mardi 22 juin 2021

Blue Valentine

Photo empruntée sur Google, appartenant Facebook

de Derek Cianfrance. 2010. U.S.A. 1h54. Avec Ryan Gosling, Michelle Williams, Mike Vogel, John Doman, Jen Jones, Ben Shenkman

Sortie salles France: 15 Juin 2011

FILMOGRAPHIE Derek Cianfrance est un réalisateur et scénariste américain, né le 23 Janvier 1974.
1998: Brother Tied. 2010: Blue Valentine. 2012: The Place Beyond the Pines. 2016 : Une vie entre deux ocĂ©ans. 2020 : I Know This Much Is True (mini-sĂ©rie). 


"Les histoires d'amour finissent mal en général".
Sous les conseils d'une amie, il m'aura fallu plus de 10 ans d'hĂ©sitation Ă  dĂ©couvrir ce mĂ©lo pour des raisons perplexes qui m'Ă©chappent un peu aujourd'hui (en dĂ©pit de l'aspect bluette pour ados de l'affiche initiale). A l'arrivĂ©e, cet Ă©lectrochoc Ă©motionnel est probablement l'un des plus beaux et dĂ©chirants mĂ©los qu'il m'ait Ă©tĂ© donnĂ© de voir de par son intensitĂ© dramatique scrupuleusement instillĂ©e, son rĂ©alisme documentĂ© influencĂ© du cinĂ©ma vĂ©ritĂ© de Cassavettes et du jeu authentique des acteurs sidĂ©rants d'expression bipolaire si je me rĂ©fère aux flash-back interfĂ©rant aux phases du prĂ©sent pour Ă©tablir un parallèle entre leurs jours heureux et leur Ă©volution dĂ©clinante de couple Ă  la dĂ©rive. Ainsi, de par son pitch Ă©culĂ© souvent tributaire d'un cinĂ©ma mielleux tartinĂ© de spleen, de pathos ou de sinistrose, on pouvait craindre le pire de nous ressasser une Ă©nième rupture conjugale Ă  l'Ă©pilogue fatalement irrĂ©versible. A l'arrivĂ©e, on en ressort secouĂ©, vidĂ©, abattu, commotionnĂ© d'avoir assistĂ© en direct (c'est en tous cas l'impression ressentie au moment du visionnage) Ă  ce moment de cinĂ©ma clinique qu'immortalise Ryan Gosling (peut-ĂŞtre - ou sans doute - son meilleur rĂ´le Ă  l'Ă©cran Ă  travers sa nĂ©vralgie mise Ă  nu et sa prise de conscience qu'il se refuse d'adouber) / Michelle Williams (littĂ©ralement bouleversante en mère dĂ©munie habitĂ©e par le malaise, le dĂ©pression, la lassitude, la dĂ©rĂ©liction et la langueur mĂ©lancolique). Et sur ce point l'actrice dĂ©ploie une palette d'Ă©motions Ă  la fois fragiles et sensibles avec une mesure sentencieuse dĂ©nuĂ©e d'une once de complaisance. 


Quand bien mĂŞme Ă  d'autres moments plus jouasses (la sĂ©quence anthologique de la danse improvisĂ©e dans une ruelle urbaine), elle nous exprime une fougue candide doucement irrĂ©sistible en petite fille affectueuse gagnĂ©e par la sĂ©duction de son amant mĂ©lomane. Derek Cianfrance filmant ces ĂŞtes Ă©perdus de leur routine avec une extrĂŞme pudeur forçant le respect comme en tĂ©moigne nombre de sĂ©quences d'une banalitĂ© quotidienne vĂ©cue en stricte intimitĂ©. C'est bien simple, Blue Valentine s'Ă©rige en album souvenirs sous forme documentĂ©e (souvent filmĂ© camĂ©ra Ă  l'Ă©paule) afin de nous immerger dans  l'apprĂ©hension grandissante du couple en perdition que tout un chacun eut dĂ©jĂ  connu dans sa propre vie sentimentale. Ainsi donc, inĂ©vitablement, certaines sĂ©quences clefs (souvent imprimĂ©es de gros plans sur les visages aigres) nous remĂ©more nos propres souvenirs les plus Ă©pineux de par la vigueur de ces situations orageuses d'un couple en crise convergeant vers l'inĂ©luctable sĂ©paration. Et quelque soit les vĂ©ritables motifs de leur sĂ©paration que l'on peut thĂ©oriser Ă  travers la naissance prĂ©cipitĂ©e de l'enfant (avec dĂ©sir ravisĂ© d'avortement) et d'une tromperie en dĂ©but de liaison, l'intĂ©rĂŞt de Blue Valentine est d'y  souligner de la manière la plus fiable et scrupuleuse la douleur insurmontable qu'un couple endure pour un motif de routine après avoir connu la passion. Cette lassitude quotidienne que tout un chacun peut un jour engendrer lorsque le manque de communication s'y fait ressentir alors que le couple Ă©volue parfois vers des directions contradictoires (comme tel est le cas dans Blue Valentine) dans leur maturitĂ© et personnalitĂ© propre. 


Crève-coeur oecumĂ©nique.
A la fois beau et poĂ©tique (rien que le gĂ©nĂ©rique de fin, luminescent, est Ă  ne pas rater !), attendrissant et mĂ©lancolique, bouleversant et dĂ©chirant avec toujours cette juste mesure d'une Ă©motion Ă©perdument naturelle, Blue Valentine demeure un sommet de mĂ©lo que Ryan Gosling et Michelle Williams immortalisent de leur empreinte avec une vĂ©ritĂ© humaine sans ambages. Derek Cianfrance filmant prudemment ces amants infortunĂ©s (inscrits dans l'introversion) avec un parti-pris vĂ©riste parfois presque dĂ©rangeant quant Ă  l'acuitĂ© du climat docu vĂ©ritĂ©. Et si je peux me permettre de t'Ă©mettre un ultime conseil en m'adressant directement Ă  toi ami lecteur (et surtout lectrice !), ne rate pas Blue Valentine, tu ne l'oublieras jamais si tu es douĂ© d'une certaine sensibilitĂ©. 

Dédicace à Margotte Shoumi

*Bruno

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