mardi 3 juin 2014

LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE (Amanti d'Oltretomba / Nightmare Castle)

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site esbilla.wordpress.com

de Mario Caiano. 1965. Italie. 1h44. Avec Barbara Steele, Paul Muller, Helga Line, Laurence Clift, John Mc Douglas, Rik Battaglia,

FILMOGRAPHIE: Mario Caiano est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur italien, né le 13 Février 1933 à Rome.
1962: Ulysse contre Hercule. 1963: Le Signe de Zorro. 1963: La Griffe du Coyote. 1963: Goliath et l'Hercule noir. 1964: Maciste, gladiateur de Sparte. 1964: La Fureur des Gladiateurs. 1964: Mon colt fait la loi. 1965: Les Amants d'Outre-Tombe. 1965: Erik le Viking. 1965: Un Cercueil pour le ShĂ©rif. 1966: Ombre pour le Liban. 1967: La Vengeance de Ringo. 1967: Adios Hombre. 1967: L'assalto al centro nucleare. 1968: Un Train pour Durango. 1968: Son nom crie vengeance. 1969: Komm, suber Tod. 1970: Ombre roventi. 1972: L'Occhio nel labirinto. 1973: Les Contes de Viterbury. 1973: ShangaĂŻ Joe. 1975: A tutte le auto della polizia. 1976: Terror Commando. 1977: Fraulein SS. 1977: La Malavita attacca. La Polizia risponde. 1977: Assaut sur la ville. 1980: Ombre. 1988: Nosferatu Ă  Venise. 1999: Tre addii (tĂ©lĂ©-film). 1999: Mai con i quadri (tĂ©lĂ©-film). 1999: La vita in briciole. 1999: L'amore oltre la vita (tĂ©lĂ©-film). 2001: Per amore per vendetta. 2002: Io ti salvero. 


Perle mĂ©connue et introuvable que l'Ă©diteur Artus Film a enfin exhumĂ© de sa torpeur, Les Amants d'Outre-tombe est un poème gothico-funèbre dont les italiens ont le secret. Interdit au moins de 18 ans lors de sa sortie, on est surpris durant son prĂ©lude de retrouver une violence sadique plutĂ´t osĂ©e pour l'Ă©poque et auquel Lucio Fulci aurait pu emprunter cette influence pour l'Au-dela ! Je songe aux diverses tortures qui Ă©taient invoquĂ©es sur le peintre Schweick par des villageois assoiffĂ©s de vengeance et de bestialitĂ© ! Chez le cinĂ©aste Mario Caiano, un mĂ©decin pratiquant d'Ă©tranges expĂ©riences dĂ©cide de se venger de l'infidĂ©litĂ© de sa femme en torturant au fer rouge et Ă  l'acide les amants enchaĂ®nĂ©s ! DĂ©pitĂ© d'avoir Ă©tĂ© trahi pour sa succession d'hĂ©ritage, il dĂ©cide de contacter l'unique bĂ©nĂ©ficiaire, la soeur de la dĂ©funte, Jenny. Avec l'aide de sa servante, il complote une machination afin de pouvoir s'emparer du patrimoine. 


Baignant dans un noir et blanc aussi tĂ©nĂ©breux que raffinĂ©, Ă  l'instar de la prĂ©sence iconique de Barbara Steele dans un rĂ´le binaire, Les Amants d'Outre-tombe est une machine Ă  suspense dans laquelle une poignĂ©e d'antagonistes vont devoir s'opposer pour l'appât d'un gain et la quĂŞte de vĂ©ritĂ©. En jouant sur l'aspect perfide d'un duo d'amants sans vergogne (la liaison extra-conjugale du docteur Arrowsmith avec sa majordome), Mario Caiano compte sur leurs diverses stratĂ©gies afin de distiller une tension sur le sort de la pauvre Jenny. DĂ©libĂ©rĂ©s Ă  la rendre folle Ă  l'aide d'une drogue hallucinogène, cette dernière rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  entrer en contact avec l'au-delĂ  par l'entremise des amants autrefois sacrifiĂ©s ! EpaulĂ©e d'un mĂ©decin intègre toujours plus mĂ©fiant envers les mesquineries d'Arrowsmith, Jenny pourra notamment compter sur son soutien afin de ne pas sombrer dans la folie. En empruntant les thèmes du vampirisme, du savant fou et des spectres vengeurs rĂ©duits Ă  l'Ă©tat de cadavres putrescents, Mario Caiano les synthĂ©tisent avec une vraie efficacitĂ© pour enrichir une intrigue captivante non exempte de rebondissements, et cela juste avant l'irruption des forces de l'au-delĂ  ! L'empathie que l'on Ă©prouve pour l'affable mĂ©decin et Jenny (Barbara Steele vĂ©hicule des tourments instables dans sa fonction de victime droguĂ©e !) s'opposent Ă  l'aversion que l'on ressent pour le docteur Arrowsmith (Paul Muller se surpasse Ă  imposer une attitude Ă©triquĂ©e dans son caractère Ă©gotiste) et son insidieuse gouvernante (Helga Line sĂ©duit par sa sombre beautĂ© mais nous trahi de sa cupiditĂ© et sa soif d'Ă©ternelle jeunesse !). 


Les amants diaboliques vs les amants d'outre-tombe
Avec son climat gothique irrĂ©sistiblement oppressant et l'influence vĂ©nale d'antagonistes capricieux, Les Amants d'Outre-Tombe allie une horreur audacieuse pour sa cruautĂ© sanglante et un suspense des plus haletants pour le sort rĂ©servĂ© Ă  une Barbara Steele fĂ©brile.  

Clin d'oeil Ă  Artus Films ! 
Bruno Matéï
3èx



lundi 2 juin 2014

The Human Centipede 2 (Full Sequence)

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tom Six. 2011. U.S.A. 1h31. Avec Laurence R. Harvey, Ashlynn Yennie, Maddi black, Dominic Borrelli, Dan Burman, Kandace Caine, Daniel Jude Gennis, Georgia Goodrick, Lucas Hansen, Bill Hutchens.

Sortie U.S: 22 Septembre 2011. Pays Bas: 20 Juin 2012

FILMOGRAPHIE: Tom Six est un réalisateur néerlandais, né le 29 Juin 1973 à Alkmaar.
2004: Gay. 2007: Honeyz. 2008: I Love Dries. 2009: The Human Centipede (First Sequence). 2011: The Human Centipede 2 (Full Sequence). 2014: The Human Centipede 3 (Final Sequence). 2014: The Onania Club.


Deux ans après l'inattendu succès de The Human Centipede, film-culte adoubĂ© par son pitch aussi couillu que vrillĂ©, Tom Six utilise cette fois-ci le contre-pied de son modèle afin de rivaliser de surenchère dans le mauvais goĂ»t et le gore vomitif. Le pitchSurveillant de parking, Martin Ă©vacue l'ennui en matant son film fĂ©tiche: The Human Centipede. Epris d'obsession pour la pratique morbide de former un mille-pattes avec des humains soudĂ©s de la bouche Ă  l'anus les uns aux autres, il dĂ©cide de dĂ©fier les travaux du Dr Heitzer en reproduisant l'expĂ©rience avec 12 personnes ! Après l'effet de surprise invoquĂ© par son 1er volet, Tom Six continue d'exploiter son concept avec un goĂ»t prononcĂ© pour le gore, lĂ  oĂą son modèle privilĂ©giait la suggestion et la force de caractère du personnage principal. TournĂ© en noir et blanc afin de renforcer son atmosphère malsaine et poisseuse (bien qu'aujourd'hui il existe une version colorisĂ©e), mais aussi pour contourner dame censure, The Human Centipede 2 est une fois de plus servi par la prestance d'une "gueule" aussi charismatique, Laurence R. Harvey ! Incarnant un personnage mutique Ă  dĂ©ficience mentale, cet acteur en herbe compte sur l'apparence de son physique particulier afin de vĂ©hiculer une hostilitĂ© sournoise. Dans la mesure oĂą malgrĂ© son regard globuleux plein de vice, l'acteur laisse Ă©galement transparaĂ®tre une timiditĂ© de par sa personnalitĂ© refoulĂ©e et sa petite taille rondouillarde. AccoutrĂ© d'un slip trop large et d'une blouse blanche, il perpĂ©tue ses mĂ©faits meurtriers avec autant de jubilation que d'angoisse contrariĂ©e pour la rĂ©alisation de son chef-d'oeuvre ! C'est Ă  dire concevoir le plus grand appareil digestif au monde ! (ah ah !). 


L'ambiance glauque et irrespirable est Ă©galement habilement entretenue pour faire naĂ®tre l'anxiĂ©tĂ©. Tant auprès du domicile de Martin co-existant en compagnie d'une mère castratrice, oĂą du hangar rubigineux, refuge de ses innommables expĂ©riences. Qui plus est, Tom Six y accentue une ambiance d'autant plus insolite parmi l'intervention de personnages sans vergogne (la mère suicidaire de Martin, le mĂ©decin barbu aux penchants pervers, le voisin tatouĂ© adepte de musique hardcore). Mais le clou du malaise est indĂ©niablement causĂ© par les exactions de Martin afin de parfaire son mille-pattes humain ! Et comme le tueur n'est pas un Ă©minent chirurgien, il s'y emploi Ă  l'arrache et sans anesthĂ©sie (les bouches des victimes Ă©tant simplement agrafĂ©es et non cousues sur le postĂ©rieur du voisin !). Sans doute pour combler l'attente des fans de gore qui eurent Ă©tĂ© déçus par le premier volet, Tom Six rivalise donc de trash et de mauvais goĂ»t pour illustrer un florilège de sĂ©quences chocs plutĂ´t Ă©mĂ©tiques ! A l'instar de ce cassage de dents perpĂ©trĂ© au marteau ou des tranchages de tĂŞte commis au couteau ! Bien que parfois insoutenable et franchement Ă©coeurant (l'orgie de dĂ©jection fĂ©cale !), le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  faire passer la pilule de l'innommable (le bĂ©bĂ© Ă©crasĂ© sous la pĂ©dale d'accĂ©lĂ©rateur par une mère en panique !) Ă  grand renforts de dĂ©rision macabre (rictus nerveux et gĂ©missements de joie du tueur Ă  l'appui !).


Une farce vitriolée au goût de vomi et d'excréments
Volontairement outrancier jusqu'Ă  overdose, The Human Centipede 2 exploite son filon avec la facilitĂ© de l'effet-choc. IndĂ©niablement moins percutant et surprenant que son modèle, il n'en demeure pas moins atmosphĂ©rique, expĂ©rimental, fun, dĂ©glinguĂ© et dĂ©lirant Ă  travers sa dĂ©viance morbide, quand bien mĂŞme Laurence Harvey marque de sa petite empreinte une posture gĂ©nialement gouailleuse !  

Pour Public averti

Bruno 
2èx





jeudi 29 mai 2014

LE SOUFFLE DU DEMON (Dust Devil)

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Richard Stanley. 1992. Afrique du Sud. 1h29. Avec Robert John Burke, Chelsea Field, Zakes Mokae, John Matshikiza, Rufus Swart, William Hootkins.

Sortie salles France: 17 Mars 1993

FILMOGRAPHIE: Richard Stanley est un réalisateur et scénariste sud-africain né à Fishhook le 22 Novembre 1966.
1990: Hardware. 1992: Le Souffle du Démon. 1996: l'Ile du Dr Moreau (remplacé par John Frankenheimer). 2011: The Theatre Bizarre (segment: The Mother of Toads).


Introduction: Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d'une oeuvre d'art qu'elle veuille dire quelque chose alors qu'ils acceptent que leur vie Ă  eux ne rime Ă  rien. David Lynch 

Il Ă©tait une fois, Ă  l'Ă©poque de la lumière rouge et du vent dĂ©sertique, un homme comme nous. Jusqu'au jour oĂą, par malheur, des ailes lui poussèrent. Et il s'envola comme un oiseau. 

A l'instar de son monologue introductif, on ne peut mieux dĂ©finir le terme culte Ă  une oeuvre aussi atypique que Le Souffle du DĂ©mon ! DĂ©jĂ  responsable de l'Ă©tonnant Hardware, un ovni post-apo au rabais inspirĂ© de Terminator et Ă  la photogĂ©nie crĂ©pusculaire dĂ©jĂ  bien prĂ©gnante, le second film du sud-africain Richard Stanley se rapproche cette fois de l'onirisme cher Ă  la Forteresse Noire de Michael Mann. Par son climat irrĂ©el chargĂ© ici de couleurs ocres et sa partition musicale envoĂ»tante, par l'expĂ©rience sensitive que procure les images et par la nonchalance des personnages combattant difficilement les forces du Mal. Dans une petite contrĂ©e sud-africaine, un mystĂ©rieux tueur sĂ©vit en s'en prenant aux victimes damnĂ©es. Jusqu'au jour oĂą il fraye sur son chemin une jeune femme en rupture sentimentale. Tandis qu'un homme s'est lancĂ© Ă  sa trace pour essayer de l'anĂ©antir, les deux amants vont Ă©changer une Ă©trange relation. 


PoĂ©tique, dĂ©cousu, mystĂ©rieux, impĂ©nĂ©trable, Le Souffle du DĂ©mon est conçu Ă  la manière d'un rĂŞve mĂ©taphysique dont le spectateur, perdu de ses repères, se sent irrĂ©sistiblement attirĂ©. Par l'entremise de cette icĂ´ne du Mal surgie de l'autre cĂ´tĂ© du miroir, Richard Stalney nous invite Ă  une expĂ©rience spirituelle dĂ©nuĂ©e de logique. Au sein de ses plaines dĂ©sertiques ou en amont de ce petit village enseveli par le sable, un dĂ©mon Ă  visage humain tente de s'approprier de la nature pour y laisser son empreinte par don surnaturel. VouĂ© Ă  tuer sans rĂ©pit des quidams vĂ©reux afin de pouvoir transmuter et perdurer son itinĂ©raire routier, Dust Devil (c'est ainsi qu'il se prĂ©nomme !) semble lui mĂŞme la victime de son propre fardeau. Celui de se nourrir du mal des autres afin de pouvoir continuer de survivre au sein de notre au-delĂ  terrestre ! Parmi ses ambitions diaboliques, une femme va devenir le fruit de son subterfuge avant qu'elle ne comprenne ses rĂ©elles motivations par l'entraide d'un chasseur de dĂ©mon. A l'instar du bricolĂ© Hardware, Richard Stanley renoue avec les mĂŞmes failles pour son budget modeste et ses maladresses techniques, desservies ici par un montage sporadique partant dans tous les sens (du moins pour cette version cut d'1h24 !). Mais l'ambition du rĂ©alisateur bourrĂ©e de bonnes intentions et la sincĂ©ritĂ© de sa dĂ©marche de nous livrer un authentique film fantastique 1er degrĂ© honore finalement l'entreprise puisqu'il nous cristallise un trip Ă©sotĂ©rique pour cette virĂ©e diabolique en compagnie d'un cowboy reptilien ! 


Entre western, fantastique et romance, Richard Stanley joue la carte de l'expĂ©rimental et de la mĂ©taphysique afin de nous plonger dans un rĂŞve abscons irrĂ©sistiblement palpable. Par la beautĂ© de ces images surnaturelles rĂ©gies autour d'un dĂ©sert solaire, par le charisme magnĂ©tique du dĂ©mon Ă  visage humain (on songe parfois au regard azur terriblement inquiĂ©tant de Rutger Hauer dĂ©couvert dans Hitcher !) et par l'alchimie qui Ă©mane de son ambiance impĂ©nĂ©trable, le Souffle du DĂ©mon est une expĂ©rience de cinĂ©ma, le chemin de croix d'un incube en quĂŞte de renaissance et d'amour ! 

Bruno Matéï
3èx

mercredi 28 mai 2014

Créatures Célestes (Heavenly Creatures). Grand Prix Gérardmer, 1995

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Peter Jackson. 1994. Allemagne/nouvelle-Zélande. 1h38. Avec Kate Winslet, Melanie Lynskey, Sarah Peirse, Diana Kent, Clive Merrison, Simon O'Connor, Jed Brophy.

Récompenses: Lion d'Argent à la Mostra de Venise, 1994
Grand Prix à Gérardmer, 1995.

Sortie salles France: 3 Juillet 1996. U.S: 16 Novembre 1994

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande).
1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.

 
Avant-propos:
En 1953-54, Pauline Yvonne Parker relata dans son journal son amitié avec Juliet Marion Hulme. Ceci est leur histoire vraie, fidèlement reprise à partir des écrits de Pauline.

Auréolé du Lion d'Or à Venise et du Grand Prix à Gérardmer, Créatures Célestes fait presque figure d'ovni tant Peter Jackson déconcerte en alliant lyrisme, poésie et tendresse sous couvert d'une tragédie baroque intentée au crime passionnel. L'action se situe en 1953 et prend pour cadre la charmante contrée bucolique de Christchurch, sur l'île du Sud néo-zélandaise. Insolentes, anticonformistes et espiègles, Juliet et Pauline unissent leurs points communs en partageant une belle amitié durant leurs études scolaires. Au fil de leur intense relation et de leur passion vouée à l'opéra, les deux jeunes filles se réfugient dans des univers enchanteurs afin de s'évader de leur quotidien. Voyant d'un très mauvais œil cette relation amicale devenue trop possessive, les parents des deux adolescentes décident finalement de les séparer.

Totalement inspiré par ce fait divers sordide que sa femme avait souhaité lui voir porter à l'écran, Peter Jackson nous reconstitue ici une histoire d'amour atypique dans son caractère aussi obsessionnel que crapuleux. La mise en scène inventive suggère les univers tantôt féeriques - châteaux et jardins édéniques - tantôt baroques, lorsque les ténors d'opéra prennent vie sous la forme de pâte à modeler, que Juliet et Pauline matérialisent à travers leur imagination. Si, de prime abord, il s'agit d'une liaison amicale inscrite dans l'utopie et la passion, l'amour saphique finit par s'y installer, quand bien même l'autorité parentale décidera d'y mettre un terme. Au passage, Peter Jackson en profite pour dénoncer l'homophobie à travers les personnages puritains du père de Juliet et du psychiatre de Pauline, voyant d'un œil suspect une orientation sexuelle jugée trop inaccoutumée.

PortĂ©es par les prestations transies d'Ă©moi de Kate Winslet et Melanie Lynskey, les deux comĂ©diennes insufflent avec un enthousiasme fiĂ©vreux un tempĂ©rament aussi erratique et nĂ©vrosĂ© qu'attendrissant Ă  leur Ă©lan amoureux. Durant leur cheminement instable, causĂ© en partie par l'intolĂ©rance parentale, ces  "insĂ©parables" extĂ©riorisent une fragilitĂ© humaine inscrite dans la crise adolescente, le dĂ©sarroi puis la folie. Car rapidement, une aura malsaine se dĂ©gage de leur profil psychologique, tant elles sont Ă©prises d'une liaison possessive oĂą la moindre idĂ©e de rupture leur provoque un marasme insurmontable. C'est ce qui entraĂ®nera Pauline vers la prĂ©mĂ©ditation criminelle et qui incitera Juliet Ă  y collaborer afin de retrouver un semblant d'illusion propice Ă  l'Ă©vasion et Ă  l'Ă©panouissement.

Ce drame inéluctable qui se profile à l'horizon, Peter Jackson le filme à la manière d'un suspense hitchcockien terriblement oppressant dans l'expectative du meurtre à accomplir. Cru et sanglant, cet acte morbide perpétré par ces adolescentes névrosées bouleverse et épouvante par sa violence, sachant que l'issue sera inévitablement fatale à leur destinée.


Imprégné de lyrisme et de tendresse, où les visions baroques se mêlent à un onirisme enchanteur, Créatures Célestes dérange durablement par son odeur de soufre car il nous confronte à une descente aux enfers vertigineuse où l'amour passionnel converge vers le sacrifice morbide. Il en émane une œuvre profondément cruelle, bouleversante et désespérée dans sa description pathologique d'une puissante amitié et d'un amour impossible.
 
En trois mots : un chef-d'œuvre.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

3èx

    mardi 27 mai 2014

    LES SEIGNEURS (The Wanderers)

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemotions.com

    de Philip Kaufman. 1979. U.S.A. 1h56. Avec Ken Wahl, John Friedrich, Karen Allen, Toni Kalem, Alan Rosenberg, Jim Youngs, Tony Ganios.

    Sortie salles France: 12 Mars 1980. U.S: 4 Juillet 1979

    FILMOGRAPHIE: Philip Kaufman est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 23 Octobre 1936 à Chicago, Illinois (Etats-Unis).
    1965: Goldstein. 1967: Fearless Frank. 1972: La Légende de Jesse James. 1974: The White Dawn. 1978: L'Invasion des Profanateurs. 1979: Les Seigneurs. 1983: L'Etoffe des Héros. 1988: L'Insoutenable Légèreté de l'être. 1990: Henry et June. 1993: Soleil Levant. 2000: Quills, la plume et le sang. 2004: Instincts Meurtriers. 2012: Hemingway and Gellhorn (télé-film).


    On les appelle "les Seigneurs", leur rythme c'est la musique, les filles sont leur faiblesse, leur point fort, c'est leur force au combat.  
    Leurs ennemis sont les Baldies, les Bombers, les Wongs et les Ducky Boys. IndĂ©niablement des troupes puissantes. 
    Mais "Les Seigneurs" sont les plus forts.  

    Film culte de plusieurs générations alors qu'aujourd'hui il est injustement occulté, les Seigneurs rend hommage au "film de bandes" avec une générosité et une tendresse sans égales. Hymne à l'insouciance d'une jeunesse avide d'aventures, de liberté et de fantaisies, Les Seigneurs se porte en témoignage d'une époque révolue, celle des années 60 baignant dans le Rock 'n' Roll et la Pop, la Soul et la vague yéyé, quand bien même toute la nation américaine pleure l'assassinat du président Kennedy en ce 22 Novembre 1963. L'action prend pour cadre le quartier du Bronx à travers la quotidienneté d'adolescents revanchards, en particulier ceux appartenant à la bande des Wanderers. De jeunes italiens issus de classe ouvrière passant leur temps à provoquer d'autres clans d'ethnie étrangère tout en courtisant les jeunes filles du samedi soir ! Alors qu'ils viennent d'avoir un accrochage avec les Bombers, Richie Gennaro et ses acolytes leur promettent un prochain lieu de rencontre sur un stade de foot. Au même moment, après une rixe avec les Baldies (la bande des cranes rasés dirigé par "Terreur" !), ils sont secourus in extremis par un nouveau venu plutôt mastard, Perry LaGuardia. Enfin, Richie doit aussi faire face à la jalousie de sa compagne depuis qu'il s'est laissé attendrir par le charme d'une ravissante inconnue lors d'une partie de boum-doudoune (peloter incidemment les seins de citadines !).


    Lorsque l'on redécouvre Les Seigneurs pour un énième visionnage, on est immédiatement frappé par la fraîcheur amicale qui se détache des personnages. Non seulement celle des Wanderers mais aussi celle des Baldies et des Bombers pour leur cohésion et leur zèle impartis à la bravoure ! Car outre le fait de rendre un vibrant hommage à l'époque iconique des sixties, Philip Kaufman porte notamment un témoignage au sens de la camaraderie et de la fraternité durant le passage de l'adolescence non exempte de malaise identitaire (la reconversion de Turkey chez les Baldies, la désillusion de Joey au sein du cocon familial en perdition). Ce moment puéril d'idéologie décomplexée où seuls compte les distractions de beuveries, de dragues improvisées, de parties de strip-poker et de bagarres de rues afin de se prouver que l'on garde le monopole de l'élite aux yeux des autres. Tous ces ados naïfs issus du prolétariat, le cinéaste nous les caractérisent avec une tendresse immodérée dans leur fragilité humaine impartie à une quête existentielle (Joey espère quitter la région pour fuir les maltraitances de son paternel !). Qui plus est, et à certaines reprises, le réalisateur adopte la rupture de ton pour insister sur le caractère sombre de situations de rixe (à l'instar du sort tragique réservé à Turkey !) lorsque les plus démunis d'entre eux sombrent dans une délinquance amorale. Je pense à la bande belliqueuse des Ducky Boys issus des ghettos les plus défavorisés et dénués de tout contact avec l'étranger (alors que bizarrement, ils se raccrochent à la religion pour communier dans une église et accepter l'hostie !). A travers le parcours contradictoire des Wanderers, Les Seigneurs consacre notamment toute une partie de notre propre jeunesse avec une intensité émotionnelle proprement bouleversante. A titre d'exemple, il suffit de se remémorer l'épisode des adieux échangés entre Perry, Joey et Richie pour se rendre compte de l'énorme empathie qu'on leur attribue dans leur divergence morale à se consacrer à un avenir meilleur. A travers ce départ précipité, Philip Kaufman brosse donc leur nouvelle initiation à la responsabilité après s'être opposé à une baston collective d'une rare férocité (la séquence confinée dans un stade de foot fait office d'anthologie épique par sa violence acerbe et le nombre de figurants déployés !) quand bien même Richie est sur le point de se marier en regrettant amèrement son ancienne idylle d'un soir !


    Une commémoration de l'adolescence
    ScandĂ© par les tubes rock des sixties (on y croise Smokey Robinson, The Champs, The Volumes, Chantays, The Surfaris, The Four Seasons, Contours, Isley Brothers, Dion, Lee Dorsey, The Angels, Shirelles, Ben E. Kingk, rien que çà !!!), Les Seigneurs constitue un chef-d'oeuvre du "film de bandes" aussi galvanisant que ces illustres homologues, la Fureur de Vivre, les Rues de Feu et Les Guerriers de la Nuit. Un moment de cinĂ©ma nostalgique bourrĂ© d'Ă©nergie, de musiques et d'Ă©motions, auquel la prestance terriblement attachante des comĂ©diens renforce l'identification du spectateur ! A dĂ©couvrir impĂ©rativement au moins une fois dans sa vie !  

    La critique des Guerriers de la Nuit (les): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/04/les-guerriers-de-la-nuit-warriors.html
    La critique des Rues de Feu (les): http://brunomatei.blogspot.com/2011/11/les-rues-de-feu.html

    Dédicace à Christophe Krust Masson
    Bruno Matéï
    6è visionnage

    lundi 26 mai 2014

    LES SEVICES DE DRACULA (Twins of Evil)

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviecovers.com

    de John Hough. 1971. Angleterre. 1h27. Avec Peter Cushing, Kathleen Byron, Mary Collinson, David Warbeck, Damien Thomas.

    Sortie salles U.S: 8 Août 1972. Royaume-Uni: 3 Octobre 1971

    FILMOGRAPHIE: John Hough est un réalisateur anglais, né le 21 Novembre 1941 à Londres.
    1969: Wolfshead : The Legend of Robin Hood. 1970: Eyewitness. 1971: Les Sévices de Dracula. 1972: l'île au Trésor. 1973: La Maison des Damnés. 1974: Larry le dingue, Mary la garce. 1975: La Montagne Ensorcelée. 1978: Les Visiteurs d'un Autre Monde. 1978: La Cible Etoilée. 1980: Les Yeux de la Forêt. 1981: Incubus. 1982: Le Triomphe d'un Homme nommé Cheval. 1986: Biggles. 1988: Hurlements 4. 1988: American Gothic. 1989: Le Cavalier Masqué (télé-film). 1990: A Ghost in Monte Carlo (Télé-film). 1992: Duel of Hearts (télé-film). 1998: Something to Believe In. 2002: Bad Karma.


    Dernier volet de la trilogie Karnstein, Les SĂ©vices de Dracula est rĂ©alisĂ© au moment mĂŞme oĂą la Hammer est en perte de vitesse. Quoi de plus profitable donc que de surenchĂ©rir dans la violence et l'Ă©rotisme en recrutant deux pin-up issues du mag Playboy ! Dit comme cela, le film pourrait paraĂ®tre rĂ©duit Ă  l'objet de vulgaritĂ©, mais c'est sans compter sur la sensualitĂ© de ses jeunes actrices et le talent honorable d'un faiseur de sĂ©rie B pour redorer une oeuvre somme toute modeste. Tandis que Gustav Weil dirige de main de fer une confrĂ©rie de chasseurs de sorcières et impose sa terreur dans le village en immolant des filles innocentes, l'arrivĂ©e de ses nièces jumelles attire l'attention du comte Karnstein. Ce dernier menant une vie dissolue dans son luxueux château et se livrant Ă  d'Ă©tranges rites sataniques afin d'implorer la rĂ©surrection de Mircalla Karnstein. 


    Efficacement rĂ©alisĂ© par un John Hough dĂ©butant mais dĂ©jĂ  prometteur, Les SĂ©vices de Dracula doit son caractère ludique grâce au dynamisme de son rĂ©cit multipliant pĂ©ripĂ©ties et rebondissements. En opposant le fanatisme religieux avec le vampirisme, John Hough rivalise de cruautĂ© pour dĂ©noncer les actes gratuits d'un groupuscule fondamentaliste et les caprices d'un comte omnipotent avide de chair et de sang ! Une manière habile d'ironiser Ă©galement sur les exactions grotesques de son inquisiteur, persuadĂ© qu'il condamne sur le bĂ»cher d'authentique sorcières, alors qu'un vrai vampire aristocrate impose ses sĂ©vices sanglants sur le cou des jeunes villageoises ! Mais l'intĂ©rĂŞt majeur du film provient inĂ©vitablement de la prĂ©sence oh combien lascive des soeurs jumelles, successivement incarnĂ©es par Mary et Madeleine Collinson. Sans jamais verser dans la trivialitĂ©, les comĂ©diennes novices rĂ©ussissent Ă  imposer une prĂ©sence ensorcelante dans leur beautĂ© juvĂ©nile, quand bien mĂŞme le cinĂ©aste les filment avec une tĂ©nuitĂ© suggĂ©rĂ©e (dĂ©colletĂ© voluptueux, nuisettes transparentes Ă  l'appui !). Pour autant, ces anciennes Ă©gĂ©ries de Playboy parviennent Ă  insuffler un jeu convaincant dans leur relation antinomique basĂ©e sur la pudeur et l'effronterie (Maria est timide et introvertie alors que Frieda est attisĂ©e Ă  courtiser le mâle dominant !). En jouant sur une certaine notion de suspense quand au sort rĂ©servĂ© Ă  la seconde soeur (la première Ă©tant malencontreusement tombĂ©e sous le coup de la damnation vampirique !), John Hough exacerbe sa dernière partie et converge Ă  une course poursuite sanglante entre la confrĂ©rie de Gustav Weil et le baron Karnstein ! Pour clore, on ne peut occulter la prĂ©sence toujours aussi charismatique du gentleman de l'horreur, Peter Cushing, faisant preuve ici d'une personnalitĂ© antipathique pour mettre en Ă©vidence l'autoritĂ© opiniâtre d'un intĂ©griste aveuglĂ© par sa foi, mais d'en payer ensuite le lourd tribut !


    Si les SĂ©vices de Dracula ne rĂ©serve pas vraiment de surprises et fait parfois preuve d'incohĂ©rences (qu'en est-il de la prĂ©sence de la comtesse Mircalla Karnstein entraperçue en prĂ©ambule, par qui a Ă©tĂ© mordu la première victime ?), l'efficacitĂ© vigoureuse de sa rĂ©alisation, son soin formel et surtout le charme envoĂ»tant des soeurs Collinson rĂ©ussissent humblement Ă  honorer la firme anglaise !

    Dédicace à Eugène Rocton
    Bruno Matéï
    3èx

    vendredi 23 mai 2014

    THE SACRAMENT. Prix du Jury Syfy, Gérardmer 2014.


    de Ti West. 2013. U.S.A. 1h41. Avec Amy Seimetz, Joe Swanberg, Kate Lyn Sheil, AJ Bowen, Cal Johnson, Gene Jones, Kentucker Audley.

    Récompense: Prix du Jury Syfy, Gérardmer 2014.

    Sortie salles France: Prochainement...

    FILMOGRAPHIE: Ti West est un réalisateur, producteur, éditeur et scénariste américain né le 5 Octobre 1977.
    2001: The Wicked. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. The House of the Devil. 2010: Perdants Take All. 2011: The Innkeepers. 2013: The Sacrament.


    Vice est une entreprise multimédia new-yorkaise qui se polarise sur l'information, l'art et la culture à l'internationale. La compagnie, qui existe dans plus de 34 pays, est connue pour couvrir des sujets agressifs et controversés, passés sous silence par les mass media. Ce journalisme d'un nouveau genre offre un contenu à la fois captivant et original qu'on désigne sous l'appellation, "Immersionnisme".

    InspirĂ© du suicide collectif du "Temple du Peuple" ordonnĂ© par le rĂ©vĂ©rend Jim Jones (de son vrai nom, James Warren Jones) au cours duquel 908 de ces membres pĂ©rirent par empoisonnement; The Sacrament relate l'expĂ©dition journalistique de trois hommes au sein d'une confrĂ©rie religieuse situĂ©e Ă  Eden Parish. Inquiet de l'Ă©tat de santĂ© de sa soeur qu'il soupçonne d'avoir infiltrĂ© une secte, Patrick dĂ©cide de se rendre sur place pour la rencontrer avec l'entraide de ces comparses. Sur place, ils dĂ©couvrent une Ă©trange communautĂ© que sa soeur aiguille parmi l'autoritĂ© faussement rassurante d'un gourou.


    A l'aide du procĂ©dĂ© en vogue du Found Footage, le rĂ©alisateur Ti West nous immerge ici dans l'isolement d'un Eden bucolique parmi la prĂ©sence d'une confrĂ©rie catholique mais auquel des geĂ´liers armĂ©s surveillent dès l'entrĂ©e toute intrusion illĂ©gale ! Avec le rĂ©alisme du docu-vĂ©ritĂ©, la première partie nous prĂ©sente de manière scrupuleuse la quotidiennetĂ© de ces citadins coexistants en harmonie parmi l'allĂ©geance de leur "père". Un prĂŞtre conservateur prĂŞchant uniquement la bonne parole, tolĂ©rance et respect d'autrui dans une discipline drastique. Après l'avoir interviewĂ©, nos trois journalistes finissent par comprendre que ce dernier n'est autre qu'un dangereux fanatique ayant une mainmise perfide sur sa population. La manière dont Ti West rĂ©ussit Ă  vĂ©hiculer un climat anxiogène au sein de cette Ă©trange communautĂ© nous plonge dans un malaise latent qui ira crescendo au fil de l'investigation de nos trois hĂ©ros. Soucieux d'ĂŞtre au plus près de la rĂ©alitĂ©, d'oĂą la fonction de la camĂ©ra portĂ©e Ă  l'Ă©paule, le rĂ©alisateur nous plonge dans le "reportage" afin de scruter le comportement interlope de ces adeptes. Ce portrait allouĂ© Ă  cette population lobotomisĂ©e et la caractĂ©risation effrayante que Ti West projette sur son gourou (l'acteur Gene Jones possède un charisme magnĂ©tique terriblement impressionnant !) fait froid dans le dos puisqu'ici la cause de Dieu est rattachĂ©e Ă  une idĂ©ologie sectaire fondĂ©e sur le culte, le repli et l'exil. L'aura malsaine qui s'y dilue dans l'air, ce trouble sentiment d'insĂ©curitĂ© que nos journalistes perçoivent vont notamment s'exacerber avec les allĂ©gations de quelques adeptes suppliant en dernier ressort leur assistance. La seconde partie, confinĂ©e Ă  une descente aux enfers, nous exprime un sentiment de marasme parmi le tĂ©moignage de masse d'un suicide inconscient ! Impitoyable et nausĂ©eux, Ti West n'hĂ©sitant pas Ă  enfoncer le clou de l'effroi face Ă  la rĂ©sultante de ce carnage planifiĂ© et auquel le sentiment d'injustice ne nous laisse pas indemne pour l'impuissance des victimes !


    Si la mise en scène aurait gagné à être un peu mieux maîtrisée et que le jeu de certains acteurs s'avère perfectible, The Sacrament réussit à provoquer une terreur psychologique des plus tangibles face à l'exploitation du fait-divers ! Ce brûlot contre le fanatisme religieux, l'intégrisme et l'endoctrinement s'avère d'autant plus effarant qu'il s'inspire avec beaucoup de précision d'un authentique génocide sectaire ! (voir ci-dessous !).

    Bruno Matéï


    La vĂ©ritable histoire du "Temple du Peuple" (info wiki): 
    James Warren Jones (nĂ© le 13 mai 1931 Ă  Crete dans l'Indiana, aux Etats-Unis - mort le 18 Novembre 1978 Ă  Jonestown au Guyana) est le fondateur et pasteur du groupe religieux d'inspiration protestante: le "Temple du Peuple" dont il a fait le siège d'une lutte pour l’Ă©galitĂ© raciale et la justice sociale qu’il appela « socialisme apostolique » et dont la communautĂ© Ă©tablie au Guyana a parfois Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e, Ă  l'origine, comme un projet agricole communiste avant d'ĂŞtre le lieu d'un massacre et finalement dĂ©signĂ©e comme l'archĂ©type de la secte dangereuse.
    Jim Jones est Ă  l’origine d’une des dĂ©rives religieuses les plus connues de l’Histoire ayant provoquĂ© un traumatisme Ă  l’Ă©chelle mondiale. Sa communautĂ© connut une fin tragique le 18 Novembre 1978 Ă  Jonestown oĂą 908 personnes pĂ©rirent par ingestion de cyanure de potassium ou assassinat.

    Biographie
    James Jones est le fils de James Thurman Jones et Lynetta Putnam. Il se disait descendant d'indiens Cherokees par sa mère.
    En 1951, il est brièvement affilié au Communist Party USA.
    Son intĂ©rĂŞt pour la religion apparaĂ®t tĂ´t dans son enfance et, dès la fin de ses Ă©tudes, songe Ă  fonder sa propre Église qu’il appelle tout d’abord « Les ailes de la dĂ©livrance » avant de la baptiser "Temple du Peuple". Le premier siège de son Église fut Ă©tabli Ă  Indianapolis.
    En 1964, Jim Jones est ordonnĂ© pasteur d’une congrĂ©gation protestante importante, « les disciples du Christ », une Église qui traite les noirs avec le mĂŞme respect que les blancs. Il commence alors Ă  s’engager dans une lutte pour l’Ă©galitĂ© raciale et la justice sociale sur l'exemple de l'International Peace Mission de Father Divine. Dès le dĂ©but des annĂ©es 1960, il adopte des enfants de diffĂ©rentes races qu'il appelle sa « rainbow family » (famille arc-en-ciel). Bien que les adeptes de son Église n'en soient pas toujours conscients et que ses sermons ne sont pas toujours explicites sur le sujet, Jones se dit maoĂŻste et s'identifie Ă  Karl Marx au point de vouloir crĂ©er sa propre « forme de marxisme », qu'il appelle finalement « socialisme apostolique ». Il est cependant considĂ©rĂ© plus comme un fondamentaliste protestant que comme un marxiste, avant d'ĂŞtre un des premiers personnages de l'histoire religieuse contemporaine Ă  ĂŞtre qualifiĂ© de gourou dans le sens donnĂ© ensuite par les organismes de lutte antisectes.
    Il déménage son Église à Redwood Valley, en Californie, lieu que Jim Jones disait être un des rares qui pourrait résister à un holocauste nucléaire.
    Son premier livre, La lettre tue (de « la lettre tue mais l’esprit vivifie » de l’apĂ´tre Paul, tirĂ© de la Bible) souligne ce qu’il considère ĂŞtre des contradictions, des absurditĂ©s et des atrocitĂ©s dans la Bible, tout en parlant Ă©galement de ce qu’il analyse comme Ă©tant de « grandes vĂ©ritĂ©s ».

    La chute

    Une vue des bâtiments de la communauté à Jonestown.

    Cette phase politico-religieuse lui attire des sympathies de diverses personnalitĂ©s Ă  l'Ă©poque, qui modifient le comportement de Jones, Ă  mesure qu'il prend conscience de son propre charisme. Il se fait alors appeler « Père » par les membres de son Église. Il commence Ă  cette Ă©poque Ă  affirmer qu’il est l’incarnation de JĂ©sus, d’AkhĂ©naton, de Bouddha ou de LĂ©nine et il accomplit de prĂ©tendus miracles pour attirer de nouveaux disciples. Ă€ cette Ă©poque, Jim Jones est encore très respectĂ©, y compris par des personnalitĂ©s politiques et artistiques de premier plan (dont Rosalyn Carter, Ă©pouse du PrĂ©sident des États-Unis de l'Ă©poque), en partie Ă  cause de cette Église d’exception qu’il a fondĂ©e, composĂ©e de noirs et de blancs et soutenant les nĂ©cessiteux, mais surtout pour le soutien dans leur carrière politique qu'il leur apporte en retour .
    C’est Ă  l’Ă©tĂ© de 1977, alors que la communautĂ© vient de subir un contrĂ´le fiscal, que Jones et les 900 membres du Temple du Peuple dĂ©mĂ©nagent au Guyana dans le but dĂ©clarĂ© de crĂ©er une communautĂ© agricole utopique au milieu de la jungle, près de Port Kaituma, dĂ©pourvue de racisme et fondĂ©e sur les principes du socialisme. Il baptise le village de son propre nom : « Jonestown ». L’autoritĂ© de Jones aurait commencĂ© Ă  diminuer Ă  cette Ă©poque, entre autres raisons Ă  cause de sa dĂ©pendance Ă  la drogue.

    Le massacre de Jonestown

    Leo Ryan.

    En novembre 1978, le reprĂ©sentant Leo Ryan est envoyĂ© mener une enquĂŞte dans la communautĂ© Ă  la suite de plaintes dĂ©posĂ©es par des proches de membres du Temple du Peuple, concernant des conditions de vie enfreignant potentiellement les Droits de l'homme et en particulier Ă  cause du fait que le village serait gĂ©rĂ© comme un camp disciplinaire. Le 15 novembre 1978, il arrive sur les lieux accompagnĂ© de reporters de NBC et du Time et d'un cameraman. Il passe alors trois jours Ă  interviewer les rĂ©sidents. Certains membres de la communautĂ© expriment le souhait de ne plus y rester et forment alors ce qui fut appelĂ© « le groupe de Ryan ».
    Le matin du samedi 18 novembre, le groupe de Ryan cherche Ă  quitter les lieux lorsqu’un homme de la communautĂ© agresse Leo Ryan avec un couteau. Le groupe de Ryan, composĂ© de quinze membres de la communautĂ© ayant demandĂ© Ă  l'accompagner, se prĂ©cipite alors vers l’avion dans une tentative de fuite. D'autres membres de la communautĂ© fidèles Ă  Jones prennent alors un camion pour rejoindre le lieu du dĂ©collage et font feu sur le groupe qui commence Ă  prendre place dans l’avion, tuant aussitĂ´t Leo Ryan et 5 autres personnes (le camĂ©raman, le reporter de NBC, un photographe et un des membres de la communautĂ© qui souhaitait partir), avant de retourner au village.
    Plus tard, dans la mĂŞme journĂ©e, 908 habitants de la communautĂ©, dont plus de 300 enfants, meurent dans ce qui fut appelĂ© « un suicide collectif ». Quatre autres corps, ceux d'une mère et de ses trois enfants, ont Ă©galement Ă©tĂ© retrouvĂ©s Ă  la maison du Temple du Peuple Ă  Lamaha Gardens Ă  Georgetown. En raison de l'Ă©tat de dĂ©composition avancĂ© des corps quand ils ont finalement Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©s, de l'impossibilitĂ© d'identifier certains d'entre eux et du fait que les familles, par pauvretĂ© ou par honte, ne sont pas venu les rĂ©clamer, 408 d'entre eux furent enterrĂ©s dans une fosse commune au cimetière d'Evergreen Ă  Oakland.


    Le personnel militaire transporte les corps après le massacre.

    Cependant, une part de mystère subsiste Ă  ce jour quant Ă  la thèse du suicide collectif et Ă  son dĂ©roulement, en particulier parce que toutes les personnes ne sont pas mortes volontairement (plusieurs ont Ă©tĂ© abattues par des armes Ă  feu ou des flèches). La majeure partie des membres a cependant ingurgitĂ© un mĂ©lange mortel de jus de raisin mĂ©langĂ© Ă  du cyanure et des somnifères. Les enfants se seraient fait injecter le poison en premier. Selon certaines sources, le suicide collectif aurait mĂŞme Ă©tĂ© prĂ©parĂ© de longue date au cours de simulations appelĂ©es « nuits blanches » (jusqu'Ă  100, selon les sources). Jones est retrouvĂ© mort assis sur une chaise, une balle dans la tĂŞte, le pistolet Ă  quelques pas de lui sans qu'il ait pu ĂŞtre dĂ©terminĂ© s'il s'agissait d'un meurtre ou d'un suicide. Selon les sources, 167 membres de la communautĂ© ont survĂ©cu Ă  cet Ă©pisode, 87 si on ne compte que ceux qui Ă©taient prĂ©sents le jour du massacre.
    Ces divers assassinats mĂŞlĂ©s Ă  la thèse du suicide collectif et aux manquements des services mĂ©dicaux ont suscitĂ© diverses thèses parallèles pour expliquer l'affaire. Une d'entre elle prĂ©tend, par exemple, que la CIA (voir Projet MK-Ultra), avec plus ou moins la complicitĂ© de Jim Jones, se serait servie de la communautĂ© de Jonestown pour faire des expĂ©rimentations mĂ©dicales secrètes.
    Il n’existe aucune image de l’Ă©vènement, mais le FBI produisit un enregistrement de 45 minutes appelĂ© « Death Tape » qui rapporterait ce qui s’est passĂ© pendant la tuerie et en particulier le dernier discours de Jim Jones. On l'entend dire : « ne soyez pas effrayĂ©s de mourir (…), la mort est une amie ».
    « Death Tape »
    Sur la bande audio, Jones dit aux membres de sa communautĂ© que l'Union soviĂ©tique, avec laquelle il avait prĂ©alablement nĂ©gociĂ© un exil, ne les accueillerait plus Ă  cause de l'assassinat de Ryan. La perspective Ă©tait de voir des hommes « parachutĂ©s » et « tuer [les] enfants innocents » ou « torturer les membres de la communautĂ©, les plus âgĂ©s ». Dans ces conditions, Jones et d'autres membres de la communautĂ© dĂ©clarèrent qu'ils devaient commettre un « suicide rĂ©volutionnaire » en buvant un breuvage au cyanure mĂŞlĂ© Ă  des somnifères. Christine Miller, une adepte de la communautĂ©, exprime son dĂ©saccord au dĂ©but de la bande. D'autres membres se mettent Ă  pleurer. Jones leur dĂ©clare : « arrĂŞtez cette hystĂ©rie, ce n'est pas ainsi que les socialistes et les communistes meurent. Nous devons mourir avec dignitĂ© ». Jones dit alors : « N'ayez pas peur de mourir, la mort est juste le passage vers un autre plan, la mort est une amie ». Ă€ la fin de la bande, Jones conclut : « nous commettons un acte de suicide rĂ©volutionnaire en protestation contre les conditions de ce monde inhumain ».

    Les instructions du 16 octobre 1978
    Jim Jones diffusait des instructions quotidiennes par haut-parleur Ă  la communautĂ© ou par Ă©crit. Dans les instructions qui ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es du lundi 16 octobre 1978, soit un mois avant le massacre, Jim Jones a diffusĂ© un document Ă©crit dont plusieurs passages concernant le suicide sont soulignĂ©s.« Toute personne qui aurait le dĂ©sir de se suicider doit donner son nom Ă  la salle de radio parce qu'un tel acte serait une chose grave et dangereuse pour vous-mĂŞme (...) N'oubliez pas que lorsque vous tentez de vous suicider, quand vous voulez endommager votre corps, celui-lĂ  mĂŞme qui pourrait nous permettre de lutter contre notre ennemi commun (ndt les capitalistes), vous utilisez l'Ă©nergie de Jim Jones alors qu'elle pourrait ĂŞtre utilisĂ©e contre l'ennemi (...) Le suicide est stupide et un gaspillage de votre potentiel. Pensez Ă  ce que vous pourriez accomplir si au lieu de retourner cette violence contre vous, vous la dirigiez vers l'ennemi (...) si vous vous sentez suicidaire, Ă©crivez-moi, peut-ĂŞtre pourrai-je retirer vos tensions»
    Ces propos en contradiction totale avec ceux du 18 novembre et le suicide collectif qui en a rĂ©sultĂ© ont Ă©tĂ© analysĂ©s de diffĂ©rentes manières. La thèse la plus partagĂ©e est qu'Ă  cette Ă©poque, Jones souhaitait encore que tous les membres de la communautĂ© restent en vie pour « lutter contre l'ennemi », mĂŞme si la mention, dans une autre instruction, que les personnes suicidaires pourraient « recevoir un tranquillisant pour les aider » a parfois Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e comme un message ambigu, prĂ©monitoire du mĂ©lange de tranquillisants et de cyanure qui allait ĂŞtre absorbĂ© le mois suivant.

    jeudi 22 mai 2014

    L'EPREUVE DE FORCE (The Gauntlet)

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Clint Eastwood. 1977. U.S.A. 1h49. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle, William Prince, Bill McKinney, Michael Cavanaugh.

    Sortie salles France: 5 Avril 1978. US: 21 Décembre 1977

    FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie.
    1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le MaĂ®tre de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un  Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: JugĂ© Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: CrĂ©ance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: MĂ©moires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delĂ . 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper.


    Alors que les trois premiers volet de l'Inspecteur Harry (Harry le salopard pour les intimes !) viennent de triompher sur les Ă©crans et rĂ©vĂ©ler une nouvelle icĂ´ne hĂ©roĂŻque, Clint Eastwood casse son image de flicard expĂ©ditif avec l'Epreuve de Force. ChargĂ© par son supĂ©rieur d'accompagner une jeune prostituĂ©e faisant office de tĂ©moin lors d'un procès, l'inspecteur Ben Schockley doit se confronter Ă  la corruption policière et la mafia pour l'empĂŞcher d'accĂ©der au tribunal. C'est le dĂ©but d'une longue course-poursuite que notre duo va devoir sillonner Ă  travers les routes bucoliques de l'Arizona.


    Modèle du film d'action rĂ©putĂ© pour son fameux canardage final faisant figure d'anthologie (8000 munitions sont dĂ©chargĂ©es sur la carrosserie d'un autocar blindĂ© !), l'acteur investit cette fois-ci la double fonction d'acteur et de rĂ©alisateur parmi l'entremise de sa compagne d'alors, Sondra Locke. A eux deux, ils forment un tandem des plus obtus dans leur discorde sexiste, sachant qu'ici une jeune prostituĂ©e ne va avoir de cesse de tenir tĂŞte au machisme d'un flic alcoolique et violent. C'est donc ici un policier Ă  contre-emploi que nous taille Clint Eastwood afin de mettre en exergue son initiation courageuse pour se prouver qu'il n'est pas un ratĂ© comme sa compagne et ses supĂ©rieurs le laissent sous-entendre. Grâce au caractère bien trempĂ© de cette catin d'apparence vulgaire, mais oh combien perspicace et entreprenante, il va pouvoir se remettre en question et se rĂ©tablir une confiance en envisageant une mission pĂ©rilleuse. A travers l'Ă©tude de caractère de ce couple en apprentissage, Clint Eastwood illustre Ă©galement leur ascension amoureuse par l'intermĂ©diaire de leur confiance et leur cohĂ©sion mais aussi leur bravoure impartie Ă  contrecarrer la police et la mafia durant leur pĂ©riple. Impeccablement construit, le scĂ©nario alterne donc moments intimistes et action explosive dans une verve de rĂ©parties cocasses que n'aurait pas reniĂ© Tarantino ! Quand Ă  l'Ă©pisode final allouĂ© au baroud-d'honneur, il fait office de grand moment de cinĂ©ma lorsque le couple tente de pĂ©nĂ©trer dans l'enceinte de la ville Ă  l'aide d'un bus customisĂ© pour dĂ©fier les barrages policiers ! Ultra spectaculaire dans ses fusillades incessantes assĂ©nĂ©es au mastodonte, d'une intensitĂ© inouĂŻe dans son impact apocalyptique et sa rigueur du montage, cette ultime Ă©preuve de force nous laisse le souffle coupĂ© !


    Jouissif et endiablĂ© dans son aventure pĂ©rilleuse, cocasse mais aussi parfois violent (la scène de viol ne prĂŞte pas Ă  plaisanter !)l'Epreuve de Force reste une rĂ©fĂ©rence du genre en terme d'esbroufe et une peinture passionnante sur l'Ă©volution humaine de ces personnages. Clint Eastwood accordant autant d'intĂ©rĂŞt Ă  retranscrire le superbe portrait d'un couple en quĂŞte de lĂ©gitimitĂ© et d'Ă©galitĂ© des sexes.  

    Bruno Matéï
    3èx

    mercredi 21 mai 2014

    Psychose 2 (Psycho 2)

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site projectdeadpost.com

    de Richard Franklin. 1983. U.S.A. 1h53. Avec Anthony Perkins, Meg Tilly, Vera Miles, Robert Loggia, Dennis Franz, Hugh Gillin.

    Sortie salles France: 20 Juillet 1983. U.S: 3 Juin 1983

    FILMOGRAPHIE: Richard Franklin est rĂ©alisateur et producteur australien, nĂ© le 15 Juillet 1948 Ă  Melbourne (Australie), dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Juillet 2007. 1972: Belinda. 1973: Loveland. 1975: The True Story of Eskimi Nell. 1976: Fantasm. 1978: Patrick. 1981: DĂ©viation Mortelle. 1983: Psychose 2. 1984: Cloak and dagger. 1986: Link. 1991: FX 2, effets très spĂ©ciaux. 1994: Un Agent très spĂ©cial (tĂ©lĂ©-film). 1995: Hotel Sorrento. 1996: Brillliant Lies. 1997: One way Ticket (TĂ©lĂ©-film). 1999: Le monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle: la dĂ©couverte (tĂ©lĂ©-film). 2003: Visitors.

    Confectionner une suite 22 ans après une pièce fondatrice de l'épouvante était aussi risqué qu'inutile tant le modèle d'Hitchcock se suffisait à lui-même. Une gageure quasi suicidaire donc que Richard Franklin (habile faiseur beaucoup trop méconnu) relève pourtant avec adresse dans une ossature narrative machiavélique peu avare en coups de théâtre.

    Rappel des faits : 22 ans après avoir été interné, Norman Bates ressort libre de l'asile psychiatrique car aujourd'hui considéré comme sain d'esprit. Après avoir trouvé un petit job de serveur dans un snack, il décide de reprendre la direction du motel et de réintégrer la maison de sa mère. Alors que la clientèle se fait discrète, il décide de venir en aide à une jeune fille sans logis et l'invite à séjourner dans sa propriété. Mais d'étranges événements ne vont pas tarder à bousculer la tranquillité de Norman.

    Thriller à suspense et psycho-killer en vogue se télescopent dans Psychose 2, série B d'apparence éculée lors de son premier acte mais louablement retorse quant à la tournure des événements. Alors que d'étranges appels téléphoniques ébranlent la fragilité de Norman et qu'un nouveau meurtre vient d'être perpétré, sa folie semble reprendre du galon sous la hantise persistante de sa mère ! Avec l'aimable soutien d'une jeune serveuse (Meg Tilly retransmet avec sobriété douceur et tendresse auprès du désarroi de Norman), il se réconforte tant bien que mal dans cette amitié afin de refréner ses anciennes pulsions meurtrières.

    En jouant sur l'ascension psychotique de Norman et sur l'éventualité d'un mystérieux meurtrier, Richard Franklin insuffle dans sa première partie un modeste suspense (d'autant plus plaisant grâce à son charme rétro) jusqu'à ce qu'un rebondissement vienne relancer l'intrigue. À partir d'une idée de conspiration, le réalisateur réussit à nous convaincre de cette révélation tout en exploitant savamment rebondissements et coups de théâtre (le final est rondement palpitant dans son lot de situations alarmistes et cruelles où les protagonistes sont sévèrement châtiés).

    Avec dérision macabre (le pauvre Norman est décidément victime de sa malédiction familiale quand bien même l'épilogue nous provoque un rire nerveux) et un vrai sens du suspense quant à débusquer l'identité du coupable, Psychose 2 réussit à maintenir l'intérêt dans une tension en crescendo aux quiproquos sardoniques où victime et meurtrier finissent par inverser leurs rôles.

    Qui plus est, l'attachement que l'on accorde au duo Norman Bates / Mary Loomis nous permet de nous impliquer avec empathie dans leur intimité. D'ailleurs, la superbe mélodie de Jerry Goldsmith renforce le caractère fragile de leur complicité en demi-teinte (Mary est aussi attendrie qu'effrayée par les névroses de Norman). Quant au mode opératoire du psycho-killer, et sans doute pour contenter la nouvelle génération, une certaine violence graphique est imposée à travers deux meurtres particulièrement acerbes dans l'effet gore escompté (tel ce long couteau planté en pleine bouche d'une victime).

    Si Psychose 2 laissait craindre une séquelle au rabais uniquement vouée à renflouer les caisses, c'était sans compter sur le talent d'un artisan de série B pour confectionner un scénario solide chargé d'ironie macabre et de savoureux clins d'œil (à l'instar de l'aimable participation de Vera Miles).

    Campé avec sincérité par un Anthony Perkins toujours aussi inquiétant et vulnérable (alors qu'à la base, il ne souhaitait pas rempiler dans la peau du tueur) et le charme timoré d'une Meg Tilly infiniment magnétique, cet excellent psycho-killer réussit honorablement à éviter la redite sans cynisme.

    — Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

    La Chronique de Psychosehttp://brunomatei.blogspot.fr/2015/06/psychose.html

                             Psychose 3: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/08/psychose-3.html

    Dédicace à Gérald Shub-Niggurath
    Bruno Matéï
    5èx



                                                  

    mardi 20 mai 2014

    Link. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 86.

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

    de Richard Franlin. 1986. Angleterre. 1h46 (2h05 version longue). Avec Elisabeth Shue, Terence Stamp, Kevin Lloyd, Steven Garnett, David O'Hara, Joe Belcher.

    Sortie salles France: 5 Mars 1986

    FILMOGRAPHIE: Richard Franklin est réalisateur et producteur australien, né le 15 Juillet 1948 à Melbourne (Australie), décédé le 11 Juillet 2007. 1972: Belinda. 1973: Loveland. 1975: The True Story of Eskimi Nell. 1976: Fantasm. 1978: Patrick. 1981: Déviation Mortelle. 1983: Psychose 2. 1984: Cloak and dagger. 1986: Link. 1991: FX 2, effets très spéciaux. 1994: Un Agent très spécial (télé-film). 1995: Hotel Sorrento. 1996: Brillliant Lies. 1997: One way Ticket (Télé-film). 1999: Le monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle: la découverte (télé-film). 2003: Visitors.


    Hit vidĂ©o des annĂ©es 80 dĂ©jĂ  rĂ©putĂ© par son Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz, Link emprunte la thĂ©matique du singe tueur sous le moule de la sĂ©rie B. A juste titre, car ce slasher simiesque rondement menĂ© ne dĂ©mĂ©rite pas de par son originalitĂ© et l'efficacitĂ© d'une mise en scène aussi nerveuse qu'inventive. Le pitch: Une Ă©tudiante en zoologie est engagĂ©e comme stagiaire au sein de la villa du professeur Phillip. A l'arrivĂ©e, elle fait la connaissance de deux chimpanzĂ©s et de l'orang-outang, Link, faisant office de majordome. Après avoir passĂ© une première journĂ©e houleuse parmi l'autoritĂ© acariâtre de son propriĂ©taire, Jane Chase se retrouve isolĂ©e dans sa demeure en son absence inexpliquĂ©e. Toujours plus inquiète, elle finit par se rendre Ă  l'Ă©vidence qu'un incident a intentĂ© Ă  la vie du professeur et doit se confronter Ă  l'hostilitĂ© toujours plus insolente de Link. Divertissement intelligent dĂ©nonçant l'exploitation de l'homme sur le primate Ă  des fins scientifiques (ce dernier pourra-il un jour transcender l'intelligence de l'homme ?), Link renouvelle les codes du slasher et du survival avec une vitalitĂ© inspirĂ©e. De par la vigueur d'une rĂ©alisation virtuose multipliant travellings aĂ©riens et exploitant Ă  merveille les recoins du huis-clos, par la construction d'une dramaturgie toujours plus oppressante et par l'interprĂ©tation spontanĂ©e de la dĂ©butante Elisabeth Shue Ă©paulĂ© d'un orang-outang aussi ambigu qu'inquiĂ©tant.


    Par consĂ©quent, la grande rĂ©ussite de ce jeu du chat et de la souris intentĂ© entre une jeune fille et un singe Ă©mane inĂ©vitablement du jeu Ă©tonnamment crĂ©dible de ce dernier. Link, orang-outang en pleine ascension de maturitĂ©, dĂ©cidant de se rebeller et de se venger de l'autoritĂ© de son maĂ®tre après avoir dĂ©celĂ© qu'il Ă©tait vouĂ© au sacrifice. Mais la manière subtile dont Richard Franklin inculque le jeu de la comĂ©die auprès de l'animal s'avère vĂ©ritablement troublante si bien que ce dernier vĂ©hicule une prĂ©sence particulièrement ombrageuse auprès de son regard sournois et de son comportement autonome livrĂ© Ă  la provocation (il est accoutrĂ© d'un costard et fume le cigare afin de mieux dĂ©voiler sa suprĂ©matie !). RetranchĂ©e dans la grande propriĂ©tĂ©, Jane Chase devra donc user de stratagème et de persĂ©vĂ©rance afin de se dĂ©fendre contre son autoritĂ© meurtrière. L'intrigue habilement structurĂ©e distillant de prime abord un climat d'inquiĂ©tude lattent lorsque l'hĂ©roĂŻne doit dĂ©mystifier l'absence prolongĂ©e du professeur et assurer le maintien de l'ordre parmi l'insolence des trois primates. Mais c'est après avoir compris le caractère frondeur et nuisible de Link qu'un jeu perfide de domination s'installera entre les deux adversaires, quand bien mĂŞme quelques invitĂ©s surprises feront les frais de leur soudaine intrusion. L'action s'avĂ©rant ensuite toujours plus effrĂ©nĂ©e, criminelle et intense du fait de l'agressivitĂ© toujours plus vĂ©loce de l'animal envers l'Ă©tranger (avec une course poursuite anthologique entre Link et le duo de survivants !).


    Conçu sur le caractère palpitant du survival multipliant sans rĂ©pit pĂ©ripĂ©ties et chausse-trappes après nous avoir habilement caractĂ©risĂ© la relation des personnages scientifiques, Link adopte la franchise du divertissement avec efficacitĂ©, originalitĂ© et intelligence. Son caractère irrĂ©sistiblement ludique Ă©tant notamment scandĂ© du score de Jerry Goldmisth privilĂ©giant les accents fantaisistes afin d'ironiser sur la prĂ©dominance du tueur simiesque. Avec une ultime image en suspens en guise d'Ă©pilogue sardonique.

    RécompensePrix Spécial du Jury, Avoriaz 1986

    *Eric Binford
    27.01.22. 5èx. Version Longue, vostfr