1969: La Vénus en Fourrure, 1972: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? 1973: Piège pour un tueur, 1974, Innocence et désir, La Lame Infernale, 1975: Emilie, l'enfant des Ténèbres, 1976: Section de choc
Avertissement ! Il est préférable de lire cette chronique après avoir vu le film, son thème central est un indice capital pour la révélation de l'intrigue.
En 1972, Massimo Dallamano frappe un grand coup dans le paysage du giallo avec l'un de ses titres les plus emblématiques : Mais… qu'avez-vous fait à Solange ?
Réalisé à l'orée des années 70, le film ose aborder le tabou de l'avortement sous couvert d'un thriller aussi vénéneux que pervers. Le pitch annonce déjà la couleur d'une infidélité transgressive lorsqu'un professeur, Enrico Rosseni (Fabio Testi et son élégance virile), entretient depuis quelque temps une liaison extraconjugale avec l'une des élèves mineures de son école catholique.
Par un idyllique dimanche après-midi, alors que le couple roucoule dans la campagne, sa compagne assiste à un meurtre crapuleux : celui d'une étudiante assassinée d'un coup de couteau dans l'entrejambe. Quelques jours plus tard, hantée par ses cauchemars, elle parvient à distinguer l'apparence peu commune du tueur, vêtu d'une soutane de curé. Alors qu'un autre crime vient d'être perpétré, Enrico décide de mener seul son enquête. Mais les soupçons se portent rapidement sur lui depuis qu'il a égaré un stylo sur les lieux du premier homicide.
Thriller séminal comme seuls les Italiens en ont le secret, Mais… qu'avez-vous fait à Solange ? joue la carte du suspense et du mystère avec une efficacité implacable. Sa construction affûtée alterne meurtres sordides - dont une impressionnante noyade dans une baignoire filmée en vue subjective - et érotisme naturaliste, notamment lors d'une scène où un groupe de jeunes filles dévoile sa nudité sous les douches de l'école, tandis qu'un voyeur les épie. Le récit avance avec une précision métronome. Outre le caractère captivant de l'enquête menée par notre héros, l'intérêt réside également dans l'énigme que recèle le titre du film et dans la question de l'existence même de Solange.
Si le film distille un parfum malsain plutôt dérangeant, c'est aussi en raison du climat de culpabilité qui entoure ces lycéennes et leurs expériences sexuelles, qu'il s'agisse de relations entre filles ou de rencontres collectives. Leur désir d'émancipation se heurte à une morale répressive qui condamne leurs aspirations les plus intimes, tandis qu'un voile meurtrier les traque sans relâche, les frappant d'un coup de couteau dans l'entrejambe au nom d'une sinistre volonté punitive.
Émaillé de fausses pistes, d'indices minutieux - comme celui d'une certaine virginité identitaire ou des têtes d'épingles que certaines filles préservent - et peuplé de personnages interlopes, le film dévoile finalement une sordide histoire de traumatisme lié à l'avortement. Bien que l'on devine assez facilement l'identité du tueur dans la dernière partie, le suspense poursuit sa trajectoire lorsqu'il s'agit de lever le voile sur le douloureux passé de Solange - incarnée par une Camille Keaton habitée par un silence supplicié - mais aussi de comprendre les motivations du meurtrier et sa logique punitive.
Bercé par la mélodie timorée d'Ennio Morricone, restée dans toutes les mémoires, et mis en scène avec le soin esthétique propre aux cinéastes transalpins, Mais… qu'avez-vous fait à Solange ? dégage un trouble parfum de soufre, de pudeur et de perversité. Dallamano filme ses sublimes Italiennes avec une grâce singulière et cultive un onirisme morbide, notamment lorsque le premier homicide se dévoile en plein jour, sous un rayon de soleil bucolique. Derrière cette élégance formelle affleure une réflexion sombre sur la culpabilité, la répression sexuelle et le poids d'un catholicisme rigoriste réfractaire à l'avortement. En Italie, celui-ci ne sera légalisé qu'en 1978, quelques années après le tournage du film.
— Celui du cœur noir des images 🖤




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