dimanche 16 août 2020

The King of Staten Island

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Judd Apatow. 2020. U.S.A. 2h17. Avec Pete Davidson, Bel Powley, Ricky Velez, Lou Wilson, Moises Arias, Marisa Tomei, Maude Apatow.

Sortie salles France: 22 Juillet 2020

FILMOGRAPHIEJudd Apatow est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain, nĂ© le 6 dĂ©cembre 1967 Ă  Syosset (New York). 2001: North Hollywood (TV Movie). 2007: En cloque, mode d'emploi. 2005: 40 ans, toujours puceau. 2009: Funny People. 2012: 40 ans mode d'emploi. 2015: Crazy Amy.


ComĂ©die Ă  la fois tendre et drĂ´le Ă  travers le portrait d'un jeune adulte de 24 ans piquant sa crise de nerf lorsque sa mère roucoule avec un nouveau prĂ©tendant depuis la disparition de son père mort en service lors d'un incendie; The King of Staten Island est arc en ciel de fraĂ®cheur et d'Ă©motions (bipolaires) en dĂ©pit de la gravitĂ© du sujet (faisant Ă©cho en filigrane aux attentats du 11 Septembre). Le climat hybride, aussi bien explosif que dĂ©tendu, alternant avec une surprenante fluiditĂ© le politiquement incorrect, les dĂ©compressions morales de la banalitĂ© quotidienne et les actions altruistes. Entre prises de drogue douce (Scott et ses potes tatouĂ©s fument du matin au soir), soirĂ©es cinĂ© d'exploitation Ă©maillĂ©es de sĂ©ries TV (en mode Game of Throne svp !), leçon nĂ©ophyte de baby-sitting, cambriolage en herbe, combats de boxe improvisĂ©s en plein resto et pĂ©dagogie professionnelle (tant pour la passion du tatouage que Scott cultive tout le long de son cheminement que de l'hĂ©roĂŻsme des soldats du feu depuis une Ă©viction familiale !). Le rĂ©alisateur en profite d'ailleurs de rendre hommage Ă  la bravoure des pompiers lors d'un stage impromptu que Scott tĂ©moignera avec Ă©motion forte. Mais c'est autour des thèmes majeurs de l'acceptation du deuil et de l'absence paternelle que Judd Apatow fait Ă©voluer son rĂ©cit de par son talent de narrateur aussi bien gĂ©nĂ©reux qu'inventif lorsqu'il s'agit de relancer l'action dans des directions toujours imprĂ©visibles.


C'est dire le plaisir procurĂ© face Ă  cette moisson de scĂ©nettes de mĂ©nage d'un humour caustique (tant familiales et amicales que sentimentales) car soufflant le chaud et le froid quant aux confrontations tempĂ©tueuses des personnages se dĂ©battant autour de Scott afin de l'extirper de sa torpeur. Outre l'incroyable fantaisie des dialogues incisifs constamment jouissifs, The King of Staten Island est saturĂ© d'un scĂ©nario charpentĂ© pour rendre compte de l'Ă©tat moral du jeune hĂ©ros Ă  la fois paumĂ© et insouciant depuis la disparition d'un père qu'il a connu jusqu'Ă  l'âge de 7 ans. Cette absence inconsolable pesant inconsciemment sur ses frĂŞles Ă©paules au point de lui freiner toute ambition sociale, professionnelle et sentimentale. Scott dĂ©ambulant au ralenti (tel un zombie junkie) Ă  se cloĂ®trer dans les jupes de sa mère davantage prĂ©occupĂ©e pour son avenir en suspens. Mais pour autant pĂ©tri d'humanitĂ© tacite dans son dĂ©sir timorĂ© de s'ouvrir aux autres avec une impayable maladresse, Scott finira donc par y semer amour, courage, pardon, confiance et reconnaissance de par son initiation de s'Ă©veiller aux autres grâce aux leçons de vie que son entourage lui instille le plus naturellement. Et ce entre flegme et pulsions colĂ©riques (avec un brin de rancune), et vice-versa. De par la sobre expansivitĂ© des acteurs dĂ©bordants de vitalitĂ© et de sĂ©millance Ă  travers leur optimisme mais aussi leur dĂ©couragement subsidiaire, Judd Apatow y extrait une galerie de nobles personnages rĂ©solument authentiques dans leur esprit foisonnant de communication, de partage, de soutien et de cohĂ©sion Ă  mettre en pratique les bienfaits de l'ambition et des valeurs familiales.


Splendide comĂ©die fringante Ă©maillĂ©e de fragments de sensibilitĂ© et de tendresse, The King of Staten Island est une merveille d'Ă©criture d'y composer sous l'alibi d'un humour fructueux les prĂ©occupations morales de la peur de soi et de grandir face Ă  la tare d'une absence paternelle pĂ©niblement gĂ©rable. Y Ă©mane du vrai cinĂ©ma mature au sens "noble" qui plus est renforcĂ© de protagonistes superbement dessinĂ©s dans leur humanisme aussi bien vulnĂ©rable que pugnace. Un hymne Ă  la vie et Ă  l'amour en somme que nous procure Ă  bras ouvert son auteur confirmĂ©. 

*Bruno

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