samedi 26 février 2011

Angoisse / Anguish / Angustia

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site worldscinema.org

de Bigas Lunas. 1987. Espagne. 1h24. Zelda Rubinstein, Michael Lerner, Talia Paul, Ángel Jovè, Clara Pastor, Isabel García Lorca, Nat Baker, Edward Ledden, Gustavo Gili, Antonio Regueiro...

Date(s) de Sortie(s) :  France: 19 avril 1989  U.S.A: 08 janvier 1988

FILMOGRAPHIE: Juan José Bigas Luna est un réalisateur espagnol, né le 19 mars 1946 à Barcelone (Espagne). 1978 : TatuajeBilbao, 1979 : Caniche, 1981 : Reborn, 1985 : Kiu i els seus amics (série TV),1986 : Lola, 1987 : Angoisse (Angustia), 1990 : Las Edades de Lulú, 1992 : Jambon, jambon (Jamón, jamón),1993 : Huevos de oro, 1994 : La Teta y la luna, 1995 : Lumière et Compagnie, 1996 : Bámbola, 1997 : La Femme de chambre du Titanic, 1999 : Volavérunt, 2001 : Son de mar, 2006 : Yo soy la Juani.


Quand la fiction dépasse la réalité.
 
Passionnante réflexion sur le pouvoir hypnotique de l’image, sur la manipulation sensorielle du cinéma et sa capacité à ménager les émotions, Angoisse est aussi une magistrale expérience sur la confusion entre fiction et réalité, brouillant les repères du spectateur jusqu’à l’effacement.Il faut le voir pour le croire tant l'expérience demeure unique, et donc inégalée. 

Synopsis: Un ophtalmologiste vit reclus auprès de sa mère. Bientôt, John devient aveugle à cause d’un diabète dégénératif. Sa mère, qui exerce sur lui une emprise malsaine, use de ses dons télépathiques pour l’inciter à commettre des crimes vengeurs, en lui ordonnant d’extirper les yeux de ses victimes.


Rares sont les films d’horreur capables de nous insuffler un état anxiogène sensoriel, rares sont ceux qui nous font vivre une transe expérimentale. Quand bien même y découle ici une réflexion vertigineuse sur notre rapport affectif à l’image et sur notre faculté mentale à fusionner avec une fiction qui ronge les contours du réel.

Bigas Luna, plus inspiré que jamais, débute sa trame par le portrait d’un schizophrène myope, obsédé par les yeux, coexistant avec sa mère - formidable Zelda Rubinstein, magnétique, sensiblement patibulaire. Une sexagénaire possessive, douée d’hypnose et de télépathie.

À travers quelques images baroques (un escargot rampant sur un corbeau noir), ou franchement cauchemardesques (les relations équivoques mère/fils sous hypnose, et la série de meurtres qui s’ensuit), nous suivons la besogne de John, poussé à se venger de ceux qui l’ont humilié, en leur arrachant les yeux avant de les tuer.

Cette obsession destructrice - annihiler la vue chez l’autre - culmine lors d’un double meurtre commis chez un couple de bourgeois, provoquant un malaise diffus chez le spectateur, tant par le réalisme cru des situations que par des effets gores frontaux (orbites arrachées au scalpel).
Puis Angoisse lève subitement le voile. Mais chut…

Qui plus est, pour amplifier le malaise et l’angoisse rampante (terme oh combien idoine), Bigas Luna introduit à mi-parcours une séance d’hypnose commanditée par la mère de John. Cette altération de la conscience produit chez certains spectateurs un vertige palpable - surtout chez cette jeune fille terrifiée, accompagnée de son amie, impassible. Hors, et c'est là le coup de génie de Lunas - ce trip expérimental agit également sur nous (selon le degré de sensibilité de tout un chacun), comme si nous étions, à notre tour, soumis à l’influence de cette femme toute-puissante.


L'angoisse mentale de l’héroïne, au bord du marasme, déteint sur notre propre psyché, égarée dans un flou d’émotions. Et le pire est à craindre pour le sort des deux adolescentes harcelées par un tueur…

Dans cette seconde partie, terriblement claustrophobe, Bigas Luna enferme littéralement le spectateur dans une salle de cinéma, fusionnant deux récits parallèles en un jeu de miroirs manipulateur, qui entretient sans relâche la confusion entre réalité et fiction. Du génie à l'état pur j'vous dit. 

D’où cette réflexion troublante sur l’influence du 7e art sur les esprits vulnérables, et sur l’ambivalence du vrai et du faux que Bigas Luna manipule avec une maestria d’alchimiste jusqu'au génial coup de théâtre - nullement gratuit - contrairement aux apparences puisqu'il nous rappelle en toute simplicité ironique que tout est possible au cinéma.


Faux Semblant 
Porté par un scénario aussi retors que génialement original (il n'a pas usurpé son Prix au Rex), baigné dans une atmosphère schizo en chute libre où l'on se délecte à suivre 2 passionnantes intrigues en temps réel, Angoisse s’érige en film-piège, sommet d’épouvante sensorielle au réalisme perturbant.

Une pierre angulaire des années 80, à redécouvrir d’urgence - surtout pour ceux qui se sont égarés avec passion dans l’expérience Enter the Void de Gaspar Noé.

Hors ici, avec trois fois rien et sans la grandiloquence, Luna parvient à nous aspirer dans un dédale horrifique, aussi vertigineux que dérangeant.
Culte. Terrifiant. Hypnotique. 

Du coup j'ai omis de préciser qu'Angoisse est surtout profondément "angoissant", même au 6è visionnage !

— Celui du cœur noir des images 🖤
 14/07/26. 6èx
30.07.23. 5èx
24.01.11.
 
Récompenses: Prix très spécial, Prix de la critique, Prix du public, Prix du meilleur scénario au Festival du Rex à Paris en 1988.
Prix de la meilleure photo à Avoriaz 1988.
Corbeau d'Or à Bruxelles.
Prix Goya des meilleurs effets spéciaux, prix Sant Jordi du meilleur film.

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