mercredi 2 juin 2021

Le Convoyeur

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nicolas Boukhrief. 2004. 1h35. Avec Albert Dupontel, Jean Dujardin, François Berléand, Claude Perron, Julien Boisselier, Gilles Gaston-Dreyfus.

Sortie salles France: 14 Avril 2004

FILMOGRAPHIE: Nicolas Boukhrief est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 4 juin 1963 Ă  Antibes. 1995 : Va mourire. 1998 : Le Plaisir (et ses petits tracas). 2003 : Le Convoyeur. 2008 : Cortex. 2009 : Gardiens de l'ordre. 2015 : Made in France. 2016 : La Confession. 2017 : Un ciel radieux (tĂ©lĂ©film). 2019 : Trois jours et une vie. 

Sorti discrètement en salles Ă  l'Ă©poque si je ne m'abuse, Le Convoyeur n'est point une partie de sĂ©ance ludique Ă  travers sa forme radicale d'y exploiter le film noir par le truchement d'une violence Ă  couper au rasoir. Car inexplicablement conseillĂ© pour tous publics (avec "avertissement pour le jeune spectateur" dixit le CNC !), Le Convoyeur se rapproche d'un Taxi Driver pour sa violence Ă  la fois vitriolĂ©e et tranchĂ©e atteignant son paroxysme lors d'un final apocalyptique littĂ©ralement affolant. Tant et si bien que les affrontements barbares et primitifs heurtent lourdement l'esprit du spectateur impliquĂ© dans une folie criminelle dĂ©nuĂ©e de dĂ©ontologie. C'est dire si Nicolas Boukhrief s'y entend pour Ă©branler son public immergĂ© dans un voyage au bout de l'enfer dĂ©nuĂ© d'illusion ou d'issue de secours. Le rĂ©cit, âpre, tendu, et quelque peu sarcastique auprès des convoyeurs dĂ©saxĂ©s, borderline ou dĂ©calĂ©s retraçant la vengeance dĂ©sespĂ©rĂ©e d'un père de famille endossant la fonction de convoyeur nĂ©ophyte afin de retrouver les responsables de la mort de son fils. Crevant littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  chacun de ses mouvements instables ou autrement placides; Albert Dupontel dĂ©livre peut-ĂŞtre le rĂ´le de sa vie en justicier suicidaire Ă  deux doigts de flirter avec la folie au fil de son cheminement moral noyĂ© de nostalgie paternelle. 

Poignant Ă  travers son humanisme torturĂ© et sa solitude irrĂ©vocable, l'acteur insuffle une force d'expression magnĂ©tique de par son regard monolithique hantĂ© de dĂ©chĂ©ance, de dĂ©shumanisation et de peur du vide. Fort d'une mise en scène chiadĂ©e, pour ne pas dire alambiquĂ©e (avec quelques figures gĂ©omĂ©triques), Nicolas Boukhrief ne cesse d'y soigner le cadre de l'action avec un amour immodĂ©rĂ© pour le travail stylisĂ©. Un cinĂ©ma parfois expĂ©rimental (les soirĂ©es techno vaporeuses dans l'enceinte de l'Ă©tablissement), parfois baroque, parfois rĂ©fĂ©rentiel comme le souligne le prologue, hommage Ă  RĂ©servoir Dogs avec ses discussions Ă©phĂ©mères tournant autour de la pop music et du rock. Mais si Le Convoyeur demeure aussi Ă©lectrisant que terriblement pessimiste, il le doit au vĂ©risme de sa rĂ©alisation tantĂ´t documentĂ©e (les attaques de fourgon blindĂ©es font froid dans le dos pour se rapprocher d'un cinĂ©ma vĂ©ritĂ©) et Ă  la prĂ©sence de ses comĂ©diens communĂ©ment impliquĂ©s dans des rĂ´les primaires de convoyeurs sur la corde raide. Nicolas Boukhrief les caractĂ©risant pour la plupart comme des alcoolos, fumeurs de joint et dĂ©pressifs afin d'encaisser leur profession smicarde dĂ©nuĂ©e de reconnaissance et de dignitĂ©. Un tableau dĂ©risoire donc que cette profession mal reconnue que le rĂ©alisateur entend bien dĂ©crier Ă  travers ses profils nĂ©vrosĂ©s au bord de la crise de nerf, voir du suicide pour les plus fragiles d'entre eux ravagĂ©s par leur solitude et leur prĂ©caritĂ© sociale. 


Le souffle de la tempĂŞte.
SĂ©rie B coup de poing aussi cinglante qu'hargneuse Ă  ne pas mettre entre toutes les mains, Le Convoyeur insuffle une intensitĂ© dramatique nĂ©crosĂ©e au fil d'une descente aux enfers aussi hypnotique que dĂ©rangeante. Les protagonistes, anti-manichĂ©ens, se livrant au jeu expĂ©ditif du gendarme et du voleur avec une dangereuse Ă©thique rĂ©actionnaire. A redĂ©couvrir d'urgence, Ă  l'heure oĂą son remake hollywoodien compromis par Guy Ritchie s'affiche sur les Ă©crans dans la trivialitĂ© des convenances et d'une violence racoleuse.  

*Bruno 
2èx

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