"Battletruck/Warlords of the 21st Century" de Harley Cokliss. 1982. Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Michael Beck, Annie McEnroe, James Wainwright, Bruno Lawrence, John Bach, Randy Powell.
Sortie en salles en France le 2 janvier 1983
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Harley Cokliss est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 11 Février 1945 à San Diego (Californie). 1976: The Battle of Billy's Pond. 1977: Glitterball. 1979: That Summer. 1982: Le Camion de la mort. 1986: Sans Issue. 1987: Malone, un tueur en enfer. 1988: Dream Demon. 1994: Hercule et le royaume oublié (télé-film). 2000: Pilgrim. 2002: An angel for may (télé-film). 2010: Paris Connections
Un an après le phénomène Mad Max 2, une ribambelle d'ersatz au budget dérisoire proliféra chez nos voisins transalpins. Des séries Z souvent risibles, interprétées par des tacherons, quand bien même les affiches aguicheuses inspirées de l'univers de la bande dessinée tentaient d'en masquer la précarité. Pour autant, quelques nanars impayables sortirent du lot, si bien qu'ils continuent aujourd'hui encore de marquer les esprits nostalgiques de cette époque révolue, celle du bien nommé post-nuke. Les Guerriers du Bronx, Cherry 2000, Le Gladiateur du futur, mais surtout Le Guerrier de l'espace et 2019, après la chute de New York demeurent sans conteste les plus beaux fleurons du cinéma bisseux.
Mais en 1982, c'est au tour de la Nouvelle-Zélande d'apporter sa propre vision désenchantée d'un monde barbare avec une série B de samedi soir au budget un peu plus confortable, récompensée qui plus est par le Prix spécial du Jury au Festival d'Avoriaz. Une distinction qui laisse d'ailleurs songeur tant cette œuvre, aussi sympathique soit-elle, demeure finalement assez standard.
Le pitch : dans un futur post-apocalyptique, le colonel Straker sillonne les contrées désertiques des États-Unis à bord d'un gigantesque camion blindé en quête de carburant. À la tête d'une bande de hors-la-loi, il terrorise les rares survivants afin d'imposer sa domination. Mais un solitaire du nom de Hunter décide de contrecarrer ses ambitions en l'affrontant au guidon de sa moto futuriste..
Totalement occulté de nos jours après avoir déjà sombré dans l'oubli à la suite de son échec en salles, Le Camion de la Mort demeure une modeste mais très agréable série B qui se démarque de la simple zéderie grâce à ses comédiens à la trogne bonhomme (aussi cabotins soient les méchants), à son action sobrement spectaculaire et à sa mise en images plutôt envoûtante au cœur d'un no man's land aride.
Son intrigue convenue constitue une relecture champêtre de Mad Max, avec toutefois une différence de taille : ici, l'antagoniste mégalomane règne depuis son gigantesque camion blindé. Certes, le film ne possède ni l'ambition ni les cascades ébouriffantes du modèle australien, mais il compense largement par un convaincant climat de désolation où une poignée de survivants tente de préserver une existence précaire dans des bungalows de fortune.
La confrontation entre Michael Beck (Les Guerriers de la nuit) et James Wainwright (Un shérif à New York) parvient ainsi à maintenir l'intérêt jusqu'au générique final, notamment autour de l'enjeu que représente Corlie, jeune fugitive cherchant à échapper aux exactions de son propre père... Straker lui-même, comme nous l'apprend progressivement le récit. Annie McEnroe (Les Marais de la mort, La Main du cauchemar) incarne avec une sensibilité bienvenue cette héroïne en quête d'amour et d'un havre de paix.
Portée par une partition planante évoquant parfois les compositions de Tangerine Dream, l'ambiance post-apocalyptique du Camion de la Mort dégage un charme délicieusement désuet, sublimant ces vastes étendues désertiques baignées de soleil. À la manière d'un western moderne, le récit cultive les affrontements entre une communauté de survivants solidaires et le tyran Straker, multipliant péripéties, trahisons et règlements de comptes afin de déjouer un adversaire aussi lâche que cruel. Enfin, pour adoucir quelque peu ce climat belliqueux, une timide idylle se noue tout au long du périple entre Hunter et la fille de Straker, progressivement séduite par le motard... jamais à court de carburant !.
.Mené avec rythme et efficacement raconté, Le Camion de la Mort demeure un divertissement plein de charme dans sa volonté sincère d'aborder le genre post-apocalyptique avec les moyens du bord. Ce western futuriste, d'une simplicité désarmante - bien qu'il esquisse une réflexion sur la mégalomanie et célèbre les vertus de la solidarité - conserve un réel pouvoir de séduction grâce à son atmosphère et à l'efficacité de son récit, aussi prévisible soit-il. Reste que, de nos jours, il ne séduira probablement plus que les nostalgiques de l'âge d'or du post-nuke. Quant à son Prix spécial du Jury remporté à Avoriaz... cela demeure, pour ma part, une énigme toujours irrésolue.
— Celui du cœur noir des images 🖤
30.12.11. 386 v




merci
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