mercredi 1 mai 2013

Evil-dead (The Evil-Dead). Meilleure 1ère oeuvre au Rex de Paris, 1982.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sam Raimi. 1981. U.S.A. 1h25. Avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Richard DeManincor, Betsy Baker, Theresa Tilly.

Sortie salles U.S: 15 Octobre 1981 (première à Détroit). 15 Avril 1983 en sortie nationale.
France: Mai 1982 au Marché du film de Cannes. Novembre 1982 au Rex de Paris. 24 Août 1983 en sortie nationale.

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un rĂ©alisateur, acteur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Octobre 1959 Ă  Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

L’opĂ©ra de la terreur !
Le film d’horreur le plus fĂ©rocement original, dixit un Stephen King abasourdi ! Depuis sa sortie rentable en salles et son illustre succès en VHS, Evil Dead s’est imposĂ© au panthĂ©on des films d’horreur les plus impressionnants de l’histoire. L’emblème moderne du « ouh, fais-moi peur ! », alors mĂŞme que son rĂ©cit puise dans les clichĂ©s usuels de l’Ă©pouvante traditionnelle : une forĂŞt bucolique, tĂ©nĂ©breuse, rĂ©gie par des dĂ©mons sataniques.

RĂ©alisĂ© avec des bouts de ficelle et une poignĂ©e de comĂ©diens amateurs, cette première Ĺ“uvre d’un jeune cinĂ©aste surdouĂ© est un moment de folie furieuse jamais contemplĂ© sur toile. Car conçu comme un train fantĂ´me erratique, Evil Dead est une sarabande infernale, une nuit dĂ©moniaque et irrationnelle, dans laquelle un groupe de vacanciers a la dĂ©veine de croiser les forces du mal. En empruntant le schĂ©ma classique du film de possession et le cadre du slasher champĂŞtre, Sam Raimi se rĂ©approprie les conventions avec une insolence jubilatoire.

Entre ses touches d’onirisme macabre et sa profusion de gore aux accents frĂ©nĂ©tiques, Evil Dead provoque l’euphorie par sa mise en scène virtuose. D’une efficacitĂ© redoutable, Raimi transcende son script Ă©culĂ© en jouant la carte de la provocation et de l’action cinglante dans un esprit de grand-guignol carnavalesque. Fort de son ingĂ©niositĂ© bricolĂ©e, il secoue le spectateur et joue avec ses nerfs, face Ă  ces protagonistes soumis, un Ă  un, Ă  l’emprise dĂ©moniaque.

Ă€ la bande-son tonitruante, oĂą ricanements moqueurs se disputent aux hurlements d’effroi, Evil Dead distille une panique masochiste chez son spectateur voyeur. Jamais sĂ©rie B n’aura rendu si palpable — et terrifiante — une scĂ©nographie forestière, oĂą l’entitĂ© dĂ©moniaque semble s’infiltrer jusque dans la pellicule. Ă€ ce titre, et en frĂ´lant miraculeusement l’Ă©cueil du ridicule, la scène du viol de Cheryl reste un moment d’anthologie, couillu, chargĂ© d’une verve visuelle aux connotations sexuelles — c’est d’ailleurs pour cette transgression que l’Angleterre assigna Raimi devant les tribunaux.

La tension diffuse devient de plus en plus prĂ©gnante, la fĂ©rocitĂ© cauchemardesque atteint son apogĂ©e lors d’une ultime demi-heure totalement dĂ©bridĂ©e, quand le dernier survivant, esseulĂ©, se retrouve confinĂ© dans la cabane maudite, Ă  lutter vaillamment contre les dĂ©mons ricaneurs.

 
"Le rire du démon dans la pellicule".
Furieusement gore (les armes blanches pĂ©nètrent et sectionnent les chairs avec une verdeur viscĂ©rale !), diablement jouissif, mĂ©chamment railleur, Evil Dead dĂ©ploie avec une vigueur rare un florilège de dĂ©viances horrifiques dignes d’un bad trip sarcastique. Chef-d’Ĺ“uvre subversif d’horreur hardgore, il reste d’une modernitĂ© renversante, notamment par sa capacitĂ© Ă  transgresser la peur en y injectant stupeur, choc, euphorie — on ne compte plus les estocades des jump scares ultra-efficients.

C’est ce qu’on appelle aussi : une dĂ©claration d’amour. Celle d’un artiste entièrement habitĂ© par ses innovations d’alchimiste ricaneur.

*Eric Binford
01.05.13. (23è visionnage)

La critique d'Evil-Dead, version 2013: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-2013.html

RĂ©compensesPrix du Public et le Prix de la Meilleure Première Ĺ’uvre au Festival du Rex Ă  Paris en 1982.


L'Enfance Volée / Der Verdingbub


de Markus Imboden. 2011. Suisse. 1h48. Avec Katja Riemann, Stefan Kurt, Maximilian Simonischek, Max Hubacher, Lisa Brand, Miriam Stein.

Sortie salles en 2011 en Suisse alémanique, 18 avril 2012 en Suisse romande
FILMOGRAPHIE: Markus Imboden est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste suisse, nĂ© le 17 Octobre 1955 Ă  Interlaken. L'Enfance VolĂ©e est son film le plus connu dans son pays natal.


Témoignage bouleversant sur la condition des orphelins suisses mais aussi des enfants destitués de leurs parents dans les années 50, l'Enfance Volée relate ici les destins de Max et Berteli embrigadés de force dans une famille d'accueil. Avec l'autorité castratrice de leurs nouveaux parents, des fermiers miséreux sans vergogne, les adolescents vont endurer diverses maltraitances physiques et sombrer dans l'esclavage avant de tenter la rébellion.


Drame social d'une intensité dramatique toujours plus éprouvante, l'Enfance Volée est un film choc imparable sur l'intolérance et la tyrannie parentale mais aussi le laxisme des pouvoirs publics.
Sans pathos et encore moins de misérabilisme, Markus Imboden réussit avec réalisme à nous décrire le calvaire de deux adolescents asservis par des paysans rétrogrades victimes de leur médiocrité. Si le film s'avère aussi poignant, immersif et passionnant dans sa peinture sordide allouée aux valeurs familiales, il le doit surtout à la caractérisation convaincante de ces personnages. Les antagonistes réussissant avec sobriété (en dehors du jeu outrancier du pasteur) à véhiculer une humanité déclinante dans leur désoeuvrement engendré par l'alcoolisme et la précarité financière. Enfin, les deux enfants incarnés par Maximilian Simonischek et Lisa Brand forment un duo inévitablement émouvant dans leur désarroi et rancoeur esseulées. Ils nous insufflent avec pudeur une empathie naturelle de par leur jeu dépouillé inscrit dans l'humilité fraternelle.


Superbement photographiĂ© au sein d'une nature bucolique verdoyante, l'Enfance VolĂ©e est un drame fort et cruel sur l'enfance galvaudĂ©e, intelligemment dĂ©tournĂ© de fioriture et de bons sentiments. La prestance habile des comĂ©diens permettant de nous immerger dans leur existence sordide avec une vĂ©ritĂ© humaine prĂ©dominante. Au final, il demeure difficile de sortir indemne d'un tel fardeau pour ces enfants compromis Ă  la maltraitance et l'inceste sexuelle. Un constat Ă©difiant auquel 100 000 d'entre eux furent du jour au lendemain destituĂ©s de leurs parents pour ĂŞtre placĂ©s dans des familles d'accueil misĂ©reuses après la seconde guerre. Sans compter cet hommage humble aux baladins accordĂ©onistes ayant survĂ©cu grâce Ă  leur inspiration musicale. Sur ce dernier point, ne vous fiez pas Ă  l'aspect racoleur de son affiche (ainsi que son titre conventionnel). 

30.04.13
Bruno Matéï



jeudi 25 avril 2013

FLASH GORDON

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mariolikesmovies.com

de Mike Hodges. 1980. U.S.A/Angleterre. 1h51. Avec Sam J. Jones, Melody Anderson, Ornella Muti, Max Von Sydow, Topol, Timothy Dalton, Brian Blessed.

Sortie salles France: 28 Janvier 1981. U.S: 5 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Mike Hodges est un producteur, réalisateur et scénariste britannique, né le 29 Juillet 1932 à Bristol (Royaume-Uni). 1971: La Loi du Milieu. 1972: Retraite Mortelle. 1974: l'Homme Terminal. 1978: Damien, la malédiction 2 (non crédité). 1980: Flash Gordon. 1985: Les Débiles de l'espace. 1987: L'Irlandais. 1989: Black Rainbow. 1998: Croupier. 2003: Seul la mort peut m'arrêter.


Film culte chez une frange de spectateurs, estampillĂ© "nanar suprĂŞme", Flash Gordon est une improbable production de l'intarissable Dino de Laurentiis sous l'Ă©gide de Mike Hodges. Un cinĂ©aste inĂ©gal Ă  qui l'on doit tout de mĂŞme un authentique chef-d'oeuvre du polar britannique, La Loi du Milieu. D'après le comic créé par Alex raymond en 1934, Flash Gordon revient sur nos Ă©crans en ce dĂ©but des annĂ©es 80 avec cette super production influencĂ©e par le phĂ©nomène Star Wars. La distribution Ă©clectique composĂ©e d'illustres comĂ©diens parmi lesquels Max Von Sidow (hiĂ©ratique, il EST l'empereur Ming, sadique et impassible !), Ornella Muti (en nympho Ă©cervelĂ©e) et Timothy Dalton (en prince versatile accoutrĂ© d'un pyjama vert !), a de quoi dĂ©router le spectateur au vu de leur prestance excentrique. Mais la palme de l'acteur le plus incongru en revient Ă  l'inexpressif Sam J. Jones dans la peau du super hĂ©ros fĂ©ru de football amĂ©ricain (la partie sportive improvisĂ©e sur le temple de Ming est un moment d'anthologie couillu !). Il s'agit ici de son 2è rĂ´le Ă  l'Ă©cran puisqu'un an au prĂ©alable il avait partagĂ© l'affiche avec la comĂ©dienne Bo Derek pour y faire une apparition dans Elle de Blake Edwards. En l'occurrence, il faut avouer que ce piètre acteur fait bien pâle figure pour endosser le rĂ´le majeur de Flash Gordon. Hormis sa silhouette saillante, le jeune comĂ©dien au minois bien docile semble complètement dĂ©passĂ© par les Ă©vènements au fil de ces dĂ©boires avec des E.T insidieux. Par miracle, il rĂ©ussit pour autant Ă  franchement nous amuser par son jeu cabotin alliant l'esprit pugnace et la bonhomie puĂ©rile.


Pour en revenir à l'ovni risible de Mike Hodges, son grand spectacle s'avère une pantalonnade disco (chargé de teintes polychromes !) alternant désarroi, rire grinçant et plaisir coupable. Le scénario impayable est à lui seul une blague de comptoir ! A la suite du crash d'une fusée sur une planète hostile, Flash Gordon et ses comparses vont rencontrer une société d'extra-terrestres régis par un tyran totalitaire. Pour tenter de survivre, ils vont devoir s'allier avec les hommes oiseaux et le prince Barin afin de déjouer les ambitions diaboliques du leader Ming ! Entre les désirs conjugaux de ce dernier pour s'accaparer d'une princesse, les caprices insidieux de sa fille nympho et les querelles jalouses du prince Barin, une guerre se prépare entre les deux clans pour l'avenir de l'humanité ! Pour compenser la vacuité de son scénario, Mike Hodges émaille son intrigue d'un concours d'épreuves mortelles que nos héros doivent entreprendre afin de mesurer leur courage. Enfin, la dernière demi-heure laisse place à un baroud d'honneur intergalactique assez réjouissant dans ses nombreux échanges de tirs au rayon laser. L'action échevelée se résumant à une bataille spatiale auquel l'armée des hommes volants s'est déployée en masse parmi l'entraide de Flash (équipé pour le coup d'un scooter aérien !) afin de réduire en poussière l'empire de Ming.


Surveillez bien les étoiles dans le ciel, un Flash aux cheveux blonds n'est jamais bien loin !
Avec ses dialogues hilarants, ses dĂ©cors criards en matte painting, ses costumes en paillette au look disco et surtout la complicitĂ© amiteuse des comĂ©diens, Flash Gordon cĂ´toie la farce dĂ©bridĂ©e avec une bonne humeur indĂ©crottable. S'il s'agit sans doute d'un des plus ubuesques films de super-hĂ©ros, la sympathie et la fougue que l'on Ă©prouve au fil de ses aventures rocambolesques nous prĂ©serve un sourire de gosse jusqu'au mot "fin" laissĂ© en suspens ! (la suite escomptĂ©e n'ayant jamais vu le jour !). Et pour marquer le rythme, le score tonitruant orchestrĂ© par le groupe Queen est loin d'ĂŞtre Ă©tranger au plaisir coupable procurĂ© !

25.04.13. 4èx
Bruno Matéï


mercredi 24 avril 2013

Angel Heart

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.nanarland.com

d'Alan Parker. 1987. U.S.A/Angleterre/Canada. 1h53. Avec Mickey Rourke, Robert De Niro, Lisa Bonet, Charlotte Rampling, Stocker Fontelieu, Brownie McGhee, Michael Higgins.

Sortie salles France: 8 Avril 1987. U.S: 6 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Alan Parker, né Alan William Parker le 14 Février 1944 à Islington, Londres, est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur anglais.
1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: l'Usure du Temps. 1982: Pink Floyd the Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: The Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


Voyage au bout de l’âme noire.

Dans les limbes du cinĂ©ma, il existe des Ĺ“uvres qui, telles des entitĂ©s envoĂ»tantes, nous attirent dans leur spirale infernale et, peu Ă  peu, nous happent sans retour. Angel Heart d'Alan Parker est l’une de ces Ĺ“uvres. Thriller occulte imbibĂ© de magie noire, le film est un voyage au bout des tĂ©nèbres oĂą le spectateur s’Ă©gare aux cĂ´tĂ©s de Mickey Rourke, dans un rĂ´le de dĂ©tective privĂ© en perdition, et oĂą chaque image semble tremper dans le poison de l’âme humaine.

Synopsis : New York, 1955. Un dĂ©tective privĂ©, Harry Angel, est contactĂ© par un mystĂ©rieux client, Louis Cyphre, pour retrouver Johnny Favorite, un ancien chanteur disparu depuis 12 ans après la guerre. Au fil de son enquĂŞte, l’enchevĂŞtrement des indices devient un piège, et les corps s’amoncellent autour de lui, dans une danse macabre dont il ne peut plus se dĂ©faire.

Pour la première fois de sa carrière, Alan Parker plonge dans l’abĂ®me du genre horrifique, tout en empruntant les codes du film noir. Ce dĂ©tour stylistique, adaptĂ© du roman de William Hjortsberg, rĂ©vèle la main habile du rĂ©alisateur, qui, en virtuose, façonne une esthĂ©tique crĂ©pusculaire d’une rare beautĂ©. La photographie, jouant sur les nuances du clair-obscur, nous immerge dans un monde oĂą la lumière et l’ombre ne sont que des frontières floues, oĂą la ville de New York devient un labyrinthe tentaculaire, prĂŞte Ă  avaler toute certitude.


Ă€ mesure que l’investigation d’Harry Angel se dĂ©ploie, Angel Heart prend une tournure de plus en plus abstraite, transformant une quĂŞte de vĂ©ritĂ© en une plongĂ©e abyssale dans la psychĂ© du dĂ©tective. Chaque rencontre, chaque tĂ©moin, chaque cadavre ajoutent une couche d’angoisse, jusqu’Ă  ce que l’horreur devienne une rĂ©alitĂ© indiscernable de la folie qui ronge l’esprit d’Angel. Le film se fait le miroir de sa propre dĂ©chĂ©ance, une lente descente aux enfers oĂą la perte de repères devient une matière organique, aussi noire que la nuit.

Ce voyage vers l’inconnu se poursuit jusqu’en Louisiane, un autre territoire oĂą le mystère se fait encore plus oppressant. LĂ , la culture du vaudou et des rituels occultes se dĂ©ploie, Ă©tendant son ombre sur l’enquĂŞte. Alan Parker ne se contente pas de raconter une histoire ; il crĂ©e un environnement sensoriel oĂą la peur et le dĂ©sir se confondent. La rĂ©alisation formelle atteint une perfection si mĂ©ticuleuse qu’une aura malĂ©fique semble s’immiscer dans chaque recoin de l’Ă©cran. L’atmosphère, feutrĂ©e mais oppressante, porte le spectateur vers un climat malsain, de plus en plus poisseux, Ă  l’image mĂŞme des rituels pratiquĂ©s sur les cadavres des victimes. La prĂ©sence du Mal est palpable, presque tangible, et son influence, omniprĂ©sente, s’intensifie Ă  mesure que la quĂŞte de vĂ©ritĂ© devient une spirale autodestructrice.

La lente dĂ©rive psychologique de Harry Angel est sublimĂ©e par l’interprĂ©tation viscĂ©rale de Mickey Rourke, qui, dans le rĂ´le du dĂ©tective en proie Ă  ses propres dĂ©mons, incarne Ă  la perfection cette fragilitĂ© intĂ©rieure, cette nĂ©vrose qui se transforme progressivement en une psychose dĂ©vorante. L’intrigue devient pour lui une toile d’araignĂ©e mentale, une prise lente mais certaine qui le condamne Ă  une rĂ©vĂ©lation d’une cruautĂ© inouĂŻe.

Dans le rĂ´le de Louis Cyphre, Robert De Niro partage la vedette avec Rourke, apportant Ă  son personnage une Ă©lĂ©gance glaciale et une menace sourde. Sa prĂ©sence, discrète mais pĂ©nĂ©trante, s’impose Ă  l'Ă©cran comme une figure aristocratique, froide et calculatrice. Ă€ l’instar d’un baron du Mal, Cyphre manipule son interlocuteur avec une finesse cruelle, ses ongles acĂ©rĂ©s devenant des instruments de torture psychique dans un jeu de duperie pervers. Ce rĂ´le de maĂ®tre des tĂ©nèbres, jouĂ© avec une subtilitĂ© inquiĂ©tante, est l’un des points forts du film, parfaitement dosĂ© pour maintenir une tension constante.


Jusqu'au bout des Ténèbres.
Angel Heart s’apparente Ă  une Ĺ“uvre de pur cauchemar. Sa beautĂ© opaque et ensorcelante, Ă  la fois fascinante et perturbante, semble avoir Ă©tĂ© façonnĂ©e par le diable lui-mĂŞme. Le film n’est pas seulement un thriller noir ; il est une entitĂ© Ă  part entière, une hallucination qui nous entraĂ®ne inexorablement vers une rĂ©vĂ©lation schizoĂŻde. L’intensitĂ© de son atmosphère lugubre, l’aura machiavĂ©lique qui Ă©mane de chaque scène et l’interprĂ©tation frĂ©missante de Mickey Rourke renforcent l’aspect dĂ©lĂ©tère du film, une vision du Mal si omniprĂ©sente qu’elle finit par envahir notre propre perception.

En effet, Angel Heart est un voyage dans l’inconnu, un pèlerinage vers la perte de soi, oĂą chaque pas, chaque ombre, chaque murmure est une invitation Ă  se perdre. L’omnipotence du Mal, incarnĂ©e avec une telle brillance visuelle et psychologique, fait de ce film un chef-d’Ĺ“uvre inclassable, une expĂ©rience sensorielle aussi bouleversante que fascinante.

Ainsi, Angel Heart s’Ă©lève, dans l’univers cinĂ©matographique, comme l’un des films les plus audacieux et perturbants des annĂ©es 80, une exploration labyrinthique de l’âme humaine, de ses tĂ©nèbres, et des dĂ©mons qu’elle cache au plus profond d’elle-mĂŞme. Une Ĺ“uvre oĂą l’horreur devient une rĂ©flexion sur la condition humaine, un miroir dĂ©formĂ© qui ne nous laisse que l’image d’un abĂ®me.

*Bruno
04.05.25. 4èx. Vost. 4K
24.04.13. 

mardi 23 avril 2013

LE DERNIER REMPART (The Last Stand)

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vivalacinema.superforum.fr

de Kim Jee-Woon. 2013. U.S.A. 1h47. Avec Arnold Schwarzenegger, Forest Whitaker, Eduardo Noriega, Peter Stormare, Rodrigo Santoro, Jaimie Alexander, Zach Gilford, Luis Guzman.

Sortie salles France: 23 Janvier 2013. U.S: 18 Janvier 2013

FILMOGRAPHIE: Kim Jee-Woon est un réalisateur, scénariste et directeur de la photo sud-coréen, né le 6 Juillet 1964 à Séoul.
1998: The Quiet Family, 2000: The Foul King. 2003: Deux Soeurs. 2005: A Bittersweet Life. 2008: Le Bon, la brute et le cinglé. 2010: I saw the devil. 2013: Le Dernier Rempart.


Après plus de 10 ans d'absence, Arnold Schwarzenegger revient sur les écrans dans un rôle majeur de dur à cuir sous la caméra de Kim Jee-Woon. Pur hommage aux séries B d'action des années 80 qui envahissaient nos écrans et nos étagères Vhs, Le Dernier Rempart est un plaisir coupable du samedi soir conçu pour divertir sans modestie.

Afin qu'un dangereux criminel preneur d'otage Ă©vite de franchir la frontière mexicaine, un shĂ©rif et ses adjoints dĂ©cide de s'allier pour lui barrer le chemin au sein de leur petite bourgade. 


Actionner bourrin dénué de prétention en assumant pleinement sa fonction de divertissement, le Dernier Rempart s'affiche en western moderne sous l'égide d'un shérif sclérosé délibéré à ne pas se laisser intimider par la pègre d'un leader mafieux. Ca démarre fort avec une spectaculaire évasion high-tech élaborée par les sbires du dangereux repris de justice culminant sa fuite à bord d'un bolide blindé. Alors que la police tente par tous les moyens de le mettre hors d'état de nuire, il réussit haut la main à esquiver les barrages routiers avec l'ingérence d'hommes de mains suréquipés. Mais afin de gagner la frontière mexicaine, il doit emprunter l'itinéraire d'une petite ville du Texas. Dans cette bourgade reculée, le Shérif Owens décide de le cueillir parmi le volontariat d'adjoints débutants. C'est à ce moment propice que le clou du spectacle promu achève son apothéose dans un déluge d'échanges de tirs (sulfateuse à l'appui s'il vous plait !) et d'explosions. Avec l'efficacité d'une réalisation nerveuse décuplant sans répit ses séquences d'action continuellement cinglantes, le Dernier Rempart gagne d'autant plus notre sympathie par la dérision accordée à chaque personnage. Et en priorité vis à vis des adjoints couards du shérif, plutôt indécis à devoir se mesurer contre des malfrats belliqueux, mais davantage engagés dans un élan (suicidaire) de bravoure solidaire. La palme de l'hilarité en revenant à l'ancien trublion maso de Jackass, Johnny Knoxville, ici reconverti en benêt artilleur ! Avec une ferveur délurée, certaines de ses pitreries provoquent facilement le rire par sa démesure héroïque incontrôlée. Dans celui du shérif sexagénaire redresseur de tort, Arnold Schwarzenegger nous revient avec une forme lénifiante beaucoup moins agile pour sa posture stoïque qu'à l'époque de sa notoriété. Raison pour laquelle l'affrontement au corps à corps entamé avec Cortez relève plus du combat de catch que des traditionnelles bastons homériques. Néanmoins, sa présence avenante et sa bonhomie attachante nous émeut d'une certaine manière dans sa volonté de daigner renouer avec la symbolique du héros vaillant.


Nanar survitaminĂ© assumant pleinement son rĂ´le ludique d'actionner dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, le Dernier Rempart est une jouissive offrande pour tous les fans du genre. Et en particulier Ă  ceux de la gĂ©nĂ©ration 80 qui auront Ă©tĂ© bercĂ©s par les buddy movies et films de guerre post-vietnamiens oĂą leurs hĂ©ros prĂ©fĂ©rĂ©s (Stallone / Schwarzenegger, mĂŞme combat !) se partageaient l'affiche avec une foi imperturbable. 

23.04.13
Bruno Matéï

lundi 22 avril 2013

La Part des Ténèbres / The Dark Half

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de George A. Romero. 1992. U.S.A. 2h02. Avec Timothy Hutton, Amy Madigan, Michael Rooker, Julie Harris, Robert Joy.

Sortie salles France: 18 Août 1993

FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, auteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 FĂ©vrier 1940 Ă  New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux MalĂ©fiques. 1992: La Part des TĂ©nèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


Ĺ’uvre mĂ©sestimĂ©e, aujourd’hui sombrĂ©e dans l’oubli, La Part des TĂ©nèbres demeure l’un des films les moins apprĂ©ciĂ©s du maĂ®tre Romero. Certes, l’un de ses projets les moins personnels, mais il serait injuste d’occulter l’originalitĂ© de son scĂ©nario (adaptĂ© de Stephen King) et la conviction de ses interprètes. 

Synopsis: Ă€ la suite d’un chantage d’un admirateur, l’Ă©crivain Thad Beaumont dĂ©cide de se dĂ©barrasser de son pseudonyme en rĂ©vĂ©lant sa vĂ©ritable identitĂ© aux mĂ©dias. Dès lors, une sĂ©rie de meurtres sanglants frappe son entourage. Rapidement, la police le soupçonne : ses empreintes sont relevĂ©es sur chaque scène de crime.


En habile conteur, George A. Romero emprunte ici la voie du thriller fantastique, tissant un suspense haletant savamment planifiĂ©. Le film se concentre sur une succession de crimes dans une petite bourgade et sur l’investigation solitaire de l’Ă©crivain. En abordant le thème du double et de la « part des tĂ©nèbres » tapie en chacun de nous, Romero orchestre un rĂ©cit diabolique portĂ© par Timothy Hutton. Dans un double rĂ´le en demi-teinte, l’acteur incarne avec intensitĂ© deux figures antinomiques, confrontĂ©es Ă  l’Ă©thique du bien et du mal. Ă€ l’instar d’un Jekyll et Hyde, Thad Beaumont et George Stark incarnent une gĂ©mellitĂ© schizophrène, leurs enjeux traversĂ©s par la soif de survivre, d’exister et de perdurer. Romero y insuffle une rĂ©flexion identitaire sur l’influence corrosive du mal et sur l'impossibilitĂ© de se dĂ©barrasser de son ombre. Or, la conclusion du rĂ©cit affiche ici une victoire du Mal sur le Bien dans la mesure oĂą Thad retrouve sa fonction de respectable Ă©crivain conformiste alors que sa part mauvaise autrefois enfouie en lui lui offrait la possibilitĂ© de crĂ©er de manière plus autonome, inspirĂ©e et ambitieuse. 

Cette confrontation dense entre un personnage de fiction et son propre crĂ©ateur - un Ă©crivain prisonnier du genre qui a forgĂ© sa rĂ©putation - suscite Ă  la fois trouble et fascination, notamment Ă  travers l’aura dĂ©lĂ©tère de George Stark. Figure renfrognĂ©e du Mal, matĂ©rialisĂ©e par la tumeur cĂ©rĂ©brale de Beaumont, Stark s’obstine Ă  cultiver sa nouvelle existence. Pour accentuer l’Ă©trangetĂ© du rĂ©cit, Romero cisèle l’esthĂ©tique d’une sĂ©quence cauchemardesque (le rĂŞve prophĂ©tique de Thad), et convoque l’onirisme d’une mĂ©taphore divine par l’entremise d’oiseaux chargĂ©s d’emporter l’âme des damnĂ©s. La dernière sĂ©quence, spectaculaire et singulière, dĂ©ploie ainsi une imagerie poĂ©tico-morbide oĂą s’abat l’offensive d’une nuĂ©e de passereaux carnivores.


Avec modestie mais savoir-faire, Romero s’impose ici en conteur d’exception, transfigurant une intrigue originale par une mise en scène efficace, une interprĂ©tation solide et une maĂ®trise du suspense. Un thriller inquiĂ©tant, singulier, fascinant, injustement mĂ©prisĂ©, qui apporte une passionnante rĂ©flexion sur notre identitĂ© fracturĂ©e. Car l'homme est Ă  la fois crĂ©ateur et destructeur, civilisĂ© et sauvage, Ă©crivain raffinĂ© ET conteur de sang. Ce que Thad se refuse ici Ă  tolĂ©rer et encore moins assumer...

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.04.13
01.09.25. Vost. 4èx

samedi 20 avril 2013

HIERRO

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site identi.li

de Gabe Ibanez. 2009. Espagne. 1h29. Avec Elena Anaya, Bea Segura, Mar Sodupe, Andrés Herrera, Miriam Correa, Kaiet Rodriguez.

Sortie Dvd France: 24 Novembre 2010. Sortie salles Espagne: 15 Janvier 2010

FILMOGRAPHIE: Gabe Ibanez est un réalisateur espagnol, né le 7 Juin 1971 à Madrid.
2009: Hierro


A la suite de la disparition inexpliquée de son fils sur un ferry, une mère décide de partir à sa recherche mais se retrouve plongée dans un désarroi paranoïaque.

Pour un premier film, le réalisateur Gabe Ibanez opte pour un fantastique éthéré sous couvert d'un drame psychologique intimiste. Au suspense lattent avare en péripéties, Hierro privilégie surtout un climat d'étrangeté prégnant sous l'égide d'une mère démunie, persuadée que son fils est resté en vie à la suite de sa disparition. S'agit-il d'un enlèvement ou d'un accident mortel ? Le rythme lancinant découlant des va-et-vient successifs d'une héroïne perdue au milieu d'un archipel et le manque d'aplomb de la réalisation risquent toutefois de rebuter certains spectateurs. Qui plus est, sa structure narrative indécise manque de conviction pour nous convaincre pleinement de son dénouement prévisible. Les quidams suspicieux étant mal exploités dans leur autorité hostile et leur potentielle culpabilité. Toute en fragilité humaine, l'actrice Elena Aneya véhicule une inévitable empathie dans le combat d'une mère désespérée à daigner retrouver son fils. Elle réussit avec sobriété à provoquer une émotion candide dans son instinct maternel subordonné à l'amour d'un enfant.


La mer des larmes
Si Hierro ne convainc pas pleinement, faute d'un scénario mal ficelé et d'un rythme un peu trop languissant, il réussit tout de même à provoquer une certaine émotion et un intérêt périodique au fil de séquences oniriques imprégnées d'une ambiance feutrée. En outre, son épilogue salvateur renoue avec une poésie diaphane lors d'une séquence fantasmagorique absolument bouleversante. En résulte un drame intimiste bancal qui manque de persuasion mais insuffle tout de même quelques bonnes idées et une certaine émotion au fil du cheminement hasardeux d'une héroïne déchue.

Dédicace à Cid Orlandu
20.04.13
Bruno Matéï

mercredi 17 avril 2013

Jack Reacher

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site collider.com

de Christopher McQuarrie. 2012. U.S.A. 2h10. Avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall, Jai Courtney, Richard Jenkins, Werner Herzog.

Sortie salles France: 26 Décembre 2012. U.S: 21 Décembre 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un rĂ©alisateur, producteur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1968 Ă  Princeton dans le New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher

Un mystérieux tueur abat froidement 5 citadins dans un jardin public. Une avocate et un ancien baroudeur vont faire équipe pour déjouer une mystérieuse conspiration.

Un bon polar d'espionnage dĂ©guisĂ© en actionner contemporain. Un hĂ©ros vindicatif pas comme les autres. Une intrigue tortueuse plutĂ´t prenante qui converge vers le complot judiciaire. Tom Cruise est assez Ă©tonnant dans le rĂ´le anti-conformiste d'un vagabond justicier particulièrement retors. Flegmatique mais vĂ©loce, il incarne son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ©, mĂŞme si ces dĂ©tracteurs pourraient lui reprocher sa rudesse d'esprit. Attention tout de mĂŞme aux amateurs d'action qui risqueraient d'ĂŞtre déçus, le film se focalisant surtout sur un suspense lattent au sein d'une intrigue Ă  tiroirs quelque peu alambiquĂ©e. La rĂ©alisation appliquĂ©e, l'efficacitĂ© de son rĂ©cit, les dialogues ciselĂ©s et le climat austère nous changent des sempiternels blockbusters conçus uniquement pour nous en mettre plein la vue. Ici, c'est tout l'inverse qui se produit, les deux seules scènes explosives Ă©tant uniquement au service d'une longue investigation policière. Tout cela manque quand mĂŞme un peu de vigueur et d'intensitĂ© mais le polar dĂ©routant s'avère nĂ©anmoins captivant pour ne pas ennuyer et fait presque figure d'ovni dans la caractĂ©risation insolite de ce justicier infaillible.

18.04.13
Bruno 


Basic Instinct

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site affiches-et-posters.com

de Paul Verhoeven. 1992. 2h08. Avec Michael Douglas, Sharon Stone, George Dzundza, Jeanne Tripplehorn, Denis Arndt, Leilani Sarelle, Dorothy Malone, Bruce A. Young

Sortie salles France: 8 mai 1992. U.S: 20 Mars 1992

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.

Thriller Ă©rotique au succès international fulgurant (352 millions de dollars de recettes), Basic Instinct suscita un tel engouement qu’il engendra une horde d’ersatz aussi rustres qu’inutiles. Au-delĂ  du portrait psychologique absolument passionnant de ses amants interlopes, sa vĂ©ritable rĂ©ussite rĂ©side Ă©galement dans un scĂ©nario dĂ©lĂ©tère, tendu d’ambiguĂŻtĂ©s subtiles. 

Synopsis: Lors d’un rapport sexuel avec une blonde mystĂ©rieuse, une ancienne rock star est retrouvĂ©e sauvagement assassinĂ©e Ă  coups de pic Ă  glace. L’inspecteur Nick Curran mène l’enquĂŞte auprès de l’Ă©crivaine et psychologue Catherine Tramell, maĂ®tresse de la victime la veille du crime. La rencontre incendiaire avec cette femme retorse l’entraĂ®ne dans une relation vĂ©nĂ©neuse, jusqu’au point de non-retour.


Suspense acĂ©rĂ©, Ă©rotisme torride et violence chirurgicale composent un thriller vertigineux au rĂ©cit impeccablement charpentĂ©. L’efficacitĂ© extrĂŞme tient surtout dans la danse trouble entre un flic indĂ©cis, si moralement vulnĂ©rable, et une mante religieuse insaisissable. Ambivalence charnelle et suspicion convergent en un jeu de manipulation oĂą la coupable prĂ©sumĂ©e tisse sa toile pour mieux dĂ©vorer ses proies. Avec une virtuositĂ© gĂ©omĂ©trique (deux courses-poursuites renversantes, des meurtres d’une sauvagerie explicite, une stylisation Ă©rotique d’une audace glaciale), Paul Verhoeven manie sexe et violence avec une intelligence roublarde. En aiguisant le suspense et en semant une suspicion rampante, il orchestre une enquĂŞte jubilatoire, saturĂ©e de fausses pistes, de rebondissements et de revirements sanglants. En prĂ©datrice carnassière et lesbienne assumĂ©e, Sharon Stone embrase l’Ă©cran, irradie d’une sensualitĂ© vĂ©nĂ©neuse et impose une Ă©lĂ©gance charnelle inĂ©dite. La densitĂ© du film s’enracine dans la caractĂ©risation trouble de son personnage, Ă  la fois clairvoyant et manipulateur. En victime galvaudĂ©e, prisonnier de l’amour d’une maĂ®tresse bicĂ©phale, Michael Douglas impose le portrait Ă©quivoque d’un inspecteur en perdition, minĂ© par ses sentiments. Flic nĂ©vrosĂ© au passĂ© torturĂ©, il s’acharne pourtant Ă  coincer sa prĂ©sumĂ©e coupable pour conjurer ses doutes. Ensemble, ils forment un duo indocile, consumĂ© par des pulsions sexuelles incontrĂ´lĂ©es. Leur affrontement est une guerre cĂ©rĂ©brale sans merci, oĂą manipulation et sĂ©duction s’entrelacent jusqu’Ă  l’abĂ®me.

"Pulsions."
Thriller Ă©rotique transgressif, entièrement bâti sur la nĂ©vrose de ses personnages, Basic Instinct s’impose comme un jeu de perversitĂ©, transcendant le portrait d’amants dĂ©chus par l’Ă©chec amoureux. RĂ©vĂ©lation vĂ©nĂ©neuse, Sharon Stone ensorcelle de son aura sulfureuse et propulse l’Ĺ“uvre novatrice de Verhoeven au rang de jalon des annĂ©es 90.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.09.25. 4èx. 4K VOST 
17.04.13. 3èx

mardi 16 avril 2013

King-Kong (1976)

                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lescritiquesducritique.blogspot.com

de John Guillermin. 1976. U.S.A. 2h14. Avec Jeff Bridges, Jessica Lange, Charles Grodin, John Randolph, Rene Auberjonois, Julius W. Harris.

Sortie salles France: 8 Septembre 1976. U.S: 17 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: John Guillermin est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 11 Novembre 1925 Ă  Londres (Royaume-Uni). 1950: Torment. 1959: La plus grand aventure de Tarzan. 1964: Les Canons de Batasi. 1965: La Fleur de l'âge. 1966: Le CrĂ©puscule des aigles. 1968: Syndicat du meurtre. 1968: Un cri dans l'ombre. 1969: Le Pont de Remagen. 1970: El Condor. 1972: Alerte Ă  la bombe. 1973: Shaft contre les trafiquants d'hommes. 1974: La Tour Infernale. 1976: King-Kong. 1978: Mort sur le Nil. 1980: Mr Patman. 1984: Sheena, reine de la jungle. 1986: King Kong 2. 1988: Poursuite en Arizona.

 
"Le rugissement oublié".
Alors qu’Ă  l’heure oĂą j’Ă©cris ces lignes, le pudding faisandĂ© Kong vs Godzilla tente de se libĂ©rer de ses entraves sur les plateformes de tĂ©lĂ©chargement - faute de salles chez nous - retour sur un classique mal-aimĂ© des annĂ©es 70, si j’en crois la critique snobinarde, incapable de se dĂ©faire du mythe Cooper/Schoedsack. Un blockbuster de l’ancienne Ă©cole, aussi naĂŻf et candide que profondĂ©ment Ă©mouvant, haletant, spectaculaire.
King Kong, version 76, dĂ©coule d’une Ă©poque rĂ©volue (ou presque), oĂą l’on savait encore rĂ©veiller l’enfant en nous.

Gros succès Ă  sa sortie (90 millions de dollars de recettes pour un budget estimĂ© Ă  23 millions) et plĂ©biscitĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision au milieu des annĂ©es 80, King Kong inspira mĂŞme une suite après une diffusion record sur une chaĂ®ne amĂ©ricaine. Ce remake audacieux, ambitieux, ose rivaliser avec l’Ĺ“uvre matricielle de Schoedsack. Surfing sur la vague des films catastrophes lancĂ©e par La Tour Infernale et Les Dents de la Mer, le producteur Dino De Laurentiis confie la mise en scène au solide John Guillermin, Ă©paulĂ© par les talentueux artisans des FX Carlo Rambaldi et Rick Baker. Offrant Ă  une Jessica Lange nĂ©ophyte son premier rĂ´le, King Kong version contemporaine choisit la dĂ©mesure d’un spectacle exotique menĂ© tambour battant durant 2h14, sans jamais faillir en aplomb, en brio, en fulgurance.

Le redĂ©couvrir aujourd’hui prouve Ă  quel point cette superproduction s’Ă©tait donnĂ©e les moyens de crĂ©dibiliser les vicissitudes du plus cĂ©lèbre gorille du 7ᵉ art. Et on marche Ă  fond, les yeux Ă©carquillĂ©s, le cĹ“ur serrĂ©, les larmes au bord des cils, si je pense Ă  son final splendide, Ă©lĂ©giaque.


Grâce Ă  des trucages habiles - animatronique ou simple costume de primate - la plupart des apparitions du gorille restent incroyablement convaincantes, nimbĂ©es d’une Ă©motion prude dans la complicitĂ© charnelle qu’il partage avec la Belle. C’est d’ailleurs la version la plus Ă©rotisĂ©e du mythe, illustrant avec fĂ©brilitĂ© des moments de tendresse - jusqu’Ă  cette sĂ©quence sulfureuse, audacieuse, du viol implicite de Dwan par la bĂŞte.

Parmi les dĂ©cors sauvages et flamboyants (l’Ă®le du Crâne est d’une beautĂ© picturale), King Kong offre un spectacle ludique, fertile en pĂ©ripĂ©ties : la traque effrĂ©nĂ©e Ă  travers la jungle pour retrouver Dwan prisonnière de Kong, ou le combat contre un serpent gĂ©ant (seule sĂ©quence ratĂ©e, disons-le, avec des trucages risibles dignes d’une production Toho).

La spontanĂ©itĂ© des comĂ©diens - Jeff Bridges en pèlerin Ă©colo, Charles Grodin en magnat cupide - et surtout le charme incandescent de Jessica Lange, littĂ©ralement lumineuse, accentuent l’empathie que l’on Ă©prouve pour la BĂŞte. Et pour satisfaire les amateurs d’action, la seconde partie enchaĂ®ne plusieurs sĂ©quences homĂ©riques : le crash ferroviaire, Kong brisant ses chaĂ®nes sous les hurlements d’une foule mĂ©dusĂ©e, puis sa traque Ă©perdue au sommet des Twin Towers.
Avant que ne vienne le coup de grâce, si attendu… mais qui parvient, contre toute attente, Ă  nous chavirer.


"King Kong 76 : Larmes de bronze et cris d’ivoire".
Sans atteindre la magie brute, l’Ă©motion primaire et le souffle Ă©pique du chef-d’Ĺ“uvre de 1933, ce remake demeure un film profondĂ©ment intègre, soignĂ©, gĂ©nĂ©reux, distrayant et attachant. Un spectacle haut en couleurs, au cachet rĂ©tro empli de charme.
Jessica Lange, avec sa candeur innocente, ses Ă©lans enfantins et ses regards bouleversĂ©s d’amour simiesque, offre une palette de jeux aussi dĂ©licate que touchante. Et le choc Ă©motionnel de la mort de la BĂŞte - moment d’anthologie inscrit dans la mĂ©moire collective, jusqu’au traumatisme pour les plus sensibles - continue de nous hanter bien après le gĂ©nĂ©rique.
Ă€ titre personnel, et après une quatrième vision en 4K, je l’admire autant que la version 33. Et je resterai, Ă  jamais, dans l’incomprĂ©hension face Ă  l’ostracisme d’une critique sourde, mĂ©prisante, lui refusant la moindre lĂ©gitimitĂ© artistique.

Ă€ rĂ©habiliter d’urgence. D’autant que la copie 4K, elle, est Ă  couper le souffle.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir


16.04.14.
23.12.22. 4èx


lundi 15 avril 2013

L'Exorcisme d'Emilie Rose / The Exorcism of Emily Rose

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Scott Derrickson. 2005. U.S.A. 2h02. Avec Laura Linney, Tom Wilkinson, Campbell Scott, Jennifer Carpenter, Colm Feore, Joshua Close, Kenneth Welsh, Scott Derrickson.

Sortie salles France: 7 Décembre 2005

FILMOGRAPHIE:  Scott Derrickson est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
1995: Love in the Ruins. 2000: Hellraiser 5: Inferno. 2005: l'Exorcisme d'Emilie Rose. 2008: Le Jour oĂą la terre s'ArrĂŞta. 2012: Sinister. 2013: Goliath. Prochainement: Deus Ex.


Avant-propos:
 Comme Emily l'avait prĂ©dit, son histoire a affectĂ© de nombreuses personnes. Sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage non officiel qui continue d'attirer des visiteurs du monde entier. Après le procès, le père Moore s'est mis Ă  vivre en reclus, refusant de faire appel, et dĂ©clarant: "cette question concerne Dieu: les tribunaux de ce monde ne peuvent rendre de jugement sur elle". 
Erin Brune a communiquĂ© son dossier a un expert mĂ©dical et anthropologue dont les recherches et les travaux publiĂ©s sur la vie et la mort d'Emily Rose ont inspirĂ© le film. 

Influencé par l'histoire d'Anneliese Michel, une jeune allemande décédée après une séance d'exorcisme dans les années 70, le film de Scott derrickson relate le calvaire d'Emily Rose, étudiante universitaire asservie par des forces démoniaques. Loin d'être un ersatz grossier de l'Exorciste de Friedkin ou d'un pseudo documenteur éculé, l'Exorcisme d'Emilie Rose s'en démarque lestement en opposant l'aspect médical d'un cas de possession (Emilie souffrirait potentiellement de trouble épileptique psychotique) avec son attrait surnaturel lié à la spiritualité.


Avec l'efficacitĂ© d'un suspense lattent, le rĂ©alisateur alterne sĂ©ances de procès pour la culpabilitĂ© du père Richard Moore (il est accusĂ© d'homicide par imprudence) avec quelques moments horrifiques parfois rĂ©ellement terrifiants (les flash-back illustrant les premières manifestations surnaturelles infligĂ©es sur Emilie) ou impressionnants (la sĂ©ance d'exorcisme confinĂ©e dans la grange). On sent bien que Scott Derrickson souhaite avant tout renforcer l'aspect crĂ©dible de son rĂ©cit inspirĂ© d'une authentique affaire de possession en juxtaposant les discours contradictoires des deux avocats. L'un prĂ©conisant une cause scientifique par le biais de la mĂ©decine, l'autre une foi divine. Ainsi donc, durant cette captivante session, le spectateur se pose donc en tĂ©moin, partagĂ© entre l'explication rationnelle d'une grave pathologie, ou celle, irrationnelle, d'une existence dĂ©moniaque. Avec intelligence, le rĂ©alisateur ne prend pas parti sur ses thĂ©ories antinomiques et nous laisse donc au final dans la suspicion, dans l'interrogation de notre propre foi et/ou morale. A savoir si une prescription mĂ©dicale aurait pu influencer le dĂ©cès d'Emilie ou s'il s'agissait d'un authentique cas de possession. Le dĂ©bat argumentĂ© accordant autant d'intĂ©rĂŞt Ă  la rĂ©flexion scientifique que mystique. En ce qui concerne la caractĂ©risation interlope d'Emily, l'actrice Jennifer Carpenter rĂ©ussit avec fĂ©brilitĂ© Ă  insuffler une dimension humaine dans son dĂ©sespoir expressif et ses crises de folie natifs d'une dĂ©mence satanique. Son dĂ©sarroi nous est retransmis avec rĂ©alisme rigoureux quand celle-ci se retrouve sujette Ă  des visions hallucinatoires, ou quand elle doit endurer (ou s'infliger) diverses agressions corporelles d'une entitĂ© invisible. Qui plus est, sa silhouette longiligne et son faciès Ă©trange renforcent le malaise Ă©prouvĂ© Ă  la vue de ces contractions difformes. Des sĂ©quences d'effroi incroyablement persuasives si bien que l'on perd pied avec notre rĂ©alitĂ© en y redoutant une quelconque entitĂ© dĂ©moniale au sein de notre cocon douillet. 


Avec intelligence et efficacitĂ©, l'Exorcisme d'Emilie Rose allie de manière fort originale le film de procès et l'Ă©pouvante pour mieux s'Ă©carter des ficelles balisĂ©es du thème satanique. Sa rĂ©flexion spirituelle sur la foi catholique nous donnant Ă  rĂ©flĂ©chir sur nos croyances intrinsèques (que l'on soit athĂ©e, pratiquant ou agnostique, comme le souligne la morale indĂ©cise de l'avocate), sur nos doutes existentiels et surtout sur l'emprise chimĂ©rique du diable. Si bien que 20 ans après sa sortie, on peut enfin considĂ©rer  l'Exorcisme d'Emilie Rose comme un classique du genre proprement effrayant.

*Bruno
25.11.24. 4èx. Vost
15.04.13. 


La vĂ©ritable Anneliese Michel  (source wikipedia)
Anneliese Michel (1951 - 1976) est une jeune Allemande célèbre pour avoir été prétendument possédée par des démons. Sa vie a servi de modèle pour les films L'Exorcisme d'Emily Rose (film de Scott Derrickson sorti en2005) et Requiem (film de Hans-Christian Schmid sorti en 2006).

BIOGRAPHIE:
Depuis sa naissance le 21 septembre 1952 à Leiblfing (Bavière), Anneliese Michel mena d'abord une vie normale, caractérisée seulement par une grande piété. Du jour au lendemain, sa vie bascula.

Un jour de 1968, elle commença à trembler violemment et à ne plus savoir contrôler son corps. Lors de ses crises, elle perdait sa voix, ne pouvait plus appeler à ses parents pour leur demander de l'aide. Un neurologue diagnostiqua qu'elle souffrait d'épilepsie et fut admise à l'hôpital pour un traitement.

Après ses premières attaques, elle crut voir des visages démoniaques en train de grimacer lors de sa prière quotidienne, elle avait aussi l'impression d'entendre des voix. Anneliese en parla aux médecins qui ne savaient plus comment l'aider.

Au début de l'année 1973, les parents d'Anneliese demandèrent à plusieurs prêtres d'exorciser leur fille, mais ils pensaient qu'il lui suffisait de continuer de prendre ses médicaments. De plus, pour pratiquer un exorcisme, il fallait que la personne possédée répondît à des caractéristiques bien spécifiques : parler une langue qu'elle n'avait jamais apprise, avoir des pouvoirs surnaturels et se sentir gênée par des objets religieux.

En 1974, un prêtre l'examina et accepta qu'on pratiquât un exorcisme, mais sa hiérarchie le lui interdit. Son état alors empira et les crises devinrent de plus en plus violentes. Elle insultait les membres de sa famille, les battait et les mordait.

Elle refusait de manger, prétendant que les démons ne lui permettaient pas de le faire. Elle dormait à même le sol. On pouvait l'entendre toute la journée en train de hurler, de briser les crucifix et de détruire des peintures représentant Jésus.

En 1975, après avoir vĂ©rifiĂ© l'Ă©tat de sa possession, l'archevĂŞchĂ© autorisa un exorcisme fondĂ© sur le rituel romain. Le curĂ© de sa paroisse considĂ©rait qu'Anneliese Ă©tait possĂ©dĂ©e par plusieurs dĂ©mons dont il fallait la libĂ©rer. Ă€ partir de 1975, on pratiqua un ou deux exorcismes sur elle chaque semaine. Parfois, les crises Ă©taient tellement fortes qu'il fallait trois hommes pour la maĂ®triser si on ne l'enchaĂ®nait pas. MalgrĂ© cela, elle put reprendre un semblant de vie normale : retourner Ă  l'Ă©cole, participer Ă  un concours….

Cependant, les crises ne cessèrent pas. De plus en plus souvent, elle se trouvait paralysĂ©e et inconsciente. Elle refusait complètement de manger. Ses nombreuses gĂ©nuflexions (plus de 600 de suite), provoquèrent une rupture au niveau des genoux. Quarante cassettes audio furent enregistrĂ©es lors des exorcismes afin d'en conserver des dĂ©tails.

Le dernier exorcisme eut lieu le 30 juin 1976. À ce stade, Anneliese souffrait d'une pneumonie. Elle avait le visage émacié et souffrait d'une grande fièvre. Elle était exténuée physiquement. Mais elle restait consciente de sa situation. Sa mère enregistra sa mort.

Un procureur fit alors une enquête à la suite de laquelle les deux prêtres exorcistes et les parents d'Anneliese furent inculpés de négligence ayant entraîné la mort, car les médecins affirmaient qu'elle était épileptique et psychotique.

Les prêtres exorcistes firent écouter des enregistrements des différents exorcismes qu'ils avaient pratiqués, au cours desquels ils affirmaient pouvoir distinguer la voix de deux démons en train de se disputer, se demandant lequel des deux quitterait le premier le corps d'Anneliese.

Les parents et les deux prêtres furent condamnés à 6 mois de prison.

Anneliese Michel est aujourd'hui enterrée au cimetière de Klingenberg am Main, sa mère va lui rendre visite chaque jour. C'est un lieu de pèlerinage sur lequel se rendent des personnes de différentes nationalités. Elle est considérée comme la femme qui a bravement combattu Lucifer et ses Démons.

samedi 13 avril 2013

THE DIVIDE

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zoom.lk

de Xavier Gens. 2012. U.S.A. 1h57. Avec Lauren German, Michael Biehn, Milo Ventimiglia, Courtney B. Vance, Mickael Eklund, Ashton Holmes, Rosanna Arquette.

Sortie Dvd en France: 1er Juin 2012

FILMOGRAPHIE: Xavier Gens est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif et acteur français, nĂ© le 27 Avril 1975 Ă  Dunkerque. 2007: Hitman. 2008: Frontières. 2012: The Divide. 2012: The ABCs of death (un segment)


Pour son troisième long-mĂ©trage, Xavier Gens nous assène un vĂ©ritable coup de poing Ă  l'estomac avec ce huis-clos post-apo d'une intensitĂ© toujours plus Ă©prouvante. A la suite d'une explosion nuclĂ©aire, une poignĂ©e de survivants se rĂ©fugie sous l'abri d'un bunker en attendant les retombĂ©es radioactives. Davantage reclus dans le dĂ©sespoir et l'individualisme, ils vont devoir faire face Ă  leurs pires nĂ©vroses meurtrières. Film choc s'il en est, The Divide est une vĂ©ritable descente aux enfers auquel une poignĂ©e de rescapĂ©s vont se retrouver confrontĂ©s Ă  leur pire ennemi: l'homme ! Dans un climat irrespirable de claustration suintant l'insalubritĂ© et la puanteur des excrĂ©ments, nos antagonistes vont peu Ă  peu cĂ©der Ă  la panique du dĂ©sespoir dans leur conflit de rivalitĂ©. AffamĂ©s et Ă©puisĂ©s par la fatigue, les plus tĂ©mĂ©raires opposĂ©s Ă  la hiĂ©rarchie d'un leader vont peu Ă  peu se laisser motiver par la rancune dans une folie meurtrière irrĂ©versible. D'une violence abrupte jusqu'au-boutiste, Xavier Gens livre ici un constat implacable sur la nature primitive de l'homme quand celui-ci se retrouve privĂ© de sa libertĂ© et de son environnement familier.


En l'occurrence, lorsqu'il est contraint de co-habiter en rĂ©clusion parmi l'intrusion de quidams dĂ©soeuvrĂ©s. Avec une radicalitĂ© impassible inscrite sur la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale, le rĂ©alisateur traite de notre instinct meurtrier, de la contagion du mal et de l'esprit d'individualitĂ© oĂą orgueil et rancoeur vont laisser libre court Ă   une haine incontrĂ´lĂ©e. Notamment notre incapacitĂ© Ă  pouvoir vivre en communautĂ© lorsque la prĂ©caritĂ©, la peur de trĂ©passer et la phobie de l'isolement nous Ă©cartent de la cohĂ©sion fraternelle. Durant plus de deux heures, nous nous sentons piĂ©gĂ©s en vase clos parmi l'incivisme de ses huit occupants dont chaque membre ne pourra compter que sur sa propre indĂ©pendance. Dans un dĂ©chaĂ®nement de violence Ă©manant de leur dĂ©chĂ©ance autodestructrice, The Divide nous plonge au coeur d'un cauchemar claustrophobique oĂą la notion de dĂ©sespoir nous laisse en Ă©tat de collapse. Quand au final nihiliste, il converge vers la folie paroxystique et enfonce encore le clou pour la destinĂ©e prĂ©caire de certains survivants, quand bien mĂŞme dehors, la fin de la civilisation a dĂ©jĂ  sonnĂ© le glas !

The End
Soutenu par la partition dĂ©senchantĂ©e de Jean-Pierre TaĂŻeb, The Divide s'Ă©rige en tragĂ©die humaine sous l'entremise d'antagonistes transis de haine (Milo Ventimiglia et Mickael Eklund vampirisent communĂ©ment l'Ă©cran en tyrans sociopathes) ou de dĂ©soeuvrement (Rosanna Arquette se livre corps et âme dans la dĂ©bauche sexuelle !). Une Ă©preuve de force immorale, un cauchemar du nĂ©ant laissant au final un sĂ©rieux goĂ»t de souffre dans la bouche par son aura malsaine. Le film est d'autant plus maĂ®trisĂ© dans sa rĂ©alisation appliquĂ©e, parfaitement interprĂ©tĂ© et immersif en diable qu'il fut injustement banni de nos salles obscures.

Dédicace à Xavier Gens
13.04.13. 2èx
Bruno Matéï