lundi 17 juillet 2023

Morgiana

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Juraj Herz. 1972. TchĂ©coslovaquie. 1h41. Avec Iva JanĹľurová, Josef Abrhám, Nina Divíšková, Petr ÄŚepek, Josef Somr, Jiří Kodet.

Sortie salles Tchécoslovaquie: 1er Septembre 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Juraj Herz est un réalisateur, acteur et scénariste slovaque, né le 4 septembre 1934 à Kezmarok, en Tchécoslovaquie (actuellement en Slovaquie). 1968: l'Incinérateur de cadavres. 1972: Morgiana. 1978: La Belle et la Bête. 1979: Le 9è coeur. 1986: Galose stastia. 1996: Maigret tend un piège. Maigret et la tête d'un homme. 1997: Passage. 2009: T.M.A. 2010: Habermann.

MaĂ®tre du cinĂ©ma Tchèque Ă  qui l'on doit les grands classiques l'IncinĂ©rateur de Cadavres, le 9è Coeur et le splendide la Belle et la BĂŞteJuraj Herz n'en finit plus de nous surprendre avec Morgiana. Un thriller Ă  suspense mâtinĂ© de fantastique (en mode suggĂ©rĂ©), d'onirisme et de surrĂ©alisme avec l'Ă©trange sentiment de s'immerger dans un univers gothique sans Ă©gal. L'histoire obscure d'une rivalitĂ© entre 2 soeurs, Viktoria demeurant folle de jalousie auprès de Klara que la gente masculine ne cesse de courtiser. Or, un jour elle dĂ©cide de passer Ă  l'acte criminel en tentant de l'empoisonner. Mais rien ne se dĂ©roulera comme prĂ©vu. Et c'est ce qui fait le sel de ce rĂ©cit reptilien latent sublimĂ© du profil exĂ©crable d'une snobe criminelle imbibĂ©e d'hypocrisie alors que les rebondissements que l'on ne voient pas arriver nous dĂ©concertent en y dĂ©samorçant le surnaturel jusqu'Ă  l'Ă©pilogue teintĂ© de douce ironie. 

Les acteurs et actrices, tous mĂ©connus chez nous ayant une identitĂ© propre au point que le spectateur reste fascinĂ© pour leur comportement autre, leur façon un tantinet particulière de jouer et d'y donner la rĂ©plique, et par la manière dont le rĂ©alisateur use et abuse de gros plans, de cadrages agressifs de telle sorte de nous plonger dans une fantasmagorie singulière subtilement envoĂ»tante. Mais outre l'efficacitĂ© de son rĂ©cit machiavĂ©lique jouant sur le faux-semblant et la cruautĂ© morale, Morgiana est transcendĂ© de sa facture formelle faisant office de pur chef-d'oeuvre esthĂ©tisant (je pèse mes mots !). Tant auprès de sa splendide photo naturelle que de ces dĂ©cors verdoyants mais aussi cĂ´tiers que Juraj Herz filme amoureusement Ă  l'aide de cadrages alambiquĂ©s ne dĂ©bordant jamais (on peut mĂŞme parfois songer Ă  Picnic Ă  Hanging Rock pour le sens stylisĂ© de sa poĂ©sie lascive, pour son cadre champĂŞtre solaire, pour la tenue vestimentaire des gentes dames insouciantes, toutes proportions gardĂ©es). Enfin, la musique hĂ©tĂ©roclite de Luboš Fišer irrigue toute l'intrigue, entre grâce, mystère, sensualitĂ©, vrombissements, dissonance, Ă  l'instar de son autre chef-d'oeuvre bicĂ©phale La Belle et la BĂŞte.

A ne rater sous aucun prĂ©texte d'autant plus que cette oeuvre rare, infiniment Ă©lĂ©gante et prĂ©cieuse ne fut jamais distribuĂ©e au cinĂ©ma chez nous. 

*Bruno

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