vendredi 7 août 2020

Magic

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Attenborough. 1978. U.S.A. 1h47. Avec Anthony Hopkins, Ann-Margret, Burgess Meredith, Ed Lauter, E.J André, Jerry Houser, David Ogden Stiers, Lillian Randolph, Joe Lowry, Bob Hackman, Mary Munday.

Sortie U.S: Novembre 1978

FILMOGRAPHIERichard Attenborough, né Richard Samuel, baron Attenborough, le 29 Août 1923 à Cambridge est un acteur, producteur et réalisateur britannique. 1969: Ah Dieu ! que la guerre est jolie. 1972: Les Griffes du Lion. 1977: Un Pont trop loin. 1978: Magic. 1982: Gandhi. 1985: A Chorus Line. 1987: Le Cri de la Liberté. 1992: Chaplin. 1993: Les Ombres du coeur. 1996: Un Temps pour l'amour. 1999: Grey Owl. 2006: War and Destiny. 2007: Closing the Ring.


D'après le scĂ©nario de William Goldman (tirĂ© de sa propre nouvelle), Magic est l'unique long-mĂ©trage de l'illustre Richard Attenborough. DominĂ© par la rĂ©vĂ©lation Anthony Hopkins littĂ©ralement transi d'Ă©moi en ventriloque erratique, ce drame psychologique transplantĂ© dans le cadre du thriller horrifique traite avec ambiguĂŻtĂ© d'un cas de schizophrĂ©nie Ă  travers le duo formĂ© par celui-ci et sa marionnette. Le pitchCorky est un illusionniste novice, introverti et timorĂ©, ayant peine Ă  rencontrer le succès dans les bars qu'il frĂ©quente. Jusqu'au jour oĂą il dĂ©cide de s'Ă©pauler d'une marionnette pour interprĂ©ter le rĂ´le de ventriloque face Ă  un public galvanisĂ©. En pleine ascension populaire, il dĂ©cide malgrĂ© tout de fuir un moment les projecteurs pour s'Ă©clipser dans une contrĂ©e bucolique par peur de la cĂ©lĂ©britĂ©. Mais Corky est atteint d'une grave pathologie le poussant Ă   commettre l'irrĂ©parable Ă  travers l'esprit de sa marionnette
.

Avec pudeur, sobriĂ©tĂ© et rĂ©alisme oh combien vigoureux, Magic y autopsie le portrait torturĂ© d'un saltimbanque Ă  l'orĂ©e d'une riche carrière mais compromis par les arcanes du dĂ©doublement de personnalitĂ© sous l'impulsion tyrannique de son pantin de bois. Ainsi, Ă  travers les provocations sarcastiques de ce dernier prĂ©nommĂ© Fats, Corky se laissera peu Ă  peu influencer puis asservir par son autoritĂ© aussi dĂ©sinvolte que dĂ©moniale. ProfondĂ©ment solitaire et introverti depuis sa tendre enfance, Corky y endosse un ĂŞtre refoulĂ©, paniquĂ© Ă  l'idĂ©e d'Ă©chouer, Ă  l'instar de son antĂ©cĂ©dente idylle de jeunesse discrĂ©ditĂ©e par sa timiditĂ©. Ainsi, en osant se convertir Ă  la cĂ©lĂ©britĂ© pailletĂ©e, cet intermittent s'accoutre d'une marionnette pour pouvoir transcender sa crainte de l'Ă©chec. Mais sitĂ´t le succès amorcĂ©, il dĂ©cidera de s'Ă©clipser vers sa contrĂ©e natale le temps d'une rĂ©flexion. Par cette mĂŞme occasion placide, il tentera de renouer les liens avec son amour de jeunesse. Mais son producteur suspicieux de son instabilitĂ© Ă  y refuser un examen mĂ©dical entreprend de lui rendre visite. A ce titre, la sĂ©quence auquel celui-ci lui propose de le mesurer Ă  une Ă©preuve de force temporelle (dans la mesure d'efforcer Corky Ă  ne pas s'exprimer par l'entremise de Fats 5 minutes durant) constitue un morceau d'anthologie terriblement sensoriel et Ă©prouvant ! Au prĂ©alable, on peut d'ailleurs aussi citer Ă  travers son intensitĂ© dramatique scrupuleuse l'expĂ©rience tĂ©lĂ©pathique du jeu de cartes entamĂ© entre Corky et Peggy !


Fort d'une narration aussi cruelle que nihiliste, Richard Attenborough nous oppose donc le cas pathologique d'un homme de spectacle dĂ©libĂ©rĂ© Ă  rencontrer le succès après avoir subi les brimades d'un public Ă©goĂŻste ne tablant que sur leur plaisir personnel pour y savourer un spectacle de choix. TranscendĂ© de la force d'expression dĂ©pressive d'Anthony Hopkins dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lateur de son talent factuel, Magic nous transcende son profil bicĂ©phale par le biais de son double rancunier avide d'autonomie dĂ©complexĂ©e (la nature contradictoire de Corky donc plongĂ© dans l'autisme). De par son climat Ă  la fois trouble et feutrĂ©, exacerbĂ© du huis-clos bucolique d'un chalet que le trio d'amants trouve refuge pour se dĂ©mĂŞler de leur conflit amoureux, Magic alimente une anxiĂ©tĂ© davantage redoutĂ©e auprès de ses exactions aussi perfides que pernicieuses. Ainsi donc, Ă  travers le dĂ©clin pathologique de Corky tyrannisĂ© par son double malĂ©fique, Magic emprunte le cheminement du  drame psychologique Ă  la fois fragile et arbitraire auprès de la tragĂ©die qui se dessine lentement devant nos yeux. AccompagnĂ© du thème langoureux de Jerry Goldsmith, le rĂ©alisateur insiste sobrement sur la dĂ©tresse humaine de sa victime compromise par un choix cornĂ©lien. Tant et si bien qu'Ă  travers sa romance enfin concrĂ©tisĂ©e avec Peggy après 15 ans d'attente, on ne peut s'empĂŞcher d'y Ă©prouver une terrible empathie pour l'impossible romance d'un artiste Ă  la sensibilitĂ© beaucoup trop nĂ©vralgique.


Huis-clos intimiste Ă  la fois trouble et contraignant, Magic constitue une poignante tragĂ©die humaine Ă  travers une rĂ©flexion sur l'ambition et l'apprĂ©hension d'approcher la fioriture de la cĂ©lĂ©britĂ©. Et ce tout en Ă©gratignant en filigrane l'Ă©litisme du show-business et son public orgueilleux toujours plus avide de virtuositĂ©. Il y dĂ©coule un chef-d'oeuvre funèbre de par son climat aigre Ă  la lisière du fantastique car y semant le doute quand Ă  la vĂ©ritable identitĂ© de Fats. Pantin articulĂ© de vie par le biais de son crĂ©ateur ou vĂ©ritable entitĂ© malĂ©fique douĂ©e de vie grâce Ă  son auteur ? SublimĂ© de l'interprĂ©tation fĂ©brile d'Anthony Hopkins en Ă©moi versatile, Magic envoĂ»te et Ă©meut en y provoquant dĂ©sarroi, confusion et oppression avec une intelligence rare pour la facture surnaturelle de sa thĂ©matique de la "poupĂ©e diabolique". 

*Bruno
07.08.20. 5è
17.01.11. 

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