vendredi 4 octobre 2019

Midsommar

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ari Aster. 2019. U.S.A/Suède. 2h27. Avec Florence Pugh, Jack Reynor, William Jackson Harper, Will Poulter, Julia Ragnarsson, Anna Ă…ström.

Sortie salles France: 31 Juillet 2019 (Int - 12 ans avec avertissement)

FILMOGRAPHIE: Ari Aster est un réalisateur, acteur et scénariste américain. Hérédité est sa première réalisation. 2018: Hérédité. 2019: Midsommar.


Sortir de la projo d'un film aussi singulier que Midsommar et tenter de relater sur papier ses chaudes impressions relève d'une gageure tant le second long du surdouĂ© Ari Aster m'a laissĂ© en Ă©tat de choc, de stupeur, de perplexitĂ©, de doute, de fascination, d'irritation, de dĂ©sorientation, de malaise indicible, d'angoisse viscĂ©rale proche d'une drogue LSD. Un peu, beaucoup sonnĂ©, secouĂ©, dĂ©sarmĂ©, amer, transi de fatigue morale, de par son aura anxiogène davantage dĂ©pressive, Midsommar demeure une expĂ©rience hallucinogène autour des rites d'une communautĂ© paĂŻenne en harmonie/alchimie avec la nature et le sacrifice humain. Car Ă  partir d'un pitch prĂ©visible au schĂ©ma somme toute classique (durant leur villĂ©giature une bande de jeunes touristes joue les anthropologues au sein d'une communautĂ© hippie avant d'y ĂŞtre sĂ©questrĂ©s, quand bien mĂŞme la jeune fille qui les accompagne se remet difficilement de la mort de ses parents), Ari Aster plante lentement son dĂ©corum pour nous offrir une vraie proposition horrifique comme on en dĂ©niche rarement au sein du paysage cinĂ©matographique trop souvent formatĂ©. Si bien qu'Ă  travers son parti-pris fraĂ®chement documentĂ©, ce dernier s'efforce de capter, saisir, manipuler nos sens et nos Ă©motions sous l'impulsion d'une plĂ©thore d'images fĂ©eriques en contradiction avec les vĂ©ritables agissements de cette communautĂ© hĂ©rĂ©tique. Tant et si bien que son atmosphère malsaine, sous-jacente dans un premier temps, nous effleure subtilement les pores du visage afin de mieux nous Ă©branler ensuite vers sa progressive descente aux enfers dĂ©nuĂ©e de concession (et donc de happy-end).


Autant donc avertir les amateurs non initiĂ©s, Midsommar divisera et dĂ©concertera sans doute une partie du public peu habitĂ© Ă  ce genre d'expĂ©rience Ă  la fois trouble, Ă©trange, radicale, voire difficile d'accès selon les sensibilitĂ©s. Et mĂŞme si les fantasticophiles connaissent sur le bout des ongles le chef-d'oeuvre British de Robin Hardy, The Wicker Man auquel le film s'inspire sans JAMAIS le remaker, Midsommar parvient admirablement Ă  imposer sa propre personnalitĂ© auprès de son brio expĂ©rimental Ă  couper au rasoir ! Ainsi donc, en opposant les visions chocs de certaines scènes sanglantes ou autrement violentes parmi la prĂ©sence limpide d'une communautĂ© familiale accueillant ses hĂ´tes avec un flegme paisible, Midsommar imprime un tel rĂ©alisme Ă  l'Ă©cran naturaliste qu'il incommode le spectateur partagĂ© entre l'interrogation, l'inexpliquĂ©, le non-sens, la perplexitĂ©. Sa structure narrative cheminant autour des faits et gestes indĂ©cis de la vulnĂ©rable Dani en plein deuil parental et interrogation sentimentale, et donc facilement influençable (mais aussi terriblement expressive dans son malaise interne) pour se laisser voguer par cette communautĂ© sĂ©culaire sous l'impulsion de drogues psychĂ©dĂ©liques. Ari Aster jouant notamment Ă  merveille avec la distorsion d'images qu'il manipule Ă  sa guise tel un alchimiste de l'apocalypse afin de confronter le spectateur Ă  une angoisse aussi bien cĂ©rĂ©brale que viscĂ©rale, Ă  l'instar d'un bad trip que l'on ne parvient pas Ă  extraire en soi. Son climat florissant faussement tranquille ne cessant de nous titiller la curiositĂ© avec une amertume davantage craintive. Si bien que plus l'intrigue fĂ©tide progresse, plus le danger s'y fait explicite Ă  coup d'Ă©changes de regards, de cris et de silence communĂ©ment complices, et ce avant de nous commotionner avec une ultime reprĂ©sentation emphatique nous distillant des Ă©motions bipolaires.


CintrĂ©, incongru, primitif et dĂ©rangĂ© alors que son climat solaire de douce sĂ©rĂ©nitĂ© festoie autour de sourires frĂ©tillants, entre chants communautaires et danses paĂŻennes, Midsommar n'a comme ultime ambition que d'y distiller un malaise tangible auprès de l'apprĂ©hension du spectateur immergĂ© dans un cauchemar onirique d'une rigueur naturaliste eu Ă©gard de l'emprise sectaire jouant la fraternitĂ© avec un terrifiant aplomb commun. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette proposition horrifique venue d'ailleurs, Midsommar laisse dans une partie de notre encĂ©phale une moisson d'images chocs sublimement mises en scène, notamment de par son souci du dĂ©tail rituel opĂ©rĂ© en toute tranquillitĂ© au sein d'un Eden dĂ©monial. A revoir d'urgence pour en saisir toute sa substance faisandĂ©e si bien que j'en Ă©tais ce soir Ă  mon 2è Bad Trip autrement plus incommode, empoisonnant, asphyxiant. 

Pour public averti si bien qu'il faut y être peut-être préparé afin d'apprécier à sa juste valeur l'expérience horrifiante évacuée de fioriture.

*Bruno.
2èx. Vostfr. 4K

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