lundi 31 octobre 2011

2019, Après la chute de New-York / 2019 - Dopo la caduta di New York / 2019, After the fall of New-York


de Sergio Martino. 1983. Italie. 1h36. Avec Michael Sopkiw, Valentine Monnier, Anna Kanakis, George Eastman, Roman Geer, Vincent Scalondro, Haruhiko Yamanouchi, Edmund Purdom, Louis Ecclesia.

Sortie salles France: 11 Janvier 1984. Italie: 22 Juillet 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


En 1981 dĂ©barquent en salle Mad Max 2 et New York 1997, deux Ĺ“uvres charnières de la science-fiction post-apo. Nos voisins transalpins s’empressent alors d’exploiter le filon, surenchĂ©rissant dans une frĂ©nĂ©sie homĂ©rique nourrie de bande dessinĂ©e et de western spaghetti. Deux ans après les modèles de Miller et Carpenter, Sergio Martino (auteur de quelques classiques tels Torso, La Queue du Scorpion, Mannaja ou Le Continent des Hommes-Poissons) livre sa version belliqueuse du post-nuke. D’autres cinĂ©astes, tout aussi cupides, dĂ©voilent Ă  leur tour des avatars Ă  maigre budget aussi improbables que Le Gladiateur du futur, Les Guerriers du Bronx ou Les Nouveaux Barbares, pour ne citer que les plus fameux.

Synopsis : En 2019, le monde est ravagĂ© par une apocalypse nuclĂ©aire, causant la stĂ©rilitĂ© des dernières femmes. Les Euraks, armĂ©e tĂ©mĂ©raire infiltrĂ©e dans les zones irradiĂ©es, traquent les rares survivants pour les Ă©tudier dans l’espoir de reproduire l’espèce humaine. ExilĂ© en Alaska, un prĂ©sident amĂ©ricain charge le mercenaire Parsifal de retrouver la dernière femme fertile. Celui-ci s’entoure de deux briscards aussi pugnaces que dĂ©glinguĂ©s pour mener Ă  bien cette mission-suicide au cĹ“ur des vestiges new-yorkais.


ÉrigĂ© sous le moule de la sĂ©rie Z (involontairement) pittoresque, faute de budget et d’acteurs chauvins Ă  la trogne risible, 2019, après la chute de New York peut sans conteste se targuer d’ĂŞtre le plus savoureux ersatz rital des classiques susnommĂ©s. Car grâce Ă  l’habiletĂ© d’un petit maĂ®tre du bis Ă  la carrière loin d’ĂŞtre nĂ©gligeable (Sergio, t'es pour moi un Dieu !), cette bisserie intrĂ©pide transcende ses flagrants dĂ©fauts par la fertilitĂ© d’une action pĂ©tulante (quel sens du montage !) et de pĂ©ripĂ©ties hautement colorĂ©es. Dans la posture gogo de hĂ©ros en mal de reconnaissance, le film puise son charme dans un dĂ©cor dĂ©charnĂ© de carton-pâte et via ses figures grotesques irrĂ©sistiblement attachantes : gueules irradiĂ©es, braconnier chinois adepte du fouet, homme-singe Ă  l’Ă©piderme boursouflĂ© (inĂ©narrable George Eastman en Sinbad dĂ©ficient), borgne humanoĂŻde au lasso mĂ©tallique, preux mercenaire prĂŞt au sacrifice, valeureux nabot s’Ă©ventrant par altruisme, ou encore esclave Ă©prise du cĹ“ur du hĂ©ros mad-maxien.


Dès le prĂ©ambule, une aura mĂ©lancolique plane sur l’horizon diaphane d’un New York azur, portĂ© par un air de trompette funèbre. Martino soigne son univers aride d’apocalypse, appuyĂ© par une voix-off monocorde exposant la situation radioactive avec gravitĂ©. Après une mĂ©morable course-poursuite façon auto-tamponneuse, menĂ©e par des gladiateurs motorisĂ©s, la trame s’aligne sur le canevas de New York 1997 : un hĂ©ros anarchiste, bellâtre et inexpressif, contraint d’accomplir une mission sous la houlette d’un chef d’État sournois.

Grâce Ă  la bonhomie de nos mercenaires, Ă  la fois rĂ©trogrades et extravagants (le nain sauteur Kirke est devenu, chez certains amateurs, une icĂ´ne impayable), Ă  l’action en roue libre inspirĂ©e de la BD destroy, et au dynamisme du montage, l’aventure dystopique dĂ©borde de gĂ©nĂ©rositĂ©. Chaque rencontre avec des belligĂ©rants en survie ouvre sur de nouveaux tableaux hallucinĂ©s. Quelques sĂ©quences gores, typiquement italiennes dans leur audace racoleuse, viennent animer les Ă©gouts new-yorkais d’une crasse rĂ©jouissante. Si cette Ă©popĂ©e Ă©chevelĂ©e s’avère si jubilatoire, c’est aussi grâce Ă  la drĂ´lerie (involontaire) de certaines rĂ©pliques prononcĂ©es avec un sĂ©rieux Ă  toute Ă©preuve.

Ajoutons Ă  cela une bande-son tapageuse : bruitages d’armes Ă  feu et de coups de poing tonitruants, typiques du cinĂ© rital, saturĂ©s par le score enlevĂ© des frères Guido et Maurizio De Angelis, qui dynamisent jusqu’Ă  l’Ă©puisement les confrontations belliqueuses.


Les nains aussi ont commencé petit !
Efficacement troussĂ© et nerveusement mis en scène sous le sceau d’une "pochette-surprise" narrative en pagaille, 2019... incarne le pur divertissement dĂ©complexĂ©. Un miracle de ringardise qui pallie ses moyens prĂ©caires par un savoir-faire aussi inspirĂ© qu’avisĂ©, et par l’attachante complicitĂ© de comĂ©diens cabotins se prĂŞtant au jeu avec une foi inĂ©branlable. Sans prĂ©tention (malgrĂ© ses Ă©lans de plagiat), loufoque, dĂ©bridĂ© et gĂ©nĂ©reux en portraits de marginaux dĂ©cadents, errant dans une scĂ©nographie rutilante (mention spĂ©ciale Ă  ses dĂ©cors urbains envoĂ»tants), 2019, après la chute de New York demeure le meilleur succĂ©danĂ© de Mad Max, portĂ© par une facture Z irrĂ©sistiblement latine. Et par je ne sais quel miracle, le film possède mĂŞme une âme et un coeur Ă  travers ses plages de tendresse Ă  la fois sensibles et envoĂ»tĂ©es. 

Reste une question improbable en guise de conclusion identitaire :
“Est-ce une faute grave d’ĂŞtre un nain ?!”

* Bruno
28.03.26. 8èx. VF. 01.01.19. 
31.10.11.

Sergio Martino

jeudi 27 octobre 2011

La Nuit des Masques / Halloween. Grand Prix de la Critique Ă  Avoriaz 1979.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Halloween" de John Carpenter. 1978. U.S.A. 1h31. Avec Donald Pleasance, Jamie Lee Curtis, Nancy Kyes, P.J. Soles, Charles Cyphers, Kyle Richards, Brian Andrews, John Michael Graham, Nancy Stephens, Arthur Malet.

Sortie salles France le 14 Mars 1979 (Int - 18 ans). U.S: 25 Octobre 1978.

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

 
"La GĂ©omĂ©trie de la peur". 
Après ses premiers essais Dark Star (1974) et Assaut (1976), le jeune rĂ©alisateur John Carpenter est sollicitĂ© par les producteurs indĂ©pendants Irwin Yablans et Moustapha Akkad pour dĂ©velopper un scĂ©nario centrĂ© sur un psychopathe s’en prenant Ă  des babysitters dans une petite bourgade amĂ©ricaine. D’abord intitulĂ© The Babysitter Murders, le script coĂ©crit par Carpenter et sa compagne de l’Ă©poque, Debra Hill, Ă©volue jusqu’Ă  fusionner avec la fĂŞte d’Halloween, pĂ©riode de la Toussaint oĂą se dĂ©roule l’action.

Avec un maigre budget de 325 000 dollars et un tournage express de 21 jours sous le soleil californien, Halloween s’impose comme un succès surprise, portĂ© par le bouche-Ă -oreille. Si la critique de l’Ă©poque se montre sĂ©vère avec ce modeste film d’horreur signĂ© par un quasi inconnu, Halloween finit par gĂ©nĂ©rer plus de 176 millions de dollars Ă  l’Ă©chelle mondiale (dont 47 millions aux États-Unis). Il devient le film indĂ©pendant le plus rentable de l’histoire du cinĂ©ma. En France, il n’attire que 283 934 spectateurs Ă  sa sortie. C’est avec le temps que ce chef-d’Ĺ“uvre indĂ©trĂ´nable gagnera ses lettres de noblesse.

Haddonfield, Illinois. 1963. Une nuit d’Halloween, alors que ses parents sont absents, le jeune Michael Myers poignarde sa sĹ“ur Judith. Quand ses parents rentrent, ils dĂ©couvrent leur fils figĂ© au seuil de la maison, vĂŞtu d’un costume, un couteau ensanglantĂ© Ă  la main. Quinze ans plus tard, toujours un soir d’Halloween, Michael s’Ă©chappe de l’asile psychiatrique oĂą il Ă©tait enfermĂ©, bien dĂ©cidĂ© Ă  revenir dans sa ville natale pour y perpĂ©trer de nouveaux crimes. Le docteur Loomis, hantĂ© par son patient, se rend Ă  Haddonfield pour tenter de l’arrĂŞter. Pendant ce temps, des babysitters se prĂ©parent pour la fĂŞte..

En 1978, Ă  l’aube d’une carrière encore balbutiante, John Carpenter (alors âgĂ© de 30 ans) rĂ©volutionne littĂ©ralement le cinĂ©ma d’horreur moderne, et transcende les codes naissants du slasher initiĂ© quatre ans plus tĂ´t par Black Christmas de Bob Clark. Avec presque rien — un script minimaliste, des acteurs inconnus (Ă  l’exception de Donald Pleasance), un budget rachitique —, Carpenter choisit de suggĂ©rer plutĂ´t que de montrer, d’Ă©voquer un tueur spectre, masquĂ©, qui joue Ă  cache-cache avec ses proies.

C’est dans cette simplicitĂ© que Halloween tire toute sa force anxiogène. Il impose une ambiance nocturne, hypnotique, oĂą la peur sourd de chaque ombre. La musique entĂŞtante, quasi permanente, Ă©pouse les tĂ©nèbres et fait de Michael Myers le maĂ®tre invisible des lieux. Sa silhouette Ă  peine dĂ©voilĂ©e, sa dĂ©marche raide, son masque inexpressif deviennent l’incarnation mĂŞme d’un mal silencieux. Il n’est plus un homme, mais une entitĂ© diffuse, capable de surgir dans n’importe quelle pièce de notre foyer supposĂ© sĂ»r.

Dans une banlieue paisible dĂ©sertĂ©e de parents, Carpenter construit un huis clos Ă©touffant autour de trois adolescentes lĂ©gères et insouciantes. Seule Laurie, ravissante et solitaire, adoptĂ©e par la famille Strode, veille sur deux enfants, entre ennui et soupirs. C’est aussi Ă  travers cette nuit d’Halloween, fĂŞte celtique dĂ©rivĂ©e des traditions britanniques, que se glisse le surnaturel : citrouilles sculptĂ©es, rituels enfantins, frissons du folklore. Michael Myers devient alors le croque-mitaine originel, ce monstre tapi dans l’ombre de nos terreurs enfantines — un fantĂ´me sans visage, au regard mort, mĂ©canique, impassible.

Mais l’ambition de Carpenter n’est pas de verser dans le gore, ni de multiplier les effets faciles. Halloween refuse l’esbroufe. Pas de gerbes de sang, pas de jump scares de pacotille. La peur naĂ®t ici d’un suspense diffus, lentement instillĂ©, d’une menace qui rĂ´de et prend son temps. L’effet meurtrier, tant redoutĂ©, est sans cesse diffĂ©rĂ©. Et quand il frappe, c’est sans crier gare — sec, brutal, sans fioriture.

Le casting, subtil, renforce cette tension : les jeunes actrices, loin des stéréotypes idiots, réagissent avec un naturel crédible, ce qui rend chaque péril plus palpable. Jamie Lee Curtis, encore inconnue, incarne Laurie avec une sobriété touchante, donnant chair à ses angoisses croissantes. Donald Pleasance, quant à lui, compose un Dr Loomis paranoïaque, maladroit, errant dans le quartier comme un détective à contre-temps, possédé par sa traque.


The Babysitter Murders
VoilĂ  ce que symbolise, au fond, l’horreur d’Halloween. Un chef-d’Ĺ“uvre du slasher sans artifice, forgĂ© pour Ă©veiller nos peurs archaĂŻques, celles de l’enfant terrĂ© dans le noir. Un film qui fait de la suggestion son arme absolue, et qui sublime ses limites budgĂ©taires par l’intelligence de sa mise en scène : gĂ©omĂ©trique, tendue, millimĂ©trĂ©e. Une leçon de tempo et d’efficacitĂ© qui grave pour toujours la silhouette spectrale de Michael Myers dans l’inconscient collectif. L’ombre du Boogeyman, Ă©ternelle, insaisissable.

*Bruno

Dédicace à Gérald Giacomini.
14.10.22
27.10.11


mercredi 26 octobre 2011

X Men, le Commencement / X Men: First class


de Matthew Vaughn. 2011. U.S.A. 2h11. Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Rose Byrne, Nicholas Hoult, Jennifer Lawrence, January Jones, Kevin Bacon, Zoe Kravitz, Oliver Platt, Jason Flemyng.

Sortie en salles en France le 01 Juin 2011. U.S: 03 Juin 2011

FILMOGRAPHIE: Matthew Vaughn est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 7 Mars 1971 à Londres.
2004: Layer Cake.
2007: Stardust, le mystère de l'Etoile
2010: Kick-Ass
2011: X Men: First Class


PrĂ©quelle de la trilogie des X Men après deux essais concluants concoctĂ©s par Brian Singer et un ratĂ© discrĂ©ditĂ© par Brett Ratner, Matthew Vaughn s'implique Ă  transcender les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby, juste après nous avoir prodiguĂ© un bain de jouvence dĂ©sinhibĂ© avec l'Ă©quipĂ©e subversive de Kick-AssCharles Xavier et Erik Lenshere sont des mutants douĂ©s de pouvoirs surhumains depuis leur plus jeune âge. Ils vont devoir s'allier avec d'autres individus tout aussi exceptionnels pour crĂ©er la ligue des X mens afin de s'opposer Ă  Sebastian Shaw, un mĂ©decin Ă©galement dotĂ© de pouvoirs paranormaux et leader d'un trio de mutants mais dĂ©libĂ©rĂ© Ă  provoquer une 3è guerre mondiale entre la Russie et les Etats-Unis Ă  l'aide de missiles nuclĂ©aires dissimulĂ©s Ă  Cuba. Une lutte sans merci s'engage entre les deux clans rivaux au pĂ©ril du devenir de l'humanitĂ©. 

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X men, le commencement débute sa trame de manière cafardeuse dans son atmosphère belliqueuse nous rappelant la triste époque de l'Allemagne nazie. Ce superbe préambule acerbe s'emploie à nous dépeindre de manière réaliste le profil déchu du jeune garçon Erick Lenshere, contraint par son pouvoir mental de déplacer une pièce de monnaie apposée sur un bureau, mais témoin de l'assassinat de sa mère décrété par l'ignoble Dr Schmidt, faute de n'avoir pu cristalliser devant ce tortionnaire son talent surnaturel. Cette séquence dramatique déployant de manière démonstrative et en guise vindicative les fameux pouvoirs octroyés à Erick nous immerge dans son esprit offensé par le deuil familial et sa capacité physique à annihiler la matière par la force d'une pensée uniquement furieuse.
C'est ensuite quelques annĂ©es plus tard, en 1962, que l'on retrouve notre hĂ©ros dans la peau d'un traqueur de nazi, plus dĂ©terminĂ© que jamais Ă  retrouver les traces de son meurtrier orgueilleux. Au mĂŞme moment, il va faire la rencontre du tĂ©lĂ©pathe Charles Xavier, dĂ©jĂ  affiliĂ© avec une jeune mutante du nom de Raven, rencontrĂ©e par effraction dans sa cuisine. Au fil de leur cheminement et de leur compromis, ils vont Ă©galement s'affilier avec de jeunes recrus douĂ©s de phĂ©nomènes tout aussi improbables pour faire face Ă  la coalition de Shaw et ses disciples arrogants. Des mutants engagĂ©s dans une Ă©thique nihiliste pour entamer l'avènement d'une troisième guerre mondiale par l'entremise de missiles nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©s entre les Etats-Unis et l'URSS. Leur cynique ambition est alors rĂ©solue Ă  dĂ©cimer la dĂ©mographie humaine pour devenir les maĂ®tres d'un nouveau monde Ă©rigĂ© par les Homo superior (nom scientifique des mutants dans l'univers des Marvel Comics).


Dans une mise en scène assidue d'une impressionnante virtuositĂ© technique et formelle pour l'Ă©laboration d'FX prodigieux et d'une architecture Ă©purĂ©e, Ă©maillĂ©e de dĂ©cors classieux, Matthew Vaughn rĂ©ussit personnellement Ă  s'approprier de l'univers des X men pour les renouveler dans une mise en forme adulte d'une tempĂ©rante conviction. En dehors d'une intrigue rondement menĂ©e ne laissant que peu de rĂ©pit au spectateur facilement immergĂ© dans l'aventure trĂ©pidante, sa rĂ©ussite prĂ©gnante et surtout privilĂ©giĂ©e par la densitĂ© humaine de ses protagonistes, superbement dessinĂ©s et Ă  la personnalitĂ© distincte parfois Ă©quivoque pour certains d'entre eux. Si tous les interprètes se rĂ©vèlent parfaitement probants dans leur prestance hĂ©roĂŻque dĂ©voilant communĂ©ment des pouvoirs surnaturels fascinants et singuliers (l'entrainement physique est un ludique exemple de leur persĂ©vĂ©rance tour Ă  tour dĂ©cuplĂ©e), l'importance substantielle des personnages clefs est largement exacerbĂ©e par deux acteurs remarquables au charisme dĂ©pouillĂ©. La prĂ©sence mature de James McAvoy dans celui de Xavier, leader tĂ©lĂ©pathe diplomate enrĂ´lĂ© dans une doctrine pacifiste et de Michael Fassbender, Erick, le vengeur inflexible dĂ©prĂ©ciĂ© par ses Ă©tats d'âmes rancuniers, davantage corrompu par sa devise meurtrière, participent pour beaucoup au caractère convaincant des enjeux encourus et Ă  leurs exactions coordonnĂ©es pour se mesurer face Ă  SĂ©bastian Shaw. C'est Kevin Bacon qui s'alloue d'endosser un ĂŞtre mĂ©galomane et opportuniste avide de pouvoir et notoriĂ©tĂ©. Il excelle dans son talent innĂ© Ă  composer un personnage dĂ©lĂ©tère dĂ©ployant ses funèbres ambitions grâce Ă  sa facultĂ© d'absorber sans vergogne l'Ă©nergie de ses antagonistes.


Sous ses travers de film d'action spectaculaire tributaire d'une narration remarquablement structurĂ©e en dĂ©ployant intelligemment quelques inventifs moments d'anthologie tous plus cinglants les uns que les autres, X men, le Commencement tend Ă  susciter une certaine rĂ©flexion sous le profil galvaudĂ© d'Erick. Sur sa rancune engagĂ©e dans la vengeance froide et la quĂŞte du pouvoir sournoisement influencĂ© vers l'alchimie du Mal. Sur la dualitĂ© universelle du choix inhĂ©rent de notre voie interne scindĂ©e entre le Bien et le Mal, Ă  l'image mĂ©taphorique du syndrome de Jekyll et HydePar le personnage de Henry McCoy / Le Fauve reniant ses origines et sa difformitĂ©, c'est aussi un message de tolĂ©rance pour le droit Ă  la diffĂ©rence et l'acceptation de soi, sur la facultĂ© de pouvoir refrĂ©ner ses doutes et ses craintes qui nous est illustrĂ© afin de mieux s'affirmer dans une sociĂ©tĂ© Ă©goĂŻste et conformiste. ScandĂ© de façon subtilement Ă©pique d'un score musical intense fignolĂ© par Henry Jackman, X men, le Commencement est un spectacle grandiose teintĂ© de lyrisme dans sa densitĂ© psychologique qui rend honneur et sacralise le mythe souverain du super-hĂ©ros rĂ©pudiĂ©. 

Dédicace à Luke Mars (spécialiste de l'esprit Marvel Comics. Voir ci-dessous).
http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/10/x-men-first-class-de-matthew-vaughn.html

26.10.11
Bruno Matéï


vendredi 21 octobre 2011

Territoires. Prix du Meilleur Thriller, BIFF 2010.


de Olivier Abbou. 2010. France/Canada. 1h35. Avec Roc LaFortune, Sean Devine, Nicole Leroux, Cristina Rosato, Michael Mando, Alex Weiner, Stephen Shellen, Tim Rozon.

Sortie en salles en France le 8 Juin 2011. 

FILMOGRAPHIE: Olivier Abbou est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 21 Mars 1973 Ă  Colmar. 1997: Un jour de plus. 1999: Clin d'oeil. 2000: Le Tombeur. 2003: Manon. 2007: Madame Hollywood (sĂ©rie TV). 2010: Territoires. 2011: Yes, we can ! (tĂ©lĂ©-film).

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"Pour moi, la vie c'est apprendre à mourir, c'est ce que la hache représente. Il faut savoir trancher les liens qui nous retiennent à la vie avant que la mort nous y oblige."
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RĂ©compensĂ© Ă  Bruxelles mais passĂ© inaperçu lors de sa discrète sortie en salles, le premier long-mĂ©trage du français Olivier Abbou est un Ă©lectro-choc comme on en endure rarement dans l'hexagone. Car effroyablement dĂ©rangeant, âpre et oppressant, cette descente aux enfers jusqu'au-boutiste stigmatise les pratiques barbares d'une AmĂ©rique paranoĂŻaque et xĂ©nophobe, adepte de la torture pour dĂ©prĂ©cier ses prĂ©sumĂ©s coupables du terrorisme post 11 Septembre. Le pitchAprès avoir assistĂ© Ă  un mariage familial au Canada, un groupe d'amis s'engage dans une route forestière des Etats-Unis pour rejoindre leur bercail. Au milieu d'un sentier, deux douaniers en service leur dĂ©crète de stopper leur vĂ©hicule pour prĂ©senter leur papier. Les cinq individus d'origine Ă©trangère sont rapidement accusĂ©s de terrorisme et vont vivre la plus cauchemardesque des situations faite d'humiliations et de sĂ©vices corporels. Au premier abord, Territoires a tout du traditionnel tortur'porn agencĂ© au survival lorsque cinq modestes citadins se retrouvent sĂ©questrĂ©s, humiliĂ©s et torturĂ©s par deux bouseux, anciens soldats de la guerre du Golfe ayant exercer des interrogatoires drastiques sur des prisonniers islamistes du camp de Guatanamo. Ce qui frappe d'emblĂ©e Ă  la vue de ce shocker très Ă©prouvant, c'est son rĂ©alisme insupportable Ă©manant de situations toutes plus humiliantes les unes que les autres, ainsi que la qualitĂ© indĂ©niable du casting tout en sobriĂ©tĂ©.
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En prime, pour une première rĂ©alisation, Olivier Abbou s'alloue d'une Ă©tonnante maĂ®trise technique de par le maniement d'une camĂ©ra plongĂ©e au coeur d'une forĂŞt clairsemĂ©e. La photographie dĂ©saturĂ©e et blafarde au grain prononcĂ© va Ă©galement alimenter son sentiment anxiogène et suffocant proche du malaise pour saisir le spectateur. De manière inspirĂ© et rigoureuse, le rĂ©alisateur illustre donc avec verdeur le calvaire quotidien d'une poignĂ©e d'innocents en situation de claustration. Constamment interrogĂ©s par deux tyrans extrĂ©mistes, les humiliations rĂ©currentes de tortures physiques mais surtout psychologiques infligĂ©es sur eux nous entraĂ®nent au coeur d'un enfer bien rĂ©el. Car Ă  travers ce kidnapping d'aimables quidams, faute de leur physique basanĂ©, Olivier Abbou Ă©tablit un parallèle avec les conditions de vie de prisonniers islamistes accusĂ©s de terrorisme et envoyĂ©s dans le camp de Guantanamo. Une base navale du sud-ouest de Cuba justifiĂ©e par le prĂ©sident George W. Bush oĂą des sĂ©vices barbares leur ont Ă©tĂ© administrĂ©s par des soldats amĂ©ricains vindicatifs, orduriers, pour ne pas dire cyniques. Si bien que leurs aveux forcĂ©s furent souvent confessĂ©s sous la contrainte d'une violence aussi sordide qu'intolĂ©rable. Ainsi, Ă  travers le portrait dĂ©risoire de ces deux rednecks esseulĂ©s au fin fond d'une AmĂ©rique profonde,  l'Ă©cho d'un climat insĂ©curitaire de tout un pays effrayĂ© par sa paranoĂŻa collective s'y avère tacite après que les attentats du 11 septembre frappèrent de plein fouet leur activitĂ© Ă©conomique.


C'est en prioritĂ© ce sous-texte politique implacable qui exacerbe le rĂ©alisme brutal de sa narration. Un drame frigide oĂą l'horreur inhumaine dĂ©ploie toute son arrogance et sa rancune Ă  daigner assĂ©ner sa haine raciale sur des quidams de nationalitĂ© Ă©trangère accoutrĂ©es d'une combinaison orange. Ainsi donc, ce huis-clos de terreur infatigable nous place dans une situation si inconfortable qu'elle semble nous infliger viscĂ©ralement la mĂŞme souffrance psychologique tolĂ©rĂ©e aux victimes. Quand bien mĂŞme la dernière demi-heure s'octroie d'un revirement inopinĂ© auprès de l'intrusion d'un dĂ©tective privĂ© addicte Ă  la drogue dure suite au dĂ©cès de sa fille. L'ambiance diaphane s'avère subitement plus Ă©trange et insolite Ă  travers ce nouveau protagoniste indemnisĂ© pour retrouver nos hĂ©ros rĂ©duits Ă  l'Ă©tat animal. Spoiler !!! Sur fond de philosophie indienne, la destinĂ©e de nos protagonistes semble tracĂ© dans un irrĂ©mĂ©diable no man's land et l'Ă©pilogue rebutant risque sĂ©vèrement d'en dĂ©concerter plus d'un tant il nous laisse amèrement sur le bas cĂ´tĂ© de la chaussĂ©e. Fin du Spoil
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Martyrs.
Solidement interprĂ©tĂ© sans fioriture, rĂ©alisĂ© avec intelligence et d'un Ă©pouvantable nihilisme, Territoires demeure un suspense pĂ©niblement oppressant de par son intensitĂ© abrupte, autant qu'un drame dĂ©sespĂ©rĂ© d'une efficacitĂ© implacable. Sa conclusion rĂ©futant le potentiel happy end salvateur  enfonçant un peu plus le clou dans les cimes du pessimisme si bien que le spectateur y laissera des sĂ©quelles morales sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique de fin ! Oeuvre choc remarquable d'humilitĂ© empathique pour les suspects prĂ©sumĂ©s, Territoires transcende le genre horrifique avec un rĂ©alisme proche du documentaire.

Récompense: Prix du Meilleur Thriller au BIFF de Bruxelles en 2010.

21.10.11
Bruno 

Note (info wilkipedia):
Le camp de Guantanamo se trouve sur la base navale de la baie de guantanamo dans le sud-est de Cuba. Dans ce centre de détention militaire de haute sécurité, sont détenues des personnes qualifiées de "combattant illégal", capturées par l'armée américaine dans les différentes opérations qu'elle mène à l'étranger (Afghanistan, Irak, etc.) contre des millitants et "terroristes islamistes". Le choix de ce centre situé à Cuba sur une base militaire américaine a été justifié par le président George W. Bush afin de fonder juridiquement la décision de refuser de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain, prenant appui sur l'extra-territorialité de la base.

Le 16 nomvembre 2008, Barack Obama, alors président-élu, a confirmé son intention de fermer le camp. Mais cette fermeture pose en particulier des problèmes de nature juridique comme le fait que des aveux ont été obtenus "sous contrainte", créant ainsi un vice de procédure, ce qui pourrait conduire la justice américaine à libérer des condamnés, dont au moins un, Khalid Cheikh Mohammed, a été jugé responsable des attentats du 11 septembre 2001. Le 22 Janvier 2009, Obama a signé un décret présidentiel ordonnant la fermeture du camp dans un délai d'un an. La prison de heute sécurité de la petite ville de Thomson dans l'Illinois, construite en 2001, mais dont les 2800 cellules ne sont pas toutes remplies, va être achetée par l'Etat fédéral. De nombreuses difficultés, tant politiques qu'administratives et juridiques, entravent la réalisation de la fermeture du camp de Guantanamo qui compte toujours 176 prisonniers en août 2010.



jeudi 20 octobre 2011

HELLRAISER 2: LES ECORCHES (Hellbound: Hellraiser 2). Version Non Censurée.

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de Tony Randel. 1988. U.S.A. 1h43. Avec Clare Higgins, Ashley Laurence, Kenneth Cranham, Imogen Boorman, Sean Chapman, William Hope, Doug Bradley, Barbie Wilde, Simon Bamford, Nicholas Vince.

Sortie en salles en France le 5 Juillet 1989. U.S.A: 23 DĂ©cembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Tony Randel est un réalisateur, scénariste et monteur américain né le 29 Mai 1956. Il est parfois crédit sous le nom de Anthony Randel. 1985: Def-Con 4. 1988: Hellraiser 2. 1992: Inside Out 2. Amityville 1993. 1993: Ticks. 1995: North Star: la légende de Ken le Survivant. 1996: Confiance Aveugle. 1996: Morsures. 1998: Assignment Berlin. 2007: The Double Born.


Un an après le succès de Hellraiser, c'est au rĂ©alisateur novice Tony Randel de succĂ©der Ă  Clive Barker pour façonner la suite des aventures de Pinhead et ses acolytes. D'après un scĂ©nario de Peter Atkins, Kirsty, survivante du premier volet, est placĂ©e dans un institut psychiatrique gĂ©rĂ© par le Docteur Channard. Ce mĂ©decin fascinĂ© par le monde occulte des tĂ©nèbres fait infliger Ă  certains de ses sujets diverses tortures qu'ils pratiquent eux mĂŞmes sur leur corps scarifiĂ©. Grâce au matelas ensanglantĂ© sur lequel mourut Julia, un de ses patients est immolĂ© pour pouvoir subvenir Ă  sa renaissance. Après ses longues recherches sur l'origine du cube malĂ©fique, Channard exploite une jeune fille autiste afin de pouvoir dĂ©chiffrer ses secrets. Pendant ce temps, Kirsty reçoit un message de l'au-delĂ  lui sollicitant de sauver son père prisonnier de l'enfer. 


On ne peut pas dire que la carrière de Tony Randel soit un exemple de rĂ©ussites probantes dans le domaine du cinĂ©ma de genre. Pourtant, en 1988, il rĂ©alise avec ce deuxième mĂ©trage sa plus ambitieuse rĂ©ussite en s'appropriant de l'univers SM de Hellraiser. Une suite respectueuse dans le sens oĂą elle reprend la continuitĂ© des tragiques Ă©vènements survenus au prĂ©alable ainsi que le cheminement Ă©volutif des survivants. Cette fois, Kirsty (la fille de Franck), est soignĂ©e dans un centre psychiatrique suite Ă  son traumatisme subi par la confrĂ©rie de Pinhead. EpaulĂ©e d'une jeune patiente autiste, elles vont s'allier pour faire face Ă  la nouvelle menace des cĂ©nobites et se retrouver projetĂ©es dans un dĂ©dale de l'enfer. Le prologue illustrant le profil pervers d'un mĂ©decin obsĂ©dĂ© par la souffrance et l'agonie nous permet d'assister Ă  quelques moments glauques du plus rĂ©pugnant effet. Des malades moribonds et paranos, faute de prises de drogues hallucinogènes, sont enfermĂ©s dans les geĂ´les des sous-sols de l'institut pour s'infliger quotidiennement des tortures innommables. Mais le clou du spectacle dĂ©viant est sans conteste cette sĂ©quence maladive auquel un schizophrène se retrouve invitĂ© dans la demeure familiale de Channard. Par son influence perfide, le cobaye Ă  demi-nu nous laisse transparaĂ®tre un corps malingre lardĂ© de plaies et contusions.


Souffrant de visions infernales de lombrics et asticots lui grignotant la chair, il se mutile Ă  nouveau le torse en se lacĂ©rant des coups de rasoir. Une sĂ©quence viscĂ©rale d'une rare violence et d'une audace si malsaine que la censure de l'Ă©poque ne manquera pas de l'Ă©clipser pour sa diffusion en salles (mais aussi plus tard en dvd dans notre pays hexagonal). Quand Ă  la rĂ©surrection de Julia, cadavre dĂ©charnĂ© en proie Ă  la renaissance corporelle, la poĂ©sie morbide qui y Ă©mane donne lieu Ă  des moments de sensualitĂ© baroque lorsqu'elle dĂ©cide de s'embaumer le corps de bandelettes Ă  l'instar d'une momie.
La suite ambitieuse et Ă©pique est une exploration au cĹ“ur des enfers rĂ©gi par LĂ©viathan. Une bataille sans merci nous est donc livrĂ© entre Kirsty, Tiffany, les CĂ©nobites et notre nouveau duo mĂ©galo formĂ© par Julia et Channard. Ces sĂ©quences irrĂ©elles parfois dĂ©cousues permettent tout de mĂŞme de dĂ©ployer un florilège de sĂ©quences cauchemardesques Ă  l'inventivitĂ© formelle (couloirs interminables et dĂ©dales sans destination abritant des crĂ©atures hideuses). De surcroĂ®t, nous en saurons un peu plus sur le passĂ© du leader Pinhead ainsi que ces comparses autrefois humains. Et de manière couillu, le rĂ©alisateur n'hĂ©sitera pas Ă  les malmener pour les destituer de leur omnipotence avec un rival aussi orgueilleux. Justement, l'aspect le plus ludique sera cette fois-ci Ă©tabli au profit du praticien Channard, crĂ©ature tentaculaire inspirĂ©e de l'univers de Lovecraft. Un mutant humain avide de consĂ©cration et de dĂ©fiance pour se mesurer Ă  la stature de Leviathan, monolithe souverain aux pouvoirs Ă©sotĂ©riques impĂ©nĂ©trables.


Spectacle baroque et dĂ©bridĂ© dĂ©ployant avec une imagination fertile un univers aussi fantasmagorique que tĂ©nĂ©breux, Hellraiser 2 peut se targuer d'ĂŞtre la meilleure suite d'une saga inĂ©gale toujours plus mercantile. Hormis l'aspect anarchique d'une narration redondante dans ces incessants va-et-vient entre l'au-delĂ  et la terre, ce divertissement hardgore (du moins en version Uncut !) affiche une ambition horrifique encore plus extravagante et effrontĂ©e que son modèle.  

* Bruno
07.01.19. 3èx
20.10.11.   


lundi 17 octobre 2011

Red State. Prix du Meilleur Film, Catalogne 2011.

 
                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Kevin Smith. 2011. U.S.A. 1h28. Avec Michael Parks, Melissa Leo, John Goodman, Kyle Gallner, Stephen Root.

Commercialisé en blu-ray et dvd en France le 26 Juin 2012

FILMOGRAPHIE: Kevin Smith est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 2 Août 1970 à Red Bank, dans le New-Jersey (Etats-Unis).
1994: Clerks, 1995: Les Glandeurs, 1997: MĂ©prise Multiple, 1999: Dogma, 2001: Jay et Bob contre-attaquent. 2004: Père et Fille. 2006: Clercks 2. 2008: Zack et Miri font un porno. 2010: Top Cops. 2011: Red State. 2014 : Tusk. 2016 : Yoga Hosers. 2016 : Holidays - segment Halloween. 2019 : Jay et Bob contre-attaquent… encore (Jay and Silent Bob Reboot). 2022 : Killroy Was Here. 2022 : Clerks 3 (Clerks III). 2024 : The 4:30 Movie. 


Kevin Smith, trublion habituĂ© aux comĂ©dies noires dĂ©calĂ©es vire sa cuti avec Red State. Un drame implacable d'une violence rĂ©aliste âpre et rugueuse, rĂ©quisitoire contre le fanatisme religieux le plus criminel derrière une offensive policière corruptible. Comme le dĂ©montre avec effroi l'antagoniste Abin Cooper; pasteur homophobe endossĂ© par Michael Parks vivant son rĂ´le plus qu'il ne le joue. Kevin Smith s'Ă©tant inspirĂ© du rĂ©vĂ©rend Phelps, fondateur de l'Ă©glise baptiste de Westboro rĂ©putĂ© pour sa haine rĂ©ac contre les pĂ©cheurs. 

Synopsis: Suite à une adresse du net, 3 ados prennent rendez vous avec une quadragénaire résidant dans une caravane à proximité d'un terrain forestier. Sur place, après avoir bu de la bière frelatée, ces derniers sont appréhendés pour être emprisonnés en interne d'une église régie par le père Cooper. Un intégriste réfractaire aux homosexuels et à la luxure, prônant une justice expéditive envers des innocents kidnappés par ces disciples. Or, aujourd'hui rien ne se déroulera comme prévu.
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Vendu comme un film d'horreur, Red State n'est en rien le divertissement standard concoctĂ© pour nous offrir notre lot de sueurs froides Ă  travers un pitch canonique. RĂ©alisĂ© avec brio pour son rĂ©alisme littĂ©ralement Ă©pique Ă©paulĂ© d'une camĂ©ra mobile agressive lors des moments les plus alarmistes, la narration stigmatise avec verdeur le fondamentalisme d'une secte religieuse Ă©difiĂ©e par le pasteur Cooper. Un sexagĂ©naire intĂ©griste inculquant Ă  ses ouailles une justice aussi aveugle qu'expĂ©ditive auprès des pĂŞcheurs Ă©rotomanes ou gay. 
Le prologue dĂ©bute comme un classique teen-movie lorsque trois jeunes lurons batifolent avec une femme mature adepte de l'Ă©changisme. Cette situation tranquille va cependant brusquement virer de ton lorsque ceux-ci vont se retrouver piĂ©gĂ©s par la mĂ©gère au sein d'une paroisse catholique. Or, ce qui interpelle Ă  la vue de ce pamphlet anti-religieux, c'est sa froideur glaçante, son rĂ©alisme rugueux insupportable dĂ©pendant de la caractĂ©risation de personnages Ă  la limite de la dĂ©mence car d'une violence primale lorsqu'ils exercent leur action punitive en guise de sacrifice. D'ailleurs, le premier meurtre incongru perpĂ©trĂ© Ă  l'intĂ©rieur du huis-clos pastoral est d'une intensitĂ© dramatique intolĂ©rable si bien qu'il nous suscite gĂŞne, malaise, dĂ©goĂ»t, l'effroi le plus inconfortable. Quand bien mĂŞme ces bourreaux convaincus de leurs mĂ©faits purificateurs laisse transparaĂ®tre une satisfaction malsaine d'autant plus perverse dans leur idĂ©ologie anti gay. 


Quand aux sĂ©quences d'action filmĂ©es camĂ©ra Ă  l'Ă©paule ou en vue subjective lors du siège Ă  la folie furieuse contagieuse, elles offrent des moments de bravoure Ă  clouer au siège accentuĂ©s d'une bande-son cinglante afin d'exacerber l'impact stridant du carnage dĂ©nuĂ© de raison. Les rivaux en proie Ă  la peur et la panique mais inĂ©vitablement stoĂŻques s'adonnant au baroud d'honneur. Or, pas de hĂ©ros dans ce rĂ©cit âpre et d'une extrĂŞme brutalitĂ© Ă©valuĂ©e sans compromis. PlutĂ´t un sentiment dĂ©sabusĂ© de dĂ©faite sociale (mais aussi policière en dĂ©pit des apparences) pour ces rivaux sous effigie de l'orgueil le plus putassier Ă  travers leur idĂ©ologie fasciste. Sachant que les flics eux mĂŞmes corrompus vont employer le subterfuge pour se dĂ©barrasser d'une bavure impardonnable. Dans celui du prĂ©dicateur prĂŞchant la piĂ©tĂ© dans une Ă©thique despotique, Michael Parks est terrifiant de cynisme Ă  travers sa tranquillitĂ© rassurante. Il crève l'Ă©cran en dĂ©gageant une aura malsaine qui inondera toute l'intrigue. John Goodman en impose autant en leader policier convaincu de braver sa dĂ©ontologie afin de sortir vainqueur du terrorisme religieux. La sĂ©duisante et gracile Melissa Leo insuffle une poignante empathie dans celle d'une mère repentie osant bafouer sa doctrine conservatrice pour l'enjeu de sa postĂ©ritĂ©.


Avec sa mise en scène âpre et studieuse parfois proche du docu-vĂ©ritĂ© et la sobriĂ©tĂ© des interprètes littĂ©ralement dĂ©rangĂ©s, Red State redouble d'efficacitĂ© pour illustrer avec vigueur (parfois insupportable) un pamphlet Ă©difiant sur les pratiques extrĂ©mistes d'adorateurs de Dieu radicalisĂ©s par une figure du Mal. Son point d'orgue explosif enfonçant le clou d'une dĂ©rision caustique de par son revirement divin particulièrement amer et grinçant. Un film choc dont on sort groogy.

*Bruno 
17.10.11.
05.02.25. Vost

Récompenses:
2011 : Meilleur film au festival international du film de Catalogne.

vendredi 14 octobre 2011

THE TREE OF LIFE. Palme d'Or Cannes 2011.

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de Terrence Malick. 2010. U.S.A. 2h18. Avec Brad Pitt, Sean Penn, Jessica Chastain, Hunter McCracken, Joanna Going, Fiona Shaw, Laramie Eppler, Tye Sheridan, Jessica Fuselier, Nicolas Gonda, Will Wallace. 

Sortie en salles en France le 17 Mai 2011. U.S: 8 Juillet 2011.

FILMOGRAPHIE: Terrence Mallick est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 30 Novembre 1943 à Ottawa (Illinois).
1973: La Ballade Sauvage.
1978: Les Moissons du Ciel
1998: La Ligne Rouge
2005: Le Nouveau Monde
2011: The Tree of Life

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La Palme d'Or 2011 est vraiment, vraiment rebutante !
J'ai fini par endiguer le film au bout d'1H30 (sur 2H20) tant il s'étire inlassablement dans son ambiance religieuse et nonchalante pour illustrer son thème métaphysique sur le sens de la vie terrestre. Les images fastes, limpides, immaculées, sont magnifiques, la mise en scène expérimentale use et abuse du maniement d''une caméra toujours en mouvement (un parti pris qui m'a beaucoup irrité) et les comédiens sont quelques peu déroutants, comme envoûtés par ce qu'ils ressentent et traversent. Au final, j'ai eu l'impression que l'émotion ne perçait jamais. C'est fort dommage.

A revoir peut-être car j'ai comme l'impression que ce trip existentiel est aussi réussi que raté.

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Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...



jeudi 13 octobre 2011

Les Oiseaux / The Birds


d'Alfred Hitchcock. 1963. Angleterre. 2h00. Avec Tippi Hedren, Rod Taylor, Jessica Tandy, Suzanne Pleshette, Veronica Cartwright, Ethel Griffies, Charles McGraw, Ruth McDevitt, Lonny Chapman

Sortie en salles en France le 6 Septembre 1963. U.S: 28 Mars 1963.

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980.
1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


"C’est peut-ĂŞtre le film le plus terrifiant que j’ai jamais tournĂ©." — Alfred Hitchcock

Trois ans après Psychose, Sir Alfred Hitchcock se rĂ©sout, après mĂ»re rĂ©flexion, Ă  adapter une nouvelle de DaphnĂ© Du Maurier, The Birds. Le scĂ©nario, entièrement rĂ©appropriĂ© par lui-mĂŞme et Evan Hunter, Ă©tait Ă  l’origine destinĂ© Ă  la sĂ©rie Alfred Hitchcock prĂ©sente. Mais après avoir lu que de vĂ©ritables attaques de volatiles s’Ă©taient produites dans son pays, le maĂ®tre pressent qu’il tient lĂ  un nouveau tour de force d’Ă©pouvante, taillĂ© pour le grand Ă©cran. Les Oiseaux nĂ©cessitera trois ans de prĂ©paration — en prioritĂ© pour les effets spĂ©ciaux et les maquettes — tant sa complexitĂ© technique exigea pas moins de 370 scènes truquĂ©es. Pour mesurer l’obsession maniaque du cinĂ©aste, la seule sĂ©quence finale nĂ©cessita 32 prises, et Hitchcock la dĂ©signera comme l’un de ses tournages les plus Ă©prouvants.

Ă€ Bodega Bay, Melanie Daniels, jeune femme mondaine, croise Mitch Brenner, avocat charmĂ© par sa prestance. Pour l’anniversaire de sa sĹ“ur Cathy, il souhaite offrir un couple d’insĂ©parables. VexĂ©e par son ironie cavalière, Melanie s’empresse de les acheter elle-mĂŞme, puis dĂ©cide de les lui livrer... en personne. En chemin, alors qu’elle rejoint son domicile en barque, elle est brutalement attaquĂ©e par une mouette.
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Clef de voĂ»te de l'Ă©pouvante moderne, Les Oiseaux impressionne par son audace : faire naĂ®tre l’effroi Ă  partir de simples volatiles subitement saisis d’une rage meurtrière. La première partie du rĂ©cit, tout en suggestion, esquisse une romance contrariĂ©e : celle de deux amants freinĂ©s par la jalousie opaque d’une mère possessive. Hitchcock, manipulateur masochiste, nous attache d’abord Ă  ce triangle sentimental, distillant un suspense latent, tapi dans l’ombre. Il introduit les oiseaux non comme une menace, mais sous une forme docile, encagĂ©e, presque ludique. Leur prĂ©sence se fait de plus en plus insistante, jusqu’Ă  ce premier incident : Melanie, isolĂ©e sur sa barque, est frappĂ©e au visage par une mouette surgie de nulle part.

Puis l’envol. Et le cauchemar.


Sans se jeter dans l’action effrĂ©nĂ©e, Hitchcock retarde patiemment l’embrasement. Les oiseaux passent Ă  l’attaque plus de 25 minutes après cette première escarmouche, dĂ©clenchant une seconde partie hallucinĂ©e. Leur violence, absurde et inexplicable, sidère. Nulle justification ne viendra : ni scientifique, ni surnaturelle. Juste une rĂ©volte animale aussi brutale qu’opaque. Et lorsque la furie s’abat, Hitchcock ne fait aucune concession : chaque agression devient une scène d’anthologie, d’un rĂ©alisme glaçant. Attaque sauvage d’enfants fuyant leur Ă©cole. DĂ©ferlement sanglant sur Bodega Bay rĂ©duite Ă  feu et cendres. Siège d’une maison de campagne, barricadĂ©e Ă  la hâte. Chaque scène pousse l’intensitĂ© jusqu’au vertige, appuyĂ©e par un design sonore dissonant, oĂą cris perçants, battements d’ailes frĂ©nĂ©tiques et silences lourds composent une partition de terreur viscĂ©rale.

Le duo Rod Taylor / Tippi Hedren fonctionne Ă  merveille : lui, viril et faussement arrogant, tente d’apprivoiser cette muse au charme hautain ; elle, gracile mais volontaire, dĂ©voile une chaleur inattendue, notamment dans ses tentatives pour amadouer une belle-mère mĂ©fiante. Jessica Tandy incarne cette dernière avec une mĂ©lancolie farouche, bouleversante dans sa peur de perdre l’amour exclusif de son fils.

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DĂ©nuĂ© de musique, pour mieux ancrer le cauchemar dans une rĂ©alitĂ© nue, Les Oiseaux demeure, plus de 65 ans après sa sortie, un film terrifiant, d’une efficacitĂ© redoutable. MalgrĂ© quelques plans vieillissants, la mise en scène virtuose transcende les effets datĂ©s par une montĂ©e en tension millimĂ©trĂ©e, une violence sèche et dĂ©rangeante. L’idĂ©e, folle et gĂ©niale, d’une revanche de la nature — ces oiseaux refusant de se nourrir, comme s’ils conspiraient — nous hante longtemps après le gĂ©nĂ©rique. Les Oiseaux est sans doute l’un des films les plus oppressants et excentriques de son auteur, croisement inouĂŻ entre romance contrariĂ©e et apocalypse ornithellique, dans une tension psychologique constamment parasitĂ©e par l’ombre d’une mère dĂ©vorante.

13.10.11
Bruno Matéï



mercredi 12 octobre 2011

FURIE


de Brian De Palma. 1978. U.S.A. 1h57. Avec Kirk Douglas, John Cassavetes, Carrie Snodgress, Charles Durning, Amy Irving, Fiona Lewis, Andrew Stevens, Carol Eve Rossen, Rutanya Alda, Joyce Easton.

Sortie en salles en France le 4 janvier 1979. U.S: 10 Mars 1978.

FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.


Deux ans après Obsession et Carrie réalisés successivement la même année, Brian De Palma renoue avec le thème de la parapsychologie dans Furie. Un film fantastique diaboliquement ficelé, conjuguant avec bonheur espionnage, action, suspense et épouvante traditionnelle, saupoudré d'une pointe de cocasserie en début d'intrigue. Entouré d'acteurs de renom (Kirk Douglas, John Cassavetes, Charles Durning, Amy Irving), ce film sous-estimé est à réhabiliter à sa juste valeur tant il exploite avec beaucoup d'efficacité et de maîtrise technique une intrigue aussi haletante que surprenante.
DouĂ© de pouvoirs paranormaux, un jeune garçon se fait kidnapper par l'agence du gouvernement de son père. Après avoir manquĂ© de trĂ©passer dans un odieux traquenard commanditĂ© par un ami de longue date, le paternel dĂ©cide de partir Ă  sa recherche. Au mĂŞme moment, une jeune fille, Gillian, possĂ©dant Ă©galement des dons exceptionnels, communique par tĂ©lĂ©kinĂ©sie avec son fils.


En s'appropriant une nouvelle fois du thème de la tĂ©lĂ©kinĂ©sie prĂ©alablement Ă©tabli avec l'envoĂ»tant Carrie, Brian De Palma s'inspire d'un roman de John Farris pour nous concocter un prodigieux spectacle dans ses genres disparates. On est d'ailleurs surpris du ton ironique des premières sĂ©quences lorsque Peter Sandza est contraint de trouver des vĂŞtements en pĂ©nĂ©trant par effraction chez un coupe de sexagĂ©naires dĂ©contenancĂ©s par son apparence demi-nue ! Ou encore la prĂ©sence risible de ces deux policiers pris en otage par notre hĂ©ros affublĂ© d'un costume de vieillard et craignant que leur nouvelle carrosserie de fonction ne soit sĂ©vèrement cabossĂ©e lors de courses poursuites engagĂ©es contre des espions. Paradoxalement, après que ne soit intervenu une sĂ©quence d'action trĂ©pidante particulièrement intense, on pouvait craindre que notre rĂ©alisateur se vautre dans le ridicule en y mĂŞlant successivement ce genre de situations cocasses proprement hilarantes.


NĂ©anmoins, l'humour omniprĂ©sent des vingts premières minutes va peu Ă  peu s'occulter pour exacerber  l'action des enjeux avec l'intervention d'un nouveau personnage caractĂ©risĂ© par la ravissante Amy Irving (dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans Carrie). Cette jeune fille profondĂ©ment accablĂ©e par son pouvoir surnaturel est incapable de contrĂ´ler ses Ă©motions au moindre contact humain, provoquant chez le sujet une hĂ©morragie impossible Ă  maĂ®triser. C'est dans une clinique spĂ©cialisĂ©e que notre tĂ©moin va ĂŞtre contrainte de tenter de canaliser son pouvoir alors que des visions hallucinogènes et prĂ©monition vont lui ĂŞtre administrĂ©es par l'influence tĂ©lĂ©kinĂ©sique de Robin, le fils martyrisĂ© par une confrĂ©rie gouvernementale sans vergogne. D'ailleurs, la narration menĂ©e avec maĂ®trise technique assidue (la sĂ©quence d'anthologie entièrement filmĂ©e en "slow motion" illustrant avec minutie la fuite de Gillian Ă  travers rues contre les ravisseurs de l'odieux Ben Childress) doit beaucoup Ă  la prestance de cette comĂ©dienne d'une justesse psychologique admirable. Elle peut mĂŞme se targuer de voler carrĂ©ment la vedette Ă  nos hĂ©ros principaux incarnĂ©s par les briscards Kirk Douglas et John Cassavettes ou encore le juvĂ©nile Andrew Stevens. C'est ce portrait empathique allouĂ© Ă  Gillian qui rend l'oeuvre si intense et captivante. Une victime chĂ©tive totalement dĂ©passĂ©e par son don de prescience et de tĂ©lĂ©kinĂ©sie, peu Ă  peu asservie par l'arrivisme d'un agent politique. Un affabulateur convaincu de la substituer au fils de Peter davantage irascible, toxicomane et en perte de facultĂ© surnaturelle. LĂ  aussi, l'accent dramatique est privilĂ©giĂ© dans la dĂ©crĂ©pitude du jeune garçon devenu incontrĂ´lable car totalement destituĂ© de sa personnalitĂ©. Dans la dernière partie rĂ©futant le happy-end salvateur, nous retrouvons Peter, plus dĂ©terminĂ© que jamais, accompagnĂ© de Gillian pour tenter de rĂ©cupĂ©rer sain et sauf Robin, plus irascible et pernicieux que jamais. Ce point d'orgue particulièrement cinglant, car dĂ©ployant des sĂ©quences chocs sanglantes magnifiquement supervisĂ©es par le maĂ®tre des FX, Rick Baker, prĂ©mĂ©dite une mise Ă  mort des plus explosives !


Si l'intrigue de Furie s'avère sans grande surprise et laisse interfĂ©rer quelques gĂŞnantes invraisemblances (comme l'Ă©vasion de Peter rĂ©ussissant Ă  s'extraire de l'embarcation d'un rafiot après une gigantesque explosion), la maĂ®trise technique de De De Palma (amples mouvements de camĂ©ra vertigineux), l'interprĂ©tation de qualitĂ© (Amy Irving crève l'Ă©cran !), le score fastueux de John William et l'efficacitĂ© d'un rĂ©cit fertile en pĂ©ripĂ©ties renvoient au solide divertissement. 

Note: C'est le premier rôle au cinéma de Daryl Hannah qui interprète Pam, une écolière à la cafétaria assise à la droite de Gillian (l'avais même pas r'connu !).

Récompense: Saturn Awards 1979: Meilleurs maquillages pour William Tuttle et Rick Baker, remis par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur.

12.10.11.     4
Bruno Matéï

                                          

jeudi 6 octobre 2011

Demain les MĂ´mes. Grand Prix au festival du Rex de Paris 1976.

                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

de Jean Pourtalé. 1975. France. 1h30. Avec Niels Arestrup, Brigitte Rouan, Emmanuelle Béart, Michel Esposito.

Sortie en salles en France le 18 Août 1976

FILMOGRAPHIE: Jean Pourtalé est un réalisateur français né le10 Septembre 1938 à Paris, décédé le 17 Octobre 1997. 1964: Dernier soir (court-métrage). 1969: Sylvie à l'Olympia (Court-métrage du tour de chant). 1975: Demain les Momes1980: 5% de Risques

En 1976, sort sur les Ă©crans, dans une quasi-indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale, le premier film d’un rĂ©alisateur alors mĂ©connu, Jean PourtalĂ©, tandis que certaines critiques snobinardes lui tournent le dos. Or, deux festivals lui ouvriront la voie de la reconnaissance, dĂ©cernant au film deux prix, Ă  Paris et Ă  La Nouvelle-OrlĂ©ans. Totalement occultĂ© ou ignorĂ© depuis des lustres, Demain les mĂ´mes demeure un ovni filmique rare et prĂ©cieux, aussi rĂ©aliste et dĂ©sespĂ©rĂ© que son cousin ibĂ©rique, le chef-d’Ĺ“uvre martyr Les RĂ©voltĂ©s de l’an 2000.

Le pitch : Dans un futur ravagĂ© par une potentielle guerre mondiale, le monde est devenu un lieu aride oĂą quelques survivants errent Ă  la recherche d’un abri. Philippe et Suzanne, rĂ©fugiĂ©s dans leur ferme du sud-ouest de la France, coulent des jours indolents grâce Ă  leurs rĂ©serves de nourriture. Jusqu’au jour oĂą un groupe de quidams s’en prend sauvagement Ă  Suzanne. Philippe accourt, tire vainement avec son fusil de chasse, mais la menace est trop grande. PrivĂ© de sa femme, il tente de retrouver d’Ă©ventuels survivants via un rĂ©cepteur radiophonique… jusqu’Ă  l’irruption d’une bande d’enfants mutiques Ă  proximitĂ© de sa maison.

Avec un budget restreint et des dĂ©cors minimalistes, Jean PourtalĂ© recrĂ©e un univers en dĂ©crĂ©pitude, post-cataclysmique, oĂą chaque bruit devient un instrument de tension, chaque vent un souffle funeste. La terre y est un cimetière dĂ©charnĂ©, et les survivants s’y meuvent avec prudence, mĂ©fiants de toute prĂ©sence humaine. Quelques plans-chocs montrent des cadavres famĂ©liques abandonnĂ©s sur le bord des routes, maquillage morbide et efficace, instaurant un climat de dĂ©solation palpable. Le vent bourdonnant devient la seule prĂ©sence vivante dans cette planète rĂ©duite Ă  un vestige.

Puis le danger surgit Ă  l’imprĂ©vu, incarnĂ© par ces marginaux sans scrupule, et plus tard, par la mystĂ©rieuse bande d’enfants qui occupe la ferme. Fillette ou gamin, ces enfants mutiques, froids et monolithiques, paraissent incapables de compassion. Philippe, homme de foi et de patience, tente pourtant de tisser un lien, d’inculquer le savoir-vivre, le respect d’autrui dans un monde livrĂ© Ă  l’agonie. Mais la rancune et l’hostilitĂ© des enfants le confrontent Ă  une vĂ©ritĂ© cruelle : l’espoir de reconstruire un monde meilleur est une illusion irrĂ©versible.

Insidieusement, et avec un souci d’authenticitĂ© proche du documentaire, Demain les MĂ´mes dĂ©voile le caractère monolithique et glacial d’une bande de marmots incapables de manifester la moindre compassion envers leur nouveau protĂ©gĂ©, Philippe, homme de foi profondĂ©ment dĂ©sorientĂ©. Par petites touches, le film dĂ©taille avec une sensibilitĂ© poĂ©tique la tentative d’un homme solitaire pour Ă©tablir un lien amical avec cette troupe d’enfants sauvages, sous l’accompagnement subtil et troublant de la mĂ©lodie d’Éric Demarsan. Le thème musical, parfois lumineux, vire soudainement Ă  l’ombre, soulignant le mystère et le silence presque surnaturel de ces enfants mutiques, en opposition au monde des adultes.

La devise de Philippe devient alors de leur inculquer le savoir-vivre, les valeurs humaines et le respect d’autrui, dans un monde furtivement livrĂ© Ă  l’agonie. DĂ©pitĂ© par leur rancĹ“ur, vexĂ© par leur introversion et leur taciturnitĂ©, il comprend peu Ă  peu que l’espoir de reconstruire un monde meilleur n’est qu’une irrĂ©versible dĂ©sillusion.

Niels Arestrup, trop rare et ici magistral, incarne Philippe avec une flegme mature et l’aplomb nĂ©cessaire pour tenter d’Ă©duquer ces enfants dĂ©pourvus d’amour et d’empathie, comme dans la sĂ©quence oĂą l’un d’eux chute du toit de la ferme. Le groupe, qui communique exclusivement entre lui, retranscrit avec un naturel troublant un comportement Ă  la fois imbitable et inquiĂ©tant face Ă  l’adulte, dont l’unique dĂ©sir est la cohĂ©sion et la bienveillance. Leur hostilitĂ© et leur pernicieux dĂ©tachement alimentent le climat singulier du film, d’un rĂ©alisme terrifiant. On y devine la parentĂ© avec les enfants interlopes et faussement dociles des RĂ©voltĂ©s de l’an 2000, sorti la mĂŞme annĂ©e en Espagne. Ă€ titre subsidiaire, on notera les premiers pas devant la camĂ©ra d’Emmanuelle BĂ©art, Ă  seulement 12 ans.

 
Les enfants du silence.
Dans un climat d’insĂ©curitĂ© oppressant, Demain les mĂ´mes expose l’Ă©chec de l’humanitĂ©. Les enfants, vengeurs de leur perte d’innocence, deviennent les arbitres cruels d’un monde oĂą la disparition de l’autoritĂ© parentale laisse place Ă  la loi du silence et de la violence. Son final nihiliste, glaçant, renforce le sentiment de perdition : ici, plus d’illusion, plus d’espoir, seulement la dĂ©shumanisation et l’intolĂ©rance. Le rĂ©cit post-apocalyptique de PourtalĂ© est amer et dĂ©senchantĂ©, ses images blafardes marquant durablement l’esprit, sous le pilier d’un futur littĂ©ralement crĂ©pusculaire, tristement Ă  nos portes.
 
le cinéphile du cœur noir 🖤

Dédicace à Atreyu sans qui je n'aurai pu redécouvrir cette perle rare et introuvable.

06.10.11

Récompenses
: Grand Prix au 3ème Festival de film fantastique et de science fiction de Paris, ainsi que celui du Prix Spécial du Jury au Festival International de "New Orléans".