lundi 6 octobre 2014

Les 3 Visages de la Peur / I Tre Volti della Paura / Black Sabatth

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tumblr.com

de Mario Bava. 1963. Italie. 1h28. Avec Michèle Mercier, Lydia Alfonsi, Boris Karloff, Mark Damon, Susy Anderson. Jacqueline Pierreux, Milly Monti.

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie). Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


"Trois visages, un seul cauchemar : la peur sculptée par Mario Bava".
Après avoir posĂ© les bases du giallo avec La Fille qui en savait trop, Mario Bava s’essaie, la mĂŞme annĂ©e, au film Ă  sketch avec une trilogie de l’Ă©pouvante : Les Trois Visages de la Peur. TranscendĂ© par une mise en scène appliquĂ©e, oĂą l’ambiance onirico-macabre prime sur la logique narrative, le film s’articule autour de trois figures hostiles — autant de masques cauchemardesques destinĂ©s Ă  attiser la peur. Celui d’un tueur anonyme harcelant son ancienne maĂ®tresse au tĂ©lĂ©phone ; celui d’un vampire hantant une famille de paysans ; celui enfin d’un spectre vengeur revenu rĂ©clamer une bague volĂ©e Ă  son cadavre encore tiède.

Le premier sketch, thriller en huis clos, joue la carte du suspense tendu, portĂ© par un scĂ©nario retors jalonnĂ© de deux rebondissements cinglants. L’intĂ©rĂŞt naĂ®t dans l’inattendue rĂ©vĂ©lation de la culpabilitĂ© de l’assassin — avant qu’un nouvel intrus ne relance, in extremis, l’enjeu de survie de l’hĂ©roĂŻne. Perfide, sensuel, captivant, le segment insinue le saphisme en filigrane, et s’enrobe d’un esthĂ©tisme raffinĂ© : broderies, sculptures, drapĂ©s — un cocon luxueux devenu piège. Sa conclusion, fĂ©rocement ironique, claque comme un fouet.


La seconde histoire s’enracine dans le mythe vampirique — ici incarnĂ© par les Wurdulaks, d’après une lĂ©gende russe. Plus classique dans sa construction, elle envoĂ»te pourtant par son atmosphère et la stature du grand Boris Karloff, impressionnant en vampire bourru, maĂ®tre dans l’art du subterfuge. LĂ  encore, Bava enchante par la splendeur gothique de son univers : ciels d’encre, halos lunaires, clair-obscurs crĂ©pusculaires… une nuit azurĂ©e qui semble Ă©ternelle.

Le troisième segment — le plus cĂ©lèbre, le plus marquant — distille un poison lent. Celui de la terreur rampante, sournoise, presque silencieuse. Une infirmière, ayant dĂ©robĂ© une bague Ă  une dĂ©funte, est peu Ă  peu gagnĂ©e par la dĂ©mence, assaillie par les signes d’un au-delĂ  rancunier : une goutte d’eau qui rĂ©sonne, une mouche qui obsède, une ombre dans le couloir. AtmosphĂ©rique en diable, ce conte vĂ©nĂ©neux exploite chaque bruit, chaque silence, jusqu’Ă  l’asphyxie. Visuellement, c’est un ballet lugubre dans des intĂ©rieurs aux dĂ©cors archaĂŻques, d’une beautĂ© malade. Et surgit alors cette vision — celle d’une mĂ©gère rigide au rictus diabolique, au regard vide et exorbitĂ© — figure spectrale inoubliable, double d’Ă©pouvante qui s’impose comme une icĂ´ne du cinĂ©ma d’horreur.


AtmosphĂ©rique et stylisĂ©, Les Trois Visages de la Peur brille par ses dĂ©cors ciselĂ©s, magnifiquement Ă©clairĂ©s, oĂą chaque dĂ©tail sĂ©duit tout en faisant frissonner. Mario Bava, esthète dans l'âme, y convoque l’angoisse, l’inquiĂ©tude, la sensualitĂ© (ces femmes italiennes — sans omettre Michèle Mercier, d’une fragilitĂ© fascinante, qui crèvent l’Ă©cran), mais aussi la terreur pure — servie par une rĂ©alisation studieuse, oĂą l’imagination macabre Ă©pouse l’ironie insidieuse de l’humour noir. Une splendeur de chaque instant. 

Bruno 
29.05.25. 4èx


vendredi 3 octobre 2014

Borderland

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Zev Berman. 2007. Mexique/U.S.A. 1h45 (version longue). Avec Brian Presley, Rider Strong, Jake Muxworthy, Beto Cuevas, Martha Higareda, Sean Astin.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Zev Berman est un réalisateur et scénariste américain.
2003: Briar Patch. 2007: Borderland.


Sorti directement en Dvd en pleine vogue du Tortur'Porn, Borderland s'inspire des méfaits authentiques d'une secte mexicaine dirigée par le gourou Adolfo Constanzo. Vers la fin des années 80, il kidnappa avec l'aide de ses disciples et de flics véreux des trafiquants de drogue pour les sacrifier lors de cérémonies. C'est à la suite de la disparition d'un jeune américain que la police Texane pu enfin découvrir leurs méthodes crapuleuses notamment mêlées au trafic de drogue. Mais afin d'éviter la prison, Adolfo Constanzo opta en dernier recours au suicide...
De manière romancĂ©e, le rĂ©cit illustre donc la virĂ©e estivale de trois touristes amĂ©ricains près de la frontière mexicaine pour profiter d'alcool et de sexe parmi les catins du coin. Alors que Ed se prend d'amitiĂ© avec une serveuse de bar, un de ses compagnons disparaĂ®t mystĂ©rieusement après avoir absorbĂ© des champignons hallucinogènes. Avec l'aide d'un policier revanchard, unique rescapĂ© d'un guet-apens commis un an au prĂ©alable par le "grand-prĂŞtre", Ed et ses amis tentent de retrouver sa trace.


A la vue de son prologue radical oĂą diverses tortures sont infligĂ©es sur un policier menottĂ© face au tĂ©moignage impuissant de son collègue, Borderland semble emprunter les sentiers balisĂ©s de l'horreur trash afin de rĂ©pugner le spectateur. La sĂ©quence extrĂŞmement violente adoptant rĂ©alisme cru et malaise diffus pour provoquer le haut-le-coeur sans cĂ©der toutefois Ă  la complaisance facile. Si ensuite la virĂ©e touristique des jeunes amĂ©ricains semble calquĂ©e sur la sĂ©rie des Hostel, l'intrigue s'avère suffisamment captivante dans la gestion du suspense et parfois alĂ©atoire dans le cheminement investigateur des hĂ©ros pour s'y laisser embarquer. Outre l'Ă©tiquette "fait-divers" estampillĂ©e lors du gĂ©nĂ©rique liminaire, Borderland s'avère d'autant plus rĂ©aliste et insensĂ© qu'il illustre avec acuitĂ© les motivations crapuleuses de vĂ©ritables psychopathes originaires d'une secte mystique. Des assassins sans vergogne fanatisĂ©s par l'Ă©thique de leur gourou qui commettront le rituel de sacrifices sur d'innocentes victimes ! Si le film insuffle une intensitĂ© Ă©motionnelle davantage Ă©prouvante, de par le sort rĂ©servĂ© Ă  deux autres victimes et par la tournure de son point d'orgue vindicatif, il le doit au caractère assez attachant des personnages pourvus de dimension humaine dans leur angoisses et leur dĂ©sespoir d'y retrouver un ami sauf (bien que dernier soit plutĂ´t mal caractĂ©risĂ© dans son Ă©tat d'esprit trop naĂŻf). En prime, l'atmosphère lourde et mystique qui règne autour de leur prĂ©sence est notamment renforcĂ©e d'une splendide photo saturĂ©e mettant en valeur les dĂ©cors exotiques d'une rĂ©gion mexicaine livrĂ©e Ă  la corruption et aux forces du Mal.


De par sa rĂ©alisation assez efficace, son interprĂ©tation plutĂ´t impliquĂ©e (mĂŞme si deux seconds-rĂ´les  - la victime juvĂ©nile en proie au sacrifice et l'amie du hĂ©ros -) demeurent discutables dans leur posture irresponsable ou irrĂ©flĂ©chie) et surtout son rĂ©alisme parfois insoutenable, Borderland se tire honorablement des situations prĂ©visibles afin de se dĂ©marquer du vulgaire Tortur'porn. Par l'entremise d'une intrigue improbable inspirĂ©e d'un authentique fait divers (comme le confirme Ă©galement le gĂ©nĂ©rique de fin explicatif), cette sĂ©rie B aussi putride que franchement malsaine demeure d'autant plus malaisante, terrifiante et surtout Ă©prouvante qu'elle amorce une intensitĂ© dramatique en crescendo lors du parcours prĂ©caire de nos hĂ©ros confrontĂ©s Ă  la symbolique sataniste d'une tribu mexicaine avide de sang frais pour tenir lieu de narcotrafic.
Pour public averti.

*Bruno
14.01.25. 3èx. Vost

jeudi 2 octobre 2014

LES CHIENS DE PAILLE (Straw Dogs)

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Sam Peckinpah. 1971. Angleterre/U.S.A. 1h57. Avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, T.P. McKenna, Del Henney, Jim Norton, David Warner,

Sortie salles France: 9 Février 1972. U.S: 29 Décembre 1971

Film classĂ© R par le MPPA Ă  sa sortie en salles aux Etats-Unis, classĂ© X Ă  sa sortie au Royaume-Uni, et interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984. 1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


"Ceux qui ont recours Ă  la violence deviennent sourds au langage de la raison et aveugles aux rĂ©alitĂ©s qui tĂ©moignent de sa nuisance." Logan Pearsall Smith.

ConsidĂ©rĂ© comme le film amĂ©ricain le plus controversĂ© des seventies en terme d'ultra violence parmi ses confrères Orange MĂ©canique et DĂ©livrance, Les Chiens de Paille reste sans doute l'oeuvre la plus Ă©prouvante du trio de par son intensitĂ© requise oĂą la folie meurtrière atteint son paroxysme lors d'un point d'orgue de règlements de compte. Le pitchUn couple de mariĂ©s s'installe dans une ferme anglaise, contrĂ©e natale de la jeune Ă©pouse. Afin d'arranger la toiture de leur grange, ils font appel Ă  des ouvriers ne tardant pas Ă  manifester leur attirance lubrique pour Amy, la femme du propriĂ©taire. 
Drame conjugal, survival et Vigilante movie se tĂ©lescopent pour mettre en exergue le traitement de la discorde, de la violence et de l'instinct primitif enfoui en chacun de nous. Les Chiens de Paille s'Ă©difiant en film "monstre", l'illustration radicale de la dĂ©chĂ©ance humaine lorsqu'une poignĂ©e d'insurgĂ©s sont soumis au rapport de force les poussant Ă  commettre des actes irrĂ©parables. ProfondĂ©ment dĂ©rangeant et malsain (un sentiment trouble d'apprĂ©hension plane dans l'atmosphère jusqu'au carnage final), Sam Peckinpah nous entraĂ®ne ici dans une descente aux enfers, une dĂ©rive meurtrière jusqu'au-boutiste lorsqu'un mathĂ©maticien timorĂ© et peu affirmĂ© dĂ©cide d'extĂ©rioriser sa colère afin de dĂ©jouer l'entĂŞtement d'assaillants voulant pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de sa propriĂ©tĂ©.


PrĂ©cĂ©demment mis au dĂ©fi par sa femme immature l'ayant sollicitĂ© Ă  lui prouver qu'il serait apte Ă   tenir tĂŞte Ă  une bande de provocateurs, David profite de l'occasion pour lui dĂ©montrer son autoritĂ© et mettre en pratique une rĂ©bellion insoupçonnĂ©e afin de pouvoir gĂ©rer une situation de crise. Les consĂ©quences de cet Ă©tat de siège Ă©manant de son soutien envers un villageois qu'il eut recueilli chez lui après l'avoir renversĂ© avec son vĂ©hicule. En attendant le mĂ©decin et la police, il dĂ©cide donc de le prĂ©munir contre la menace d'alcoolos revanchards. Spoiler ! Mais le hic s'avère que cet individu dĂ©ficient commis un meurtre accidentel auprès d'une adolescente. Fin du spoiler. Fermement persuadĂ©s qu'il s'agit bien du coupable, le père de cette dernière et ses acolytes dĂ©cidèrent d'encercler la ferme afin de rĂ©parer justice. Si dans cette dernière partie on pouvait craindre que le rĂ©cit allait bifurquer vers la vengeance expĂ©ditive du point de vue du mathĂ©maticien (son Ă©pouse ayant Ă©tĂ© prĂ©alablement violĂ©e par deux des ouvriers !), Sam Peckinpah renforce le malaise si bien que David se transforme en machine Ă  tuer uniquement par esprit de dĂ©fi afin de prĂ©server Spoiler ! le meurtrier d'une adolescente. Fin du Spoiler. De par l'illustration crue du double viol commis prĂ©cĂ©demment, lĂ  encore le cinĂ©aste impliqua un malaise trouble afin de souligner l'ambiguĂŻtĂ© morale d'une jeune Ă©pouse instable et aguicheuse, partagĂ©e entre peur et dĂ©goĂ»t d'une sexualitĂ© forcĂ©e et celui d'un soupçon de laxisme accordĂ© Ă  l'un de ces agresseurs (ce dernier s'avĂ©rant une de ses anciennes idylles). Ainsi, en illustrant le portrait de mĂ©tayers alcoolos et pervers avec celui de la complicitĂ© d'une potiche puĂ©rile, notamment sollicitĂ©e Ă  dĂ©fier la virilitĂ© de son Ă©poux, Sam Peckinpah libère les consĂ©quences dramatiques de leur bassesse humaine. Quand bien mĂŞme l'intelligence du mathĂ©maticien (il Ă©labore scrupuleusement des pièges mortels contre l'oppresseur !) renouera avec ses pulsions animales pour s'y dĂ©fendre et leur prouver son assurance impĂ©rieuse.


Chef-d'oeuvre de suspense d'une intensitĂ© rarement Ă©galĂ©e Ă  travers son paroxysme d'une fureur animale, Les Chiens de Paille Ă©prouve jusqu'au malaise de par son cheminement pervers irrĂ©versible. Avec une rare luciditĂ© dans la puissance de ces images viscĂ©rales et pour ces thèmes traitĂ©s, il nous interroge sur l'influence de la violence et l'engrenage de l'auto-dĂ©fense lorsque l'instinct primitif y rĂ©veille nos pulsions les plus morbides.   

La critique du Remake 2011: http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/les-chiens-de-paille-2011-straw-dogs.html

Dédicace à Daniel Aprin
Bruno Matéï
4èx

mercredi 1 octobre 2014

The Crazies / La Nuit des Fous-vivants

                                            
               (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site silverferox.blogpost.com. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

de Georges A. Romero. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Lane Carroll, Will MacMillan, Harold Wayne Jones, Lloyd Hollar, Lynn Lowry, Richard Liberty.

Sortie salles France: 5 Juillet 1979. U.S: 16 Mars 1973

FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead.


"L’AmĂ©rique sous quarantaine : folie blanche sur fond de nappe phrĂ©atique"

RĂ©alisĂ© cinq ans après La Nuit des Morts-Vivants, The Crazies annonce dĂ©jĂ  la couleur — blafarde — d’une apocalypse imminente, prĂ©mices de celle dĂ©ployĂ©e dans Dawn of the Dead.
TournĂ© dans l’urgence avec un rĂ©alisme quasi documentaire, le film dĂ©ploie cette mĂŞme vigueur de montage, cette mĂŞme violence sèche, oĂą une poignĂ©e de survivants se retrouve Ă  lutter, non contre des zombies, mais contre la brutalitĂ© aveugle de militaires en combinaison blanche. Un chaos qui Ă©voque immanquablement le prologue de Zombie, lorsque la milice enfonce les portes d’un ghetto afro-amĂ©ricain et portoricain, ravagĂ© par les morts-vivants.

Le pitch : placĂ©e en quarantaine, la ville d’Evans City passe sous la coupe de la loi martiale, après qu’un virus a contaminĂ© une partie de la population. Très vite, la situation dĂ©gĂ©nère. Certains refusent de se plier Ă  l’autoritĂ©, et cinq rĂ©sistants prennent la fuite, rĂ©fugiĂ©s dans une campagne aussi vaste que toxique.


TournĂ© avec un budget dĂ©risoire et portĂ© par des comĂ©diens souvent inconnus, The Crazies souffre de sa mise en scène fauchĂ©e, mais c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui renforce son aspect docu-vĂ©ritĂ©. Ses dĂ©fauts se fondent dans une atmosphère rĂ©aliste de crise sanitaire erratique, oĂą les habitants deviennent tributaires d’une contamination invisible. Le rĂ©cit, fertile en rebondissements, repose moins sur le spectaculaire que sur la tension brute : celle d’une quarantaine bâclĂ©e, imposĂ©e par des militaires irascibles Ă  une population laissĂ©e dans l’ignorance, errante dans un brouillard d’incomprĂ©hension et de peur. Les victimes sombrent subitement dans la folie, puis dans le meurtre, après qu’un avion militaire s’est Ă©crasĂ© en relâchant un agent chimique dans la nappe phrĂ©atique.

Encore une fois, George A. Romero capte avec un rĂ©alisme mordant la folie latente d’un monde contaminĂ©, et montre comment la peur, la panique, et la paranoĂŻa mènent les hommes Ă  leur propre ruine. MĂ©fiance, incommunicabilitĂ©, dĂ©fiance : chacun se replie sur soi, seul face au chaos. En prime, le mensonge politique s’invite : l’armĂ©e, pour se couvrir, Ă©voque un accident nuclĂ©aire plutĂ´t qu’un Ă©chec d’arme chimique — dont elle est pourtant l’instigatrice.


Une satire mordante sur la peur de l'autre et de l'inconnu
Efficace, psychologiquement terrifiant, subversif, The Crazies dĂ©ploie un pamphlet acide contre l’autoritarisme et les armes chimiques. Le sang coule, mais il souille autant les mains des militaires que celles des rĂ©sistants, corrompus Ă  leur tour dans une violence d’autodĂ©fense. En dĂ©pit de sa maladresse et de son manque de rigueur formelle — qui, paradoxalement, lui donnent sa puissance brute —, le film reste une fascinante Ă©trangetĂ© aussi glaçante que dĂ©sespĂ©rĂ©e. Un portrait sans fard de l’hypocrisie humaine, oĂą l’individualitĂ© se dĂ©sagrège dans la peur, et oĂą l’inconnu devient le reflet terrifiant de soi-mĂŞme.

*Bruno
4èx. 14.05.25. Vostf

mardi 30 septembre 2014

L'HORRIBLE DR ORLOF (Gritos en la noche)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Jess Franco. 1962. Espagne. 1h27. Avec Howard Vernon, Conrado San Martin, Diana Lorys, Perla Cristal, Maria Silva, Ricardo Valle, Mara Laso.

Sortie salles France: 1er Octobre 1962. U.S: 7 Octobre 1964. Espagne: 14 Mai 1962

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013.
1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


Fer de lance de l'âge d'or du fantastique ibĂ©rique, l'Horrible Dr Orlof est une dĂ©clinaison bisseuse du chef-d'oeuvre de Franju, les Yeux sans Visage. ConsidĂ©rĂ© comme le meilleur film de l'intarissable Jess Franco, l'Horrible Dr Orlof confronte l'hommage direct Ă  la Universal Ă  d'autres rĂ©fĂ©rences un peu plus rĂ©centes (le prĂ©lude semble suggĂ©rer l'ombre de Jack l'Eventreur avec cette prostituĂ©e Ă©mĂ©chĂ©e divaguant dans une sombre ruelle !) sous une mise en forme vulgarisĂ©e d'horreur et d'Ă©rotisme. Soigneusement Ă©clairĂ© dans un joli noir et blanc et renforcĂ© de dĂ©cors gothiques parfois baroques, l'Horrible Dr Orlof possède une patine espagnole aussi particulière que la personnalitĂ© excentrique du cinĂ©aste. Afin de redorer la beautĂ© de sa fille dĂ©figurĂ©e, le Dr Orloff et son domestique Morpho kidnappent des jeunes filles pour expĂ©rimenter des greffes de peau. Grâce aux tĂ©moignages de certains badauds, la police Ă©tablit deux portraits robots des potentiels agresseurs quand bien mĂŞme le collier d'une disparue est retrouvĂ© Ă  proximitĂ© d'une rivière.


Illustrant de manière quelque peu fantasque une horreur sĂ©culaire avec l'esprit dĂ©complexĂ© de gore timorĂ© et de sexe audacieux (de par la gratuitĂ© imposĂ©e aux rares scènes de nuditĂ© !), l'Horrible Dr Orlof baigne dans une ambiance rĂ©tro quasi intemporelle ! Ce sentiment inĂ©dit de participer Ă  une Ă©pouvante versatile est notamment renforcĂ© par les prĂ©sences grand-guignolesques d'Orloff et de son acolyte Morpho ! Howard Vernon endossant la dĂ©froque du chirurgien avec cabotinage d'orgueil et de vanitĂ© tandis que Ricardo Valle adopte le charisme du monstre mutique par le biais d'un regard exorbitĂ©. Franchement impressionnant par sa physionomie difforme balafrĂ©e d'une cicatrice, ce dernier rĂ©ussit Ă  insuffler un climat onirico-macabre particulièrement envoĂ»tant autour de ses interventions. Le caractère naĂŻf de l'entreprise est Ă©galement renforcĂ© par la maladresse des dialogues et de son humour parfois pittoresque (les tĂ©moignages des deux marginaux au poste de police) alors que Jess Franco exploite avec sincĂ©ritĂ© l'illustre trame de Franju dans l'unique but de divertir. La vigueur du rĂ©cit alternant sans temps morts pĂ©ripĂ©ties horrifiques, investigation et stratĂ©gie policière, discorde conjugale (l'Ă©pouse d'Orloff rĂ©pugne de plus en plus son attitude immorale et Ă©gotiste) et intervention chirurgicale Ă©mane autant de l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation techniquement soignĂ©e.


Classique notoire des années 60 annonçant l'émancipation du Fantastique Espagnol en passe de transgresser la violence horrifique, l'Horrible Dr Orlof est autant un délicieux hommage à l'épouvante archaïque qu'une perle bisseuse où l'insolite prime parmi l'exubérance des meurtriers.

Bruno Matéï
3èx

lundi 29 septembre 2014

Mansion of the Doomed

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Michael Pataki. 1976. U.S.A. 1h26. Avec Richard Basehart, Gloria Grahame, Marilyn Joi, Trish Stewart, Lance Henriksen, Al Ferrara.

Récompense: Prix d'interprétation masculine pour Richard Basehart au Festival du Rex de Paris 1977

FILMOGRAPHIE: Michael Pataki est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 16 Janvier 1938 à Youngstown (Etats-Unis), décédé le 15 Avril 2010 à North Hollywood.
1976: Mansion of the Doomed. 1977: The Hardy Boys (série TV). 1977: Cinderella.


InĂ©dit en France, hormis son passage remarquĂ© au Festival du Rex de Paris (avec en prime un Prix d'interprĂ©tation masculine tout Ă  fait mĂ©ritĂ© pour Richard Basehart - "plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera !" -), Mansion of the Doomed est une production Charles Band faisant parti du haut du panier de par son interprĂ©tation plus convaincante que de coutume, sa rĂ©alisation inspirĂ©e et son ambiance putride typiquement issue des seventies, Ă©poque Ă  laquelle il fut modestement conçu. 

Synopsis: A la suite d'un grave accident de voiture qui rendit sa fille aveugle, un chirurgien tente de multiples greffes sur des quidams imprudents afin de lui redonner la vue. En attendant le succès de ses expĂ©riences, les cobayes Ă©nucléés sont parquĂ©s dans une geĂ´le au sous-sol de sa demeure. 

Variation putassière des Yeux sans Visage de Franju, Mansion of the Doomed est le prototype de la sĂ©rie B d'exploitation bâtie sur un pitch Ă©culĂ© prĂ©texte aux dĂ©bordements horrifiques. L'histoire rĂ©pĂ©titive illustrant les exactions d'un chirurgien adepte de kidnappings afin d'y parfaire sa nouvelle intervention chirurgicale de dernier ressort parmi la complicitĂ© de sa femme. 


Or, paradoxalement, ce sentiment de redondance n'est nullement prĂ©judiciable pour l'intĂ©rĂŞt du spectateur si bien que le rĂ©alisateur rĂ©ussit fort efficacement Ă  nous faire omettre sa routine auprès d'habiles rebondissements (la tentative d'enlèvement pratiquĂ©e sur une fillette, les deux tĂ©moins qui s'ensuivent dĂ©voyĂ©s par la transaction du meurtrier, l'Ă©vasion inespĂ©rĂ©e d'une des prisonnières puis la sĂ©dition finale) et l'intrusion de nouveaux protagonistes livrĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance et Ă  l'impuissance. En prime, le comportement sournois et immoral du couple de meurtriers participe notamment Ă  la progression d'une atmosphère davantage malsaine. Car au fil des Ă©checs successifs du praticien, le nombre croissant des victimes afflue au sein d'une prison confinĂ©e dans la pĂ©nombre. En observant ses exactions expĂ©rimentales, le climat glauque s'exacerbe au sein de sa luxueuse demeure, notamment lorsque le rĂ©alisateur succède aux conditions de vie misĂ©reuses des prisonniers rĂ©duits Ă  l'isolement et Ă  l'esclavage. EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux artisanaux de Stan Winston, les visions d'effroi Ă©mises sur les victimes impressionnent de par l'aspect dĂ©liquescent de leur faciès. A cet Ă©gard, la première sĂ©quence illustrant l'agression d'un prisonnier auprès de l'Ă©pouse du mĂ©decin demeure percutante Ă  travers son effet de surprise improvisĂ© et pour l'aspect morbide de l'assaillant rĂ©duit Ă  la dĂ©chĂ©ance humaine. 


SĂ©rie B charnelle puisque illustrant avec soin formel, sincĂ©ritĂ© et modestie une horreur glauque particulièrement rĂ©aliste, Mansion of the Doomed  vaut largement le dĂ©tour pour l'aspect poisseux de son huis-clos Ă©touffant oĂą des freaks rĂ©duits Ă  la cĂ©citĂ© tentent d'y survivre avec une expressivitĂ© Ă  la fois aliĂ©nĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e. Une perle horrifique au demeurant, Ă  (re)dĂ©couvrir d'urgence !

*Bruno
13.03.25. 2èx. Vost

Remerciement Ă  l'Univers Fantastique de la Science-Fiction

Ci-dessous, une autre critique favorable: http://jeanmarcmicciche.blogspot.fr/2014/09/mansion-of-doomed-prix-dinterpretation.html

vendredi 26 septembre 2014

Cabin Fever

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vertigofilms.es

d'Eli Roth. 2002. U.S.A. 1h38 (Director's Cut). Avec Rider Strong, James DeBello, Jordan Ladd, Cerina Vincent, Joey Kern, Giuseppe Andrews.

Sortie salles France: 25 Août 2004. U.S: 14 Septembre 2002

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Premier essai derrière la camĂ©ra d'Eli Roth, Cabin fever est un hommage aux sĂ©ries B gores inspirĂ© ici d'une maladie que le rĂ©alisateur eut lui mĂŞme traitĂ©. Le Psoriasis (Ă©galement prĂ©nommĂ© "gale" par nos ancĂŞtres) Ă©tant une maladie de la peau se caractĂ©risant par, je cite: "des lĂ©sions rouges et squameuses du cuir chevelu, des genoux et des coudes, associĂ©s Ă  une atteinte des ongles". Dans certains cas, il peut Ă©galement atteindre les articulations du malade. Cette pathologie d'origine inconnue ne s'avère pas contagieuse et il n'existe Ă  ce jour aucun traitement pour en guĂ©rir bien qu'un palliatif permet d'en rĂ©guler son Ă©volution. C'est donc Ă  partir de cette affection dermatologique qu'Eli Roth bâti son intrigue et y exploite l'outrance Ă  renfort de visions horrifiantes de corps estropiĂ©s rongĂ©s de l'intĂ©rieur. Le pitch reprend le canevas traditionnel de jeunes teenagers partis rejoindre une cabane de location au milieu d'un bois. Un soir, ils sont importunĂ©s par un vagabond atteint d'une Ă©trange fièvre leur suppliant de lui porter assistance. Seulement l'inconnu est dans un Ă©tat physique si repoussant qu'ils dĂ©cident de s'en dĂ©barrasser. Trop tard, l'infection s'est dĂ©jĂ  infiltrĂ©e parmi eux et chacun leur tour ils vont sombrer dans une dĂ©chĂ©ance physique moribonde. 


Endossé par des comédiens juvéniles de seconde zone, Cabin fever souffre inévitablement d'une psychologie rudimentaire à travers leurs comportements aussi crétins qu'irresponsables. Là où le bas blesse un peu c'est qu'un manque d'empathie s'y fait parfois ressentir dans leur situation de détresse et d'impuissance face au danger infectieux. Qui plus est, la première partie laborieuse prend son temps à planter l'intrigue dans leur flânerie imposée, tel ce feux de camp qu'ils s'improvisent autour de marshmallow parmi un invité surprise, ou encore cette chasse à l'écureuil, quand bien même la caricature assénée à certains d'entre eux finit par agacer ! Je songe principalement au blagueur potache ne pouvant s'empêcher de se comporter tel un pitre écervelé dans ses défis inconscients. C'est donc à mi-parcours qu'Eli Roth embraye l'action à dose de péripéties et rebondissements sanglants où nos héros vont devoir communément mesurer leur courage et leur loyauté pour tenter de survivre mais aussi invoquer de l'aide. Pour renforcer le caractère alarmiste de leur détresse, un groupe de rednecks revanchards a également décidé de leur faire la peau depuis la disparition de leur confrère (la première victime qui était intervenue chez nos teenagers). Efficacement troussées car menées sur un rythme alerte, ses incidents s'enchaînent de manière métronome en insistant en intermittence sur les visions abominables de corps infectées par le virus, et ce en dépit de la clarté d'un gore trop imberbe si j'ose dire lors de certaines scènes chocs largement perfectibles. Alors que vers d'autres séquences autrement réalistes, Eli Roth se prend un plaisir sardonique à exacerber l'horreur viscérale lorsque la peau et la chair des souffre-douleurs laisse entrevoir des plaies déchiquetées (d'un rouge beaucoup trop clair une fois de plus !)


Produit d'exploitation destinĂ© avant tout aux ados, Cabin Fever fonctionne assez efficacement dans sa seconde partie fertile en poursuites, rixes sanglantes et visions horrifiques de corps mutilĂ©s. Si la sympathie l'emporte finalement, notamment auprès de son attachant 1er acte quant Ă  la complicitĂ© amicale des teenagers, il ne laisse pas non plus un souvenir impĂ©rissable en dĂ©pit de l'Ă©vidente bonne volontĂ© du rĂ©alisateur d'alterner humour noir et horreur trash dans un esprit dĂ©complexĂ© Ă©maillĂ© de blagues potaches. 

* Bruno
12.03.11
26.09.14
21.10.22. 4èx


jeudi 25 septembre 2014

MAPS TO THE STARS. Prix d'Interprétation Féminine, Julianne Moore, Cannes 2014

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinecomca.com

de David Cronenberg. 2014. Canada/U.S.A/Allemagne/France. 1h51. Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson, Olivia Williams, Sarah Gadon, Evan Bird.

Sortie salles France: 21 Mai 2014

Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Julianne Moore au Festival de Cannes, 2014.

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


Après deux oeuvres auteurisantes plutĂ´t discutables, David Cronenberg nous revient en grande pompe avec cette satire corrosive sur l'envers d'Hollywood, peinture acide du star-system auquel une poignĂ©e d'engeances vont se soumettre Ă  leurs pires nĂ©vroses. Toxicomanie, inceste, perversion et folie font parti du trouble quotidien des Weiss, compromis par ailleurs par un secret de famille inavouable. 


Alors que leur fils de 13 ans tente vainement de se rĂ©approprier un rĂ´le important dans une suite Ă  succès, sa soeur Agatha refait surface après son internement en psychiatrie, faute d'une pathologie pyromane. Eprise d'affection pour un chauffeur de limousine en quĂŞte de cĂ©lĂ©britĂ©, elle rĂ©ussit Ă  rapprocher Havana Segrand pour obtenir un emploi d'assistante. Cette actrice sur le dĂ©clin hantĂ©e par la mort de sa mère, ancienne gloire du grand Ă©cran, postule pour un premier rĂ´le afin de la concurrencer. Tous ces personnages insidieux habitĂ©s par la cupiditĂ© et la mĂ©galomanie vont se croiser et se frĂ©quenter jusqu'Ă  ce que leurs dĂ©mons ne les convergent au point de non-retour. Baignant dans l'ironie caustique de leur comportement dĂ©bauchĂ© oĂą luxure, drogue, aliĂ©nation et inceste les plongent dans une perpĂ©tuelle paranoĂŻa, Maps to the Stars s'Ă©difie en farce d'un mauvais goĂ»t aussi assumĂ© que dĂ©lectable. Dans la caricature vĂ©reuse assĂ©nĂ©e aux stars d'Hollywood rendues capricieuses de leur richesse et leur assistanat mais toujours plus fĂ©rues de renommĂ©e. En alchimiste du malaise, David Cronenberg renoue avec les climats Ă©thĂ©rĂ©s de certaines de ses oeuvres pour distiller au compte-goutte un sentiment de gĂŞne qui ira crescendo au fil de la descente psychotique de certains personnages. Illustrant Ă©galement l'artifice de soirĂ©es branchĂ©es oĂą l'on cause de projets infructueux, de sexe et scatologie avec un langage trivial, les personnages se complaisent dans l'outrance afin de pallier leur impitoyable solitude. La peur de l'Ă©chec, de devenir un Has-been du jour au lendemain les poussent Ă©galement Ă  raviver leur dĂ©mon intĂ©rieur dans leur condition d'enfants capricieux coexistants dans l'illusion. 


Affreux, sales et méchants !
A travers sa galerie pathĂ©tique de monstres issus de l'industrie d'Hollywood, David Cronenberg lève le voile sur la gangrène de la cĂ©lĂ©britĂ© avec un humour au vitriol profondĂ©ment dĂ©rangeant. Son climat de malaise reptilien gravitant progressivement autour des personnages au fil de leur cheminement nĂ©vrotique. Outre l'utilisation subtile d'une bande-son envoĂ»tante et la qualitĂ© indiscutable de l'interprĂ©tation extravagante, on retiendra surtout la performance viscĂ©rale de Julianne Moore dans un rĂ´le Ă©quivoque d'actrice hantĂ©e par l'inceste et l'anonymat. Une oeuvre aussi vĂ©nĂ©neuse et malsaine que le poison de la popularitĂ©.

Dédicace à Daniel Aprin
Bruno Matéï


mercredi 24 septembre 2014

Le Fantôme de l'Opéra / The Phantom of the Opera

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www31horrorscom.blogspot.com

de Terence Fisher. 1962. Angleterre. 1h24. Avec Herbert Lom, Heather Sears, Edward de Souza, Michael Gough, Thorley Walters, Ian Wilson.

Sortie salles France: 23 Février 1963. U.S: 15 Août 1962. Angleterre: 25 Juin 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


"A l'instar de la personnalité torturée du fantôme, une oeuvre personnelle à la fois maudite et mal aimée, à réhabiliter."
Echec commercial lors de sa sortie, le FantĂ´me de l'opĂ©ra dĂ©routa sans doute le spectateur pour son climat austère particulièrement dĂ©routant il faut avouer. En prime, Terence Fisher adapte le roman de Gaston Leroux de manière personnelle si bien que la romance impartie entre le fantĂ´me et la cantatrice est ici occultĂ©e au profit d'une vengeance latente. Ce parti-pris anticonformiste frustra sans doute une majoritĂ© du public qui s'attendait Ă  une reprĂ©sentation fidèle du bouquin. Or, sous la houlette d'un maĂ®tre du Fantastique, le FantĂ´me de l'OpĂ©ra s'avère toutefois une grande tragĂ©die sur la passion artistique, en l'occurrence celle de l'opĂ©ra et de sa composition musicale que le professeur Petrie eut studieusement Ă©crit 10 ans durant. Car incitĂ© Ă  vendre sa crĂ©ation auprès d'un directeur d'opĂ©ra mĂ©galo, il se fera usurper son travail d'une frauduleuse signature. Fou de colère, Petrie s'empresse alors de brĂ»ler les publications de son texte dans l'atelier d'imprimerie mais se brĂ»le gravement le visage avec de l'acide nitrique. Par chance, il rĂ©ussit Ă  plonger dans un fleuve pour y rejoindre les Ă©gouts avec l'aide d'un vagabond. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  accomplir sa vengeance auprès du directeur mais aussi Ă  parfaire son numĂ©ro d'opĂ©ra, il hante les loges administratives afin d'y sĂ©lectionner sa cantatrice ayant l'opportunitĂ© de chantonner son texte. 


Ainsi, sous couvert de climat fantastique oĂą plane l'ombre d'un fantĂ´me au coeur d'un amphithéâtre, Terence Fisher suggère d'abord sa prĂ©sence par des chuchotements qu'il souffle derrière les loges des cantatrices. Une manière anxiogène d'imposer son autoritĂ© uniquement motivĂ©e par le choix d'une artiste mais aussi par le besoin de vengeance et de reconnaissance. L'incarnation fantaisiste du fantĂ´me n'est donc ici qu'une allĂ©gorie car elle se rapproche explicitement du monstre difforme dont le visage est ici protĂ©gĂ© d'un masque. Par ailleurs, la densitĂ© du rĂ©cit Ă©mane de son esprit torturĂ© en mal de notoriĂ©tĂ©, ses ambitions artistiques n'ayant jamais pu ĂŞtre reconnues auprès du public. Ce sentiment d'impuissance et d'injustice atteindra son apogĂ©e lorsque Fisher nous relate par le biais du flash-back la transaction artistique de Petrie avec Ambrose et les consĂ©quences dĂ©sastreuses qui s'ensuivront passĂ©e la trahison. Au niveau des rapports intimes du fantĂ´me et de la cantatrice confinĂ©s dans le sous-sol des Ă©gouts, on est Ă©galement surpris de sa cruautĂ© autoritaire puisque n'hĂ©sitant pas Ă  gifler sa muse Ă  plusieurs reprises afin de la forcer Ă  peaufiner sa voix. Or, avec l'indulgence de cette dernière et celui du producteur d'opĂ©ra ayant finalement dĂ©couvert sa planque, le fantĂ´me rĂ©ussira Ă  exaucer son rĂŞve pour dĂ©couvrir en tant que "spectateur" sa reprĂ©sentation lyrique d'une pièce de Jeanne d'Arc ! Une mise en abĂ®me, un final emphatique enfin Ă©motif, tant par l'intensitĂ© du numĂ©ro musical chantonnĂ© par la cantatrice que par le tĂ©moignage poignant du fantĂ´me, garant privilège de son ultime chef-d'oeuvre, quand bien mĂŞme son sacrifice fera Ă©cho d'une rĂ©demption.


DĂ©routant par son climat sĂ©vère et son rythme langoureux mais transcendĂ© par la force du rĂ©cit et la conviction des comĂ©diens (Michael Gough excelle dans son personnage dĂ©testable de Lord Ă©gotiste, Herbert Lom exprime une Ă©motion subtile sous son masque plâtreux et la jeune Heather Sears Ă©tonne dans sa discrĂ©tion naturelle !), Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra s'avère peut-ĂŞtre la plus baroque des transpositions pour mettre en appui l'amour de l'art plutĂ´t que la romance des coeurs. En rĂ©sulte une production Hammer inhabituelle sollicitant une certaine exigence de la part du public de par son aspect hĂ©tĂ©rodoxe, son refus de facilitĂ©, de fioriture, d'intensitĂ© romantique. D'oĂą ce manque d'Ă©motions et d'une certaine vigueur le long du rĂ©cit, et c'est un brin dommage car le chef-d'oeuvre fut Ă  deux doigts de se concrĂ©tiser.  

*Bruno
19.02.25. 4èx. Vost
13.10.23. 

mardi 23 septembre 2014

Retour vers le Futur 3 / Back to the Future Part III

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site craftbeertasters.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1990. U.S.A. 1h58. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Mary Steenburgen, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 18 Juillet 1990. U.S: 25 Mai 1990

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight.


RĂ©alisĂ© dans la foulĂ©e du prĂ©cĂ©dent volet, Retour vers le Futur 3 renoue Ă©tonnamment avec les grands espaces de l'ouest amĂ©ricain lorsque Marty et Doc se retrouvent cette fois-ci projetĂ©s Ă  l'Ă©poque du XIXè siècle. Mais souvenez vous un peu ! Après que la foudre frappa la voiture Ă  explorer le temps, Doc s'Ă©tait retrouvĂ© propulsĂ© en 1885. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  le ramener en 1985, Marty, toujours coincĂ© en 1955, proposait au double de Doc d'emprunter sa voiture pour retourner dans le passĂ© afin de rĂ©cupĂ©rer son ami. Mais avant d'engager son nouveau pĂ©riple et pour corser l'affaire, une pierre tombale indiquait que Doc sera assassinĂ© par le bandit "Molosse" Tannen (un ancĂŞtre de Biff Tannen) avant le 27 Octobre 1885. Ainsi, afin d'accĂ©der au futur de 1985 et d'empĂŞcher l'assassinat, une nouvelle course contre la montre est empruntĂ©e par nos acolytes, quand bien mĂŞme une fuite de carburant de leur vĂ©hicule va les contraindre d'Ă©laborer une stratĂ©gie de recours avec l'intervention d'une locomotive Ă  vapeur ! Dernier volet d'une trilogie au succès tant mĂ©ritĂ©, Retour vers le Futur 3 ne change pas la recette infaillible humour/action dans cette nouvelle aventure bondissante aussi homĂ©rique que pittoresque. BourrĂ© de clins d'oeil et d'hommages appuyĂ©s aux classiques du genre, le dĂ©paysement est rendu encore plus extravagant auprès du genre du Western semi-parodique. 


Un concept toutefois allouĂ© Ă  l'acteur Michael J. Fox lorsque le cinĂ©aste lui suggĂ©ra dans quelle Ă©poque il aimerait situer l'action afin d'y clĂ´turer son dernier chapitre ! Toujours aussi tĂ©mĂ©raires et pleins d'enthousiasme, nos deux hĂ©ros vont une nouvelle fois redoubler de bravoure et d'inventivitĂ© pour s'extraire de leur Ă©poque Ă  l'aide d'une locomotive customisĂ©e tout en dĂ©jouant le dĂ©fi de leur ennemi intarissable, Biff Tannen ! Enfin plutĂ´t un ancĂŞtre tout aussi couard, irascible et teigneux puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  provoquer en duel le jeune McFly. La encore, l'acteur Thomas F. Wilson crève l'Ă©cran dans son rĂ´le sardonique de gangster inculte habitĂ© par l'orgueil d'une soif de vaincre. SurnommĂ© en l'occurrence Clint Eastwood, (nom empruntĂ© Ă  son hĂ©ros prĂ©fĂ©rĂ© de westerns), Michael J. Fox jubile Ă  l'idĂ©e de se fondre dans la peau d'un petit cow-boy toujours aussi finaud pour battre la lâchetĂ© de "Molosse". Quand au Doc, il est cette fois-ci frappĂ© par Cupidon depuis sa romance abordĂ©e avec la belle Clara, institutrice Ă©trangère qu'il sauva d'un accident mortel de chariot bâchĂ©. Et pour parachever de manière aussi effrĂ©nĂ©e que pĂ©rilleuse, Robert Zemeckis clĂ´t l'aventure avec une Ă©chappĂ©e en voiture propulsĂ©e par une locomotive que nos hĂ©ros achemineront Ă  destination d'un pont pour traverser le temps ! Une scène d'anthologie remarquablement virtuose dans sa gĂ©omĂ©trie du montage cumulant incidents alĂ©atoires lorsque nos hĂ©ros tentent pĂ©niblement d'embarquer dans leur vĂ©hicule lancĂ© Ă  plus de 80 miles !


DrĂ´le, spectaculaire et attendrissant, Retour vers le Futur 3 ne déçoit pas mĂŞme si le concept spatio-temporel semble avoir utilisĂ© toutes ses ressources. MenĂ© sans rĂ©pit avec l'aimable spontanĂ©itĂ© de comĂ©diens intarissables et rythmĂ© du score formidablement Ă©pique d'Alan Silvestri, la trilogie s'achève avec le pincement au coeur de quitter nos hĂ©ros iconiques de notre adolescence. Une offrande miraculeuse que le maĂ®tre du divertissement, Robert Zemeckis, aura immortalisĂ© de son empreinte alchimique ! 

Bruno Matéï
3èx

La critique de Retour vers le Futur: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-back-to-futur.html
La critique de Retour vers le Futur 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-2-back-to-

lundi 22 septembre 2014

LES POINGS CONTRE LES MURS (Starred Up). Prix du Jury, Prix d'Interprétation (Jack O'Connell) au Festival des Arcs, 2013.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bandeannonce.le-bouzin.com

de David McKenzzie. Angleterre. 2013. 1h45. Avec Rupert Friend, Jack O'Connell, Ben Mendelsohn, Sam Spruell.

Sortie salles France: 4 Juin 2014. Angleterre: 21 Mars 2014

Récompenses: Prix du Jury, Prix d'Interprétation Masculine pour Jack O'Connell au Festival de cinéma européen des Arcs, 2013.
Meilleur Acteur de second-rĂ´le pour Ben Mendelsohn au British Independent Film Award, 2013.
Meilleur Acteur pour Jack O'Connell au Festival du film de Dublin, 2014.

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs.


Drame carcĂ©ral d'un rĂ©alisme saisissant dans son univers de claustration dĂ©peint, Les Poings contre les murs relate la difficile insertion d'un mineur au sein d'une prison pour adultes, au moment mĂŞme oĂą il retrouve son père après de longues annĂ©es, patriarche aujourd'hui renommĂ© auprès d'une organisation mafieuse ! Film choc d'une intensitĂ© nĂ©vralgique dans le parcours du hĂ©ros confrontĂ© Ă  ses pulsions de haine mais secondĂ© par l'humanisme d'un thĂ©rapeute, les Poings contre les murs se rĂ©approprie du film de prison avec l'efficacitĂ© d'un script intelligent. Son intĂ©rĂŞt rĂ©sidant Ă©galement dans les relations de discorde qu'Eric entretient avec son paternel, Neville.


Car pour tenir lieu de leur fierté et aussi pour réfuter la responsabilité de leur échec commun, ils n'auront de cesse de se provoquer et se rejeter la faute avec machisme obstiné. Durant leur cheminement indécis où les épreuves de force ne cessent de les interposer, le cinéaste extériorise également les sentiments de compassion et de tendresse lorsque père et fils sont contraints de s'entraider pour éviter un sort tragique. Frénétique dans les violentes altercations qu'Eric doit déjouer et endurer avec ses rivaux, et pondéré dans les séances de thérapie qu'il tente d'apprivoiser, le film ne cesse de télescoper fureur et accalmie autour de ce personnage en apprentissage. Par l'entremise d'un enseignant lui inculquant le self-control dans cet univers malsain où la violence ne cesse de les opposer à leur instinct primitif. Au centre de ces conflits hargneux, le réalisateur en profite pour dénoncer la corruption carcérale du point de vue de ceux qui la dirige lorsque matons et directeur se compromettent au crime organisé avec certains détenus afin de maquiller un suicide ! Si Les Poings contre les murs véhicule une intense émotion auprès des personnages d'Eric et de Neville, il le doit beaucoup à la décence des interprètes. Littéralement habité par la rage de vaincre, Jack O'Connell trouve le ton juste et la carrure à adopter pour endosser le rôle d'un adolescent stoïque, un écorché vif suicidaire mais peu à peu engagé dans la prudence. Pourvu d'un visage buriné par son passé criminel, Ben Mendelsohn caractérise le paternel en échec parental toujours plus hanté par sa défaite et ses remords avant la rédemption du baroud-d'honneur !


"L'enfer véritable, c'est de cesser d'aimer. Cet état d'enfermement et de solitude correspond à une aliénation profonde de l'identité humaine. L'existence entière devient une prison qui empêche toute relation vraie avec les êtres les plus proches."
Ultra violent dans les corps-à-corps impitoyables et habité par la frénésie d'un délinquant juvénile en initiation, Les Poings contre les Murs dénonce intelligemment la corruption carcérale, la haine que peut extérioriser l'enfermement et la difficile réinsertion qui s'ensuit auprès des détenus livrés à eux-mêmes. A travers le pénible parcours d'Eric et Neville, c'est également une affaire familiale qui nous est contée avec tendresse et dignité humaine. En saluant l'habileté de sa mise en scène autonome et les compositions viscérales de deux pointures viriles: Jack O'Connell et Ben Mendelsohn

Bruno Matéï

vendredi 19 septembre 2014

Mais... Qu'avez-vous fait Ă  Solange ? / Cosa avete fatto a Solange ?

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Massimo Dallamano. 1972. Italie. 1h46 (version intĂ©grale). Avec Fabio Testi, Cristina Galbo, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, GĂĽnther Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton. 

Sortie salles France: 1er Mars 1973 (Int - 18 ans). Italie: 23 Mars 1972.

FILMOGRAPHIE: Massimo Dallamano est un réalisateur et directeur de la photo Italien, ex-assistant de Sergio Leone, né le 17 avril 1917, mort le 4 novembre 1976 des suites d'un accident de voiture.
1969: La Vénus en Fourrure, 1972: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? 1973: Piège pour un tueur, 1974, Innocence et désir, La Lame Infernale, 1975: Emilie, l'enfant des Ténèbres, 1976: Section de choc


Avertissement ! Il est préférable de lire cette chronique après avoir vu le film, son thème central étant un indice capital pour la révélation de l'intrigue !

Pour son second long-mĂ©trage, Massimo Dallamano frappe un grand coup dans le paysage du Giallo avec l'un de ses titres les plus emblĂ©matiques: Mais... qu'avez-vous fait Ă  Solange ? RĂ©alisĂ© Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70, le film ose aborder le tabou de l'avortement sous couvert d'un thriller aussi vĂ©nĂ©neux que pervers. Le pitch annonce dĂ©jĂ  la couleur d'une infidĂ©litĂ© transgressive lorsqu'un professeur renommĂ©, Enrico Rosseni (Fabio Testi, tout en Ă©lĂ©gance virile !), entame depuis quelques temps une liaison  extraconjugale avec l'une des Ă©lèves mineures de son Ă©cole catholique. Par un idyllique dimanche après-midi, alors que le couple roucoule dans la campagne, sa compagne est tĂ©moin d'un meurtre crapuleux. Celui d'une Ă©tudiante assassinĂ©e d'un coup de couteau dans le vagin. Quelques jours plus tard, par l'entremise de ses cauchemars, elle rĂ©ussit Ă  distinguer l'apparence peu commune du tueur dans une soutane de curĂ©. Alors qu'un autre crime vient d'ĂŞtre perpĂ©trĂ©, Enrico dĂ©cide de mener seul son enquĂŞte. Mais les accusations se portent rapidement contre lui depuis qu'il a Ă©garĂ© un stylo sur les lieux du premier homicide. Thriller sĂ©minal comme seuls les italiens ont le secret, Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? joue la carte du suspense et du mystère avec une efficacitĂ© implacable !


De par sa construction affĂ»tĂ©e alternant meurtres sordides (dont une impressionnante noyade dans une baignoire filmĂ©e en camĂ©ra subjective) et Ă©rotisme naturaliste (une assemblĂ©e de filles dĂ©voilent leur nuditĂ© sous la douche de l'Ă©cole quand bien mĂŞme un voyeur est entrain de les zyeuter !) avec une efficacitĂ© mĂ©tronome. Outre l'aspect captivant d'une enquĂŞte minutieusement menĂ©e par notre hĂ©ros, l'intĂ©rĂŞt Ă©mane Ă©galement du titre du film en question et de la prĂ©sence Ă©ventuelle de Solange si elle Ă©tait en vie ? Ainsi, en brassant les thèmes du voyeurisme, du viol, de la frustration et de la perversitĂ©, Massimo Dallamano traite de l'Ă©mancipation sexuelle du point de vue de jeunes Ă©tudiantes au sein d'un institut catholique, alors qu'un enseignant infidèle se permet de courtiser avec l'une d'elles. Faute d'une doctrine puritaine inscrite dans l'abstinence, certaines auront donc dĂ©cidĂ© de former une communautĂ© secrète afin de s'Ă©panouir dans les bras des garçons Ă  la sortie des cours. Si le film distille un parfum malsain plutĂ´t dĂ©rangeant, c'est dans la culpabilitĂ© effrontĂ©e des ces lycĂ©ennes se livrant sans tabous Ă  diverses expĂ©riences sexuelles (lesbianisme, orgie, etc...). Quand bien mĂŞme l'ombre d'un tueur les traque sans relâche en les purifiant d'une lame de couteau dans l'entrecuisse. EmaillĂ© de fausses pistes, d'indices scrupuleux (comme celui de la virginitĂ© d'Elisabeth ou des tĂŞtes d'Ă©pingles que certaines filles prĂ©servent) et de personnages interlopes, le film consolide au final une sordide histoire de traumatisme imparti Ă  l'avortement. Bien que l'on devine facilement l'identitĂ© du tueur lors de sa dernière partie, le suspense exponentiel poursuit sa trajectoire lorsqu'il s'agit de lever le voile sur le douloureux passĂ© de Solange mais aussi d'en expliquer les raisons vindicatives du coupable. 


BercĂ© par la musique timorĂ©e d'Ennio Morricone et mis en scène avec un soin esthĂ©tique Ă©purĂ© comme de coutume chez nos cinĂ©astes transalpins, notamment dans la manière gracile d'y filmer ses sublimes italiennes ou dans son onirisme morbide (le premier homicide se dĂ©voile en plein jour sous un rayon de soleil bucolique !), Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? dĂ©gage un trouble parfum de soufre et de perversitĂ© face Ă  la responsabilitĂ© d'un catholicisme prĂ©judiciable rĂ©fractaire Ă  l'avortement (en Italie, il ne sera lĂ©galisĂ© qu'Ă  partir de 1978). 

P.S: copie HD splendide chez le Chat qui fume.

*Bruno
4èx