vendredi 10 avril 2026
Un Eté 42 de Robert Mulligan. 1971. U.S.A. 1h44.
mardi 7 avril 2026
Un très mauvais pressentiment / Something Very Bad Is Going to Happen. 2026. U.S.A. Créé par Haley Z. Boston.
Hier soir, j’ai refermé les pages d'Un très mauvais pressentiment.
Huit épisodes. Ou plutôt un film découpé en 8 parties.
Une traversée cérébrale de rude haleine en forme de contamination.
Petit détail qui tâche ! J’ai dévoré les six derniers épisodes en une seule journée.
Ca c'est pour confirmer que cette mini-série inouïe possède cette alchimie rare : celui d’agripper le spectateur à la gorge pour ne plus jamais le relâcher.
Puis vient l’épisode quatre. Et là - basculement !
La série renverse la table, redistribue toutes les cartes, et nous entraîne dans une descente aux enfers psychologique, suffocante, vertigineuse (euphémisme), quasiment dénuée de bouée de sauvetage. Ce que l’on croyait peut-être maîtriser nous échappe. Ce que l’on pensait comprendre se dérobe. En fait, on n'avait rien compris à ce qui se trame.
Je le dis déjà, à mes yeux, Un très mauvais pressentiment est un événement télévisuel - sinon l’un des événements de 2026.
Car en terme d’originalité narrative, il sera difficile, voire impossible, de rivaliser avec un scénario aussi vénéneux, aussi insidieux, aussi dérangeant, aussi jubilatoire surtout dans sa capacité à nous surprendre incessamment jusqu'à l'ultime seconde. C'est d'une richesse cinématographique infinie.
Et surtout, la série déploie une galerie de personnages fascinants, ambigus, insaisissables, volontairement grotesques, pédants parfois ou ridicules. Personne n’est fiable. Personne ne semble innocent.
Et surtout - personne n’est totalement compréhensible. Anti-manichéiste au possible.
Les comédiens, tous sans exception, livrent des performances transies, presque possédées par les liens du mariage.
Mais il faut saluer en particulier ce duo d’amants maudits, déchiré, fragile, traversé par des émotions oh combien contradictoires : contrariété, dépression, anxiété, désespoir… et pourtant, dans un ultime sursaut, une forme d’optimisme désespéré. Leur humanité fissurée atteint une intensité poignante au fil du temps. Camila Morrone et Adam DiMarco crèvent l'écran pour marquer de leur empreinte charnelle un duo marital à marquer au fer rouge.
Sur le plan technique, la série impressionne tout autant par son ambiance envoûtante à la fois stylisée et organique.
La réalisation maîtrise chaque cadre, chaque silence, chaque respiration (rien n'est laissé au hasard), pour installer une atmosphère d’inquiétude permanente, tantôt sous-jacente, tantôt tangible. Une angoisse qui suinte de l’image elle-même, peu de le dire.
Et puis il y a cet ultime épisode. Anthologique.
Un coup de fer blanc dans la chair du spectateur bouche bée.
Une tension à la limite de l'insoutenable, un peu comme pu l'être le final de Seven, toutes proportions gardées.
Les créateurs - associés aux frères Duffer (les producteurs derrière Stranger Things) - vont au bout de leur concept littéralement cintré sans la moindre concession. Pas de confort. Aucune échappatoire. Juste une plongée frontale dans l’abîme en roue libre.
Ce qui rend la série si singulière, c’est sa capacité à muter dès le 4è épisode. Elle commence donc comme un thriller domestique irrésistiblement étrange et inquiétant (Lynch hante les lieux)
…pour se transformer en une expérience horrifique totalement délirante, hallucinée, où l’humour noir en pagaille - vitriolé - se mêle à une terreur sourde traversée d'éclaboussures de sang lacrymales.
Et c’est dans cette collision des tons que naît le vertige de nos sens maltraités.
Le spectateur oscille sans cesse entre fascination et malaise, attiré autant qu’il est repoussé, pris dans un vortex émotionnel dont il ne maîtrise plus rien. Les personnages, volontairement imparfaits, dysfonctionnels, deviennent les miroirs déformés d’une conjugalité en ruine.
Car au fond, la série est aussi une énorme satire.
Une farce noire sur la fiabilité du couple.
Une dissection du mariage, dans ce qu’il a de plus fragile, de plus hypocrite, de plus destructeur.
Et pourtant, au cœur de ce chaos, l’émotion subsiste. Lente. Insidieuse. Comme un venin qui s’infiltre dans le sang en intraveineuse.
Le final nous fait traverser toutes les strates émotionnelles possibles, sans offrir de consolation (ou alors si peu).
Un véritable train fantôme sensoriel, qui broie les certitudes et éventre les émotions.
Une œuvre exhaustive. Radicale. Inoubliable. Le couple Camila Morrone / Adam DiMarco est déjà une icône de l'horreur conjugale comme le fut Carrie ou encore le sublime La Mariée Sanglante de Vicente Aranda.
Si Un très mauvais pressentiment ne devient pas une référence télévisuelle, alors je ne comprends plus rien à cet art.
samedi 4 avril 2026
Dark Places
Outre une intrigue criminelle savamment agencée et portée par un suspense latent d’une efficacité redoutable, le film nous immerge dans un climat trouble où se mêlent satanisme et déviances sexuelles. Le tout est porté par des comédiens irréprochables, avec en tête une Charlize Theron remarquable, à la fois torturée, flegmatique et hantée par les zones d’ombre de son passé.
Grâce à de nombreux flashbacks habilement distillés, le réalisateur ne nous perd jamais, malgré la nature vénéneuse de son intrigue. L’alternance entre les années 80 et les années 2010 installe un climat malsain, quasi étouffant. Mais jamais démonstratif ni complaisant, même si certaines séquences - notamment un carnage final particulièrement estomaquant, ou encore une scène d’abattage animal - marquent durablement les esprits.
Le film se montre plus fin, plus subtil dans sa démarche, en retardant toute explosion spectaculaire au profit d’une exploration psychologique de personnages terriblement ambigus. Car ici, la frontière entre le bien et le mal se révèle d’une minceur troublante, au sein d’une famille dysfonctionnelle rongée par ses secrets et ses fréquentations douteuses. Mais chut, je n’en dirai pas plus.
vendredi 3 avril 2026
Dolly de Rod Blackhurst. 2025. 1h23. U.S.A.
Parce que Dolly est de ces petites surprises horrifiques qui surgissent de nulle part. Comme celle de l'époque des VHS quand on louait le film d'horreur du Samedi soir sans être déçu de son contenu parfois mineur.
Un film modeste géré par Rod Blackhurst - pas tout à fait un débutant (un 1er film puis un court: Babydoll transformé aujourd'hui en long), mais ici clairement en train d’affirmer une identité respectueuse. Car une identité nourrie de pellicule, de chair, et d’un amour viscéral pour les péloches crasseuses des années 70, de Massacre à la tronçonneuse que tout le monde rapproche aux séries B grindhouse et video nasty les plus oubliées.
Oui le scénario est une coquille vide. Et ce n’est pas un problème je trouve. Pourquoi ? Parce que Dolly ne se raconte pas - il se ressent. C'est une expérience émotionnelle, sensorielle. Viscérale.
Tourné en 16 mm, le film arbore une texture granuleuse, presque organique. La forêt inquiétante devient un piège photogénique, la demeure baroque un espace envoûtant, et chaque plan semble suinter quelque chose de sale, de malsain et de beau.
Les couleurs saturées, les éclairages tout à fait soignés, tout participe à créer une chaude ambiance poisseuse, dérangeante, profondément immersive auquel on se laisse facilement aguicher.
On ne regarde pas Dolly. On s’y enfonce doucement par attirance.
Et dans cette expérience sensorielle, les acteurs - pourtant méconnus - surprennent par leur désir de convaincre. On croit à leur détresse, à leur fatigue, à leur douleur physique et morale. Une souffrance qui ne triche pas. Car le film ne fait pas semblant.
La violence est là, crue, graphique, crasseuse. Les effets artisanaux, charnels, frappent par leur crédibilité : c’est viscéral, parfois franchement dégueulasse, et efficace. Une brutalité qui renoue avec une époque où l’horreur passait par la matière, par le corps, par la blessure visible, sans rougir de honte.
Alors oui, tout n’est pas parfait. Bien au contraire.
Les situations sont même souvent éculées (jeu de cache-cache incessant, tueur increvable). Certains comportements frôlent le grotesque (notamment ce final avec le garde forestier complètement à l'ouest). Mais étrangement, ces maladresses deviennent des qualités. Elles participent à l'essence de la bisserie, à ce charme désuet, à cette sensation de film bricolé avec passion, façonné à la main, avec amour. Un cinéma clairement imparfait… donc profondément vivant.
Et puis il y a cette tueuse. Une fois n'est pas coutume.
Une présence troublante, à la fois enfantine et dérangeante, évoluant dans un univers de poupées de porcelaine qui évoque un conte de fées malade, déformé, presque putréfié. Une figure qui fascine autant qu’elle met mal à l’aise, comme sortie d’un imaginaire brisé génialement horrifiant. D'autant plus que l'on ne sait pas grand chose sur son passé, ce qui amplifie l'aura de mystère qui l'entoure.
En à peine 1h17, Dolly ne prétend donc jamais être plus qu’il n’est.
Mais il le fait avec sincérité. Un tout petit métrage, oui, assurément.
Mais un p'tit film qui respire, qui suinte, qui marque, qui séduit irrémédiablement.
Et au fond, c’est peut-être ça le plus important. Participer plaisamment à l'expérience en se détachant sagement de notre morne réalité.
Je ne regrette pas de m’être perdu dans ce petit bois des ténèbres.
Et j’y retournerai avec plaisir - masochiste.
mardi 31 mars 2026
L'Ouragan de la Vengeance / Ride in the Whirlwind de Monte Hellman. 1966. U.S.A. 1h22.
Ici, la frontière entre le bien et le mal se dissout, lorsque trois hommes vont se retrouver accusés à tort d’un braquage de diligence. Dès lors, le mal ne naît pas d’un choix, mais d’un concours de circonstances. Et cela suffit à condamner.
Le prologue sec, presque documentaire, est établi du point de vue des véritables gangsters, que Monte Hellman installe sans emphase, avant que les bons et les méchants ne fassent plus qu'un lors de leurs rencontres aléatoires.
Cette violence n’est pas spectaculaire : elle est moche, radicale, elle est froide.
Dans cet univers aride, désertique, où la loi du plus fort semble régner, le film raconte surtout les ravages d’une justice aveugle, mécanique de l'ordre, incapable de discerner l’innocence. Et c’est là que L’ouragan de la vengeance devient plus moderne que les autres: il ne parle pas de héros, mais d’hommes ordinaires broyés.
Le film devient alors un jeu de miroirs troublant, une confrontation psychologique comme si chacun luttait contre ce qu’il est en train de devenir.
Et dans cette dérive, Jack Nicholson et Cameron Mitchell portent le film avec une belle intensité. Leur humanité vacille, résiste, puis s’effrite - dans une ambiguïté constante entre dignité, réserve et instinct de survie.
L’ouragan de la vengeance est un western personnel, presque austère, qui dissèque les fêlures humaines avec une sécheresse poignante quelque part. Un film profondément intime où l’humanisme subsiste, fragile, au bord de l’effondrement.
Et puis il y a cette lumière… Ces décors naturels splendides...
Ces plaines infinies, sublimées par une photographie aux teintes poussiéreuses, sépia, qui enveloppe le film d’une chaleur étouffante, comme si le monde lui-même participait à l’écrasement des hommes.
Un western âpre, contemplatif, d’une modernité saisissante pour 1966.
Une œuvre nonchalante à redécouvrir, absolument.
lundi 30 mars 2026
Les Bidasses en Folie de Claude Zidi. 1971. France. 1h24.
dimanche 29 mars 2026
Le Coup du Parapluie de Gérard Oury. 1980. France. 1h35.
Car ici, le burlesque se mêle à une véritable cavalcade rocambolesque, sous une facture semi-parodique des films d’espionnage et de tueurs à gages. Une mécanique ludique, si badine et innocente, qui détourne les codes sans jamais les broyer.
À la revoyure (on en est quand même au 5è visionnage), une évidence s’impose : le film dégage une énergie galvanisante, portée par un Pierre Richard absolument dingo, comédien de seconde zone propulsé dans une intrigue criminelle qui le dépasse - un rôle de méchant convoité qui se transforme en cauchemar bien réel pour rire, avec de véritables tueurs à ses trousses.
Oury exploite alors la mise en abyme avec une jubilation contagieuse : le film que nous regardons devient l’aventure même que traverse le personnage en temps réel, une fiction hallucinée qui se confond avec le réel dans un vertige comique parfaitement orchestré. Et dans ce tourbillon, la présence lumineuse de Valérie Mairesse apporte un contrepoint primesautier, presque tendre aussi, redoutablement sexy mine de rien.
Le duo n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, puisqu’on les retrouvait déjà la même année dans C'est pas moi, c'est lui, aux côtés de Aldo Maccione.
Mais ici, tout semble poussé à son paroxysme de la déconnade la plus folingue dans une forme épanouissante de bienveillance détournée par le rire le plus électron libre.
Le rythme est effréné au possible - aucune césure, aucun temps mort, les gags s’enchaînent avec une inventivité folle - tant visuelle que gestuelle, presque chorégraphique au sens littéral. Et de mémoire de cinéphile, rarement Pierre Richard n’aura été aussi extravagant, aussi décomplexé, aussi délicieusement déjanté. Coureur de jupons maladroit mais inépuisable, acteur raté croyant dur comme fer à son potentiel torve, il traverse le film avec une vitalité quasi indécente, une joie de vivre expansive qui contamine chaque plan.
Puis vient cette dernière demi-heure, où la comédie bascule vers le pur cinéma d’aventure : poursuites, chaos musical (merci Vladimir !) dans une piscine digne de la Party de Blake Edwards, cascades - une séquence automobile remarquablement exécutée par Rémi Julienne, qui témoigne du sens du spectacle cher de Oury.
Au fond, Le Coup du parapluie remplit son contrat avec une aisance insolente : celui d’un divertissement populaire total, mené tambour battant par un trio inspiré - Oury, Richard, Mairesse - sans oublier un Gérard Jugnot d’une spontanéité naïve désarmante en ami trahi.
Un film dans le film, libre, débridé, presque inconscient de sa propre folie cinématographique.
Et en le revoyant aujourd’hui, une pensée s’impose, douce-amère comme souvent: celle d’une époque - les années 70-80 - où la comédie populaire savait encore conjuguer audace, efficacité et générosité. Une époque révolue, ou presque… si l’on excepte, çà et là, quelques éclats contemporains, comme ceux portés par la bande à Philippe Lacheau ou à Toledano / Nakache.
Merci Gérard, dieu de la comédie aventureuse sans complexe (quel joie de vivre bordel, en temps réel !)- et désormais irremplaçable.
samedi 28 mars 2026
Joshua de George Ratliff. 2007. U.S.A. 1h43.
Je ne m’attendais pas à un métrage d’une telle tenue. Ratliff orchestre ici une lente désagrégation, une perte progressive de toute emprise, à travers un drame familial d’un malaise profondément diffus. Rien n’est frontal. Tout est d’abord larvé, presque imperceptible (on observe sans vraiment s'inquiéter), avant de s’infiltrer, de contaminer chaque recoin du récit, jusqu’à faire basculer l’ensemble dans une progression dramatique de plus en plus étouffante, poisseuse, irrémédiable. Et la prouesse, c'est qu'on ne voit rien arriver tant l'hypocrisie y est souveraine.
Et au cœur de ce malaise : l’enfant.
Jacob Kogan incarne un Joshua d’une froideur indicible. Un visage fermé, un regard vide, presque minéral qui tente parfois d'amadouer avec timidité. Une présence monolithique, opaque, qui ne cherche pas à séduire (en dépit de rares occasions), ni même à effrayer frontalement. Il est là, simplement, il observe puis s'efface, constamment. Et c’est précisément cette neutralité qui met toujours plus mal à l'aise. Plus le récit avance, plus son inertie semble menaçante, jusqu’à faire naître une véritable répulsion qu'on a honte de s'avouer. À côté de lui, les figures enfantines maléfiques du cinéma - à l'instar d'une certaine Esther beaucoup plus rebelle et reconnue - paraissent presque démonstratives.
Mais Joshua ne serait rien sans l’effondrement progressif de ses parents. Sam Rockwell et Vera Farmiga livrent des performances d’un naturel désarmant, capturant avec une justesse troublante la dérive d’un couple à l'agonie, impuissant face à une menace qu’il ne parvient ni à nommer, ni à contenir, ni à invectiver. Ratliff filme cette chute avec une cruauté feutrée, transformant peu à peu le foyer en un espace exigu de suffocation morale qui déteint sur nous.
Joshua est de ces films intelligents où l’horreur véritable ne réside pas dans le spectaculaire, mais dans ce qui ronge, dans ce qui s’installe, dans ce qui ne se voit pas immédiatement, dans ce qui se trame dans l'ombre.
Thriller domestique, drame psychologique, horreur intime, fantastique mystique (en relation avec les momies aztèques !) - peu importe l’étiquette. Cette série B s’impose comme une œuvre mature, maîtrisée, vraiment dérangeante quand on est face à une menace infantile intouchable.
Sitges - Catalonian International Film Festival 2007 :
Best Actor : Sam Rockwell,
Special Mention : George Ratliff
Sundance Film Festival 2007 : Cinematography Award
mercredi 25 mars 2026
Nell de Michael Apted. 1994. 1h51. U.S.A.

dimanche 22 mars 2026
Les Bidasses s'en vont en guerre de Claude Zidi.
Et pourtant… c’est précisément là que réside son charme. Dans cette ultra bêtise revendiquée, dans cette mécanique du rire qui ne cherche jamais à être fine, mais qui avance à un rythme infernal, comme un moteur lancé à pleine vitesse sans se soucier de la direction. On navigue à vue. Les situations s’enchaînent avec une spontanéité désarmante, et les Charlots, fidèles à eux-mêmes, injectent une énergie brute, instinctive, qui finit rapidement par emporter l’adhésion.
Comédie franchouillarde jusqu’au bout des ongles, le film devient peu à peu une sorte de rêve éveillé, un délire continu où le rocambolesque flirte avec l’abracadabrantesque sans jamais s’excuser d’exister. C’est d'une idiotie atypique, c'est souvent lourd, parfois même épuisant par son rythme dégénéré… mais étrangement irrésistible par sa dinguerie nonsensique, et le fait que tous ces personnages lunaire existent à l'écran avec une foi incontrôlable.
Il faut le voir pour le croire.





































