vendredi 25 février 2011

F

de Johannes Roberts. 2010. Angleterre. 1H19. Avec David Schofield, Eliza Bennett, Ruth Gemmell, Juliet Aubrey, Emma Cleasby, Finlay Robertson.


(avis subjectif d'un puriste amateur)


Sorti en Angleterre le 17 Septembre 2010.

FILMOGRAPHIE: Johannes Roberts est un réalisateur et scénariste anglais né le 24 Mai 1975 à Cambridge, en Angleterre.
Son dernier film, F, a été acclamé par la critique anglaise.

  • F (2010)
  • When Evil Calls (2007)
  • Forest of the Damned (2005)
  • Darkhunters (2004)
  • Hellbreeder (2003)
  • Sanitarium (2001)


F est une petite production anglaise qui traite de l'insĂ©curitĂ© et la montĂ©e de la violence dans le milieu scolaire sous la forme tendue d'un slasher oppressant au dĂ©nouement dĂ©routant qui en laissera plus d'un sur les lauriers  !

Le film serait tiré d'évènements réels.

Robert Anderson est un professeur cinquantenaire peu autoritaire, ce qui lui vaut d'ĂŞtre la brimade de ses Ă©lèves de classe. Un jour, parce qu'il a attribuĂ© un F Ă  l'un de ses Ă©lèves (la pire note infligĂ©e en Angleterre), celui-ci se rebiffe subitement en l'agressant violemment Ă  la tĂŞte.
Pour la directrice du lycée, cette agression d'un élève envers son professeur ne vaut pas un recours en justice alors que les parents d'élève estiment que l'adolescent s'était de prime abord senti dépité et rabaissé à cause de la mauvaise note appliquée pour son médiocre travail scolaire.
11 mois plus tard, Robert Anderson reprend les cours dans une classe au climat toujours aussi insolent et arrogant.
Le soir mĂŞme, alors que quelques personnes sont encore dans les locaux de l'Ă©tablissement, une bande de jeunes cagoulĂ©s font irruption pour dĂ©cimer sans raison les individus pris en otage contre leur grĂ©.




A travers une structure horrifique entièrement vouée à une terreur psychologique sous-jacente et un suspense lattent remarquablement entretenu plutôt que l'armada d'effets chocs outranciers, le réalisateur britannique souhaite dresser avant tout un constat d'échec sur les rapports davantage conflictuels et tendancieux entre les adultes et leur progéniture. Et plus particulièrement ici les difficiles relations humaines d'enseignement pour un professeur déférent envers l'élève lambda.
Le dĂ©but du film sobre et probant Ă©tablit avec rĂ©alisme lucide une Ă©tude psychologique sur le portrait d'un professeur de lycĂ©e, (David Schofield, remarquable de prĂ©sence bilieuse dans une composition flegme et anĂ©mique !) Ă©reintĂ© et anxieux de l'attitude hostile ou apathique de ses Ă©lèves de classe.
Suite à un incident majeur porté en sa disgrâce par une violence physique gratuite, la trame introductive se soumet aux responsabilités injustifiées d'un acte aussi brutal compromis dans la banalisation de l'agressivité.
Alors que la hiĂ©rarchie scolaire imbue de son autoritĂ© tendra Ă  dĂ©fendre l'Ă©lève lĂ©gitimĂ© par les parents d'Ă©lève plutĂ´t que de compatir vers le professeur brimĂ©, accusĂ© d'avoir offensĂ© cet Ă©tudiant par un blâme jugĂ© moralement trop rĂ©pressif et rĂ©prĂ©hensible.

C'est le poids de la culpabilitĂ©, les remords implicites, l'Ă©chec personnel de l'Ă©ducation inculquĂ©e, la quĂŞte de vĂ©ritĂ© et de la justice dissoute dans une fumisterie faussement humanitaire qui sont dĂ©peints en premier lieu vers la personnalitĂ© dĂ©shonorĂ©e d'un homme esseulĂ©, dĂ©motivĂ©, abandonnĂ© par tous. MĂŞme par sa propre famille auquel sa fille, Ă©lève de ce mĂŞme lycĂ©e, accorde la moindre affection ou une Ă©ventuelle empathie pour son paternel davantage introverti. Surtout sachant que ce dernier s'est furtivement exilĂ© dans sa solitude gangrĂ©nĂ©e par la dĂ©pendance alcoolique.

Mais l'heure des règlements de compte va subitement faire voler en Ă©clat ses conflits de gĂ©nĂ©ration ! Que ce soit par l'acte destucteur de sombres individus cagoulĂ©s dĂ©nuĂ©s d'identitĂ© et de motivation que par le professeur dĂ©nigrĂ© qui va dĂ©sespĂ©rĂ©ment tenter de sauver sa fille retenue prisonnière en sa prĂ©sence Ă  l'intĂ©rieur de son Ă©tablissement.



Toute la narration nous invite alors Ă  un suspense implacable dont la tension habilement entretenue va s'accroitre au fur et Ă  mesure de l'amoncellement abrupt des Ă©vènements meurtriers ultra violents, dĂ©cris sobrement sans complaisance, mĂŞme si la rĂ©sultante de certains crimes restent visuellement impressionnants, horrifiantes dans les expressions dĂ©figurĂ©es (comme cette victime agonisante, rampant avec difficultĂ© sur le sol ensanglantĂ© et de s'apercevoir au final que sa machoire est dĂ©chiquetĂ©e !).
D'ailleurs, ici, les victimes embrigadĂ©es dans ce huis-clos obscur et clairsemĂ© pleurent et invoquent de manière dĂ©semparĂ©e la pitiĂ© avant de pĂ©rir de manière inexorable. Autant dire que l'âpretĂ© de la violence dĂ©crite ici avec beaucoup de rĂ©alisme et de fĂ©rocitĂ© impressionne d'autant plus que les meurtriers se rĂ©vèlent sans doute possible de simples dĂ©linquants juvĂ©niles dĂ©cimant leurs protagonistes par rancoeur vindicative, en s'adonnant librement au crime crapuleux sans fondement.
Avec un sujet aussi brulant, terriblement actuel, on pense inĂ©vitablement aux faits-divers improbables commis ces dernières annĂ©es par de jeunes Ă©tudiants comme la tristement cĂ©lèbre fusillade de Colombine aux Etas-Unis. On songe aussi au film culte prophĂ©tique de Stanley Kubrick avec Orange MĂ©canique , au dĂ©lirant Class 84 de Mark Lester ou plus rĂ©cemment au choc traumatique Eden Lake  et ce couple de promeneurs traquĂ©s par nos tĂŞtes blondes surexcitĂ©es Ă  la cause barbare !

Alors que la mise en scène consciencieusement maitrisée à utiliser habilement la gestion de l'espace des moindres recoins du lycée pourrait également évoquer le film Assaut de Carpenter (pour le climat soigné d'un huis-clos étouffant et ses nombreux oppresseurs assumés dans une violence jusqu'au boutiste). Le commissariat assiégé remplaçant ici cet établissement scolaire devenu une véritable prison labyrinthique auquel chacun des témoins tentera de survivre face à une menace quasi invisible du fait des déplacements mesquins, incessants et très furtifs des meurtriers encapuchonnés !
C'est une sensation tangible d'une angoisse perceptible qui suinte l'écran dans chacun des plans réalisés avec fluidité technique. Un sentiment d'insécurité omniprésent se répercute dans l'esprit du spectateur entrainé dans un cauchemar urbain terrifiant d'agressivité immorale.




ATTENTION SPOILER !!! (sans dévoiler de détails explicites)

L'incroyable final nihiliste engagé dans une prescience pessimiste s'applique dans un dilemme moral compromis au professeur définitivement torturé et injustement fustigé. Un dénouement radical, douloureusement cinglant dans sa tonalité déroutante. FIN DU SPOILER.
On quitte alors l'Ă©cran brutalement opaque dans un sentiment inĂ©quitable d'amertume et dans ce pessimisme moral d'apprĂ©hender l'avenir pour cette nouvelle gĂ©nĂ©ration d'adolescents dĂ©boussolĂ©s, sans doute davantage sevrĂ©s au phĂ©nomène de popularitĂ©, la starisation des mĂ©dias engagĂ©s dans une tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© faussant et creusant un peu plus chaque jour la part de vĂ©ritĂ© mise en exergue dans le simulacre et l'hypocrisie. Triste reflet d'une sociĂ©tĂ© de consommation manipulatrice engendrant le malaise grandissant de la masse populaire au profit de la criminalitĂ© urbaine.



LES REVOLTES DE L'AN 2000.
F. , titre interlope sommairement intitulĂ© est un slasher de haute volĂ©e qui sait utiliser ses clichĂ©s Ă  bon escient dans une mĂ©canique huilĂ©e d'une science du suspense haletant, ne relâchant pas d'une pression le spectateur captivĂ©, impliquĂ© dans un climat oppressant remarquablement entretenu par une rĂ©alisation agencĂ©e.
Loin des situations stĂ©rĂ©otypĂ©es banalement Ă©talĂ©es au profit de sĂ©quences chocs spectaculaires du slasher balisĂ© (on est loin des conventions rĂ©currentes de la mĂ©canique ludique des Urban Legend, souviens toi..., Meurtres Ă  la St-Valentin et consorts), F. tire sa force dans son climat rĂ©aliste brutal, dans son sujet actuel traitant de la banalisation de la violence chez les jeunes davantage repliĂ©s dans une moralitĂ© douteuse et expĂ©ditive. L'excellence de la sobre interprĂ©tation soumise Ă  des personnalitĂ©s sournoises et Ă  leur psychologie dĂ©taillĂ©e permet aussi d'accentuer, d'exacerber la vĂ©racitĂ© des faits dĂ©montrĂ©s avec vigueur et rigiditĂ©.
Un film d'horreur inquiĂ©tant qui fait froid dans le dos par son thème traitĂ© avec intelligence et refus de rĂ©demption par le biais d'une structure ludique, laissant finalement en point d'orgue acerbe une trace indĂ©lĂ©bile dans nos mĂ©ninges tourmentĂ©s.


NOTE: F a une double signification dans le film: c'est le bloc où a lieu tous les crimes, mais aussi la mauvaise note attribuée à un élève.

11.02.11.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire