ma…
« MR 73 » fait partie de ces rares films français qui vous assène un coup de poing en plein visage, un uppercut en plein cĹ“ur, Olivier Marchal a rĂ©ussi Ă  nous projeter dans un univers foisonnant et crĂ©pusculaire oĂą gravitent des personnages dĂ©sespĂ©rĂ©s et habitĂ©s par le malheur, mais il transgresse ces situations et ces sentiments par une intrigue policière tout Ă  fait pĂ©nĂ©trante et d’une noirceur totale…
Marchal flirte avec les cimes du polar de haut niveau et atteint la perfection dans de nombreuses sĂ©quences dont la plus marquante, la finale, il Ă©clabousse les normes, s’approprie son style de façon abrupte par des symbolisations, des mĂ©taphores uniques qui vont extrĂŞmement loin dans l’hyper sensibilitĂ© (la religion est Ă©claboussĂ©e par le sang, la mort passe par la vie, par la naissance… on suppose mĂŞme une rĂ©incarnation, c’est dire si le transfert et le parallèle sont osĂ©s !)…
Au niveau de la direction d’acteurs, Daniel Auteuil prouve une nouvelle fois son authenticitĂ©, Philippe Nahon fait encore plus peur que dans « Seul contre tous » et Olivia Bonamy est cinglante de fragilitĂ©, enveloppant  un rĂ´le frĂŞle et vulnĂ©rable, elle donne la vie comme pour se sauver elle-mĂŞme…
Les contrastes avec les polars traditionnels sont saisissants, que ce soit la pluie, la nuit, l’atmosphère qui règne dans « MR 73 » tout se dĂ©marque de ce que l’on avait pu voir auparavant, Olivier Marchal s’imprègne d’une histoire assez basique pour la renouveler et la transcender Ă  sa façon, de la lumière aux tĂ©nèbres, il n’y a qu’un pas…
Froid, glaçant mĂŞme, « MR 73 » est un polar qui ne ressemble Ă  aucun autre, il pulvĂ©rise les codes et amène le spectateur sur une rĂ©flexion sur la justice et la vie de ces policiers, loin des clichĂ©s que l’on a pu voir et entendre, il donne une dimension mystique Ă  cette profession et le rĂ©alisme totalement assumĂ© par Marchal ne peut qu’appuyer et entĂ©riner son propos…
Très dur, « MR 73 » fait sortir de l’ombre les pires affres que peuvent vivre des humains et dĂ©passent ces derniers par un espoir, un faible espoir d’arriver Ă  la plĂ©nitude et au repos de l’âme…
Fantastiquement mis en scène, « MR 73 » est une Ĺ“uvre qui laisse des sĂ©quelles et qui grave instantanĂ©ment l’histoire du cinĂ©ma français au sommet…

Note : 10/10