mercredi 18 février 2015

Terreur dans la Nuit / Night Watch

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ninjadixon.blogspot.com

de Brian G. Hutton. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Elisabeth Taylor, Laurence Harvey, Billie Whitelaw, Robert Lang, Tony Britton, Bill Dean, Michael Danvers-Walker, Rosario Serrano, Pauline Jameson, Linda Hayden.

Sortie salles U.S: 10 Août 1973

FILMOGRAPHIE: Brian G. Hutton est un réalisateur et acteur américain, né le 1er Janvier 1935 à New-York, décédé le 19 Août 2014 à Los Angeles.
1965: Graine sauvage. 1966: The Pad and How to use it. 1968: Les Corrupteurs. 1968: Quand les Aigles attaquent. 1970: De l'or pour les braves. 1972: Une belle tigresse. 1973: Terreur dans la Nuit. 1980: De plein Fouet. 1983: Les Aventuriers du bout du monde.

Invisible en France depuis plus de trente ans - plus prĂ©cisĂ©ment depuis sa diffusion sur Antenne 2 un mardi en seconde partie de soirĂ©e Ă  la fin des annĂ©es 70 ou au dĂ©but des annĂ©es 80 - Terreur dans la Nuit s’apparente aujourd’hui Ă  une vĂ©ritable relique oubliĂ©e, que mĂŞme les fantasticophiles ont tendance Ă  mĂ©connaĂ®tre tant sa raretĂ© demeure extrĂŞme.

Ayant Ă©tĂ© littĂ©ralement terrorisĂ© Ă  l’âge de douze ans lors de ma première dĂ©couverte chez ma grand-mère, quelle ne fut pas ma stupeur de pouvoir retenter l’expĂ©rience plus de trente ans après ce souvenir persistant, grâce Ă  une aubaine aussi inattendue qu’inespĂ©rĂ©e. Car aussi (faussement) prĂ©visible que la narration puisse le laisser croire, Terreur dans la Nuit puise sa force dans une intrigue dĂ©lĂ©tère d’une redoutable sournoiserie, soutenue par l’interprĂ©tation dĂ©saxĂ©e de l’illustre Elizabeth Taylor et par l’atmosphère tantĂ´t angoissante, tantĂ´t oppressante d’une bâtisse gothique renfermant un terrible secret.

Rappel des faits: Ellen Wheeler, veuve aujourd’hui remariĂ©e Ă  un financier, est en proie Ă  la vision nocturne d’un cadavre ensanglantĂ© aperçu Ă  la fenĂŞtre d’en face, dans une maison abandonnĂ©e. DĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux, la police ne constate pourtant aucune effraction ni la moindre dĂ©pouille. Quelques jours plus tard, elle distingue Ă  nouveau une Ă©trange silhouette derrière le volet de la demeure. Est-elle victime d’une paranoĂŻa grandissante liĂ©e Ă  la disparition accidentelle de son premier mari, pourtant infidèle ? Ou bien le jouet d’une odieuse machination ? Et si ce dernier Ă©tait encore en vie ?

Responsable de deux classiques du film de guerre - Quand les aigles attaquent et De l'or pour les Braves - Brian G. Hutton s’essaie ici au registre horrifique dans le cadre d’un thriller Ă  suspense. Si la trame initiale semble annoncer des situations dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©es - adultère potentiel, faux coupables et manipulations - la tournure des Ă©vĂ©nements adopte progressivement une dimension bien plus vĂ©nĂ©neuse lorsque Ellen vacille peu Ă  peu, tout en s’efforçant de dĂ©masquer d’Ă©ventuels imposteurs.

Sans en rĂ©vĂ©ler davantage sur l’ossature du rĂ©cit, on peut nĂ©anmoins saluer l’intensitĂ© de son climat angoissant, largement orchestrĂ© autour de la bâtisse dĂ©labrĂ©e. Le cinĂ©aste cultive un goĂ»t manifeste pour le macabre - notamment Ă  travers des flashbacks dĂ©crivant des visions de cadavres blafards dans une morgue - et pour un mystère feutrĂ© sublimĂ© par l’architecture gothique de corridors, d’escaliers et de chambres dĂ©charnĂ©es. Sur ce point, le film se rĂ©vèle une franche rĂ©ussite et devrait combler les amateurs d’ambiances opaques, tant la scĂ©nographie des pièces obscures distille une atmosphère magnĂ©tique sous le regard impuissant d’une femme fĂ©brile gagnĂ©e par la paranoĂŻa.

Ă€ l’extĂ©rieur mĂŞme de ce lieu hantĂ©, un simple volet fouettĂ© par le vent semble vouloir compromettre la vĂ©racitĂ© de ses visions. ÉpaulĂ© par une partition discrètement lancinante, le film installe un suspense latent renforcĂ© par la sobriĂ©tĂ© de comĂ©diens jouant habilement avec l’ambivalence de leurs postures Ă©quivoques.

Quant au point d’orgue sardonique, le cinĂ©aste fait basculer la tension vers une explosion de violence lors d’un dĂ©nouement aussi terrifiant que sanglant. Pour l’Ă©poque, on reste encore surpris par la verdeur de certains crimes sauvagement perpĂ©trĂ©s au couteau de cuisine.


Correctement rĂ©alisĂ© et menĂ© avec le savoir-faire d’un cinĂ©aste manifestement imprĂ©gnĂ© d’une autoritĂ© hitchcockienne, Terreur dans la Nuit privilĂ©gie la photogĂ©nie d’une ambiance nocturne profondĂ©ment anxiogène avant de nous Ă©branler lors d’un final paroxystique.

Une pĂ©pite du thriller horrifique injustement ignorĂ©e, sublimĂ©e par la prestance nĂ©vralgique d’Elizabeth Taylor, toujours aussi glaciale, inquiĂ©tante et magnĂ©tique.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Gratitude au blog Les Pépites du cinéma Bis, B et Z

08.03.26. 3èx. Vostfr




mardi 17 février 2015

I Origins

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Mike Cahill. 2014. U.S.A. 1h46. Avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Bergès-Frisbey, Steven Yeun, Archie Panjabi, Cara Seymour.

Sortie salles France: 24 Septembre 2014. U.S: 18 Juillet 2014

FILMOGRAPHIE: Mike Cahill est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et monteur amĂ©ricain, nĂ© le 5 Juillet 1979 Ă  New-Haven (Connecticut). 2011: Another Erath. 2014: I Origins


"Chaque personne sur cette planète a des yeux uniques. Chaque oeil abrite son propre univers. Je suis le Dr Ian Grey. Je suis un père, un mari, et un scientifique. Tout jeune, j'ai compris que les appareils photo fonctionnent tout comme l'être humain : ils absorbent la lumière par une lentille et créent des images avec elle. Je me suis mis à photographier le plus d'yeux possible. J'aimerai vous raconter l'histoire des yeux qui ont changé ma vie. Souvenez-vous de ces yeux, souvenez-vous de chaque détail !"

"L'oeil et l'oubli de Dieu".
DĂ©jĂ  remarquĂ© avec Another Earth, primĂ© Ă  Sundance, Mike Cahill s’est Ă  nouveau fait entendre dans les festivals avec son second long, I Origins, aurĂ©olĂ© de deux rĂ©compenses Ă  Sitges et Ă  Sundance. En dĂ©pit d’une sortie timide dans nos salles, ce film indĂ©pendant, nĂ© de l’esprit d’un cinĂ©aste passionnĂ© d’astronomie et d’anticipation, oppose frontalement science et spiritualitĂ© Ă  travers le projet improbable d’un jeune savant.

Ian Grey est sur le point de parfaire une thĂ©orie capable de contredire l’existence mĂŞme de Dieu. Au hasard d’une rencontre, il tombe littĂ©ralement amoureux d’une inconnue, tout entière tournĂ©e vers le spirituel. Un Ă©trange concours de circonstances prĂ©cipitera leurs destins, remettant en cause les certitudes de Ian, embarquĂ© malgrĂ© lui dans un pĂ©riple initiatique.

Ă€ travers le profil de ce scientifique farouchement athĂ©e, ne jurant que par les mathĂ©matiques pour dĂ©mystifier la foi, on observe avec ironie la dĂ©rision de ses contradictions : lui qui, en manipulant des mutations sur des lombrics aveugles, incarne presque la figure d’un dieu moderne, prĂŞt Ă  blasphĂ©mer les lois de la nature ! Drame intimiste, romance et science-fiction se tĂ©lescopent ici avec une originalitĂ© pudique, oĂą Cahill utilise le prĂ©texte de la vision oculaire pour nourrir une rĂ©flexion vertigineuse sur la rĂ©incarnation, consĂ©cutive Ă  une dĂ©couverte stupĂ©fiante permettant de retracer la postĂ©ritĂ© de nos disparus.

Loin de tout prosĂ©lytisme, le cinĂ©aste privilĂ©gie la force des Ă©motions dans une romance lyrique, oĂą l’identitĂ© de l’Ĺ“il - ces fenĂŞtres de l’âme, comme on dit - viendra fissurer le scepticisme du hĂ©ros. PortĂ© par de jeunes comĂ©diens sobres et convaincants, tant dans leur fonction investigatrice que dans leurs fragilitĂ©s, le film exerce un pouvoir de fascination, malgrĂ© une seconde partie plus prĂ©visible mais tout aussi captivante. Contemplatifs d’une enquĂŞte de longue haleine en terre indienne, nous suivons la quĂŞte de vĂ©ritĂ© de Ian, soutenu par sa foi en la science - une foi qui, paradoxalement, pourrait bien bousculer nos doutes comme nos espoirs sur l’existence de l’âme.

Sans cĂ©der au pathos, Mike Cahill parvient Ă  nous bouleverser, notamment lors d’un Ă©vĂ©nement dramatique imprĂ©vu (Ă©vitez absolument le trailer avant visionnage !) et dans ces plages d’onirisme en osmose avec la nature, avant de conclure sur un Ă©pilogue d’une bouleversante acuitĂ© humaine.


"Reflets dans un oeil d'or".
Avec pudeur, originalitĂ© et une Ă©motion contenue, I Origins nous fait voyager Ă  travers la lentille de l’âme, interrogeant la mĂ©taphysique et les croyances sans jamais imposer de dogme. Par le prisme du progrès scientifique, Cahill Ă©pingle les mĂ©thodes froides des savants utopistes qui veulent quantifier l’insondable et dĂ©fier Dieu. Il en Ă©mane une Ĺ“uvre forte, passionnante, d’une sensibilitĂ© discrète mais tenace, portĂ©e par un optimisme rĂ©dempteur qui nous invite Ă  sonder notre propre identitĂ©, Ă  travers cette troublante thĂ©orie de la migration de l’âme.

P.S: Ne ratez pas une révélation à la toute fin du générique !

*Bruno
28.06.25.
2èx. Vost

Remerciements Ă  Pascal frezzato et Isabelle Rocton

Récompenses: Meilleur Film au Festival du film de Catalogne, 2014.
Prix Alfred P. Sloan du Meilleur Film au Festival de Sundance, 2014.


lundi 16 février 2015

A la recherche de Mr Goodbar / Looking for Mr. Goodbar

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Brooks. 1977. U.S.A. 2h15. Avec Diane Keaton, Tuesday Weld, William Atherton, Richard Kiley, Richard Gere, Alan Feinstein, Tom Berenger.

Sortie salles France: 29 Mars 1978. U.S: 19 Octobre 1977

FILMOGRAPHIE: Richard Brooks est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et romancier amĂ©ricain, nĂ© le 18 Mai 1912 Ă  Philadelphie, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Mars 1992 Ă  Beverly Hills. 1950: Cas de conscience. 1952: Miracle Ă  Tunis. 1952: Bas les masques. 1953: Le Cirque Infernal. 1953: Sergent la Terreur. 1954: Flame and the Flesh. 1954: La Dernière fois que j'ai vu Paris. 1955: Graine de Violence. 1956: La Dernière Chasse. 1956: Le Repas de Noces. 1957: Le Carnaval des Dieux. 1958: Les Frères Karamazov. 1958: La Chatte sur un toit brĂ»lant. 1960: Elmer Gantry le charlatan. 1962: Doux oiseau de jeunesse. 1965: Lord Jim. 1966: Les Professionnels. 1967: De sang-froid. 1969: The Happy Ending. 1971: Dollars. 1975: La ChevauchĂ©e Sauvage. 1977: A la recherche de Mr Goodbar. 1982: Meurtres en Direct. 1985: La Fièvre du Jeu.


Drame social dressant le portrait sans concession de l’Ă©mancipation sexuelle fĂ©minine au cĹ“ur des annĂ©es 70, Ă€ la recherche de Mr. Goodbar explore la dĂ©rive d’une enseignante, Theresa, cĂ©libataire inflexible au goĂ»t prononcĂ© pour les aventures nocturnes sans lendemain. Issue d’un milieu catholique rĂ©gi par un père castrateur, elle s’Ă©vade du cocon familial pour embrasser une indĂ©pendance qu’elle croit libĂ©ratrice. Au fil de ses rencontres charnelles avec des hommes infidèles, phallocrates ou marginaux, elle s’abandonne Ă  un mode de vie toujours plus instable — reflet d’une Ă©poque oĂą frustration et domination s’entremĂŞlent, tandis que la cocaĂŻne s’invite dans les clubs branchĂ©s.

ComĂ©die douce-amère glissant peu Ă  peu vers le drame sociĂ©tal, le film embrasse les tabous de son temps : avortement, homosexualitĂ©, porno sur pellicule et rĂ©volution sexuelle. Avec humour et gravitĂ©, Richard Brooks maĂ®trise son sujet sans jamais juger son hĂ©roĂŻne, rĂ©vĂ©lant le malaise d’une sociĂ©tĂ© en mutation oĂą les ĂŞtres les plus nĂ©vrosĂ©s s’accrochent Ă  leur libertĂ© comme Ă  une bouĂ©e de sauvetage. La mise en scène, vive et inventive, use d’un montage audacieux, parfois dĂ©risoire, pour illustrer les fantasmes dĂ©lirants de Theresa. Soutenue par une BO vibrante — oscillant entre Soul et Disco —, cette verve visuelle confère au film un dynamisme troublant, presque hypnotique.


Les acteurs y amplifient la tension narrative par leur intensitĂ© farouche. Richard Gere incarne un marginal impudent, impĂ©rieux jusque dans ses Ă©clairs de violence. DĂ©testable d’orgueil, il Ă©voque la figure du phallocrate parfait, engluĂ© dans sa mĂ©diocritĂ© et son vide. Face Ă  lui, Dianne Keaton dĂ©ploie une grâce longiligne, mĂŞlant fraĂ®cheur et sensualitĂ© inquiète. Enseignante dĂ©vouĂ©e auprès d’enfants sourds le jour, femme dissolue et effarouchĂ©e la nuit, elle incarne le paradoxe mĂŞme d’une libertĂ© douloureuse. Son refus d’enfanter, nĂ© d’un traumatisme d’enfance liĂ© Ă  une scoliose hĂ©rĂ©ditaire, ajoute Ă  son personnage une profondeur d’une bouleversante pudeur.


TĂ©moignage caustique de la libertĂ© sexuelle des annĂ©es 70, oĂą les marginaux se consument dans l’insouciance pendant que d’autres s’enlisent dans le dĂ©ni de soi (comme Gary et son homosexualitĂ© refoulĂ©e), Ă€ la recherche de Mr. Goodbar intensifie notre empathie pour cette hĂ©roĂŻne en dĂ©sĂ©quilibre, Ă©cartelĂ©e entre dĂ©sir et autodestruction. Captivant, insolent, de plus en plus ombrageux Ă  mesure qu’il avance, le film s’achève sur un Ă©pilogue effroyable — avertissement cruel aux âmes sensibles — enfonçant le clou dans son constat d’une Ă©mancipation sacrifiĂ©e.

Une œuvre puissante, inoubliable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx

samedi 14 février 2015

Tusk

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com


de Kevin Smith. 2014. U.S.A. 1h42. Avec Justin Long, Michael Parks, Génesis Rodriguez, Haley Joel Osment, Johnny Depp, Matthew Shively.

Sortie France directement en Dvd: 11 Mars 2015. U.S: 19 Septembre 2014

FILMOGRAPHIE: Kevin Smith est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain nĂ© le 2 AoĂ»t 1970 Ă  Red Bank, dans le New-Jersey (Etats-Unis). 1994: Clerks, 1995: Les Glandeurs, 1997: MĂ©prise Multiple, 1999: Dogma, 2001: Jay et Bob contre-attaquent. 2004: Père et Fille. 2006: Clercks 2. 2008: Zack et Miri font un porno. 2010: Top Cops. 2011: Red State. 2014: Tusk.


« Je ne cherche pas Ă  faire mon Kubrick, bordel. Je parle de faire un film avec un putain de gars dans un costume de Morse. Pour la faire courte, c’est juste dingue Ă  quel point nous sommes malgrĂ© tout proche de faire quelque chose de vraiment bon ! »
Kevin Smith


Directement sorti en Dvd, Tusk s'inspire de l'Ă©pisode The Walrus and The Carpenter créée par Smith lors d'une sĂ©rie de Podcast. Car c'est suite Ă  l'annonce improbable d'un auditeur (en guise de colocation, proposer Ă  un Ă©tudiant d'endosser le costume d'un morse et se comporter Ă  la manière de l'animal durant 2h journalières) que Kevin Smith dĂ©cide d'emprunter ce challenge sans complexe du ridicule. Le pitch en deux mots: Un mĂ©decin misanthrope frappĂ© du ciboulot dĂ©cide de kidnapper un jeune podcasteur pour le transfigurer en vĂ©ritable Morse et parfaire sa revanche sur la nature humaine (et s'y racheter une conduite !). 


Un concept sardonique sans doute influencĂ© par la farce scabreuse The Human Centipède (dĂ©lire assumĂ© d'une redoutable efficacitĂ© et d'un sens aiguisĂ© de suggestion dans son dosage humour noir/horreur crapoteuse). Kevin Smith tentant d'Ă©muler provocation malsaine, cruautĂ© perverse et sadique et satire morbide pour mieux nous brimer sans faire preuve de complexe. Or, le cauchemar parfois insoutenable en vaut largement la chandelle, qui plus est saupoudrĂ© d'humour ultra noir que Johnny Depp amorce par exemple dans sa dĂ©froque pittoresque d'investigateur Ă  l'accent quĂ©bĂ©cois saturĂ© d'un regard bigleux. Son sens de dĂ©rision macabre Ă©tant un tantinet dĂ©samorcĂ© d'une aura malsaine trop lourde Ă  tolĂ©rer Ă  travers l'alternance de sĂ©quences Ă©prouvantes vues nulle part ailleurs. Car de par la situation inhumaine d'un Ă©tudiant opportuniste rĂ©duit Ă  une masse difforme de Pinnipède humain, de l'intolĂ©rance impartie au savant sadique et du climat poisseux rĂ©gi autour d'eux car trop dĂ©rangeant pour Ă©gayer la sĂ©questration, Tusk invoque une terreur sournoise littĂ©ralement insupportable de tension dramatique. Sur ce point, et pour l'expĂ©rience horrifique sĂ©vèrement infligĂ©e, Tusk s'avère tout simplement une rĂ©fĂ©rence encore plus impressionnante et surprenante qu'Human Centipede tant il exploite (plus) adroitement avec un rĂ©alisme cru des sĂ©quences chocs bâties sur l'humiliation psychologique, la torture physique, la rĂ©flexion identitaire quant aux rapports ici communs victime/bourreau jusqu'Ă  y inverser leur rĂ´le. Une manière goguenarde d'ausculter le comportement humain du point de vue d'un animal hybride bientĂ´t motivĂ© par l'instinct de survie. La considĂ©ration personnelle du serial-killer, porte-parole de la cause animale, s'avère aussi intĂ©ressante dans sa rĂ©flexion Ă©tablie sur la nature humaine (l'homme n'est qu'un loup tributaire de ses instincts de survie, de supĂ©rioritĂ© et de perversitĂ©). Ce qui engendre au final l'expiation du savant afin de se pardonner Ă  lui mĂŞme son manque de dignitĂ© lors d'une situation de survie de par le sort imparti Ă  son sauveur que fut un morse. Michael Parks demeurant inoubliable car habitĂ© par son personnage sclĂ©rosĂ© doucement retors, tĂ©tanisant de folie incongrue dans la peau du tortionnaire hantĂ© par son ancienne condition de souffre-douleur et du remord du sacrifice.


A renfort de provocations couillues (si bien que l'on s'Ă©trangle parfois avec nos rires nerveux), Kevin Smith ose filmer l'immontrable, l'absurditĂ© d'une improbabilitĂ© sur le chemin d'une dĂ©rision morbide extrĂŞmement grinçante, l'horreur poisseuse monopolisant l'absurditĂ© du propos jusqu'au malaise viscĂ©ral pour peu que l'on soit sensible Ă  l'agonie exponentielle d'un animal sans dĂ©fense. Un dĂ©lire macabre anthologique au demeurant, infiniment dĂ©concertant, voir mĂŞme bouleversant, Ă  l'instar de son Ă©pilogue sciemment insensĂ© lorsque Kevin Smith continue de surfer sur l'humour grinçant auprès d'une empathie poignante difficilement soutenable. L'expĂ©rience horrifique, Ă©prouvante, incommodante, contentera donc aisĂ©ment l'amateur Ă©clairĂ© d'ambiance licencieuse au risque de vous provoquer un malaise viscĂ©ral pour les plus sensibles Ă  la cause animale. Tout bien considĂ©rĂ©, l'un des mĂ©trages les plus extrĂŞmes des annĂ©es 2000, voir mĂŞme de l'histoire du genre horrifique. 
A réserver évidemment à un public averti.

*Bruno
24.08.24.
2èx. Vostfr

jeudi 12 février 2015

Maximum Overdrive

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, incombant au site papystreaming.com

de Stephen King. 1986. U.S.A. 1h38. Avec Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, Yeardley Smith, John Short, Ellen McElduff, J.C. Quinn.

Sortie salles France: 25 novembre 1987. U.S: 25 juillet 1986

FILMOGRAPHIE: Stephen King est un écrivain et réalisateur américain, né le 21 Septembre 1947 à Portland, dans le Maine des Etats-Unis.
1986: Maximum Overdrive


"Le 19 Juin 1987, à 9h47 du matin, la Terre a traversé la trajectoire de la comète Rhéa-M. Selon les calculs astronomiques, la planète restera dans l'influence de la queue de cette comète pendant exactement 8 Jours, 5 heures, 29 minutes et 23 secondes."

Echec public et critique lors de sa sortie (il rapporta 7 430 000 dollars pour un budget de 9 000 000 !), Maximum Overdrive pâtit de la rĂ©putation de son auteur, Stephen King, Ă©crivain de littĂ©rature mondialement cĂ©lĂ©brĂ© pour ses Ă©crits fantastiques souvent inscrits dans la modernitĂ© de notre quotidien. PassĂ© derrière la camĂ©ra pour la première fois de sa carrière sous la houlette du producteur Dino De Laurentiis, il se rĂ©approprie une de ses nouvelles de Danse Macabre pour mettre en scène une sĂ©rie B maladroite (rĂ©alisation, montage sporadiques) dĂ©nuĂ©e de surprise hormis un postulat de dĂ©part allĂ©chant et la trogne sympathique d'acteurs de seconde zone (Emilio Estevez monopolise la tĂŞte d'affiche en porte-drapeau altruiste). 

Synopsis: A la suite du passage d'une comète autour de la terre, toutes nos machines industrielles se transforment en arme de destruction incontrôlée avec comme unique fonction de nous détruire. Durant plusieurs jours, une poignée de rescapés d'un relais routier tente de survivre contre l'autorité des poids-lourds erratiques.



Démarrant sur les chapeaux de roue avec une succession d'incidents techniques aussi inventifs que jouissifs (le distributeur de banque et de boisson, l'ouverture du point-levis, le couteau électrique), Maximum Overdrive débute en fanfare lorsque les machines déréglées s'unifient pour perpétrer des exactions improbables sous influence extra-terrestre. Alternant humour noir et action spectaculaire, le récit redouble d'audace et d'insolence (citadins écrabouillés par des véhicules à moteur, marmot écrasé par un rouleau compresseur, chien retrouvé la gueule déchiquetée par le jouet d'une voiture électrique) à mettre en valeur des situations alertes où nombre de quidams vont sévèrement trinquer ! Durant 45 minutes, Stephen King réussit donc avec assez d'efficacité à miser sur l'enchevêtrement de ces situations de panique à renfort de poursuites automobiles, explosions dantesques et agressions sanglantes. Là ou la machine va s'enrayer, c'est lorsque l'action se confine paresseusement en interne du relais pour adopter une démarche de routine beaucoup moins attractive. De par les échanges amoureux impartis au couple de héros, de l'impériosité mesquine du tenancier sans vergogne et des bavardages inutiles entamés entre une clientèle superficielle. Quand à la stratégie adoptée par Bill (traverser les tuyaux d'écoulement avec l'appui d'un bénévole pour secourir une éventuelle victime située à l'autre bout du relais), elle s'avère finalement peu haletante dans sa coordination et peu intense pour l'enjeu humain, même si la découverte d'un gamin débrouillard va relancer quelques péripéties héroïques. Dénué de surprises, Stephen King tente donc de pallier la maigreur de son intrigue par des séquences d'actions souvent spectaculaires (à l'instar de son final - à la limite du ridicule - lorsque nos rescapés sont contraints de faire le plein sous l'allégeance des poids-lourds) et d'autant mieux scandées du hard-rock électrique du groupe AC/DC ! Quand à l'attitude pugnace du héros sombrant peu à peu dans une dépression passagère, Stephen King n'apporte aucune empathie ni densité pour l'évolution soudaine de son comportement hors d'haleine !


Avec un pitch aussi original que prometteur dénonçant la prolifération de nos technologies modernes (ici, une menace extra-terrestre aiguillant nos propres machines pour nous enrayer !) et l'autorité d'un illustre écrivain passé derrière la caméra, Maximum Overdrive avait de sérieux atouts pour combler l'attente du spectateur. Mal exploité, sans surprises et parfois grotesque, mais récupéré du fun des scènes homériques ou sanglantes, de son ambiance perméable et de la bonhomie d'acteurs cabotins, il reste aujourd'hui un plaisir innocent aussi sympatoche que décomplexé sous l'impulsion oh combien entêtante du groupe AC/DC.

*Bruno
30.04.25. VF

mercredi 11 février 2015

SAMBA

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site inthemoodlemag.com

de Eric Toledano et Olivier Nakache. 2014. France. 2h00. Avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izïa Higelin, Youngar Fall, Isaka Sawadogo, Hélène Vincent.

Sortie salles France: 15 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Olivier Nakache est un réalisateur, scénariste et acteur français, né à Suresnes le 14 Avril 1973. Il travaille souvent en coréalisation avec Eric Toledano. Il est le frère de l'actrice Géraldine Nakache.
Eric Tolédano est un réalisateur, scénariste, acteur et dialoguiste français né le 3 juillet 1971 à Paris. Il travaille régulièrement avec Olivier Nakache sur l'écriture et la réalisation de longs-métrages.
2005: Je préfère qu'on reste amis... 2006: Nos jours heureux. 2009: Tellement proches. 2011: Intouchables. 2014: Samba


Trois ans après le phénomène Intouchables, le duo Eric Toledano/Olivier Nakache renoue avec la comédie sociale sans se laisser influencer par la facilité de la déclinaison. Samba privilégiant les rapports amoureux entre un jeune sénégalais en situation irrégulière et une cadre dépressive en voie de convalescence. Cumulant les p'tits boulots et le travail au noir, Samba est contraint d'exercer l'illégalité, notamment en falsifiant de faux papiers, afin de tenter de se faire une place dans une France gagnée par le chômage et l'immigration de masse. Avec l'appui d'un comparse arabe également en situation illégale, il va tenter de conquérir le coeur d'Alice tout en essayant de se construire une vie sociale décente.


Si la nouvelle prĂ©sence d'Omar Sy et le retour du duo gagnant Toledano/Nakache laissait craindre une resucĂ©e d'Intouchables, ces derniers sont loin de s'ĂŞtre laissĂ©s distraire par leur notoriĂ©tĂ© pour bâtir une nouvelle comĂ©die dramatique axĂ©e sur la condition prĂ©caire des sans-papiers. Si l'aspect irrĂ©sistiblement comique de leur prĂ©cĂ©dent succès avait su faire preuve de subtilitĂ© pour traiter Ă©galement avec Ă©motion poignante l'inattendue complicitĂ© entre un aristocrate paraplĂ©gique et un jeune dĂ©linquant, Samba change littĂ©ralement de registre pour s'orienter plutĂ´t vers la romance et la cocasserie de situations intimistes inscrites dans le cadre d'un quotidien blafard. Bien que le rythme de la narration pâti parfois de lĂ©gers signes d'essoufflement, la bonhomie attachante des personnages en quĂŞte d'insertion sociale et de fondation amoureuse, et la sincĂ©ritĂ© des cinĂ©astes Ă  ne pas les confiner dans le misĂ©rabilisme ou le sentimentalisme, rĂ©ussissent Ă  combiner une aventure humaine inscrite dans les instants de tendresse, d'amitiĂ© (Tahar Rahim prĂŞtant sa confiance avec une spontanĂ©itĂ© expansive dans celui de l'acolyte serviable !) et d'apprĂ©hension pour l'exclusion. Outre la posture naturelle d'un Omar Sy plein de doute et de prĂ©caritĂ© dans sa fonction clandestine d'immigrĂ© (un rĂ´le Ă  contre-emploi du boute-en-train d'Intouchables), Samba est Ă©galement illuminĂ© par la personnalitĂ© fragile de Charlotte Gainsbourg. Endossant la position timorĂ©e d'une cadre supĂ©rieure aujourd'hui reconvertie en bĂ©nĂ©volat chez les sans-papiers, l'actrice dĂ©gage une sensualitĂ© prude dans la suavitĂ© de ses sentiments. A travers leur complicitĂ© fĂ©brile sans cesse repoussĂ©e par l'hĂ©sitation, Samba transmet non sans fioriture leurs vicissitudes humaines parmi le rĂ©alisme de confrontations tantĂ´t cocasses, tantĂ´t dramatiques, Ă  l'instar de son final poignant oĂą perce une Ă©motion douloureuse.


Retenue, rĂ©alisme et sincĂ©ritĂ© sont les maĂ®tres mots du duo Toledano/Nakache d'avoir su illustrer avec lĂ©gèretĂ© la rĂ©demption amoureuse d'un sĂ©nĂ©galais sans papier avec une notable dĂ©pressive, tout en portant tĂ©moignage Ă  la difficile insertion de ces immigrĂ©s souvent contraints de frauder pour se faire une maigre place dans l'hexagone. Outre la simplicitĂ© des sĂ©quences intimistes et d'autres plus enjouĂ©es (la soirĂ©e dansante improvisĂ©e sur un tube de reggae !), la participation harmonieuse des comĂ©diens accordent sans outrance leur soutien au rĂ©cit initiatique de Samba, notamment lors de petits instants de poĂ©sie !

Bruno Matéï 



mardi 10 février 2015

Housebound. Grand Prix, NIFF 2014, Prix du Public, FEFFS 2014.

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site addictedtohorrormovies.com

de Gerard Johnstone. 2014. Nouvelle-Zélande. 1h49. Avec Morgana O'Reilly, Rima Te Wiata, Glen-Paul Waru, Cameron Rhodes, Ross Harper, Ryan Lampp.

Sortie salles Nouvelle-Zélande: 4 Septembre 2014. U.S: 17 Octobre 2014

Récompenses: Grand Prix au NIFFF 2014 et du Prix du Public au FEFFS 2014,

FILMOGRAPHIE: Gerard Johnstone est un réalisateur et scénariste néo-zélandais,
2008/09: The jaquie brown diaries (Serie TV). 2014: Housebound 

 
"Housebound ou l’art de piĂ©ger le fantĂ´me et sa mère".
InĂ©dit en salles en France malgrĂ© son Grand Prix au NIFF et son Prix du Public au FEFFS, Housebound est une production nĂ©o-zĂ©landaise dĂ©tonante, tĂ©lescopage frondeur de comĂ©die pittoresque, de thriller criminel et d’horreur gothique. Inscrit dans une dĂ©brouillardise cĂ©rĂ©brale, soutenu par une intrigue riche en rebondissements impromptus, Housebound agit comme une attraction foraine : une Ă©nergie communicative pulse, alimentĂ©e par des protagonistes qui manient la dĂ©rision avec une vigueur mordante.

Pitch: Après le braquage ratĂ© d’un distributeur, la jeune dĂ©linquante Kylie se voit condamnĂ©e au bracelet Ă©lectronique et contrainte de rĂ©intĂ©grer, pour huit mois, le giron maternel. Quand elle surprend sa mère confesser Ă  la radio que la maison serait hantĂ©e, Kylie dĂ©couvre Ă  son tour que d’Ă©tranges phĂ©nomènes sapent la tranquillitĂ© domestique.

Modeste entreprise façonnĂ©e dans le moule de la sĂ©rie B, Housebound renoue avec l’Ă©clat des premières Ĺ“uvres bricolĂ©es, fort d’une sincĂ©ritĂ© palpable pour le(s) genre(s) et de trouvailles retorses qui privilĂ©gient l’estocade narrative Ă  l’esbroufe racoleuse. Grâce Ă  l’habiletĂ© d’un scĂ©nario Ă©chevelĂ© et Ă  la fougue de personnages aussi dĂ©calĂ©s que maladroits, le rĂ©cit nous surprend sans relâche : simulacres, subterfuges, faux coupables et volte-faces Ă©maillent son parcours. Recyclant les codes Ă©culĂ©s de la maison hantĂ©e et du thriller criminel (jusqu’Ă  l’ombre d’un serial killer), Housebound Ă©poussette ces mythes dans un esprit tour Ă  tour burlesque et poignant — son final arrache mĂŞme une Ă©motion sincère lorsque l’hĂ©roĂŻne se heurte Ă  sa propre caricature sous forme de dessins.

Sans Ă©venter l’enquĂŞte surnaturelle menĂ©e avec son agent de probation, le film exploite avec malice le faux-semblant, tissant une mosaĂŻque de situations toujours plus cartoonesques — la dernière partie s’emballe en une cavalcade meurtrière, truffĂ©e de chausse-trappes ! En filigrane, Gerard Johnstone glisse une rĂ©flexion sociale sur le rĂ´le pĂ©dagogique du parent face Ă  l’errance d’un mineur rĂ©voltĂ©. Sous couvert de divertissement, il exalte l’initiation Ă  la tolĂ©rance et Ă  l’estime de soi, quand une marginale s’arme de sagacitĂ© et de bravoure (soutenue par sa mère !) pour dissiper l’incomprĂ©hension.

"Bracelet, fantĂ´mes et chausse-trappes".
Conjuguant dans un mĂŞme Ă©crin gothique comĂ©die, horreur et thriller, Housebound orchestre un suspense exponentiel grâce Ă  un montage vigoureux et Ă  l’audace de ses personnages. Il en jaillit un divertissement dĂ©coiffant : pochette-surprise d’une savoureuse satire sur la discorde familiale et l’apprentissage de la confiance.

Bruno

12.06.25. 2èx. Vost 


lundi 9 février 2015

HONEYMOON

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site rhinoshorror.com

de Leigh Janiak. 2014. U.S.A. 1h27. Avec Rose Leslie, Harry Treadaway, Ben Huber, Hanna Brown

Sortie US uniquement en Vod: 12 Septembre 2014

FILMOGRAPHIE:  Leigh Janiak est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
2014: Honeymoon


Première rĂ©alisation de Leigh Janiak après sa sĂ©lection officielle Ă  GĂ©rardmer 2015, Honeymoon relate la lune de miel d'un couple d'amoureux dans un chalet champĂŞtre. En plein milieu de la nuit, Paul surprend sa compagne Bea Ă©garĂ©e dans la forĂŞt. PrĂ©textant une crise de somnambulisme, le couple tente d'oublier cet Ă©trange incident. Mais au fil des jours, Paul commence Ă  suspecter l'humeur versatile de son Ă©pouse, notamment ses pertes de mĂ©moire inexpliquĂ©es. 


Production indĂ©pendante au budget minimaliste et constituĂ© essentiellement de deux acteurs (si on Ă©pargne le 1er quart-d'heure !), Leigh Janiak emprunte la voie du huis-clos Ă  partir d'un concept horrifique subtilement amenĂ© et Ă  l'intersection de la science-fiction (les flashs de lumières aveuglantes que Paul observe de la fenĂŞtre de sa chambre en cours de nuit !). Accordant toute son importance Ă  la caractĂ©risation humaine des deux protagonistes, Honeymoon puise sa force dans la remise en question du couple d'amoureux pris Ă  parti avec une situation improbable et ne cessant de se contredire pour la quĂŞte de vĂ©ritĂ©. S'attardant dans un premier temps Ă  surligner leur rapport affectueux dans des moments intimistes de tendresse et de vivacitĂ©, nous nous Ă©prenons inĂ©vitablement de compassion avant que leur dĂ©chĂ©ance morale ne viennent nous tourmenter par leur discorde quotidienne toujours plus fĂ©brile. Autour des ces rapports houleux, un climat anxiogène se fait toujours plus pesant lorsque Paul va rapidement dĂ©celer que le comportement farouche de son Ă©pouse risque de nuire Ă  son Ă©tat mental (notamment sa dĂ©faillance cognitive). Grâce au jeu naturel des comĂ©diens alternant la fraĂ®cheur de leur complicitĂ© et la contraction de la mĂ©fiance, l'intrigue suggère une inquiĂ©tude toujours plus tangible au fil de pĂ©ripĂ©ties de plus en plus pessimistes. Tout l'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant dans son suspense progressif et le climat oppressant d'observer mĂ©ticuleusement leur dĂ©chĂ©ance morale face Ă  une Ă©nigme inexpliquĂ©e. En prime, par le biais du refus du happy-end et un dĂ©sir jusqu'au-boutiste de confronter ces amants au seuil de la folie, le point d'orgue, cauchemardesque et viscĂ©ral (une sĂ©quence malsaine pourrait d'ailleurs Ă©voquer aux fans du genre un moment anthologique d'X-tro, sans compter son image finale !) risquera d'en dĂ©router plus un. 


En dĂ©pit d'un final irrĂ©solu laissĂ© en suspens (une manière autrement audacieuse d'entretenir le mystère !) et risquant de diviser une partie du public, Honeymoon s'avère suffisamment captivant, anxiogène et cauchemardesque par l'esthĂ©tisme de sa nature en demi-teinte (sĂ©rĂ©nitĂ© et opacitĂ© de la flore se confondent pour perdre nos repères !), et surtout par sa subtile mise en scène prĂ©conisant l'intensitĂ© d'un jeu d'acteurs inscrits dans la fougue des sentiments et l'emprise paranoĂŻaque. Une dĂ©couverte intĂ©ressante, honnĂŞte Ă©chantillon d'un Fantastique Ă©thĂ©rĂ©. 

Remerciement Ă  Jacques Coupienne
Bruno Matéï


vendredi 6 février 2015

LE MANOIR DE LA TERREUR (The Blancheville Monster - Horror Castle - Horror - Demoniac)

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

d'Alberto De Martino. 1963. Italie/Espagne. 1h27. Avec Gérard Tichy, Leo Anchoriz, Ombretta Colli, Helga Liné, Iran Eory, Vanni Materassi, Francisco Moran.

Sortie Salles Italie: 6 Juin 1963. Espagne: 18 Mai 1964.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Alberto De Martino est un réalisateur et scénariste italien, né le 12 Juin 1929 à Rome.
1962: Les 7 Gladiateurs. 1963: Persée l'Invincible. 1963: Le Manoir de la Terreur. 1964: Le Triomphe d'Hercule. 1964: Les 7 Invincibles. 1966: Django tire le premier. 1967: Opération frère Cadet. 1968: Rome contre Chicago. 1969: Perversion. 1972: Le Nouveau Bosse de la Mafia. 1974: L'Antéchrist. 1977: Holocaust 2000


InĂ©dit en salles en France mais sorti en Vhs au dĂ©but des annĂ©es 80 sous le titre Demoniac, Le Manoir de la terreur est ce que l'on peut citer une "perle gothique" du cinĂ©ma transalpin que l'Ă©diteur Artus Films nous fait l'honneur d'exhumer via une Ă©dition Dvd de qualitĂ©. PrĂ©venons tout de suite les amateurs nĂ©ophytes de ne pas confondre avec le sympathique nanar Le Manoir de la Terreur rĂ©alisĂ© en 1981 par AndrĂ©a Bianchi, puisqu'en l'occurrence il s'agit d'une oeuvre prĂ©alablement tournĂ©e en 1963 sous l'Ă©gide du vĂ©nĂ©rable Alberto De Martino (l'AntĂ©christ, Holocaust 2000). AccompagnĂ© de son ami, Emily part rendre visite Ă  son frère auquel il est devenu propriĂ©taire d'un château depuis la mort accidentelle de son père lors d'un incendie. Sur place, outre l'accueil froid de son confrère, elle Ă©tablit la rencontre suspicieuse du majordome, de la gouvernante et du nouveau praticien. Un soir, des hurlements se font Ă©cho dans la nuit ! Son père serait finalement en vie secrètement cachĂ© dans l'enceinte du château, quand bien mĂŞme Emilie va se retrouver confrontĂ©e au sacrifice pour le compte d'une prĂ©diction ! 


VĂ©ritable bijou du Bis Gothique injustement mĂ©connu et dĂ©considĂ©rĂ© Ă  son Ă©poque, Le Manoir de la Terreur fait la part belle Ă  l'univers d'Edgar Allan Poe par son atmosphère lugubre ensorcelante rĂ©gie autour de monuments historiques, et pour certains thèmes judicieux exploitĂ©s au cinĂ©ma de cette Ă©poque (je pense particulièrement Ă  Roger Corman pour La Chute de la Maison Usher et Ă  L'EnterrĂ© Vivant). TransfigurĂ© par un superbe noir et blanc contrastant avec l'architecture du manoir situĂ© Ă  proximitĂ© d'une abbaye en ruine et d'une chapelle, la nature environnante est Ă©galement Ă  l'appel pour nous enivrer dans sa facture Ă©trangement poĂ©tique (Ă  l'instar de cette forĂŞt dĂ©charnĂ©e ou des songes obsĂ©dants fantasmĂ©s par Emilie !). Avec une volontĂ© de styliser le cadre gothique, Alberto De Martino y compose parfois des tableaux d'un onirisme enchanteur (Emilie, hypnotisĂ©e par le monstre, traverse durant la nuit, telle un fantĂ´me vĂŞtu de blanc, une allĂ©e du château pour rejoindre l'abbaye et y contempler sa tombe !). Outre l'intensitĂ© de son climat ombrageux auquel le film baigne avec voluptĂ©, Le Manoir de la Terreur est rehaussĂ© d'une intrigue criminelle machiavĂ©lique brouillant les pistes Ă  souhait pour mieux nous Ă©garer dans un dĂ©dale de faux coupables et simulacres. Alberto De Martino se dĂ©lectant Ă  nous manipuler dans la caractĂ©risation insidieuse de protagonistes cachottiers tout en utilisant les ressorts dramatiques de victimes tourmentĂ©es et molestĂ©es. Alors que durant sa dernière partie davantage oppressante, les rĂ´les vont subitement s'inverser pour enfin lever le voile sur le vĂ©ritable traĂ®tre et percer le mystère entourant la prophĂ©tie des Blackford. 


Sobrement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens au charisme aristocratique jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les (je ne suis pas prĂŞt d'oublier la posture rigide et le regard reptilien de la gouvernante endossĂ©e par Helga LinĂ©) et rĂ©alisĂ© avec brio dans l'esthĂ©tisme gothique d'un noir et blanc immaculĂ©, Le Manoir de la Terreur se permet surtout de fignoler un suspense retors autour d'une conspiration habilement dĂ©tournĂ©e ! Un des plus beaux trĂ©sors de la bannière Artus Films et sans nul doute un des meilleurs films de son auteur. 

Remerciement Ă  Artus Films
Bruno Matéï


jeudi 5 février 2015

LE CHAT A 9 QUEUES (Il gatto a nove code)

                                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pariscine.com

de Dario Argento. 1971. France/Allemagne/Italie. 1h51. Avec Karl Malden, James Franciscus, Cinzia de Carolis, Catherine Spaak, Pier Paolo Capponi, Horst Frank, Rada Rassimov.

Sortie salles France: 11 Août 1971. Italie: 11 Février 1971

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 7 septembre 1940, Ă  Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat Ă  9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours Ă  Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: TĂ©nèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux MalĂ©fiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'OpĂ©ra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (Ă©pis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (Ă©pis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


"Un chat à neuf queues est un instrument de torture - un fouet - composé d'un manche de bois de 30 à 40 cm de long auquel sont fixées neuf cordes ou lanières de cuir d'une longueur qui varie de 40 à 60 cm dont chaque extrémité mobile se termine par un nœud."

Deuxième volet de sa trilogie animalière, le Chat Ă  9 queues possède une facture amĂ©ricaine imposĂ©e par son distributeur de mĂŞme nationalitĂ© depuis l'Ă©norme succès de l'Oiseau au plumage de Cristal, Argento Ă©tant chargĂ© de recruter deux acteurs dont ses choix se porteront sur Karl Malden et James Franciscus. Mais ce n'est pas tout, alors que le cinĂ©aste souhaitait Ă  l'origine l'actrice italienne Tina Aumont pour endosser un des premiers rĂ´les, son producteur rĂ©fute sa proposition pour lui imposer l'illustre Catherine Spaak. C'est aussi en raison de ces discordes qu'Argento ne porte pas trop dans son coeur le Chat Ă  9 QueuesAprès la dĂ©couverte d'un gardien assassinĂ© dans un institut de recherche gĂ©nĂ©tique, un aveugle et un journaliste dĂ©cident de s'associer pour enquĂŞter sur cet homicide ainsi que le mystĂ©rieux vol d'un dossier concernant des chromosomes exclusifs. Alors que d'autres meurtres compliquent leur investigation, de potentiels suspects et l'indice d'une mĂ©daille commencent Ă  porter leur fruit. 


Si on peut facilement admettre que Le Chat Ă  9 Queues s'avère en effet le plus faible de la trilogie, l'intrigue (inaboutie) s'avère suffisamment ombrageuse, parfois tendue (le dernier tiers multipliant rebondissements alertes dans une progression du suspense maĂ®trisĂ©e !), Ă©maillĂ© de meurtres stylisĂ©s (les strangulations sont très impressionnantes dans leur cruditĂ© assumĂ©e !) ou spectaculaires (l'Ă©viction d'une victime sur les rails d'un train, la chute d'une autre dans le couloir câblĂ© d'un ascenseur) et parfaitement interprĂ©tĂ©e (Malden et Franciscus se complètent Ă  merveille dans leur fonction d'investigateurs scrupuleux) pour emporter l'adhĂ©sion. Et cela en dĂ©pit de conventions du genre policier, d'un humour potache dispensable et d'un rythme parfois dĂ©faillant, principalement sa première partie un peu trop conformiste (Ă  l'instar de cette poursuite urbaine inutile perpĂ©trĂ©e contre une patrouille de policiers). Au-delĂ  de l'originalitĂ© de son Ă©nigme (le concept scientifique du gĂŞne Y double permettant de dĂ©masquer plus facilement les assassins violents !) Ă©voluant autour des tabous homosexuels et incestueux et multipliant potentiels coupables et fausses pistes, on retiendra surtout du Chat Ă  9 queues ces 45 dernières minutes savamment palpitantes dans ses pĂ©ripĂ©ties accordĂ©es et son suspense infaillible. A l'instar de cette visite nocturne empruntĂ©e dans le caveau d'un cimetière, ou lors de la traque du tueur imposĂ©e sur les toits d'un immeuble ! Des sĂ©quences angoissantes, violentes et rĂ©alistes dont le clou de la cruautĂ© culmine avec le kidnapping d'une fillette molestĂ©e devant nos yeux ! 


En dĂ©pit de ses dĂ©fauts prĂ©citĂ©s (notamment ce rythme sporadique d'une enquĂŞte en dent de scie) et du manque de motivation de la rĂ©alisation (mĂŞme si l'on reconnait en intermittence la patte du maestro), le Chat Ă  9 queues s'avère nĂ©anmoins attachant, atmosphĂ©rique et davantage captivant, comme le souligne le sublime score de Morricone avec candeur mĂ©lancolique. 

Bruno Matéï
3èx

Ci-dessous, les chroniques des 2 autres volets:
Oiseau au Plumage de Cristal (l'): http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/loiseau-au-plumage-de-cristal-luccello.html

mercredi 4 février 2015

L'HOMME QUI RETRECIT (The Incredible Shrinking Man)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmsduparadoxe.com

de Jack Arnold. 1957. U.S.A. 1h21. Avec Grant Williams, Randy Stuart, April Kent, Paul Langton, Raymond Bailey, William Schallert.

Sortie salles France: 17 Mai 1957. U.S: Avril 1957

Récompenses: Prix Hugo du meilleur film en 1958.

FILMOGRAPHIE: Jack Arnold est un réalisateur américain, né le 14 Octobre 1916, décédé le 17 Mars 1992.
1950: With These Hands. 1953: Le Crime de la semaine. 1953: Filles dans la nuit. 1953: Le Météore de la nuit. 1954: l'Etrange Créature du lac noir. 1955: La Revanche de la créature. 1955: Tornade sur la ville. 1955: Tarantula. 1955: Crépuscule Sanglant. 1956: Faux Monnayeurs. 1957: l'Homme qui Rétrécit. 1957: Le Salaire du Diable. 1958: Le Monstre des abîmes. 1958: Madame et son pilote. 1959: Une Balle signé X. 1960: La Souris qui rugissait. 1961: l'Américaine et l'amour. 1964: Pleins phares. 1969: Hello Down There. 1975: The Swiss Conspiracy.


Grand classique de la science-fiction au pouvoir de fascination prĂ©gnant, Ă  l'instar du Voyage Fantastique de Richard Fleischer, L'Homme qui RĂ©trĂ©cit relate les vicissitudes de Scott Carey, un homme subitement atteint de miniaturisation après avoir Ă©tĂ© incidemment aspergĂ© d'un pesticide et après ĂŞtre passĂ© sous un nuage radioactif en mer. Ayant effectuĂ© divers examens pour se rassurer, les mĂ©decins impuissants n'ont aucun recours pour le soigner. ConfinĂ© dans une maison miniature que son Ă©pouse a amĂ©nagĂ© Ă  l'intĂ©rieur de leur foyer, Scott finit par rencontrer l'hostilitĂ© du chat, faute de son rĂ©trĂ©cissement rĂ©gressif, et se retrouve coincĂ© dans la cave après leur altercation. DestinĂ© Ă  survivre dans ce gigantesque endroit caverneux, il va tenter par tous les moyens de regagner l'issue de secours pour alerter son Ă©pouse, et en dĂ©pit de sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence physique. 


Film d'aventures fertile en rebondissements et redoutablement efficace dans sa succession de revirements cauchemardesques, (l'inondation dans la cave, l'escalade des escaliers, le piège Ă  rat, puis les affrontements pĂ©rilleux entrepris avec un chat ou une araignĂ©e rendus gĂ©ants sous les yeux du hĂ©ros), L'Homme qui rĂ©trĂ©cit redouble d'intensitĂ© et de rĂ©alisme face Ă  son concept dĂ©lirant de miniaturisation humaine. A l'aide d'effets spĂ©ciaux simplistes mais souvent adroits et parfois très impressionnants, le film rĂ©ussit Ă  alterner l'amusement et l'inquiĂ©tude exponentielle lorsque le hĂ©ros, toujours plus petit, est contraint de survivre dans un nouvel environnement qu'il ne reconnait plus. Notamment lorsqu'il est confrontĂ© Ă  cette loi du plus fort lorsque la taille de l'ennemi, disproportionnĂ©e, profite de sa prĂ©tention physique pour mieux Ă©craser le plus faible ! Jouissif en diable par son action trĂ©pidante et ses trucages dĂ©lirants de maquettes grandioses, mais Ă©galement pessimiste et abrupt dans le cheminement dĂ©sespĂ©rĂ© du hĂ©ros toujours plus infime, l'Homme qui RĂ©trĂ©cit amène une rĂ©flexion spirituelle sur notre place dans l'univers lorsqu'un nouveau monde s'ouvre Ă  nous. Par le courage, la persĂ©vĂ©rance et le dĂ©passement de soi d'affronter des Ă©preuves de survie, notre hĂ©ros finit pas accepter son destin dans sa condition infinitĂ©simale, avec comme Ă©thique existentielle que l'incroyablement petit et l'incroyablement grand sont Ă©troitement liĂ©s au cercle de l'infini.  


Chef-d'oeuvre Ă©colo fustigeant les dangers de la radioactivitĂ© et celle de la pollution, plaidoirie pour le droit Ă  la diffĂ©rence, rĂ©flexion mĂ©taphysique sur notre poste dans l'univers, l'Homme qui RĂ©trĂ©cit Ă©pouse autant la carte du divertissement roublard Ă  travers ces morceaux d'anthologie aussi rĂ©alistes qu'intenses, et auprès de la dimension humaine du hĂ©ros livrĂ© Ă  une solitude finalement optimiste (perdurer au-delĂ  du nĂ©ant par l'infiniment petit !). 

Bruno Matéï
3èx

mardi 3 février 2015

Baron Blood / Baron Vampire /Gli orrori del castello di Norimberga

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Wikipedia

de Mario Bava. 1972. Italie/Allemagne de l'Ouest. 1h38 (Italie) / 1h30 (U.S.A.). Avec Joseph Cotten, Elke Sommer, Massimo Girotti, Rada Rassimov, Antonio Cantafora, Umberto Raho, Luciano Pigozzi.

Sortie salles Italie: 25 FĂ©vrier 1972

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie). Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non crédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt et Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


Un an après son chef-d’Ĺ“uvre La Baie sanglante, Mario Bava retourne au gothique avec Baron Blood, librement inspirĂ© de L’Homme au masque de cire et du FantĂ´me de l’OpĂ©ra. TournĂ© en cinq semaines dans la rĂ©gion d’Autriche, le rĂ©cit relance les mĂ©faits du sinistre baron Otto Von Kleist, depuis qu’un couple imprudent a osĂ© invoquer ses malĂ©dictions enfouies par le biais d’un parchemin. Autrefois bourreau sadique des villageois, sa dernière victime - une sorcière - lui jura vengeance avant de pĂ©rir sur le bĂ»cher. Accueilli par son oncle dans un château promis aux enchères, Peter Kleist et sa compagne Eva Arnold deviennent Ă  leur tour tĂ©moins des exactions du baron, avant de chercher refuge et dĂ©livrance par l’entremise d’une mĂ©dium. Ce drĂ´le de scĂ©nario, brassant quelques Ă©chos du Masque du DĂ©mon et de la Chambre des Tortures, souffre parfois de situations convenues : visites guidĂ©es interminables et poursuites prĂ©visibles entre le monstre et ses proies.


Non exempt d’incohĂ©rences (comment le baron peut-il changer Ă  sa guise d’apparence ? N’Ă©tait-il pas condamnĂ© Ă  souffrir sous son masque difforme ?), Bava parvient pourtant Ă  entretenir le doute sur l’identitĂ© du spectre, tout en peaufinant l’ambiance crĂ©pusculaire d’un manoir gothique saturĂ© de lumières irrĂ©elles. PassĂ© maĂ®tre pour transcender une scĂ©nographie macabro-sensuelle, le cinĂ©aste dĂ©ploie une fois encore son talent, armĂ© d’un sens esthĂ©tique Ă  fleur de peau. En prime, impossible de ne pas sourire devant le faciès vĂ©rolĂ© du baron, ressemblant Ă  s’y mĂ©prendre Ă  une tarte Ă  pizza, gĂ©nialement putrescente, rongĂ©e par les siècles. Serti d’un score rĂ©tro typiquement latin signĂ© Stelvio Cipriani, Baron Blood fascine Ă  sa manière, maintenant l’intĂ©rĂŞt grâce Ă  ce climat funèbre, parfois ponctuĂ© de morts brutales surgies des instruments de torture (le cercueil hĂ©rissĂ© de pointes acĂ©rĂ©es laissant un souvenir mordant). Et si l’intrigue piĂ©tine ici ou lĂ , ces sautes de rythme se pardonnent aisĂ©ment tant la bonhomie des personnages, la folie du dĂ©nouement et surtout l’icĂ´ne morbide du baron captivent dans cette bisserie inattendue, dotĂ©e d’un modernisme visuel et expressif aussi audacieux que singulier.


Indubitablement attachant, ludique, fascinant - tout du moins pour l’amateur Ă©clairĂ© - Baron Blood exhale un dĂ©licieux parfum vintage autour de son icĂ´ne torturĂ©e et de l’architecture alambiquĂ©e de son château autrichien, filmĂ© sous tous les angles avec un art baroque d’une inventivitĂ© inĂ©puisable. Sans oublier la nature et le village fantasmatiques (splendide poursuite nocturne noyĂ©e de brume), hantĂ©s par l’entitĂ© d’une sorcière qui crève l’Ă©cran de sa prĂ©sence transie. Ă€ rĂ©habiliter.

*Bruno
10.02.24. 4èx