mercredi 12 août 2015

Cloverfield

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Matt Reeves. 2008. U.S.A. 1h21 (1h14 sans générique). Avec Michael Stahl-David, Mike Vogel, Lizzy Caplan, Jessica Lucas, T.J. Miller, Odette Yustman, Theo Rossi.

Sortie salles France: 6 Février 2008. U.S: 18 Janvier 2008

FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 27 Avril 1966 Ă  Rockville Centre (Etats-Unis). 1993: Future Shock (segment "Mr Petrified Forrest). 1996: Le Porteur de Cercueil. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement.


D'après un concept original du producteur J.J. Abrams, Cloverfield empreinte la dĂ©marche du Found Footage afin de renforcer l'ultra rĂ©alisme d'une invasion animale au sein de l'Ă©tat de New-York. C'est Ă  dire une crĂ©ature gĂ©ante (dont nous ne connaĂ®trons jamais l'origine ) chargĂ©e ici de semer le chaos en plein coeur des citĂ©s de Manhattan. L'armĂ©e enrĂ´lĂ©e en masse s'efforçant vainement de dĂ©jouer l'ennemi parmi l'artillerie lourde de leurs mitraillettes, lance-roquettes et missiles envoyĂ©s par chars, hĂ©licoptères ou encore avions de chasse. Ainsi, en alliant le film de monstre, digne hĂ©ritier de Godzilla et la topographie du film catastrophe, Matt Reeves rivalise de prouesse technique pour authentifier son apocalypse urbain par le principe du documenteur. Car expĂ©rience de cinĂ©ma immersive imperturbable, Cloverfield parvient miraculeusement Ă  se dĂ©marquer de la surenchère dans son habile dosage de destruction massive et d'apparition dantesque d'une crĂ©ature protĂ©iforme terriblement charismatique. Or, jouant Ă©galement sur la suggestion en retardant le plus souvent possible sa morphologie dĂ©mesurĂ©e, l'intrigue puise son efficacitĂ© dans le caractère vraisemblable de cette situation incongrue auquel un monstre aura dĂ©cidĂ© d'imposer sa loi. Ou comment cristalliser l'impensable dans le domaine du crĂ©dible par le biais d'une camĂ©ra mobile multipliant les ellipses visuelles pour mieux attiser notre curiositĂ©. 


C'est lĂ  la grande force de Cloverfield, car outre ses scènes d'action au souffle apocalyptique vertigineux, son pouvoir de fascination Ă©mane de l'apparition cauchemardesque du monstre par l'habiletĂ© de plans soigneusement Ă©tudiĂ©s. Et mĂŞme si les protagonistes s'avèrent brièvement dĂ©veloppĂ©s au cours de leur vicissitude de survie, bien que nantis d'une Ă©paisseur humaine somme toute fragile, le parti-pris d'avoir sĂ©lectionnĂ© des acteurs inconnus renforce Ă©galement sa facture si crĂ©dible. Et si le scĂ©nario superficiel n'apporte aucune surprise (en dehors des crĂ©atures annexes venues brimer la traque des survivants) quant au cheminement affolant des hĂ©ros sillonnant les quartiers dĂ©charnĂ©s pour porter secours Ă  une fille recluse dans un appartement, la manière urgente dont Matt Reeves nous immerge dans le feu de l'action nous laisse pantois de stupeur. Dès lors, nous redoutions la prochaine apparition du monstre dĂ©ambulant avec une dĂ©marche aussi lourde qu'effrayante Ă  travers les buildings tout en Ă©prouvant une implacable fascination hypnotique face Ă  ses exactions de destructions urbaines. On peut d'ailleurs souligner l'acuitĂ© de sa bande-son lĂ  encore conçue pour nous assourdir les tympans afin de rehausser la dĂ©marche pataude de la masse animale et les explosions d'immeubles qu'il gĂ©nère tout en Ă©prouvant l'empathie des survivants toujours plus Ă  bout de course quant Ă  l'Ă©volution dramatique de leurs tourments dĂ©nuĂ©s d'espoir. 


Pur spectacle de samedi soir rĂ©gi en tour de montagne russe, Cloverfield tient la dragĂ©e haute du divertissement alerte de par l'habiletĂ© du faux documentaire et d'un brio technique Ă  couper le souffle. Par sa puissance visuelle crĂ©pusculaire et l'impact catastrophique d'une situation aussi alĂ©atoire rappelant sciemment les tragiques Ă©vènements du 11 Septembre, le film peut s'officialiser comme l'un des plus rĂ©alistes film de monstres jauquel les remakes ricains de Godzilla sont balayĂ©s en un (furtif) coup de vent. 

*Bruno
22.08.24. 3èx. Vostfr. 4k.

    mardi 11 août 2015

    MENACE II SOCIETY

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gettyimages.com

    des Frères Hughes. 1993. U.S.A. 1h37. Avec Tyrin Turner, Larenz Tate, Jada Pinkett Smith, MC Eiht, Samuel L. Jackson, Clifton Powell, Vonte Sweet, Charles S. Dutton.

    Sortie salles France: 5 Janvier 1994. U.S: 26 Mai 1993

    FILMOGRAPHIE: Albert et Allen Hughes sont des frères jumeaux producteurs, scénaristes et réalisateurs américains, né le 1er Avril 1972 à Détroit (Michigan).
    1993: Menace II Society. 1995: Génération Sacrifiée. 1999: American Pimp (doc). 2001: From Hell. 2009: New-York, I love you (un segment d'Allen Hughes). 2009: Le Livre d'Eli. 2013: Broken City (d'Allen Hughes).


    Film choc s'il en est, plus encore que ses précurseurs Colors et Boyz'n the Hood, Menace II Society dresse le portrait effrayant d'une délinquance juvénile, celle des ghettos noirs retranchés dans une idéologie criminelle où la loi du plus fort y engendre une ingérable spirale de violence. En témoigne son prologue cinglant auquel un couple de commerçants va être lâchement abattu par un jeune noir parce que l'épicier aura osé offenser verbalement sa mère. Cette violence implacable s'avère d'autant plus terrifiante par son réalisme poisseux qu'elle découle d'un jeune marginal destitué de toute morale à accorder la moindre chance et empathie pour sa victime. Et de pousser le bouchon de l'incongruité lorsqu'il vantera plus tard les mérites de ses actes crapuleux auprès de ses proches après avoir dérobé l'enregistrement de la video surveillance !


    Terrifiant pour l'impact cru imposĂ© Ă  sa violence gratuite, les exactions criminelles qui empiètent le cheminement du tĂ©moin du meurtrier (c'est Ă  dire Caine, afro-amĂ©ricain de 18 ans !), provoque Ă©moi et malaise dans son lot de circonstances sanglantes. Entre règlements de comptes aux motifs dĂ©risoires, Ă  l'instar d'un regard ou d'une provocation verbale mal placĂ©s, voir d'un dĂ©sir de vengeance ou d'un ressort de jalousie, et avant que Caine ne commence Ă  s'Ă©veiller de sa torpeur existentielle par l'appui d'une idylle amoureuse et des sermons de son grand-père. Illustrant sans compromis sa dĂ©rive criminelle en chute libre, les Frères Hughes n'y vont pas avec le dos de la cuillère pour mettre en exergue cette dĂ©liquescence morale Ă©tablie au sein d'une communautĂ© noire engluĂ©e dans le chĂ´mage, l'alcool et la drogue. Si les flics les pourchassent la plupart du temps avec une longueur de retard, certains autres les incriminent avec un mĂ©pris raciste au point d'enfreindre leur loi pour se porter complice d'un Ă©ventuel lynchage (voir la sĂ©quence au cours duquel deux noirs molestĂ©s seront vulgairement dĂ©posĂ©s sur le trottoir d'un quartier latino). Outre ses scènes d'ultra violence particulièrement poisseuses, ce qui Ă©branle quand on revoit aujourd'hui Menace II Society Ă©mane du comportement irresponsable, dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© et inconscient de ses bandes rivales s'entretuant pour des motifs d'orgueil et de supĂ©rioritĂ© dans leur condition dĂ©soeuvrĂ©e. Cette jeunesse constamment sur le fil du rasoir n'ayant comme seule optique de profiter de l'instant prĂ©sent par leur autonomie ingrate au point mĂŞme d'envisager parfois d'assassiner un des proches de leur clan.


    Pessimiste et dĂ©sespĂ©rĂ© car sans Ă©chappatoire, Menace II Society provoque un malaise tangible par son climat malsain abrupt ou la violence putassière dĂ©coule du comportement irrĂ©flĂ©chi d'une minoritĂ© noire souvent livrĂ©e Ă  l'abandon parental et Ă  leur dĂ©chĂ©ance dĂ©pravĂ©e. Son intensitĂ© dramatique rigoureuse culminant vers un point de non retour tristement prĂ©visible et nihiliste. Un tĂ©moignage Ă©difiant, un constat d'Ă©chec d'une sociĂ©tĂ© nombriliste dont on ne sort pas indemne...

    Bruno Matéï
    4èx

    lundi 10 août 2015

    DEATH SENTENCE

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

    de James Wan. 2007. U.S.A. 1h45. Avec Kevin Bacon, Garrett Hedlund, Kelly Preston, Aisha Tyler, John Goodman, Jordan Garrett, Stuart Lafferty, Matt O'Leary.

    Sortie salles France: 16 Janvier 2008. U.S: 31 Août 2007

    FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
    2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


    Pur hommage au Vigilante Movie, James Wan ne rĂ©invente rien avec Death Sentence, le film Ă©pousant une structure narrative Ă©culĂ©e avec cet aimable père de famille reconverti en exterminateur depuis la mort tragique de sa famille. Il compte donc sur l'efficacitĂ© des sĂ©quences d'actions remarquablement exĂ©cutĂ©es (Ă  l'instar de cette poursuite filmĂ©e en plan-sĂ©quence en interne d'un parking !) et enchaĂ®nĂ©es sur un rythme sans faille, et sur l'interprĂ©tation poignante de Kevin Bacon, parfaitement charismatique dans celui du cadre sombrant peu Ă  peu dans la folie meurtrière par regain de rancoeur. En savourant cette sĂ©rie B menĂ©e avec savoir-faire, les amateurs du genre se remĂ©moreront avec nostalgie les pĂ©loches d'exploitation qui pullulaient Ă  l'aube des annĂ©es 80, particulièrement Le Droit de Tuer, Vigilante, Un justicier dans la ville 2 et le Justicier de Minuit pour en citer les plus notoires


    Outre son action Ă©chevelĂ©e et son ultra violence jouissive Ă©manant du comportement vindicatif de rivaux incapables de s'amnistier, Death Sentence fait Ă©galement preuve d'une intensitĂ© dramatique poignante lorsqu'un père de famille se retrouve tĂ©moin de la mort de son fils. De brèves sĂ©quences intimistes (la scène de l'hĂ´pital oĂą les parents apprennent le deuil de leur fils aĂ®nĂ©, la sĂ©quence de la douche lorsque Nick se met Ă  fondre en larme, l'Ă©treinte du couple rĂ©unit dans la cave) faisant preuve de pudeur sont aussi mises en exergue pour illustrer la douleur insurmontable de Nick confrontĂ© Ă  la violence aveugle d'une criminalitĂ© urbaine depuis la dĂ©mission d'une juridiction laxiste. On peut d'ailleurs approuver la prĂ©sence bicĂ©phale de Kevin Bacon insufflant Ă  son personnage en berne une sobre dimension humaine, notamment lors de son premier homicide quand il constate avec autant d'effroi que de dĂ©goĂ»t la perversion de sa première pulsion morbide. Le film illustrant avec beaucoup d'efficacitĂ© sa lente descente aux enfers vers l'auto-justice et sa responsabilitĂ© immorale Ă  prĂ´ner la meurtre depuis les consĂ©quences dramatiques du destin de sa famille. Hormis son ossature narrative Ă©prouvĂ©e, James Wan parvient tout de mĂŞme Ă  insĂ©rer quelques sĂ©quences inattendues, Ă  l'instar de la confrontation improvisĂ©e entre Nick et le père de l'assassin (un vendeur illicite d'armes que John Goodman endosse avec une ambiguĂŻtĂ© sociopathe !) alors que ce dernier n'hĂ©sitera pas Ă  lui avouer sa dĂ©mission parentale. Il y a aussi cette posture quasi ironique et dĂ©sespĂ©rĂ©e d'observer Nick et son ennemi assis dans un canapĂ© après leurs Ă©changes de tir, quand bien mĂŞme ce dernier lui fait constater Ă  quel point il est devenu l'ennemi qu'il combattait depuis sa dĂ©liquescence criminelle.


    MenĂ© avec un implacable savoir-faire dans sa mise en scène nerveuse d'une camĂ©ra très mobile, Death Sentence joue la carte du divertissement ultra violent en exploitant nos bas instincts rĂ©actionnaires. Il en Ă©mane un hommage sincère et intelligent pour le genre (le film n'approuvant jamais l'apologie de l'auto-justice) avec l'appui d'un inquiĂ©tant Kevin Bacon dans sa stature fragilisĂ©e d'anti-hĂ©ros pourfendeur. 

    Bruno Matéï
    2èx

    jeudi 6 août 2015

    Le Venin de la Peur / Una Lucertola con la Pelle di Donna / Lizard in a woman's skin / Un lézard à la peau de femme / Carole / Les Salopes vont en Enfer

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site giallociaociao.com

    de Lucio Fulci. 1971. Italie. 1h42. Avec Stanley Baker, Florinda Bolkan, Jean Sorel, Silvia Monti, Alberto de Mendoza.

    Sortie salles France: 18 Août 1976. Italie: 17 Février 1971

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
    1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


    "Ombres sur la soie".
    Giallo atypique dans la carrière de Fulci comme dans l’histoire du genre, Le Venin de la Peur tĂ©lescope psychanalyse sexuelle et enquĂŞte policière, avec un goĂ»t prononcĂ© pour les climats oniriques et diaphanes. TraversĂ© de sĂ©quences baroques Ă  l’esthĂ©tisme stylisĂ©, de visions hallucinĂ©es et de meurtres graphiques audacieux (le meurtre de Julia et l’Ă©viscĂ©ration des chiens hantent les mĂ©moires par leur verdeur crapuleuse !), Fulci tisse une intrigue tortueuse, parfois nĂ©buleuse — les dialogues y ont une importance capitale — centrĂ©e sur les frustrations sexuelles d’une Ă©pouse trompĂ©e.
     
    Carole est hantĂ©e par des cauchemars fantasques dans lesquels elle succombe aux charmes de sa voisine Julia, cĂ©libataire lubrique adepte des sĂ©ances d’Ă©changisme parmi une faune de jeunes hippies. Autant dire que les psychotropes sont aussi de la partie. Ă€ travers ces rĂŞves rĂ©currents aux accents morbides, Carole consulte un psychiatre dans l’espoir d’exorciser sa nĂ©vrose. Mais peu après ces sĂ©ances, Julia est retrouvĂ©e morte, poignardĂ©e avec un coupe-papier. Exactement comme dans les visions que Carole avait confiĂ©es Ă  son thĂ©rapeute…
    L’inspecteur Corvin, chargĂ© de l’enquĂŞte, soupçonne d’abord le mari volage, mais les carnets de rĂŞves de Carole, eux, semblent dessiner une autre vĂ©ritĂ©.

    ExpĂ©rience Ă©rotico-horrifique au pouvoir de fascination indĂ©finissable, Le Venin de la Peur tient aussi du bad trip psychĂ©dĂ©lique, habitĂ© par une galerie de figures troubles — bourgeois arrogants et jeunesse dĂ©viante sous LSD se disputant la scène dans un ballet de duplicitĂ©.
    Fulci, particulièrement inspirĂ©, magnifie les sĂ©quences de rĂŞves en les tirant vers la pure fantasmagorie, nourries par la psychĂ© tourmentĂ©e de son hĂ©roĂŻne. La beautĂ© vĂ©nĂ©neuse des actrices italiennes ajoute une sensualitĂ© latente Ă  cette ambiance de dĂ©viance criminelle. RĂŞve et rĂ©alitĂ© se confondent, se frottent, s’enlacent dans l’esprit d’une femme en quĂŞte de vĂ©ritĂ©, et nous entraĂ®nent dans un labyrinthe mental sans repères, captivant comme une transe.
    Ce qui semblait flirter avec la clairvoyance glisse doucement vers une enquĂŞte classique, que des inspecteurs, sur le qui-vive, tentent de rĂ©soudre alors que Fulci orchestre des sĂ©quences de suspense paranoĂŻaque, oĂą Carole tente d’Ă©chapper Ă  de mystĂ©rieuses menaces.
    La faune secondaire — silhouettes outrancières, postures agressives, regards fuyants — compose une galerie de figures dĂ©lirantes, hostiles, souvent perverses. ÉmaillĂ©e de fausses pistes et de coups de théâtre, l’intrigue distille un suspense fiĂ©vreux, de plus en plus anxiogène, jusqu’Ă  ce que l’Ă©vidence du coupable ne vienne clore cette partition baroque.

    Mais au-delĂ  de la rĂ©vĂ©lation, c’est la forme du puzzle qui fascine. Le souffle baroque, le regard noir sur la nature humaine, et cette dĂ©rive hypnotique qui ne nous lâche plus.


    "Miroirs brisĂ©s sur l’oreiller"
    Pièce maĂ®tresse d’un giallo hĂ©tĂ©rodoxe, Le Venin de la Peur paraĂ®t aujourd’hui encore plus vĂ©nĂ©neux, plus expĂ©rimental, plus cauchemardesque, sublimĂ© par le master Blu-ray supervisĂ© par Le Chat qui Fume. Un spectacle d’une beautĂ© macabre et sensuelle, Ă  couper au rasoir, oĂą l’onirisme fĂ©tide dispute sa place Ă  la stylisation extrĂŞme des visions d’horreur.
    Au-delĂ  de ses choix formels, de la puissance de son Ă©lĂ©gie musicale et de sa narration en trompe-l’Ĺ“il, Fulci s’amuse Ă  caricaturer la psychanalyse de comptoir et le saphisme inavouĂ©… du point de vue d’une femme-lĂ©zard en gestation.

    Remerciement Ă  Philippe Blanc et au Chat qui Fume.

    Bruno 
    01.11.24. Vostfr. 5èx
    06.08.15
    01.10.10 (268)

    mardi 4 août 2015

    LA HAINE. Prix de la mise en scène, Cannes 95.

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site legrandaction.com

    de Mathieu Kassovitz. 1995. France. 1h36. Avec Vincent Cassel, Hubert Koundé, Saïd Taghmaoui, Solo, Sergi Lopez, Choukri Gabteni, Benoït Magimel.

    Sortie salles France: 31 Mai 1995

    FILMOGRAPHIE: Mathieu Kassovitz est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur français, né le 3 Août 1967 à Paris.
    1993: Métisse. 1995: La Haine. 1997: Assassin(s). 2000: Les Rivières Pourpres. 2003: Gothika. 2008: Babylon A.D. 2011: L'Ordre et la Morale.


    Film choc de l'année 95 ovationné à Cannes (Prix de la Mise en scène) puis un an plus tard aux césars (Meilleur Film), La Haine retrace la quotidienneté de trois banlieusards issus de la cité des Muguets à Chanteloup-les-Vignes. Alors qu'un de leur ami, Abdel, est hospitalisé dans un état comateux suite à une bavure policière, Vinz, le plus irascible, souhaite se venger si ce dernier venait à trépasser. Durant leur journée d'errance et de mésaventures, ses amis Hubert et Saïd tentent de le raisonner afin de lui épargner son regain de vengeance. Inspiré par la tragédie de Makomé M'Bowolé assassiné en 1993 par un policier lors d'une garde à vue parisienne, Mathieu Kassovitz met en exergue le conditionnement de jeunes de cités contraints de répéter leurs journées de lassitude dans leur situation précaire où l'ennui s'avère un fardeau toujours plus lourd à porter. Livrés à eux mêmes car n'ayant aucune considération ni attache pour une société discriminatoire et xénophobe, ces derniers s'adonnent aux petites magouilles telles que vols de voiture ou deal de shit avant leurs confrontations musclées avec une police aussi arrogante qu'impassible (voire la manière dont Kassovitz caricature la posture d'une assemblée monolithique de CRS protégeant la devanture vandalisée d'un poste de police).


    Fustigeant médias et journalistes dans leur quête de sensationnalisme, la haute bourgeoisie (la soirée d'exposition de tableaux virant subitement à l'échauffourée raciale) et surtout le zèle méprisant dont l'insigne policier fait parfois preuve dans leur comportement raciste et revanchard (notamment ce jeu d'humiliation et de passage à tabac que vont subir gratuitement Saïd et Hubert durant une garde à vue), La Haine insuffle un sentiment tangible de révolte par le témoignage désoeuvré de notre trio incapable de communiquer avec la classe sociable. La journée qu'ils vont subir durant plus de 24 heures s'avérant une épreuve de force, un parcours du combattant à refréner leur haine ("la haine attire la haine" s'exclamera Hubert !) dans leur situation houleuse avec une police omniprésente et incivile, quand bien même les délinquants les plus violents se laissent gagner par leurs pulsions criminelles (le sort aléatoire réservé au vigile de la boite de nuit !). Le cheminement indécis de leur errance journalière et leur sentiment d'injustice s'avérant toujours plus opprimant avant de connaître la réponse tragique de leur ami Abdel. L'ironie du sort étant de mettre en appui la déliquescence morale du plus intelligent du trio (Hubert) préalablement réfractaire à la violence et à la loi du Talion mais qui, dans une circonstance dramatique improvisée, cédera finalement à une justice expéditive dans sa rancoeur en ébullition. Une volonté habile pour Kassovitz de mettre en alerte la bavure policière, l'irresponsabilité de certains flics épris de zèle, et de nous démontrer que n'importe quel citoyen lambda doué de raison peut un jour basculer dans le crime pour tenir lieu de rébellion.


    Le Monde est Ă  vous.
    EmaillĂ© de situations cocasses parmi la verve insolente de dialogues incisifs, La Haine parvient avec rĂ©alisme documentĂ© Ă  nous immerger et nous familiariser dans la quotidiennetĂ© de ces dĂ©linquants avec l'Ă©nergie en roue libre de comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ©. Outre la prĂ©cision chirurgicale de sa mise en scène alambiquĂ©e et la facture authentique de sa photo monochrome, La Haine tire parti d'une tension endĂ©mique rigoureuse par son contexte de crise sociale en perdition et par l'aigreur accordĂ©e Ă  sa conclusion nihiliste (les bons et les mĂ©chants ayant proscrit leur identitĂ©). 
    Jusqu'ici tout va bien... Jusqu'à la chute de notre société...

    Bruno Matéï
    4èx

    "- ça fait vraiment du bien de chier un coup ! Vous croyez en Dieu ? il faut pas se demander si on croit en Dieu mais si Dieu croit en nous.
    J’avais un ami qui s’appelait Gonvalski, on Ă©tait dĂ©portĂ©s ensemble en SibĂ©rie, quand on va en SibĂ©rie dans les camps de travail, on voyage dans le train Ă  bestiaux qui traverse la steppe glacĂ©e pendant 2 journĂ©es entières sans croiser personne, on se tient chaud ensemble mais le problème c’est qu’il faut se soulager, faut chier, c’est pas possible dans le wagon, le seul moment oĂą l’on s’arrĂŞtait c’Ă©tait pour mettre de l’eau dans la locomotive mais Gonvalski Ă©tait très prude mĂŞme quand nous devions nous laver ensemble il Ă©tait très gĂŞnĂ©. Et moi je me moquais souvent de lui Ă  cause de ça. Donc le train s’arrĂŞte et tout le monde en profite pour aller chier en dehors du wagon et moi j’ai tellement embĂŞtĂ© Gonvalski avec ça, il prĂ©fĂ©rait aller un peu plus loin. Donc le train repart et tout le monde saute dedans car le train il n’attend pas.
    Le problème c’est que Gonvalski s’Ă©tait Ă©loignĂ© derrière un buisson il n’avait pas fini de chier, donc je le vois il sort de derrière un buisson en tenant son pantalon dans sa main pour ne pas qu’il tombe, il essayait d’attraper le train. Je lui tends la main mais chaque fois quand il me tend la sienne il lâche son pantalon qui tombe sur ses chevilles. Il remonte son pantalon, il reprend sa course. Et chaque fois son pantalon il tombe quand il me tend la main.
    - Et alors après qu’est-ce qui s’est passĂ© ?
    - Rien, Gonvalski est mort de froid."



    Récompenses:
    / Prix de la Mise en scène, Cannes 95
    / CĂ©sar du Meilleur Film, Meilleur Producteur (Christophe Rossignon), Meilleur Montage (Mathieu     Kassovitz/Scott Stevenson.
    / Prix Lumières du Meilleur Film, 1996

    lundi 3 août 2015

    Esther / Orphan

                                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Jaume Collet-Sera. 2009. France/Allemagne/Canada.U.S.A. 2h03. Avec Vera Farmiga, Peter Sarsgaard, Isabelle Fuhrman, Jimmy Bennett, CCH Pounder, Margo Martindale, Karel Roden, Aryana Engineer.

    Sortie salles France: 30 Décembre 2009

    FILMOGRAPHIE: Jaume Collet-Serra est un réalisateur catalan, né le 23 Mars 1974 à Barcelone.
    2005: La Maison de Cire. 2007: Goal 2: La Consécration. 2009: Esther. 2011: Sans Identité. 2014: Non-Stop. 2015: Run all Night.


    Prenant pour thème l'enfant meurtrier, Esther mise sur le divertissement calibrĂ© Ă  partir d'un scĂ©nario charpentĂ© faisant preuve de montĂ©e en puissance du suspense et de violence rigoureuse Ă©tonnamment jusqu'au-boutiste pour une production PG-13. 

    SynopsisAprès la perte de leur 3è enfant, un jeune couple dĂ©cide d'adopter une orpheline native de Russie, Esther. Rapidement, de nombreux incidents intentent Ă  la tranquillitĂ© de la famille Coleman, quand bien mĂŞme la mère commence Ă  porter des suspicions sur la petite Ă©trangère. 

    "Plus rĂ©ussi est le mĂ©chant, plus rĂ©ussi sera le film", dixit Alfred Hitchcock, et on peut dire que chez Esther nous tenons lĂ  un fameux spĂ©cimen de psychopathe en jupe courte. Impassible, insidieuse et glaçante d'austĂ©ritĂ©, Isabelle Fuhrman porte le film sur ses Ă©paules du haut de ses 12 ans tant elle impressionne Ă  provoquer l'Ă©moi lors de ses stratĂ©gies dĂ©lĂ©tères, l'Ă©bauche de ses exactions s'avĂ©rant toujours plus couillue et ambitieuse. Nanti d'un regard noir d'une intensitĂ© dĂ©rangeante; cruelle et impitoyable lorsqu'elle s'adonne aux meurtres, l'actrice provoque d'autant plus la gĂŞne dans sa condition infantile immorale (notamment son jeu de sĂ©duction incestueux entretenu avec le père) dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  influencer les rejetons de sa nouvelle famille pour mieux parfaire son dessein.


    De par l'efficacitĂ© du scĂ©nario, le savoir-faire de sa rĂ©alisation maĂ®trisĂ©e et le jeu spontanĂ© des comĂ©diens, Esther parvient Ă  captiver, notamment parmi l'habiletĂ© Ă  laquelle fait preuve Jaume Collet-Sera d'y prĂ´ner les ressorts psychologiques d'une famille en perdition. L'ambition majeure d'Esther Ă©tant d'inciter l'entourage familial Ă  Ă©carter la mère afin de mieux influencer le père dans une relation d'ordre affective (pour ne pas dire sentimentale !). Ce qui donne lieu Ă  des affrontements psychologiques plutĂ´t intenses lorsque Kate Coleman tente de prouver Ă  sa thĂ©rapeute et surtout Ă  son Ă©poux qu'Esther est devenue une menace lĂ©tale auprès de sa famille. Bien entendu, du fait du passĂ© alcoolique de cette dernière ayant failli causĂ© la mort de sa fille, et Ă  cause de sa maternitĂ© infĂ©conde la plongeant dans un dĂ©sĂ©quilibre moral, John Coleman tend Ă  protĂ©ger Esther malgrĂ© des Ă©pisodes accidentels toujours plus alarmants. Outre la tension psychologique qui Ă©mane de leurs rapports discordants, l'intrigue met Ă©galement en appui des rebondissements incisifs autour de l'identitĂ© d'Esther tout en insufflant un suspense exponentiel quant Ă  la survie de la famille. LĂ  encore le cinĂ©aste fait preuve d'audace Ă  mettre en pratique une violence graphique perpĂ©trĂ©e par une fillette dĂ©saxĂ©e auquel les sentiments de haine, de rancoeur et de jalousie atteindront leur apogĂ©e lors du point d'orgue tragico-explosif.


    Etonnamment violent et cruel (notamment parmi le tĂ©moignage infantile involontairement complice), Esther s'impose en exercice de style tendu (jouer avec nos nerfs avec une efficacitĂ© retorse) pour y vanter une sĂ©rie B horrifique fertile en rebondissements et pĂ©ripĂ©ties criminelles. Avec la plus-value Vera Farmiga exprimant un jeu viscĂ©ral de pugnacitĂ© rĂ©voltĂ©e et aparmi l'icone dĂ©moniale  Isabelle Fuhrman, leur inimitiĂ© de longue haleine constitue l'attraction Ă©motionnelle d'un jeu d'autoritĂ© irrĂ©ductible. Excellent divertissement (Ă©tonnamment) rosse donc Ă  la photo d'autant plus chiadĂ©e auprès d'une luminositĂ© sĂ©pia nuancĂ©e. 

    *Bruno
    16.12.24. 3èx. Vost  

    vendredi 31 juillet 2015

    JURASSIC PARK

                                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buzzfeed.com

    de Steven Spielberg. 1993. U.S.A. 2h07. Avec Sam Neil, Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough, Bob Peck, Martin Ferrero, Joseph Mazzello, Ariana Richards, Samuel L. Jackson.

    Sortie salles France: 20 Octobre 1993. U.S: 11 Juin 1993

    FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la LĂ©gion d'honneur est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif, producteur dĂ©lĂ©guĂ© et crĂ©ateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 dĂ©cembre 1946 Ă  Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è Ă©pisode),1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad,1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, ArrĂŞte-moi si tu peux, 2004:Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal,2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions.


    Succès planĂ©taire lors de sa sortie, Jurassic Park est le fruit de l'association de l'Ă©crivain Michael Crichton avec le maĂ®tre du divertissement Steven Spielberg mettant en scène pour la première fois Ă  l'Ă©cran des dinosaures par Animatronique et images de synthèse. RĂ©volutionnaires pour l'Ă©poque, le film doit essentiellement de sa notoriĂ©tĂ© grâce aux effets numĂ©riques ahurissants de rĂ©alisme afin de faire revenir Ă  la vie nos monstres de la prĂ©histoire tels que les Diplodocus, les VĂ©lociraptors, les Dilophosaures et surtout un Tyrannosaure du plus bel effet rugissant ! C'est d'ailleurs par le biais de ce T-Rex monstrueux qu'une sĂ©quence-clef culmine son impact catastrophiste lors d'une altercation avec deux enfants rĂ©fugiĂ©s en interne d'une voiture. Un moment claustro d'une intensitĂ© dramatique Ă©pique, Spielberg filmant cette bravoure avec la virtuositĂ© d'un montage consciencieux, notamment pour la poursuite Ă  perdre haleine que les victimes molestĂ©es doivent parcourir ensuite Ă  travers bois.


    Misant tout son potentiel visuel dans le sens du spectacle homérique et merveilleux (la première apparition du Diplodocus déambulant en toute quiétude sur une plaine insuffle un souffle féerique !), Spielberg parvient à nous immerger dans le contexte improbable d'une résurrection préhistorique par le biais d'un scénario cohérent. Une trame scientifique traitant du clonage et des manipulations génétiques à partir de l'Adn d'un moustique fossilisé contenant du sang de dinosaure et avec celui d'une grenouille engendrant la procréation de monstres uniquement femelles (une manière sereine d'éviter leur surpopulation et l'éventuel chaos). Au passage, il n'oublie pas de mettre en garde le caractère irresponsable de scientifiques utopistes violant les lois de la nature au profit de leur fantasme et leur cupidité, quand bien même la société de consommation est prête à exploiter sans vergogne les loisirs à sensations au mépris de la sécurité des touristes. Un milliardaire, apprenti sorcier, décide donc avec l'appui de son équipe scientifique de créer un gigantesque parc animalier prochainement réceptionné pour le public. Alors que deux paléontologues, deux enfants, un avocat et un mathématicien sont invités à scruter les lieux, ils finissent par s'y retrouver piégés sous une nuit pluvieuse. Epreuve de survie, c'est donc une partie de cache-cache que nos héros vont défier parmi les provocations bellicistes des dinosaures planqués derrière les bosquets et avant qu'ils n'investissent les lieux sécurisés de l'entreprise. Mené avec un savoir-faire imperturbable, Jurassic Park parvient à distraire efficacement malgré sa linéarité sans surprises (rejoindre un siège social pour se protéger de la menace préhistorique). Pour cela, il compte sur les courses-poursuites affolantes des protagonistes départagés en deux clans, et sur l'exploitation des décors naturels et du huis-clos qu'ils ratissent prudemment afin de déjouer les affronts des insidieux Raptors et du géant T-Rex.


    Spectaculaire avec une juste mesure, haletant et parfois très impressionnant (la première attaque du T-Rex restera dans toutes les mĂ©moires !), Jurassic Park parvient assez efficacement Ă  Ă©merveiller son public pris Ă  parti entre l'effroi du mode catastrophe et la fĂ©erie contemplative des monstres de leur enfance. Un fantasme inespĂ©rĂ© que Steven Spielberg est parvenu Ă  cristalliser par le biais d'un scĂ©nario (Ă©trangement) cohĂ©rent et par l'appui hĂ©roĂŻque de personnages humainement attachants. 

    Bruno Matéï
    3èx

    jeudi 30 juillet 2015

    Wolfman

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmofilia.com

    de Joe Johnston. Director's cut. 2010. U.S.A/Angleterre. 1h58. Avec Benicio Del Toro, Emily Blunt, Anthony Hopkins, Hugo Weaving, Geraldine Chaplin, Art Malik, Kiran Shah, Elizabeth Croft, Sam Hazeldine, David Sterne.

    Sortie salles France: 10 Février 2010. U.S: 12 Février 2010

    FILMOGRAPHIE: Joseph Eggleston "Joe" Johnston est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 13 mai 1950 Ă  Fort Worth, Texas. 1989: ChĂ©rie, j'ai rĂ©trĂ©ci les gosses. 1991: Les Aventures de Rocketeer. 1994: Richard au pays des livres magiques. 1995: Jumanji. 1999: Ciel d'Octobre. 2001: Jurassic Park 3. 2004: Hidalgo. 2010: Wolfman. 2011: Captain America: First Avenger. 2013: Not safe for work.

     
    "Dans l’ombre du père, la bĂŞte"
    Échec commercial injustifiĂ© lors de sa sortie, alors qu’il adopte une ambition aussi formelle que psychologique, Wolfman remet au goĂ»t du jour le mythe lycanthrope en rendant un hommage humble et fervent aux monstres sacrĂ©s de la Universal et Ă  l’Ă©lĂ©gance gothique de la Hammer

    1891. Après la mort de son frère, un comĂ©dien de théâtre revient sur les terres de son enfance pour retrouver un père reclus dans l’austĂ©ritĂ© d’un manoir brumeux. Tandis que les villageois tombent, dĂ©chiquetĂ©s par une bĂŞte sauvage, Lawrence Talbot ignore encore qu’il va exhumer un terrible secret familial.

    Nanti de dĂ©cors gothiques Ă  couper le souffle et d’une photo crĂ©pusculaire, baignĂ©e d’onirisme, Wolfman dĂ©poussière l’Ă©pouvante sĂ©culaire par un mĂ©lange d’effusions gore cinglantes et d’action homĂ©rique. Un dosage habile que Joe Johnston exploite avec intelligence, Ă  travers une narration charpentĂ©e laissant libre cours aux tourments de personnages infortunĂ©s avant que ne gronde l’inĂ©luctable. Le rĂ©alisateur s’attarde sur la discorde d’une famille brisĂ©e, tendue autour d’un face-Ă -face amer entre un père vĂ©reux et un fils candide, malgrĂ© lui impliquĂ© dans une malĂ©diction atroce l’incitant Ă  faire justice par instinct de vengeance.

    Pour incarner ces tensions parentales Ă  la colère contenue, on peut compter sur deux acteurs au charisme viril et ombrageux. Benicio Del Toro, fĂ©lin, habite un fils tourmentĂ©, partagĂ© entre sa malĂ©diction et la rage d’avoir dĂ©couvert l’auteur des morts de sa mère et de son frère. InternĂ©, expĂ©rimentĂ© dans un asile, il devra aussi affronter l’intolĂ©rance d’un peuple avide de lynchage. En patriarche bourru et solitaire, Anthony Hopkins jubile Ă  distiller ambigĂĽitĂ©, orgueil cruel et jouissance trouble, se gaussant du destin de sa progĂ©niture. Au cĹ“ur de cette guerre larvĂ©e, une romance affleure par le biais de Gwen, la fiancĂ©e dĂ©funte de Ben, incarnĂ©e avec pudeur et fragilitĂ© par Emily Blunt. Elle s’abandonne aux bras du frère survivant, et incarne bientĂ´t l’ultime espoir de rĂ©demption pour le loup.

    Fascinant Ă  plus d’un titre, notamment par la photogĂ©nie foudroyante de son esthĂ©tisme, Wolfman transcende ses scènes d’action et de transformation grâce Ă  des effets spĂ©ciaux souvent bluffants - si l’on excepte quelques CGI disgracieux. Les diverses mĂ©tamorphoses, rugueuses, bestiales, rĂ©sonnent avec la fureur lycanthrope dĂ©jĂ  sublimĂ©e par Neil Jordan dans le magnifique conte mĂ©taphysique La Compagnie des Loups.


    Spectacle onirico-gothique d’une beautĂ© suffocante, Wolfman renoue avec la flamboyance du cinĂ©ma d’Ă©pouvante vintage avec une vigueur et une inspiration qui forcent le respect. MenĂ© tambour battant Ă  travers une cavalcade de pĂ©ripĂ©ties sanglantes et bondissantes - dont une course-poursuite haletante sur les toits - et portĂ© par le duo magnĂ©tique Del Toro / Hopkins, cette relecture fiĂ©vreuse mĂ©rite, Ă  son tour, de s’Ă©riger en classique (moderne) du genre. 

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

    2èx
    30.07.15
    12.03.11 (89)

      mercredi 29 juillet 2015

      L'IMPASSE

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

      "Carlito's Way" de Brian De Palma. 1993. U.S.A. 2h24. Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn, Viggo Mortensen.

      Sortie salles France: 23 Mars 1994. U.S: 17 Novembre 1993

      FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
      1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


      "Vivre toute une vie sans croiser la route d'un ange, tu vois, c'est bien pire que d'être là, dévoré par le froid..."

      10 ans après Scarface, Brian De Palma renoue sa collaboration avec Al Pacino pour dresser le portrait désenchanté d'un gangster latino en quête de rédemption. Prenant donc le contre-pied du personnage vénal de Tony Montana, l'Impasse transcende avec une virtuosité fulgurante le profil mélancolique d'un ancien caïd de la drogue délibéré à se racheter une conduite après avoir purgé 5 ans de prison. Acquitté grâce à la complicité véreuse de son avocat (Sean Penn, quasi méconnaissable !) alors qu'il devait purger 30 ans, Charlie Brigante retrouve ses anciens comparses de la pègre avant de renouer contact avec son ancienne compagne, Gail. Mais dans un concours de circonstances infortunées et par le compromis de son avocat à qui il devait une faveur, il se retrouve impliqué dans la complicité meurtrière d'un baron de la drogue.


      Par le biais d'une intrigue charpentĂ©e multipliant sans esbroufe les rebondissements d'anthologie, mĂ©lodrame et film de gangsters s'entrecroisent avec une maestria technique Ă  couper le souffle, Ă  l'instar de la fidèle reconstitution Ă©tablie au paysage New-yorkais des Seventies. Tant auprès d'un point de vue romantique lorsque Charlie Brigante observe lointainement sous la pluie sa compagne Ă  interprĂ©ter une leçon de danse, que lors de circonstances sanglantes, telle la fusillade confinĂ©e dans la salle de billard ou de l'haletante poursuite perpĂ©trĂ©e dans le mĂ©tro, l'Impasse donne le vertige parmi l'appui d'un Al Pacino pĂ©tri d'humanisme car inscrit dans le dĂ©sespoir et la dĂ©veine. S'identifiant Ă  son nouveau profil empathique, nous nous impliquons dans ses vicissitudes avec la peur au ventre sachant que le prologue nous avait dĂ©jĂ  devancĂ© l'issue fatale de sa destinĂ©e. Portrait fragile d'un ancien gangster incapable de fuir ses dĂ©mons depuis son passĂ© de corruption et de criminalitĂ©, Charlie Brigante nous commente avec dĂ©sillusion que l'amitiĂ© et le code d'honneur dans les milieux mafieux ne sont plus d'actualitĂ© au sein des annĂ©es 70, faute d'une nouvelle gĂ©nĂ©ration cuistre avide d'une libertĂ© sans dĂ©ontologie. Discours sur la loi du plus fort et celle du Talion, sur l'anachronisme d'un homme dĂ©passĂ© par le modernisme d'une Ă©poque qu'il ne comprends plus, tĂ©moignage sur la maturitĂ© de la vieillesse en voie de sagesse, l'Impasse s'Ă©difie en poème mortuaire lorsqu'il s'agit de mettre en exergue le dĂ©clin d'un ancien magnat coupable de son inhabituel laxisme et de sa confiance empotĂ©e envers ses sbires.


      D'une intensitĂ© dramatique aussi Ă©pique que bouleversante (le final inconsolable s'avĂ©rant l'une des plus belles morts du cinĂ©ma !) et d'un suspense exponentiel Ă  couper au rasoir lors de son cheminement dĂ©lĂ©tère, l'Impasse offre (une ultime fois) ses lettres de noblesse au film de gansgters latinos parmi des trognes burinĂ©es plus vraies que nature et parmi l'icone du couple passionnel. Al Pacino / Penelope Ann Miller (magnifique portrait de femme aussi vertueuse qu'avisĂ©e !) formant le duo d'amants dĂ©chirĂ©s entre la grâce de leur tendresse et l'espoir sentencieux. SublimĂ© par le score sensible de Patrick Doyle, ce chef-d'oeuvre de tragĂ©die criminelle rĂ©invente le langage du cinĂ©ma avec une virtuositĂ© incandescente.  

      Bruno Matéï
      3èx

      mardi 28 juillet 2015

      PASSION

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site meetinthelobby.com

      de Brian De Palma. 2012. France/Allemagne. 1h40. Avec Rachel McAdams, Noomie Rapace, Karoline Herfurth, Paul Anderson, Max Urlacher.

      Sortie salles France: 13 Février 2013.

      FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
      1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


      DĂ©criĂ© par la critique, Passion renoue avec les thrillers des annĂ©es 80 que Brian De Palma avait su parfaire avec le talent Hitchockien qu'on lui connait. En abordant ses thèmes fĂ©tiches impartis au double, au mensonge, Ă  la jalousie, la trahison, la vengeance et la sexualitĂ© (passionnelle), le cinĂ©aste construit une intrigue machiavĂ©lique autour d'une rivalitĂ© fĂ©minine se disputant la concurrence dans une agence de pub. Provocateur dans son habiletĂ© d'exploiter sexe et violence avec une efficacitĂ© studieuse, De Palma cultive un jeu de perversion et d'humiliation entre la directrice de l'Ă©tablissement Christine et son adjointe Isabelle depuis que cette dernière partage en secret une infidĂ©litĂ© avec son amant. Pour pimenter l'intrigue, une autre employĂ©e, Dani, se porte tĂ©moin de leur pugilat avant de divulguer ses sentiments pour Isabelle, quand bien mĂŞme l'amant des deux rivales est impliquĂ© dans une malversation que Christine est sur le point de faire chanter. Autour de ce quatuor d'employĂ©s cupides mais manoeuvrĂ©s, un meurtre va ĂŞtre perpĂ©trĂ© et cumuler les preuves contre Isabelle bien que cette dernière s'efforce de prouver Ă  la police qu'elle se trouvait Ă  la session d'un ballet au moment du crime. 


      Avec une maĂ®trise technique que l'on avait pas connu depuis la première partie de Snake Eyes, Brian De Palma parvient Ă  renouveler la vigueur incisive d'un suspense Hitchcockien grâce Ă  l'ossature d'un script oĂą le faux semblant reste le pilier du cheminement dramatique en perdition. Le premier acte s'avère consciencieux pour mettre en exergue la prĂ©sentation des personnages tours Ă  tours suspicieux, manipulateurs, victimes et vice-versa au sein de leur multinationale. Dans leur travers mĂ©galo avide de notoriĂ©tĂ© on peut d'ailleurs y dĂ©celer une satire sur l'arrivisme au sein du merchandising de la pub par le biais de Christine et de son amant vĂ©nal Dirk, puis Ă  Ă©chelle plus modeste chez Isabelle, collaboratrice en ascension toujours plus vantĂ©e par ses patrons et donc attisant la jalousie de sa dirigeante. Outre une direction d'acteurs hors-pair, Rachel McAdams et Noomi Rapace se disputent la vedette avec charme et fourberie vĂ©nĂ©neux dans leur discorde professionnelle axĂ©e sur la provocation, l'intimidation et la vengeance. La seconde partie, plus haletante et pĂ©rilleuse, multiplie rebondissements et subterfuges avec la virtuositĂ© habituelle de De Palma, notamment dans la structure gĂ©omĂ©trique des cadrages alambiquĂ©s et d'une photo pastel pleine de contrastes. Si le caractère prĂ©visible du potentiel coupable peut rapidement ĂŞtre Ă©ventĂ©, la manière captivante dont De Palma continue de narrer son histoire et le sens du dĂ©tail allouĂ© Ă  la machination continue de nous surprendre, Spoil ! notamment parmi l'intrusion capitale d'un tĂ©moin oculaire ! Fin du Spoil. Qui plus est, la conclusion Ă©quivoque offre la possibilitĂ© d'Ă©mettre plusieurs hypothèses sur la pathologie du coupable (rĂŞve et rĂ©alitĂ© se confondent parfois dans son esprit chargĂ© de remords), sur l'Ă©ventuel intrusion d'un nouveau suspect et le caractère vindicatif d'un acte morbide laissĂ© en suspens. 


      DominĂ© par le tempĂ©rament insidieux de deux actrices usant de charme et sagacitĂ© avec ferveur, rĂ©alisĂ© avec brio et esthĂ©tiquement travaillĂ© dans son panel de couleur limpides et de cadrages obliques, Passion surprend agrĂ©ablement pour la rĂ©surrection du maĂ®tre du suspense vĂ©ritablement inspirĂ© Ă  traiter un thriller Ă©rotique oĂą le simulacre est roi au sein d'une agence de pub fallacieuse ! 

      Bruno Matéï

      lundi 27 juillet 2015

      Spring

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site desdeabajo.net

      de Justin Benson et Aaron Moorhead. 2014. U.S.A. 1h49. Avec Lou Taylor, Nadia Hilker, Vanessa Bednar, Shane Brady, Francesco Carnelutti.

      Sortie salles U.S.A: 20 Mars 2015

      FILMOGRAPHIE: Justin Benson est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Juin 1983 Ă  San Diego, Californie, U.S.A. 2012: Resolution. 2014: V/H/S: viral -segmetn Bonestorm). 2014: SpringAaron Moorhead est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, producteur amĂ©ricain. 2010: A Glaring Emission. 2012: Resolution. 2014: V/H/S: viral -segmetn Bonestorm). 2014: Spring


       Avertissement !
      Je vous recommande de passer outre la promo de son trailer avant de découvrir le film.

      RĂ©vĂ©lĂ©s par leur premier essai, l’Ă©tonnant Resolution, les compères Justin Benson et Aaron Moorhead continuent de surprendre avec Spring, une love story aussi inattendue qu’hors normes dans l’itinĂ©raire d’un jeune homme venu s’exiler en Italie après la mort de ses parents. LĂ -bas, au dĂ©tour des ruelles et des paysages azurĂ©ens, il croise la route d’une envoĂ»tante inconnue qu’il parvient Ă  courtiser malgrĂ© l’autoritĂ© de son tempĂ©rament et ses mystĂ©rieuses disparitions. Au fil de leur relation, Evan comprend qu’elle dissimule un secret... monstrueux.


      TournĂ© dans de magnifiques lieux touristiques d’Italie, Spring est une invitation Ă  l’escapade et Ă  l’amour, Ă  travers l’errance d’un homme dĂ©cidĂ© Ă  fuir le deuil pour rĂŞver d’un avenir plus doux. En mariant la romance au film de monstres, Benson et Moorhead dĂ©jouent les attentes et Ă©tonnent par cette leçon de tolĂ©rance sur le droit Ă  la diffĂ©rence. Un conte empreint d’onirisme, sublimĂ© par les dĂ©cors crĂ©pusculaires ou baignĂ©s de soleil, que les deux âmes errantes traversent dans une fragile harmonie. Derrière ses thèmes a priori Ă©culĂ©s - la passion, la peur de l’Ă©chec, le vertige de l’engagement - Spring renouvelle l’Ă©motion grâce Ă  la sincĂ©ritĂ© d’une mise en scène minutieuse, soucieuse de nourrir une ambiance presque irrĂ©elle, bercĂ©e par les battements feutrĂ©s du cĹ“ur amoureux.

      Sans pathos ni complaisance, l’intrigue se dĂ©ploie dans une simplicitĂ© maĂ®trisĂ©e, prĂ©fĂ©rant la maturitĂ© Ă©motionnelle Ă  la facilitĂ© des bons sentiments. L’attachement que l’on Ă©prouve pour ce couple Ă©corchĂ© est renforcĂ© par le rĂ©alisme de leur trajectoire, que les rĂ©alisateurs transcendent en contournant les conventions de la romance hollywoodienne. Grâce au naturel dĂ©sarmant des comĂ©diens et Ă  leur complicitĂ© palpable, Spring envoĂ»te, plongeant le spectateur dans une malĂ©diction oĂą le danger guette sans jamais rompre la fascination. La rĂ©alisation, fidèle Ă  l'esprit du cinĂ©ma indĂ©pendant, dĂ©ploie une intelligence rare, d’autant que les effets spĂ©ciaux, discrets mais impressionnants, magnifient les mĂ©tamorphoses organiques avec un sens du dĂ©tail troublant.

      Hymne Ă  l’amour et Ă  la rencontre imprĂ©visible, Spring exprime sa magie avec une libertĂ© de ton presque documentaire.


      "Mutation sentimentale au soleil d’Italie".
      Onirique, Ă©trange, mĂ©taphysique, sensuel et, au final, bouleversant - Ă  l’image du score hypnotique de Jimmy LaValle et Sigur RĂłs - Spring sĂ©duit les sens par l’abandon de ses comĂ©diens et la dĂ©licatesse de ses cinĂ©astes. Une oeuvre magnifique au charme Ă  la fois naturel et dĂ©pouillĂ©, oĂą la puretĂ© des sentiments ne sombre jamais dans la niaiserie, mais se confronte Ă  l’horreur organique d’un mythe ancestral.

      *Bruno 
      07.07.25. Vost

      vendredi 24 juillet 2015

      The loved ones. Prix du Jury, Prix SyFy, Gérardmer 2011

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site seriebox.com

      de Sean Byrne. 2009. Australie. 1h24. Avec Xavier Samuel, Jessica McNamee, Robin McLeavy, Victoria Thaine, Richard Wilson, John Brumpton, Fred Whitlock, Eden Porter...

      Sortie salles France: 12 Juin 2010. Australie: 4 Novembre 2010

      FILMOGRAPHIESean Byrne est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien. Après avoir entamĂ© quelques courts-mĂ©trages remarquĂ©s et un documentaire (The Secret) en 2006, il dirige sa première rĂ©alisation trois ans plus tard avec The Loved Ones.

       
      "Monomanie rose bonbon." 

      CouronnĂ© de deux prix Ă  GĂ©rardmer, The Loved Ones frappe fort et juste pour une première rĂ©alisation signĂ©e Sean Byrne (The Devil's Candy, Dangerous Animals). Mis en scène avec caractère et inventivitĂ©, le film dĂ©tourne les codes du genre pour offrir un divertissement Ă  la fois singulier, Ă©prouvant, cruel, hyper tendu. Coup de maĂ®tre, il fusionne teen movie, drame social, comĂ©die romantique et tortur’porn avec une audace et une efficacitĂ© rares.

      PortĂ© par un humour noir acerbe, Sean Byrne exploite la torture sans jamais sombrer dans le racolage : dans cette grotesque surprise-partie, la victime humiliĂ©e joue le rĂ´le du bouffon dans une vendetta fĂ©ministe assoiffĂ©e de vengeance, avant d’ĂŞtre rĂ©duite Ă  un animal muet, bientĂ´t conditionnĂ© au cannibalisme. Ces sadiques manĹ“uvres visent moins la douleur que la destruction, l’invaliditĂ©, l’esclavage.

      L’intrigue, simple - une jeune fille dĂ©laissĂ©e kidnappe son nouvel amoureux après un refus romantique au bal - pourrait sembler Ă©culĂ©e, mais la manière originale dont Byrne orchestre la sĂ©questration captive, entraĂ®nant le spectateur dans une descente aux enfers dĂ©lirante, insolente et traumatique. Ă€ coups d’idĂ©es saugrenues et d’une scĂ©nographie rose bonbon dans une maison familiale, The Loved Ones met les nerfs Ă  rude Ă©preuve en mettant en scène les caprices d’une psychopathe oĂą amour, haine, rancune et folie s’entrelacent pour crĂ©er une farce macabre d’un romantisme vitriolĂ©.

      En parallèle, Byrne s’attarde sur un jeune couple en Ă©moi, troublĂ© par la disparition inexpliquĂ©e du frère de la fille. Excentrique par son gothisme, le cinĂ©aste dĂ©peint avec sensibilitĂ© le mal-ĂŞtre adolescent - l’Ă©veil sexuel mĂŞlĂ© Ă  la mort, la peur du trĂ©pas et la volontĂ© farouche de le dĂ©fier. Le hĂ©ros maltraitĂ© oscille sur le fil du rasoir, prisonnier impuissant depuis sa tentative d’Ă©vasion, mais rĂ©solu Ă  affronter ses bourreaux avec une rage contenue.

      Un prologue inquiĂ©tant le place d'ailleurs face Ă  un souvenir macabre. DĂ©rangeant et malsain, The Loved Ones instille malaise et terreur dans ses rebondissements haletants et ses scènes d’impuissance - comment oublier la lobotomie Ă  la perceuse ?

      Avec un cadre baroque, entre fĂ©erie et nature sauvage, et une atmosphère subtilement inquiĂ©tante, Sean Byrne nous Ă©branle, provoquant l’empathie envers une victime dĂ©munie et la rĂ©pulsion face Ă  une dominatrice rongĂ©e par la perversitĂ©.


      Horrifique crescendo, sardonique, cynique, macabre Ă  souhait grâce Ă  son humour sulfurique, The Loved Ones renouvelle le tortur’porn et le teen movie avec un art consommĂ©. Bal de l’horreur oĂą Carrie aurait survĂ©cu pour devenir une misandre vicieuse, le film est mĂ©chamment sournois, attentif Ă  ses personnages, avant l’explosion d’Ă©motions rancunières flirtant avec la dĂ©mence. On peut aujourd'hui parler de rĂ©fĂ©rence du genre et c'est Ă  (re)dĂ©couvrir d’urgence.


      — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
      3èx 19.01.26. Vostf

      Récompenses:
      Prix du public de la catĂ©gorie horreur au dernier Festival de Toronto en 2009.
      Prix Syfy et Prix du Public,  GĂ©rardmer 2011.

      24/07/2015
      06/12/2010 (77 vues)