mercredi 25 juillet 2018

ENFER DE LA VIOLENCE (L')

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"The Evil That Men Do" de Jack Lee Thompson. 1984. U.S.A. 1h27. Avec Charles Bronson, Theresa Saldana, Joseph Maher, Antoinette Bower, René Enríquez, John Glover.

Sortie salles France: 15 Mars 1984 (Int - 18 ans). U.S: 21 Septembre 1984

FILMOGRAPHIE (comprenant uniquement les productions des annĂ©es 80): Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). 1980 : Cabo Blanco 1981 : Happy Birthday. 1981 : Code Red (TV). 1983 : Le Justicier de minuit. 1984 : L'Enfer de la violence. 1984 : L'Ambassadeur : Chantage en IsraĂ«l. 1985 : Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon. 1986 : La Loi de Murphy. 1986 : Le Temple d'or. 1987 : Le justicier braque les dealers. 1988 : Le Messager de la mort. 1989 : Kinjite, sujets tabous. 

                                       

Un an après le succès du Justicier de Minuit, Jack Lee Thompson recrute Ă  nouveau son acteur fĂ©tiche Charles Bronson afin de renchĂ©rir un Vigilante movie en bonne et due forme. D'une ultra violence inouĂŻe (la sĂ©quence d'intro particulièrement crue est digne de rivaliser auprès d'un tortur'porn ressuscitĂ© par la saga Saw), L'Enfer des la Violence s'enrichit d'un climat malsain tantĂ´t poisseux eu Ă©gard des exactions expĂ©ditives de notre justicier impassible non avare d'invention pour parvenir Ă  ses fins. Ancien tueur Ă  gage, Holland est sollicitĂ© par une vieille connaissance Ă  renouer avec les armes afin de mettre un terme aux agissements d'un criminel nazi passĂ© maĂ®tre dans l'art de torturer ses victimes. Ayant prĂ©alablement sacrifiĂ© l'un de ses amis lors d'une (insupportable) sĂ©ance d'Ă©lectrocution (discours emphatique en sus prononcĂ© plus tĂ´t par lui face Ă  une assemblĂ©e voyeuriste !), Holland se lie d'amitiĂ© avec la veuve du dĂ©funt. Notamment en lui promettant de mettre fin aux agissements du bourreau rĂ©fugiĂ© dans une forteresse en AmĂ©rique du Sud. 


Et donc Ă  travers ce pitch Ă©culĂ© parfaitement prĂ©visible (mĂŞme si l'idĂ©e dĂ©lĂ©tère du nazi en activitĂ© y ajoute une certaine originalitĂ©), Jack Lee Thompson transcende la banalitĂ© des faits exposĂ©s par le biais d'une solide rĂ©alisation exploitant sans complexe action et violence (horrifique) avec une efficacitĂ© en roue libre. Outre la prĂ©sence virile du vĂ©tĂ©ran Charles Bronson toujours aussi dĂ©contractĂ© en exterminateur placide, l'Enfer de la violence exploite habilement le cadre solaire du Mexique, Ă  l'instar d'une visite touristique, et Ă  travers le genre westernien que sa dernière partie homĂ©rique (poursuite en bagnoles Ă  l'appui) improvise autour d'une prise d'otage davantage intense puis insolite (notamment auprès de sa tournure morbide faisant Ă©cho Ă  Freaks). Qui plus est, afin de parfaire le caractère obscur de l'intrigue criminelle semĂ©e de cadavres, son score tĂ©nĂ©breux au tempo lourd y exacerbe un style percutant Ă  sa rĂ©alisation dĂ©jĂ  bien rodĂ©e. Tant auprès de sa direction d'acteurs (avec des gueules familières de seconds-rĂ´les issus des annĂ©es 80), du cadre urbain tropical oscillant ensuite avec un environnement rural dessĂ©chĂ©e que du jeu du chat et de la souris que  Bronson arpente en fin limier rĂ©actionnaire. Et d'y ajouter durant sa macabre filature une tacite romance qu'il forme timidement avec Rhiana afin que celle-ci tĂ©moigne en personne de sa vendetta promue.


"Dans l'exécution de la justice, il n'y a pas meilleur exécuteur que BRONSON"
B movie fichtrement sympathique Ă  travers son intrigue classique parfaitement rodĂ©e, cocktail vitriolĂ© d'ultra violence Ă©picĂ©e tant et si bien que son interdiction en salles aux - de 18 ans reste encore aujourd'hui mĂ©ritoire auprès du public non averti, l'Enfer de la violence peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme l'un des plus brutaux Vigilante Movies auquel Bronson collabora (sans abattement) pour parfaire ses exploits sanguinaires en justicier sexagĂ©naire. Et on peut avouer sans ambages que le papy en question en avait toujours dans le pantalon au 3è cycle de sa carrière ! 

* GaĂŻus
3èx

Box Office France: 876 771 entrées

mardi 24 juillet 2018

Je suis vivant / La corta notte delle bambole di vetro

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Aldo Lado. 1971. Italie/Allemagne/Yougoslavie. 1h32. Avec Ingrid Thulin, Jean Sorel, Mario Adorf, Barbara Bach, Fabijan Sovagovic, José Quaglio.

Sortie salles France: 19 Novembre 1999 (Int - 16 ans). Italie: 28 Octobre 1971

FILMOGRAPHIE: Aldo Lado est un réalisateur italien, né le 5 décembre 1934 à Fiume (Croatie).

1971: Je suis vivant. 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La DrĂ´le d'affaire. 1973: Sepolta viva. 1974: La cugina. 1975: La BĂŞte tue de sang Froid. 1976: L'ultima volta. 1978: Il prigioniero (TV). 1979: L'humanoĂŻde. 1979: Il Ă©tait un musicien – Monsieur Mascagni. 1981: La dĂ©sobĂ©issance. 1982: La pietra di Marco Polo (TV). 1983: La cittĂ  di Miriam (TV). 1986: I figli dell'ispettore (TV). 1987: Sahara Heat ou Scirocco. 1990: Rito d'amore. 1991: La stella del parco (TV). 1992: Alibi perfetto. 1993: Venerdì nero. 1994: La chance.
 

"La nuit courte des papillons de verre."

Thriller transalpin oĂą se tĂ©lescopent enquĂŞte policière, mystère, suspense et horreur, Je suis vivant peut rebuter une partie du public tant Aldo Lado refuse de divertir au sens standard au grĂ© d’une intrigue sinueuse, prĂ©fĂ©rant dĂ©noncer une haute bourgeoisie viciĂ©e.

Synopsis : amoureux de la jeune et belle Mira, le journaliste Gregory Moore s’attire la jalousie de son ancienne compagne Jessica. Un jour, Mira disparaĂ®t mystĂ©rieusement sans laisser de trace. Durant une investigation de longue haleine - qui lui vaut aussi les dĂ©faveurs de la police - Gregory subit une violente agression et se rĂ©veille dans une morgue, en Ă©tat de catalepsie. Impuissant Ă  hurler sa survivance, il tente de reconstituer, depuis ce corps figĂ©, les Ă©vĂ©nements morbides ayant suivi la disparition inexpliquĂ©e de Mira.

Si Aldo Lado s’est fait connaĂ®tre auprès des amateurs de giallo avec le fort sympathique Qui l’a vu mourir ? et le classique d’effroi La BĂŞte tue de sang-froid (remarquable variation sur La Dernière maison sur la gauche), sa première rĂ©alisation, Je suis vivant, demeure plus confidentielle mais aussi passionnante. La cause sans doute Ă  la personnalitĂ© atypique du cinĂ©aste, dĂ©cidĂ© Ă  expĂ©rimenter dès son premier essai un thriller obscur, peuplĂ© de protagonistes interlopes et de tĂ©moins cauteleux au sein d'une ambiance feutrĂ©e granuleuse. 


Car si l’intrigue captive en prenant son temps pour dĂ©ployer son rĂ©cit larvĂ©, Lado y sème un mystère de plus en plus prĂ©gnant autour de la disparition de Mira et de la condition dĂ©munie de Gregory, qui s’efforce d’alerter le corps mĂ©dical de sa prĂ©sence encore vivante. JalonnĂ© de sĂ©quences baroques et de dĂ©ambulations nocturnes traversĂ©es d’interrogations existentielles, Je suis vivant n’est pas conçu pour caresser le spectateur dans le sens du poil : il l’embarque dans une intrigue mĂ©taphorique, au climat morbide et quasi indicible.

La conclusion, abrupte et dĂ©sespĂ©rĂ©e, Ă©tonne par son refus du happy end, renforçant la nature hermĂ©tique et malsaine de ce thriller jusqu’Ă  l’image finale, figĂ©e dans une terreur sourde. Un parti pris Ă  contre-emploi qu’Aldo Lado assume pleinement, dans son ambition auteurisante de livrer un thriller expĂ©rimental, Ă  la fois intriguant et envoĂ»tant, sur la perte de libertĂ© d’une jeunesse rebelle, victime d’une sociĂ©tĂ© hypocrite et totalitaire.

 
"Les poupĂ©es ailĂ©es." 
De par son ambiance austère, son suspense inquiĂ©tant et sa charge politique viciĂ©e, Je suis vivant s’impose comme une Ĺ“uvre d’Ă©trangetĂ© baroque et singulière, redoutablement intelligente dans sa dĂ©nonciation de l’entrave libertaire imposĂ©e par un pouvoir conservateur.
Un excellent thriller donc, qui hante bien au-delà du générique, notamment grâce à cette dernière image, figée dans la peur la plus sourde et la plus insidieuse, à glacer le sang.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

11.11.25. 3èx. Vostfr

lundi 23 juillet 2018

La finale. Grand Prix Festival de l'Alpe Duez, 2018.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robin Sykes. 2018. France/Belgique. 1h25. Avec Thierry Lhermitte, Rayane Bensetti, Émilie Caen, Lyes Salem, Cassiopée Mayance.

Sortie salles France: 21 Mars 2018. Belgique: 28 Mars 2018

FILMOGRAPHIERobin Sykes est un réalisateur, producteur, scénariste et producteur.
2018: La Finale.

                                       
                                       EstampillĂ© "Coup de coeur" Strange Vomit Dolls !

Cure de bonheur et de tendresse anti-sinistrose - alors qu’on aurait pu redouter une comĂ©die sirupeuse, volontiers pathos, au vu d’un sujet aussi grave - La Finale n’a pas volĂ© son Grand Prix Ă  l’Alpe d’Huez. Le premier long-mĂ©trage de Robin Sykes nous touche droit au cĹ“ur, avec une Ă©motion jamais programmĂ©e. Il aborde la maladie d’Alzheimer sous l’angle d’une comĂ©die douce-amère (efficacement rythmĂ©e Ă  l’amĂ©ricaine !), magnĂ©tisĂ©e par le tandem Thierry Lhermitte / Rayane Bensetti, d’une spontanĂ©itĂ© irrĂ©fragable.
Le rĂ©cit initiatique s’articule autour de la discorde entre J.B., jeune passionnĂ© de basket bien dĂ©cidĂ© Ă  rejoindre Paris pour sa finale, et son grand-père encombrant, atteint d’Alzheimer. Évidemment, au fil d’un pĂ©riple houleux semĂ© d’incidents, de rencontres humaines, de quiproquos et de dĂ©tours absurdes - que Lhermitte enchaĂ®ne avec une innocence parfois bouleversante - Roland et J.B. vont peu Ă  peu apprendre Ă  se connaĂ®tre, au fil de l’empathie croissante de ce dernier, tiraillĂ© entre le questionnement parental, la mĂ©moire affective et la rĂ©flexion comportementale.


Si le scĂ©nario prĂ©visible ne brille pas par son inventivitĂ©, Robin Sykes mise sur le choc des gĂ©nĂ©rations, en quĂŞte d’amour, de passion et de reconnaissance. Il compte aussi sur le rĂ©alisme de leur itinĂ©raire infortunĂ© pour nous faire vibrer avec une bonhomie pudique. Les sĂ©quences les plus Ă©mouvantes, ou drĂ´les malgrĂ© elles, emportent l’adhĂ©sion grâce Ă  l’Ă©lan vital des comĂ©diens, qui nous transmettent leurs Ă©motions sans jamais forcer la corde sensible.
Et la surprise est rĂ©elle, lorsqu’en dernière partie, le film bascule dans une dramaturgie plus marquĂ©e, mais toujours sans racolage. On en apprend alors un peu plus sur le passĂ© tragique - pour ne pas dire traumatique - de Roland, aux racines profondes de sa maladie cognitive.
Dans ce cadre de comĂ©die lĂ©gère menĂ©e tambour battant, Sykes cultive un tĂ©moignage humble, pudique et tendre sur Alzheimer. Sans voyeurisme, ni blagues acnĂ©ennes, il dĂ©fend les valeurs de l’amour, de l’amitiĂ©, de la cohĂ©sion familiale… et surtout de la rĂ©miniscence, comme outil fragile mais lumineux pour accompagner les malades vers une forme d’allĂ©gresse, aussi fallacieuse soit-elle. La Finale prend dès lors tout son (second) sens, lors d’une conclusion anthologique (prĂ©parez les mouchoirs !), convoquant un Ă©vènement sportif restĂ© dans toutes les mĂ©moires - si bien que “quand on a vu ça, je crois qu’on peut mourir tranquille”.


"Le match d’une vie".
ComĂ©die pittoresque, beaucoup plus tendre et douloureuse qu’elle n’y paraĂ®t, La Finale gagne en intensitĂ© Ă©motionnelle au fil de son initiation identitaire, autant pour J.B. que pour Roland. Elle arrachera sans doute les larmes aux plus sensibles grâce Ă  la prestation bouleversante de Thierry Lhermitte (Prix d’interprĂ©tation indiscutable), d’un naturel troublant - on jurerait qu’il est rĂ©ellement atteint de cette pathologie. L’acteur soulève le film sur ses Ă©paules, en tandem avec un Rayane Bensetti prometteur, adolescent rebelle Ă  la fringance jamais irritante.
Après l’incroyable surprise Tout le monde debout de Dubosc, La Finale demeure sans conteste LA comĂ©die de l’annĂ©e 2018. Et Robin Sykes, un talent Ă  surveiller !

* GaĂŻus

RĂ©compenses: 
Grand Prix, Prix d'interprétation masculine pour Thierry Lhermitte au Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez 2018.

vendredi 20 juillet 2018

BLUE JAY

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Alex Lehmann. 2016. U.S.A. 1h20. Avec Mark Duplass, Sarah Paulson, Clu Gulager. James Andrews, Harris Benbury.

Diffusé France: 6 Décembre 2016. U.S: 11 Octobre 2016

FILMOGRAPHIEAlex Lehmann est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2016: Blue Jay.


                      "Un jour l'amour a dit Ă  l'amitiĂ© : Pourquoi existes-tu puisque je suis lĂ  ?
                      L'amitiĂ© lui rĂ©pond : Pour amener un sourire lĂ  ou tu as laissĂ© des larmes."

Pour sa première rĂ©alisation, Alex Lehmann aborde la comĂ©die romantique avec un budget très limitĂ©. Oeuvre indĂ©pendante tournĂ©e en noir et blanc durant 1 semaine de tournage avec uniquement en vedettes deux acteurs (si on Ă©carte les 10 premières minutes), Blue Jay s'inscrit dans un cinĂ©ma vĂ©ritĂ© de par son authenticitĂ© Ă©motionnelle sans fard que le casting nous retransmet avec une intensitĂ© vertigineuse. Outre le soin de sa mise en scène (notamment Ă  travers la plĂ©nitude de la nature si flegmatique), la prĂ©cision de sa bande-son (notamment lors des silences les plus placides), la sĂ©rĂ©nitĂ© de sa BO et l'Ă©pure de sa photo monochrome, Blue Jay est donc transfigurĂ© par le duo scintillant  Mark Duplass Sarah Paulson (rĂ©vĂ©lĂ©e par la sĂ©rie American Horror Story) incarnant avec une spontanĂ©itĂ© fulgurante les amants infortunĂ©s d'une romance galvaudĂ©e.


Le rĂ©cit nous relatant leur inopinĂ©e retrouvaille après 20 ans d'absence, et ce le temps d'une journĂ©e Ă©lĂ©giaque Ă  se remĂ©morer certains souvenirs en toute improvisation. Romance intimiste traitĂ©e avec autant de pudeur que d'Ă©clairs de fraĂ®cheur (la soirĂ©e "dĂ©jantĂ©e" autour d'une danse de rap), Blue Jay nous immerge dans les psychĂ©s des amants Ă©perdus avec un rĂ©alisme capiteux eu Ă©gard du jeu expansif du duo sentimental en perte de repère. Le rĂ©alisateur prenant soin au fil de leur apartĂ© et confidences parentales Ă  y capter l'humanitĂ© de leur expression (l'Ă©change des regards complices s'avère parfois bouleversant quand l'amitiĂ© renoue avec l'amour) en tenant compte au terme des tenants et aboutissants de leur Ă©chec sentimental. Et donc Ă  travers leur dĂ©ception commune d'ĂŞtre passĂ©s Ă  cĂ´tĂ© d'une liaison amoureuse autrement exaltante, Alex Lehmann amorce les thèmes de l'immaturitĂ© et de la culpabilitĂ© paternelle auprès des couples juvĂ©niles tiraillĂ©s entre la passion des sentiments et le dĂ©sagrĂ©ment de la responsabilitĂ© filiale.


"L'une des plus grandes douleurs est d'aimer une personne que tu ne peux pas avoir."
Instant vĂ©ritĂ© d'Ă©motions candides et de fraĂ®cheur fringantes par le biais d'une dĂ©sillusion amoureuse, Blue Jay dĂ©gage une sensibilitĂ© rĂ©solument tĂ©nue et charmante grâce Ă  l'alchimie amoureuse que forment Mark Duplass et surtout Sarah Paulson communĂ©ment habitĂ©s par leurs Ă©tats d'âme fĂ©briles, nostalgiques et torturĂ©s, et ce Ă  travers leur disparitĂ© caractĂ©rielle. La finalitĂ© du rĂ©cit aussi bien douloureux que conciliant (ni happy-end, ni bad-end) nous interrogeant sur les lourdes consĂ©quences de nos actes immatures lorsque le destin nous offrait l'opportunitĂ© de cristalliser l'amour de sa vie. Le rĂ©cit plein de fragilitĂ©, d'Ă©motions bipolaires et de vitalitĂ© d'esprit suscitant chez nous l'envie de renouer avec un amour de jeunesse, voir de rester attentif Ă  l'Ă©ventuelle rencontre d'une inconnue entrevue au coin d'une rue.  

Dédicace à Frederic Serbource.

* GaĂŻus

jeudi 19 juillet 2018

TULLY

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jason Reitman. 2018. 1h36. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Mark Duplass, Ron Livingston, Emily Haine, Elaine Tan.

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 4 Mai 2018

FILMOGRAPHIE: Jason Reitman est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste canadien, nĂ© le 19 octobre 1977 Ă  MontrĂ©al. 2005 : Thank You for Smoking. 2007 : Juno. 2009 : In the Air. 2011 : Young Adult. 2013 : Last Days of Summer. 2014 : Men, Women and Children. 2018 : Tully. 2018 : The Front Runner.


Juno, In the Air, Young adult, Last days of summer... Jason Reitman enchaĂ®ne les rĂ©ussites Ă  un rythme mĂ©tronomique, ou tout du moins il ne laisse pas indiffĂ©rent par son habile facultĂ© Ă  nous retransmettre une Ă©motion Ă©purĂ©e jamais dĂ©monstrative. Si bien qu'avec Tully, j'oserai mĂŞme prĂ©tendre qu'il se transcende Ă  dĂ©peindre sans effet de manche, car de manière rĂ©solument prude, le portrait intimiste d'une mère de famille dĂ©passĂ©e par son rĂ´le maternel Ă  la suite d'une troisième naissance. Puis un beau jour, et en dĂ©pit de sa rĂ©ticence, elle se dĂ©cide d'engager une assistante de nuit afin de se libĂ©rer de son dĂ©sagrĂ©ment, voir notamment de son Ă©puisement physique. C'est alors que la jeune baby-sitter parvient Ă  lui redonner goĂ»t Ă  la vie Ă  travers leurs apartĂ©s existentiels fondĂ©s sur l'avancement de l'âge (et donc le regret du passĂ© libertaire), l'atavisme de la vieillesse, l'appĂ©tence sexuelle et la soif de libertĂ©. Dit comme cela, on pourrait songer Ă  une Ă©nième comĂ©die bonnard aux thèmes universels tant Ă©culĂ©s, notamment auprès de la filmo du rĂ©al himself si je me rĂ©fère Ă  Young Adult, toujours incarnĂ© par Charlize Theron.


Seulement Jason Reitman possède suffisamment de caractère, d'ambition (sa mise en scène est pleine de tact et d'invention, le montage parfois mĂŞme elliptique, Ă  l'instar de la bande originale de Cindy Lauper qu'Ă©coutent intĂ©gralement nos hĂ©roĂŻnes en voiture pour y suggĂ©rer la durĂ©e temporelle de leur trajet) afin d'y imprimer sa personnalitĂ© avec une humilitĂ© Ă©tonnamment poignante (pour ne pas dire franchement bouleversante au final). Si bien que le spectateur se laisse sensiblement happer dans la banalitĂ© quotidienne des deux hĂ©roĂŻnes avec une trouble acuitĂ©. Dans le sens oĂą aux moments intimes les plus fortuits, l'Ă©motion perce lestement Ă  travers l'Ă©change des sobres regards, la douceur des mots, leur flegme complicitĂ©, la fantaisie de certains actes (leur virĂ©e nocturne en Ă©briĂ©tĂ©, le fameux numĂ©ro Ă©rotique improvisĂ© auprès de son Ă©poux) et la contrariĂ©tĂ© de leurs âmes (principalement cette mĂ©lancolie aigre-douce de regretter un passĂ© juvĂ©nile). Et ce sans jamais verser dans un patho plombant que le duo Charlize Theron / Mackenzie Davis relève haut la main, entre  tendresse fragile, chaleur humaine et petite rancune. Jason Reitman dirigeant Ă  merveille ses interprètes avec une humilitĂ© pleine de retenue, tant auprès des non-dits que des expressions candides des regards complices.


TĂ©moignant bouleversant d'une mère de famille en proie aux affres de la solitude, au doute, Ă  la crainte de ne plus ĂŞtre chĂ©ri et Ă  la peur de ne plus sĂ©duire, faute d'absence d'attention et de communication (l'Ă©poux est docile, timorĂ©, introverti), Tully frappe juste et fort Ă  travers son innocente Ă©motion qu'on ne voit jamais arriver si bien que sa conclusion laconique d'une surprenante pudeur finit par nous Ă©branler le coeur avec une intensitĂ© Ă  corps perdu. Une oeuvre magnifique donc qui laisse des traces dans l'encĂ©phale parce qu'elle s'adresse aussi directement Ă  notre propre psychĂ© Ă  travers l'identitĂ© anxiogène de Charlize Theron en remise en question existentielle, familiale et maternelle.

* GaĂŻus

mercredi 18 juillet 2018

LA FILLE EN LAISSE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site i.pinimg.com

"Pets / Sessoribelle" de Raphael Nussbaum. 1974. U.S.A. 1h42. Avec Candice Rialson, Ed Bishop, Joan Blackman, Teri Guzman, Brett Parker...

Sortie salles U.S: Février 1974

FILMOGRAPHIE: Raphael Nussbaum est un réalisateur, scénariste et producteur allemand, né le 7 Decembre 1931, décédé le 23 Février 1993 en Californie. 1989: Speak of the Devil. 1988 Private Road: No Trespassing (Video). 1987 W.A.R.: Women Against Rape. 1976 The Amorous Adventures of Don Quixote and Sancho Panza. 1973 Pets. 1968 Kommando Sinai. 1963 Der Unsichtbare. 1962 Vom Zaren bis zu Stalin (Documentary). 1960 Sables brûlants.


Pur produit d'exploitation symptomatique des films de Drive-in originaires des Seventies, La Fille en laisse (Femme en cage aurait Ă©tĂ© idoine !) demeure un sympathique divertissement dans son alliage hybride d'Ă©rotisme soft, de thriller gothique et de comĂ©die polissonne. Après avoir Ă©chappĂ©e Ă  son compagnon abusif et avoir failli ĂŞtre violĂ©e par une bande de blacks, Bonnie se lie d'amitiĂ© avec Pat, une afro-amĂ©ricaine rencontrĂ©e le lendemain de son agression. D'un commun accord, et après avoir Ă©tĂ© prises en stop par un jogger, elles dĂ©cident de le kidnapper en guise de rançon. TorturĂ© par Pat qui parvient Ă  lui soutirer les clefs de sa demeure afin de dĂ©rober son argent, l'individu profite de son absence pour supplier Ă  Bonnie de le laisser en vie. C'est alors que celle-ci, gagnĂ©e par sa soif d'indĂ©pendance, de revanche et de sexe, dĂ©cide de le violer. Ah ah ah ! Tant mieux pour lui me direz vous ! Voici donc le condensĂ© de sa première partie exploitant tous azimuts sĂ©quences d'humiliations plutĂ´t dociles, sĂ©vices timorĂ©s, streap-tease aguicheur et viol sans brutalitĂ© sous l'impulsion ardente de Candice Rialson illuminant l'Ă©cran de sa fraĂ®cheur charnelle.


L'actrice s'exhibant tantĂ´t demi nue, tantĂ´t en tenue lĂ©gère (jarretelles en sus) avec une dĂ©contraction pleinement assumĂ©e. La seconde partie, toujours aussi niaise et cocasse Ă  travers ses situations gentiment improbables (Bonnie hĂ©bergĂ©e par une Ă©trangère au moment de chaparder une pomme dans un marchĂ©, le kidnappeur finissant dans le lit de cette dernière en guise de compensation sexuelle), continue d'exploiter avec une dĂ©rision toute frugale les vicissitudes de l'insolente Bonnie abordant des rencontres alĂ©atoires fĂ©rues d'autoritĂ© et de soumission. Et ce afin de distraire le spectateur voyeur et de nous rĂ©server un cocktail de sĂ©quences saphiques auprès d'une lesbienne possessive et d'Ă©changes SM auprès d'un misogyne sĂ©vèrement dĂ©rangĂ© du bulbe (Ed Bishop tout Ă  fait charismatique en magnat cossu au regard implicitement pervers). Superbement photographiĂ© Ă  travers des nuances flamboyantes et Ă©tonnamment soignĂ© au niveau de ses images oniriques (coucher de soleil envoĂ»tant sur la berge), voir Ă©galement auprès de ses dĂ©cors gothiques (la dernière partie confinĂ©e dans un manoir), La Fille en laisse ne cède jamais Ă  l'ennui tant Raphael Nussbaum parvient Ă  maĂ®triser le second degrĂ© des situations (limite grotesques) avec une dĂ©contraction en roue libre. Le climat insouciant, gentiment polisson, Ă©tant notamment renforcĂ© du jeu ironique (limite semi-parodique parfois) des comĂ©diens se prĂŞtant aimablement au jeu de l'obĂ©dience / soumission (sachant que les rĂ´les s'inversent) avec une provocation distanciĂ©e.


RaretĂ© bonnard fleurant bon le Grindhouse avec un second degrĂ© badin, farce underground militant pour l'Ă©mancipation fĂ©minine, La Fille en laisse (il fallait oser un titre aussi librement racoleur que l'on croirait estampillĂ© X !) est Ă  dĂ©couvrir pour tous les amateurs de curiositĂ© barrĂ©e, notamment auprès de son dernier acte phallocrate donnant tout son sens Ă  son titre (lĂ©gèrement) fallacieux. 

Remerciement Ă  Cine-bis-art
* GaĂŻus

lundi 16 juillet 2018

A LA POURSUITE DE RICKY BAKER

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Hunt for the Wilderpeople" de Taika Waititi. 2016. Nouvelle-Zélande. Avec Sam Neill, Julian Dennison, Rima Te Wiata, Rachel House, Rhys Darby, Oscar Kightley, Tioreore Ngatai-Melbourne.

Sortie France uniquement en Dvd 5 Juin 2018. Salles: Nouvelle-Zélande: 31 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Taika Waititi est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur néo-zélandais, né le 16 Août 1975. 2002: John and Pogo. 2004: Two Cars, One Night. 2004: Heinous Crime. 2005: Tama Tu. 2007: A chacun sa chacune. 2008: Cinema 16: World Short Films. 2010: Boy. 2014: What we do in the Shadows. 2016: A la poursuite de Ricky Baker. 2017 : Thor: Ragnarok.

Une comédie intimiste super sympa due à la personnalité anti-conventionnelle du génial auteur de Vampire en toute intimité (what we do in the shadow) et au duo antinomique Sam Neill (en chasseur bourru) / Julian Dennison (en jeune maori rebelle) cheminant communément une initiation amicale à travers les magnifiques végétations néo-zélandaises. Leurs pérégrinations marginales toujours improvisées s'inscrivant dans une idéologie libertaire aussi bien mélancolique qu'exaltante. On apprécie enfin sa partition électro étrangement symptomatique des années 80 !

* GaĂŻus

samedi 14 juillet 2018

TOUT LE MONDE DEBOUT

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Franck dubosc. 2018. France. 1h47. Avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Gérard Darmon, Elsa Zylberstein, Caroline Anglade, Laurent Bateau, Claude Brasseur, François-Xavier Demaison.

Sortie salles France: 14 Mars 2018

FILMOGRAPHIEFranck Dubosc, né le 7 novembre 1963 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime), est un humoriste et acteur français. 2018: Tout le monde debout.


Souvent taxĂ© par les critiques bien pensantes de comĂ©dien de pacotille Ă  travers ses comĂ©dies populaires bon marchĂ© (la trilogie Camping, Disco, Boule et Bill 1 et 2, etc...), Franck Dubosc aurait peut-ĂŞtre dĂ©cidĂ© de prendre sa revanche contre ses dĂ©tracteurs avec Tout le monde debout. Tant et si bien qu'il relève la gageure de passer devant et derrière la camĂ©ra avec une ambition Ă©tonnamment inspirĂ©e eut Ă©gard du soin de la mise en scène oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, comme le confirme notamment son design esthĂ©tique taillĂ© dans l'Ă©lĂ©gance (magnifique Ă©clairages de l'architecture urbaine de Prague) et d'une Ă©tude de caractères finement brossĂ©e sous le pilier de personnages non dupes. Et le miracle de se produire car Tout le monde debout transfigure la comĂ©die romantique sous l'impulsion du duo Franck Dubosc / Alexandra Lamy irradiant l'Ă©cran de leur accointances sentimentale de la 1ère Ă  l'ultime seconde. Le pitch tour Ă  tour cocasse et espiègle nous narre les tribulations d'un sĂ©ducteur invĂ©tĂ©rĂ©, Jocelyn, homme d'affaire dĂ©nuĂ© de vergogne lorsqu'il s'agit d'accoster une nouvelle proie, sa voisine de palier en lui faisant croire qu'il est infirme. Seulement, un beau jour, elle lui propose de rencontrer sa soeur Florence, une paraplĂ©gique plutĂ´t radieuse et Ă©loquente. Et donc, afin de mieux la sĂ©duire, il continue de se faire passer pour un handicapĂ© jusqu'au jour oĂą il en tombe amoureux. HantĂ© d'apprĂ©hension et de lâchetĂ©, il retarde incessamment sa rĂ©solution de lui avouer la vĂ©ritĂ© en dĂ©pit des conseils avisĂ©s de sa secrĂ©taire entĂŞtĂ©e et de Max, son ami praticien.


PĂ©tillant, fĂ©erique, exaltant, passionnĂ©, guilleret, fĂ©ru de charme, de fraĂ®cheur et de drĂ´lerie, Tout le monde debout se dĂ©guste Ă  l'instar d'une coupe de champagne comme le cinĂ©ma français n'ose plus en produire. ProfondĂ©ment humain, tendre et intelligent car jamais racoleur et encore moins moralisateur lorsqu'il s'agit de prĂ´ner un hymne Ă  la diffĂ©rence Ă  travers une liaison amoureuse extravertie que Dubosc, acteur, et Lamy communiquent avec tact et Ă©lĂ©gance fusionnels, Tout le monde debout  tĂ©lescope au fil de leur pĂ©riple romantique rire et larme avec une sincĂ©ritĂ© intarissable. Le duo incroyablement expressif nous immergeant dans leur dĂ©rive sentimentale avec une vĂ©ritĂ© mise Ă  nu, et ce sans cĂ©der aux sirènes d'une Ă©motion programmĂ©e si bien que Dubosc jamais avare d'inventions (la piscine customisĂ©e) et de revirements (le double jeu de Florence !) relance sans cesse les audiences et bĂ©vues amoureuses avec une efficacitĂ© en roue libre ! Notamment dans son Ă©tonnante capacitĂ© Ă  capter avec pudeur les sentiments de ces personnages, tant auprès des silences entre les mots que des rĂ©parties fougueuses ou autrement rĂ©servĂ©es que se partagent le duo singulier. Ajoutez Ă©galement autour de leurs jeux de drague improvisĂ©s d'Ă©patants seconds-rĂ´les (l'irrĂ©sistible Elsa Zylberstein en secrĂ©taire nĂ©vrosĂ©e, GĂ©rard Darmon en chirurgien prĂ©venant) se prĂŞtant au jeu du simulacre (feindre en dernier recours et d'un commun accord la condition estropiĂ©e de Jocelyn) avec une drĂ´lerie parfois hilarante (principalement Zylberstein en cĂ©libataire borderline en diable !). Sans compter l'Ă©mouvante participation du grand (et si rare) Claude Brasseur en paternel sclĂ©rosĂ© Ă  la fois Ă©goĂŻste, gaillard et impudent.


A travers son hommage plein d'humilitĂ© aux infirmes nous prodiguant sans une once de pathos une leçon de vie, et Ă  travers sa rĂ©flexion sur la solitude existentielle, le refus de grandir et la quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de cueillir l'Amour, Tout le monde debout nous frappe droit au coeur avec une Ă©motion vertigineuse (les mouchoirs sont de rigueur Ă  plusieurs reprises, notamment lors de sa dernière image iconique !). Et donc en prime de s'ĂŞtre surpasser face camĂ©ra (il s'agit du rĂ´le de sa carrière !), Franck Dubosc a immortalisĂ© de son empreinte son premier essai si bien qu'il s'agit de la meilleure comĂ©die que le cinĂ©ma français nous ait offert depuis ces dernières annĂ©es. 

* GaĂŻus

Box Office France: 2 221 367 entrées

« Un jour, Ă  cause de l’âge et parce qu’elle ne pouvait plus beaucoup se dĂ©placer, ma mère s’est retrouvĂ©e dans un fauteuil roulant. Le fauteuil, symbole du handicap, est devenu une solution parce que, enfin, elle allait pouvoir de nouveau bouger, sortir. Mais elle a objectĂ© : « je ne pourrai pas aller au marchĂ© de NoĂ«l car il faut monter des marches ». Ça a fait tilt. Ce qui semblait une opportunitĂ© devenait donc un obstacle. Et j’ai pensĂ© Ă  tous ceux qui, handicapĂ©s, sont confrontĂ©s Ă  cela. D’autre part, j’ai toujours eu envie de raconter une histoire d’amour qui soit fondĂ©e sur la diffĂ©rence non pas culturelle ou sociale mais physique. Il y a une question que je me suis souvent posĂ©e, qui m’interpelle : et si tu tombais amoureux de quelqu’un d’handicapĂ© ? C’est une vision du futur un peu compliquĂ©e, certes. Est-ce que l’amour serait plus fort que la raison ? Je pense que oui et c’est pour cela que j’ai voulu faire ce film1. »

— Franck Dubosc

vendredi 13 juillet 2018

SPASMO

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Umberto Lenzi. 1974. 1h34. Italie. Avec Robert Hoffmann, Suzy Kendall, Ivan Rassimov, Adolfo Lastretti, Monica Monet

Sortie salles Italie: 16 Février 1974

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie). 1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne. 1969: Orgasmo. 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


Ayant déjà préalablement oeuvré à 4 reprises dans le giallo (Orgasmo, Si douces, si perverses, Paranoia, Le Tueur à l'orchidée), Umberto Lenzi poursuit le genre avec Spasmo réalisé en 1974. Plus proche d'un thriller parano que du Giallo à proprement parler, Spasmo relate l'odyssée schizophrène de Christian, un industriel pris dans les mailles d'une perverse machination parmi la complicité de charmantes et vénéneuses beautés italiennes. Ce dernier étant amené à côtoyer des personnages interlopes entre 2/3 visions irréelles, à l'instar d'un tueur mystérieusement disparu après avoir été mortellement blessé par Christian. Et le tueur de persévérer son harcèlement pour un mobile que nous ne connaîtrons qu'à partir de la dernière demi-heure fertile en rebondissements. Notamment auprès d'une bobine super 8 illustrant des enfants terriblement expressifs, surtout si je me réfère aux yeux bleus perçants de Christian résolument ensorcelant dans son expression figée ! Une des séquences les plus fortes par son pouvoir évocateur eut égard du poids dramatique qu'on nous suggère lentement sous nos yeux.


TranscendĂ© par l'interprĂ©tation habitĂ©e de Robert Hoffmann criant de vĂ©ritĂ© en victime borderline en proie Ă  la persĂ©cution morale, Spasmo dĂ©route et fascine Ă  la fois Ă  travers son intrigue ramifiĂ©e volontairement nĂ©buleuse afin de mieux nous perdre dans le dĂ©dale d'un esprit dĂ©rangĂ©. Umberto Lenzi s'efforçant de nous faire ressentir la psychose de Christian grâce au jeu expressif de son acteur  souvent empathique dans sa posture fragile, notamment lorsqu'il saisit en toute discrĂ©tion les tenants et aboutissants du fameux complot lors d'une conversation tenue secrète. Et donc Ă  travers le thème de la folie hĂ©rĂ©ditaire, Spasmo nous plonge dans un cauchemar anxiogène semĂ© de sĂ©quences troubles et baroques (notamment ces mannequins de femmes disposĂ©es en intermittence aux 4 coins de la nature) Ă  travers la rivalitĂ© de deux frères mutuellement rongĂ©s par la rancoeur d'un passĂ© aussi inĂ©quitable que traumatique. Le film esthĂ©tiquement soignĂ© auprès de sa photo Ă©purĂ©e amplifiant sa facture irrĂ©elle parmi la contribution d'Ennio Morricone Ă©pris d'une discrète mĂ©lodie.


Cruel, baroque et Ă©trangement trouble par son climat d'angoisse dĂ©rangĂ©e surfant avec la dĂ©sillusion, Spasmo met en exergue une douloureuse descente aux enfers psychotique qu'Umberto Lenzi s'efforce pour autant d'humaniser Ă  travers la caractĂ©risation fĂ©brile de victimes incurables. Fascinant et terriblement pessimiste. 

* GaĂŻus
2èx

jeudi 12 juillet 2018

PRIVATE PARTS

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lupanarsvisions.blogspot.com

de Paul Bartel. 1972. U.S.A. 1h27. Avec Ayn Ruymen, Lucille Benson, John Ventantonio, Laurie Main, Stanley Livingston, Charles Woolf.

Sortie salles U.S: Septembre 1972.

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain né le 6 août 1938 à Brooklyn, New York, et décédé le 13 mai 2000 à New York (États-Unis). 1968: The Secret Cinema (court-métrage). 1969: Naughty Nurse (court métrage). 1972: Private Parts. 1975: La Course à la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.


Bien connu des amateurs de cinĂ© Bis si je me rĂ©fère aux fameux Seigneurs de la Route, Cannonball  et Eating Raoul, Paul Bartel fut Ă©galement signataire de Private Parts, une première rĂ©alisation malencontreusement inĂ©dite sur notre territoire. Ovni inclassable dans son alliage de suspense, thriller horrifique et comĂ©die caustique, Private Parts mĂ©lange efficacement les genres autour des va-et-vient de marginaux Ă  la fois attachants et extravagants. Paul Bartel, plutĂ´t inspirĂ© Ă  cultiver en interne du rĂ©cit un climat d'inquiĂ©tude sous-jacent, nous retraçant l'initiation lubrique d'une jeune fille de 19 ans rĂ©fugiĂ©e dans l'hĂ´tel de sa tante au lendemain d'une dispute avec sa colocataire. Chapardeuse, fureteuse et voyeuse autour des agissements interlopes d'une foule de locataires marginaux, Cheryl se laisse sĂ©duire par un photographe introverti plutĂ´t sensible au charme de donzelles dĂ©nudĂ©es. Toujours plus attirĂ©e par l'interdit et dangereusement naĂŻve en dĂ©pit des avertissements de sa tante, elle scrute chaque chambre de l'hĂ´tel avec l'ardent dĂ©sir de jouer avec le feu.


Grâce au charisme saillant des comĂ©diens incarnant un jeu extraverti limite parodique (notamment l'illustre Lucille Benson en tante bipolaire !), Private Parts se savoure tel un bonbon acidulĂ© sous l'impulsion d'une hĂ©roĂŻne impudente avide de curiositĂ© et de dĂ©couvertes en tous genres. Ayn Ruymen irradiant l'Ă©cran de son physique poupon avec une fraĂ®che spontanĂ©itĂ©, notamment lorsqu'elle arpente, entre apprĂ©hension et excitation, chaque chambre de l'hĂ´tel. Outre ses sĂ©quences burlesques assez inventives et dĂ©jantĂ©es (le sort du rat), l'intrigue davantage ombrageuse est entrebâillĂ©e d'Ă©tonnantes sĂ©quences chocs qu'on ne voit jamais venir. A l'instar du 1er meurtre Ă©tonnamment gore et surtout de l'incroyable expĂ©rience onirique tentant de donner vie Ă  une poupĂ©e gonflable ! (je n'en dirai pas plus pour prĂ©server l'effet de surprise esthĂ©tique !). Bref, tout un programme donc que Paul Bartel fignole avec un souci formel maĂ®trisĂ© (la topographie "sĂ©pia" de l'hĂ´tel est constamment envoĂ»tante par son atmosphère gothique d'oĂą plane l'ombre de Norman Bates !); quand bien mĂŞme lors de sa dernière partie il ne manque pas de nous fasciner auprès du profil torturĂ© du photographe en proie Ă  une solitude nĂ©vrotique. John Ventantonio s'avĂ©rant tout Ă  fait convaincant dans sa posture ambiguĂ« de voyeur Ă  double personnalitĂ© si bien que Paul Bartel ne manque pas d'idĂ©es dĂ©bridĂ©es pour parfaire sa rĂ©solution macabre lors d'un final en trompe-l'oeil inscrit dans le sarcasme.


Excellente (pochette) surprise que cette sĂ©rie B impertinente oscillant les genres avec une Ă©tonnante communion, Private Parts sĂ©duit et amuse sans racolage. De par sa galerie de personnages fantasques et l'efficacitĂ© de sa dĂ©rision horrifique constamment captivante. 

* GaĂŻus

Remerciement Ă  Lupanars Airlines ^^

mercredi 11 juillet 2018

FOLIE MEURTRIERE

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Mio caro assassino/My dear killer" de Tonino Valerii. 1972. Italie. 1h36. Avec George Hilton, Salvo Randone, William Berger, Patty Shepard, MarilĂą Tolo, Manuel Zarzo.

Sortie salles Italie: 3 FĂ©vrier 1972.

FILMOGRAPHIE: Tonino Valerii est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 20 mai 1934 Ă  Montorio al Vomano, dĂ©cĂ©dĂ© le 13 octobre 2016 Ă  Rome. 1966 : Per il gusto di uccidere. 1968 : Le Dernier Jour de la colère. 1969 : Texas. 1970 : Une jeune fille nommĂ©e Julien. 1972 : Folie meurtrière. 1972 : La Horde des salopards. 1973 : Mon nom est Personne. 1975 : Vai gorilla. 1977 : Sahara Cross. 1985 : Senza Scrupoli. 1986 : La Sporca insegna del coraggio. 1987 : Sicilian Connection. 1997 : Una vacanza all'inferno. 1997 : Un bel dì vedremo.


Giallo de haute tenue tournĂ© en 72 par l'auteur du Dernier jour de la colère et de Mon nom est personne, Folie Meurtrière captive sans temps mort de par son intrigue littĂ©ralement sordide dĂ©livrant au compte goutte les tenants et aboutissants d'une ancienne affaire criminelle confrontant une foule de prĂ©sumĂ©s coupables communĂ©ment interlopes. Si bien que le spectateur quelque peu dissipĂ© au dĂ©roulement de l'enquĂŞte pourrait parfois s'y perdre, de par sa complexitĂ© un brin confuse que l'inspecteur nous dĂ©taille avec un bagout volubile selon mon jugement de valeur. Car suite Ă  la dĂ©capitation d'un dĂ©tective d'assurance par une excavatrice, l'inspecteur Luca Peretti parvient Ă  faire remonter Ă  la surface une histoire de rapt infantile ayant mal tournĂ©e quelques annĂ©es plus tĂ´t. Le père et sa fille ayant Ă©tĂ© retrouvĂ©s en Ă©tat de putrĂ©faction dans un bunker 2 mois après leur disparition.


Mais par la cause d'un indice capital pouvant dĂ©voiler l'identitĂ© de l'assassin, ce dernier se rĂ©sout Ă  Ă©liminer chaque tĂ©moin gĂŞnant avant que l'inspecteur Peretti ne dĂ©lie les ficelles d'une machination cupide. Nanti d'une force tranquille et de sĂ»retĂ© en inspecteur retors fĂ©ru de vĂ©ritĂ©, George Hilton porte le film sur ses Ă©paules si bien que son omniprĂ©sence Ă  l'Ă©cran fait mouche dans sa dĂ©termination Ă  reconstituer un puzzle crapuleux d'oĂą plane en arrière plan la pĂ©dophilie. On s'Ă©tonnera d'ailleurs lors d'une brève sĂ©quence l'apparition dĂ©rangeante d'une fillette entièrement nue face Ă©cran. Outre l'acuitĂ© de l'intrigue malsaine fertile en rebondissements et entrecoupĂ©e de moments d'angoisse atmosphĂ©rique (notamment parmi l'habile exploitation de dĂ©cors rustiques), Folie Meurtrière est saturĂ©e d'une violence parfois incisive. A l'instar de l'impressionnante exaction Ă  la scie circulaire ou du tabassage d'un vieillard par un objet sculptural. On peut Ă©galement relever non sans une certaine ironie macabre une efficace sĂ©quence de dĂ©capitation Ă  la pelle mĂ©canique en scène d'ouverture.


Un cran au dessus de ses homologues La Queue du Scorpion, Qui l'a vue mourir et le Tueur Ă  l'OrchidĂ©e (pour citer 3 brillants succĂ©danĂ©s tournĂ©s la mĂŞme pĂ©riode), Folie Meurtrière est Ă  redĂ©couvrir d'urgence tant Tonino Valerii  parvient avec une efficacitĂ© mĂ©tronomique Ă  dĂ©ranger et fasciner sous couvert d'un rapt innommable faisant resurgir la mĂ©moire d'une fillette prodige. Avec la contribution musicale du maestro Ennio Morricone

* GaĂŻus
2èx

mardi 10 juillet 2018

LE SECRET DES MARROWBONE. Prix Goya du meilleur nouveau réalisateur, 2018.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zickma.fr

"El secreto de Marrowbone" de Sergio G. Sánchez. 2017. Espagne. 1h50. Avec George MacKay,
Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Mia Goth, Matthew Stagg.

Sortie salles France: 7 Mars 2018. Espagne: 27 Octobre 2017.

FILMOGRAPHIESergio G. Sánchez est un réalisateur et scénariste espagnol né en 1973 à Oviedo, Asturias. 2018: Le secret des Marrowbone. 2008: Las manos del pianista (Téléfilm).


"Il ne règne aucun mot d'esprit pour sentencier une réelle maltraitance. Même après condamnation pour maltraitance la dette n'est jamais payée."
Dans la lignĂ©e des Autres, l'Echine du Diable, Fragile, le Labyrinthe de Pan, Insensibles et  l'Orphelinat, le cinĂ©ma ibĂ©rique nous offre Ă  nouveau une perle de hantise avec le Secret des Marrowbone injustement reparti bredouille Ă  GĂ©rardmer en dĂ©pit de critiques fort enthousiastes. Pour autant, aurĂ©olĂ© dans son pays natal du Prix goya du meilleur nouveau rĂ©alisateur, Sergio G. Sanchez n'a pas volĂ© son trophĂ©e si bien qu'en tant que cinĂ©aste nĂ©ophyte, ce dernier particulièrement talentueux dans l'art de conter un rĂ©cit charpentĂ© voue un vĂ©ritable amour pour le genre. Et ce tout en transplantant intelligemment le drame psychologique Ă  la fois intense et bouleversant dans le cadre codifiĂ© du cinĂ©ma d'horreur. D'une fulgurance formelle quasi onirique au sein d'une nature champĂŞtre oĂą plane le conte de fĂ©e, Le secret des Marrowbone ravit les yeux et le coeur lorsque trois frères et une soeur se rĂ©signent Ă  respecter le pacte de rester communĂ©ment solidaires et ne former plus qu'un depuis la mort prĂ©cipitĂ©e de leur mère. Mais traumatisĂ©s par un lourd passĂ©, ces derniers doivent faire face Ă  d'Ă©tranges phĂ©nomènes inexpliquĂ©s potentiellement liĂ©s Ă  la disparition de leur père abusif.


Baignant dans un climat de mystère lattent que Sergio G. Sanchez maĂ®trise avec autant d'attention que de subtilitĂ© afin de ne pas prĂ©cipiter le rĂ©cit dans les clichĂ©s et effets-chocs racoleurs, le Secret des Marrowbone distille d'autant mieux une certaine plĂ©nitude en nous familiarisant avec nos protagonistes si dĂ©sarmĂ©s car livrĂ©s Ă  eux mĂŞmes. De par la tendre cohĂ©sion familiale entamĂ©e entre ces 4 orphelins s'efforçant de taire la disparition de leur mère aux citadins, faute de leur jeune âge (ils sont tous âgĂ©s de - de 21 ans) et afin de prĂ©server leur nouvelle propriĂ©tĂ© isolĂ©e du village local. Qui plus est, parmi l'arrivĂ©e alĂ©atoire d'Allie, ravissante jeune bibliothĂ©caire, Jack, le frère aĂ®nĂ©, s'Ă©prend rapidement d'affection pour elle en dĂ©pit de la jalousie de son frère Gamelle et d'un jeune notaire. Bref, le rĂ©cit semĂ© d'interrogations et d'indices en suspens parvient promptement Ă  sĂ©duire et Ă  inquiĂ©ter de par la profonde humanitĂ© des personnages juvĂ©niles pris Ă  parti avec des Ă©vènements irrationnels que Sergio Sanchez suggère plus qu'il ne montre. Et ce jusqu'Ă  ce que l'intrigue davantage sombre et perfide ne bifurque dans son dernier acte vers un retournement de situation Ă  la dramaturgie escarpĂ©e. Ce nouveau niveau de lecture adoptant dès lors une tournure tragique littĂ©ralement bouleversante en abordant avec une sensibilitĂ© prude les douloureux thèmes de la maltraitance, de l'innocence scarifiĂ©e et du traumatisme.


Les Enfants du Silence
Impeccablement convaincant auprès de son casting juvĂ©nile rĂ©solument investi dans leur fonction aussi bien soumise qu'hĂ©roĂŻque, Le secret des Marrowbone tire-parti de son intensitĂ© Ă©motionnelle grâce Ă  sa dimension humaine inĂ©vitablement fragile Ă©voluant au fil d'une intrigue criminelle en proie au surnaturel. Conte cruel sur la perte de l'ĂŞtre cher, histoire d'amour pure afin d'accĂ©der Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ©, Sergio Sanchez joue subtilement avec les codes du film d'Ă©pouvante pour mieux nous Ă©branler. Entre apprĂ©hension et dĂ©sagrĂ©ment. 

* GaĂŻus

Clin d'oeil Ă  toi ami Seb ^^

lundi 9 juillet 2018

Blue Holocaust / Buio omega / Beyond the Darkness / Folie Sanglante.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

 de Joe D'Amato. 1979. Italie. 1h34. Avec Kieran Canter, Cinzia Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucio D'Elia, Mario Pezzin.

Sortie Salles France: 30 Juin 1982 (Int - 18 ans). Italie: 15 Novembre 1979.

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJoe d'Amato (nĂ© Aristide Massaccesi le 15 dĂ©cembre 1936 Ă  Rome, mort le 23 janvier 1999) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980:Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la vĂ©ritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


"Amour en décomposition".
Un an avant son scandaleux Anthropophagous, Joe D’Amato nous avait dĂ©jĂ  bien secouĂ©s avec Blue Holocaust, que beaucoup considèrent — Ă  raison — comme sa pièce maĂ®tresse. TournĂ© en quatre semaines avec un budget dĂ©risoire, il s'agit d’un remake (au vitriol) du film Il Terzo Occhio de Mino Guerrini, avec Franco Nero en tĂŞte d'affiche. Le jour oĂą Francesco apprend la mort de sa fiancĂ©e, il sombre dans une dĂ©tresse inconsolable, au point d'exhumer son cadavre pour le ramener chez lui. Vivant reclus dans une vaste demeure avec sa gouvernante, il glisse peu Ă  peu dans une folie meurtrière, accostant de jeunes filles innocentes pour mieux les sacrifier. En 1979, pour la première fois de sa carrière, l’inĂ©narrable D’Amato s’essaie Ă  un pur film d’horreur, repoussant les limites du montrable dans une romance macabre en dĂ©composition morale. Grâce Ă  son ambiance poisseuse indĂ©fectible, renforcĂ©e par une photo blafarde, Blue Holocaust atteint un sommet d’horreur crapoteuse, notamment Ă  travers la relation immorale entre un maĂ®tre dĂ©chu et sa domestique empoisonnĂ©e d’amour.

Car sous cette trame sulfureuse, explorant la nĂ©crophilie, la perversitĂ©, et plus marginalement le cannibalisme, D’Amato tire un conte malade, baignĂ© dans une folie scabreuse. Par ses excès gore vomitifs, son atmosphère morbide saturĂ©e du thème hypnotique des Goblin, et les penchants licencieux de ses protagonistes, Blue Holocaust oscille entre fascination et rĂ©pulsion. Francesco et sa majordome Iris forment un duo dysfonctionnel, dĂ©pravĂ©, vidĂ© de toute morale — et peut-ĂŞtre mĂŞme de toute raison. On ne comprend pas vraiment ce qui pousse Francesco dans cette folie sadique, si ce n’est une douleur si vive qu’elle se mue en pulsion de mort. Multipliant les conquĂŞtes pour mieux exĂ©cuter ses fantasmes nĂ©crophiles, erratique, il arrache les ongles d'une auto-stoppeuse avec une haine aussi improbable que gratuite. Et pourtant, il parvient Ă  nous toucher — malgrĂ© tout — par la mĂ©lancolie lancinante de son deuil. Iris, elle, manipulatrice sans vergogne, amoureuse jusqu’Ă  la dĂ©votion, orchestre la violence pour mieux s’approprier ce cĹ“ur inaccessible.

Cette complicitĂ© transgressive fascine irrĂ©mĂ©diablement par son climat pestilentiel, suintant l’effluve mortuaire — un peu Ă  la manière cynique du maladif Baiser Macabre de Lamberto Bava, dont D’Amato reprend d’ailleurs la mĂŞme conclusion sardonique avec une froideur presque logique. ScandĂ© du score atmosphĂ©rique des Goblin et relativement efficace malgrĂ© une narration pervertie, D’Amato, très inspirĂ© par l’imagerie dĂ©gueulbif (zooms intrusifs Ă  l’appui), nous entraĂ®ne dans leur dĂ©rive obscène, pour l’enjeu d’un amour perdu. L’ambiance morbide, tributaire d’excès gore insoutenables (l’Ă©viscĂ©ration de la dĂ©funte provoque la nausĂ©e avant que son cĹ“ur ne soit dĂ©vorĂ© Ă  pleines dents !), s’enracine dans le dĂ©cor glacial du pavillon rural, parsemĂ© de pièces lugubres, sous la garde funeste du cadavre enfermĂ© dans la chambre — diffuseur d’une aura capiteuse, presque sacrĂ©e. 

Et si les seconds rĂ´les s’avèrent stĂ©riles, comme souvent chez D’Amato, on peut se rĂ©conforter auprès de Franca Stoppi, incarnant avec un charisme dĂ©monial une gouvernante possessive, tour Ă  tour jalouse, perverse, hystĂ©rique, au fil de sa dĂ©chĂ©ance criminelle. Peu loquace, mais d’une austĂ©ritĂ© sidĂ©rante dans sa morphologie famĂ©lique, l’actrice se fond avec un magnĂ©tisme patibulaire dans le rĂ´le d’une mĂ©gère rongĂ©e par l’obsession. Quant Ă  Kieran Canter, son physique bellâtre de veuf aux yeux verts, accablĂ© par le chagrin, crĂ©e un contraste saisissant avec ses accès d’immoralitĂ© perverse, lorsqu’il se contraint Ă  faire disparaĂ®tre les tĂ©moins gĂŞnants.


"Bleu cadavre : la romance en putréfaction".
En dĂ©pit de dialogues prĂ©mâchĂ©s et d’une psychologie rudimentaire, Blue Holocaust Ă©rige les vertus d’une horreur dĂ©viante au rĂ©alisme troublant. L’audace putassière de ses dĂ©rives gores (l’Ă©viscĂ©ration, le cannibalisme de Francesco, le bain de soude de l’auto-stoppeuse) et l’ambiance de romantisme mortifère autour de ces amants en deuil laissent en mĂ©moire une Ă©treinte inusitĂ©e — poisseuse, purulente, dĂ©complexĂ©e.

* GaĂŻus
26.03.12
09.07.18. 5èx

DĂ©finition de Buio Omega (anecdote reprise sur le site devildead): La lettre "Omega" (relevĂ©e sur le vĂ©hicule des pompes funèbres) symbolise la fin, d'après la parole de Dieu "Je suis l'Alpha et l'Omega", je suis le dĂ©but et la fin de toutes choses. "Buio" signifiant les tĂ©nèbres...