mardi 23 décembre 2025

Outlander: Blood of my Blood de Jamie Payne, Azhur Saleem, Emer Conroy et Matthew Moore. 2025. U.S.A.

                                                         
                              (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
"Le battement avant le mythe."
 
J’ai hĂ©sitĂ©, j’avais peur. Je n’aurais pas misĂ© un clopĂ© sur la rĂ©surrection d’un succès dĂ©jĂ  lĂ©gendaire, menacĂ© par le spectre de la redite.

Et pourtant, cette première saison prĂ©quelle s’avère formidablement rĂ©jouissante - une sorte de miracle inespĂ©rĂ©, rendant dignement honneur Ă  son aĂ®nĂ© sans jamais le singer. 
 
Elle impose promptement sa propre personnalitĂ©, grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© de ses acteurs et Ă  la soliditĂ© d’un rĂ©cit tissĂ© de digressions. On y retrouve les mĂŞmes ingrĂ©dients, ce mĂŞme savant dosage des genres disparates, mais avec un charme et une sincĂ©ritĂ© renouvelĂ©s.
 

Car oui, Outlander est bel et bien un phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, puisqu'elle a influencĂ© la culture populaire, le tourisme et la reprĂ©sentation du fĂ©minin. Le gouvernement Ă©cossais a d’ailleurs saluĂ© l’effet positif de la sĂ©rie sur le rayonnement culturel du pays. 

Elle a rassemblé une communauté mondiale autour de valeurs émotionnelles et historiques fortes. Elle réussi à faire dialoguer le passé et le présent à travers le prisme du désir, du courage, de l'espoir et du temps.

Elle est parvenue Ă  rassembler les amateurs d’histoire et de reconstitution, les spectateurs attirĂ©s par la passion amoureuse et le romanesque, les fans de rĂ©cits Ă©piques et de voyages dans le temps.

Outlander: ce sang qui lie les amants au-delà de l'éternité, entre le coeur et la lignée, qui fait chavirer nos coeurs, ad vitam aeternam.
 

Pour preuve, les RĂ©compenses coulent Ă©galement Ă  flot : 
    Critics' Choice Television Awards 2014 : Nouvelle sĂ©rie la plus attendue
    People's Choice Awards 2015 : SĂ©rie de science-fiction ou fantastique du câble prĂ©fĂ©rĂ©e
    Saturn Awards 2015 : Meilleure actrice de tĂ©lĂ©vision pour Caitriona Balfe
    Critics' Choice Movie Awards 2016 : Binge watching sĂ©rie
    Women's Image Network Awards 2016 :
        SĂ©rie dramatique
        Actrice dans une sĂ©rie dramatique pour Caitriona Balfe
        Épisode Ă©crit par une femme : Toni Graphia pour The Devil's Mark
    People's Choice Awards 2016 :
        SĂ©rie de science-fiction ou fantastique du câble prĂ©fĂ©rĂ©e
        Actrice de science-fiction ou fantastique prĂ©fĂ©rĂ©e pour Caitriona Balfe
    Costume Designers Guild Awards 2016 : Terry Dresbach
    Saturn Awards 2016 :
        Saturn Award de la meilleure sĂ©rie fantastique
        Meilleure actrice de tĂ©lĂ©vision pour Caitriona Balfe
    BAFTA Scotland 2016 : Meilleure actrice de tĂ©lĂ©vision pour Caitriona Balfe
    Scottish Gaelic Awards (en) 2016 : Meilleure contribution internationale pour Ă€dhamh Ă“ Broin, consultant en gaĂ©lique
 
   
  Hollywood Professional Association Awards 2016 (en) : Meilleur son pour l'Ă©pisode Prestonpans (Nello Torri, Alan Decker, Brian Milliken, Vince Balunas)
    Critics' Choice Movie Awards 2016 : Binge watching sĂ©rie
    Satellite Awards 2017 :
        Meilleure sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e de genre
        Meilleure distribution[89]
        Outstanding Blu-ray
    Oscar Wilde Awards 2017 : Caitriona Balfe
    People's Choice Awards 2017 :
        Meilleure sĂ©rie
        Meilleure sĂ©rie SF/Fantastique sur une chaĂ®ne premium
        Meilleur acteur dans une sĂ©rie SF/Fantastique pour Sam Heughan
        Meilleure actrice dans une sĂ©rie SF/Fantastique pour Caitriona Balfe
    Women's Image Network Awards 2017 : SĂ©rie dramatique
    Saturn Awards 2017 : Saturn Award de la meilleure sĂ©rie fantastique
    Saturn Awards 2018 : Saturn Award de la meilleure sĂ©rie fantastique
    Saturn Awards 2019 : Saturn Award du meilleur acteur de tĂ©lĂ©vision pour Sam Heughan
    Saturn Awards 2021 : Saturn Award de la meilleure actrice de tĂ©lĂ©vision pour Caitriona Balfe

lundi 22 décembre 2025

Dumbo de Ben Sharpsteen. 1941. 1h04. U.S.A.

                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Dumbo est un chef-d’Ĺ“uvre absolu, comme Walt Disney savait en offrir avec une dĂ©sarmante Ă©vidence. Un film qui milite, avec une douceur trompeuse, pour le droit Ă  la diffĂ©rence, l'affirmation de soi (or, Dumbo ne prononce pas un mot !) et qui dĂ©livre aussi un vĂ©ritable message d’utilitĂ© publique sur l’exploitation des animaux dans les cirques. Dès ses premières minutes, le film montre ces Ă©lĂ©phants contraints Ă  exĂ©cuter des numĂ©ros de clowns dangereux, humiliants, sous le regard amusĂ© des hommes. Une cruautĂ© ordinaire, silencieuse, dĂ©rangeante.

Et pourtant, Dumbo dĂ©borde de fantaisie, d’humour et d’invention. La galerie de personnages extravagants illumine le rĂ©cit, et surtout cette petite souris, fidèle et malicieuse, meilleur ami de Dumbo, qui ne cesse de l’accompagner, de le guider, de l’aider Ă  grandir. Elle devient le moteur de son initiation, la voix qui lui apprend Ă  croire, Ă  se redresser, puis Ă  voler.


Le film est d’une poĂ©sie folle, parfois mĂŞme dĂ©licieusement dĂ©lirante, notamment lors de cette sĂ©quence hallucinĂ©e oĂą l’alcool ouvre les portes d’un cauchemar baroque, peuplĂ© d’Ă©lĂ©phants roses et de visions surrĂ©alistes. Les chansons, entraĂ®nantes et joyeuses, insufflent une Ă©nergie communicative, une lĂ©gèretĂ© qui masque Ă  peine la mĂ©lancolie du fond.

Visuellement, le film est d’une grande ambition cinĂ©matographique. Tout est soignĂ©, prĂ©cis, inventif, et l’on sent Ă  chaque plan l’amour portĂ© Ă  cette histoire touchante d’un Ă©lĂ©phanteau condamnĂ© Ă  la solitude après avoir Ă©tĂ© sĂ©parĂ© de sa mère. Mais Walt Disney ne sombre jamais dans le pathos : l’humour, la tendresse et l’expressivitĂ© des personnages dĂ©samorcent la tristesse sans l’effacer.


Des dĂ©cennies plus tard, Dumbo n’a pas pris une ride. Il conserve intact son pouvoir d’enchantement, sa poĂ©sie parfois baroque, parfois extravagante, et demeure l’un des sommets les plus Ă©mouvants du cinĂ©ma d’animation. Un film simple en apparence, mais profondĂ©ment humain, qui continue de toucher droit au cĹ“ur.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

dimanche 21 décembre 2025

Borsalino and co de Jacques Deray. 1974. 1h50. France/Italie/Allemagne.

                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

RĂ©alisĂ© par Jacques Deray quatre ans après Borsalino, cette sĂ©quelle reste Ă  mes yeux injustement sous-estimĂ©e, et pourtant supĂ©rieure Ă  son modèle. Les critiques de l’Ă©poque s’y sont trompĂ©es selon moi, sans doute trop heurtĂ©es par sa violence putassière, le public aussi, puisque le film ne rassemble que 1 698 380 entrĂ©es, loin derrière les 4 710 380 du premier. Et pourtant.

Je lui prĂ©fère son Ă©lĂ©gance crĂ©pusculaire, sa photographie somptueuse, magnifiĂ©e par la restauration PathĂ© de 2013, absolument superbe en Blu-ray. Tout y est plus sombre, plus grave, plus contractĂ©, plus intense. L’ironie et l’insouciance ont disparu. Ici, la violence s’expose sans fard : plus rĂ©aliste, plus frontale, plus brutale, souvent mĂŞme spectaculaire. Un monde qui ne joue plus, qui frappe tous azimuts. 


Les décors, fastueux, luxueux, nous plongent pleinement dans les années 30, avec une modernité visuelle absente du premier film. Ils respirent, imposent leur présence, deviennent presque des personnages secondaires tant Jacques Deray les filme avec amour et précision. Chaque rue, chaque façade semble chargée de mémoire, de vie citadine et de menace.

Alain Delon, hiĂ©ratique, souverain, est impressionnant de bout en bout. On est avec lui, dans sa peau, dans cette posture de chef dĂ©sormais seul, ambigu, peu recommandable. Le scĂ©nario est classique, prĂ©visible, certes, mais on ne s’ennuie jamais. La vengeance de Roch - que Delon endosse avec son costume snob comme une seconde peau - se dĂ©ploie avec une efficacitĂ© implacable. Ce film de gangsters prend alors des allures de western urbain, tendu par la vengeance et la fatalitĂ©. Avec toutefois un soupçon de romance murmurĂ©e par la ravissante Catherine Rouvel dans sa pudeur rĂ©servĂ©e. 


(Toujours) PortĂ© par la musique entĂŞtante de Claude Bolling, mĂŞme si beaucoup plus discrète, Borsalino & Co. est un film de gangsters comme on n’en fait plus. Des dĂ©cennies plus tard, cette coproduction franco-italo-allemande demeure un divertissement adulte, stylisĂ©, raffinĂ©, Ă©lĂ©gamment cruel, d’une violence sèche et souvent spectaculaire. Une Ă©poque rĂ©volue au demeurant.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

lundi 15 décembre 2025

L'Elue / Keeper de Osgood Perkins. 2025. U.S.A. 1h38.

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A l'instar de modestes pĂ©loches des annĂ©es 80, L’Élue est une sympathique sĂ©rie B horrifique - et mĂŞme une bonne - solidement ancrĂ©e dans le sous-genre du folk horror. Un vĂ©ritable film d’ambiance, qui prend le temps, je l'admets. Beaucoup de temps. Sa première heure s’attache presque exclusivement Ă  l’installation d’un climat inquiet, feutrĂ©, interrogatif, fondĂ© sur l’attente et le regard d’un personnage fĂ©minin que l'actrice Tatiana Maslany porte Ă  bout de bras. Comme elle, on observe, on doute, on s’interroge, on hallucine : que se trame-t-il rĂ©ellement dans cette cabane confinĂ©e, perdue au cĹ“ur de bois silencieux et opaques ?

Visuellement, le film est soignĂ©, parfois mĂŞme onirique, avec une esthĂ©tique travaillĂ©e qui enveloppe cette lente montĂ©e de l’angoisse. L’atmosphère anxiogène, mystĂ©rieuse, sourdine, fonctionne indĂ©niablement, mĂŞme si l’on n’adhère pas totalement Ă  l’interrogation morale qui occupe la protagoniste durant plus d’une heure. Pourtant, la tension demeure, diffuse mais tenace, nourrie par l’attente de la rĂ©vĂ©lation. C'est captivant dans une juste mesure.


Or, L’Élue trouve sa vraie rĂ©ussite dans sa dernière demi-heure, absolument rĂ©jouissante dans sa manière d’effrayer Ă  point nommĂ©. Perkins y lâche enfin les chevaux, offrant des visions horrifiques inĂ©dites, dĂ©rangeantes, profondĂ©ment malaisantes. On perd pied avec fascination capiteuse mĂŞlĂ©e de rĂ©pulsion malsaine. Les crĂ©atures marquent, troublent, agressent les sens par leur Ă©trangetĂ© mĂŞme, et les scènes chocs fonctionnent prĂ©cisĂ©ment parce qu’elles restent aussi singulières. L’angoisse et la terreur montent alors crescendo, jusqu’Ă  une ultime image Ă  l’ironie morbide, grinçante, qui imprime la rĂ©tine, Ă  l'envers.

Bien plus frĂ©quentable que l’incident de parcours, The Monkey, L’Élue ne mĂ©rite ni le discrĂ©dit ni le mĂ©pris qu’une partie de la critique et du public lui ont rĂ©servĂ©s. En dĂ©pit d’avis divisĂ©s, il s’agit d’une vraie sĂ©rie B cĂ©rĂ©brale, atmosphĂ©rique, imparfaite mais habitĂ©e, avec laquelle on passe, indĂ©niablement, un bon moment. L'inverse du produit standard vite vu vite oubliĂ©.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Blanche Neige et les 7 nains / Snow White and the Seven Dwarfs de William Cottrell, David Hand, Wilfred Jackson. 1937. U.S.A. 1h23.

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Blanche-Neige et les Sept Nains est un chef-d’Ĺ“uvre absolu de l’histoire du cinĂ©ma. Le rappeler n’a rien d’un rĂ©flexe nostalgique, mais d’une Ă©vidence. Premier long-mĂ©trage d’animation des studios Disney, le film, rĂ©alisĂ© par David Hand, sort le 21 dĂ©cembre 1937 et rencontre un succès tout simplement monstrueux. Son budget de 1,48 million de dollars - un record pour l’Ă©poque - accompagne une prouesse technique alors inĂ©dite, vertigineuse.

Mais ce qui frappe aujourd’hui, lorsque l’on redĂ©couvre ce film fabuleux, c’est son âge : près de 90 ans ! Les bras m'en tombent. Et pourtant, son pouvoir d’enchantement demeure intact, du premier au dernier plan. Un enchantement nourri par une splendeur visuelle colorĂ©e, singulière, parfois mĂŞme exceptionnelle, mais aussi par des personnages immĂ©diatement attachants - Blanche-Neige, bien sĂ»r, et les Nains, inoubliables. L’humour, distillĂ© avec une douceur constante, irrigue tout le mĂ©trage, portĂ© par une inventivitĂ© technique, narrative et visuelle proprement sidĂ©rante.


Et puis il y a la grâce. Celle de Blanche-Neige, qui irradie chaque image, chaque geste, chaque chanson fredonnĂ©e comme une promesse d’innocence Ă©ternelle. Il y a aussi les chants des Nains, surgissant avec spontanĂ©itĂ©, fringance et bienveillance, comme une cĂ©lĂ©bration simple de la vie. Blanche-Neige et les Sept Nains est un film habitĂ©, traversĂ© de part en part par la fĂ©erie chère au studio Disney.

Et cette prĂ©tendue niaiserie dont certains ont pu accuser le film se voit ici transcendĂ©e - totalement transcendĂ©e - par le pouvoir d’enchantement qui Ă©mane de l’expressivitĂ© des personnages et par la formalitĂ© de ces dessins plus vrais que nature. Dès lors, ressentir, près de 90 ans plus tard, des Ă©motions aussi galvanisantes et Ă©panouissantes tient du prodige : un prodige cinĂ©matographique que ni le temps, ni son passage, ne sont parvenus Ă  rĂ©primer.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

dimanche 14 décembre 2025

Running Man d'Edgar Wright. 2025. U.S.A. 2h16 (2h08).

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Running Man (2025) - La sĂ©rie B crĂ©pusculaire qui ressuscite l’âme de l’action 80s.

Running Man fait peau neuve en son Ă©crin de film d’action Ă  l’ancienne, au point qu’on a parfois l’impression de savourer une pure production des annĂ©es 80. Ben oui, ici l’action n’est jamais bourrine : elle respire, elle retarde, elle sert le rĂ©cit, elle Ă©pouse la mise en scène. Le cinĂ©mascope convoque mĂŞme les classiques de Carpenter je trouve, tandis que l’univers futuriste, dĂ©licieusement rĂ©tro (une mode cette annĂ©e pour le genre, et c'est tant mieux), affiche un soin maniaque dans chaque dĂ©cor, chaque cadre, chaque dĂ©tail, sans foisonnement, sans paillettes. Nous avons affaire Ă  une grosse sĂ©rie B d’action, visuellement splendide, crĂ©pusculaire, dont le futurisme gĂ©omĂ©trique est aussi enivrant qu’immersif.


Glenn Powell, lui, le forcenĂ©, le tĂ©mĂ©raire, l'insoumis animal, crève littĂ©ralement l’Ă©cran. Ă€ tel point qu’on se surprend Ă  se demander s’il n’est pas en train de naĂ®tre en nouveau hĂ©ros de cinĂ©ma d’action, dans la lignĂ©e de Schwarzenegger, Stallone ou Bruce Willis. C’est dire si ce Running Man est un remake Ă  contre-emploi de celui de Paul Michael Glaser, portĂ© par Arnold Schwarzenegger : lĂ  oĂą l’original assumait un ton cartoonesque, ultra kitsch, dĂ©complexĂ© au possible, ludique jusqu’Ă  l’absurde, cette version choisit la sobriĂ©tĂ©, un sĂ©rieux presque austère, sans jamais renoncer Ă  l’humour noir qui tâche et les Ă©clairs de violence radicale Ă©maillĂ©s de sacrifices collatĂ©raux.

Le film dĂ©ploie Ă©galement une dĂ©nonciation très efficace d’une sociĂ©tĂ© autoritaire et totalitaire, qui contrĂ´le les masses par des mĂ©dias manipulateurs, menteurs, instruments d’asservissement. Sur ce plan sociopolitique et mĂ©diatique, le propos frappe juste. Les scènes d’action sont spectaculaires, tendues, parfaitement lisibles. Edgar Wright filme avec une implication totale : on sent son amour pour ce qu’il met en images, du premier au dernier plan. Le film dĂ©gage une Ă©nergie visuelle et technique impressionnante, reste constamment efficace, mĂŞme sans multiplier les surprises, jusqu’Ă  un final explosif, libĂ©rateur et haletant dans une inversion des rĂ´les mĂ©diatiques.


Au bout du compte, Running Man s’impose comme une excellente surprise au tempo musical entĂŞtant, une formidable rĂ©ussite qui a du corps et de l'esprit, l’un des divertissements classieux de 2025. Un remake intelligent qui parvient Ă  cristalliser sans fard son univers dystopique en supplantant son modèle autrement dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© et rĂ©gressif.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Saint Ange de Pascal Laugier. 2004. France. 1h34.

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(Révision: 4)

Saint-ange - RĂ©habilitation d'un Ă©crin maudit. 

Saint-Ange de Pascal Laugier est l’un de ces films injustement rejetĂ©s Ă  sa sortie en 2004, mal compris, boudĂ©s par la critique comme par le public, alors qu’il s’agit d’un très beau drame fantastique, sensible et profondĂ©ment mĂ©lancolique. Une première Ĺ“uvre qui mĂ©rite aujourd’hui d’ĂŞtre rĂ©habilitĂ©e, regardĂ©e Ă  nouveau, avec patience, amour et attention.


Dans la lignĂ©e de L’Orphelinat, du Cercle infernal, de Rosemary’s Baby, de Fragile, Les Autres ou encore de L’Au-delĂ , Saint-Ange explore les zones troubles de la maternitĂ©, de la mĂ©moire et du trauma de la guerre, jusqu’Ă  un final suspendu, quasi spectral, qui agit comme un clin d’Ĺ“il discret aux grands films de hantise psychologique mais aussi Ă  l'Au-delĂ  de Fulci dont Laugier ne cache nullement son admiration.

Virginie Ledoyen y est poignante, saillante, magnĂ©tique dans la pudeur et la mesure. Mère en devenir Ă  la fois perplexe, fragile, inquiète, interrogative, elle avance dans le mystère avec une douceur inquiète, une force tranquille, presque rassurante. Elle incarne une prĂ©sence de chair et de cĹ“ur, un ancrage humain face Ă  l’indicible. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Lou Doillon - trop dĂ©criĂ©e Ă  l’Ă©poque - est pourtant saisissante. Elle ne joue pas : elle est cette jeune femme sans âge au bord de la rupture, fĂ©brile, nĂ©vrosĂ©e, mentalement instable, Ă  la lisière de la dĂ©mence. Deux prĂ©sences complĂ©mentaires, deux Ă©tats de l’âme, deux fractures qui s'uniront pour le meilleur et pour le pire.


Pascal Laugier
magnifie le dĂ©cor de Saint-Ange avec un soin formel gothique d’une grande beautĂ© sĂ©culaire. Chaque pièce respire, chaque couloir murmure. La vaste maison devient un personnage Ă  part entière, un corps vivant chargĂ© de souvenirs et de douleurs enfouies, jouant un rĂ´le central dans l’Ă©volution narrative. Le film se dĂ©ploie alors sur deux niveaux de lecture : drame psychologique intime ou drame fantastique hantĂ©. Les deux coexistent, se rĂ©pondent, sans jamais s’annuler. Et c'est ce qui rend le film aussi fort, beau, passionnant, en suspens avec cet art consommĂ© de la hantise cĂ©rĂ©brale. 

La musique, fragile et dĂ©licate, accompagne cette atmosphère mĂ©lancolique avec pudeur, renforçant l’Ă©motion sans jamais l’alourdir. L’histoire, solide et prenante, avance Ă  pas feutrĂ©s parmi la discrĂ©tion d'une directrice taiseuse que Catriona Mc Coll persiste dans une posture hiĂ©ratique figĂ©e. La mise en scène est inspirĂ©e, inventive, les cadrages stylisĂ©s sont d’une grande prĂ©cision. On se passionne autant pour la dimension technique et formelle que pour la force narrative et le jeu impliquĂ© des actrices au sein d'un dĂ©corum gothique enivrant jusqu'Ă  se perdre dans ses sous-sols Ă  la fois poussiĂ©reux et rubigineux. 


Ensorcelant dans une douceur de miel Ă©thĂ©rĂ©e, Saint-Ange est un film contemplatif qui demande de l’Ă©coute, du silence, du temps. Il parle d’enfants martyrisĂ©s, de mĂ©moire refoulĂ©e, de douleur transmise, de maternitĂ© brisĂ©e. Un drame fantastique Ă©lĂ©gant, habitĂ©, injustement oubliĂ©, et qu’il est urgent de rĂ©habiliter.


Et c'est produit par l'artisan Christophe Gans, noble binôme, aussi féru d'amour pour le genre.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

27.08.12
14.12.25. 4èx

de Pascal Laugier. 2004. France. 1h38. Avec Virginie Ledoyen, Lou Doillon, Catriona MacColl, Dorina Lazar, Virginie Darmon, Jérôme Soufflet, Marie Herry, Eric Prat, Marin Chouquet, Christophe Lemaire.

Sortie salles France: 23 Juin 2004

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un rĂ©alisateur Français nĂ© le 16 Octobre 1971.Courts-MĂ©trages: 1993: TĂŞte de Citrouille. 2001: 4è sous-sol. Longs-mĂ©trages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012 : The Secret (The Tall Man). 2018 : Ghostland. 

lundi 8 décembre 2025

Rox et Rouky / The Fox and the Hound de Ted Berman Richard Rich Art Stevens. 1981. U.S.A. 1h23.

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"Sous le poids de l’instinct."
DĂ©couvrir pour la première fois Rox et Rouky rappelle Ă  quel point Disney sait nous Ă©mouvoir avec une simplicitĂ©, une innocence et un rĂ©alisme dĂ©sarmant. C’est peut-ĂŞtre l’un des mĂ©trages les plus bouleversants auxquels j’ai assistĂ© dans leur filmographie animĂ©e.

RĂ©flexion saisissante sur la manière dont notre entourage façonne nos comportements face Ă  la brutalitĂ© lâche et inĂ©quitable de la chasse, Rox et Rouky dĂ©gage un pouvoir d’enchantement permanent. Les personnages, hyper expressifs, dĂ©clenchent une Ă©motion pure, sans filtre, au point de nous surprendre nous-mĂŞmes par l’intensitĂ© du choc.
 

On nous raconte surtout comment deux ĂŞtres faits pour s’aimer deviennent ennemis, non par choix, mais parce que le monde autour d’eux les pousse Ă  trahir leur propre nature. C’est un rĂ©cit poignant sur l’enfance perdue, presque arrachĂ©e, et sur la manière dont la sociĂ©tĂ© fabrique la violence - en l’occurrence, celle de la chasse.

Vibrant d’humanitĂ© - autant dans le regard des adultes que dans celui des crĂ©atures animalières magnifiĂ©es - le film nous illumine le cĹ“ur Ă  travers l’amitiĂ© qui se fissure peu Ă  peu entre un renard et un chien de chasse, deux ĂŞtres que tout oppose jusque dans leur instinct le plus profond. Militant pour le droit Ă  la diffĂ©rence, ce rĂ©cit esquive la prĂ©visibilitĂ© et les conventions, prĂ©fĂ©rant sonder des valeurs nobles qui questionnent notre nature meurtrière ou vindicative.
 

D’une Ă©motion souvent Ă  fleur de peau (et je tairai certains rebondissements que je n’avais pas vus venir), Rox et Rouky offre une sensibilitĂ© Ă©purĂ©e, portĂ©e par la magie Disney sublimant chaque geste, chaque regard, avec un rĂ©alisme aussi pittoresque que profondĂ©ment humain.

Il en Ă©mane un rĂ©cit initiatique magnifique, d’une tendresse aiguĂ« et inattendue, plaidant pour l’amour, l’indulgence, la rĂ©conciliation et l’amitiĂ© - aimer quelqu’un qu’on est censĂ© haĂŻr - en dĂ©pit de la cruautĂ© morale qui sommeille en nous lorsque l’on se rĂ©fugie derrière le loisir de la chasse (conditionnement institutionnalisĂ© de la violence) ou l’instinct de survie.
 

Quant Ă  la fin, douce-amère, très Ă©mouvante presque malgrĂ© elle, elle porte un message d’une rare nuance chez Disney :
on peut ne plus ĂŞtre amis comme avant, mais on peut choisir de ne pas devenir des ennemis.
Une conclusion d’une maturitĂ© rare.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
Vostfr


Caligula: ultimate cut de Tinto Brass. 1979-2024. U.S.A/Italie. 2h58.

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"L’Empereur des Enfers : trip viscĂ©ral autour du pouvoir."

Caligula – The Ultimate Cut demeure une expĂ©rience expĂ©rimentale, une orgie de folie dĂ©cadente, outrageante, choquante, profondĂ©ment malsaine (mĂŞme expurgĂ©e de ses coĂŻts pornos gratuits).
Cette version rallongĂ©e exacerbe encore son atmosphère sombre, baroque et dĂ©rangeante, carrĂ©ment malaisante, tout en conservant son extrĂŞme brutalitĂ©, sa violence frontale, ses Ă©lans nausĂ©eux qui culminent dans un final sanglant d’une cruautĂ© inouĂŻe jusqu'Ă  l'insoutenable - un gosse y trinque en estocade.

Concernant la bande sonore de choix composĂ©e par Troy Sterling Nies, elle est toute nouvelle pour renforcer le ton plus "maussade, baroque, malsain, anxiogène" Ă  l'inverse d'une atmosphère moins disco/classique, plus oppressante, plus intemporelle. Le design sonore - effets, ambiances, mixage - a Ă©tĂ© retravaillĂ© : dialogues restaurĂ©s, suppression des choix musicaux “datĂ©s”, rĂ©orchestration plus “atmosphĂ©rique”, plus dark, plus immersive.
 

Les dĂ©cors, d’une ampleur grandiose, respirent une insĂ©curitĂ© glaciale, un crĂ©puscule perpĂ©tuel venu tout droit des enfers. Cette satire du pouvoir - menant Ă  la dĂ©bauche, Ă  la perversion, Ă  la dissolution totale de l’humain - devient un vĂ©ritable opĂ©ra de mort putride que l’on contemple et endure durant près de trois heures. Un spectacle provocateur, unique, que rien n’Ă©gale ailleurs.

Malcolm McDowell, littĂ©ralement possĂ©dĂ©, incarne un Caligula nĂ© pour rĂ©gner sur ce chaos. Il s’abandonne avec une spontanĂ©itĂ© psychotique Ă  un rĂ´le qui lui permet toutes les dĂ©mesures. Sans la moindre inhibition, sans morale ni indulgence, il dĂ©ploie l’arbitraire absolu d’un despote persuadĂ© de sa propre divinitĂ©. Il n’a aucune limite : son pouvoir est un gouffre qui nourrit sa folie et aspire tout autour de lui. Il inspire le dĂ©goĂ»t, l'Ă©coeurement, la nĂ©crose d'une immoralitĂ© Ă  double tranchant. 
 

Les autres interprètes fardĂ©s, saillants dans leur pathĂ©tisme moral, renforcent encore le cĂ´tĂ© farcesque, caustique, presque semi-parodique d’une cour altière entièrement soumise Ă  la suprĂ©matie d’un tyran capable de les terroriser Ă  tout moment, jusque dans la mort la plus lâche et cruelle.

L’Ĺ“uvre est si extrĂŞme qu’Ă  la sortie de la projo, on ressent l’envie presque irrĂ©pressible de se doucher, de reprendre son souffle, tant elle marque l’esprit et le corps par son intensitĂ© horrifique et Ă©rotique, jusqu’Ă  la gĂŞne la plus intime.
 

On en ressort lessivĂ©, estomaquĂ©, en berne, inĂ©vitablement  hantĂ© après avoir affrontĂ© ce film monstre, profondĂ©ment malade, qui dit tout - et trop - sur la corruption inhĂ©rente au pouvoir fascisant.

Pour public (le plus) averti.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
 
 
 

dimanche 7 décembre 2025

House 2: la deuxième histoire / "House 2: The Second Story" d'Ethan Wiley. 1987. 1h27. U.S.A.

                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"La maison des mondes perdus."

House 2 d’Ethan Wiley est une sĂ©quelle bougrement fun, sympathique, bonnard, sans la moindre prĂ©tention - une sĂ©rie B innocente qui, aujourd’hui, dĂ©gage bien plus de charme et de sympathie qu’Ă  l’Ă©poque de sa location VHS. Les personnages y sont franchement attachants dans leur naĂŻvetĂ© assumĂ©e, et les sĂ©quences fantastiques, hĂ©ritières autant d’Indiana Jones que du western, fonctionnent Ă  merveille grâce aux portails temporels qui nous projettent dans des Ă©poques historiques avec une aisance dĂ©sarmante.

Nos hĂ©ros en herbe traversent ainsi le Jurassique, l’empire aztèque et l’Ouest amĂ©ricain avec un esprit bon enfant qui rend l’aventure aussi potache que dĂ©licieusement stimulante - notamment grâce Ă  deux crĂ©atures innocentes adoptĂ©e par nos hĂ©ros, lĂ©gères comme un souffle familial. House 2 devient alors une fantaisie aventureuse portĂ©e par un humour tendre et lumineux, Ă  l’opposĂ© de son modèle plus horrifique ; et l’on ne s’en plaint pas, tant l’ensemble, menĂ© sans temps mort, distrait continuellement par ses rebondissements surrĂ©alistes, dĂ©paysants, fantasques et Ă©trangement attendrissants.

Ă€ l’image de l’arrière-grand-père de Jesse et de son acolyte, militant mutuellement pour l’honneur familial et l’amitiĂ© avec une ferveur hĂ©roĂŻque, le film respire une cohĂ©sion simple, chaleureuse, profondĂ©ment gĂ©nĂ©reuse. Un très bon moment de dĂ©tente, donc - et je me surprends Ă  penser que j’avais Ă©tĂ© bien trop sĂ©vère lors de sa sortie initiale. House 2 rallume la magie dans l’Ă©trange douceur d’une sĂ©quelle dĂ©bridĂ©e si bien que toute la famille devrait y trouver son compte.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx. 06.12.25.
27.07.18


Distribution: Arye Gross, Jonathan Stark, Royal Dano, Bill Maher, John Ratzenberger, Lar Park-Lincoln.

Sortie salles 18 Novembre 1987. U.S: 28 Août 1987.

FILMOGRAPHIE: Ethan Wiley est un réalisateur et scénariste américain. 1987 : House 2
1998 : Les Démons du maïs 5 : La Secte des Damnés. 2006 : Blackwater Valley Exorcism. 2007 : Brutal. 2012 : Elf-Man. 2015 : Journey to the Forbidden Valley.

samedi 6 décembre 2025

Alice au pays des merveilles / Alice in Wonderland de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske. 1951. 1h15.

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Classique Disney aujourd’hui cĂ©lĂ©brĂ© comme un film-culte, Alice au pays des merveilles fut pourtant boudĂ© par la critique et par le public avant de renaĂ®tre de plus belle dans les annĂ©es 60 et 70. Merveille d’animation surrĂ©aliste, il dĂ©ploie une structure narrative affranchie du sens comme de la logique. Les trois auteurs y laissent libre cours Ă  un imaginaire fantasque pour illustrer l’errance initiatique d’une fillette dĂ©vorĂ©e par le dĂ©sir d’Ă©vasion, lasse de la pesanteur du monde rĂ©el.

D’une inventivitĂ© en roue libre, Alice au pays des merveilles devient une invitation Ă  la fuite par le pouvoir d’un cinĂ©ma chimĂ©rique, expressif, fringant, primesautier. Son humour folingue, dĂ©calĂ©, portĂ© par une horde de personnages loufoques et dĂ©complexĂ©s, divertit sans relâche sous l’impulsion d’une Alice Ă  la fois fureteuse et contemplative, en quĂŞte d’identitĂ©. Cet appel Ă  l’imaginaire, brisant les repères classiques, et l’enchaĂ®nement d’Ă©pisodes absurdes reflètent l’Ă©vasion mentale d’une enfant instable, oscillant entre rĂ©el et rĂŞve.
 

Rester ouvert Ă  l’Ă©trange, Ă  la curiositĂ©, Ă  l’enfantin : voilĂ  ce que nous soufflent les auteurs, avec un art consommĂ© d'une imagination exubĂ©rante. Quant Ă  la thĂ©matique du temps qui file, elle se cristallise dans le Lapin Blanc, perpĂ©tuellement affolĂ©, prisonnier d’une montre capricieuse. Il forme un contraste saisissant avec la libertĂ© d’Alice, qui savoure le prĂ©sent dans une absence bĂ©nie de pression sociale, prĂ©fĂ©rant la rĂŞverie Ă  la course effrĂ©nĂ©e derrière un agenda mĂ©canique.

Et mĂŞme si, dans la finalitĂ©, son rĂ©veil la ramène Ă  la rĂ©alitĂ© quotidienne - aux responsabilitĂ©s, Ă  la croissance physique et morale - le spectateur accepte de refermer ce livre d’innocence onirique, enchantĂ© par un Disney Ă  l’une de ses heures les plus glorieuses.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

vendredi 5 décembre 2025

Une vie volée / Girl, interrupted de James Mangold. 1999. U.S.A. 2h07

                         (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"La Parenthèse qui sauve."

Première dĂ©couverte, alors qu’on m’en disait du bien depuis des lustres : Une vie volĂ©e m’a franchement surpris par son Ă©motion pure, dĂ©nuĂ©e de fard et de tout pathos. Le film pâtit pourtant d’une affiche et d’un titre français trompeurs, alors que le titre initial - Girl, Interrupted - se rĂ©vèle parfaitement idoine pour dĂ©peindre l’interruption, la parenthèse d’une jeune femme placĂ©e de son plein grĂ© en institut psychiatrique durant dix-huit mois. Une pause forcĂ©e, une dĂ©rive intĂ©rieure, un temps nĂ©cessaire pour suspendre le cours d’une existence douloureuse.

Le titre français en trahit le sens : il laisse imaginer une vie brisĂ©e par l’institution, alors que le sĂ©jour de Susanna (magnifiquement incarnĂ©e par Winona Ryder, mais j’y reviendrai) est relativement court et profondĂ©ment fructueux. Elle n’est ni enfermĂ©e contre son grĂ©, ni dĂ©truite par l’hĂ´pital ; l’issue demeure apaisĂ©e. Ă€ l’inverse du chef-d’Ĺ“uvre de Milos Forman - auquel on compare trop souvent le film, Ă  tort selon moi - l’institution n’est pas filmĂ©e comme une machine inhumaine. Rien, dans le cheminement narratif, ne correspond Ă  l’idĂ©e d’une vie "volĂ©e".
 

Le film, remarquablement contĂ©, prenant le temps de cerner la pudeur et la sensibilitĂ© dĂ©pouillĂ©e de ses protagonistes fĂ©minins, traite davantage de dĂ©pression, de confusion identitaire et du passage dĂ©licat Ă  l’âge adulte. Susanna y apparaĂ®t en proie Ă  un trouble dĂ©pressif, Ă  une quĂŞte identitaire, Ă  un doute existentiel tenace. Quant Ă  Lisa, incarnation marginale, rebelle et menaçante d’Angelina Jolie - justement rĂ©compensĂ©e par six trophĂ©es, dont l’Oscar et le Golden Globe - elle demeure irrĂ©prochable dans ses expressivitĂ©s martiales sur le fil du rasoir. Pourtant, Winona Ryder, Ă  mes yeux, lui vole la vedette. Elle domine silencieusement une galerie de patientes attachantes et bouleversantes, chacune enfermĂ©e dans son dĂ©sarroi moral, parfois jusqu’aux limites du suicidaire.

Winona connaissait d’ailleurs intimement la fragilitĂ© racontĂ©e ici, ayant elle-mĂŞme sĂ©journĂ© brièvement en hĂ´pital psychiatrique après sa rupture avec Johnny Depp en 1993. Elle dĂ©gage une aura rassurante, un regard noir sans hostilitĂ©, un naturel sensuel, trouble et fragile, mais dĂ©terminĂ© Ă  vaincre ses dĂ©mons. Face Ă  la brutalitĂ© gratuite de Lisa, elle cherche un sens Ă  sa vie, Ă  travers une Ă©volution morale gagnĂ©e par l’amitiĂ© fĂ©minine, le besoin d’aimer et d’ĂŞtre aimĂ©e, d’ĂŞtre comprise avec une sincĂ©ritĂ© bouleversante. Sa prĂ©sence fluette illumine le rĂ©cit d’une empathie douce, presque chuchotĂ©e. Elle est belle, divine, elle dĂ©ambule discrètement sans projecteurs. 
 

Refusant de singer les grandes œuvres sur la folie institutionnelle, James Mangold choisit la pathologie dépressive et la cohésion féminine comme cœur battant de son film. Il en tire une fragile humanité, une sensibilité parfois écorchée vive, que ses comédiennes explorent avec une vérité dépouillée qui force le respect.

Un très beau portrait psychologique, donc, que ce Girl, Interrupted, transcendĂ© par ses talents fĂ©minins et par une Winona Ryder irradiant l’Ă©cran clinique d’une pudeur rĂ©servĂ©e, chargĂ©e d’une chaude intensitĂ©. Et ce final d’adieux, illustrĂ© avec une tendresse distanciĂ©e, fait chavirer les Ă©motions sans la moindre programmation.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

jeudi 4 décembre 2025

La Belle et le Clochard / Lady and the Tramp de Hamilton Luske, Clyde Geronimi et Wilfred Jackson. 1955. U.S.A. 1h16.

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
"Le charme indestructible de la première ère Disney."

Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu La Belle et le Clochard enfant ou adolescent. Mais le dĂ©couvrir aujourd’hui, pour la première fois, soixante-dix ans après sa crĂ©ation, me confirme Ă  quel point les premiers Disney possĂ©daient une alchimie féérique inoxydable. 

Une magnifique romance canine imprĂ©gnĂ©e d’un onirisme Ă  la fois candide, pittoresque et sombre - si j e me rĂ©fère par exemple au sort rĂ©servĂ© aux chiens de fourrière promis Ă  l’euthanasie - soutenue des chansons bienveillantes de Sonny Burke et Peggy Lee.
 
La Belle et le Clochard dĂ©ploie sa magie grâce Ă  l’expressivitĂ© Ă©mouvante de ses personnages, canins comme humains, d’une humanitĂ© presque dĂ©sarmante. ProfondĂ©ment attachant jusque dans ses seconds rĂ´les (les pizzaiolos serviables, inoubliables), le rĂ©cit initiatique magnifie le courage, l’amour, la libertĂ© de vivre et la fidĂ©litĂ© entre l’homme et l’animal avec un art consommĂ© de l’innocence la plus exaltante.
 

Visuellement splendide, comme toujours dans la première pĂ©riode Disney, La Belle et le Clochard gagne encore en classe et en sĂ©duction grâce au cinĂ©mascope utilisĂ© pour la première fois par le studio, accompagnĂ© d’un son stĂ©rĂ©o Ă  quatre voies. 
 
Bijou d’animation Ă  l’enchantement constant, traversĂ© d’une douce fantaisie tendre et badine, cette ode Ă  l'amour canin demeure l’un des cadeaux les plus gratifiants Ă  offrir Ă  la famille en cette pĂ©riode lumineuse de NoĂ«l.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
Vostf 
 
Sortie salles France: 23 Décembre 1955

Box Office France: 11 175 716 entrées (l'un des plus gros succès de l'animation chez Disney)

Alice / Neco z Alenky de Jan Svankmajer. 1988. Tchécoslovaquie. 1h26.

                         (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"Descente onirique : Alice, poison doux et vision baroque."

Attention : ovni inouĂŻ venu de TchĂ©coslovaquie. Alice est une expĂ©rience hors du commun, comme le proclame d’ailleurs le descriptif de notre blu-ray frenchi. Grand Prix du long mĂ©trage au Festival d’Annecy en 1989, cette oeuvre culte propose une variation très personnelle du roman de Lewis Carroll, mĂŞlant prise de vue rĂ©elle et stop-motion pour mieux nous immerger dans l’esprit onirique d’une fillette en Ă©veil existentiel dĂ©traquĂ©.

Parfois Ă  la lisière du bad trip - selon l’humeur du jour - et par moments irritant (surtout les 20 dernières minutes) tant ses idĂ©es dĂ©bridĂ©es surgissent brutalement, toutes les cinq secondes en mĂ©tronome affolĂ©, Alice est un vortex hallucinĂ© : aussi Ă©trange que cauchemardesque, aussi fĂ©erique que trouble. Une expĂ©rience capiteuse qui donne littĂ©ralement le tournis, perdue dans son incomprĂ©hension fantasmagorique, irrĂ©sistiblement attirante, vĂ©nĂ©neuse, ensorcelante… et profondĂ©ment dĂ©rangeante.


Sur ce point, mieux vaut prĂ©venir : le mĂ©trage n’est pas destinĂ© aux jeunes enfants - ni mĂŞme Ă  tous les adultes - tant ses visions animales animĂ©es image par image, baignĂ©es d’un baroque grinçant, patibulaire, peuvent heurter ou dĂ©stabiliser.

Mais ce rĂŞve Ă©veillĂ© qui mord insuffle un onirisme si Ă©trangement singulier, rythmĂ© d’une cadence infernale, qu’il oppose sans cesse fascination et inquiĂ©tude, dans un dĂ©paysement enfantin noyĂ© de surrĂ©alisme nonsensique et de mĂ©taphores charnelles. Unique au monde dans le paysage cinĂ©matographique, Alice est Ă  dĂ©couvrir d’urgence - Ă  condition d’y ĂŞtre prĂ©parĂ©, et d’avoir l’esprit clair, non plombĂ©, pour se laisser happer par cet imaginaire foisonnant issu d'un rĂŞve dĂ©rĂ©glĂ©. 
 
-- le cinéphile du cœur noir 🖤

mercredi 3 décembre 2025

Une fille nommée Loly Madonna / Lolly-Madonna XXX de Richard C. Sarafian. 1973. U.S.A. 1h45.

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"Lolly Madonna : la rage jaune des oubliés."
 
Il y a des films que l’on dĂ©couvre grâce Ă  une intuition, au grĂ© d’une circonstance gĂ©nĂ©reuse. Ĺ’uvre maudite s’il en est, invisible depuis des lustres malgrĂ© une rĂ©putation discrètement solide (notamment chez Jean-Baptiste Thoret dans Le CinĂ©ma amĂ©ricain des annĂ©es 1970), Une fille nommĂ©e Lolly Madonna est un choc thermique Ă  la distribution prestigieuse. On y croise Rod Steiger (Amityville, le Docteur Jivago), Robert Ryan (les 12 Salopards, La Horde sauvage), Jeff Bridges (The Big Lebowski, Starman), Scott Wilson (Les flics ne dorment pas la nuit), Ed Lauter (Cujo, Le Justicier de New York), Randy Quaid (Bande de flics, Midnight Express), Gary Busey (Point Break, Peur bleue), Paul Koslo (Une Bible et un fusil, La Porte du paradis). Des charismes creusĂ©s, fatiguĂ©s : de vĂ©ritables gueules, peu recommandables, inspirant une marginalitĂ© dĂ©sĹ“uvrĂ©e et solitaire dans leur hiĂ©rarchie dĂ©cervelĂ©e.

RĂ©alisĂ© en 1973 par Richard C. Sarafian (Point Limite ZĂ©ro, Le Convoi sauvage), Une fille nommĂ©e Lolly Madonna transpire les Seventies : un rĂ©alisme âpre, tributaire d’un western dĂ©senchantĂ© que le film expose dans une lumière presque jaunie et un parti pris escarpĂ©. Drame psychologique poisseux, dĂ©sespĂ©rĂ©, mĂ©lancolique et violemment rĂ©gressif, ces deux portraits de familles se disputant un bout de terrain dans un no man’s land rural nous entraĂ®nent vers une descente aux enfers oĂą les coups les plus viciĂ©s et les plus couards culminent en un bain de sang paroxystique.
 
 
Dans un climat de dĂ©rĂ©liction pesant, Ă©touffĂ© sous un soleil Ă©crasant, Lolly Madonna devient une Ă©preuve de force que le spectateur subit malgrĂ© lui, dĂ©sarmĂ© devant ces deux clans prĂŞts Ă  tout, notamment lorsqu’ils s’arrachent l’appât d’une jeune Ă©trangère que l’un des fils aime en secret. D’une violence psychologique et physique profondĂ©ment Ă©prouvante (on peut notamment hĂ©las dĂ©plorer une certaine maltraitance animale), le film instille une nonchalance dĂ©pressive au fil d’un cheminement moral dĂ©gĂ©nĂ©ratif. Le spectateur redoute alors, avec une empathie involontaire, l’issue fataliste de ce conflit sordide orchestrĂ© par deux patriarches assoiffĂ©s d’orgueil, de revanche et de dignitĂ©, perdus dans leur ignorance brute.

Il en Ă©mane un morceau de cinĂ©ma maladif, Ă  l'agonie, habitĂ© par des rednecks livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, naufragĂ©s dans la violence primitive avec autant de regrets que de culpabilitĂ© enfouie. Un nĂ©o-western mortifère dont on ne sort pas indemne, qui persiste longtemps dans l’esprit par son intensitĂ© Ă©pineuse, dĂ©pressive, dĂ©nuĂ©e de toute illusion. Et c’est un film qu’il faut voir, absolument, ne serait-ce que pour sentir son souffle noir vous traverser.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

mardi 2 décembre 2025

Le Portrait de Dorian Gray / The Picture of Dorian Gray d'Albert Lewin. 1945. U.S.A. 1h50

                              (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

(Révision)
 
"La PutrĂ©faction de l’Ă‚me sous le Vernis de l’ÉternitĂ©."
 
Le Portrait de Dorian Gray demeure, Ă  mes yeux, un chef-d’Ĺ“uvre absolu du cinĂ©ma fantastique - injustement dĂ©laissĂ© ces dernières annĂ©es (dĂ©cennies ?) par les fantasticophiles. C’est un tort immense tant le film, aurĂ©olĂ© de l’Oscar de la meilleure photographie et du Golden Globe de la meilleure actrice pour Angela Lansbury, reste impermĂ©able Ă  l’Ă©preuve du temps, figĂ© dans une Ă©ternitĂ© glacĂ©e -(euphĂ©misme !), Ă  l’image de son protagoniste iconique.
 
 
Dorian Gray, incarnĂ© par un Hurd Hatfield d’une sidĂ©ration hypnotique, ange maudit au venin discret, avance le visage lisse et l’âme pĂ©trifiĂ©e avec un art consommĂ©. Sa prĂ©sence, rigide et spectrale, glace le sang de manière infiniment insidieuse et lancinante. Dandy altier lancĂ© Ă  toute vitesse dans une dĂ©bauche sans frein, il choisit la voluptĂ©, l’excès, la jouissance comme unique boussole, tandis que son portrait - reflet monstrueux de sa dĂ©crĂ©pitude morale - pourrit lentement, se dĂ©compose, se crevasse, vieillit dans une lèpre abjecte et rĂ©pugnante que le rĂ©alisateur amplifie en "couleurs". Une vision d’horreur pure qui dĂ©range lamentablement. 
 
Il faut louer la maĂ®trise magistrale de Albert Lewin : une rĂ©alisation pleine de tact, d’intelligence et de prĂ©cision, oĂą chaque dialogue, ciselĂ© comme une lame froide, dĂ©voile avec une cruautĂ© feutrĂ©e les consĂ©quences pitoyables d’un aristo corrompu, modelĂ© par les mauvaises influences, serviteur de sa propre hĂ©gĂ©monie. Une jeunesse Ă©ternelle, mais figĂ©e, inerte, morte ; une âme vidĂ©e de toute empathie, rĂ©duisant autrui, femmes surtout, Ă  de simples objets de distraction, dans un Ă©goĂŻsme orgueilleux qui refuse toute Ă©motion, tout attendrissement, toute limite.
 
 
Baignant dans un climat Ă©trange de douceur vĂ©nĂ©neuse et de froideur meurtrière, Le Portrait de Dorian Gray hypnotise du premier au dernier plan. Son argument fantastique, fascinant et terrifiant, frappe avec d’autant plus de force quand l’on contemple cette toile suppurante, rongĂ©e par la philosophie abominable du "tout pour soi", de l’individualitĂ© cannibale, de la consommation sans vergogne.
 
Une oeuvre rĂ©frigĂ©rante indispensable, brĂ»lante d’actualitĂ©, dans ce monde obsĂ©dĂ© par le paraĂ®tre au dĂ©triment du sentiment, de la considĂ©ration, de l’empathie, du respect, de l'amour. Un morceau de cinĂ©ma pictural qui dĂ©passe les frontières du genre avec une finesse de suggestion dialectique Ă  la fois plĂ©thorique et salutaire.
 
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
2èx. Vostf 
 
Budget : 3 500 000 de dollars
 
Le film est sorti en France en 1948, soit 3 ans après sa sortie Outre-atlantique. 

lundi 1 décembre 2025

La Veuve Couderc de Pierre Granier Deferre. 1971. France/Italie. 1h25.

                         (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"Les amants sous le regard des corbeaux."

Pour un premier visionnage (honte Ă  moi), La Veuve Couderc est une ode poignante Ă  la vie campagnarde, filmĂ©e avec une tendresse assassinĂ©e. Sous ses allures de chronique rurale presque documentĂ©e, le film se rĂ©vèle un mĂ©lodrame d’une cruautĂ© grave, fustigeant la jalousie, la rancune, l’ego et la vendetta de mĂ©tayers rongĂ©s par leur mĂ©diocritĂ© morale. Autour d’eux, le couple que l’on juge, que l’on Ă©pie, demeure pourtant plus humain, plus respectueux, malgrĂ© la tempĂŞte sentimentale qui les secoue lorsque Jean - qu’endosse Delon avec un naturel sĂ©ducteur et une Ă©lĂ©gance rare gravĂ©e sur ses traits - s’Ă©prend d’une jeune paysanne Ă  la rĂ©putation souillĂ©e.
 

Un peu ridĂ©e par ses Ă©preuves, Simone Signoret y livre un jeu bouleversant, criant de vĂ©ritĂ© dĂ©munie, brĂ»lĂ© d’un amour tu et secret, dont chaque silence invoque un dĂ©sespoir Ă  la fois maternel et conjugal. Sa douleur, retenue jusqu’Ă  l’Ă©tranglement, nous Ă©meut au plus profond sans crier gare. Et puis il y a la musique de Philippe Sarde, nappĂ©e de tendresse et de mĂ©lancolie, presque timorĂ©e, pour ne pas dire Ă©vanescente - comme un souffle suspendu au-dessus de ces ĂŞtres qui se dĂ©battent comme ils peuvent avec le destin.

Granier-Deferre excelle dans l’art du storytelling, magnifiant cette sombre histoire d’amour et de trio conjugal brisĂ© par la bassesse humaine que symbolisent les voisins de la veuve Couderc, figures d’une mĂ©chancetĂ© imbĂ©cile et sournoise. Superbement photographiĂ©e, la nature rurale transpire la vie - la tranquillitĂ© d’un monde rĂ©volu, en 1934 - et l’atmosphère de bien ĂŞtre nous enserre, tant il fait bon y demeurer auprès de ces amants Ă  l’expressivitĂ© vibrante.
 

Grand Prix du cinĂ©ma français en 1972, couronnĂ© par plus de deux millions de spectateurs en salles, La Veuve Couderc est une Ĺ“uvre magnifique qu’il serait temps de faire revivre, le cĹ“ur offert Ă  ceux que l’on aime. Et retrouver le couple Delon / Signoret Ă  l’Ă©cran - comme s’ils Ă©taient encore vivants, traversant le temps avec la mĂŞme intensitĂ© - libère une Ă©motion nostalgique qui imprègne tout le rĂ©cit, lui confĂ©rant une dimension cinĂ©matographique trouble et capiteuse, presque fragile.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤