mercredi 6 février 2013

JACK LE TUEUR DE GEANTS (Jack the Giant Killer)

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinefantastiqueonline.com

de Nathan Juran. 1961. U.S.A. 1h34. Avec Kerwin Mathews, Judi Meredith, Torin Thatcher, Walter Burke, Don Beddoe, Barry Kelley.

Sortie salles U.S: 13 Juin 1962

FILMOGRAPHIE: Nathan Juran est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et directeur artistique amĂ©ricain, nĂ© le 1er Septembre 1907 Ă  Bucovine (Roumanie), dĂ©cĂ©dĂ© de mort naturelle le 23 Octobre 2002 Ă  Paolos Verdes Estates (Etats-Unis). 1953: La LĂ©gende de l'EpĂ©e Magique. 1957: La Chose surgie des TĂ©nèbres. A des Millions de kms de la Terre. Le Cerveau de la Planère Arous. 1958: L'Attaque de la Femme Ă  50 Pieds. Le 7è Voyage de Sinbad. 1961: Jack, le Tueur de GĂ©ants. 1964: Les premiers Hommes dans la lune. 1966: The Deadly Mantis. 1967: Billy the Kid. Les Trompettes de JĂ©richo. Les Aventuriers de l'Espace. 1969: Land Raiders. 1973: The Boy who Cried Werewolf.


Trois ans après l'immense succès du 7è Voyage de Sinbad, Nathan Juran est Ă  nouveau recrutĂ© par le  producteur Edward Small pour entreprendre un conte fantastique dans la plus pure tradition fĂ©erique ! D'après un roman d'Orville H. Hampton, Jack le tueur de gĂ©ants est un film d'aventures haut en couleurs parmi ses traditionnelles crĂ©atures monstrueuses uniquement animĂ©es en stop motion ! A l'instar de Ray Harryhausen, les responsables des effets spĂ©ciaux Howard A. Anderson et Jim Danforth s'inspirent ici de son talent inimitable pour nous façonner une palette de monstres exubĂ©rants (un cyclope, un gĂ©ant Ă  deux tĂŞtes, un serpent de mer et un dragon hybride !). L'histoire intelligible est un prĂ©texte pour nous confiner dans un univers de magie et d'aventures. Celle de Jack, modeste fermier, qui rĂ©ussit in extremis Ă  sauver la princesse Elaine des griffes du sorcier Pendragon et de son monstre gĂ©ant. Seulement, l'alchimiste douĂ© de pouvoirs malĂ©fiques rĂ©ussit Ă  nouveau Ă  enlever la jeune femme afin de l'embrigader au sein de son château. DĂ©terminĂ© Ă  la libĂ©rer, Jack va user de vaillance et bravoure pour s'opposer Ă  Pendragon Ă©paulĂ© de ses sbires diaboliques ! Sur sa route, notre aventurier rencontrera un viking et un garçonnet, mais aussi un gnome enfermĂ© dans une bouteille. C'est grâce aux prestiges magiques du lutin que Jack va ainsi pouvoir dĂ©jouer les malĂ©fices du sorcier lors d'un florilège de revirements rocambolesques.


Si Jack, le tueur de Géants accuse le poids des années par ses effets spéciaux archaïques moins perfectionnistes que ceux de Ray Harryhausen, il n'en demeure pas moins un spectacle aussi exaltant qu'enchanteur propre à émerveiller son public de 7 à 77 ans. Le caractère attachant des personnages, la mesquinerie perfide de Pendragon, sa fantasmagorie attractive (l'apparition du petit monstre dans la boite à musique et la danse qui s'ensuit, le premier combat de Jack contre le Cyclope, les facéties du génie) et son rythme haletant continuent de nous enthousiasmer avec une naïveté attendrissante. A titre nostalgique, l'ancienne génération n'oubliera pas de se remémorer sa toute première projection TV diffusée un mardi soir dans le cadre de l'émission d'Eddie Mitchel: la Dernière séance !


A noter que le film est ressorti plus tard dans une version musicale et qu'il fut interdit de projection en Angleterre durant 7 ans, faute de certaines séquences jugées impressionnantes ! En prime, il écopa à travers le monde d'une interdiction au moins de 13 ans !

06.02.13. 3èx
Bruno Matéï

mardi 5 février 2013

The Bay


                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineheroes.net

de Barry Levinson. 2012. 1h24. Avec Will Rogers, Kristen Connoly, Kether Donohue, Frank Deal, Stephen Kunken, Christopher Denham.

Sortie salles U.S: 2 Novembre 2012. Belgique: 21 Novembre 2012

FILMOGRAPHIEBarry Levinson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Avril 1942 Ă  Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique Ă  Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. Prochainement: Gotti: in the shadow of my father.


Et un de plus ! Profitant du filon Ă©culĂ© du found footage, le rĂ©alisateur Barry Levinson s'essaie au concept documenteur avec une efficacitĂ© inespĂ©rĂ©e. Car illustrant avec souci d'authenticitĂ© la lente propagation d'un parasite chez les citadins d'une cĂ´te balnĂ©aire, The Bay adopte l'unitĂ© de temps rĂ©el pour mieux nous convaincre du pĂ©ril progressif. Avec l'appui de donnĂ©es scientifiques Ă©noncĂ©s par des chercheurs indĂ©cis et l'impuissance des mĂ©decins de pouvoir dĂ©nicher un vaccin afin de dĂ©jouer la pandĂ©mie, The Bay provoque fatalement une anxiĂ©tĂ© extensive chez le spectateur. Sans faire preuve de complaisance, Barry Levinson rĂ©ussit Ă  provoquer une terreur viscĂ©rale par le biais des plaies purulentes figurants sur la peau des victimes contaminĂ©es (gestation de pustules, cloques et furoncles nausĂ©eux).  L'aspect gluant du parasite, ressemblant au dĂ©part Ă  une larve stĂ©roĂŻde, Ă©clot de prime abord dans le ventre des poissons puis grossit rapidement pour muter en une forme de crustacĂ© isopode (Ă  l'instar de Frissons de Cronenberg !). 


C'est donc par l'eau salĂ©e de la baie empoisonnĂ©e par les ruissellements agricoles et les excrĂ©ments de poulet, que les baigneurs vont se transmettre communĂ©ment la bactĂ©rie Ă  une vitesse grand V ! Un parasite se nourrissant d'abord de la langue de ces victimes avant de s'empresser de dĂ©vorer la chair humaine de l'intĂ©rieur du corps (on peut aussi suggĂ©rer les effets carnassiers du virus Ă©voquĂ© dans Cabin Fever). Avec une profusion d'images d'archives plutĂ´t glauques et de reportages chocs retransmis par une journaliste scrupuleuse, The Bay nous entraĂ®ne dans un cauchemar catastrophiste dont l'homme impuissant ne peut avoir aucun recours pour enrayer la menace. C'est ce sentiment prĂ©gnant de rĂ©alisme docu illustrant avec une certaine verdeur l'affluence dĂ©gĂ©nĂ©rative des victimes infectĂ©es, agonisants dans d'horribles souffrances, qui nous suscite dĂ©sarroi mais aussi malaise palpable face Ă  l'imagerie gore dĂ©ployĂ©e, mĂŞme si la dernière demi-heure s'essouffle un tantinet.


Film d'horreur Ă©colo dĂ©nonçant les mĂ©faits pernicieux de la pollution et du nuclĂ©aire, tout en suggĂ©rant ironiquement le terrorisme biologique, The Bay aurait Ă©tĂ© une banale sĂ©rie B d'horreur s'il n'eut Ă©tĂ© conçu sous le principe du Found Footage. S'il se rĂ©vèle sans surprise et inĂ©vitablement rĂ©pĂ©titif, son efficacitĂ© Ă©mane de la vĂ©racitĂ© des faits exposĂ©s face Ă  une menace bactĂ©riologique Ă©pouvantablement dĂ©lĂ©tère. LĂ  oĂą Soderbergh Ă©choua de manière pompeuse Ă  daigner nous terrifier avec son virus MEV-1 dans ContagionBarry Levinson s'en tire honorablement en jouant sans compromis la carte du dĂ©monstratif Ă©pidermique. Et cela fonctionne plutĂ´t efficacement durant une bonne heure de mĂ©trage. 

Dédicace à François Most

*Bruno
16.07.22
05.02.13

Grabbers. Prix du Public au Festival de Neuchâtel.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tumblr.com

de John Wright. 2012. Angleterre/Irlande. 1h34. Avec Richard Coyle, Ruth Bradley, Russell Tovey, Lalor Roddy, David Pearse, Bronagh Gallagher

Sortie salles U.S: 23 Janvier 2012. Irlande: 10 Août 2012

FILMOGRAPHIE: John Wright est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste nĂ© le 2 mars 1971 Ă  Belfast, en Irlande du Nord. 2009: Tormented. 2012: Grabbers


Récompensé du Prix du Public à Neuchatel et présenté hors compétition à Gérardmer, le second long métrage de l'irlandais John Wright est une comédie burlesque à travers son monster movie trépidant !
Sur une Ă®le cĂ´tière de l'Irlande, un poulpe gĂ©ant et ses nouveaux-nĂ©s sèment la terreur parmi les citadins rĂ©fugiĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'un pub. 
A partir de cet argument simpliste plutôt éculé, le réalisateur novice John Wright réussit à tirer son épingle du jeu auprès d'un adroit sens de la dérision et du délire borderline. L'idée majeure de cette fantaisie bougrement bonnard résultidant dans la manière dont les citadins devront se prémunir de l'hostilité des poulpes extra-terrestres. Car se nourrissant d'eau et de sang humain, ces créatures venues d'une météorite ont la particularité de régurgiter l'alcool des clients éméchées.


Connaissant cette faille, un flic solitaire et une jeune recrue fraĂ®chement dĂ©barquĂ©e sur l'Ă®le vont inviter toute la population au pub du coin afin de les inciter Ă  participer Ă  une beuverie improvisĂ©e. Au dĂ©part rĂ©ticents mais rapidement convaincus que l'alcool coulera gratuitement Ă  volontĂ©, les habitants accourent vers l'Ă©tablissement. Or, Ă  l'extĂ©rieur, les crĂ©atures belliqueuses vont encercler l'open bar pour s'approvisionner en sang humain. S'ensuit une multitude de quiproquos oĂą les clients atteints d'Ă©briĂ©tĂ© s'opposeront de façon tantĂ´t preuse, tantĂ´t erratique, faute du whisky ingurgitĂ©. Et en dĂ©pit de son caractère dĂ©bridĂ© particulièrement cocasse, cette comĂ©die insuffle notamment une sensibilitĂ© candide pour la personnalitĂ© affable des habitants irlandais ainsi que pour la romance de deux policiers, O'Shea et Lisa. 
Dans celui du flic dĂ©pitĂ© de sa rupture conjugale, Richard Coyle dĂ©gage avec une sympathique bonhomie un tempĂ©rament loyal de hĂ©ros malgrĂ© lui. Sa partenaire Lisa Nolan, incarnĂ©e par la pĂ©tillante Ruth Bradley vĂ©hicule de prime abord un charme innocent pour ensuite imposer une extravagance irrĂ©sistible quand la jeune fille est contrainte de supporter un taux d'alcool disproportionnĂ© ! Son aisance naturelle Ă  se comporter telle une hĂ©roĂŻne fantasque cumulant risques et catastrophes renforce le cĂ´tĂ© dĂ©calĂ© de l'ambiance alarmiste.


Outre l'efficacitĂ© du rĂ©cit menĂ© sur rythme soutenu, le soin apportĂ© aux FX numĂ©riques, la verve des dialogues et la bonne humeur impartie Ă  chaque protagoniste, John Wright se permet notamment d'y soigner son dĂ©cor d'archipel en surplombant la splendeur de sa nature irlandaise ! En rĂ©sulte une excellente comĂ©die fantaisiste tirant parti de son charme attractif de par sa simplicitĂ© candide.

*Bruno
05.02.13

Récompense: Prix du Public au Festival du film Fantastique de Neuchatel.

lundi 4 février 2013

Universal Soldier: Le Jour du Jugement / Universal Soldier: Day of Reckoning

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site partage-ddl.com

de John Hyams. 2012. U.S.A. 1h55. Avec Scott Adkins, Jean Claude Van Damme, Dolph Lundgren, Kristopher Van Varenberg, Andrei Arlovski, Mariah Bonner.

Sortie DTV France: 23 Janvier 2013. Sortie salles U.S: 30 Novembre 2012. Russie et Malaisie: 4 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE: John Hyams est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1997: One dog Day. 2002: The Smashing Machine. 2003: Fight Day (télé-film). 2006: Rank. 2006: Bull Sessions: The Making of Rank. 2009: The Razzle Dazzle. 2009: Universal Soldier: régénération. 2012: Universal Soldier: le jour du jugement. 2012: Dragon Eyes.


Après une sympathique sĂ©rie B matricielle initiĂ©e par Roland Emmerich et deux suites mercantiles en demi-teinte (le 3è Ă©pisode plus sombre et violent se rĂ©vĂ©lait plus ambitieux que l'antĂ©cĂ©dent), Universial Soldier: le jour du jugement continue de s'opposer au caractère docile et pittoresque de son modèle. DĂ©jĂ  responsable du 3è volet, John Hyams nous livre ici un film d'action aussi Ă©trange que furibond, dĂ©ployant Ă  intervalle rĂ©gulier des sĂ©quences homĂ©riques d'une barbarie jusqu'au- boutiste ! Ca dĂ©marre sec avec un prologue meurtrier d'une rare brutalitĂ© pour le massacre d'une famille prise en otage par une bande de malfrats encagoulĂ©s. Passage Ă  tabac du père de famille avec le fer d'un tisonnier puis exĂ©cutions de la mère et sa fille, sommairement assassinĂ©es d'une balle dans la tĂŞte ! PassĂ© cette sĂ©quence choc particulièrement crapuleuse, on continue dans la mĂŞme veine cinglante avec l'entrĂ©e en scène d'un barbu renfrognĂ© au sein d'un hĂ´tel de passe en rut ! Coups de chevrotine fugaces envoyĂ©s sur chacun des clients alors que certaines de leur partenaire vont se retrouver projetĂ©es contre les murs par l'impact des balles assĂ©nĂ©es.


D'une sauvagerie inouĂŻe dans son ultra-violence pourfendeuse et extrĂŞmement spectaculaire dans ses combats chorĂ©graphiĂ©s, le long mĂ©trage de John Hyams est une sĂ©rie B d'une audace subversive pour illustrer sans concession la quĂŞte identitaire d'une ancienne machine Ă  tuer, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver ses assaillants. Sans faire preuve d'originalitĂ© pour son scĂ©nario quelque peu dĂ©cousu (voir parfois aussi expĂ©rimental dans les liens tĂ©lĂ©pathiques qu'entretiennent les UniSol), Universal Soldier: le jour du jugement est suffisamment bien troussĂ© et efficace pour prĂ©munir l'intĂ©rĂŞt du spectateur, constamment Ă©branlĂ© par sa puissance Ă©pique ! Course poursuite endiablĂ©e contre vĂ©hicules, baston interminable entre deux antagonistes au sein d'un foyer dĂ©labrĂ© ou dans l'enceinte d'un commerce sportif et Ă©changes de tirs mĂ©thodiques contre un groupe de mercenaires centralisĂ©s en camp militaire. Si l'interprĂ©tation reste tout juste honorable et que Scott Adkins tente comme il peut d'insuffler une certaine densitĂ© dans sa rancune vindicative, Jean Claude Vandamme vĂ©hicule une prĂ©sence glaçante pour endosser l'icone mystique d'un leader aussi mutique qu'impassible. Alors que son fidèle alliĂ© campĂ© par le vĂ©tĂ©ran Dolph Lundgren fait preuve d'un sarcasme mĂŞlĂ© de mĂ©pris afin d'intimider ses adversaires.


D'une fĂ©rocitĂ© aussi incongrue que rigoureuse, Universal Soldier: le jour du jugement est une sĂ©rie B effrontĂ©e dĂ©ployant sans rĂ©pit des sĂ©quences homĂ©riques Ă  l'impact foudroyant ! Si son scĂ©nario indĂ©cis et mal structurĂ© l'empĂŞche de dĂ©passer le stade conventionnel du film d'action, son caractère trouble liĂ© Ă  la quĂŞte identitaire et au rapport Ă©motif de nos rĂ©miniscences survole notamment une certaine rĂ©flexion existentielle. A dĂ©couvrir sans prĂ©jugĂ©s pour les amateurs  d'action frontale !

04.02.13
Bruno Matéï

mardi 29 janvier 2013

LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE (The Thing from another world)

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Christian Nyby et Howard Hawks. 1951. U.S.A. 1h27. Avec Margaret Sheridan, Kenneth Tobey, Robert Cornthwaite, Douglas Spencer, James R. Young, Robert Nichols.

Sortie salles France: 14 Décembre 1951. U.S: 6 Avril 1951 / 29 Avril 1951

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Christian Nyby est un monteur et réalisateur américain, né le 1er Septembre 1913 à Los Angeles (Californie), décédé le 17 Septembre 1993 à Temecula.
1951: La Chose d'un autre Monde. 1957: Hell on Devil's Island. 1962: Elfego Baca: Six gun Law. 1965: Furie sur le Nouveau-Mexique. 1965: Operation C.I.A. 1967: First to fight. 
Howard Hawks est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 30 Mai 1896 Ă  Goshen dans l'Indiana, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 DĂ©cembre 1977 Ă  Palm Springs en Californie. 1930: La Patrouille de l'aube. 1932: Scarface. 1933: Après nous le dĂ©luge. 1936: Brumes. 1936: Les Chemins de la Gloire. 1938: l'Impossible Monsieur BĂ©bĂ©. 1939: Seuls les anges ont des ailes. 1941: Sergent York. 1944: Le Port de l'Angoisse. 1946: Le Grand Sommeil. 1948: La Rivière Rouge. 1951: La Chose d'un autre Monde. 1952: La Captive aux Yeux clairs. 1952: ChĂ©ri, je me sens rajeunir. 1953: Les Hommes prĂ©fèrent les Blondes. 1955: La Terre des Pharaons. 1959: Rio Bravo. 1962: Hatari. 1966: El Dorado. 1970: Rio Lobo.

Bien avant The Thing de Carpenter, deux rĂ©alisateurs s’Ă©taient dĂ©jĂ  appropriĂ© le roman de John W. Campbell, Who Goes There ?, afin d’innover dans une anticipation alarmiste. Et mĂŞme si Howard Hawks est officiellement crĂ©ditĂ© au poste de producteur, il aurait en rĂ©alitĂ© largement influencĂ© - voire partiellement assurĂ© - la mise en scène confiĂ©e Ă  Christian Nyby.

Dans une rĂ©gion polaire de l’Arctique, des chercheurs font la stupĂ©fiante dĂ©couverte d’un vaisseau spatial Ă©chouĂ© sur la banquise. Après l’avoir fait exploser, ils rapatrient Ă  leur base militaire le corps congelĂ© d’un extra-terrestre. Rapidement, la crĂ©ature s’Ă©veille, s’Ă©chappe et sème la terreur au sein du groupe.

Ce qui frappe d’emblĂ©e, Ă  la redĂ©couverte de ce classique de la science-fiction mâtinĂ©e d’Ă©pouvante, c’est la modernitĂ© de sa mise en scène rigoureuse, filmĂ©e Ă  la manière d’un reportage pris sur le vif. D’illustres cinĂ©astes comme Ridley Scott ou John Carpenter reprendront plus tard cette mĂŞme recette pour façonner, avec un rĂ©alisme glaçant, leur terreur diffuse face Ă  la menace extra-terrestre (Alien et, bien entendu, The Thing).

DotĂ© d’un sens aigu du suspense sous-jacent, La Chose d’un autre monde s’impose comme une redoutable machine anxiogène, privilĂ©giant l’effet de suggestion avec une efficacitĂ© remarquable. L’originalitĂ© de son rĂ©cit confinĂ© dans un dĂ©cor hivernal rĂ©frigĂ©rant, conjuguĂ©e Ă  l’aspect hybride de sa crĂ©ature vĂ©gĂ©tale - une sorte de carotte vivante se rĂ©gĂ©nĂ©rant grâce au sang humain - confronte le spectateur Ă  une menace inĂ©dite, irrĂ©mĂ©diablement fascinante.

La dextĂ©ritĂ© avec laquelle les rĂ©alisateurs retardent ses apparitions furtives afin de distiller l’angoisse permet de dĂ©ployer, par intermittence, des sĂ©quences d’agression particulièrement cinglantes. L’affrontement avec la crĂ©ature piĂ©gĂ©e dans un incendie demeure ainsi saisissant, lorsque les flammes se propagent Ă  l’intĂ©rieur d’un espace clos, mettant brutalement en pĂ©ril la vie des membres de l’Ă©quipe.

La sobriĂ©tĂ© de jeu des comĂ©diens renforce l’aspect quasi documentaire du film, tandis que l’esprit de cohĂ©sion leur permet d’affronter avec courage cette menace singulière. Pour complexifier encore l’enjeu de survie, un scientifique renfrognĂ© choisit de bafouer la hiĂ©rarchie afin de prĂ©server l’existence d’une race inconnue.

IrrĂ©sistiblement fascinant et profondĂ©ment inquiĂ©tant, La Chose d’un autre monde n’a rien perdu de sa rigueur technique ni de la modernitĂ© de sa rĂ©alisation, fondĂ©e sur un suspense mĂ©thodique et implacable. Un modèle du genre, Ă©tonnamment pragmatique et toujours stimulant.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

29.01.13. 3èx
Bruno Matéï 


vendredi 25 janvier 2013

The man from erath / Jerome Bixby's The Man from Earth. Prix du Meilleur Film Ă  Rhode Island, 2007

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aeriesguard.com

de Richard Schenkman. 2007. U.S.A. 1h27. Avec David Lee Smith, John Billingsley, Ellen Crawford, William Katt, Annika Peterson, Richard Riehle, Alexis Thorpe.

Sortie dvd et blu-ray en France: 5 Juillet 2011. Sortie salles U.S: 13 Novembre 2007

FILMOGRAPHIE: Richard Schenkman est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Mars 1958 Ă  New-York. 2000: A Diva's Christmas Carol (tĂ©lĂ©-film). 2006: Muckraker ! (tĂ©lĂ©-film). 2007: The Man from Earth. 2007: And then came Love


InĂ©dit en salles en France mais disponible en DVD et Blu-ray, The Man from Earth est l’une de ces perles rares, honteusement occultĂ©e, pourtant portĂ©e par un bouche-Ă -oreille fulgurant - notamment grâce Ă  son tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal massif, approuvĂ© par le rĂ©alisateur lui-mĂŞme.
RĂ©cit spĂ©culatif de science-fiction sur les origines de l’univers et de la religion, The Man from Earth prend des allures de cours incandescent d’histoire et de philosophie, transmis par l’entremise d’un divin (affabulateur ?).

Sur le point de quitter ses proches, un professeur leur avoue qu’il est un homme de Cro-Magnon ayant survĂ©cu depuis plus de quatorze millĂ©naires. Au fil des discussions enflammĂ©es, ses collègues, tour Ă  tour sceptiques et fascinĂ©s, commencent Ă  douter de sa santĂ© mentale. L’un d’eux fait appel Ă  un psychologue pour dĂ©terminer s’il est sain d’esprit, mythomane ou irrĂ©mĂ©diablement dĂ©rangĂ©. Et lorsque la conversation embrase la question religieuse, l’homme revendique ni plus ni moins ĂŞtre JĂ©sus lui-mĂŞme…

Avec des moyens dĂ©risoires et un huis clos presque théâtral, le rĂ©alisateur nous convie Ă  un apartĂ© intime, incarnĂ© par un oracle venu de nulle part, dĂ©cidĂ© Ă  livrer sa vĂ©ritĂ© Ă  ses fidèles amis. GuidĂ© par des Ă©changes passionnĂ©s sur le sens de l’existence - en substance : faire le Bien - le film Ă©branle nos valeurs spirituelles, pointe la dĂ©rive du fanatisme et interroge la fatalitĂ© de la rĂ©incarnation. Ă€ travers ce dĂ©bat chargĂ© de mystère, il met en relief le lien philosophique entre bouddhisme et christianisme, comme si les grandes religions avaient bâti leurs mythes et paraboles pour guider l’humanitĂ© vers une sagesse mystique.

En s’emparant de cette idĂ©e improbable - un homme de 35 ans survivant depuis 14 000 ans - le film explore le pouvoir de persuasion, l’imagination et cette tension irrĂ©sistible entre le dĂ©sir de croire et la soif de vĂ©ritĂ©. Étrange, mais captivant, le discours de John nous souffle finalement que l’homme est fait pour apprendre, aimer son prochain et respecter la nature. Que le paradis tant fantasmĂ© se trouve ici, sur Terre, dans la bontĂ©. Et que nous ne sommes peut-ĂŞtre qu’un seul et mĂŞme ĂŞtre, vouĂ©s Ă  renaĂ®tre indĂ©finiment.

La vie de Jésus.
Science-fiction cĂ©rĂ©brale, riche en rĂ©flexions sur l’existence, la religion, la vieillesse et la peur de la mort, The Man from Earth est une allĂ©gorie agnostique sur l’incarnation et la foi. Avec un minimalisme radical fondĂ© sur l’unitĂ© de lieu, Richard Schenkman signe une Ĺ“uvre universelle, originale et sensible, culminant dans un Ă©pilogue poignant - lĂ  oĂą l’amour implore que deux amants soient laissĂ©s en Ă©treinte…

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Dédicace à O du Moulin
26.01.13

RĂ©compenses: Premier Prix du Meilleur Film, Grand Prix du Meilleur ScĂ©nario au Festival de Rhode Island en AoĂ»t 2007. 

Le Lac des Morts-vivants / Zombie Lake

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cult-labs.com

de Julian de Laserna (Jésus Franco) et Jean Rollin. 1981. France/Espagne. 1h29. Avec Howard Vernon, Pierre-Marie Escourrou, Anouchka Lesoeur, Antonio Mayans, Nadine Pascal, Youri Radionow, Burt Altman, Gilda Arancio, Marcia Sharif, Yvonne Dany, Jean-René Bleu.

Sortie salles France: 13 Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Jean Rollin (Jean Michel Rollin Roth Le Gentil) est un réalisateur, producteur, scénariste et écrivain français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (Seine), décédé le 15 Décembre 2010. 1958: Les Amours Jaunes. 1961: Ciel de cuivre. 1963: l'Itinéraire marin. 1964: Vivre en Espagne. 1965: Les Pays loin. 1968: Le Viol du Vampire. 1969: La Vampire Nue. 1970: Le Frisson des Vampires. 1971: Requiem pour un vampire. 1973: La Rose de fer. 1973: Jeunes filles impudiques. 1973: Christina chez les morts-vivants (une séquence, non crédité). 1974: Les Démoniaques. 1974: Tout le monde il en a deux. 1975: Lèvres de sang. 1975: Phantasmes. 1976: La Romancière Lubrique. 1976: La comtesse Ixe. 1977: Saute moi dessus. 1977: Hard Penetration. 1977: Vibrations sexuelles. 1977: Positions danoises. 1978: Remplissez moi les trois trous. 1978: Petites pensionnaires impudiques. 1978: Lèvres entrouvertes pour sexes chauds. 1978: Hyperpénétrations. 1978: Les Raisins de la mort. 1978: Discosex. 1979: Fascination. 1979: Gamines en chaleur. 1979: Bouches lascives et pornos. 1979: Pénétrations Vicieuses. 1980: Le Nuit des Traqués. 1981: Fugues mineures. 1981: Le Lac des Morts-vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer). 1982: Rêves de sexes. 1982: La Morte-vivante. 1983: Sodomanie. 1983: Folies anales. 1984: Les Trottoirs de Bangkok. 1985: Ne prends pas les poulets pour des pigeons. 1985: Emmanuelle 6. 1990: La Griffe d'Horus (TV). 1990: A la poursuite de Barbara. 1991: Perdues dans New-York. 1993: Killing Car. 1994: Le Parfum de Mathilde. 1997: Les 2 Orphelines Vampires. 2002: La Fiancée de Dracula. 2007: La Nuit des Horloges. 2010: Le Masque de la Méduse.


Tourné en partie par Jean Rollin (Jesus Franco aurait pris la poudre d'escampette au bout de 2 jours de tournage, le bougre !), Le Lac des Morts-vivants est considéré à juste titre comme l'un des nanars les plus affligeants de l'Hexagone (et de la planète bleue s'exclameront quelques goguenards). Nanti d'un budget de miséricorde, d'acteurs amateuristes (même Howard Vernon semble totalement évasif) et d'une réalisation godiche, cette production Eurociné transcende sa nullité par un humour involontaire multipliant à merveille les bourdes techniques. Maquillage verdâtre des zombies tantôt criard, tantôt désaturés dès qu'ils s'extirpent de l'eau, piscine camouflée en étang de nénuphars et surtout jeu d'approximations constitué en grande partie de bovins du 3è âge quand il ne s'agit pas de jolies potiches dénudées filmées sous toutes les coutures.


Le scĂ©nario risible est Ă  lui seul une farce saugrenue alliant romantisme infantile, horreur acadĂ©mique, parodie troupière ! 
Dans un petit village des annĂ©es 50, des zombies nazis autrefois assassinĂ©s et noyĂ©s par des rĂ©sistants français s'extirpent d'un lac pour revenir se venger. La cause de leur damnation provient des messes noires invoquĂ©es dans les eaux de l'Ă©tang sous le règne de l'inquisition mĂ©diĂ©vale. DĂ©barquĂ©e au village, une journaliste enquĂŞte auprès du maire pour connaĂ®tre les origines de la tragĂ©die que la populace prĂ©nomme "le lac des maudits". 
Enfin, pour insuffler une certaine forme de poésie romanesque à l'intrigue, un flash-back nous remémore qu'un des soldats allemands eut une relation idyllique avec une femme française, décédée quelques temps après l'accouchement de leur fille. Revenu aujourd'hui d'entre les morts, l'officier décide de rendre visite à sa fille avec une bonhomie virginale !


Jamais ennuyeux car tellement andouille dans les chassés croisés entre zombies délavés et victimes ahuries, le Lac des Morts-vivants est notamment privilégié d'une quantité astronomique de dialogues aussi grandiloquents qu'hilarants ! A titre probant, je vous laisse lire l'une des répliques les plus mémorables :
Le maire: Seul le grand feu sacré de l'apocalypse pourrait les réduire en cendres et leur donner la paix éternelle !
Katia: Le grand feu sacré de l'apocalypse, le feu auquel je pense n'a rien de sacré vous voyez ! Au contraire, il est moins mystique mais tout aussi efficace que l'apocalypse ! Pas grand chose ne lui résiste, n'hésitez pas utilisez le !
Le maire: Mais, mais, Ă  quoi pensez vous ?
Katia: Au napalm !
Le maire: Merci, merci Katia ! Vous allez sauvez le village de la destruction et moi du désespoir !


On a retrouvé la 7è compagnie !
Panthéon du Z franchouillard où le grand-guignol troupier se dispute à l'érotisme polisson (le club des baskets entièrement à poil pour faire trempette dans la piscine), le Lac des Morts-vivants est un nanar suprême que tout aficionados se doit d'expérimenter ! Filmé avec une maladresse et un sérieux stoïques, joué par des métayers plus vrais que nature et des nymphettes décomplexées, cette pantalonnade s'alloue même d'un charme formel dans ses paysages bucoliques et dans sa poésie niaise attendrissante. Ajoutez enfin pour agrémenter la fantaisie grand-guignol un score dissonant résolument envoûtant et vous obtenez un épigone d'outre-tombe des Bidasses en Folie !
A noter l'apparition clin d'oeil du regretté Jean Rollin en victime baba.

*Bruno
25.01.13. 3èx


jeudi 24 janvier 2013

SOCIETY

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrordaily.com

de Brian Yuzna. 1989. U.S.A. 1h35. Avec Bill Warlock, Devin Devasquez, Evan Richards, Ben Meyerson, Connie Danese, Ben Slack.

FILMOGRAPHIE: Brian Yuzna est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né en 1949 aux Philippines.
1989: Society. 1990: La Fiancée du Ré-animator. 1990: Silent Night, Deadly Night 4. 1993: Le Retour des morts-vivants 3. 1996: Le Dentiste. 1998: Progeny, l'enfant du futur. 1998: Le Dentiste 2. 2000: Faust. 2003: Beyond Ré-animator. 2004: Rottweiler. 2005: La Malédiction des Profondeurs. 2010: Amphibious 3D.


En 1989, un rĂ©alisateur nĂ©ophyte Ă©labore une sĂ©rie B dĂ©tonante sortie de nulle part, dĂ©peignant avec une originalitĂ© sans Ă©gale une caricature au vitriol de la bourgeoisie ricaine de Beverlly Hills. Sous influence d'un Ă©pisode de la 4è Dimension ou des dĂ©lires organiques d'un Cronenberg, Society est une farce caustique Ă  l'humour noir cinglant culminant sa dĂ©pravation sexuelle dans une partouze finale paroxystique ! PerturbĂ© par des cauchemars rĂ©currents, un jeune lycĂ©en issu d'une noble famille consulte un psychologue pour tenter de remĂ©dier Ă  ses terreurs nocturnes. Alors qu'il accumule les conquĂŞtes fĂ©minines, Billy suspecte l'Ă©trange comportement indĂ©cent de sa soeur et ses parents. Pour alimenter ces soupçons, un de ses camarades de classe, David, lui fait Ă©couter une Ă©trange cassette audio auquel ses parents semblent s'adonner Ă  des plaisirs incestueux. Le lendemain, le tĂ©moin meurt dans un accident de voiture. SĂ©rie B d'apparence conventionnelle, desservie par une facture tĂ©lĂ©visuelle Ă  la mise en scène dĂ©butante, Society s'Ă©labore finalement en immense farce macabre dans sa mĂ©taphore sur le cannibalisme de la haute bourgeoisie. Empreint de dĂ©rision et d'Ă©rotisme coquin, la première partie nous dĂ©crit une jeunesse huppĂ©e de la Californie s'adonnant aux traditionnels conflits machistes pour de futiles flirts avec des potiches sexy. Peu Ă  peu, l'atmosphère paisible mais factice de cette petite bourgeoisie va rapidement changer de ton avec l'attitude parano du jeune Billy.



PlongĂ© dans une psychose toujours plus contraignante, le lycĂ©en va peu Ă  peu remarquer l'attitude inconvenante de certains proches de son entourage mais aussi celle de sa propre famille. Certains citadins semblent en effet avoir un penchant fĂ©tichiste pour toute dĂ©viance sexuelle, alors que la mère bedonnante d'une de ses amies Ă©prouve un penchant obsessionnel pour les mèches de cheveux ! Si Brian Yuzna se rĂ©vèle en l'occurrence un rĂ©alisateur novice peut adroit dans le maniement de sa camĂ©ra, il rĂ©ussit Ă  instaurer un climat d'inquiĂ©tude et d'Ă©trangetĂ© d'une manière palpable ! Le comportement versatile ou interlope de certains des antagonistes, la dĂ©couverte macabre de tĂ©moins assassinĂ©s et leur rĂ©surrection imposĂ©e nous assaillent de doutes et de questionnements laissĂ©s en suspens. Avec une certaine habiletĂ©, le rĂ©alisateur rĂ©ussit donc Ă  nous façonner un long-mĂ©trage atypique, gros bordel incongru au cours duquel son point d'orgue orgasmique va arborer une audace visuelle hallucinĂ©e ! Ce bouquet final cartoonesque, oĂą des corps dĂ©nudĂ©s se combinent Ă  d'autres pour pratiquer des Ă©changes sexuels et cannibales, est transcendĂ© par les FX de Screaming Mad George ! Et on peut dire que l'Ă©quipe s'en est donnĂ© Ă  coeur joie pour nous confectionner des sĂ©quences (gluantes) de transformation corporelle encore jamais vues au cinĂ©ma ! (les corps se dĂ©composent en masse gĂ©latineuse ou se synthĂ©tisent d'une manière destructurĂ©e !)


La grande bouffe
DrĂ´lement sardonique, inquiĂ©tant et dĂ©rangeant, Society s'Ă©rige en satire sociale pour illustrer le cynisme de la haute bourgeoisie s'adonnant uniquement aux plaisirs de la chair ! DĂ©ployant dans sa dernière partie des effets-spĂ©ciaux d'une inventivitĂ© ahurissante, cette petite perle incongrue n'a toujours rien perdu de sa verve insolente et de son mystère insoluble. 

*Bruno 
24.01.13
17.09.22

mercredi 23 janvier 2013

Répulsions. Ours d'Argent à Berlin, 1965

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Roman Polanski. 1965. Angleterre. 1h45. Avec Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, John Fraser, Ian Hendry, Helen Fraser, Patrick Wymark.

Sortie salles France: 7 Janvier 1966. Angleterre: Juin 1965

FILMOGRAPHIE: Roman Polanski (né le 18 août 1933 à Paris) est un comédien, metteur en scène de théâtre et d'opéra puis un producteur, scénariste et réalisateur de cinéma franco-polonais.
1962 : Le Couteau dans l'eau , 1965 : RĂ©pulsion, 1966 : Cul-de-sac, 1967 : Le Bal des vampires, 1968 : Rosemary’s baby, 1971 : Macbeth, 1972 : Quoi ?, 1974 : Chinatown, 1976 : Le Locataire ,1979 : Tess, 1986 : Pirates, 1988 : Frantic, 1992 : Lunes de fiel ,1994 : La Jeune Fille et la Mort , 1999 : La Neuvième Porte ,2002 : Le Pianiste,2005 : Oliver Twist, 2010 : The Ghost Writer 2011 : Le Dieu du carnage.


Conçu par la production comme un film d'horreur lambda, le nĂ©ophyte Roman Polanski va transformer son oeuvre de commande en drame psychologique auteurisant. ChargĂ© d'une atmosphère anxiogène, lourde et suffocante, RĂ©pulsion relate au compte goutte l'introspection dĂ©clinante d'un cas de schizophrĂ©nie. En l'occurrence, il s'agit d'une jeune manucure introvertie et taciturne, co-habitant avec sa soeur aĂ®nĂ©e dans un appartement lugubre. PlongĂ©e dans le dĂ©sarroi de la solitude, HĂ©lène est angoissĂ©e Ă  l'idĂ©e d'ĂŞtre courtisĂ©e par la gente masculine. Alors que sa frangine vit une relation extra-conjugale avec un mari infidèle, la jeune femme est importunĂ©e par ses gĂ©missements sexuels durant ses nuits de sommeil. Quand le couple dĂ©cide de partir en villĂ©giature, HĂ©lène est effrayĂ©e Ă  l'idĂ©e de rester cloĂ®trĂ©e dans l'appartement. Peu Ă  peu, enclin Ă  diverses hallucinations effrayantes, elle perd pied avec la rĂ©alitĂ© et sombre dans une folie meurtrière irrĂ©versible. De pas sa mise en scène Ă  la fois inventive et ambitieuse, Roman Polanski transcende le portrait fĂ©brile d'une jeune schizophrène avec un souci de rĂ©alisme aussi Ă©prouvant que dĂ©rangeant. Et ce en y effectuant un travail judicieux sur le son (le tic-tac pondĂ©rĂ© du rĂ©veil, le bourdonnement des mouches, le viol imaginaire d'HĂ©lène Ă©ludĂ© d'une moindre vibration ! ) le rĂ©alisateur nous transmet une angoisse diffuse toujours oppressante. 


En prime, l'atmosphère feutrĂ©e rĂ©gie au sein de l'appartement est rehaussĂ©e d'une odeur putrescente de lapin avariĂ©, tandis que des cadavres humains fraĂ®chement assassinĂ©s vont venir amplifier l'odeur faisandĂ©e. ImmergĂ© Ă  l'intĂ©rieur de l'esprit d'une malade mentale esseulĂ©e dans ce logement insalubre, le spectateur tĂ©moigne de ses moindres mouvements, ses pensĂ©es dĂ©rangĂ©es, ses visions horrifiĂ©es, si bien qu'il redoute ses pulsions incontrĂ´lĂ©es ! Sans forcer le trait sur l'hĂ©moglobine, les sĂ©quences d'estocades meurtrières impressionnent par leur violence implacable. En cinĂ©aste avisĂ©, Roman Polanski maĂ®trise ses cadres inquiĂ©tants en insufflant une indĂ©niable tension au suspense escomptĂ©. A ce titre, le crime du bailleur infligĂ© Ă  coups de rasoir est retardĂ© du comportement erratique d'HĂ©lène pour se rĂ©vĂ©ler ensuite d'une cruditĂ© difficilement supportable lorsque la peur se relaxe d'une sauvagerie prĂ©cipitĂ©e. Dans un rĂ´le inattendu, Catherine Deneuve accomplit une performance glaçante pour s'immiscer dans la peau d'une meurtrière avec son regard neutre dĂ©nuĂ© de raisonnement. Enfoui dans un mutisme aliĂ©nant laissant s'extĂ©rioriser des hallucinations cauchemardesques (les mains s'extirpant des murs d'un couloir pour l'apprĂ©hender, ses viols rĂ©currents avec un vagabond !), le spectateur est plongĂ© dans sa psychĂ© torturĂ© avec une vĂ©ritĂ© humaine confinant au malaise. Peut-ĂŞtre le rĂ´le de sa vie.


Drame de la solitude illustrant sans concession la pathologie d'une jeune victime refoulĂ©e, abandonnĂ©e depuis l'enfance par la famille et discrĂ©ditĂ©e d'une sociĂ©tĂ© machiste, RĂ©pulsion autopsie son portrait avec une vĂ©racitĂ© Ă©prouvante. Outre la prestation transie d'Ă©moi de Catherine Deneuve, ce chef-d'oeuvre inquiĂ©tant est notamment affermi d'une mise en scène innovante, car utilisant avec efficacitĂ© le cadre de son espace clos et l'effet de suggestion, non exempte d'Ă©clairs de violence cinglants ! A ne pas mettre entre toutes les mains tant son rĂ©alisme demeure aussi malaisant que perturbant.

*Bruno
05.01.23. 4èx
23.01.13. 

RĂ©compenseOurs d'Argent Ă  Berlin, 1965


mardi 22 janvier 2013

YAKUZA (The Yakuza)

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Sydney Pollack. 1974. U.S.A. 1h52. Avec Robert Mitchum, Brian Keith, Herb Edelman, Richard Jordan, Keiko Kishi, Eiji Okada.

Durée: 123 minutes (Japon), 112 minutes (États-Unis), 107 minutes (Royaume-Uni)

Sortie salles U.S: 19 Mars 1975. Japon: 28 Décembre 1974

FILMOGRAPHIE: Sydney Pollack est un réalisateur, acteur et producteur américain, né le 1er Juillet 1934 à Lafayette, dans l'Indiana (Etats-Unis), mort d'un cancer à Los Angeles le 26 Mai 2008.
1965: The Slender Thread. 1966: Propriété Interdite. 1968: Les Chasseurs de Scalps. 1968: The Swimmer. 1969: Un Château en Enfer. 1969: On Achève bien les chevaux. 1972: Jeremiah Johnson. 1973: Nos plus belles années. 1974: Yakuza. 1975: Les 3 Jours du Condor. 1977: Bobby Deerfield. 1979: Le Cavalier Electrique. 1981: Absence de Malice. 1982: Tootsie. 1985: Out of Africa. 1990: Havana. 1993: La Firme. 1995: Sabrina. 1999: l'Ombre d'un Soupçon. 2005: l'Interprète. 2005: Esquisses de Frank Gehry


Rarement diffusĂ© Ă  la TV et souvent omis des amateurs de polar, Yakuza fait parti se ses perles rares auquel les dĂ©faveurs du temps n'ont eu aucune emprise. Les spectateurs qui eurent la chance de le dĂ©couvrir sur petit Ă©cran ne manqueront pas de se remĂ©morer avec nostalgie sa fameuse diffusion intervenue un certain mardi soir sur Antenne 2 et estampillĂ©e du fameux "carrĂ© blanc" (faute d'une violence assez dĂ©monstrative). Avec la trempe d'un rĂ©alisateur aussi confirmĂ© que Sydney Pollack, Yakuza est un superbe polar, dense et nerveux, tirant son originalitĂ© sur la culture nippone imposĂ©e aux fameux Yakuza. Une organisation du crime aux codes d'honneur et de fraternitĂ© bien spĂ©cifiques, notamment vouĂ©s Ă  un sens du sacrifice peu commun (pour Ă©viter la peine de mort, le coupable doit se trancher l'index en guise de repentance). 

Synopsis: Un entrepreneur corrompu propose Ă  l'un de ses amis, Harry Kilmer, ancien dĂ©tective, de rĂ©cupĂ©rer sa fille kidnappĂ©e au Japon par les membres d'un Yakuza. Harry en profite pour revoir une ancienne amie avec qui il eut une idylle amoureuse, et par la mĂŞme occasion lui invoque l'aide de son frère. Avec l'entremise de ses Ă©quipiers, la tentative d'extraire la fille des membres des Yakuza se transforme en règlements de compte sanglants. 


RĂ©alisĂ© avec rigueur, Ă©purĂ© de dĂ©cors insolites et rehaussĂ© d'un solide scĂ©nario aux rebondissements surprenants, Yakuza est une fascinante incursion au sein de l'univers trouble des fameux Yakuzas. DominĂ© par l'interprĂ©tation notable du vĂ©tĂ©ran Robert mitchum, louablement secondĂ© par la prestance magnĂ©tique du japonais Ken Takakura, cette vendetta familiale redouble d'intensitĂ© dramatique dans ces enjeux considĂ©rables oĂą vaillance et sens du sacrifice seront mis Ă  rude Ă©preuve. Autour de cette confrĂ©rie mafieuse, le rĂ©alisateur nous brode donc une histoire d'amour et d'amitiĂ© entachĂ©e de contrariĂ©tĂ© vis Ă  vis d'un trio d'amants compromis Ă  leur Ă©thique de probitĂ©. Car unis dans le passĂ© par un lien de solidaritĂ© pour la survie d'une jeune femme rescapĂ©e de la guerre, Harry Kilmer et son acolyte Ken Tanaka vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  s'Ă©changer une dĂ®me pour combattre toute une organisation criminelle. Sans cesse dĂ©fiĂ©s au sens du courage et de la bravoure auprès d'un code d'honneur aux règles archaĂŻques, nos combattants vont employer des risques considĂ©rables pour prĂ©munir famille et acolytes avant leur dernier baroud d'honneur. A ce titre, les combats de sabre inĂ©vitablement imposĂ©s Ă  Ken pour dĂ©fier une armĂ©e de Yakuza, avant de pouvoir s'opposer au leader, dĂ©ploient de furieux accès de violence homĂ©riques remarquablement chorĂ©graphiĂ©s !


Formidablement tempĂ©rĂ© d'un savant dosage de suspense, d'Ă©motion et d'action intense, Yakuza est surtout privilĂ©giĂ© de sa densitĂ© narrative Ă  la dramaturgie fraternelle. Sa fascinante incursion dans l'univers trouble des Yakuzas ne manque pas de nous interpeller avec leur hiĂ©rarchie drastique Ă©tablie dans une discipline marginale. Un grand classique d'une Ă©clatante modernitĂ©.

*Bruno

Dédicace à Franck Gossard
Remerciement au Ciné-club de l'antre !
22.01.13

lundi 21 janvier 2013

BARFLY


                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood80.com

de Barbet Schroeder. 1987. U.S.A. 1h44. Avec Mickey Rourke, Faye Dunaway, Alice Krige, Jack Nance, J.C. Quinn, Frank Stallone.

FILMOGRAPHIE: Barbet Schroeder est un réalisateur et producteur, de nationalité française d'origine suisse, né le 26 Août 1941 à Téhéran (Iran).
1969: More. 1972: La Vallée. 1976: Maîtresse. 1984: Tricheurs. 1987: Barfly. 1990: Le Mystère Von Bulow. 1992: J.F partagerait appartement. 1995: Kiss of Death. 1996: Before and after. 1998: l'Enjeu. 2000: La Vierge des Tueurs. 2002: Calculs Meurtriers. 2007: l'Avocat de la terreur (Documentaire). 2008: Inju, la Bête dans l'ombre. 2009: Mad Men (série TV).


              DĂ©finition de Barfly: mouche de bar qu'on pourrait traduire par "Pilier de bistrot"

Echec public lors de sa discrète sortie en salles, Barfly se révèle l'un des films les occultés de la carrière du cinéaste. Inspiré de la véritable vie de l'écrivain Charles Bukowski, le film suit l'errance nocturne d'un couple à la dérive, fréquentant les bars miteux d'un ghetto de Los Angeles.
Drame social sur l'échec professionnel et le fardeau de la solitude, Barfly nous illustre avec une vérité humaine poignante la rencontre marginale de deux écorchés de la vie. L'un est un brillant écrivain n'ayant jamais réussi à percer dans le milieu, l'autre est une chômeuse blasée, lourdement éprouvée par son passé conjugal. Ensemble, ils tentent de former un semblant de couple harmonieux au sein de leur appartement insalubre et fuient leur désespoir en se réfugiant dans l'ivresse de l'alcool. En prenant le choix de daigner réunir deux monstres sacrées du cinéma, on pouvait craindre une oeuvre formatée un brin prétentieuse avec le jeu cabotin de ces illustres comédiens. D'autant plus que l'argument misérabiliste met bien en exergue l'existence sordide d'un couple d'alcoolos sombrant inévitablement dans une déchéance suicidaire.


A contrario, le rĂ©alisateur s'en tire admirablement en Ă©ludant cette forme de pathos rĂ©doutĂ©, tandis que Faye Dunaway et Mickey Rourke imposent leur jeu dĂ©pravĂ© avec une vĂ©ritĂ© humaine inespĂ©rĂ©e ! En prime, Ă  aucun moment Barbet Schroeder ne prend le parti de les juger. Il nous immerge dans leur vie nocturne avec un rĂ©alisme cru (les bastons de rue sont plutĂ´t violentes et sanglantes), une Ă©motion prude (tous les personnages paumĂ©s se rĂ©vèlent attachants dans leur dĂ©tresse humaine) et un humour parfois pittoresque (les incessants dĂ©fis physiques que se provoquent Henry et le serveur de bar, Eddie). L'ambiance blafarde des bars malfamĂ©s oĂą se cĂ´toient ivrognes, vieillards burinĂ©s et femmes esseulĂ©es, et celle plus intime, de l'appartement de Wanda, est retranscrite avec un souci d'authenticitĂ©. Nous sommes vĂ©ritablement plongĂ©s dans un univers de dĂ©bauche oĂą l'alcool, les violences conjugales avec le voisinage et les rixes urbaines dĂ©coulent de leur misère sociale. Avec sa dĂ©gaine maladroite de clochard borgne et de bagarreur invĂ©tĂ©rĂ©, Mickey Rourke incarne un provocateur misanthrope plein d'ironie ainsi qu'une empathie discrètement attendrissante (sa jalousie affectueuse auprès de sa compagne). Sa partenaire Faye Dunaway accorde autant de persuasion pour endosser le rĂ´le vulnĂ©rable d'une quinquagĂ©naire trop Ă©prouvĂ©e par le poids de son passĂ© sans connaĂ®tre prĂ©cisĂ©ment ce qui l'eut amenĂ© Ă  une telle dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale. Le film reposant entièrement sur leurs frĂŞles Ă©paules, les deux acteurs parviennent avec sobriĂ©tĂ© Ă  nous faire oublier leur stature notoire si bien que l'on regrette que le film se clĂ´t brutalement sur un Ă©pilogue trivial.


S'il se rĂ©vèle sans surprise, Barfly est un portrait libertaire poignant et plein d'humilitĂ© de deux alcooliques qui auront dĂ©cidĂ© de tourner le dos Ă  leurs ambitions pour accepter communĂ©ment leur propre dĂ©faite. Rien que pour la prĂ©sence très attachante des deux comĂ©diens, le film mĂ©rite assurĂ©ment Ă  ĂŞtre rĂ©habilitĂ© pour sa dĂ©marche intègre et sa modestie Ă©motionnelle, non exempte de savoureux traits d'ironie. 

Un grand merci à Ciné-bis-Art !
21.01.13. 2èx
Bruno Matéï

samedi 19 janvier 2013

DJANGO UNCHAINED

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site prettymuchamazing.com

de Quentin Tarantino. 2012. U.S.A. 2h45. Avec Jamies Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson, Walton Goggins, Dennis Christopher, James Remar, Laura Cayouette, Don Johnson, Tom Wopat, Quentin Tarantino.

Sortie salles France: 16 Janvier 2013. U.S: 25 Décembre 2012

FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
1992: Réservoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jacky Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained.


Après ses 2 derniers films controversés (Boulevard de la Mort / Inglorious Basterds) qui avaient dépité une bonne partie du public, Tarantino s'entreprend cette fois-ci à rendre hommage au western en s'inspirant vaguement du chef-d'oeuvre de Corbucci, Django. En effet, il n'est aucunement question de l'élaboration d'un remake ou d'un plagiat (même si les deux héros partagent comme point commun une rancoeur vindicative en ascension), mais plutôt d'un habile démarquage du western spaghetti. Puisqu'en l'occurrence, Tarantino souhaite mettre en exergue comme argument social le traitement infligé aux esclaves noirs du Sud des Etats-Unis avant la guerre de sécession. D'une durée excessive (mais justifiée !) de plus de 2h45, Django Unchained suit le périple en 1858 d'un chasseur de prime allemand et d'un esclave noir libéré de ses chaines par ce dernier, tous deux compromis à se faire passer pour des acheteurs d'esclaves chez un riche propriétaire. Un subterfuge prémédité afin de libérer la fiancée de Django, exploitée depuis plusieurs années comme femme de ménage par un vieux nègre corrompu, l'acolyte du sadique Clavin J. Candie.


Avec sa traditionnelle virtuositĂ© technique, sa verve inimitable pour les rĂ©pliques acerbes et son humour noir fĂ©roce, Quentin Tarantino semble mieux attentionnĂ© Ă  façonner un scĂ©nario structurĂ© en prenant soin de peaufiner l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses personnages cyniques. La première heure privilĂ©gie un ton lĂ©ger et pittoresque (le traquenard Ă©mis Ă  la confrĂ©rie encapuchonnĂ©e !), non exempt d'Ă©clairs de violence sarcastique parmi les tâches du Dr King SchĂĽltz (Christoph Waltz dans un rĂ´le pondĂ©rĂ© Ă  contre-emploi !). Un mĂ©decin reconverti en chasseur de prime loyal puisque dĂ©vouĂ© Ă  exaucer la vengeance de Django (Jamie Fox, tout en rĂ©volte contenue pour sa rancoeur latente). Ensemble, ils vont tenter de retrouver une esclave africaine au sein d'une AmĂ©rique raciste rĂ©futant la libertĂ© du peuple noir. La suite des Ă©vènements beaucoup plus dense dans l'enjeu imparti Ă  la traite des nègres va prendre une tournure plus grave dès que nos deux compères vont devoir Ă©tablir une transaction avec l'ignoble Clavin J. Candie (magnifiquement tempĂ©rĂ© par l'Ă©lĂ©gance hautaine d'un Di Caprio vicelard). Ce marchandage financier pour la mise d'un combattant noir va leur permettre d'Ă©tablir la nouvelle rencontre du sbire sclĂ©rosĂ© de Candie, Stephen (Samuel L. Jackson abjecte de putasserie dans la peau d'un vieillard sĂ©nile). C'est justement dans sa propriĂ©tĂ© rurale que la fiancĂ©e de Django y demeure parmi l'allĂ©geance d'autres esclaves destinĂ©s Ă  labourer le coton. ÉmaillĂ© d'affrontements psychologiques mesquins et perfides entre chacun des rivaux, d'action cinglante impromptue pour les impacts de balles assĂ©nĂ©s aux victimes, dĂ©cuplant de manière singulière l'abondance de jets de sang sur les chairs explosĂ©es, Quentin Tarantino n'oublie pas d'exprimer sa plaidoirie anti-raciste en fustigeant le comportement crapuleux de propriĂ©taires blancs dĂ©nuĂ©s d'une moindre vergogne. Certaines tortures ou lynchages infligĂ©s aux noirs indisciplinĂ©s (l'esclave dĂ©vorĂ© vivant par les chiens, la lutte Ă  mort des combattants, la sentence du fouet, Broomhilda sĂ©questrĂ©e dans la boite brĂ»lante sous un soleil Ă©crasant !) se rĂ©vèlent d'une âpretĂ© rigoureuse afin de rĂ©veiller la conscience du spectateur, compromis Ă  la xĂ©nophobie d'une Ă©poque primitive.


Avec Django Enchained, Tarantino continue de dĂ©clarer sa flamme Ă  l'amour du cinĂ©ma de genre avec toujours autant de verve caustique, d'inventivitĂ© audacieuse et d'insolence roublarde. Superbement campĂ© par une armada de comĂ©diens notables (mention spĂ©ciale Ă  Samuel L. Jackson, dans un rĂ´le insidieux innommable !) et scandĂ© par une BO entraĂ®nante, ce western stimulant n'oublie pas pour autant de rappeler la condition inhumaine infligĂ©e Ă  la communautĂ© noire, longtemps martyrisĂ©e par une AmĂ©rique xĂ©nophobe au dĂ©but du 16è siècle. Enfin, en guise de clin d'oeil, on notera l'apparition du vĂ©tĂ©ran Franco Nero dans un court passage tout en dĂ©rision ! N'en dĂ©plaise Ă  ses dĂ©tracteurs de toujours, Tarantino est revenu plus revigorĂ© et persuasif que jamais !

19.01.13
Bruno Matéï