lundi 4 février 2019

Venus in furs

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

"Paroxismus" de Jess Franco. 1969. Angleterre/Allemagne/Italie. 1h26. Avec James Darren, Barbara McNair, Maria Rohm, Klaus Kinski,  Dennis Price, Margaret Lee.

Sortie salles Italie: 19 Août 1969. U.S: 9 Septembre 1970

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013. 1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


"Autant la première fois j'Ă©tais passĂ© Ă  cĂ´tĂ©, autant aujourd'hui me suis pris une petite claque (ouatĂ©e) grâce Ă  l'intarissable Franco honnĂŞtement ambitieux Ă  traiter le plus sincèrement cette proposition fantasmagorique." 

L'argumentUn musicien trouve par hasard le corps sans vie d’une belle jeune femme sur une plage. Celle-ci a Ă©tĂ© torturĂ©e puis assassinĂ©e par un groupe de sadiques... Inexplicablement, la dĂ©funte revient Ă  la vie avec comme unique but de se venger de ceux qui l’ont fait pĂ©rir dans d’atroces souffrances.

Pour faire bref (et laisser ensuite la parole Ă  Virgile Dumez); Venus in Furs est une formidable surprise que l'Ă©diteur Artus Film exhume de l'oubli (mĂŞme si on peut dĂ©plorer une copie Dvd pas fameuse) alors qu'il s'agit selon moi (mais aussi des fans du cinĂ©aste) de l'un des meilleurs films de Jess Franco dont j'ignorai l'existence. Et si le scĂ©nario demeure totalement classique et sans surprise, son intĂ©rĂŞt dĂ©coule de sa mise en scène expĂ©rimentale infiniment inspirĂ©e et soignĂ©e, de son parti-pris musical jazzy frĂ©quemment exposĂ©, et du jeu des acteurs communĂ©ment dĂ©pouillĂ©s et plutĂ´t bien dirigĂ©s par un Franco dĂ©sireux de nous offrir une proposition fantasmagorique littĂ©ralement inusitĂ©e. Ainsi, cette Ă©trange impression de rĂŞve Ă©veillĂ© est d'autre part renforcĂ©e de ralentis rĂ©ussis; de filtres verts, jaunes et rouges auprès d'une sĂ©quence psychĂ©dĂ©lique, de son atmosphère feutrĂ©e plutĂ´t sensuelle, pour ne pas dire charnelle, et de la posture dubitative du hĂ©ros qu'endosse James Darren (Au coeur du Temps) plongĂ© dans une aventure romantique dĂ©nuĂ©e de sens, de repères, de temporalitĂ©. On sort donc de la projo Ă  la fois sĂ©duit, envoĂ»tĂ©, hantĂ© par ce poème musical ne ressemblant Ă  nul autre, tant et si bien que Venus in Furs dĂ©gage en prime un charme fĂ©lin sous l'impulsion de l'ectoplasme Maria Rohm assez magnĂ©tique, voluptueuse, mutique pour mettre en exergue la femme dans sa reprĂ©sentation symboliquement charnelle rehaussĂ©e ici de mystère indicible pour y flirter avec le Fantastique Ă©thĂ©rĂ©. Du cinĂ©ma indĂ©pendant de premier choix Ă  dĂ©couvrir au plus vite du fait de son invisibilitĂ©. 
 
*Bruno


La critique de Virgile Dumez chroniquée chez le site avoir-alire.com:
Après avoir signĂ© quelques gros succès pour le compte du producteur britannique Harry Alan Towers Ă  la fin des annĂ©es 60, le rĂ©alisateur espagnol Jesus Franco rĂ©ussit Ă  imposer un projet plus personnel, Ă  savoir un scĂ©nario de son cru intitulĂ© Black Angel. Cette histoire de fantĂ´me vengeur trouve son inspiration dans une phrase entendue de la bouche du musicien de jazz Chet Baker qui disait qu’il voyait dĂ©filer toute sa vie devant ses yeux lorsqu’il entamait un solo de trompette. Dès lors, Jess Franco a l’idĂ©e de construire l’intĂ©gralitĂ© d’un long-mĂ©trage comme un morceau de jazz, telle une fuite en avant vers la fantasmagorie et la mort. Pour constituer la base de son script, il s’inspire Ă  la fois de Boulevard du crĂ©puscule et de Sueurs froides et laisse ensuite divaguer son esprit torturĂ©.


Une fois le tournage achevĂ©, le producteur Harry Alan Towers semble avoir mis son grain de sel dans la version anglaise qui fait aujourd’hui autoritĂ© et que nous avons visionnĂ©. Ainsi, le titre Venus in Furs est ajoutĂ© alors que le film n’a absolument aucun rapport avec l’Ĺ“uvre de Masoch. Mais surtout, le montage final intègre de nombreuses expĂ©rimentations visuelles psychĂ©dĂ©liques qui n’Ă©taient apparemment pas incluses dans la version initiale du cinĂ©aste. Ainsi, les ralentis, accĂ©lĂ©rations, dĂ©formations optiques et autres filtres de couleurs semblent avoir Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s par le producteur histoire de rendre le mĂ©trage plus proche d’une esthĂ©tique alors Ă  la mode. Mais pour une fois, cela n’entre aucunement en contradiction avec l’Ĺ“uvre elle-mĂŞme et, bien au contraire, cela renforce l’aspect expĂ©rimental d’un film entièrement construit au montage.


Cette reconstruction a posteriori explique sans aucun doute les incongruitĂ©s gĂ©ographiques oĂą les paysages brĂ©siliens succèdent aux plans tournĂ©s en Turquie sans que l’on ait l’impression de changer de continent. En rĂ©alitĂ©, les passages sur le carnaval de Rio ne sont ni plus ni moins que des stock-shots qui n’apportent pas grand chose Ă  l’affaire si ce n’est une couleur exotique. Pourtant, ce qui serait un dĂ©faut rĂ©dhibitoire dans un autre film s’avère ici un atout puisque le cinĂ©aste joue sans cesse avec notre perception de la rĂ©alitĂ©. Brouillant tous les repères gĂ©ographiques et temporels du spectateur, Jess Franco livre une Ĺ“uvre hallucinĂ©e oĂą le fantasme se mĂŞle sans cesse au rĂ©el sans que l’on sache vraiment oĂą l’on se trouve. Cette structure audacieuse – en free jazz en quelque sorte – suppose un abandon total du spectateur au mĂ©dium cinĂ©ma. PortĂ© par des images souvent originales, Venus in furs peut donc ĂŞtre vu comme un film expĂ©rimental qui s’approche des recherches formelles d’un Godard, par exemple.


Le mĂ©trage ne serait pas aussi rĂ©ussi sans l’excellente partition de Manfred Mann et Mike Hugg qui alterne les moments jazzy avec des morceaux plus pop psychĂ©dĂ©lique. Souvent sans dialogue, le film bĂ©nĂ©ficie Ă©galement d’une interprĂ©tation de bonne qualitĂ©. Maria Rohm est belle Ă  se damner en fantĂ´me vengeur, James Darren joue le trouble avec conviction, tandis que Klaus Kinski, mĂŞme peu prĂ©sent Ă  l’Ă©cran, impose sa stature au moindre regard. Sans doute trop peu commercial, Venus in furs fut un cuisant Ă©chec au box-office, Ă  tel point qu’il n’est jamais sorti dans les salles françaises. Une injustice qui commence Ă  ĂŞtre rĂ©parĂ©e aujourd’hui grâce Ă  l’action d’Alain Petit et de l’Ă©diteur Artus qui tentent d’imposer le mĂ©trage comme une Ĺ“uvre culte. Nous les soutenons largement dans cette entreprise de rĂ©habilitation puisqu’il s’agit sans aucun doute de l’un des meilleurs Jess Franco, avec la version espagnole du Miroir obscène, intitulĂ©e Al otro lado del espejo.
Virgile Dumez.

vendredi 1 février 2019

Frères Ennemis

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Oelhoffen. 2018. France. 1h51. Avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Adel Bencherif, Fianso, Sabrina Ouazani, Gwendolyn Gourvenec.

Sortie salles France: 3 Octobre 2018

FILMOGRAPHIEDavid Oelhoffen est un réalisateur et scénariste français, né en 1968 à Ferrol (Espagne). 2007 : Nos retrouvailles. 2014 : Loin des hommes. 2018 : Frères ennemis.


Polar noir tendu nappĂ© de dĂ©sespoir existentiel, Frères Ennemis demeure un solide polar grâce Ă  la confrontation sinueuse Matthias Schoenaerts / Reda Kateb (communĂ©ment partagĂ©s par leurs sentiments de contrariĂ©tĂ© et constante apprĂ©hension), grâce Ă  son ultra rĂ©alisme urbain (parfois filmĂ© camĂ©ra Ă  l'Ă©paule) et grâce Ă  son intensitĂ© dramatique plutĂ´t impressionnante lorsque David Oelhoffen met en exergue une violence âpre au service de l'histoire et des personnages Ă©corchĂ©s vifs si j'ose dire. Car loin de s'apitoyer sur les clichĂ©s de la banlieue et du misĂ©rabilisme sociĂ©tal, Frères Ennemis gagne en substantialitĂ© pour le portrait de ces trafiquants de drogue (aux trognes plus vraies que nature !) pris au piège de leur corruption vĂ©nale. David Oelhoffen se refusant toute fioriture et partition musicale pour dĂ©peindre leur condition humaine subtilement poignante passĂ© le deuil inĂ©quitable et leur soif de justice expĂ©ditive inĂ©vitablement Ă  double tranchant. On peut d'ailleurs prĂŞter une certaine allusion au Parrain de Coppola ou Ă  Nos FunĂ©railles de Ferrara Ă  travers leur fraternitĂ© amicale, le sens de l'honneur familiale ainsi que les sentiments de trahison dĂ©coulant des protagonistes les plus insidieux.


Si on regrette le manque de surprises de l'intrigue (suite à un règlement de compte sanglant, un trafiquant tente de retrouver le coupable à l'aide de son ancien ami d'enfance aujourd'hui capitaine des stups), l'intérêt du drame psychologique s'esquisse dans le constat sans espoir d'une jeunesse marginale livrée à la loi de la survie dans un univers sans vergogne où finalement seul prime l'individualité. Remarquable de sobriété auprès d'un casting irréprochable, tant auprès de leur charisme patibulaire que de leur force d'expression souvent animale ou commotionnée, Frères Ennemis se perd malgré tout un peu en fin de parcours. Tant et si bien que l'évolution de l'intrigue dramatique pâtit d'un manque d'intensité émotionnelle auprès de la confrontation Marco (le trafiquant) / Driss (le flic) mutuellement tourmentés par les conséquences de leurs actions vénéneuses. Pour autant, et grâce à l'impressionnante maîtrise de la mise en scène au coeur du sujet et au plus près des personnages démunis en proie aux remords et à la douleur morale, on reste captivé à connaître la résolution du dénouement que l'on devine inévitablement fataliste.


A dĂ©couvrir avec intĂ©rĂŞt donc car mĂŞme si Frères Ennemis s'avère perfectible (notamment auprès de son Ă©motion empathique moins percutante que prĂ©vu lors du point d'orgue abrupt), on s'impatiente de dĂ©couvrir la prochaine rĂ©alisation de David Oelhoffen. Ce dernier dĂ©gageant une personnalitĂ© passionnante de par son attention, pour ne pas dire sa compassion, pour les dĂ©linquants prisonniers de leurs actions criminelles et faiblesses morales Ă  cĂ©der au chantage du dilemme en lieu et place de survie. Tragique constat donc imparti Ă  cette marginalitĂ© galvaudĂ©e majoritairement sans espoir de rĂ©demption. 

*Bruno

jeudi 31 janvier 2019

Conan le destructeur / Conan the Destroyer

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Fleischer. 1984. U.S.A. 1h42. Arnold Schwarzenegger, Grace Jones, Wilt Chamberlain, Mako, Tracey Walter, Sarah Douglas.

Sortie salles France: 29 Août 1984. U.S: 29 Juin 1984

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.


Si Conan le Destructeur est incapable d'approcher l'ampleur Ă©pique du mastodonte imputrescible Conan le barbare, il demeure nĂ©anmoins une sympathique bande-dessinĂ©e menĂ©e tambour battant dans son lot de fraternitĂ© amicale, trahisons, sanglantes bastonnades et fracas des armes en règle (assez bien chorĂ©graphiĂ©s par ailleurs). Et ce en dĂ©pit d'une intrigue prĂ©visible dĂ©nuĂ©e d'intensitĂ© que le spectateur anticipe facilement avec sourire complice. A l'instar de la posture volontairement inculte de la princesse enfant que celle-ci gouverne maladroitement durant toute la mission. Surfant sur la vague d'Indiana Jones (la mĂŞme annĂ©e sort le second opus de Spielberg) si bien que Conan et ses acolytes sont en quĂŞte d'une corne maudite, Conan le destructeur privilĂ©gie donc l'humour bonnard, probablement afin de rameuter un public ado plus indulgent quant au contenu low-cost de l'entreprise dirigĂ©e avec modeste efficacitĂ© par le notable Richard Fleischer (que l'on a connu Ă©videmment plus inspirĂ© parmi sa plĂ©thore de classiques notoires). On apprĂ©cie d'autant plus durant ce pĂ©riple archĂ©ologique la beautĂ© sauvage de ses dĂ©cors aussi bien naturels qu'ornementaux (notamment en interne du château de glace), le soin de ses effets-spĂ©ciaux (l'oiseau invisible, la crĂ©ature finale plutĂ´t charismatique en dĂ©mon cornu) et surtout l'apparition surprise de la chanteuse Grace Jones, très impliquĂ©e en guerrière farouche d'un charisme fĂ©lin rĂ©solument primitif. Franchement sympathique donc surtout si on Ă©vite toute comparaison avec son prĂ©decesseur impossible Ă  Ă©muler, alors qu'en l'occurence Arnold Chwarzenegger semble plus Ă  l'aise en mastard hĂ©roĂŻque autrement dĂ©complexĂ©, pour ne pas dire pittoresque auprès de quelques rĂ©parties qui frĂ©tillent dans une bonne humeur assez gratifiante. 

Le point fort du film: l'impressionnante prĂ©sence de Grace Jones.

*Bruno
4èx

Box-Office France:  1 285 821 entrĂ©es

Ci-joint la chronique de Conan le Barbare: http://brunomatei.blogspot.fr/…/conan-le-barbare-conan-barb…

mercredi 30 janvier 2019

A la poursuite du diamant vert

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Romancing the Stone" de Robert Zemeckis. 1984. U.S.A. 1h46. Avec Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito, Zack Norman, Alfonso Arau, Manuel Ojeda.

Sortie salles France: 4 Juillet 1984. U.S: 30 Mars 1984

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk. 2016 : Alliés. 2018 : Bienvenue à Marwen.


Alors que cette mĂŞme annĂ©e sort sur les Ă©crans l'illustre Indiana Jones et le temple maudit, Robert Zemeckis, cinĂ©aste nĂ©ophyte Ă  l'aube d'une notoriĂ©tĂ©, nous offre sa version low-cost avec A la poursuite du Diamant vert. Ce qui ne l'empĂŞcha pas non plus de remporter un gros succès international si bien qu'il cumule chez nous plus de 3 157 966 entrĂ©es, se classant ainsi 9è au Box-Office ! Film d'aventures modernes impeccablement menĂ© sous l'impulsion de l'attachant duo Michael Douglas / Kathleen Turner (bon dieu, quelle sublime beautĂ© plantureuse !) en ascension romantico-hĂ©roĂŻque, A la poursuite du diamant vert est un pur rĂ©gal aussi bien formel qu'Ă©motionnel. Robert Zemeckis exploitant avec inventivitĂ© (et intempĂ©ries impromptues) le cadre forestier de l’État de Veracruz Ă  travers une intrigue simpliste, prĂ©texte Ă  course Ă  l'Ă©meraude savamment compromise par l'hostilitĂ© de deux clans mafieux. Au-delĂ  de l'aspect fun des moult sĂ©quences d'action plutĂ´t rĂ©alistes et se renouvelant sans fard grâce Ă  la fringance du couple d'aventuriers en herbe, A la poursuite du diamant vert dĂ©gage une vigueur romantique pĂ©trie d'humanitĂ© auprès du superbe portrait d'une Ă©crivaine utopiste Ă  la fois naĂŻve, candide et fragile.


Si bien que celle-ci avide de rĂŞve, d'Ă©vasion et surtout de romance espère timidement approcher un jour le prince charmant qu'elle fantasme depuis la nuit des temps Ă  travers ses propres romans d'aventures. DĂ©contractĂ© et preux avec une juste sobriĂ©tĂ© (lui Ă©vitant ainsi la caricature d'un Indy dĂ©sargentĂ©) et motivĂ© par la cupiditĂ© dans son instinct d'aventurier solitaire en quĂŞte de gloire, Michael Douglas lui partage la vedette avec un chouilla d'ambiguĂŻtĂ© quant Ă  ses vĂ©ritables mobiles Ă  privilĂ©gier la fortune ou les sentiments. TruffĂ© de cocasserie Ă  travers des personnages faussement patibulaires (Danny DeVito en tĂŞte en maraudeur empotĂ©), l'intrigue sait provoquer sans une once d'outrance les vicissitudes de nos hĂ©ros en insistant notamment sur l'aspect dĂ©complexĂ© de ses situations gentiment pĂ©rilleuses et dĂ©lĂ©tères. Et ce tout en insistant constamment sur ce dĂ©licieux parfum d'exotisme romantique, Ă  l'instar de la plage d'accalmie instillĂ©e dans la carcasse de l'avion ou encore de la danse improvisĂ©e que Jack sollicite Ă  Joan lors d'une soirĂ©e estivale. Autant dire que ce genre d'Ă©motions galvanisantes s'avère aujourd'hui quasi disparu, faute de l'absence d'intĂ©gritĂ© de nos cinĂ©astes actuels privilĂ©giant l'action numĂ©rique dans un festival de surenchère indigeste.


Bref, Ă  travers la sacro-sainte Ă©poque des annĂ©es 80, A la poursuite du diamant vert fleure bon l'aventure lyrique sous l'autoritĂ© de Robert Zemeckis possĂ©dant ce sens innĂ© du divertissement dĂ©paysant. Celui-ci tablant avant tout sur la tendre humanitĂ© de ses hĂ©ros romantiques et sur l'humour d'une aventure familiale oĂą l'action trĂ©pidante Ă©mane de situations particulièrement censĂ©es car plutĂ´t rĂ©alistes. N'ayant pas pris une once de ride (on tient donc lĂ  la preuve de l'authentique classique !), ce fleuron du genre n'a point Ă  rougir de son homologue Indiana Jones, principalement Ă  travers la simplicitĂ© de son charme innocent. 

*Bruno
3èx 

Récompenses:
Los Angeles Film Critics Association Awards 1984 : meilleure actrice pour Kathleen Turner (également pour Les Jours et les nuits de China Blue)
Golden Globes 1985 : meilleur film musical ou comédie, meilleure actrice dans un film musical ou une comédie pour Kathleen Turner
Golden Reel Awards 1985 : meilleur montage sonore

mardi 29 janvier 2019

L'Ecureuil Rouge. Prix spécial du Jury et de la Critique, Fantastic'Arts 94.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"La ardilla roja" de Julio Medem. 1993. Espagne. 1h54. Avec Emma Suárez, Nancho Novo, MarĂ­a Barranco, Karra Elejalde, Carmelo GĂłmez.

Sortie salles France: 16 Février 1994. Espagne: 21 Avril 1993

FILMOGRAPHIEJulio Medem est un réalisateur et scénariste espagnol né à Saint-Sébastien le 21 octobre 1958. 1992 : Vacas. 1993 : L'Écureuil rouge. 1996 : Tierra. 1998 : Les Amants du cercle polaire. 2000 : Lucia et le Sexe. 2003 : La pelota vasca, la piel contra la piedra (documentaire). 2007 : Chaotique Ana. 2010 : Habitación en Roma. 2015 : Ma ma.


Synopsis: Au moment de tenter de se suicider à la suite d'une rupture sentimentale, Jota assiste à l'accident de moto d'une jeune fille sur la plage. Souffrante d'amnésie, celui-ci en profite pour se faire passer pour son petit ami. Au fil des jours, et grâce à leur désir et curiosité de se connaître mutuellement, ils décident de partir en camping le temps de quelques semaines de villégiature. C'est dans ce lieu solaire et paisible qu'ils sympathisent auprès d'un couple et de leurs enfants. Mais aussi énigmatique que rassurante, la jeune inconnue attise toujours plus la curiosité auprès de son l'entourage.

Ovni hispanique honteusement mĂ©connu et oubliĂ© en dĂ©pit de ses plĂ©thoriques rĂ©compenses tant mĂ©ritĂ©es, l'Ecureuil Rouge constitue une oeuvre inclassable de par la forte personnalitĂ© du rĂ©alisateur Julio Medem rĂ©solument inspirĂ© Ă  dĂ©peindre un jeu de pouvoir et de sĂ©duction entre les sexes opposĂ©s. Ce dernier manipulant l'oeil et l'esprit du spectateur avec la diabolique maĂ®trise des genres (comĂ©die, romance, mystère, fantastique, Ă©rotisme s'entrechoquent), eu Ă©gard du ressort fantasmatique de l'intrigue sinueuse abordant les thèmes de l'amour passionnel, du mensonge et de la trahison parmi la singularitĂ© d'un surrĂ©alisme Ă©thĂ©rĂ©. Tant et si bien que le spectateur tente d'y dĂ©mĂŞler le vrai du faux avec une fascination quasi masochiste, et ce mĂŞme si on finit par saisir le sens de cette trouble liaison nantie de sentiments Ă©quivoques. Sorte de jeu de pouvoir entre le machisme d'un prĂ©tendant affabulateur dĂ©libĂ©rĂ© Ă  conquĂ©rir une nouvelle partenaire beaucoup plus retorse qu'elle n'y parait.


D'ailleurs, Ă  ce vĂ©nĂ©neux jeu de sĂ©duction et de quĂŞte identitaire, on peut compter sur la force d'expression sĂ©millante de Emma Suárez crevant l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions, aussi bien faussement innocentes qu'effrontĂ©es. Le film dĂ©gageant en permanence une Ă©rotisme sulfureux tantĂ´t suggĂ©rĂ©, tantĂ´t explicite, notamment auprès de ses rĂ©pliques salaces volontiers provocatrices. Il faut aussi avouer que les postures dĂ©calĂ©es ou excentriques des personnages (majeurs et secondaires) nous donnent le vertige Ă  travers leur personnalitĂ© quelque peu bipolaire si j'ose dire. Notamment auprès de sa seconde partie un peu plus inquiĂ©tante, voire mĂŞme haletante lors d'une course-poursuite sentimentale Ă  rĂ©cupĂ©rer la perle rare. Tant auprès des adultes plutĂ´t accueillants et ironiquement naĂŻfs, mais pour autant un brin suspicieux quant aux vĂ©ritables profils du couple Ă©tranger, que des enfants fureteurs plutĂ´t fascinĂ©s par la beautĂ© suave de Lisa. D'ailleurs, Ă  travers une gestuelle provocatrice exercĂ©e par un ado en Ă©moi lubrique, Julio Medem ose dĂ©peindre une brève sĂ©quence pĂ©do plutĂ´t couillue mais jamais triviale ou putassière lorsque Elisa tente sèchement de le recadrer face Ă  son père mĂ©dusĂ© ! Mais la grande force de l'Ecureuil Rouge rĂ©side avant tout Ă  travers l'intensitĂ© de son ambiance indicible Ă©trangement magnĂ©tique et vaporeuse. L'"onirisme" le plus impermĂ©able semblant planer sur les Ă©paules de nos protagonistes dĂ©sorientĂ©s Ă  l'instar d'un songe dĂ©pourvu de raison.


Psychose des sentiments
Histoire d'amour fĂ©brile imprimĂ©e par le talent atypique d'un franc-tireur hĂ©tĂ©rodoxe, l'Ecureuil Rouge traite des rapports conflictuels hommes/femmes au sein d'un perpĂ©tuel jeu d'autoritĂ© Ă  la fois badin et sarcastique. Baignant dans une atmosphère hypnotique de surrĂ©alisme baroque et de sensualitĂ© torride, l'Ecureuil Rouge parvient avec un rare brio formaliste Ă  Ă©veiller nos sens pour nous immerger dans un conte romantique oĂą les nĂ©vroses du couple ne cessent de nous donner le tournis dans leur dĂ©sir irrĂ©pressible d'approcher la perle rare en y façonnant le simulacre. Dès lors, la soif d'aimer et d'ĂŞtre aimĂ© n'aura jamais paru aussi originale qu'Ă  travers cette perle rare truffĂ©e d'humour et de fantasmes obscurs quant Ă  l'innĂ© dĂ©sir de possession. Du grand art. 

*Bruno
2èx

Anecdote wikipedia: Stanley Kubrick, fasciné par L'Écureuil rouge, recommanda Julio Medem à Steven Spielberg. Celui-ci proposa Le Masque de Zorro au réalisateur basque, lequel préféra continuer ses projets en Espagne

Récompenses:
Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 1993 : Prix de la jeunesse
Prix Goya : meilleure musique originale pour Alberto Iglesias, et nominations pour les actrices Emma Suárez et María Barranco
Prix Sant Jordi : meilleur film espagnol, et meilleure actrice pour Emma Suárez
Prix Ondas : meilleur film espagnol
Fantastic'Arts 1994 : Prix spécial du jury et Prix de la Critique

vendredi 25 janvier 2019

Le Bossu de la Morgue / El Jorobado de la Morgue

Photo empruntée sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Javier Aguirre. 1973. Espagne. 1h22. Avec Jacinto Molina (Paul Naschy), Rosanna Yanni, Victor Alcazar, Maria Elena Arpon, Maria Perschy, Alberto Dalbés.

Sortie salles France: 22 Janvier 1975. Espagne: 13 Juillet 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJavier Aguirre Fernandez est un rĂ©alisateur, Ă©crivain, compositeur, directeur de photographie, producteur, scĂ©nariste espagnol, nĂ© le 13 Juin 1935. 1965: Los oficios de Candido. 1967: Los Chicos con las chicas. 1968: Los DuĂ© tocan el piano. 1969: Una vez al ano ser hippies ne Dano Lievre. Soltera y madre en la vida. 1970: De profesion, sus labores. El Astronauta. Pierna Creciente, falda Menguante. 1972: Soltero y padre en la vida. 1973: Le Bossu de la Morgue. VolverĂ© une nacer. 1974: El Insolito embarazo de los Martinez. Le Grand Amour du Comte Dracula. Vida Intima de sĂ©ducteur de l'ONU cinico. 1977: Acto de posesion. 1981: Rocky Carambole. 1987: La DĂ©putĂ©e. 1988: El Amor si tiene cura. 1991: Voz. 2002: ZĂ©ro / Infinito. 2003: Variaciones 1 / 113. 2006: MĂ©dĂ©e. Dispersion de la Luz.


Ĺ’uvre phare du cinĂ©ma ibĂ©rique des Seventies, rĂ©alisĂ©e par un cinĂ©aste prolifique, Le Bossu de la Morgue est un ovni rare et prĂ©cieux pour les amateurs de bisserie dĂ©viante au mauvais goĂ»t assumĂ©. La lĂ©gende raconte qu’un vĂ©ritable cadavre aurait Ă©tĂ© utilisĂ© lors d’une sĂ©quence morbide oĂą notre bossu Gotho dĂ©capite un vieillard Ă  l’hĂ´pital. Personnellement, je n’y crois pas une seconde, mĂŞme si l’effet rĂ©pulsif s’avère Ă©tonnamment rĂ©aliste. Plus sĂ»rement, une vraie morgue fut utilisĂ©e avec l’aval du directeur de l’Ă©tablissement, et les rats sacrifiĂ©s dans le film — brĂ»lĂ©s vifs — sont, eux, bien rĂ©els. Une nĂ©gligence aussi Ă©hontĂ©e qu’impardonnable.

Quant au pitch hallucinĂ©, il mĂ©rite sa place dans les annales du grotesque le plus impayable. Jugez plutĂ´t : Gotho est un bossu dĂ©ficient employĂ© Ă  l’entretien d’une morgue. Amoureux d’une amie d’enfance hospitalisĂ©e, il lui apporte rĂ©gulièrement des fleurs. HĂ©las, la jeune femme meurt. Fou de chagrin, Gotho vole son cadavre et se rĂ©fugie avec elle sous les catacombes d’une abbaye. Un chirurgien sans vergogne lui promet de la ramener Ă  la vie… Ă  condition qu’il fournisse des corps. Le bossu se met alors Ă  profaner des cadavres, assassiner des innocents, et ravir des jeunes femmes pour nourrir une crĂ©ature artificielle en gestation.


Revoir aujourd’hui Le Bossu de la Morgue, c’est s’Ă©tonner encore de l’alchimie Ă©trange qui s’en dĂ©gage. Entre nanar involontairement risible (Paul Naschy en bossu amoureux est irrĂ©sistible de cabotinage) et sĂ©rie B/Z d’exploitation Ă©prise d’outrance putassière, cette farce morbide repose sur un scĂ©nario anarchique proprement hallucinĂ©. En brassant les thèmes de l’immortalitĂ©, de la monstruositĂ© humaine et de la nĂ©crophilie au nom de l’amour (l’ombre de Blue Holocaust de Joe D’Amato n’est jamais loin), le film se vautre dans le grand-guignol et l’horreur gothique avec une Ă©tonnante dĂ©contraction.

InspirĂ© Ă  la fois du mythe de Frankenstein et de Notre-Dame de Paris, Javier Aguirre nous livre un joyau glauque rehaussĂ© de cette touche ibĂ©rique si singulière : cadavres putrĂ©fiĂ©s, catacombes suintantes, chambre des tortures, auberge mal famĂ©e, et scènes gores d’une putrescence fascinante pour l’Ă©poque. Oser confier le rĂ´le principal Ă  un bossu rĂ©trograde perpĂ©trant ses crimes par amour est un pari d’autant plus troublant que le spectateur ne sait plus s’il doit s’apitoyer sur son sort… ou le haĂŻr pour ses exactions toujours plus sadiques.


Et lorsqu’une jolie blonde, emplie d’empathie, tente de le sĂ©duire, la vraisemblance dĂ©raille dĂ©finitivement dans ce capharnaĂĽm d’Ă©motions dĂ©lĂ©tères et de pulsions dĂ©saxĂ©es. Jusqu’Ă  l’apparition d’un monstre visqueux friand de chair humaine, enfermĂ© dans un cachot — fruit d’expĂ©riences diaboliques menĂ©es par le mĂ©decin dĂ©voyĂ©. Le point d’orgue de cette monstruositĂ© est d’ailleurs digne de figurer dans toutes les anthologies du "craignos monster".

Le charme troublant du film provient aussi de l’interprĂ©tation outrancière de Paul Naschy — considĂ©rĂ©e ici comme l’un de ses rĂ´les majeurs (ah bon ?). L’acteur force le trait, entre Ă©lĂ©gie dĂ©chirante et folie meurtrière, lorsqu’il Ă©gorge les mĂ©decins moqueurs ou enlève des innocentes pour nourrir la bĂŞte. L’ambiance gothico-morbide, quant Ă  elle, suinte littĂ©ralement : ruines de pierre, sous-sols Ă©clairĂ©s Ă  la bougie, petit village autrichien nimbĂ© de brouillard, et Gotho rĂ´dant la nuit pour profaner un cadavre ou traquer une nouvelle proie.

Avec ses scènes gores incroyablement couillues (dans sa version intĂ©grale), son atmosphère putride, parfois rĂ©ellement effrayante (les apparitions des victimes vitriolĂ©es m’impressionnent Ă  chaque visionnage), ses acteurs cabotins, ses incohĂ©rences chĂ©ries et sa mĂ©lodie mĂ©tronomique, Le Bossu de la Morgue s’impose comme une perle de l’horreur ibĂ©rique rĂ©fractaire Ă  toute forme de biensĂ©ance. Baignant dans un racolage putassier assumĂ© (ah, ces deux nymphettes se fouettant le torse dans une extase masochiste…), le film s’enfonce avec jubilation dans le dĂ©lire hybride, comblant les fĂ©tichistes d’objets cinĂ©matographiques aussi sulfureux que dĂ©cadents.

Il faut le voir pour le croire.

Remerciement Ă  Artus Films

*Bruno
04.03.25. 4èx. Vost
25/01/19. 
01.02.12. 332 v

mercredi 23 janvier 2019

Climax. Prix du Meilleur Film, Catalogne 2018.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Gaspard Noé. 2018. France. 1h37. Avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub, Kiddy Smile, Claude-Emmanuelle Gajan-Maull, Giselle Palmer.

Sortie salles France: 19 Septembre 2018 (Interdit - 16 ans).

FILMOGRAPHIEGaspar NoĂ© est un scĂ©nariste, producteur et rĂ©alisateur italo-argentin, nĂ© le 27 dĂ©cembre 1963 Ă  Buenos Aires en Argentine. 1998 : Seul contre tous. 2002 : IrrĂ©versible. 2010 : Enter the Void. 2015 : Love. 2018 : Climax.


Avertissement ! Ames vulnérables et émotives, n'absorbez aucune substance psychotrope ni boissons alcoolisées avant la séance maximaliste, si bien que même à jeun la gueule de bois est de rigueur passé le générique de fin !

"Tous les esprit fonctionnent entre dĂ©mence et imbĂ©cilitĂ©, et chacun dans les 24h, frĂ´lent ces extrĂŞmes." ExpĂ©rience psychĂ©dĂ©lique hallucinĂ©e faisant office de bad trip irrĂ©versible, Climax est la nouvelle oeuvre provocatrice du franc-tireur Gaspard NoĂ© rarement Ă  court d'idĂ©es vrillĂ©es et de concept saugrenu. A l'instar du pitch d'une simplicitĂ© enfantine: un groupe de danseurs professionnels se rĂ©unissent un soir de beuverie. Or, durant la soirĂ©e (prioritairement) techno, quelqu'un a versĂ© une substance psychotrope dans la Sangria. Depuis, chaque danseur sombre dans une dĂ©mence incontrĂ´lĂ©e. Pur ovni dĂ©pressif monstrueux et dĂ©cadent, Ă  mi-chemin entre Eraserhead, Possession (NoĂ© rĂ©interprète d'ailleurs la fameuse anthologie de transe erratique iconisĂ©e par Isabelle Adjani !), la Montagne SacrĂ©e et bien d'autres raretĂ©s aussi marginales qu'underground, Climax nous plonge dans un maelstrom d'images agressives oĂą les corps extatiques laissent libre court Ă  une expression gestuelle aussi bien picturale que fantasmatique. Constamment sensitif sous l'emprise du LSD que chaque danseur dĂ©glutit contre son grĂ©, Climax nous immerge dangereusement dans un univers surrĂ©aliste incessamment incommodant.


Si bien que le spectateur hypnotisĂ© par les chorĂ©graphies salaces et dĂ©moniales perd rapidement pied avec la rĂ©alitĂ© quotidienne Ă©clairĂ©e de nĂ©ons flashy, et ce en ayant la dĂ©sagrĂ©able impression d'y Ă©garer sa propre identitĂ© ! Autant dire que le pulsatile Climax n'a jamais aussi bien dĂ©crit Ă  travers sa camĂ©ra contemplative les effets corporels et cĂ©rĂ©braux du LSD depuis la fameuse Montagne SacrĂ©e de Jodorowsky ! Techniquement virtuose auprès d'une camĂ©ra reptilienne adepte des plans sĂ©quences ou tarabiscotĂ©s, Climax s'accapare donc de nos sens avec une dĂ©lĂ©tère maĂ®trise formelle. Quand bien mĂŞme nous nous identifions facilement aux personnages juvĂ©niles mĂ©connus du public si bien que les comĂ©diens s'avèrent pour la plupart amateurs lorsque Gaspard NoĂ© les recruta durant ses 15 jours de tournage. Et donc Ă  travers son manifeste contre les dangers du LSD, notamment prĂ©texte Ă  moult clips expĂ©rimentaux matĂ©rialisĂ©s par des esprits intoxiquĂ©s, Climax donne finalement chair Ă  un univers Ă  la fois spirituel et mĂ©taphysique oĂą plane un mal-ĂŞtre existentiel plutĂ´t actuel. De par les angoisses et affres insurmontables de chacun des protagonistes dĂ©ambulant tels des fantĂ´mes errants pour ensuite cĂ©der Ă  des pulsions contrairement sauvages, Climax suggère avec audace les effets potentiellement fructueux (pour ne pas dire extraordinaires) de la mort après avoir franchi le seuil de l'au-delĂ  pour y dĂ©celer l'absolue vĂ©ritĂ© !


"Mourir est une expérience extraordinaire"
ExpĂ©rience traumatique avec notre moi conscient enivrĂ© par les effets pervers de l'alcool et de la drogue, Climax nous ensorcelle l'âme, le coeur et la chair avec une alchimie aussi bien dĂ©lĂ©tère que dĂ©vastatrice. Eu Ă©gard de sa puissance visuelle hyper tangible, l'expĂ©rience bipolaire est Ă  dĂ©conseiller aux esprits vulnĂ©rables, notamment Ă  travers sa chĂ©tive romance que fait naĂ®tre sa poignante conclusion lorsque NoĂ© filme la beautĂ© des corps Ă©puisĂ©s de larmes et de souffrances. Une claque Ă©motionnelle donc infiniment atypique et cauchemardesque si bien que nos nerfs sont subtilement mis Ă  rude Ă©preuve lorsque Gaspard NoĂ© parvient littĂ©ralement Ă  nous possĂ©der Ă  travers cette vision mĂ©taphysique de corps lubriques en soif d'amour impalpable. 

Dédicace à Dany Dumont

*Bruno

Récompenses: Festival international du film fantastique de Neuchâtel 2018 : Prix H. R. Giger Narcisse du meilleur film et Méliès d'argent du meilleur long métrage européen.
Festival international du film de Catalogne 2018 : Prix du meilleur film.

mardi 22 janvier 2019

Les Veuves

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Widows" de Steve McQueen. 2018. 2h09. Avec Viola Davis, Michelle RodrĂ­guez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Colin Farrell, Brian Tyree He.

Sortie salles France: 28 Novembre 2018. U.S: 16 Novembre 2018

FILMOGRAPHIE: Steve Rodney McQueen est un artiste et réalisateur anglais, né le 9 Octobre 1969 à Londres. 2008: Hunger. 2011: Shame. 2013: Twelve years a slave. 2018: Les Veuves.


Hunger / Shame / Twelve years a slave, Steve Mc Queen enchaĂ®ne les rĂ©ussite tel un mĂ©tronome, si bien que Les Veuves confirme Ă  nouveau qu'il peut-ĂŞtre Ă  la fois un cinĂ©aste aussi engagĂ© que talentueux en s'essayant ici pour la première fois au cinĂ©ma de genre. Car si on lui reprocha le classicisme de sa mise en scène avec l'Ă©prouvant Twelve years a slave, les Veuves s'avère autrement inventif et stylĂ© de par sa rĂ©alisation alambiquĂ©e exploitant moult cadrages en y imprimant sa personnalitĂ© avisĂ©e. Film de braquage Ă  l'ancienne si j'ose dire, de par son refus du spectaculaire (en dĂ©pit de son immersif prologue homĂ©rique et de l'ultime braquage Ă©minemment intense et haletant),  Steve Mc Queen prend son temps pour planter son univers et ses personnages marginaux sous l'impulsion d'une orchestration musicale prĂ©gnante oĂą pointe parfois une Ă©motion chĂ©tive. Tant et si bien qu'au-delĂ  de ses quelques Ă©clairs de violence Ă©tonnamment brutaux, il y cultive avec tendresse un magnifique portrait de femme dĂ©sabusĂ©e qu'incarne avec retenue Ă©motionnelle la bouleversante  Viola Davis transie de sentiments torturĂ©s. Une femme dĂ©chue profondĂ©ment esseulĂ©e depuis son inconsolable deuil après avoir entamĂ© une relation aussi passionnelle qu'Ă©quivoque quant Ă  l'Ă©ventuelle culpabilitĂ© de l'Ă©poux en concertation vĂ©nale. 


Car au-delĂ  de l'aspect ludique du genre policier soigneusement contĂ© et illustrĂ© parmi la force de caractère de femmes en requĂŞte de dignitĂ©, les Veuves se voue donc Ă  l'engagement fĂ©ministe Ă  travers l'humanitĂ© aussi bien fragile que fĂ©brile de ces anti-hĂ©roĂŻnes bravant l'interdit en pur dĂ©sespoir de cause. Ainsi, si le pitch d'apparence orthodoxe prĂ©sage un honorable divertissement (des veuves de braqueurs sont contraintes de cĂ©der elles mĂŞmes au braquage afin de payer les dettes de leurs dĂ©funts maris), Steve Mc Queen pimente l'intrigue de rebondissements finauds difficilement prĂ©visibles, et ce jusqu'Ă  sa bouleversante conclusion. Notamment en y faisant intervenir au-delĂ  de la caste fĂ©minine la corruption auprès d'un notable en candidature pour devenir maire que Colin Farrell dĂ©veloppe avec cupiditĂ© immorale. Notamment eu Ă©gard de sa cruelle condescendance auprès de son paternel (incarnĂ© avec densitĂ© morale par le vĂ©tĂ©ran Robert Duvall en septuagĂ©naire dĂ©passĂ© par l'exubĂ©rance politique de son rejeton). C'est donc avant tout un superbe tĂ©moignage de femmes rĂ©voltĂ©es que nous conte scrupuleusement Steve Mc Queen dans leur dĂ©sir dĂ©sespĂ©rĂ© de reprendre leur destin en main en dĂ©pit de stratagèmes criminels d'une audace limite suicidaire.


Solide film policier transcendĂ© par le portrait de ces femmes criminelles livrĂ©es Ă  leur condition soumise, Les Veuves demeure une bouleversante odyssĂ©e fĂ©ministe aussi crĂ©pusculaire que rĂ©demptrice. A ne pas rater. 

*Bruno

Box Office France: 399 604 entrées

lundi 21 janvier 2019

Trio de Terreur / Qui gagne perd, qui perd gagne

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Pinterest.com

"Twice-told Tales" de  Sidney Salkow. 1963. Angleterre. 2h00. Avec Vincent Price, Sebastian Cabot, Brett Halsey, Beverly Garland, Richard Denning, Mari Blanchard.

Sortie salles France: ?. U.S: 30 Octobre 1963

FILMOGRAPHIE: Sidney Salkow est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 16 juin 1909 Ă  New York (État de New York), mort le 18 octobre 2000 Ă  Valley Village (Californie). 1938 : TempĂŞte sur le Bengale. 1939 : She Married a Cop. 1941 : Tillie the Toiler. 1943 : La CitĂ© sans hommes. 1947 : Millie's Daughter. 1952 : Une fille Ă  bagarres. 1952 : Le Faucon d'or. 1952 : Le Trappeur des grands lacs. 1953 : Le Roi pirate. 1954 : Sitting Bull. 1963 : Trio de terreur. 1964: Je suis une lĂ©gende. 1965 : Le Massacre des sioux. 1965 : The Murder Game.


Trio de Terreur (ou Qui gagne perd, qui perd gagne) est composĂ© de 3 sketchs d'après les Ă©crits de  Nathaniel Hawthorne. Outre la qualitĂ© indiscutable de son casting, on retrouve dans chacune des histoires le gentleman Vincent Price dans un triple rĂ´le vĂ©reux Ă  la mesure de son talent. Quant au rĂ©alisateur plutĂ´t mĂ©connu du public, il est toutefois rĂ©putĂ© d'avoir signĂ© Je suis une lĂ©gende, la meilleure adaptation cinĂ© d'après Matheson rĂ©alisĂ©e 1 an après la sortie de Trio de Terreur.

L'Expérience du docteur Heidegger
Veuf Ă©plorĂ© jamais remis de la mort de son Ă©pouse, Carl Heidegger parvient Ă  accomplir l'impossible: ressusciter cette dernière grâce Ă  une eau de jouvence dĂ©couverte dans la crypte. 
Sympathique segment assez efficace et plutĂ´t bien structurĂ© Ă  travers les rebondissements du second acte, l'ExpĂ©rience du Dr Heidegger traite des thèmes du jeunisme, de l'amour et de l'amitiĂ© sous couvert de vendetta et d'adultère. Son cheminement dramatique parvenant Ă  instiller une certaine empathie auprès du Dr Heidegger sĂ©vèrement mis Ă  mal Ă  travers sa destinĂ©e aussi funeste que galvaudĂ©e. Magnifiquement Ă©clairĂ© d'une photo flamboyante (il en est de mĂŞme pour les 2 autres opus !), Vincent Price / Sebastian Cabot se fondent dans le dĂ©cor gothique de manière solennelle si bien qu'ils se disputent leur amitiĂ© pour la muse Mari Blanchard ballottĂ©e par un fourbe compromis.


La Fille de Rappaccini
Romance saillante Ă  travers l'impossible liaison amoureuse de 2 amants infortunĂ©s, la Fille de Rappaccini dĂ©peint le calvaire de BĂ©atrice contrainte de rester cloĂ®trer chez elle depuis les expĂ©riences immorales de son père anĂ©anti par son divorce. Un beau jour, un inconnu fait la cour Ă  BĂ©atrice et en tombe amoureux. Original Ă  travers son idĂ©e incongru (empoisonner le corps d'une personne pour se prĂ©munir de tout contact humain), intense et d'une dramaturgie sans concession (le final n'y va pas par quatre chemin), La Fille de Rappaccini s'avère aussi beau qu'Ă©lĂ©giaque. Tant auprès de son vaste jardin de fleurs vĂ©nĂ©neuses que de la condition soumise de BĂ©atrice asservie par un père aussi fourbe qu'Ă©goĂŻste. Au-delĂ  du jeu toujours aussi impliquĂ© de Vincent Price en paternel Ă  mi-chemin de la dĂ©mence, le rĂ©cit gagne en intensitĂ© dramatique grâce Ă  la remarquable performance de Joyce Taylor, sosie d'Ava Green si j'ose dire d'une beautĂ© aussi Ă©pineuse qu'ensorcelante. Rien que pour elle, le rĂ©cit particulièrement captivant vaut assurĂ©ment le dĂ©tour, d'autant plus qu'il s'agit selon mon jugement de valeur du meilleur Ă©pisode de la trilogie.


La maison aux 7 pignons
Après 17 ans d'absence, Gerald Pyncheon revient dans la maison de son enfance en compagnie de son Ă©pouse. Accueilli par sa soeur, il lui dĂ©clare qu'il est bel et bien dĂ©terminĂ© Ă  trouver la cachette de l'ancien propriĂ©taire de la demeure dĂ©cĂ©dĂ© dans d'Ă©tranges circonstances. Jouant avec les codes de la demeure hantĂ©e (Amityville s'en est d'ailleurs peut-ĂŞtre inspirĂ© Ă  travers une idĂ©e horrifique dĂ©monstrative), la Maison aux 7 pignons compte sur l'art et la manière de conter son histoire (un chouilla complexe et nĂ©buleuse) avant d'amorcer un rythme nerveux lors de son final spectaculaire. LĂ  encore, la distribution prĂ©domine car elle s'avère toujours aussi spontanĂ©e; notamment auprès du jeu nĂ©vralgique de Beverly Garland naviguant entre ses sentiments d'intuitions, de prĂ©monitions et de visions surnaturelles. Dommage que l'ensemble soigneusement rĂ©alisĂ© manque d'une certaine densitĂ© et d'originalitĂ© au niveau de l'intrigue car il s'agit probablement du sketch le plus ambitieux. En tout Ă©tat de cause, la Maison aux 7 pignons nous laisse pour autant sur un sentiment plutĂ´t positif Ă  dĂ©faut d'avoir pu nous combler comme le souligne souvent l'ultime rĂ©cit du genre omnibus.

*Bruno

vendredi 18 janvier 2019

Le Cirque des Horreurs

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Circus of Horrors" de Sidney Hayers. 1960. Angleterre. Avec Anton Diffring, Erika Remberg, Yvonne Monlaur, Donald Pleasence, Jane Hylton, Kenneth Griffith.

Sortie salles France: 1er Mars 1961. U.S: 31 AoĂ»t 1960

FILMOGRAPHIESidney Hayers est un réalisateur, monteur, producteur et scénariste britannique, né le 24 août 1921 à Édimbourg (Écosse, Royaume-Uni), et mort le 8 février 2000 à Altea (Espagne). 1958 : Violent Moment. 1959 : The White Trap. 1960 : Le Cirque des horreurs. 1960 : The Malpas Mystery. 1961 : Echo of Barbara. 1961 : Les Gangsters. 1962 : Brûle, sorcière, brûle ! 1963 : This Is My Street. 1965 : Three Hats for Lisa. 1966 : The Trap. 1966 : Finders Keepers. 1969 : L'étoile du sud. 1970 : Mister Jerico (TV). 1971 : The Firechasers. 1971 : Revenge. 1971 : Assault. 1972 : All Coppers Are...1974 : Cet emmerdeur de Charly. 1974 : Mortelle rencontre. 1975 : Diagnostic : Meurtre. 1975 : King Arthur, the Young Warlord. 1976 : One Away. 1979 : The Seekers (TV). 1980 : Conquest of the Earth (TV). 1980 : Condominium (TV). 1982 : Le Trésor d'Al Capone (Terror at Alcatraz) (TV).


Production amĂ©ricano-brittish (le financement est en parti crĂ©ditĂ© par Samuel Z. Arkoff), le Cirque des Horreurs est un film d'Ă©pouvante d'une perversitĂ© Ă©tonnante pour l'Ă©poque Ă  travers une intrigue aussi vrillĂ©e que capillotractĂ©e. Ainsi, après le succès flamboyant des Hammer-Film, le rĂ©alisateur   Sidney hayers semble habitĂ© d'une idĂ©ologie outrancière afin d'y dĂ©tailler une certaine violence sanguine (mĂŞme si en de rares occasions) et un Ă©rotisme soft assez effrontĂ© du point de vue du tueur mĂ©galo multipliant les conquĂŞtes fĂ©minines. Après avoir dĂ©figurĂ© accidentellement une de ses patientes, le Docteur Rossiter est contraint de racheter un cirque français pour poursuivre ses travaux de chirurgie esthĂ©tique. Avec l'appui de ses acolytes Angela et Martin, ce mĂ©decin affublĂ© d'une nouvelle identitĂ© s'emploie Ă  recruter des marginaux dĂ©sargentĂ©s pour sa nouvelle entreprise afin de mieux les compromettre au chantage et ainsi prĂ©server son identitĂ©. Mais lorsque l'un d'eux dĂ©cide de quitter le cirque, Schueler et ses comparses n'hĂ©sitent pas Ă  provoquer un accident meurtrier. Or, un inspecteur, un journaliste et une ancienne victime vont bientĂ´t rejoindre le chapiteau pour tenter de le dĂ©masquer. De prime abord, le scĂ©nario du Cirque des Horreurs a de quoi rebuter de par son aspect dĂ©cousu n'hĂ©sitant pas Ă  employer quelques grosses ficelles (Schueler accidentellement dĂ©figurĂ© au moment oĂą sa patiente vitriolĂ©e est sur le point de le dĂ©noncer, les prochaines victimes se souciant peu de leur propre sort en dĂ©pit de la rĂ©putation infortunĂ©e du cirque, et enfin le nombre surĂ©levĂ© de marginaux dĂ©figurĂ©s mĂŞme si l'action s'y dĂ©roule après la guerre !).


En prime, l'idĂ©e atypique pour Schueler d'y perpĂ©trer ses travaux de chirurgie plastique dans l'antre d'un cirque puis de provoquer de façon rĂ©currente la mort de ses employĂ©es envieuses fascine autant qu'il laisse perplexe quant au souci de vraisemblance de celles-ci aveuglĂ©es par la notoriĂ©tĂ© dirions nous afin de les excuser de leur faute de discernement. Pour autant, cette sĂ©rie B cynique baignant dans une perpĂ©tuelle perversitĂ© sournoise sous l'impulsion de l'acteur Anton Diffring (les PrĂ©dateurs de la nuit, Borsalino and Co, les Diablesses, Quand les aigles attaquent) rĂ©ussit largement Ă  atteindre son but. C'est Ă  dire divertir, amuser et captiver Ă  travers un spectacle forain aussi bien malsain et sardonique que flamboyant et vertigineux (certains numĂ©ros d'acrobatie nous donnant le vertige). Il faut avouer que sa splendide photo "technicolor" ajoute un charme saillant auprès de sa scĂ©nographie festive peu abordĂ©e dans le genre horrifique. Mais c'est surtout parmi sa galerie peu recommandable de personnages envieux, opportunistes, couards, maĂ®tres chanteurs ou mĂ©galos que le Cirque des Horreurs tire son Ă©pingle du jeu Ă  travers un diabolique jeu de massacre oĂą la quĂŞte du pouvoir inflige des stratĂ©gies criminelles Ă©hontĂ©es. Et ce si mĂŞme si l'incident alĂ©atoire est parfois de mise ! Foutraque, fou, dĂ©bridĂ©, le Cirque des Horreurs est notamment rehaussĂ© de l'interprĂ©tation notoire d'Anton Diffring dans un rĂ´le gĂ©nialement machiavĂ©lique. A l'instar d'une des meilleures sĂ©quences du film lorsque Schueler hĂ©sitera avec une subtile ambiguĂŻtĂ© Ă  sauver la vie du propriĂ©taire du cirque sauvagement agressĂ© par un ours. Sa posture de sĂ©ducteur machiste aux yeux de saphir perçant, sa soif de popularitĂ©, son dĂ©sir d'asservir la gente fĂ©minine ainsi que son flegme autoritaire illustrant de façon raffinĂ©e un corrupteur Ă  la fois burnĂ© et dĂ©rangĂ©. On peut aussi relever en prĂ©ambule l'interprĂ©tation lĂ©gitime du regrettĂ© Donald Pleasance endossant modestement le patron fauchĂ© très portĂ© sur l'alcool mais nanti d'une intĂ©gritĂ© paternelle pour sa fille dĂ©figurĂ©e.


Sous le plus grand chapiteau maudit !
En dĂ©pit de son intrigue peu subtile mais pour autant assez jouissive auprès de sa facture Ă  la fois grand-guignolesque et dĂ©complexĂ©e, Le Cirque des Horreurs demeure un cas unique dans le paysage horrifique des Sixties. De par son parti-pris provocateur Ă  dĂ©peindre des personnages licencieux souvent dĂ©nuĂ©s de vergogne et son florilèges de rebondissements impeccablement rythmĂ©s, le Cirque des Horreurs divertit fertilement sous l'impulsion d'un solide casting en concertation pernicieuse. 

*Bruno
18.01.19. 3èx
01.05.12. 160 v

jeudi 17 janvier 2019

S.O.S FantĂ´mes / Ghostbusters

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

d'Ivan Reitman. 1984. U.S.A. 1h45 (1h40 sans générique). Avec Bill Murray, Dan Aykroyd, Harold Ramis, Sigourney Weaver, Rick Moranis, Annie Potts, William Atherton, Ernie Hudson.

Sortie salles France: 12 DĂ©cembre 1984. U.S: 8 Juin 1984

FILMOGRAPHIE: Ivan Reitman est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 27 Octobre 1946 Ă  Komarno en TchĂ©coslovaquie. 1971: Foxy Lady. 1973: Cannibal Girls. 1979: ArrĂŞte de ramer, t'es sur le sable. 1981: Les Bleus. 1984: SOS FantĂ´mes. 1986: L'Affaire Chelsea Deardon. 1988: Jumeaux. 1989: S.O.S. FantĂ´mes 2. 1990: Un Flic Ă  la Maternelle. 1993: PrĂ©sident d'un Jour. 1994: Junior. 1997: La fĂŞte des pères. 1998: 6 Jours, 7 nuits. 2001: Evolution. 2005: Ma Super ex. 2011: Sex Friends.


Succès planĂ©taire de l'annĂ©e 84 (il bat mĂŞme les recettes d'Indiana Jones et le Temple maudit !), au mĂŞme titre que son tube interprĂ©tĂ© par Ray Parker, JRS.O.S. FantĂ´mes s'est rapidement imposĂ© en statut culte de par son concept original et la complicitĂ© amicale de redresseurs de tort pas comme les autres. 

Le Pitch: Trois professeurs sur la dèche dĂ©cident de crĂ©er leur propre entreprise axĂ©e sur les phĂ©nomènes paranormaux. Avec l'aide de leurs Ă©quipements ultra sophistiquĂ©s et de leur vĂ©hicule de fonction, ils parcourent la ville afin d'y dĂ©busquer le moindre fantĂ´me. Alors que des spectres farceurs importunent la tranquillitĂ© de certains rĂ©sidents, une menace beaucoup plus dĂ©lĂ©tère se profile Ă  l'horizon au point de daigner anĂ©antir toute la ville de New-York ! 

Partant d'une idĂ©e aussi saugrenue qu'improbable (la crĂ©ation de la sociĂ©tĂ© S.O.S FantĂ´mes !), Ivan Reitman y transfigure une farce autour de l'hĂ©roĂŻsme de scientifiques en herbe dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  dĂ©clarer la guerre aux fantĂ´mes tous azimuts. En ce qui concerne le look excentrique de ces derniers, le rĂ©alisateur s'en donne Ă  coeur joie pour donner chair Ă  des revenants inspirĂ©s du cartoon (le glouton d'un vert fluorescent) alors que d'autres s'avèrent plus acadĂ©miques (les crĂ©atures cerbères du Dieu Gozer !). Mais le clou du spectacle reste sans conteste l'apparition dantesque du Marshmallow, sorte d'immense bonhomme de neige en pâte de guimauve subitement douĂ© de vie Ă  travers l'allĂ©geance de Gozer !


Son sourire badin et sa manière apathique de se dĂ©placer Ă  travers les immeubles pour aller piĂ©tiner les habitants dĂ©clenche la surprise hilarante ! Quand Ă  l'accoutrement futuriste de nos chasseurs de fantĂ´mes en combinaisons customisĂ©es et Ă©quipĂ©s d'appareils expĂ©rimentĂ©s (la boite Ă  fantĂ´mes, l'unitĂ© de confection), ils inspirent cette identique effronterie, Ă  l'instar de leurs armes laser qu'ils utilisent aveuglĂ©ment (et sans modĂ©ration !) afin d'Ă©radiquer l'ennemi ! Grâce Ă  la dĂ©rision du second degrĂ© et Ă  la spontanĂ©itĂ© des comĂ©diens dĂ©complexĂ©s (particulièrement Bill Muray en dragueur invĂ©tĂ©rĂ© et Rick Moranis en gaffeur timorĂ© taillĂ© dans le cĂ©libat), S.O.S FantĂ´mes insuffle une Ă©nergie exubĂ©rante de par son lot de pĂ©ripĂ©ties (l'invasion des fantĂ´mes en plein centre urbain après s'ĂŞtre Ă©vadĂ© de l'unitĂ© de confection !) oĂą l'enjeu final (Ă©pargner la fin du monde !) culmine vers une confrontation dĂ©moniaque (nos chasseurs pris Ă  parti avec la dĂ©esse Gozer sur le toit de l'immeuble). Si les gags plus ou moins drĂ´les font souvent mouche, c'est surtout l'attitude fantaisiste des protagonistes qui inspire autant la distraction qu'une sympathie infiniment communicative. Sans compter la prĂ©sence charnelle d'une Sigourney Weaver transie d'Ă©moi car asservie d'un esprit dĂ©monial mais aussi importunĂ©e par son voisin de palier en mal d'amour et de gratitude ! (avec son physique peu avantageux, l'impayable Rick Moranis impose une gĂ©niale maladresse impĂ©rieuse !).


De par la grande complicitĂ© amicale des comĂ©diens et la panoplie dĂ©lirante des revenants espiègles ou menaçants, S.O.S. FantĂ´mes n'a rien perdu de sa ferveur et de sa fantaisie dĂ©lurĂ©e. D'autant plus que le soin imparti aux effets-spĂ©ciaux (rĂ©volutionnaires pour l'Ă©poque !) permettent Ă  l'aventure de la rendre toujours aussi pĂ©tulante. Une comĂ©die miraculeuse donc Ă  travers son concept ubuesque transcendĂ©e d'une fraĂ®cheur et d'une bonne humeur infiniment guillerettes ! Inoxydable. 

A Harold Ramis...

*Bruno
05.12.24. 5èx . 4K. VOST

mercredi 16 janvier 2019

L'Arme Fatale 2

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Lethal Weapon 2"de Richard Donner. 1989. U.S.A. 1h54. Avec Mel Gibson, Danny Glover, Joe Pesci, Joss Ackland, Derrick O'Connor, Patsy Kensit, Darlene Love, Traci Wolfe, Steve Kahan.

Sortie salles France: 2 Août 1989. U.S: 7 juillet 1989

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


RĂ©alisĂ© 2 ans après le premier volet avec un identique succès commercial (1 844 828 vs 1 857 521 entrĂ©es), l'Arme Fatale 2 demeure une sĂ©quelle Ă  la hauteur de son modèle avec toutefois un goĂ»t plus prononcĂ© pour l'humour (Joe Pesci en trublion gentiment vĂ©nal jouant le faire-valoir) et la violence teintĂ©e de sadisme si j'ose dire. D'ailleurs, sur ce dernier point, on s'Ă©tonne de la brutalitĂ© de certaines mises Ă  mort de la part d'un divertissement si fun et plutĂ´t familial, principalement lors de sa dernière demi-heure fertile en règlements de compte hargneux. Mel Gibson se taillant une fois de plus une carrure borderline en flic vindicatif transgressant sa dĂ©ontologie en lieu et place de deuils inconsolables. Autant dire que ça dĂ©mĂ©nage en diable Ă  travers une ribambelle de gunfights et cascades toujours aussi Ă©piques de par leur vigueur chorĂ©graphique. On apprĂ©cie d'autre part l'intensitĂ© et la prĂ©cision de ses bruitages explosifs sous l'impulsion d'une partition musicale aux sonoritĂ©s souvent jazzy !


Et donc Ă  travers une intrigue typiquement simpliste (gentils vs mĂ©chants lors d'un incessant jeu d'intimidations et de règlements de compte sanglants), quoique un chouilla originale (un consulat  d'Afrique du Sud et ses sbires profitent de leur immunitĂ© diplomatique afin de parfaire leur juteux trafic de drogue en plein Los Angeles), Richard Donner dose très efficacement action, humour, romance (qui peut oublier le charme longiligne de la chanteuse anglaise Patsy Kensit !) et violence sous l'impulsion du duo policier le plus sympa de l'histoire du Buddy Movie ! Ainsi donc, si le divertissement rondement menĂ© ne fait preuve d'aucune subtilitĂ© (mĂŞme s'il y dĂ©nonce en filigrane l'apartheid); tant auprès de la romance plutĂ´t furtive et sirupeuse entre Riggs et Rika, du numĂ©ro de bateleur que Joe Pesci endosse dans un rĂ´le parodique Ă  contre emploi, des rĂ©parties bonnards que Roger et Riggs renchĂ©rissent ou encore de quelques gags aimablement ubuesques (Roger cloĂ®trĂ© sur la cuvette de son WC piĂ©gĂ©, sa fille aĂ®nĂ©e s'exhibant en bikini dans une pub pour prĂ©servatifs !), l'Arme Fatale 2 remplit aisĂ©ment son contrat de pur divertissement grâce Ă  sa fougue et sa vigueur gĂ©nĂ©reusement sĂ©millantes. C'est donc avec rĂ©el plaisir qu'on s'impatiente dĂ©jĂ  du 3è opus (toujours rĂ©alisĂ© par l'Ă©mĂ©rite Richard Donner 3 ans plus tard), et ce mĂŞme si aujourd'hui on se rapproche davantage du plaisir coupable (du samedi soir) qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie primeur.

*Bruno

Ci-joint la chronique de l'Arme Fatale : http://brunomatei.blogspot.fr/2016/08/larme-fatale.html