mardi 2 octobre 2018

2 GARCONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITES

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

"Threesome" de Andrew Fleming. 1994. U.S.A. 1h32. Avec Lara Flynn Boyle, Stephen Baldwin, Josh Charles, Alexis Arquette, Martha Gehman.

Sortie salles France: 10 AoĂ»t 1994 (Int - 16 ans). U.S: 8 Avril 1994

FILMOGRAPHIEAndrew Fleming est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 14 mars 1963 (ou le 30 dĂ©cembre 1965). 1988 : Bad Dreams. 1994 : Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s. 1996 : Dangereuse Alliance. 1999 : Dick : Les Coulisses de la prĂ©sidence. 2000 : Grosse Pointe (sĂ©rie TV). 2002 : Paranormal Girl (TV). 2003 : Espion mais pas trop ! 2005 : Head Cases (sĂ©rie TV). 2007 : Nancy Drew. 2008 : Hamlet 2.


"Le mot dĂ©viant vient du latin "de", en-dehors, et "via", la voix, le chemin. Il dĂ©signe donc quelqu'un qui sort du droit chemin. Celui qui fait bande Ă  part. De nos jours, ça dĂ©signe quelqu'un dont la sexualitĂ© sort de la norme. Voici l'histoire de Stuart, Alex et moi. Voici comment pendant un temps nous sommes devenus des "dĂ©viants" dans tous les sens du terme." 

RĂ©alisateur touche Ă  tout assez discret Ă  qui l'on doit les sĂ©ries B bonnards Panics (faux remake de Freddy 3 si j'ose dire !) et Dangereuse Alliance, Andrew Fleming s'essaie en 1994 au Teen movie avec Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s. En dĂ©pit d'un titre racoleur prĂ©sageant un vulgaire produit lambda, cette comĂ©die romantique parvient louablement Ă  extĂ©rioriser une certaine fragilitĂ© humaine Ă  travers le portrait d'un trio de lycĂ©ens curieux d'expĂ©riences nouvelles. Tant et si bien que Stuart et Eddy dĂ©cident de partager leur chambre d'Ă©tudiants avec la jeune et dĂ©vergondĂ©e Alex en proie Ă  un furieux dĂ©sir concupiscent. A eux trois, et lors d'une quĂŞte identitaire pour leur orientation sexuelle, ils vont multiplier les expĂ©riences lubriques au point de converger vers le triolisme.


Sans pour autant laisser un souvenir impĂ©rissable dans nos mĂ©moires, notamment faute du classicisme de sa rĂ©alisation et d'une intensitĂ© Ă©motionnelle perfectible, Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s demeure un charmant Teen movie largement rehaussĂ© du jeu spontanĂ© des trois comĂ©diens en osmose libertaire. Le rĂ©alisateur osant illustrer Ă  travers leur fidèle amitiĂ© un Ă©rotisme tantĂ´t audacieux, tantĂ´t provocant sans toutefois verser dans la gratuitĂ© putassière. Le message du film annonçant au terme qu'il faut oser braver le politiquement correct lors d'une complicitĂ© amicale flirtant avec les vrais sentiments le temps d'une endurance initiatique. Ainsi, Ă  travers leurs batifolages badins et relations charnelles Ă©maneront un apprentissage Ă  la sagesse et la maturitĂ© après avoir cĂ´toyĂ© (sans nul regret) une Ă©mancipation sexuelle aussi subversive qu'assouvie. MarquĂ©s Ă  jamais par leurs expĂ©riences Ă©grillardes dĂ©calĂ©es, ils prĂ©serveront au sein de leur mĂ©moire un souvenir saillant, de par leur audace de s'ĂŞtre Ă©changĂ©s Ă  une sexualitĂ© romantique rĂ©solument louable. En somme, vivez Ă  fond vos expĂ©riences sexuelles dans une Ă©thique de responsabilitĂ©, de respect et d'amitiĂ© fructueuse (notamment grâce aux Ă©changes de confidences et remises en question identitaires).

* Bruno

lundi 1 octobre 2018

Mandy

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Panos Cosmatos. 2018. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake, Ned Dennehy.

Sortie salles France: 12 Mai 2018 (Festival Cannes). U.S: 14 Septembre 2018

FILMOGRAPHIEPanos Cosmatos est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien, nĂ© en 1974 Ă  Rome (Italie). 2010 : Beyond the Black Rainbow. 2018 : Mandy.

"Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit."

Trip mystique d’une fulgurance rubiconde Ă  damner un saint, Mandy s’impose comme une expĂ©rience de cinĂ©ma rare dans le paysage conventionnel. Ă€ partir d’une intrigue aussi simpliste qu’attendue - la vengeance d’un homme après le sacrifice de sa compagne par une secte de hippies fanatisĂ©s - Panos Cosmatos (pour sa seconde rĂ©alisation) mise sur la forme, l’excès et l’inventivitĂ© la plus dĂ©bridĂ©e pour renouveler un spectacle de samedi soir hallucinatoire, baignĂ© de fanatisme religieux.

Mandy demeure autant un vibrant hommage au cinĂ©ma grindhouse des seventies et eighties - Ă  travers ses Ă©clats de sĂ©ries Z entrevus dans une lucarne 4/3 ou dans le tee-shirt de Red Miller - qu’une expĂ©rience sensorielle totale, visuelle et auditive, nous enfermant dans un dĂ©dale cauchemardesque peuplĂ© d’âmes dĂ©rangĂ©es.

Ă€ la fois sarcastique, horrifique, gore, sciemment grotesque et dĂ©calĂ© (quelque part entre The Crow et Mad Max vitriolĂ©s), mais aussi onirique, stylisĂ© et envoĂ»tant (surtout durant la première demi-heure cosmique, entre les Ă©treintes romanesques), Mandy explore l’ultraviolence vengeresse de Red Miller Ă  travers une scĂ©nographie rutilante oĂą les couleurs tapissent le paysage bucolique comme une fresque psychĂ©dĂ©lique.

Par la rage que Nicolas Cage exorcise en exterminateur transi de haine, et par l’humanisme dĂ©pressif qui suinte de son injustice, l’acteur livre un jeu viscĂ©ral, rugissant - Ă  l’image de son tee-shirt animalier. Le film, mĂ©taphorique et presque prĂ©monitoire, devient la descente dans la folie d’un justicier Ă©plorĂ©, incapable de canaliser sa souffrance pour apprivoiser le deuil. Une dĂ©mence que le spectateur accepte d’autant mieux qu’il partage son impuissance devant l’immolation de sa compagne par de lâches dĂ©vots - cruautĂ© d’une intensitĂ© dramatique que Cosmatos pousse ensuite Ă  l’extrĂŞme du point de vue de Red, quand enfin libĂ©rĂ© de ses chaĂ®nes, il laisse Ă©clater une tristesse ivre, volcanique.

Si Mandy fascine et manipule nos Ă©motions sans pouvoir les maĂ®triser, c’est autant grâce Ă  l’extravagance de ses antagonistes lunaires - comme surgis d’une dimension parallèle, entre David Lynch et David Blyth - qu’Ă  son univers sonore et visuel dĂ©mentiel. Les hippies lobotomisĂ©s par leur gourou et les bikers tout droit sortis de Hellraiser ou plutĂ´t de Death Warmed Up vocifèrent des rĂ©pliques hallucinĂ©es sur fond de dissonances saturĂ©es, leurs voix dĂ©formĂ©es par le LSD.

 
L’Enfer de la vengeance.
Furieusement barge, dĂ©coiffant et incandescent dans son action Ă  la fois belliciste et sanglante, mais aussi beau, envoĂ»tant et romanesque dans ses respirations Ă©sotĂ©riques, Mandy transcende la sĂ©rie B indĂ©pendante en expĂ©rience sensorielle dĂ©sincarnĂ©e. Le dĂ©paysement est total - notamment dans ses splendides sĂ©quences d’animation, Ă©chos hallucinĂ©s de la psychĂ© d’un anti-hĂ©ros consumĂ© par la folie meurtrière. Et lorsque la fureur s’Ă©teint dans une tendresse mĂ©lancolique, subsiste l’Ă©motion pure : celle d’une Ĺ“uvre habitĂ©e, personnelle, thermique - oĂą l’humain, mĂŞme perdu dans la nuit, n’est jamais oubliĂ©.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
03.11.25. 2èx. Vostf. 

La p'tite chronique de Jean-Marc Micciche:
Séance découverte avec Mandy. Comme vous le savez certainement, Mandy traine depuis quelques semaines une réputation d'oeuvre de bargeot, à la fois folle et inclassable. Et vous savez quoi ? C'est vrai ! à l'heure, où le cinéma de genre et en particulier le fantastique et d'horreur a un mal fou pour sortir des sentiers battus (mais il y a fort heureusement des exceptions, Lords of salem, The witch etc), Mandy fait un bien immense. Non pas que l'essai ne divisera pas ou qu'il ne sera pas clivant, mais au moins quelqu'un a essayé un truc de dingue, un truc que les cinéphiles pourront se refiler au bon souvenir des seventies et eighties. Et il est évident que Mandy trouve sa moelle artistique à cette période. Car si sur le papier, Mandy a tout du revenge movie basique, son traitement narratif et visuelle est clairement à la croisée de diverses influences directes ou indirectes, comme si Lynch avaient tenté un croisement entre Hellraiser et The crow à la sauce Death Warmed up. C'est d'ailleurs à ce film oublié que Mandy fait le plus pensé tant le film diffuse une pate irrésistiblement punk et black métal. Alors oui on pourra arguer que la seconde partie est narrativement plus faible et plus mécanique dans sa démarche, mais elle parvient malgré tout à rester fidèle à son esthétisme et une nouvelle fois on peut se réjouir qu'un fou comme Nicolas Cage soit encore capable à sortir un film de cet acabit dans sa filmographie. D'autres spectres cinématographiques nourries le film : La dernière maison sur la gauche, le look gourou de Richard Lynch de Meurtres sous controles, un combat très massacre à la trançonneuse 2.....

vendredi 28 septembre 2018

AUCUN HOMME NI DIEU

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Hold the Dark" de Jeremy Saulnier. 2018. U.S.A. 2h06. Avec Jeffrey Wright, Alexander SkarsgĂĄrd, James Badge Dale, Riley Keough, Julian Black Antelope, Macon Blair.

Diffusé sur Netflix le 28 Septembre 2018

FILMOGRAPHIE: Jeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de photographie américain. 2007: Murder Party. 2013: Blue Ruin. 2015 : Green Room. 2018 : Aucun homme ni Dieu.


Excellent thriller Ă  la lisière de l'horreur et d'un fantastique mystique, Aucun homme ni dieu est une descente aux enfers aux trĂ©fonds de l'âme humaine que Jeremy Saulnier maĂ®trise avec un brio indiscutable. Un retour Ă  la sauvagerie primitive de par le passĂ© traumatique d'hommes profondĂ©ment offensĂ©s par la barbarie (celle de la guerre), la dĂ©sillusion et l'injustice, faute de disparitions infantiles irrĂ©solues. Ne comptant que sur leur indĂ©pendance, ils se rĂ©signent Ă  perpĂ©trer l'auto-justice au sein d'une contrĂ©e indienne livrĂ©e Ă  la sĂ©grĂ©gation et au laxisme d'une police infructueuse ! En Alaska, une mère de famille implore Ă  un spĂ©cialiste de retrouver le loup criminel de son jeune fils mystĂ©rieusement disparu. Russel Core accepte en toute loyautĂ©, et ce sans y ĂŞtre rĂ©munĂ©rĂ©. Dès lors, il part Ă  la traque aux loups avant de se raviser le soir mĂŞme et de retourner chez l'Ă©trange inconnue Ă  son tour disparue. Mais la subite prĂ©sence macabre de son dĂ©funt fils va amener Russel Ă  reconsidĂ©rer l'improbable situation parmi l'ingĂ©rence de la police. D'une extrĂŞme violence au sein d'un panorama naturel aussi vaste qu'envoĂ»tant et impĂ©nĂ©trable, Aucun homme ni dieu dilue une vĂ©nĂ©neuse atmosphère hostile. De par son silence ouatĂ© aux relents de magie noire et des agissements putassiers de criminels interlopes dont il est difficile d'y cerner les vĂ©ritables enjeux dans leur dĂ©termination Ă  ne laisser aucune clĂ©mence Ă  leurs prochains.


Tant auprès du corps policier que de la communautĂ© indienne, voir aussi auprès de quidams sans dĂ©fense. ImprĂ©gnĂ© de mystère diffus et de suspense latent, l'intrigue semĂ©e d'Ă©clairs de violence abrupts (le massacre des policiers est une chorĂ©graphie morbide proprement anthologique !) nous laisse le souffle coupĂ© de par son rĂ©alisme effrĂ©nĂ© et sa radicalitĂ© Ă  ne laisser aucune concession aux victimes d'autant plus innocentes et (le plus souvent) lâchement molestĂ©es. ProfondĂ©ment nihiliste, amer, noir et sans espoir, Aucun homme ni Dieu nous dresse un triste tableau de la nature humaine dĂ©pendante de son instinct primitif, de sa perversitĂ© (Spoil on y suggère en prime l'inceste selon notre interprĂ©tation fin du Spoil), de son hypocrisie, de ses mensonges, trahisons et coups bas si bien qu'elle se rĂ©signe Ă  purifier son entourage lors d'un bain de sang paroxystique. Or, une majoritĂ© de spectateurs risque finalement de faire grise mine quant au dĂ©nouement hermĂ©tique du rĂ©cit en suspens nous rĂ©servant plus de questions que de rĂ©ponses quant aux vĂ©ritables intentions des criminels en Ă©troite relation avec la nature sauvage des loups (et une complicitĂ© paraphile). Dans la mesure oĂą les us et coutumes de ces derniers (celle par exemple d'entamer un infanticide pour prĂ©server leur groupe en cas de survie) s'avère difficilement explicable, notamment si on oppose les Ă©tats d'âme Ă©quivoques (pour ne pas dire dĂ©viants) du couple maudit anĂ©anti par le chagrin d'une mort innocente.


Un homme parmi les loups
Bougrement dommage donc que ce final mystique Ă  multiples niveaux de lecture sème doute et frustration quant Ă  l'ultime coupable de cet infanticide en Ă©troite relation avec la cause des loups. Car Aucun homme ni Dieu Ă©tait Ă  deux doigts d'effleurer la rĂ©ussite probante, notamment sous l'impulsion vigoureuse de son casting inquiĂ©tant laissant libre court Ă  des pulsions dĂ©pressives dĂ©vastatrices. OĂą lorsque l'homme ne croit plus en sa nature humaine mais en l'Ă©thique du loup ! 

* Bruno

jeudi 27 septembre 2018

MASK. Prix d'interprétation féminine, Cannes 85.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Bogdanovitch. 1985. U.S.A. 2h00. Avec Eric Stoltz, Cher, Sam Elliott, Estelle Getty, Richard Dysart, Laura Dern.

Sortie salles France: 29 Mai 1985. U.S: 8 Mars 1985.

FILMOGRAPHIEPeter Bogdanovich est un critique, réalisateur et acteur de cinéma américain né le 30 juillet 1939 à Kingston, New York. 1968 : Voyage to the Planet of Prehistoric Women. 1968 : La Cible. 1971 : La Dernière Séance. 1971 : Directed by John Ford (documentaire). 1972 : On s'fait la valise, docteur ? 1973 : La Barbe à papa. 1974 : Daisy Miller. 1975 : Enfin l'amour. 1976 : Nickelodeon. 1979 : Jack le Magnifique. 1981 : Et tout le monde riait. 1985 : Mask. 1988 : Illégalement vôtre. 1990 : Texasville. 1992 : Bruits de coulisses. 1993 : Nashville Blues. 2001 : Un parfum de meurtre. 2007 : Tom Petty and the Heartbreakers: Runnin' Down a Dream (documentaire). 2014 : Broadway Therapy. 2018 : The Great Buster.


"Ce qu'il y a de bien dans la vie, esquimaux et gâteaux, balades en moto, chimpanzĂ©s en libertĂ©, la pluie sur ma langue et le soleil qui inonde mon visage. Ce qu'il y a de moche dans la vie, poussière dans mes cheveux, trous dans mes souliers, pas de sous dans mes poches et le soleil qui inonde mon visage." 

Bouleversant mĂ©lo retraçant le destin singulier d'un adolescent atteint de dysplasie craniomĂ©taphysaire (visage allongĂ© difforme apparentĂ© Ă  un masque), Mask s'inspire de l'histoire vraie de Roy L. Dennis avec une vĂ©ritĂ© humaine brute de dĂ©coffrage. Les comĂ©diens se fondant dans leur rĂ´le avec une spontanĂ©itĂ© fringante si bien que l'on se familiarise Ă  leur cĂ´tĂ© comme s'il s'agissait de notre propre famille. Cet esprit de famille gravitant autour de Rocky, cette tendresse immodĂ©rĂ©e imprimĂ©e dans la rĂ©alitĂ© de leur quotidien marginal, Peter Bogdanovich les met en exergue avec une dignitĂ© souvent intègre. Et ce en dĂ©pit d'un soupçon de pathos Ă  certains brefs moments (particulièrement Ă  travers les expressions de 2/3 regards constipĂ©s) et de la facilitĂ© de bons sentiments rapidement pardonnĂ©s grâce Ă  la vigueur des comĂ©diens pleinement impliquĂ©s Ă  travers leur idĂ©ologie libertaire. Mask nous relatant avec autant de pudeur que de candeur le parcours initiatique, la remise en question identitaire de Rocky en proie Ă  une soif de vivre ainsi qu'une quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d'y apprivoiser l'amour. Ainsi, ce sentiment insupportable d'abstinence, cette apprĂ©hension de ne jamais connaĂ®tre la chaleur d'un baiser charnel, Eric Stoltz nous les retransmet avec une sensibilitĂ© Ă©corchĂ©e vive !


Plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence, Ă  l'instar du chef-d'oeuvre Elephant Man, Mask nous laisse Ă©galement en Ă©tat second eu Ă©gard de son intensitĂ© dramatique convergeant vers une cruelle conclusion rĂ©solument crève-coeur. Outre le soin scrupuleux d'y dresser l'inoubliable portrait d'un ado dĂ©figurĂ© inĂ©vitablement sujet aux brimades, Ă  l'intolĂ©rance et Ă  la discrimination, Peter Bogdanovich se permet notamment Ă  travers le jeu si chĂ©tif et maternel de (l'ultra sexy !) Cher d'y esquisser un magnifique profil de mère marginale Ă  la fois caractĂ©rielle, instable et paumĂ©e, faute de ses rencontres lubriques d'un soir et de son addiction pour la drogue auprès d'une communautĂ© de motards pour autant humbles et solidaires. Pour se faire, la comĂ©dienne (chanteuse) n'a pas dĂ©robĂ© son Prix d'InterprĂ©tation FĂ©minine Ă  Cannes dans sa palette de sentiments contradictoires naviguant entre dĂ©chĂ©ance morale, remord et rĂ©demption. Et ce pour la cause d'un amour immodĂ©rĂ© pour son rejeton et celui (en ascension) de son amant (que campe sobrement le gĂ©nial car si charismatique Sam Elliott). Couple mythique s'il en est, Eric Stoltz (mĂ©connaissable en freak d'une sensibilitĂ© aiguĂ« !) et Cher immortalisent de leur empreinte un recueil de tendresses et d'Ă©motions Ă  travers leur trajectoire existentielle semĂ©e de discordes, de scènes de mĂ©nages, de conflits familiaux, si bien que l'allĂ©gresse, l'espoir et l'infortune ne cessent de se chamailler la mise.


Un crève-coeur dĂ©sarmant d'intensitĂ© prude. 
Terrassant d'Ă©motions (mĂŞme si certains accuseront le cotĂ© futilement mielleux de certaines postures sensiblement outrĂ©es) Ă  travers son message d'amour, de vie et de sagesse entre une mère immature et son fils difforme, Mask Ă©branle le coeur avec un rĂ©alisme trouble si je me rĂ©fère aux souvenirs qu'il nous imprime passĂ© le gĂ©nĂ©rique de fin. Dans la mesure oĂą le spectateur hantĂ© de ces dĂ©charges Ă©motionnelles semble avoir la trouble impression d'avoir perdu un propre membre de sa famille. 

Amitié à Seb Lake.

* Bruno
4èx

Récompense: Prix d'interprétation féminine pour Cher, Cannes 1985.


Roy L. Dennis

mercredi 26 septembre 2018

Les Aventures d'un Homme Invisible / Memoirs of an Invisible Man

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Carpenter. 1990. U.S.A. 1h39. Avec Chevy Chase, Daryl Hannah, Sam Neill, Michael McKean, Stephen Tobolowsky, Jim Norton.

Sortie salles France: 29 Juillet 1992. U.S: 28 Février 1992

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


Echec critique et commercial Ă  sa sortie alors qu'il s'agit d'une des rares commandes du maĂ®tre John Carpenter, Les Aventures d'un Homme Invisible ne mĂ©ritait pas tant de discrĂ©dit Ă  travers son format de sĂ©rie B ludique dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention. Et si l'intrigue minimaliste a de quoi dĂ©cevoir les plus exigeants (une simple course poursuite entre bons et mĂ©chants sur fond d'Ă©treinte amoureuse), John Carpenter parvient intelligemment Ă  s'extirper de la routine de par la disparitĂ© de situations aussi funs que cocasses (avec un discours autrement caustique sur la fidĂ©litĂ© amicale souvent biaisĂ©e), par l'inventivitĂ© de ces effets-spĂ©ciaux aussi surprenants que convaincants et par la tendre complĂ©mentaritĂ© du duo impromptu Chavy Chase / Daryl Hannah franchement attendrissant en amants marginaux s'Ă©paulant mutuellement afin de s'opposer Ă  l'espionnage international que Sam Neil leur sollicite avec un cynisme perfide en odieux mĂ©galo usant de son pouvoir rĂ©gi par la CIA. 


Le couple en fuite portant le film sur leurs Ă©paules tant Carpenter accorde beaucoup d'importance Ă  leur romance fusionnelle Ă  travers le thème si cher du droit Ă  la diffĂ©rence. Si bien que la tendre compagne d'Harvey accepte facilement la condition atypique de son amant de par les sentiments ardents qu'elle Ă©prouve pour lui en n'attachant aucune importance Ă  son physique aseptique. EmaillĂ© de courses-poursuites et scènes d'action plutĂ´t bien troussĂ©es au sein d'une mĂ©tropole joliment photographiĂ©e, les Aventures d'un Homme Invisible cède notamment place Ă  un onirisme candide (proche de la fĂ©erie) au fil de l'Ă©volution sentimentale du couple apprenant Ă  se connaĂ®tre dans la confiance et la confidence puis Ă  s'Ă©pauler avec une Ă©motion attendrie modestement charmante. Et ce sans sombrer dans une quelconque mièvrerie, notamment grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens suscitant une intègre chaleur humaine qu'on ne retrouve plus de nos jours, faute de cinĂ©astes opportunistes comptant le plus souvent sur une action hyperbole pour y combler le grand public. 


Un fort sympathique divertissement donc, aussi mineur soit-il (ce qui renforce aujourd'hui son charme rĂ©tro), parvenant sans temps morts Ă  amuser et Ă  fasciner de par l'astuce retorse de ses nombreux trucages efficacement gĂ©rĂ©s autour d'une traque aussi fun que tendrement romantique. 


* Bruno
11.05.22. 3èx

mardi 25 septembre 2018

MR. MAJESTYK

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dailymars.net

de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Charles Bronson, Al Lettieri, Linda Cristal, Paul Koslo, Frank Maxwell.

Sortie salles France: ?. U.S: 17 Juin 1974.

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.


Modèle d'efficacitĂ© au sein du film d'action que Richard Fleischer supervise avec souci professionnel, Mr. Majestyk est un jubilatoire jeu de massacre transcendĂ© par le tempĂ©rament imperturbable de Charles Bronson en justicier louable. Je m'explique: propriĂ©taire de pastèques auprès de 65 hectares, Vince Majestyk envisage d'employer de modestes ouvriers mexicains au moment mĂŞme oĂą un exploiteur sans vergogne souhaite les substituer par ses hommes de main. Face au refus pĂ©remptoire de Vince et après s'ĂŞtre affrontĂ©s verbalement, une risque s'ensuit entre eux mais Vince parvient Ă  dĂ©rober la carabine de son rival pour le brimer Ă  nouveau. ArrĂŞtĂ© par la police suite Ă  la plainte de son agresseur, c'est en cellule qu'il fait la connaissance du mafieux Frank Renda. Totalement indiffĂ©rent Ă  sa rĂ©putation criminelle, Vince se contente de le railler alors qu'au moment d'escorter Renda vers un autre pĂ©nitencier, des règlements de compte sanglants ont lieu en centre urbain afin de le faire Ă©vader. Mais dans le feu de l'action, Vince parvient Ă  s'Ă©chapper en bus avec Renda.


Après s'ĂŞtre planquĂ©s dans une cabane, ce dernier lui propose une transaction en Ă©change de sa libertĂ©. Loyal, honnĂŞte mais rusĂ©, Vince dĂ©cide plutĂ´t d'opĂ©rer un marchĂ© avec la police afin de rĂ©cupĂ©rer sa propre libertĂ© et ses pastèques Ă  cueillir. Mais grâce Ă  la complicitĂ© de sa compagne venue lui prĂŞter main forte, Renda parvient in extremis Ă  s'Ă©vader. Dès lors, transi de haine et de rancoeur, il jure de se venger en souhaitant la peau de Vince. Fort de cette intrigue habilement structurĂ©e, prĂ©texte Ă  règlements de compte sanglants et poursuites en règles jamais gratuits (rare pour ne pas le souligner dans le cadre du film d'action bourrin !), Mr. Majestyk diffuse un rythme effrĂ©nĂ© pour tenir lieu d'un affrontement stoĂŻque entre un mafieux aussi obtus qu'empotĂ© et un ancien vĂ©tĂ©ran du Vietnam, fin limier et hĂ©ros aguerri en justicier gouailleur ! Et donc Ă  travers un jubilatoire jeu du chat et de la souris oĂą les rĂ´les seront amenĂ©s Ă  s'inverser en cours de trajectoire Ă©pique, Mr. Majestyk redouble d'efficacitĂ© en opposant l'injustice d'une violence expĂ©ditive rĂ©solument couarde contre une auto-justice contre-intuitive misant sur le self contrĂ´le que Bronson instaure avec une force tranquille imprĂ©gnĂ©e de dĂ©rision. Le tout dans le cadre solaire d'une sĂ©rie B purement ludique Ă  la scĂ©nographie rurale.


Western moderne survitaminĂ© pour autant jamais racoleur lors des rĂ©currentes confrontations (aussi bien verbales que physiques) entre bons et mĂ©chants, Mr. Majestyk s'adonne Ă  la ferveur expansive Ă  travers les charismes striĂ©s du lĂ©gendaire Charles Bronson et du robuste (par la taille) Al Lettieri aussi bien impressionnant que dĂ©lectable en salopard sournois ne reculant devant aucune turpitude pour avoir le dernier mot. D'autres seconds-rĂ´les aussi irrĂ©sistibles dans leur posture chafouine sont Ă©galement Ă  la fĂŞte (Paul Koslo en faire-valoir mesquin), quand bien mĂŞme la très Ă©lĂ©gante et attachante Linda Cristal tente de se faire une place dans le coeur de Bronson avec une dĂ©termination sentimentale entĂŞtĂ©e. Rondement menĂ© car rĂ©alisĂ© de main de maĂ®tre sous l'impulsion dramatique de quelques Ă©clairs de brutalitĂ© assez rugueux (et ce mĂŞme si le hors-champs est parfois de mise), Mr Majestyk se permet en prime d'inciser ses dialogues Ă  travers des rĂ©pliques aussi cocasses qu'inventives nous provoquant le rire nerveux ! Une vĂ©ritable rĂ©ussite "vintage" auquel le dernier blockbuster mainstream fait bien pâle figure. 

* Bruno
3èx

lundi 24 septembre 2018

Superstition / la malédiction de la sorcière


de James W. Roberson. 1982. Canada. 1h26. Avec James Houghton, Albert Salmi, Lynn Carlin, Larry Pennell et Jacquelyn Hyde.

Sortie salles Canada: 12 Mars 1982

FILMOGRAPHIE: James W. Roberson est un rĂ©alisateur canadien. 1980: The Legend of Alfred Packer (sous le nom de Jim Roberson). 1982: Superstition. 1991: The Giant of Thunder Mountain.

                                  

"VHS sang et sortilèges".
InspirĂ© par la vague des films de maisons hantĂ©es ayant sĂ©vi quelques annĂ©es plus tĂ´t (Poltergeist, Amityville 1 et 2, Le Couloir de la mort, Trauma), Superstition fut, Ă  l’Ă©poque de sa sortie VHS, un hit dans les rayons des vidĂ©o-clubs — chez l’amateur de gore festif — au grand dam de son invisibilitĂ© en salles dans nos contrĂ©es.
Outre son allĂ©chante jaquette horrifico-sensuelle, le film doit son succès et sa rĂ©putation Ă  l’efficacitĂ© de ses effets spĂ©ciaux, rĂ©alisĂ©s avec un professionnalisme certain, n’ayant rien Ă  envier aux maĂ®tres notoires tels que Tom Savini, Ed French ou Dick Smith.

Le pitch : alors que deux meurtres inexpliquĂ©s viennent d’avoir lieu dans une demeure abandonnĂ©e, rĂ©putĂ©e hantĂ©e, les paroissiens d’une Ă©glise dĂ©cident de la mettre en location. Rapidement, une famille y emmĂ©nage. Mais de mystĂ©rieux Ă©vĂ©nements ne tardent pas Ă  se manifester, tandis que la police tente d’identifier un potentiel coupable.

                                  

Réalisé sans prétention mais avec amour du genre, ce B movie inédit en salles aura marqué toute une génération de vidéophiles des années 80, tant le bouche-à-oreille fut enthousiaste.
Le film jouit surtout d’une rĂ©putation sulfureuse, en raison de sa violence graphique — pour me rĂ©pĂ©ter.
Mais lorsqu’on revoit aujourd’hui Superstition (j’en suis Ă  mon septième visionnage !), on mesure Ă  quel point son scĂ©nario linĂ©aire et le jeu, perfectible mais attachant, de ses comĂ©diens mĂ©connus, sont rachetĂ©s par l’abondance de scènes horrifiques, particulièrement sanglantes et spectaculaires, ainsi que par son atmosphère typique de l’horreur eighties.   

Personne n’a oubliĂ© son inquiĂ©tant prĂ©ambule — la meilleure sĂ©quence du film — baignĂ© dans une ambiance feutrĂ©e : deux Ă©nergumènes, confinĂ©s dans une demeure obscure, y sont sauvagement assassinĂ©s par une entitĂ© surnaturelle.
Corps levĂ© en lĂ©vitation puis violemment fracassĂ© contre le plafond, tĂŞte explosĂ©e dans un micro-ondes… Et surtout, cette scène ahurissante oĂą l’un des jeunes se retrouve piĂ©gĂ© dans une porte-fenĂŞtre qui se referme sur son corps, le sectionnant net. Une vision brutale, bluffante, d’un rĂ©alisme cruel et incisif.

                                    

Ce prologue, prometteur, riche en ambiance diffuse et en Ă©motions fortes, s’avère ĂŞtre la plus belle attraction du film avant de renouer, lors de son climax, avec ce mĂŞme climat mortifère et explosif, truffĂ© de pĂ©ripĂ©ties meurtrières.
Ă€ l’image de cette sĂ©quence cinglante oĂą une jeune fille est sauvagement empalĂ©e, un pieu traversant son crâne !
Si le cheminement narratif ne brille pas par sa surprise, il demeure efficace par la métronomie des scènes chocs, surgissant en moyenne toutes les dix minutes.
Le script occulte se fonde sur une lĂ©gende locale : en 1684, une sorcière condamnĂ©e par l’Inquisition fut noyĂ©e au fond d’un lac. Avant de pĂ©rir, elle jura de se venger — promesse funeste faite aux villageois hilares — et annonça son retour pour hanter leurs descendants.

MalgrĂ© son manque d’inventivitĂ© scĂ©naristique et ses personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s, Superstition parvient Ă  susciter la sympathie grâce Ă  la pertinence de ses effets chocs, Ă  une rĂ©alisation modeste mais sincère, et Ă  l’attrait bonnard de ses protagonistes — aussi naĂŻfs soient-ils — confrontĂ©s au Mal.
Le flic obtus, obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e que le simplet du village est coupable de la mort de son partenaire ; le rĂ©vĂ©rend Maier, furtif mais marquant ; et surtout le rĂ©vĂ©rend Thompson, hĂ©ros fragile et tenace, prĂŞt Ă  dĂ©fendre cette famille coĂ»te que coĂ»te.

                                  

Scherzo video productions: "La Maison qui saignait toutes les dix minutes".
En dĂ©pit de ses dĂ©fauts — notamment l’absence de suspense — Superstition demeure une sĂ©rie B fort sympathique, scandĂ©e par l’audace de ses effets gores (trois sĂ©quences font date), par une ambiance pesante, parfois gĂ©nialement oppressante, et par un casting de seconde zone qui se dĂ©bat avec une naĂŻvetĂ© attachante contre les forces du Mal.
Une bande originale percutante insuffle mĂŞme, par instants, une intensitĂ© Ă©pique Ă  une dramaturgie Ă©tonnamment prononcĂ©e. BourrĂ© de charme ce mĂ©trage au demeurant. 


* Bruno
25.05.22. èèx
24.09.18. 
25.04.11. 325 vues

vendredi 21 septembre 2018

Abandonnée / Los Abandonados

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nacho Cerda. 2006. Angleterre/Espagne. 1h39. Avec Anastasia Hille, Karel Roden, Valentin Ganev, Paraskeva Djukelova et Carlos Reig-Plaza.

Sortie en salles en France le 30 Mai 2007.

FILMOGRAPHIENacho Cerda est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol nĂ© en 1969.
1990: The Awakening (court). 1994: Aftermath (court). 1998: Genesis (court). 2006: AbandonnĂ©e
                                     
 
« Nous nous hantons nous-mĂŞmes. Ils sont notre mort, notre futur… »
Après s’ĂŞtre fait remarquer avec sa trilogie de la mort et son inoubliable poème nĂ©crophile Aftermath, Nacho CerdĂ  Ă©tait attendu au tournant pour son premier long mĂ©trage, tournĂ© en Bulgarie. Hommage assumĂ© Ă  L’Au-delĂ  de Lucio Fulci, AbandonnĂ©e convoque le bad trip quasi expĂ©rimental pour plonger le spectateur dans un Ă©tat second, entre malaise et fascination morbide, via un voyage temporel jusqu’au bout des tĂ©nèbres.

Le pitch : AdoptĂ©e depuis sa naissance et n’ayant jamais connu l’identitĂ© de ses parents, Marie apprend la dĂ©couverte du cadavre de sa mère biologique et hĂ©rite d’une ferme familiale en ruines. AccompagnĂ©e d’un Ă©trange guide, elle se rend sur les lieux, en Russie. Sur place, elle rencontre NikolaĂŻ, un homme Ă©nigmatique, rĂ©uni lĂ  pour des raisons similaires.

Dès son prĂ©lude oppressant situĂ© en 1966, dans une contrĂ©e forestière brumeuse, AbandonnĂ©e s’inscrit dans une tonalitĂ© rugueuse : une femme mourante confie dans un dernier souffle deux nourrissons en larmes Ă  des paysans hagards. Quarante ans plus tard, frère et sĹ“ur tentent de renouer avec leur passĂ© enterrĂ©, pendant que leurs doubles fantomatiques rĂ´dent, tapis dans les couloirs du souvenir. PortĂ© par une photographie blafarde et des jeux de lumière d’une grande beautĂ© spectrale, CerdĂ  transfigure son dĂ©cor forestier pour mieux nous perdre dans un cauchemar permĂ©able, Ă  mi-chemin entre rĂŞve, rĂ©miniscence et hallucination.                               

Ă€ l’instar des hĂ©ros de Fulci, Marie et NikolaĂŻ errent comme deux âmes hagardes dans une demeure hantĂ©e par leur propre reflet. Conscients de marcher vers leur destin, ils s’enfoncent dans un labyrinthe de paranoĂŻa, cherchant Ă  percer le secret de la mort de leurs parents — et notamment celui du père, figure malĂ©fique adepte de forces occultes, rĂ©pĂ©tant inlassablement : « Ne brisons pas le cercle. »

Dans cette atmosphère de rĂ©alisme cafardeux, l’angoisse s’infiltre partout. Chaque pièce disloquĂ©e exhale une dĂ©crĂ©pitude poisseuse : parquets moisis, cloisons suintantes, toiles d’araignĂ©e engluant les meubles dans leur odeur de renfermĂ©. Le sous-sol, envahi par les eaux, charrie des râles d’agonie et des voix d’outre-tombe, oĂą des silhouettes parcheminĂ©es invitent Ă  la damnation. Ce voyage vĂ©nĂ©neux, hors du temps, emprisonne le spectateur dans un cauchemar Ă©veillĂ©, oĂą fiction et rĂ©alitĂ© s’entrelacent dans un ballet d’images de plus en plus violentes et dĂ©stabilisantes.

Porcs dĂ©chiquetant un cadavre en gros plan, nourrisson sacrifiĂ© dans une eau rougeâtre... Ces sĂ©quences, quasi insoutenables, marquent au fer rouge. Grâce Ă  la force de ses visions horrifico-macabres et Ă  sa mise en scène Ă©touffante, CerdĂ  transforme sa maison en huis clos tentaculaire, oĂą chaque cadrage devient une menace. AbandonnĂ©e s’impose alors comme un cauchemar mĂ©taphysique, d’une intensitĂ© diaphane et toxique.                                  


"Spectres d’une mĂ©moire close".
ImprĂ©gnĂ© d’une Ă©trangetĂ© dense, AbandonnĂ©e dĂ©ploie, par le biais d’une camĂ©ra nerveuse, un cauchemar Ă©veillĂ© habitĂ© par le doute, la peur, l’oubli, la mort — et la persistance spectrale de soi. PortĂ© par des comĂ©diens sobres, fĂ©briles, transis d’Ă©motion, ce poème lugubre interroge l’identitĂ© et l’existence, jusqu’Ă  son point d’orgue nihiliste, suggĂ©rant peut-ĂŞtre une dĂ©livrance dans l’abandon. Du pur cinĂ©ma d’ambiance, Ă©corchĂ©, sensoriel, personnel : pièce maĂ®tresse d’un dĂ©dale horrifique Ă  la fois putride et Ă©thĂ©rĂ©.

* Bruno
15.08.24. Vostfr. 4èx
21.09.18. 
27.05.11. (2283 vues)

jeudi 20 septembre 2018

Le FantĂ´me de Milburn / Ghost-Story

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allpicspeople.skyrock.com

de John Irvin. 1981. U.S.A. 1h50. Avec Fred Astaire, Melvyn Douglas, Douglas Fairbanks Jr, John Houseman, Craig Wasson, Patricia Neal, Alice Krige.

Sortie salle France: 30 Juin 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJohn Irvin est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste anglais, nĂ© le 7 Mai 1940 Ă  Newcastle-upon-Tyne en Angleterre. 1980: Les Chiens de Guerre. 1981: Le FantĂ´me de Milburn. 1984: Champions. 1986: Le Contrat. 1987: Hamburger Hill. 1989: Un Flic Ă  Chicago. 1990: La Guerre des Nerfs. 1991: Robin des Bois. 1994: Parfum de Scandale. 1997: City of Crime. 2001: Vengeance Secrète. 2008: The Garden of Eden.


RĂ©alisateur Ă©clectique, John Irvin s'entreprend avec son second long d'adapter une histoire de fantĂ´mes d'après une nouvelle de Peter Straub. Bien connu des amateurs de films de guerre et d'action, Ă  l'instar des Chiens de GuerreHamburger Hill ou du ContratJohn Irvin empreinte ici la voie de l'Ă©pouvante vĂ©tuste parmi l'aimable intervention d'anciennes gloires des annĂ©es 30 (Fred Astaire ici dans son dernier rĂ´le, Melvyn DouglasDouglas Fairbanks Jr, puis dans une moindre mesure John Houseman !). Le PitchUn groupe de septuagĂ©naires, anciens amis de longue date, sont communĂ©ment confrontĂ©s Ă  endurer le mĂŞme cauchemar durant leurs nuits d'insomnies. HantĂ©s par un terrible secret, ces derniers vont devoir affronter le fantĂ´me d'une jeune dame revancharde ! ConfectionnĂ© sous le moule d'une ghost story vintage en oscillant la reconstitution des annĂ©es 30 avec celle contemporaine des annĂ©es 80, Le FantĂ´me de Milburn a de quoi fantasmer les amateurs de bonnes vieilles histoires horrifiantes que l'on aime se narrer au coin du feu autour d'un verre de cognac ! C'est ce que nous suggère son prologue quelque peu envoĂ»tant (Ă  l'instar de l'intro anthologique de Fog de Carpenter narrĂ©e par le mĂŞme acteur) lorsque 5 notables se rĂ©unissent pour Ă©couter ensemble une histoire macabre en bonne et due forme.


Quand bien mĂŞme le soin de la photo envoĂ»tante, les impressionnants maquillages Ă©laborĂ©s par le spĂ©cialiste Dick Smith au travers de visions macabres redoutablement rĂ©alistes et la prestance d'anciens vĂ©tĂ©rans d'Hollywood prĂ©disposent une oeuvre solide traitĂ©e avec modeste conviction. EvacuĂ© de sĂ©quences spectaculaires ou effrayantes il est vrai, les quelques apparitions spectrales qui jalonnent le rĂ©cit s'avèrent tout de mĂŞme marquantes (bien que concises) auprès de l'aspect morbide des cadavres en putrĂ©faction ! Mais surtout, la beautĂ© glaçante de la vĂ©nĂ©neuse actrice Alice Krige emporte tout sur son passage de par sa trouble charnalitĂ© illuminant l'Ă©cran Ă  travers son regard redoutablement austère. Son jeu lestement ombrageux Ă©manant des rĂ©miniscences de son ancienne tragĂ©die alterne emprise Ă©rotique (les Ă©treintes sexuelles torrides sont sensorielles par leur rĂ©alisme dĂ©complexĂ©) et sentiment trouble de malaise eu Ă©gard de ses postures versatiles que ces amants reluquent avec une inquiĂ©tude mĂŞlĂ©e de peur et de fascination. John Irvin prenant soin, entre simplicitĂ© et efficacitĂ©, Ă  nous broder autour de ce personnage interlope une superbe ghost-story oĂą l'Ă©rotisme quasi omniprĂ©sent et l'anxiĂ©tĂ© du danger sous-jacent titillent les sens des protagonistes et du spectateur tourmentĂ©s par un vortex d'Ă©motions contradictoires eu Ă©gard de l'enjeu du dĂ©sir galvaudĂ©. 


D'un onirisme tout Ă  la fois macabre et sensuel formellement veloutĂ©, contĂ© avec attention et formidablement interprĂ©tĂ© par de solides monstres sclĂ©rosĂ©s rĂ©unis pour le meilleur d'une ghost-story adulte, Le FantĂ´me de Milburn envoĂ»te notre attention sous l'impulsion de la beautĂ© blafarde Alice Krige rĂ©solument magnĂ©tique en spectre revancharde incapable d'acquĂ©rir le repos faute de ses prĂ©tendants infortunĂ©s. A revoir fissa, de prĂ©fĂ©rence un soir d'hiver, en VO.  

* Bruno
20.10.22. vostfr. 5èx
20.09.18. 
29.05.13 (107 vues)

mercredi 19 septembre 2018

Beau-Père. Prix du Meilleur Film Etranger, Critics Awards 1982.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Bertrand Blier. 1981. France. 2h04. Avec Patrick Dewaere, Ariel Besse, Maurice Ronet, Geneviève Mnich, Maurice Risch, Nathalie Baye, Nicole Garcia, Macha Méril.

Sortie salles France: 16 Septembre 1981 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEBertrand Blier est un réalisateur, scénariste et écrivain français, né le 14 mars 1939 à Boulogne-Billancourt.1967 : Si j'étais un espion. 1974 : Les Valseuses. 1976 : Calmos. 1978 : Préparez vos mouchoirs. 1979 : Buffet froid. 1981 : Beau-père. 1983 : La Femme de mon pote. 1984 : Notre histoire. 1986 : Tenue de soirée. 1989 : Trop belle pour toi. 1991 : Merci la vie. 1993 : Un, deux, trois, soleil. 1996 : Mon homme. 2000 : Les Acteurs. 2003 : Les Côtelettes. 2005 : Combien tu m'aimes ? 2010 : Le Bruit des glaçons. 2019 : Convoi exceptionnel.


Relatant sans trivialité la relation scabreuse entre une ado de 14 ans et son beau-père trentenaire suite au décès précipité de son épouse, Beau-père bouleverse nos sens et notre morale sous l'impulsion d'un duo de comédiens transis d'émoi amoureux. Bertrand Blier, auteur sulfureux émérite abordant ici le thème de l'hébéphilie avec autant de pudeur que d'audace inouïe dans son désir jusqu'au-boutiste, frontal, de nous confronter à une improbable histoire d'amour entre un adulte et une ado consentante. Si bien qu'en l'occurrence, la prémices du désir émane de Marion littéralement enivrée par sa passion viscérale pour son beau-père alors que celui-ci s'efforcera (de prime abord) de repousser ses avances dans sa responsabilité adulte et paternelle. Sans jamais juger le comportement si amoral de ses personnages ou de nous faire la morale du bien-penseur, Bertrand Blier nous plonge dans leur vertige amoureux avec une intensité dramatique parfois éprouvante eu égard de l'immoralité de leur liaison interdite et de l'issue en demi-teinte de son cruel dénouement.


Et donc à travers la difficulté de gérer la perte de l'être aimé, l'auteur nous radiographie avec tact, dérision (les dialogues inventifs s'avèrent parfois grinçants au point de provoquer quelques rires nerveux !) et beaucoup de pudeur la plongée intimiste du duo familial dans l'emprise des sentiments, faute de leur fragilité esseulée et de leur désarroi existentiel (d'autant plus que Rémi est au chômage en dépit de son métier de pianiste à ses heures perdues). Au-delà de son climat aussi bien dérangeant que perturbant à travers un huis-clos clairsemé à la fois étouffant et rustique (l'appartement puis la maison de campagne en second acte), Beau-père est illuminé par la force d'expression de Patrick Dewaere (le plus grand acteur français selon mon jugement de valeur) en beau-père paumé et indécis, voir névrosé, pour autant rempli d'affection, d'amour et de bienveillance pour sa belle-fille. Quand à Ariel Besse, on reste ébahi par sa performance naturelle très audacieuse à exhiber son plus simple appareil en ado pubère en proie au désir corporel et sentimental. Douce, fragile, flegmatique et d'autant plus si innocente, Marion ne parvient pas à refréner ses pulsions sexuelles et sentimentales en dépit de sa sagesse, sa compréhension à laisser Rémi s'autoriser l'adultère (potentiellement rédemptrice). Bref, ce duo inoubliable plongé dans leur stricte solitude nous laisse finalement dans une drôle d'impression morale, une ambiguïté émotionnelle mêlée d'échec, d'amertume et de libération.


Folle romance paraphile proprement vertigineuse, voire mĂŞme limite sensorielle dans la retranscription vĂ©riste des sentiments (et des corps) mis Ă  nu face camĂ©ra, Beau-père fait office d'expĂ©rience Ă©motionnelle sensiblement scabreuse dans sa manière radicale de nous bouleverser la raison (avec toutefois une subtile pudeur) auprès d'un amour condamnable. Magnifique dans la fragilitĂ© expressive des amants mais aussi perturbant dans leur tendresse irraisonnĂ©e, on en sort finalement transformĂ© passĂ©e sa conclusion aussi bien amère qu'Ă©quivoque. Si bien que personne, spectateur compris, ne semble en sortir indemne...
Pour public averti.

* Bruno

Boston Society of Film Critics Awards 1982 : Prix du meilleur film étranger

Note (Wikipedia): Bertrand Blier précise que l'affiche n'est pas celle qui avait été choisie à l'origine. Le producteur aurait imposé la version (plus sulfureuse) que l'on connaît à son insu. Ce qui a nuit au film et à la jeune actrice si bien qu'il y a eu un "procès" à ce sujet.

Le point de vue de Mathias Chaput:
« Beau-père » traite d’un sujet douloureux et dĂ©licat, très peu exploitĂ© au cinĂ©ma, du moins de cette façon, la pĂ©dophilie, mais Blier est malin et sensible, ici aucune outrance ni vulgaritĂ© mais une succession de saynètes simples dans des dĂ©cors Ă©purĂ©s et un jeu d’acteur respectueux et pudique…
Dewaere est habitĂ© par son rĂ´le comme dans la plupart de ses films et la jeune Ariel Besse Ă©tonnante de professionnalisme et d’intelligence, il faut un grand courage pour endosser son personnage loin des lolitas dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©es que l’on avait l’habitude de voir, elle reprĂ©sente Marion, le personnage central du mĂ©trage, celle par qui tout arrive, c’est elle le vecteur de l’intrigue et de cette histoire d’amour quasi impossible mais rendue attachante par un Blier au firmament…
Les seconds rĂ´les sont Ă  la fois distants et proches de RĂ©mi, notamment le contrebassiste et son Ă©pouse ou les deux femmes qui apparaissent au dĂ©but et au final du film (Nicole Garcia et Nathalie Baye, la veuve qui ouvrira les yeux de Dewaere et par consĂ©quent le sauvera de sa relation folle avec Marion)…
L’escapade Ă  Courchevel permet de confirmer l’amour fou entre RĂ©mi et Marion, tour Ă  tour passionnĂ© et d’une tentation quasi irrĂ©elle, Blier pose sa camĂ©ra et laisse aller ses personnages dans une lente mais efficiente love story insolite qui pourra encore de nos jours paraĂ®tre dĂ©placĂ©e voire illĂ©gale mais « Beau-père » n’est jamais un film obscène ou pĂ©dophile dans le sens « pornographique » du terme, c’est plus un drame passionnel oĂą gravitent des protagonistes paumĂ©s et sans repères…
Le repère, justement, aussi bien pour le spectateur que pour RĂ©mi, c’est Marion ; RĂ©mi a tout perdu, sa femme, son travail de pianiste, il vit dans un environnement dĂ©lĂ©tère qui n’a que peu de sens pour lui, et dès qu’il intègre le fait que Marion est amoureuse de lui, sa vie change mais heureusement pour la biensĂ©ance, de façon partielle et Ă©phĂ©mère…
Ce n’est que lorsque sa raison regagne sa place et la rencontre avec Nathalie Baye que sa conscience reprend ses droits et qu’il retombe sur ses pieds…
Finement jouĂ© et assumĂ© totalement par Bertrand Blier, « Beau-père » est une Ĺ“uvre dĂ©rangeante mais Ă  l’histoire suffisamment bien ficelĂ©e qui Ă©volue en flux tendu par son cĂ´tĂ© scabreux mais qui demeure le tĂ©moignage d’un très bon cinĂ©ma, osĂ© et talentueux…
Il faut ĂŞtre ouvert cinĂ©matographiquement pour le visionner mais « Beau-père » est une grande performance dramatique, Ă  contre-courant du cinĂ©ma traditionnel, Blier a une nouvelle fois entrepris un pari risquĂ© qu’il a gagnĂ© haut la main…
C’est le genre de metteurs en scène qui rend honneur au cinĂ©ma hexagonal, nous nous devons de le souligner…

Note : 9/10

mardi 18 septembre 2018

LE DEMON DANS L'ILE. Prix du Suspense, Avoriaz 83.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Francis Leroy. 1983. France. 1h39. Avec Jean-Claude Brialy, Anny Duperey, Gabriel Cattand, Pierre Santini, Cerise, Janine Magnan.

Sortie salles France: 30 Mars 1983

FILMOGRAPHIE PARTIELLE (le monsieur ayant tournĂ© une quarantaine de films X): Francis Leroi est un cinĂ©aste français, nĂ© le 5 septembre 1942 Ă  Paris, dĂ©cĂ©dĂ© le 21 mars 2002 Ă  l’Ă®le Maurice. 1968 : La PoupĂ©e rouge. 1969 : CinĂ©-Girl. 1972 : La Michetonneuse. 1982 : Le DĂ©mon dans l’Ă®le.


Quelle bien Ă©trange curiositĂ© que ce DĂ©mon dans l'Ă®le portant la signature de Francis Leroy,  (rĂ©alisateur entre autre de films X) et incarnĂ© par nos illustres acteurs Jean-Claude Brialy, Anny Duperey. DĂ©barquĂ©e sur une Ă®le bretonne afin d'oublier la disparition tragique de son Ă©poux et de son fils, Gabrielle Martin est tĂ©moin d'incidents domestiques inexpliquĂ©s. Les citadins Ă©tant victimes de leurs appareils mĂ©nagers potentiellement dĂ©fectueux. Son enquĂŞte l'amène Ă  frĂ©quenter l'Ă©trange et solitaire docteur Paul Henry Marshall. SĂ©rie B française correctement menĂ©e et rĂ©alisĂ©e, le DĂ©mon dans l'Ă®le possède l'indĂ©niable efficacitĂ© de nous proposer des sĂ©quences chocs redoutablement impressionnantes par leur impact horrifique Ă  la fois spectaculaire, inventif, gore et viscĂ©ral.


De par la diversité des ustensiles utilisés (couteau électrique, four, ours en peluche, téléviseur, rasoir), les scènes chocs se succèdent habilement sans jamais nous lasser, et ce en dépit de leur aspect itératif. Et donc sur ce point, le film s'avère une franche réussite, tant auprès des FX simples mais relativement soignés, que de l'instauration d'un suspense tendu quant à l'éventuelle sort de la victime manipulant insouciamment l'appareil domestique. Francis Leroy jouant notamment avec un suspense sardonique lorsque 2 ou 3 protagonistes réunis dans la même maison pourraient faire les frais de l'appareil diabolique qu'ils manipulent indépendamment dans une pièce distincte ! Quant aux tenants et aboutissants de l'intrigue assez nébuleuse, à mi chemin entre la parodie involontaire et la sobriété la plus louable, on reste autant surpris qu'interloqués à traiter du thème de la télékinésie avec une certaine ambiguïté. Pour autant, grâce au jeu très convaincant d'Anny Duperey en investigatrice pugnace et au dynamisme du rythme (rehaussée d'un climat insulaire sensiblement envoûtant), on suit son trajet avec autant d'appréhension que de soif de vérité à percer le mystère qui entoure l'île hantée d'un secret infantile éhonté. On n'en dira pas tant de la prestance un peu trop rigide de Jean-Claude Brialy en manipulateur ésotérique trop altier pour être convaincant.


RĂ©compensĂ© du Prix du Suspense Ă  Avoriaz, du Prix d'interprĂ©tation fĂ©minine pour Anny Duperey et des Meilleurs Effets spĂ©ciaux Ă  Fantasporto, Le DĂ©mon dans l'Ă®le dilue une aura d'Ă©trangetĂ© toute particulière Ă  travers la personnalitĂ© intègre de Francis Leroy s'efforçant scrupuleusement de nous distraire dans un jeu de peur irrationnel aussi troublant et poĂ©tique qu'hermĂ©tique d'une certaine manière. L'intrigue elliptique cĂ©dant un peu Ă  la facilitĂ©, aux chemins de traverse finalement Ă  travers l'exploitation d'un cerveau surdimensionnĂ©. A dĂ©couvrir en tous cas avec intĂ©rĂŞt, notamment auprès de sa nationalitĂ© française plutĂ´t frileuse avec le genre Fantastique. 

* Bruno
2èx

lundi 17 septembre 2018

FLAGELLATIONS

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pete Walker. 1974. Angleterre. 1h42. Avec Barbara Markham, Penny Irving, Robert Tayman, Patrick Barr, Ray Brooks

Sortie salles France: 4 Janvier 1984. Angleterre: 19 Avril 1974

FILMOGRAPHIE: Pete Walker est un réalisateur, scénariste et producteur britannique, né en 1939 à Brighton. 1968: l'Ecole du sexe, For men only, 1970: Cool, c'est Carol, 1971: Man of violence, Die Screaming, Marianne, 1972: Quatre dimensions de Greta, le Théâtre de l'angoisse, 1973: Tiffany Jones, 1974: Flagellations, Frightmare, 1976: The Confessionnal, Schizo, 1978: Hallucinations, 1979: Home Before Midnight, 1983: House of the long shadows.


Si l'idĂ©e de dĂ©part Ă©tait plutĂ´t allĂ©chante sur le papier (anciens dirigeants d'une prison, un groupe de retraitĂ©s rigoristes kidnappent des jeunes filles dans leur maison de correction pour les expier de leurs pĂŞchers), Flagellations ne dĂ©passe pas le stade du sympathique divertissement de par son intrigue redondante Ă©ludĂ©e de surprises. Et ce mĂŞme si sa cruelle dramaturgie peut parfois agrĂ©ablement surprendre dans son refus de concession. IncarnĂ©s par des comĂ©diens tout juste convaincants et rĂ©alisĂ© avec  l'attachante maladresse qu'on lui connait, Pete Walker exploite passablement son sujet, notamment auprès de la caractĂ©risation de ces personnages tantĂ´t trop Ă©quivoques ou versatiles (le fils de la matriarche - incarnĂ© par Robert Tayman - ne sait pas vraiment sur quel pied danser dans sa position contradictoire de kidnappeur clĂ©ment). Pour autant, et sans doute avec indulgence, la farce gentiment horrifique se gaussant du fondamentalisme et des chartes archaĂŻques de la juridiction se laisse suivre sans ennui Ă  dĂ©faut de lui tolĂ©rer un second visionnage. On a en tous cas connu Pete Walker plus fou, audacieux et inspirĂ© avec Frightmare, Hallucinations et surtout Mortelles Confessions (son oeuvre la plus aboutie et convaincante).

* Bruno