lundi 1 mai 2017

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site uniqueman.over-blog.org

de Pierre B. Reinhard. 1987. France. 1h16. Avec Véronique Catanzaro, Kathryn Charly, Sylvie Novak, Anthea Wyler, Laurence Mercier, Patrick Guillemin.

Sortie salles France: 16 Septembre 1987.

FILMOGRAPHIE: Pierre B. Reinhard est un rĂ©alisateur français nĂ© en 1951. 2003: France nymphos (TV Movie). 1998 French Lolita.  1994 Baise Ă  Budapest (Video). 1993 Le grand guignol. 1989 Initiation d'une jeune marquise. 1988 Le diable rose.  1987 La revanche des mortes vivantes. 1987 Le nain assoiffĂ© de perversitĂ©. 1986 L'Ă©tĂ© les petites culottes s'envolent. 1986 Dressage. 1986 Adolescentes pour satyres. 1985 Outrages transsexuels des petites filles violĂ©es et sodomisĂ©es. 1985 La perverse châtelaine dans l'Ă©curie du sexe. 1984 De la pĂ©nĂ©tration par tous les trous. 1984 Extases anales. 1984 Bien au fond du petit trou. 1984 Les besoins de la chair. 1983 La voisine est Ă  dĂ©puceler. 1983 La grande giclĂ©e. 1983 Le bal du viol. 1983 Laisse tomber ta culotte. 1983 Femmes par derrière. 1982 Le pensionnat des petites salopes. 1982 Caresseuses expertes. 1982 DĂ©lices d'un sexe chaud et profond. 1982 Les caprices d'une souris. 1981 Tracking. 1981 Baisez les otages. 1981 Trois Bavaroises Ă  Paris. 1980 Maison de plaisir. 1980 Paradise. 1979 Refais-le moi encore. 1979: Orgasmes.  1978 PĂ©nĂ©trations multiples. 1978 Baisez-moi. 1977 Entrecuisses.


SĂ©rie Z franchouillarde rĂ©alisĂ©e par un habituĂ© de films pornographiques, La Revanche des mortes-vivantes est une aberration filmique Ă  faire passer le Lac des Morts-vivants pour un chef-d'oeuvre. A partir d'une intrigue aussi ridicule qu'incohĂ©rente (après leur dĂ©cès, 3 mortes-vivantes se vengent des responsables industriels de leur mort), Pierre B. Reinhard pastiche (involontairement) le genre avec une maladresse digne d'une production X. Tant pour l'amateurisme des comĂ©diens aussi inexpressifs que patauds, pour son montage Ă  la fois elliptique et foutraque, pour son leitmotiv musical rĂ©barbatif que pour son ambiance horrifique proprement grotesque dans ses vaines tentatives de provoquer l'apprĂ©hension.


A l'instar des déambulations tantôt apathiques, tantôt furtives de nos trois mortes-vivants grimées d'un masque mortifère alors que leur simple appareil ne nous signale aucune trace de putréfaction ! On peut d'ailleurs prétendre par tant d'incohérences, de bêtises et de non-sens que le réalisateur serait éventuellement réfractaire au genre horrifique pour s'en railler de manière tacite. Pur produit des années 80 surfant sur la mode des films gores générés par nos voisins transalpins, Pierre Reinhard se contente donc de filmer cette plate vengeance d'outre-tombe parmi l'exploitation d'un érotisme trivial (filmé à l'instar d'une production X) et d'un gore malsain typiquement latin. Sur ce dernier point, on peut tout de même s'amuser de l'aspect répulsif de trois séquences sanglantes assez viscérales que Benoit Lestang a su assez adroitement façonner. Au détour de cette imagerie complaisante émerge d'ailleurs un moment zinzin d'une originalité incongrue, à savoir le viol collectif d'une jeune secrétaire que nos 3 zombies dévergondées perpétuent sans gêne. Une séquence nécrophile aussi ridicule que génialement débridée culminant avec une exaction sexuelle audacieusement crapuleuse ! Sans nul doute la meilleure séquence du film par son effet de surprise effronté !


D'une nullitĂ© affligeante difficilement surpassable (mĂŞme si "la rĂ©vĂ©lation" incluse dans les Bonus du Dvd Neo fait preuve d'un peu plus de cohĂ©rence quant Ă  la dĂ©froque grotesque des mortes-vivantes !), la Revanche des Mortes-vivantes provoque tout de mĂŞme en intermittence l'amusement par son amateurisme ringard digne d'une production Magma (l'Ă©curie du X spĂ©cialisĂ©e dans les films amateurs durant les annĂ©es 90 qu'un comĂ©dien s'amuse Ă  citer Ă  travers une rĂ©plique) et par sa dĂ©rision que le rĂ©alisateur sous-entend par tant de "je m'enfoutisme". 

Bruno Matéï
3èx

vendredi 28 avril 2017

Zardoz

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cartelesmix.com

de John Boorman. 1974. Angleterre. 1h46. Avec Sean Connery, Charlotte Rampling, Sara Kestelman, Niall Buggy, John Alderton.

Sortie salles France: 13 Mars 1974. U.S: 6 Février 1974

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Janvier 1933 Ă  Shepperton (Royaume-Uni). 1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: DĂ©livrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La ForĂŞt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour rĂ©ussir. 1995: Rangoon. 1998: Le GĂ©nĂ©ral. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail. 2014 : Queen and Country.


Synopsis :
En 2293, des survivants de l’apocalypse, les Brutes et les Éternels, se disputent le pouvoir depuis l’intrusion de l’Exterminateur Zed dans le vortex de ces derniers. Semant la zizanie autour de lui, Zed tente de bouleverser les règles de leur hiĂ©rarchie en cherchant Ă  dĂ©couvrir qui tire rĂ©ellement les ficelles derrière le tabernacle : un cristal dĂ©miurge potentiellement créé par des savants fous afin d’offrir l’immortalitĂ© Ă  une poignĂ©e de survivants privilĂ©giĂ©s. Pendant ce temps, Ă  l’extĂ©rieur du vortex, les Brutes perpĂ©tuent leur gĂ©nocide envers les laissĂ©s-pour-compte selon les prĂ©ceptes du dieu Zardoz.

Trip hallucinogène au cĹ“ur d’un paysage dystopique surgi de nulle part (ah, ce masque de pierre se dĂ©plaçant dans les airs tel un dirigeable pour enfanter la guerre !), expĂ©rience mĂ©taphysique autour de notre questionnement spirituel et du sens de notre mortalitĂ©, Zardoz aborde les thèmes de l’immortalitĂ© et de la crĂ©ation divine avec une folie furieuse sans Ă©gale. En grossissant le trait de la dĂ©rision, le film pourrait presque s’apparenter Ă  un improbable croisement entre Les Diables de Ken Russell et La Montagne sacrĂ©e de Jodorowsky, mâtinĂ© de La Machine Ă  explorer le temps.

Tant pour son audace formelle Ă  la fois inĂ©puisable et Ă©lectrisante, pour l’excentricitĂ© de ses personnages aux cimes d’une folie collective que pour ses thèmes mystiques invoquant un Dieu manipulateur. BoudĂ© par le public et assassinĂ© par la critique Ă  sa sortie - avant que son succès en VHS ne lui permette d’accĂ©der au rang de film culte - Zardoz ne peut laisser indiffĂ©rent par sa vigueur visuelle « schizophrène » que John Boorman orchestre avec une ambition dĂ©lurĂ©e.

Si l’intrigue hermĂ©tique se perd parfois en cours de route (la dernière demi-heure part en vrille de manière aussi chaotique qu’effarouchĂ©e, du moins lors d’un premier visionnage) et que son cheminement narratif souvent elliptique donne le vertige Ă  travers une multitude d’indices nĂ©buleux, le spectacle furieusement grisant hypnotise nos sens jusqu’au vertige cĂ©rĂ©bral. Certains spectateurs, toujours aussi impassibles face Ă  ce programme expĂ©rimental, continuent de railler l’accoutrement sexy de Sean Connery en brute virile plantureuse et de conspuer ses figurants bigarrĂ©s tout droit sortis d’un Ă‚ge de cristal sous LSD. Pourtant, Zardoz fascine incessamment par sa facture psychĂ©dĂ©lique Ă©minemment ensorcelante.

Son thème existentiel opposant mortalitĂ© et immortalitĂ© suggère d’ailleurs que l’Ă©ternitĂ© pourrait ĂŞtre synonyme d’ennui : privĂ©e d’enjeu, de plaisir et d’accomplissement, elle viderait l’existence de toute saveur. Comme si notre unique destin consistait finalement Ă  perpĂ©tuer la vie sur Terre par l’entremise d’une cohĂ©sion familiale. Car la vie a sans doute davantage de valeur lorsque nous ignorons le temps qu’il nous reste.


"Le Magicien d’Oz."
Atypique, Ă©trange au possible, sibyllin, dĂ©concertant, fascinant, hypnotique, Zardoz demeure un ovni d’anticipation passionnant par sa satire philosophique oĂą religion et fanatisme se voient ici mystifiĂ©s par un habile maĂ®tre-chanteur (Oz !). L’un des spectacles les plus hallucinants jamais inscrits sur pellicule, un vĂ©ritable mad movie Ă  dĂ©couvrir de prĂ©fĂ©rence Ă  jeun, au risque sinon de flirter avec une douce dĂ©mence… ou une incomprĂ©hension totale.

Il faut le voir pour le croire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

*Bruno 
5èx. 13.03.26.  07.05.24. Vostfr

jeudi 27 avril 2017

CHRONIC. Prix du Scénario, Cannes 2015

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site AllocinĂ©.fr

de Michel Franco. 2015. Mexique. 1h34. Avec Tim Roth, Tate Ellington, Bitsie Tulloch, Maribeth Monroe et Cleo Monroe, Claire van der Boom

Sortie salles France: 21 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Michel Franco est un réalisateur et scénariste né en 1979 à Mexico. 2009 : Daniel y Ana. 2012 : Después de Lucía. 2013 : A los ojos. 2015 : Chronic. 2017 : Las hijas de Abril


Relatant avec une rare pudeur la rĂ©alitĂ© quotidienne de David, un infirmier auprès du chevet de ces malades en phase terminale, Chronic insuffle un climat dĂ©primant relativement lourd et sans Ă©chappatoire. Abordant les thèmes de la maladie, de la solitude et de la mort avec un rĂ©alisme quasi documentaire, Michel Franco opte pour une mise en scène clinique afin de plonger le spectateur dans la rĂ©alitĂ© morose de ces patients extrĂŞmement fragiles quant Ă  leur situation de survie. Parfois Ă©prouvant et blafard par le biais de sĂ©quences intimistes d'une intensitĂ© dramatique inopinĂ©e (leurs crises d'angoisse et leurs symptĂ´mes pathologiques que David s'efforce d'assister sans rĂ©pit), Chronic ausculte leurs derniers instants sous l'assistance de cet infirmier prĂ©venant. Et ce en dĂ©pit de l'Ă©goĂŻsme de certains d'entre eux (notamment l'entourage familial) n'hĂ©sitant pas Ă  le discrĂ©diter pour des motifs personnels d'euthanasie, de dĂ©ni ou d'insolence colĂ©rique.


Au-delà des rapports sensiblement amicaux que se partagent ces malades avec leur aide-soignant, l'intrigue met en parallèle la remise en question de David à reprendre contact avec sa famille qu'il n'a pas revu depuis des années, et ce depuis l'injustice de la mort. Davantage conscient de la fragilité de la vie et de la mort inéluctable que chacun d'entre nous devra un jour traverser, David reprend contact auprès des siens avec une retenue timorée. Taciturne, placide et d'une patience à toute épreuve, Tim Roth se glisse dans la peau de cet infirmier altruiste avec une dimension humaine souvent poignante si bien que derrière sa carrure virile s'y cache une contrariété sous-jacente. Par le truchement de ce personnage aussi volontaire qu'exemplaire, Chronic rend dignement hommage au métier d'infirmier armé de patience et de rigueur morale à s'occuper et se préoccuper des malades dans l'intimité la plus confidentielle (notamment leurs bains de toilette quotidiens). Quand aux seconds-rôles imputés aux grabataires, ils nous bouleversent de manière viscérale par leurs expressions à la fois hagardes et démunies sans JAMAIS s'appuyer sur une sinistrose racoleuse. Sur ce point, Michel Franco frappe juste et fort dans son parti-pris documenté de privilégier coûte que coûte la pudeur au sein d'une quotidienneté souvent mutique où le non-dit prime.


Un film choc mais pudibond sur la fatalité de la maladie létale.
Poignant et bouleversant, dur et difficile, dĂ©primant et pesant, Chronic ne nous laisse pas indemne pour tĂ©moigner de la maladie incurable parmi le tĂ©moignage impuissant mais empathique du corps infirmier redoublant de tact et modestie Ă  accompagner le souffrant jusqu'au dernier souffle. On sera d'autant plus frappĂ© d'amertume et de morositĂ© quand Ă  la brutalitĂ© impromptue de sa conclusion qui en dit long sur l'improvisation de la mort.  

Dédicace à Pascal Frezzato
Bruno Dussart

mercredi 26 avril 2017

LE BAISER DU DIABLE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

Una vela para el diablo /A candle for the Devil d'Eugenio Martin. 1973. Espagne. 1h31. Avec Avec Aurora Bautista, Esperanza Roy, Judy Geeson, Vic Winner (Victor Alcazar), Lone Fleming, Blanca Estrada.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Eugenio Martin est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1925 à Grenade. 1983: Sobrenatural. 1965: L'uomo di Toledo. 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1969: La vida sigue igual. 1971: Les 4 Mercenaires d'El Paso. 1972: Terreur dans le Shangaï express. 1972: Pancho Villa. 1973: La Chica del Molino Rojo. 1973: Una vela para el diablo (as Eugene Martin). 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1964: Mes Aventuriers de la Jungle. 1961: Les Corsaires des Caraïbes.


CĂ©lèbre pour avoir rĂ©alisĂ© le gĂ©nialement barrĂ© Terreur dans le ShangaĂŻ Express, Eugenio Martin est Ă©galement l'auteur d'une petite curiositĂ© ibĂ©rique sortie un an plus tard, "Una vela para el diablo" restĂ© inĂ©dite dans nos contrĂ©es. PropriĂ©taires d'une pension, deux soeurs catholiques sombrent dans la criminalitĂ© Ă  la suite de l'exhibition d'une jeune fille en maillot de bain sur le toit de leur Ă©tablissement. Inquiète de son absence, la soeur de la victime se rend sur les lieux et s'Ă©tonne du rigorisme des mĂ©gères rivalisant d'intolĂ©rance castratrice. 


SĂ©rie B horrifique dĂ©diĂ©e Ă  son ambiance aussi baroque (certains dĂ©cors domestiques de la pension) que (tantĂ´t) malsaine, le Baiser du Diable puise son charme dans sa facture visuelle typiquement hispanique, Ă  l'instar du trouble et atmosphĂ©rique Cannibal Man, et dans la prestance vĂ©nĂ©neuse des deux sexagĂ©naires plutĂ´t insidieuses par leur idĂ©ologie rĂ©actionnaire. L'une d'elle se rĂ©confortant discrètement dans les bras d'un jeune amant de 20 ans d'Ă©cart quand bien mĂŞme l'autre ose secrètement observer les corps dĂ©nudĂ©s d'ados batifolants dans une rivière. Cette sĂ©quence dĂ©rangeante s'avère l'Ă©picentre de dĂ©viance morale si bien que durant son dĂ©part, cette dernière s'Ă©corchera le corps (et ce de manière masochiste !) au moment de traverser un champs semĂ© de ronces. MĂŞme si la caractĂ©risation distincte des deux soeurs aurait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus Ă©toffĂ©e, Eugenio Martin les dirigent tout de mĂŞme avec suffisamment d'habiletĂ© et d'attention pour mettre en exergue leur dĂ©liquescence immorale Ă  s'autoriser le crime en guise d'expiation. JalonnĂ© de quelques meurtres parfois sanglants et assez violents, Le Baiser du Diable se permet aussi d'insuffler en fin de parcours un petit suspense oppressant en la prĂ©sence perplexe de la soeur de la victime en investigation autonome.


La providence du mal.
Réquisitoire vitriolé contre l'obscurantisme et plaidoyer pour l'émancipation féminine au sein d'une société réactionnaire en mutation, Le Baiser du Diable emprunte le genre horrifique parmi l'exploitation d'un gore (gentiment) crapoteux et d'un érotisme polisson issu du roman photo. Une sympathique curiosité au climat d'étrangeté assez séduisant, à découvrir avec attention.

Remerciement particulier Ă  Video Party Massacre

Eric Binford.

mardi 25 avril 2017

MES VIES DE CHIEN

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solarmovie.net

"A Dog's Purpose" de Lasse Hallström. 2017. U.S.A. 1h40. Avec K.J. Apa, Britt Robertson, Josh Gad, Dennis Quaid, Peggy Lipton, Juliet Rylance, John Ortiz

Sortie salles France: 19 Avril 2017. U.S: 27 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lasse Haekstrom est un réalisateur et scénariste suédois, né le 2 Juin 1946 à Stockholm (Suède). 1975: A Guy and A gal. 1985: Ma vie de chien. 1991: Ce cher Intrus. 1993: Gilbert Grape. 1995: Amours et mensonges. 1996: Lumièe et compagnie. 1999: l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable. 2000: Le Chocolat. 2001: Terre Neuve. 2005: Une vie inachevée. 2005: Casanova. 2006: Faussaire. 2009: Hatchi. 2010: Dear John. 2012: Des saumons dans le désert. 2012 : L'Hypnotiseur. 2013 : Un havre de paix. 2014 : Les Recettes du bonheur. 2017: Mes vies de chien. 2018: The Nutcracker and the Four Realms.


Par le rĂ©alisateur de Hatchi, le plus traumatisant des films canins, Mes vies de chien reprend le thème de l'Ă©ternelle amitiĂ© qui unit un chien et son maĂ®tre sous le pilier mystique de la rĂ©incarnation. AgĂ© de 8 ans, Ethan parvient Ă  convaincre ses parents d'adopter un chien abandonnĂ© qu'il prĂ©nomme Bailey. Rapidement, un lien amical se tisse entre les 2 compagnons qui mènent une existence paisible, et ce en dĂ©pit de l'alcoolisme du père d'Ethan. Contraint de se sĂ©parer de son chien durant quelques temps, Ethan est un beau jour alertĂ© par ses grands-parents que Bailey est sur le point de mourir, faute de son âge avancĂ©. PassĂ©s les adieux, Bailey se rĂ©incarne sous une autre apparence canine afin de vivre une nouvelle existence en compagnie d'un policier et avant de dĂ©couvrir au fil d'autres rĂ©incarnations l'instinct filial d'une retrouvaille amicale indĂ©fectible. ComĂ©die familiale pĂ©trie de bons sentiments, d'Ă©motions et de tendresse, Mes Vies de chien constitue une leçon de vie derrière l'apparence candide d'un chien loyal conscient de l'importance du temps prĂ©sent et de son entourage familial Ă  travers ses multiples vies.


En dĂ©pit de cette incohĂ©rence existentielle (il s'avère Ă  mon sens impossible de se remĂ©morer avec autant de prĂ©cisions nos passĂ©s antĂ©cĂ©dents si on est partisan de la mĂ©tempsychose, et ce mĂŞme si parfois l'impression de dĂ©jĂ -vu pourrait nous aiguiller sur cette croyance spirituelle) et de certaines facilitĂ©s assez conventionnelles (le sketch centrĂ© autour de la romance du jeune couple afro-amĂ©ricain), mes Vies de chien joue la carte du divertissement amiteux avec assez d'efficacitĂ© pour tĂ©moigner de la fidĂ©litĂ© lĂ©gendaire qui unit le chien et l'homme. Outre cette intense amitiĂ© que se partagent de prime abord Ethan et Bailey, l'action se renouvelle ensuite assez efficacement par le principe des rĂ©incarnations successives que Bailey rencontre lors de conditions de vie hĂ©tĂ©roclites. Au passage, le rĂ©alisateur en profite pour dĂ©noncer brièvement (et sans complaisance) la maltraitance animale par le biais d'un jeune couple marginal, quand bien mĂŞme les chiens de sauvetage sont Ă©galement mis en exergue pour leur rendre dignement hommage (sans toutefois m'Ă©taler sur la polĂ©mique d'une condition de tournage). Enfin, l'intrigue culmine ensuite vers une dernière partie rĂ©solument Ă©mouvante Ă  travers les thèmes de la dĂ©sillusion et de la rĂ©demption amoureuses. Le temps qui passe inexorablement, le regret de n'avoir pu saisir sa chance au moment propice, l'amertume de la solitude et de la vieillesse, Lasse Haekstrom les abordent avec une prude Ă©motion sous le tĂ©moignage amical de Bailey dĂ©libĂ©rĂ© Ă  combler son maĂ®tre. Car conscient du poids de la solitude de celui-ci, il se rĂ©sout Ă  exaucer un voeux inavouable de sa part et lui rappeler le sens de l'existence (concilier l'amour et le partager Ă  son entourage durant nos vies indĂ©finies) grâce Ă  son exceptionnelle mĂ©moire.


Si tout le pĂ©riple initiatique de Bailey s'avère gentiment naĂŻf, un brin puĂ©ril (renforcĂ© de la voix-off du chien nous exprimant ouvertement ses pensĂ©es intimes de manière un peu trop infantile) et que nous sommes Ă  100 lieux de la puissance dramatique de l'Ă©prouvant Hatchi, Mes Vies de chien insuffle toute de mĂŞme une tendre Ă©motion autour de l'Ă©ternelle fidĂ©litĂ© du chien et de son maĂ®tre. A travers ses retrouvailles Ă  la fois inespĂ©rĂ©es et bouleversantes, Lasse Haekstrom amorce une poignante Ă©motion en la prĂ©sence inopinĂ©e de Dennis Quaid, presque mĂ©connaissable en sexagĂ©naire esseulĂ© (il n'est âgĂ© que de 63 ans durant le tournage !) car physiquement marquĂ© par les Ă©preuves du temps de son propre vĂ©cu. 

Bruno Matéï

lundi 24 avril 2017

SUBWAY. César du Meilleur Acteur: Christophe Lambert

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alamy.com

de Luc Besson. 1985. France. 1h38. Avec Isabelle Adjani, Christophe Lambert, Richard Bohringer, Michel Galabru, Jean-Hugues Anglade, Jean-Pierre Bacri, Jean Bouise, Jean Reno.

Sortie salles France: 10 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Luc Besson est un réalisateur, producteur, et scénariste français né le 18 mars 1959 à Paris. 1983: Le Dernier combat, 1985: Subway, 1988: Le Grand Bleu, 1990: Nikita, 1991: Atlantis, 1994: Léon, 1997: Le 5è élément, 1999: Jeanne d'Arc, 2005: Angel-A, 2006: Arthur et les Minimoys, 2009: Arthur et la vengeance de Maltazard, 2010: les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Arthur 3, la guerre des 2 mondes, 2011: The Lady. 2013 : Malavita. 2014 : Lucy. 2017 : Valérian et la Cité des mille planètes.


Gros succès public en France (2 920 588 entrĂ©es), qui plus est couronnĂ© de 3 prix aux CĂ©sars (Meilleur Son, Meilleurs DĂ©cors et Meilleur Acteur pour Christophe Lambert), Subway est la seconde rĂ©alisation de Luc Besson. Un nĂ©ophyte prometteur si bien qu'il nous avait dĂ©jĂ  Ă©patĂ© avec le Dernier Combat, aventure post-apo intime incroyablement audacieuse par le choix de sa photo monochrome et le mutisme des comĂ©diens privĂ©s de dialogues. Prenant ici pour cadre insolite le mĂ©tro parisien et ses sous-sols secrètement amĂ©nagĂ©s par d'Ă©tranges marginaux (un culturiste, un voleur de sac, un vendeur de fleurs, des musiciens en herbe), Subway tire parti de son irrĂ©sistible charme en la prĂ©sence attachante de ces comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans la ruse et l'extravagance. Jeu du gendarme et du voleur menĂ© avec beaucoup de fantaisie, d'insolence, d'actions et de dĂ©contraction, l'intrigue linĂ©aire se focalise sur les tribulations d'un braqueur de coffre-fort (Christophe Lambert, Ă©patant d'aplomb dans sa bonne humeur expansive !) Ă©pris d'amour pour sa dernière victime, la jeune bourgeoise HĂ©lĂ©na (qu'endosse gracilement Isabelle Adjani).


Durant ses errances dans le mĂ©tro, il s'aventure dans les sous-sol pour y faire la rencontre de sdf vivants en marge de la ville. Pendant ce temps, la police tente d'apprĂ©hender un cleptomane exerçant ses larcins en patin Ă  roulettes, et Fred, pris Ă  parti avec des musiciens en smoking ainsi qu'un sbire de l'Ă©poux d'hĂ©lĂ©na contraint de le supprimer depuis un racket. Il est Ă©tonnant de constater qu'Ă  la vue de son script plutĂ´t frivole, Subway dĂ©gage nĂ©anmoins un charme capiteux, et ce jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin que le chanteur Arthur Simms transfigure mĂ©lodieusement parmi son tube "It's Only Mystery". Alternant requĂŞte romantique auprès du couple contradictoire Lambert/Adjani et pĂ©ripĂ©ties musclĂ©es que se disputent la police avec Fred et ses acolytes, Subway dĂ©tonne agrĂ©ablement par sa lĂ©gèretĂ© cocasse que Luc Besson coordonne avec brio perfectible mais scrupuleux (dynamisme du montage "Ă  l'amĂ©ricaine" en sus comme en tĂ©moigne sa bondissante sĂ©quence d'ouverture). Politiquement incorrect, notamment lorsqu'il se raille de l'attitude hautaine d'une famille de prĂ©fets auquel est invitĂ©e HĂ©lĂ©na, Luc Besson nous attache Ă  une galerie de marginaux peu recommandables mais terriblement attachants dans leur fonction libertaire de survie teintĂ©e de fraternitĂ©. Sans jamais se prendre au sĂ©rieux, ce dernier parvient efficacement Ă  afficher un ton original lors de leurs pĂ©rĂ©grinations quand bien mĂŞme Christophe Lambert et Isabelle Adjana mènent la danse sous l'impulsion d'un groupe rock en ascension musicale.


ComĂ©die d'aventures Ă  la fois dĂ©complexĂ©e et excentrique tirant parti de son attraction par sa simplicitĂ© et son dĂ©paysement, Subway demeure un ovni dĂ©licieusement rĂ©tro au sein de l'Ă©poque candide des annĂ©es 80. Car il n'a en l'occurrence rien perdu de sa fougue, de sa douce folie et de son tempĂ©rament insolent sous l'impulsion badine de comĂ©diens dĂ©ployant une verve ironique en "cool attitude". 

Bruno Matéï
3èx

vendredi 21 avril 2017

PERFECT BLUE

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Satoshi Kon. 1997. Japon. 1h20. Interdit aux - de 12 ans.

Sortie salles France : 8 septembre 1999. Japon: 28 Février 1998

FILMOGRAPHIE: Satoshi Kon (今 敏, Kon Satoshi?) est un mangaka et réalisateur japonais, né le 12 octobre 1963 à Kushiro, décédé le 24 août 2010. 1997 : Perfect Blue. 2001 : Millennium actress. 2003 : Tokyo Godfathers. 2004 : Paranoia Agent (Série TV, 13 ép). 2006 : Paprika. 2007 : Ani-Kuri 15 - segment Ohayō (court métrage).


Thriller horrifique oĂą plane l'ombre d'Argento par son thème, son audace Ă©rotique et ses meurtres gores stylisĂ©s, Perfect Blue constitue une fascinante plongĂ©e dans la schizophrĂ©nie sous l'impulsion de trois personnages respectivement manipulĂ©s. L'illustre chanteuse Mima dĂ©cide de changer de carrière pour s'improviser actrice. HarcelĂ©e par un fan depuis ses rĂ´les lubriques et sujette Ă  un dĂ©doublement de personnalitĂ© dans sa nouvelle fonction professionnelle, Mima perd peu Ă  peu le contrĂ´le avec sa rĂ©alitĂ© quand bien mĂŞme des membres de son entourage sont retrouvĂ©s assassinĂ©s. 


A partir d'une intrigue complexe volontairement sinueuse quant aux profils Ă©quivoques de deux mystĂ©rieux fans obsĂ©dĂ©s par leur idole, Satoshi Kon dĂ©cuple trouble et malaise auprès de la fragile Mima partagĂ©e entre le doute de rater sa nouvelle carrière et sa remise en question identitaire. Quand bien mĂŞme les rĂ´les audacieux qu'on lui impute face camĂ©ra s'avèrent Ă  la fois provocants (la scène du viol et les photos de nu) et horrifiants (son personnage de tueuse en sĂ©rie sujette au dĂ©doublement de personnalitĂ©). Jeu pervers de manipulations que Satoshi Kon coordonne parmi l'alternance vertigineuse de la fiction (une mise en abyme) et de la rĂ©alitĂ©, Perfect Blue sème une lourde paranoĂŻa auprès de ce trio Ă©quivoque si bien que le spectateur en perte de repères ne parvient plus, Ă  l'instar de l'hĂ©roĂŻne, Ă  dĂ©mĂŞler le vrai du faux semblant. A la fois Ă©trangement onirique et morbide, violent et oppressant, Perfect Blue sonde les âmes torturĂ©es de ces personnages nĂ©vrosĂ©s avec une diabolique habiletĂ© et la volontĂ© de nous confinĂ©s lentement dans un dĂ©dale schizophrène toujours plus ramifiĂ©.


Une expĂ©rience schizophrène gigogne. 
Par son impressionnante facture cinĂ©gĂ©nique de manga et de thriller horrifique intensĂ©ment troubles, Satoshi Kon cultive un climat anxiogène en roue libre sous l'impulsion de personnages en nĂ©vrose identitaire avides d'amour et de reconnaissance. A travers leur pathologie bicĂ©phale ou l'obsession, la jalousie et la possessivitĂ© se disputent la mise, il en extrait une rĂ©flexion sur le fanatisme de la cĂ©lĂ©britĂ© et la schizophrĂ©nie dont certains souffriraient en secret dans leur combat contre leurs dĂ©mons internes (la peur de l'Ă©chec, le manque d'aplomb et de confiance s'opposant au dĂ©sir d'affirmation et de rĂ©ussite). Une intense expĂ©rience Ă©motionnelle Ă  revoir fissa pour en saisir toute son essence cĂ©rĂ©brale et mieux dĂ©mĂŞler les ressorts psychologiques de chaque victime ballottĂ©e entre la folie et la duperie.  

Eric Binford/Bruno Dussart
2èx

jeudi 20 avril 2017

SCUM

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

d'Alan Clarke. 1979. Angleterre. 1h37. Avec Ray Winstone, Mick Ford, Julian Firth, John Blundell, Phil Daniels, John Fowler.

Sortie salles France: 19 Mars 1980. Angleterre: 28 Septembre 1979

FILMOGRAPHIE: Alan Clarke est un réalisateur et scénariste britannique né le 28 octobre 1935 à Liverpool (Angleterre), décédé d'un cancer le 24 juillet 1990. 1967-1968 : Half Hour History (TV). 1969 : The Gold Robbers (TV). 1969-1970 : The Wednesday Play (TV). 1970 : I Can't See My Little Willie (TV). 1972 : The Edwardians (TV). 1972 : Thirty Minute Theatre (TV). 1972 : To Encourage the Others (TV). 1975 : BBC2 Playhouse (TV). 1977 : Scum (TV). 1978 : Play of the Month (TV). 1979 : Scum. 1970-1981 : Play for Today (TV). 1982 : Baal (TV). 1982 : Made in Britain (TV). 1985 : Billy the Kid and the Green Baize Vampire (TV). 1985 : Contact (TV). 1986 : Rita, Sue and Bob Too. 1987 : Road. 1987 : Christine. 1988 : The Firm. 1989 : Elephant.


Effroyable descente aux enfers au sein d'un centre de redressement anglais, Scum est un uppercut émotionnel comme on en voit peu dans le paysage carcéral. Réalisé sans fioriture dans un style documentaire, interprété par de jeunes débutants plus vrais que nature et évacué de score musical, ce film choc d'une violence parfois insupportable ne nous laisse pas indemne sitôt le couperet de sa conclusion à la fois radicale et profondément pessimiste. Dénonçant les méthodes inhumaines et la corruption de (certains) surveillants castrateurs, Scum constitue un réquisitoire contre le conservatisme et la répression lorsque de jeunes délinquants sont soumis à une hiérarchie aux relents de nazisme. Ces derniers destitués de leur patronyme étant définis par 4 chiffres afin de discréditer leur véritable identité. Tant et si bien que les plus fragiles d'entre eux, tiraillés entre l'épuisement ou la révolte, car humiliés, violés ou violentés, cèdent au suicide en guise de délivrance. Quand bien même les plus pugnaces tentent d'imposer leur autorité afin d'asseoir leur suprématie.


D'une grande intensité dramatique, Scum ne lésine pas sur les affrontements barbares et les sévices sexuels pour mieux dénoncer la déliquescence morale de ces jeunes détenus livrés à la solitude, à l'isolement et à l'embrigadement (celle des cachots en guise de châtiment), et ce sans une once d'empathie de la part des dirigeants convaincus de leur doctrine draconienne. Toujours plus tendu au fil d'un cheminement cauchemardesque en perdition et oppressant par son climat austère irrespirable qu'une photo limpide contraste cliniquement, Scum tire-parti de son efficacité grâce à l'intelligence de sa mise en scène détournant les conventions au sein d'une narration aléatoire. Et ce en dépit des traditionnels confrontations entre têtes de turc qu'Alan Clarke contourne sans esbroufe si bien qu'il préconise l'immersion morale de ces détenus confrontés à l'animosité, à la démence ou à la dépression. Plaidoyer pour la liberté d'expression, Scum interpelle et ébranle face à la situation chaotique de ces mineurs hurlant en silence leur désir de dignité auprès d'un gouverneur impassible.


Impitoyable et sans concession, Scum fustige avec une vĂ©ritĂ© glaçante l'inefficacitĂ© du système carcĂ©ral subordonnĂ©e Ă  une idĂ©ologie aussi rĂ©trograde que tyrannique. DĂ©primant et nihiliste pour les consĂ©quences criminogènes que cet enseignement dictatorial finit par engendrer (notamment celle de provoquer le suicide), il laisse en Ă©tat d'aigreur par son irrĂ©vocable constat d'Ă©chec. 
Pour Public averti


La sĂ©quence la + marquante: le suicide insoutenable d'un des jeunes dĂ©tenus suppliant vainement de l'extĂ©rieur de sa cellule un secours de dernier ressort.

Bruno Matéï
2èx
                                                 Ci-dessous, l'affiche française de l'Ă©poque.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

mercredi 19 avril 2017

La Chose / The Deadly Spawn

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Return of the Aliens: The Deadly Spawn" de Douglas McKeown. 1983. U.S.A. 1h21. Avec Charles George Hildebrandt, Tom DeFranco, Richard Lee Porter, Jean Tafler, Karen Tighe, James Brewster, Elissa Neil.

Sortie salles U.S: 22 Avril 1983

FILMOGRAPHIE: Douglas McKeown est un réalisateur et scénariste américain, ne lé 14 Janvier 1947 à New York City, 1983: La Chose.


Hommage aux films de monstres des annĂ©es 50 Ă  la sauce Tomato Ketchup, La Chose demeure un miracle de sĂ©rie Z que les vidĂ©ophiles ont gardĂ© en mĂ©moire avec un souvenir Ă©mu. Unique rĂ©alisation de Douglas McKeown, La Chose tire-parti de son charme par le cĂ´tĂ© candide d'une rĂ©alisation approximative palliant ses carences techniques et narratives et un jeu d'acteurs amateuristes par le biais d'effusions sanglantes irrĂ©sistiblement complaisantes. Le rĂ©alisateur ne lĂ©sinant pas sur les zooms des chairs entaillĂ©es ou corps dĂ©membrĂ©es afin de provoquer le choc esthĂ©tique, Ă  l'instar de nos artisans italiens exploitant en cette Ă©poque dĂ©cadente leurs films de zombies Ă  renfort de gore putassier. En prime, grâce au charisme dismorphique du monstre extra-terrestre nanti de trois tĂŞtes et d'une dentition proĂ©minente Ă  plusieurs Ă©tages, celui-ci insuffle un pouvoir de fascination prĂ©gnant auprès de son apparence hybride. 


Ses nombreuses attaques sanglantes imputées aux occupants d'une demeure familiale s'avérant assez jouissives, notamment lorsque ces derniers tentent maladroitement de lui échapper parmi des instants de panique tantôt hilarantes. On ne manquera pas non plus d'évoquer la fameuse pause déjeuner que des mamies organisent autour d'une réunion amicale quand bien même des petites créatures semblables à des anguilles au dents acérées vont infester la salle à manger pour leur dévorer les jambes et le visage ! Or, au sein de ce chambardement horrifique assez cartoonesque, un ado féru de cinéma d'horreur, membre de la famille assiégée, tentera de détruire le monstre après avoir assisté à ses exubérances sanglantes dans la cave. Etrangement inquiétant et laconique, ce personnage juvénile fascine le spectateur par son instinct voyeuriste à témoigner des exactions de la créature sans cligner de l'oeil (ou alors si peu à une exception près). A la fois observateur ambigu (il semble éprouver une fascination morbide pour les cadavres déchiquetés) et héros vaillant (il canalise sa peur lors de ses confrontations épiques avec le monstre), ce dernier parvient à donner chair à son personnage avec une trouble identité.


En dĂ©pit de faibles longueurs facilement pardonnables, de bavardages stĂ©riles et d'un montage hasardeux, La Chose s'extirpe miraculeusement de la nullitĂ© grâce Ă  l'implication intègre du rĂ©alisateur en herbe vouant un amour pour les monstres articulĂ©s ici rĂ©alisĂ©s avec assez de soin pour prĂ©tendre Ă  sa voracitĂ©. Aujourd'hui encore, et avec un dĂ©licieux parfum de nostalgie (comme en tĂ©moigne son score monocorde efficacement envoĂ»tant), il n'a rien perdu de son intensitĂ© attractive Ă  travers son esprit sardonique aussi gĂ©nĂ©reux que dĂ©complexĂ©. Le terme culte est d'ailleurs appropriĂ© afin de mieux dĂ©finir cette perle gore typiquement bisseuse ! 

La sĂ©quence la + marquante: le dĂ®ner sanglant chez les mamies

Eric Binford
5èx. 13.02.23. vf

mardi 18 avril 2017

L'ETE MEURTRIER. César de la Meilleure Actrice: Isabelle Adjani.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jean Becker. 1983. France. 2h11. Avec Isabelle Adjani, Alain Souchon, Suzanne Flon, Jenny Clève, Maria Machado, Évelyne Didi, Jean Gaven, François Cluzet, Manuel Gélin, Roger Carel, Michel Galabru, Marie-Pierre Casey, Cécile Vassort, Édith Scob, Martin Lamotte.

Sortie salles France: 11 Mai 1983.

FILMOGRAPHIE: Jean Becker est un réalisateur et scénariste français, né le 10 mai 1933 à Paris.
1961 : Un nommé La Rocca. 1964 : Échappement libre. 1965 : Pas de caviar pour tante Olga. 1966 : Tendre Voyou. 1983 : L'Été meurtrier. 1995 : Élisa. 1999 : Les Enfants du marais. 2001 : Un crime au Paradis. 2003 : Effroyables Jardins. 2007 : Dialogue avec mon jardinier. 2008 : Deux jours à tuer. 2010 : La Tête en friche. 2012 : Bienvenue parmi nous. 2014 : Bon Rétablissement ! 2018 : Le Collier rouge.


Gros succès commercial et critique transcendé par la performance viscérale d'Isabelle Adjani si bien qu'elle remporta un an plus tard le césar de la Meilleure Actrice, L'Eté Meurtrier constitue un grand moment de cinéma au sein du paysage français des années 80. D'après le roman éponyme de Sébastien Japrisot, l'intrigue, sombre et désenchantée, est entièrement bâtie sur le profil névrosé d'Eliane, délibérée à accomplir sa vengeance depuis que sa mère lui donna naissance à la suite d'un viol en réunion. Aujourd'hui âgée de 20 ans et à la recherche des trois coupables, elle s'empresse de de prime abord de draguer le jeune "pin-pon" depuis que le père de ce dernier ferait parti des présumés agresseurs. Si l'Eté Meurtrier sous-entend en 1er acte une comédie romantique légère et cocasse flirtant avec la nostalgie des années 70 au sein d'un village provincial ensoleillé, le profil scrupuleux imparti à l'héroïne adopte un revirement autrement obscur et intriguant quant à ses motivations intrinsèques. Par le biais de l'introspection morale d'Eliane en quête d'une impossible rédemption, Jean Becker, très inspiré et avisé, nous brosse un magnifique portrait de femme fragile tributaire d'un passé galvaudé.


DĂ©moralisĂ©e par le poids de l'interrogation et d'une certaine culpabilitĂ© (celle d'avoir Ă©tĂ© malgrĂ© elle la progĂ©niture d'un père dont elle ignore la vĂ©ritable identitĂ©) et profondĂ©ment marquĂ©e par ses rapports Ă©quivoques avec un paternel adoptif plutĂ´t attentionnĂ©, Eliane est d'autant plus hantĂ©e par la lâchetĂ© de ses parents confinĂ©s dans le mutisme et l'inavouable secret. Dans son rĂ´le d'allumeuse Ă  la fois minaude et dĂ©sinvolte, Isabelle Adjani crève l'Ă©cran de la première Ă  la dernière seconde par sa beautĂ© lascive Ă  courtiser la gente masculine avec une effronterie outrancière. Mais derrière l'apparence provocante de son plus simple appareil et son Ă©goĂŻsme se cache l'extrĂŞme fragilitĂ© d'une Ă©corchĂ©e vive incapable d'assumer le deuil d'un viol maternel. Lui partageant inopinĂ©ment la vedette avec une surprenante spontanĂ©itĂ©, le chanteur Alain Souchon insuffle une densitĂ© autrement psychologique dans sa fonction d'amant naĂŻf pris au piège d'une effroyable machination et qui, par l'enchaĂ®nement des circonstances dramatiques va peu Ă  peu muter pour adopter un comportement irascible inquiĂ©tant en larbin dĂ©laissĂ©. Captivant et toujours plus intense, le rĂ©cit charpentĂ© s'avère beaucoup plus leste et surprenant qu'il n'y parait, tant et si bien que les divers rebondissements qui empiètent l'investigation d'Eliane vont dĂ©cupler l'intensitĂ© dramatique d'un effroyable dĂ©nouement oĂą les rĂ´les (victime/bourreau) vont subitement permuter.


Une vraie déclaration d'amour à Isabelle Adjani
Au rythme d'une sombre partition de Georges Delerue et de la mélodie attendrissante chantonnée par Yves Montand, l'Eté meurtrier emprunte brillamment le schéma du "rape and revenge" provincial sous l'autorité d'Isabelle Adjani illuminant l'écran avec une sensibilité davantage névralgique. Rien que par sa présence démiurge littéralement ensorcelante, l'Eté Meurtrier extériorise une charge érotique aussi tendre et gracile que diaphane et vénéneuse. Une expérience émotionnelle aiguë, un mélodrame inoubliable d'autant plus sans échappatoire dans sa dramaturgie en chute libre.

Les scènes les + marquantes: Le viol en rĂ©union imposant une violence crue, le banquet des noces teintĂ© de lyrisme et Spoiler !!! la situation schizophrène d'Eliane en institut psychiatrique. Fin du Spoil.

Bruno Dussart
3èx

Récompenses:
César de la meilleure actrice : Isabelle Adjani
César du meilleur montage : Jacques Witta
César de la meilleure actrice dans un second rôle : Suzanne Flon
César du meilleur scénario d'adaptation : Sébastien Japrisot

lundi 17 avril 2017

The Devil's Candy. Prix du Public, Gérardmer 2017.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sean Byrne. 2015. U.S.A. 1h19. Avec Ethan Embry, Shiri Appleby, Kiara Glasco, Pruitt Taylor Vince, Craig Nigh

Sortie salles U.S: 17 Mars 2017

FILMOGRAPHIE: Sean Byrne est un réalisateur et scénariste australien. Après avoir entamé en 2006 quelques courts-métrages remarqués et un documentaire (The Secret), il dirige sa première réalisation trois ans plus tard avec The Loved Ones. 2015: The Devil's Candy.

 
"Chuchotements dans les cordes".
RĂ©vĂ©lĂ© par la percutante surprise The Loved Ones, Sean Byrne persĂ©vère dans l’horreur "australienne" avec le très rĂ©ussi The Devil’s Candy. Une histoire satanique portĂ©e par une passion commune pour la musique du metal, que partagent un père, une fille et un mystĂ©rieux Ă©tranger. 

Synopsis: Un couple emmĂ©nage dans une vaste demeure, théâtre rĂ©cent d’un double meurtre. Fan de mĂ©tal et peintre, Jessie Hellman entame une fresque baroque au moment mĂŞme oĂą d’Ă©tranges chuchotements se font entendre. Un soir, le fils de la famille dĂ©funte frappe Ă  leur porte... 

SĂ©rie B horrifique concise (1h15 hors gĂ©nĂ©rique), The Devil’s Candy n’a pas pour ambition de rĂ©volutionner le genre, mais s'oriente vers un suspense savoureux, bâti sur un schĂ©ma narratif solidement agencĂ©.

Empruntant au thème de la possession dĂ©moniaque, galvanisĂ©e par l’agressivitĂ© du mĂ©tal (je rassure les rĂ©fractaires, la musique ne se monopolise jamais au rĂ©cit, loin s'en faut), le film fait fugacement Ă©cho Ă  Shining, avec ce père obsĂ©dĂ© par l’achèvement d’une peinture prĂ©monitoire, au mĂ©pris (ou pas ?) de l’amour filial. Sa grande force rĂ©side dans la caractĂ©risation de cette famille dysfonctionnelle, d’apparence soudĂ©e, incarnĂ©e par des comĂ©diens d’une humanitĂ© spontanĂ©e. Bougrement attachants, on suit leur trajectoire incertaine, l’angoisse s’installant lentement jusqu’au point d’orgue littĂ©ralement dĂ©moniaque Ă  graver d'une pierre blanche.

Au-delĂ  de la prĂ©sence attentive d’une Ă©pouse douce et prĂ©venante, ce sont les rapports de plus en plus fragiles entre père et fille, depuis l’obsession artistique du père, qui retiennent l’attention. Byrne ne renouvelle pas le genre, mais son approche, adroite, inspirĂ©e et parfois inventive, façonne un huis clos horrifique stylisĂ© (la photo saturĂ©e y contribue). L’intrusion d’un personnage adipeux et dĂ©rangeant accentue le caractère inquiĂ©tant d’une stratĂ©gie meurtrière oĂą l’innocence sacrifiĂ©e domine.

RĂ©alisme et violence s’entremĂŞlent, le cauchemar gagne en oppression, jusqu’Ă  une dernière partie Ă©pique, traumatique, flamboyante - saisissantes images de brasier infernal ! -, offrant des moments de terreur aussi puissants qu’impressionnants, au sens littĂ©ral. 

Si The Devil’s Candy n’atteint peut-ĂŞtre pas la stature imposante de The Loved Ones, Sean Byrne en tire nĂ©anmoins une sĂ©rie B de haute tenue, oĂą l’affrontement ancestral entre le Bien et les forces infernales trouve un Ă©crin contemporain, habitĂ© d’angoisses familiales. Au cĹ“ur de ce cauchemar Ă©lectrique, la figure paternelle vacille : rongĂ© par des chuchotements diaboliques qui dĂ©tournent son art et son esprit, le père trahit malgrĂ© lui la confiance de sa fille, happĂ© par une possession insidieuse. Dans cette lutte intĂ©rieure, poignante et dĂ©sespĂ©rĂ©e, se rejoue l’Ă©ternelle peur de perdre ceux qu’on aime - et de devenir soi-mĂŞme l’instrument du mal dans un dĂ©chainement de violence finale qui laisse pantois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Récompense: Prix du Public, Gérardmer 2017.

samedi 15 avril 2017

KNOCK KNOCK

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Eli Roth. 2014. U.S.A. 1h38. Avec Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas, Ignacia Allamand

Sortie salles France: 23 Septembre 2015. U.S: 23 Janvier 2015

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno. 2015: Knock Knock.


                                                                 Chronique express

Une satire sur l'infidélité et le féminisme

Remake du mĂ©connu Ca peut vous arriver demain sorti chez VIP en Vhs Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80, Knock Knock est un thriller Ă  suspense rondement menĂ© sous couvert d'une mise en garde du racket en ligne ! Un jeu sournois de manipulation et de soumission Ă©rotiques qu'Eli Roth coordonne efficacement autour d'un huis-clos anxiogène. De par la multitude de brimades et Ă©preuves de survie souvent cruelles qu'endure la victime et le jeu toujours plus psychotique du duo de misandres s'en donnant Ă  coeur joie dans les effronteries sardoniques. En dĂ©pit de 1 ou 2 moments Ă  la limite du grotesque (l'intervention du confrère de la victime frĂ´le la cocasserie involontaire dans son affolement outrĂ©), du jeu parfois perfectible de Keanu Reeves un peu trop austère dans ses expressions dĂ©munies et d'un Ă©pilogue un peu dĂ©cevant nous laissant sur notre faim (mĂŞme s'il est audacieux de s'Ă©carter du traditionnel happy-end), Knock Knock joue avec nos nerfs avec une perversitĂ© en roue libre.

Bruno Matéï