mercredi 17 octobre 2018

LA FEMME DE MON POTE

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Bertrand Blier. 1983. France. 1h40. Avec Coluche, Thierry Lhermitte, Isabelle Hupert, François Perrot, Daniel Colas, Frédérique Michot, Farid Chopel.

Sortie salles France: 31 Août 1983.

FILMOGRAPHIE: Bertrand Blier est un réalisateur, scénariste et écrivain français, né le 14 mars 1939 à Boulogne-Billancourt.1967 : Si j'étais un espion. 1974 : Les Valseuses. 1976 : Calmos. 1978 : Préparez vos mouchoirs. 1979 : Buffet froid. 1981 : Beau-père. 1983 : La Femme de mon pote. 1984 : Notre histoire. 1986 : Tenue de soirée. 1989 : Trop belle pour toi. 1991 : Merci la vie. 1993 : Un, deux, trois, soleil. 1996 : Mon homme. 2000 : Les Acteurs. 2003 : Les Côtelettes. 2005 : Combien tu m'aimes ? 2010 : Le Bruit des glaçons. 2019 : Convoi exceptionnel.


"Le meilleur souvenir que garde une femme d'une liaison c'est l'infidĂ©litĂ© qu'elle lui a faite." 
Tendre comĂ©die acide fondĂ©e sur les rapports insidieux d'un triangle amoureux en proie au doute et Ă  la ferveur de la passion, La Femme de mon pote est servi par de formidables acteurs sous la houlette de l'auteur Bertrand Blier maĂ®trisant son sujet avec la personnalitĂ© corrosive qu'on lui connait (notamment Ă  travers ses dialogues plutĂ´t chiadĂ©s !). Alors que Pascal multiplie les conquĂŞtes  fĂ©minines grâce Ă  son physique plutĂ´t avantageux, son meilleur pote Micky lui sermonne Ă  nouveau la morale de ne plus tomber amoureux d'une inconnue depuis sa nouvelle frĂ©quentation avec la sĂ©duisante Viviane. Or, Ă  son tour Micky se laisse aguicher par les avances de cette dernière experte dans l'art de duper ses proies masculines. ComĂ©die aigre douce abordant avec humanitĂ© et sensibilitĂ© les thèmes de l'infidĂ©litĂ© et de la trahison par le biais d'une amitiĂ© indĂ©fectible, La Femme de mon pote provoque une Ă©motion empathique lorsque deux meilleurs amis cèdent finalement Ă  la mĂ©diation faute du pouvoir vĂ©nĂ©neux, pour ne pas dire irrĂ©pressible de l'amour. Bertrand Blier n'accusant jamais ses personnages Ă  la fois fragiles, torturĂ©s et contrariĂ©s de par l'ivresse sentimentale qu'ils s'adonnent avec autant de remord et contradiction dans leur soif de chĂ©rir et d'ĂŞtre aimĂ©.


Si Thierry Lhermitte et Coluche forment une complicitĂ© versatile Ă  travers leur solide amitiĂ© subrepticement Ă©cornĂ©e par les sentiments de lâchetĂ© et de solitude, la pĂ©tillante Isabelle Huppert  rivalise de douce exubĂ©rance en allumeuse instable pour autant affublĂ©e d'une inopinĂ©e tendresse pour ses ultimes prĂ©tendants. A travers leurs situations conjugales sensiblement cocasses et parfois cruelles, ils forment un trio masochiste en amants trompĂ©s avec l'espoir d'emporter la mise pour servir leur ego. A titre subsidiaire, on peut rappeler que le rĂ©cit s'inspire d'une histoire vraie si bien que Coluche eut une liaison avec l'ex d'un de ses meilleurs amis Patrick Dewaere, dĂ©cĂ©dĂ© rĂ©cemment avant la sortie du film. D'ailleurs, initialement, celui-ci et Miou Miou devaient mutuellement incarner les rĂ´les de Pascal et Viviane, mais face Ă  la soudaine tragĂ©die Miou Miou rĂ©futa le rĂ´le quand bien mĂŞme Coluche faillit Ă©galement se dĂ©sister du tournage avant de se raviser, Ă  regret, si bien qu'il garde un mauvais souvenir du tournage (notamment en rapport Ă  son addiction pour la drogue). Enfin, les critiques de l'Ă©poque ne furent guère tendres pour soutenir le nouveau Bertrand Blier (un peu moins ambitieux que ces prĂ©cĂ©dentes rĂ©ussites il est vrai !) alors que le public se dĂ©plaça dans les salles avec 1 485 746 entrĂ©es.


D'une surprenante et attachante tendresse mĂ©lancolique entre 2,3 verves pittoresques, La Femme de mon pote milite avant tout pour la fidĂ©litĂ© amicale afin de se prĂ©server des exubĂ©rances (ambivalentes) de l'amour le plus insolent et aguicheur. A revoir ne serait ce que pour le trio Lhermitte / Coluche / Huppert (plus belle que jamais !) assez impliquĂ©s dans leur posture socialement incorrecte pour autant bonnard.  

* Bruno

mardi 16 octobre 2018

Long Week-end

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Long Weekend" de Colin Egleston. 1978. Australie. 1h32. Avec John Hargreaves, Briony Behets, Mike McEwen, Roy Day, Michael Aitkens.

Sortie salles France: 30 Juillet 1980. U.S/Australie: 29 Mars 1979

FILMOGRAPHIEColin Eggleston est un rĂ©alisateur australien, nĂ© le 23 Septembre 1941 Ă  Melbourne, dĂ©cĂ©dĂ© le 10 AoĂ»t 2002 Ă  Genève. 1977: Fantasm Comes Again (pseudo Eric Ram). 1978: Long Week-end. 1982: The Little Feller. 1984: Innocent Prey. 1986: Cassandra. 1986: Dakota Harris. 1986: Body Business (tĂ©lĂ©-film). 1987: Outback Vampires.


En 1978 surgit sur les Ă©crans un modeste film australien au budget dĂ©risoire, signĂ© d’un metteur en scène nĂ©ophyte dirigeant brillamment deux comĂ©diens encore mĂ©connus. Ă€ la surprise gĂ©nĂ©rale, les rĂ©compenses pleuvent — Ă  rebours de l’accueil glacial rĂ©servĂ© par son propre pays ! Antenne d’Or Ă  Avoriaz, Prix SpĂ©cial du Jury, Prix de la Critique au Rex de Paris, Meilleur Film, Meilleur Acteur pour John Hargreaves, Prix du Jury Ă  Sitges… Rien que ça.
Quelques dĂ©cennies plus tard, remake amorcĂ©, ce chef-d’Ĺ“uvre Ă©colo (terriblement actuel !) conserve intact son pouvoir de fascination, irradie d’un environnement naturel follement anxiogène, presque vĂ©nĂ©neux.

Un couple au bord de la rupture tente de se rĂ©concilier le temps d’un long week-end dans une nature sauvage, Ă  proximitĂ© d’une plage. Après avoir plantĂ© leur tente sur un bout de terrain vierge, des phĂ©nomènes naturels inexplicables surviennent — comme si le monde vĂ©gĂ©tal voulait leur peau.


Avec une Ă©conomie de moyens et sans la moindre outrance spectaculaire, Long Weekend distille une peur rampante, par le biais d’une intrigue d’une rare originalitĂ©. Un couple en dĂ©rive conjugale tente une seconde chance, s’Ă©chappe vers une nature bucolique pour quelques jours.
Dès l’introduction, Eggleston pose un univers Ă©colo inquiĂ©tant, puis s’attarde avec prĂ©cision sur ce couple antipathique, dĂ©nuĂ© de toute considĂ©ration pour la faune et la flore. Le mari, bornĂ©, amateur de chasse et de camping, passe son temps Ă  inspecter la vĂ©gĂ©tation avant de dĂ©charger, sans remords, ses cartouches sur tout ce qui bouge — volatiles, mammifères, peu importe.
Elle, frustrĂ©e sexuellement, irascible Ă  cause d’un avortement et d’un adultère, s’ennuie en silence, se dore la pilule en lisant des magazines Ă©rotiques. Impassible Ă  la beautĂ© sauvage, encore plus irrĂ©vĂ©rencieuse et haĂŻssable que son mari. Quand un rapace attaque ce dernier, elle Ă©crase un Ĺ“uf contre un tronc d’arbre — geste de rancune froide, presque sadique.

Peu Ă  peu, leur relation dĂ©lĂ©tère se dĂ©chire un peu plus, attisĂ©e par des Ă©vĂ©nements troublants : des cris d’animaux affolĂ©s, Ă©plorĂ©s, des bruits Ă©tranges, organiques, venant des fourrĂ©s.
Mais après avoir sacrifiĂ© des mammifères, piĂ©tinĂ© une forĂŞt vierge, la nature elle-mĂŞme semble rĂ©clamer vengeance. Eggleston orchestre alors une montĂ©e en tension redoutable, issue de ces comportements primaires, Ă©goĂŻstes, d’un couple immature dĂ©versant sa rage, son dĂ©ni, sur le monde autour d’eux.

L’ambiance devient suffocante. L’animositĂ© entre les personnages, les Ă©vĂ©nements inexpliquĂ©s, l’insĂ©curitĂ© croissante, tout cela gĂ©nère une atmosphère dĂ©pressive, un climat visuel oppressant, presque claustrophobe.
La dernière partie, une course de survie dĂ©sespĂ©rĂ©e, rend palpable cette menace invisible, mais sourde, persistante, quasi mystique. Le spectateur, pris au piège, assiste impuissant Ă  leur lassitude morale, leur chute intĂ©rieure, sous l’effet d’une dramaturgie escarpĂ©e et d’un humour noir abrasif.

Trois sĂ©quences, gĂ©nialement ubuesques, forment un triptyque d’anthologie : ironiques, cruelles, mais teintĂ©es de compassion face Ă  ce duo pathĂ©tique, englouti par ses propres travers.
Et sans jamais sombrer dans l’esbroufe, Colin Eggleston façonne, avec une subtilitĂ© rare, un cauchemar Ă©colo hypnotique, aux cimes du fantastique. Le malaise, profond et rampant, s’empare de notre psychĂ© aussi violemment que de celle des protagonistes.

Un crime contre nature 
ScandĂ© par une partition ombrageuse de Michael Carlos, soutenant l’angoisse en crescendo, Long Weekend repose sur deux acteurs d’une justesse troublante, incarnant avec naturel ce couple de trouble-fĂŞtes modernes.

L’effet de suggestion — vĂ©nĂ©neux, feutrĂ© — installe une terreur implacable au cĹ“ur d’un Ă©crin naturel devenu hostile.

Chef-d’Ĺ“uvre atypique, formellement vertigineux, Long Weekend nous laisse en Ă©tat de transe dès le gĂ©nĂ©rique final. Il nous interroge, en filigrane, sur la cause animale, sur la vengeance d’une nature bafouĂ©e, face Ă  la plus grande menace que la planète ait jamais connue :
l’homme.

* Bruno
16.10.18. 4èx
10.01.12 (789 vues)

RĂ©compensesPrix SpĂ©cial du JuryPrix de la critique au festival du Rex Ă  Paris en 1979.
Antenne d'Or au Festival d'Avoriaz en 1979.
Meilleur Film, Meilleur Acteur (John Hargreaves), Prix du Jury de la critique internationale de Sitges en 1978.

lundi 15 octobre 2018

Trauma / Burnt Offering

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site t411.me
 
de Dan Curtis. 1976. U.S.A. 2h00. Avec Oliver Reed, Karen Black, Burgess Meredith, Bette Davis, Dub Taylor, Lee Montgomery, Eileen Heckart.

Sortie salles U.S: 25 AoĂ»t 1976 (avant première). 18 Octobre 1976. InĂ©dit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 AoĂ»t 1927 Ă  Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 mars 2006 Ă  Brentwood (Californie). 1966: Dark Shadows (sĂ©rie TV). 1970: La FiancĂ©e du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (tĂ©lĂ©-film). 1975: La PoupĂ©e de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La MalĂ©diction de la veuve noire (tĂ©lĂ©-film). 1992: Intruders (tĂ©lĂ©-film). 1996: La PoupĂ©e de la terreur 2 (tĂ©lĂ©-film).
 

« J’ai toujours pensĂ© qu’il y avait, dans le phĂ©nomène des pressentiments, quelque chose de surnaturel qui, mieux observĂ©, fournirait la preuve de l’immatĂ©rialitĂ© de l’âme. »

Le pitch : Pour un coĂ»t dĂ©risoire, un couple, leur fils et sa tante emmĂ©nagent dans une vaste bâtisse pour les congĂ©s d’Ă©tĂ©. Leur seule condition : s’occuper d’une octogĂ©naire, propriĂ©taire esseulĂ©e, recluse dans une chambre Ă  l’Ă©tage. Peu Ă  peu, d’Ă©tranges incidents viennent Ă©branler la tranquillitĂ© de la famille Rolfe.

La Maison du Diable, L’Emprise, L’Enfant du Diable, Les Innocents, Next of Kin, La Maison des DamnĂ©s, Shining, Le Cercle Infernal… Autant de chefs-d’Ĺ“uvre immuables, maĂ®tres dans l’art de faire trembler la maison hantĂ©e sous le joug du pouvoir de suggestion. Trauma s’y inscrit, joyau du film de hantise, aussi inextinguible que ses illustres homologues.
Score monocorde aux accents lourds et ombrageux, cadre bucolique d’une rĂ©sidence sĂ©culaire en lisière de bois… Trauma insuffle, dès son prĂ©lude solaire, une fièvre d’Ă©trangetĂ© rampante. En orchestrant le mystère autour d’une chambre close, gardienne d’une vieille femme jamais aperçue, Dan Curtis façonne l’un des cauchemars surnaturels les plus oppressants, sous l’emprise d’une maison maudite.
Sans jamais dĂ©voiler la silhouette de la propriĂ©taire dĂ©crĂ©pite, il fait monter le suspense jusqu’Ă  un climax tĂ©tanisant — vision cauchemardesque et anthologique, gravĂ©e dans les annales de l’effroi.

Entre-temps, Curtis prend soin de radiographier ses personnages, tous Ă©branlĂ©s par une succession d’incidents inexplicables. Sans esbroufe ni effets chocs gratuits, sans gore tapageur, Trauma palpite d’une tension viscĂ©rale, nourrie par la psychologie contrariĂ©e de ses protagonistes. Attachants par leur solidaritĂ©, mais faillibles, meurtris, comme “possĂ©dĂ©s” par l’esprit protĂ©iforme de cette maison avide.
Une demeure ancienne qui semble vouloir se nourrir du fluide anxiogène de ses occupants, les vampiriser pour trouver, en retour, une "mère porteuse" et ainsi se régénérer dans la durée.

PortĂ© par des comĂ©diens habitĂ©s, Trauma instille un sentiment d’insĂ©curitĂ© permanent, qui finit par contaminer l’anxiĂ©tĂ© du spectateur. Oliver Reed, accablĂ©, incarne un père aimant, mais dĂ©passĂ©, rongĂ© par une dĂ©pression rampante et les bizarreries du quotidien. Lee Montgomery, adolescent Ă  la dĂ©rive, endure les coups d’un père fragilisĂ© et les griffes de la maison. Bette Davis, immense, joue une femme figĂ©e dans la dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Quant Ă  Karen Black, inoubliable, elle insuffle une obsession trouble, tiraillĂ©e entre son amour maternel et l’attirance morbide que lui inspire la demeure.


Derrière la porte, quelque chose vit...
En plus de marteler l’esprit par des sĂ©quences chocs (les apparitions du chauffeur au rictus malade, la mort sacrificielle de la tante, l’attaque des arbres qu’un certain Sam Raimi recyclera dans Evil Dead), Trauma frappe fort avec des scènes Ă©prouvantes : l’agression du fils dans la piscine, la tentative de noyade par une force invisible...
Son intensitĂ© culmine dans un final nihiliste Ă  la violence abrupte. L’aura malsaine des pièces closes, la pesanteur dĂ©pressive du climat, l’originalitĂ© organique de l’intrigue : autant d’Ă©lĂ©ments qui hissent Trauma au rang de rĂ©fĂ©rence absolue du fantastique vintage.

* Bruno
20.08.13. 6èx (694 v)

DĂ©dicace Ă  Christophe Colpaert (pour l'offrande de sa prĂ©cieuse vostf !)

DistinctionsPrix du meilleur film d'horreur, meilleur rĂ©alisateur et meilleur second rĂ´le fĂ©minin pour Bette Davis, par l'AcadĂ©mie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1977.
Prix du meilleur rĂ©alisateur, meilleur acteur pour Burgess Meredith et meilleure actrice pour Karen Black, lors du Festival international du film de Catalogne en 1977.

vendredi 12 octobre 2018

La BĂŞte tue de sang froid / Le Dernier train de la nuit / L'ultimo treno della notte

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Aldo Lado. 1975. Italie. 1h34 (version intégrale). Avec Flavio Bucci, Laura D'Angelo, Irene Miracle, Macha Méril, Gianfranco De Grassi, Enrico Maria Salerno.

Sortie salles France: 30 AoĂ»t 1978. Italie: 8 Avril 1975

FILMOGRAPHIEAldo Lado est un rĂ©alisateur italien, nĂ© le 5 dĂ©cembre 1934 Ă  Fiume (Croatie).
1971: La corta notte delle bambole di vetro. 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La DrĂ´le d'affaire. 1973 : Sepolta viva. 1974 : La cugina. 1975: La BĂŞte tue de sang Froid. 1976 : L'ultima volta. 1978 : Il prigioniero (TV). 1979 : L'humanoĂŻde. 1979 : Il Ă©tait un musicien – Monsieur Mascagni. 1981 : La dĂ©sobĂ©issance. 1982 : La pietra di Marco Polo (TV). 1983 : La cittĂ  di Miriam (TV). 1986 : I figli dell'ispettore (TV). 1987 : Sahara Heat ou Scirocco. 1990 : Rito d'amore. 1991 : La stella del parco (TV). 1992 : Alibi perfetto. 1993 : Venerdì nero. 1994 : La chance.

 
La BĂŞte tue de sang froid – Train fantĂ´me pour l’enfer.
Ersatz transalpin de La Dernière Maison sur la Gauche, La BĂŞte tue de sang froid s’est forgĂ©, au fil des dĂ©cennies, une rĂ©putation presque aussi sulfureuse que le trauma initial infligĂ© par Craven. Si Aldo Lado en reprend le canevas narratif pour revisiter le "rape and revenge", il parvient pourtant Ă  s’en dĂ©tacher en dĂ©plaçant l’action dans un huis clos ferroviaire et en esquissant le portrait empoisonnĂ© d’une bourgeoise sans scrupules. PrĂ©tendument affable, cette dernière entraĂ®ne deux marginaux dans une spirale de stupre crapuleuse. Sous son emprise retorse, les deux dĂ©linquants, issus de la classe ouvrière, se laissent sĂ©duire par sa stature altière pour commettre les pires exactions sur deux adolescentes.

Merveilleusement incarnĂ©e par une Macha MĂ©ril habitĂ©e par une perversitĂ© scopophile, sa prĂ©sence viciĂ©e symbolise l’avilissement d’une bourgeoisie engluĂ©e dans son confort, son ennui, sa cupiditĂ©. Ă€ l’instar de ce tĂ©moin sexagĂ©naire, respectable en apparence, soudain en proie Ă  des pulsions voyeuristes jusqu’Ă  s’inviter au viol collectif. Tableau pathĂ©tique d’une humanitĂ© rongĂ©e par ses instincts barbares et pervers, La BĂŞte tue de sang froid est un voyage au bout de l’enfer : celui de deux Ă©tudiantes embarquĂ©es pour rentrer chez elles, mais piĂ©gĂ©es par un trio diabolique.

Dès l’instant oĂą le piège se referme, Aldo Lado nous condamne au rĂ´le de voyeur. L’angoisse naĂ®t du lieu clos - cette cabine Ă©troite et irrespirable - oĂą sĂ©vices et viols se rĂ©pètent avec une violence glaçante, quasi insoutenable. L’atmosphère, rendue irrespirable, suinte des regards obscènes Ă©changĂ©s entre l’inspiratrice et ses complices. Lors des actes les plus extrĂŞmes, la lumière vire au bleu nocturne, baignant la scène dans un cauchemar baroque.

Une fois les crimes lâchement perpĂ©trĂ©s, le film bascule dans la vengeance, avec l’intervention des parents d’une des victimes. Sur ce point crucial, la manière dont le trio parvient Ă  s’introduire chez eux paraĂ®t plus crĂ©dible que chez Craven, tout comme le jeu d’acteurs - habitĂ©s par une angoisse montante, jamais surjouĂ©e. Au point que, face Ă  l’insistance d’une mĂ©gère blessĂ©e (simple Ă©corchure au genou), le père - Ă©minent chirurgien - accepte de la soigner et d’hĂ©berger les trois voyageurs. Lado reprend alors le schĂ©ma de son modèle (vengeance expĂ©ditive, brutale), mais le transcende par un crescendo de tension et une approche plus psychologique. Il ne s’attarde jamais dans la complaisance gore, prĂ©fĂ©rant explorer l’effondrement moral du père, contraint d’exĂ©cuter une dernière fois, face au tĂ©moignage trouble de son Ă©pouse dĂ©munie, impuissante face Ă  tant de violence putassière.


Une horreur nauséeuse, confinant au malaise viscéral.
D’une perversitĂ© fĂ©tide et crapuleuse, aussi dĂ©rangeante que malsaine, La BĂŞte tue de sang froid demeure sans doute la plus aboutie des dĂ©clinaisons du rape and revenge depuis la rĂ©fĂ©rence fondatrice de Craven. Outre sa violence insupportable mais jamais outrancière, son caractère Ă©prouvant est envenimĂ© par l’aura toxique de Macha MĂ©ril - inoubliable - et un score lancinant, indolent, chuchotĂ© Ă  l’harmonica. Une oeuvre forte dont on ne sort pas indemne.
Public averti.

⚠️ Attention : la VF prĂ©sente sur le DVD Neo Publishing est censurĂ©e de 15 minutes. Seule la VOSTF propose la version intĂ©grale.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
22.02.24. vers italienne stfr
09.08.25. 6èx. vers italienne

mercredi 10 octobre 2018

RAIN MAN. 4 Oscars dont celui du Meilleur Film.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Barry Levinson. 1988. U.S.A. 2h15. Avec Tom Cruise, Dustin Hoffman, Valeria Golino, Jerry Molen, Jack Murdock, Michael D. Roberts.

Sortie salles France: 15 Mars 1989. U.S: 16 Décembre 1988

FILMOGRAPHIE: Barry Levinson est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 6 Avril 1942 à Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique à Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. 2014 : The Humbling. 2015 : Rock the Kasbah.


Pas aussi intense qu'à l'époque de sa sortie (l'effet de surprise de reluquer les performances d'acteurs bankables se dissipant hélas au fil de visionnages), Rain Man est un joli conte initiatique plutôt réaliste, voir légèrement documenté quant à la pathologie mal connue de l'autisme. Une solide histoire d'amitié, de tolérance et de compréhension de l'autre qu'un entrepreneur cupide développera finalement au fil de sa cohabitation avec son frère autiste. Ainsi, en dépit d'un manque d'émotions (que Levinson se réservait peut-être d'ébruiter afin de ne pas sombrer dans le pathos), Rain Man parvient tout de même à séduire et toucher le spectateur, de par la complicité révérencieuse que forment Tom Cruise (brillamment expansif en financier de prime abord orgueilleux, arrogant et condescendant) et Dustin Hoffman (louablement dépouillé en autiste impassible où perce une émotion prude). Au-delà de leurs rapports psychologiques jamais misérabilistes ou lacrymaux, Barry Levinson s'efforce en prime de soigner la forme à travers leur odyssée solaire traversée de magnifiques décors naturels (splendide contrées rocheuses de la Californie sous un ciel tantôt crépusculaire) ou urbains (la nuit pastel au casino de Las Vegas), qu'une splendide photo léchée renchérit sans complaisance. Quant au score composé par l'illustre Hans Zimmer, si on l'a connu plus inspiré, il parvient modestement à rehausser la teneur empathique du récit, notamment lorsque Cruise s'humanise le plus fidèlement afin de préserver la destinée précaire de son frère. Leur étreinte finale s'avérant par ailleurs un bouleversant moment d'émotions tout en retenue (la plus belle séquence du film à mon sens subjectif comme le souligne ma photo postée ci-dessus). Quoiqu'il en soit, et en dépit des aléas du temps, le triomphe public reste plutôt mérité.

* Bruno
3èx

Box-Office France: 6 475 615 entrées

Récompenses:
Ours d'Or au Festival de Berlin
Oscar du meilleur film
Oscar du meilleur réalisateur - Barry Levinson
Oscar du meilleur scénario original - Ronald Bass et Barry Morrow
Oscar du meilleur acteur - Dustin Hoffman
Golden Globe du meilleur film dramatique
Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique - Dustin Hoffman

mardi 9 octobre 2018

KRAMER CONTRE KRAMER. 5 Oscars dont Meilleur Film, 1980.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site goldposter.com

de Robert Benton. 1979. U.S.A. 1h45. Avec Dustin Hoffman, Meryl Streep, Justin Henry, Jane Alexander, Howard Duff, George Coe.

Sortie salles France: 27 Février 1980. U.S: 19 Décembre 1979

FILMOGRAPHIERobert Benton est un scénariste, réalisateur et acteur américain, né le 29 septembre 1932 à Waxahachie (Texas). 1972 : Bad Company. 1977 : Le chat connaît l'assassin. 1979 : Kramer contre Kramer. 1982 : La Mort aux enchères. 1984 : Les Saisons du cœur. 1987 : Nadine. 1991 : Billy Bathgate. 1994 : Un homme presque parfait. 1998 : L'Heure magique. 2003 : La Couleur du mensonge. 2007 : Feast of Love.


"Le divorce est une horrible souffrance de l'âme et de la chair."
Bouleversant drame familial rĂ©compensĂ© de 5 oscars (dont celui du Meilleur Film) et ovationnĂ© par la critique et le public (en France, il rĂ©colte 4 039 372 entrĂ©es), Kramer contre Kramer traite des enfants du divorce sans pathos ni fioriture. L'oeuvre d'une sensibilitĂ© Ă©purĂ©e illustrant l'ascension paternelle de Ted Kramer parvenant Ă  Ă©duquer son fils au grand dam de l'absence de la mère. Car autrefois Ă©goĂŻste d'avoir privilĂ©giĂ© sa carrière au dĂ©triment des sentiments de son Ă©pouse, il prendra peu Ă  peu conscience de son Ă©chec marital en endossant le double rĂ´le de papa au foyer et de brillant graphiste. Alors que Ted Kramer, pubard surqualifiĂ©, annonce un soir Ă  sa femme sa victoire d'avoir dĂ©crochĂ© un poste supĂ©rieur, celle-ci lui avoue sa dĂ©termination de le quitter en abdiquant Ă©galement son fils de 7 ans. LivrĂ©s Ă  eux-mĂŞme, Ted et Billy vont apprendre Ă  mieux se connaĂ®tre au fil d'une intense et tendre complicitĂ© paternelle, quand bien mĂŞme 15 mois plus tard, Johanna refait surface afin de solliciter la garde de son fils. 



IlluminĂ© par les prestances de Dustin Hoffman en tendre paternel dĂ©brouillard et de Meryl Streep en mère instable en quĂŞte identitaire et d'Ă©mancipation fĂ©minine (son 1er grand rĂ´le Ă  l'Ă©cran !), Kramer contre Kramer diffuse une fragile intensitĂ© humaine de par leur dĂ©sarroi de se confronter aux divergences conjugales, entre crises de colère et remise en question identitaire. Notamment eu Ă©gard de la cruautĂ© du procès juridique qu'ils se disputeront au terme entre avocats interposĂ©s. Outre le talent virtuose de ce duo plus vrai que nature car endossant leur rĂ´le familial avec une vibrante humanitĂ©, on peut autant saluer le jeu Ă©poustouflant de vĂ©ritĂ© de Justin Henry en bambin chĂ©tif ballottĂ© entre son amour pour sa mère et celui de son père. Le film d'un rĂ©alisme probant parvenant Ă  nous Ă©branler la corde sensible (sans jamais cĂ©der aux bons sentiments !) en nous posant des questions essentielles sur la perte de repères de l'enfant en proie Ă  l'injustice de la  sĂ©paration, sur la responsabilitĂ© parentale (et l'Ă©quitĂ© des sexes) Ă  perdurer son Ă©ducation et sur la prĂ©caritĂ© de leurs sentiments lorsque l'un d'eux eut trahi sa cause maritale au profit de la cupiditĂ©.


Superbe mĂ©lo scandĂ© par un trio de comĂ©diens d'une force d'expression infaillible, Kramer contre Kramer parvient Ă  illustrer sans fard l'Ă©pineuse Ă©preuve de force d'un père et d'une mère se disputant la mise pour sauvegarder l'amour de leur chĂ©rubin. InĂ©vitablement bouleversant et passionnant, nous assistons scrupuleusement Ă  cet Ă©chec conjugal en tenant compte des Ă©tats d'âme si humbles, matures et fragiles des victimes en proie Ă  une prise de conscience initiatique.  

* Bruno
4èx 

Récompenses: 1979 : LAFCA du meilleur film
Oscar du meilleur film en 1980
Oscar du meilleur réalisateur pour Robert Benton
Oscar du meilleur acteur pour Dustin Hoffman
Oscar de la meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Meryl Streep
Oscar de la meilleure adaptation pour Robert Benton
Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Meryl Streep

lundi 8 octobre 2018

L'Epée Sauvage / The Sword and the Sorcerer

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de  Albert Pyun. 1982. U.S.A. 1h40. Avec Lee Horsley, Kathleen Beller, Simon MacCorkindale, Richard Lynch, George Maharis, Richard Moll.

Sortie salles France: 28 Juillet 1982. U.S: Avril 1982.

FILMOGRAPHIE: Albert Pyun, né le 19 mai 1953 à Hawaii, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 1982 : L'Épée sauvage. 1985 : Le Dernier missile. 1986 : Campus. 1987 : Pleasure Planet. 1987 : Le Trésor de San Lucas. 1988 : L'aventure fantastique. 1989 : Voyage au centre de la Terre. 1989 : Cyborg. 1990 : Captain America. 1991 : Bloodmatch. 1991 : Kickboxer 2 : Le Successeur. 1991 : Dollman. 1992 : Deceit. 1993 : Nemesis. 1993 : Arcade (vidéo). 1993 : Brain Smasher... A Love Story (vidéo). 1993 : Les Chevaliers du futur. 1994 : Kickboxer 4: The Aggressor. 1994 : Hong Kong 97. 1994 : Spitfire. 1995 : Heatseeker. 1995 : Nemesis 2 (vidéo). 1996 : Raven Hawk (TV). 1996 : Nemesis 3: Prey Harder (vidéo). 1996 : Omega Doom. 1996 : Adrénaline. 1996 : Nemesis 4: Death Angel (vidéo). 1997 : Prise d'otages à Atlanta (Blast). 1997 : Mean Guns. 1998 : Crazy Six. 1998 : Postmortem. 1999 : The Wrecking Crew. 1999 : Urban Menace. 1999 : Corrupt. 2001 : Explosion imminente (Ticker). 2003 : More Mercy (vidéo). 2004 : Max Havoc : La malédiction du dragon. 2005 : Infection. 2006 : Cool Air (vidéo). 2007 : Bulletface. 2007 : Left for Dead. 2012 : Road to Hell.


Première rĂ©alisation d'Albert Pyuin (cinĂ©aste prolifique habituĂ© aux sĂ©ries B et Z) surfant sur l'heroic fantasy en vogue (Conan le Barbare, Dar l'Invincible), l'EpĂ©e sauvage est une sympathique curiositĂ© Ă  dĂ©couvrir d'un oeil distrait si bien que l'on jurerait qu'elle soit mise en scène par un cinĂ©aste transalpin. De par son esprit bisseux friand d'un climat parfois Ă©tonnamment glauque que de ses (rares) Ă©claboussures de sang assez fĂ©tides. Ainsi, Ă  travers ses jolis dĂ©cors Ă©paulĂ©s d'une photo particulièrement soignĂ©e, ses personnages bonnards au surjeu un tantinet attachant et sa violence gore inspirĂ©e du cinĂ©ma italien, l'EpĂ©e Sauvage inspire une certaine attention (affectueuse) auprès des afficionados sensibles au charme d'un cinĂ©ma artisanal aussi modeste qu'hĂ©las rĂ©volu. En tout Ă©tat de cause, on retient surtout son prologue horrifique (tellement prometteur), l'aspect plaisant d'une narration redondante aussi Ă©culĂ©e qu'involontairement pittoresque ainsi qu'un final (Ă  nouveau horrifique) du plus bel effet esthĂ©tisant auprès de ses maquillages charnels assez fascinants. 

* Bruno
02.03.24. 4èx

    vendredi 5 octobre 2018

    Dar l'Invincible : The Beastmaster

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    "The Beastmaster" de Don Coscarelli. 1982. U.S.A. 1h58. Avec Marc Singer, Tanya Roberts, Rip Torn, John Amos, Josh Milrad, Rod Loomis, Ben Hammer, Ralph Strait, Billy Jayne, Janet DeMay, Christine Kellogg, Jant Jones.

    Sortie salles France: 27 Avril 1983. U.S: 20 AoĂ»t 1982

    FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. Prochainement: Phantasm 5.


    Entrepris la mĂŞme annĂ©e que Conan le BarbareDar l'Invincible est un succĂ©danĂ© low-cost que Don Coscarelli (Phantasm, Bubba Ho tep) transpose Ă  l'Ă©cran d'après le livre d'AndrĂ© Norton (The Beast Master). Marc Singer, jeune acteur de sĂ©rie TV ayant participĂ© Ă  un seul long-mĂ©trage (le Merdier), endosse fougueusement le mastard des temps mĂ©moriaux Ă  dĂ©faut de sa silhouette plutĂ´t Ă©troite. Au niveau du pitch Ă©culĂ©, on ne peut pas dire que Don Coscarelli daigne se dĂ©marquer du modèle inĂ©galĂ© de Milius pour retranscrire la vengeance d'un guerrier dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver l'assassin de son père et de sa famille adoptive, faute d'un prĂŞtre fanatique vouĂ© aux sacrifices d'enfants. Pour autant, le rĂ©alisateur y apporte quelques composantes inĂ©dites afin d'enrichir l'intrigue Ă©maillĂ©e de touches de cocasserie. Pour cause, notre hĂ©ros pourvu de tĂ©lĂ©pathie communique avec les animaux parmi lesquels deux mangoustes, un aigle et une panthère afin de mieux s'opposer Ă  son ennemi jurĂ©, le sorcier Maax. C'est notamment par le truchement d'un de ces fidèles mammifères qu'il parviendra Ă  sĂ©duire une esclave aux yeux verts  (la sublime Tanya Roberts dans son plus simple appareil lors de leur première rencontre !) en "jouant" le hĂ©ros inĂ©branlable. Qui plus est, certains antagonistes, crĂ©atures humaines drĂ´lement hybrides, apportent une touche plutĂ´t horrifique de par leur physionomie intensĂ©ment patibulaire. Je pense aux inquiĂ©tants hommes chauves-souris liquĂ©fiant leur victime Ă  l'aide de leurs immenses ailes ou encore des esclaves humains transformĂ©s en monstres azimutĂ©s faute d'un produit toxique verdâtre introduit dans leur oreille.


    Ainsi, durant leur cheminement vindicatif assez fertile en pĂ©ripĂ©ties, ils seront notamment Ă©paulĂ©s d'un duo de preux guerriers (un enseignant noir et un adolescent aussi revanchard car ayant jurĂ© de dĂ©livrer son père des griffes de Maax) ainsi qu'un paternel charitable d'avoir pu retrouvĂ© son fils en vie grâce au soutien de Dar ! A travers son panorama solaire magnifiquement exploitĂ© (notamment les envolĂ©es lyriques de l'aigle en vue subjective) et une photo saturĂ©e aux couleurs flamboyantes, cette Ă©popĂ©e aux allures de BD allie efficacement combats Ă  l'Ă©pĂ©e, sacrifices humains et crĂ©atures belliqueuses du plus bel effet, tel ce trio de sorcières dĂ©caties au dĂ©hanchement Ă©trangement sensuel ! Pour autant, l'aventure haute en couleurs plutĂ´t bien menĂ©e ne fait pas preuve d'esbroufe ni de violence graphique. Coscarelli souhaitant plutĂ´t concilier un public familial dans son alliage d'aventures fantastiques, romance, horreur amiteuse et humour bonnard. Et pour incarner le rĂ´le iconique du guerrier herculĂ©en, Marc Singer cabotine mais s'en tire honorablement de par son enthousiasme aguerri et ce en dĂ©pit de sa faible musculature et d'un faciès un peu trop imberbe. Sa bonhomie allouĂ©e Ă  la cause animale et certaines de ses maladresses parfois cocasses lui suscitant un profil très attachant Ă  l'instar des seconds rĂ´les avenants autrement charismatiques de par leur Ă©lan solidaire. Enfin, on peut Ă©galement solliciter la puissance Ă©pique du superbe score aĂ©rien de Lee Holdridge. A l'instar du point d'orgue rĂ©solument explosif se dĂ©roulant durant une nuit de brasier et d'un Ă©pilogue assez touchant Spoil ! pour les adieux de Dar reclus en amont d'une falaise parmi sa partenaire. Fin du Spoil


    En dĂ©pit d'un budget mineur desservant l'ampleur du projet, sa facture kitch et le jeu cabotin de certains acteurs (dans le rĂ´le de Maax, Rip Torn abuse de tics renfrognĂ©s parmi ses gros cils !), Dar l'Invincible  demeure un fort sympathique spectacle d'Heroic-fantasy au charme typiquement bisseux. Quant au public l'ayant dĂ©couvert durant sa sortie officielle Ă  l'âge pubère, les nostalgiques les plus vulnĂ©rables risquent de le savourer avec un pincement au coeur, pour ne pas dire la larme Ă  l'oeil si bien que Dar restera Ă  mes yeux l'Ă©ternel hĂ©ros de mon adolescence parmi son alter ego Conan

    * Bruno
    05.10.18. 6èx
    17.09.12. (199 vues)

    Box-Office France: 911 857 entrées

    jeudi 4 octobre 2018

    The Rose. Golden Globe Meilleure actrice, Meilleur Espoir féminin.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Mark Rydell. 1979. U.S.A. 2h13. Avec Bette Midler, Alan Bates, Frederic Forrest, Harry Dean Stanton, Barry Primus, David Keith.

    Sortie salles France: 4 Juin 1980. U.S: 7 Décembre 1979

    FILMOGRAPHIE: Mark Rydell est un acteur, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 23 mars 1934 Ă  New York (États-Unis). 1964-1966 : Gunsmoke (sĂ©rie TV). 1968 : Le Renard. 1969 : Reivers. 1972 : Les Cowboys. 1976 : Deux farfelus Ă  New York. 1979 : The Rose. 1981 : La Maison du lac. 1984 : La Rivière. 1991 : For the Boys. 1994 : Intersection. 1996 : Le Crime du Siècle. 2001 : Il Ă©tait une fois James Dean. 2006 : Even Money.

    "OĂą est-ce que vous allez, oĂą est-ce que tout le monde s'en va ?"

    Avant toute chose, et pour taire certaines rumeurs, le film devait ĂŞtre, Ă  l’origine, un biopic consacrĂ© Ă  Janis Joplin. Mais Bette Midler refusa net d’incarner la chanteuse si le scĂ©nario et son personnage n’Ă©taient pas entièrement remaniĂ©s. Mark Rydell dut plier Ă  ses exigences, portĂ© par son admiration pour l’actrice, justement couronnĂ©e aux Golden Globes après le succès du film. En France, il rĂ©colta d’ailleurs 1 393 748 entrĂ©es.

    Gros morceau de cinĂ©ma, d’une puissance Ă©motionnelle Ă  vif, The Rose jaillit comme un cri sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©lĂ©giaque refermĂ©. Le spectateur, engluĂ© dans la dĂ©tresse, se retrouve suspendu Ă  l’Ă©cran - noir et blanc - dans un flegme bouleversĂ©. Si la mise en scène habitĂ©e de Rydell (refusant tout misĂ©rabilisme ou effet de manche) y est pour beaucoup, la prestance ardente de Bette Midler transforme l’essai en chef-d’Ĺ“uvre musical. Elle vide ses tripes face camĂ©ra, Ă©lectrise des foules en transe, s’incarne littĂ©ralement dans le corps d’une rockeuse blessĂ©e, traversĂ©e par une nĂ©vralgie de feu, Ă  l’image de son tempĂ©rament volcanique.

    Portrait d’une femme capricieuse et meurtrie, broyĂ©e par les excès - sexe, alcool, drogue, voyages - et par la rapacitĂ© d’un producteur psychorigide, Rydell en dessine la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence avec une intensitĂ© dramatique croissante. Jusqu’au final, apothĂ©ose musicale, oĂą "Rose" offre son ultime cri d’amour Ă  un public soudain figĂ© dans un silence anxiogène. Le rĂ©cit, d’une douleur tenace, ausculte sans fard l’Ă©puisement moral, la solitude affective, l’errance existentielle de cette star vouĂ©e Ă  des amours sans lendemain. MalgrĂ© la tendresse d’un chauffeur de taxi loyal (interprĂ©tĂ© avec une sobre intĂ©gritĂ© par Frederic Forrest), Mary Rose, dĂ©terminĂ©e Ă  tourner la page, espère une rĂ©demption romantique pour s’arracher aux artifices d’une cĂ©lĂ©britĂ© putassière.

    ÉmaillĂ© de tubes rock Ă©lectrisants et de ballades graciles, The Rose Ă©rige le film musical en sommet de vĂ©risme. Rydell y rĂ©vèle, sans clichĂ©s, l’envers du dĂ©cor scintillant : celui d’une star junkie, isolĂ©e du monde rĂ©el, Ă©trangère Ă  elle-mĂŞme.

    "Requiem pour un ange déchu".
    Cri de rage et d’amour pour la libertĂ© d’une rockeuse autodestructrice, incapable de s’imposer face Ă  la rigiditĂ© de son entourage, The Rose demeure l’un des plus beaux poèmes musicaux sur la dĂ©chĂ©ance d’une star borderline, livrĂ©e Ă  une solitude assassine. Grave, bouleversant, portĂ© par une Midler Ă©corchĂ©e vive (quelle performance historique), le film laisse le spectateur en Ă©tat de choc, Ă©treint par un gĂ©nĂ©rique Ă  l’acuitĂ© tranchante. Spectacle absolu j'vous dit. 

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    3èx

    RĂ©compenses: Golden Globe de la Meilleure actrice et du Meilleur espoir fĂ©minin pour Bette Midler   

    mardi 2 octobre 2018

    2 GARCONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITES

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    "Threesome" de Andrew Fleming. 1994. U.S.A. 1h32. Avec Lara Flynn Boyle, Stephen Baldwin, Josh Charles, Alexis Arquette, Martha Gehman.

    Sortie salles France: 10 AoĂ»t 1994 (Int - 16 ans). U.S: 8 Avril 1994

    FILMOGRAPHIEAndrew Fleming est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 14 mars 1963 (ou le 30 dĂ©cembre 1965). 1988 : Bad Dreams. 1994 : Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s. 1996 : Dangereuse Alliance. 1999 : Dick : Les Coulisses de la prĂ©sidence. 2000 : Grosse Pointe (sĂ©rie TV). 2002 : Paranormal Girl (TV). 2003 : Espion mais pas trop ! 2005 : Head Cases (sĂ©rie TV). 2007 : Nancy Drew. 2008 : Hamlet 2.


    "Le mot dĂ©viant vient du latin "de", en-dehors, et "via", la voix, le chemin. Il dĂ©signe donc quelqu'un qui sort du droit chemin. Celui qui fait bande Ă  part. De nos jours, ça dĂ©signe quelqu'un dont la sexualitĂ© sort de la norme. Voici l'histoire de Stuart, Alex et moi. Voici comment pendant un temps nous sommes devenus des "dĂ©viants" dans tous les sens du terme." 

    RĂ©alisateur touche Ă  tout assez discret Ă  qui l'on doit les sĂ©ries B bonnards Panics (faux remake de Freddy 3 si j'ose dire !) et Dangereuse Alliance, Andrew Fleming s'essaie en 1994 au Teen movie avec Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s. En dĂ©pit d'un titre racoleur prĂ©sageant un vulgaire produit lambda, cette comĂ©die romantique parvient louablement Ă  extĂ©rioriser une certaine fragilitĂ© humaine Ă  travers le portrait d'un trio de lycĂ©ens curieux d'expĂ©riences nouvelles. Tant et si bien que Stuart et Eddy dĂ©cident de partager leur chambre d'Ă©tudiants avec la jeune et dĂ©vergondĂ©e Alex en proie Ă  un furieux dĂ©sir concupiscent. A eux trois, et lors d'une quĂŞte identitaire pour leur orientation sexuelle, ils vont multiplier les expĂ©riences lubriques au point de converger vers le triolisme.


    Sans pour autant laisser un souvenir impĂ©rissable dans nos mĂ©moires, notamment faute du classicisme de sa rĂ©alisation et d'une intensitĂ© Ă©motionnelle perfectible, Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s demeure un charmant Teen movie largement rehaussĂ© du jeu spontanĂ© des trois comĂ©diens en osmose libertaire. Le rĂ©alisateur osant illustrer Ă  travers leur fidèle amitiĂ© un Ă©rotisme tantĂ´t audacieux, tantĂ´t provocant sans toutefois verser dans la gratuitĂ© putassière. Le message du film annonçant au terme qu'il faut oser braver le politiquement correct lors d'une complicitĂ© amicale flirtant avec les vrais sentiments le temps d'une endurance initiatique. Ainsi, Ă  travers leurs batifolages badins et relations charnelles Ă©maneront un apprentissage Ă  la sagesse et la maturitĂ© après avoir cĂ´toyĂ© (sans nul regret) une Ă©mancipation sexuelle aussi subversive qu'assouvie. MarquĂ©s Ă  jamais par leurs expĂ©riences Ă©grillardes dĂ©calĂ©es, ils prĂ©serveront au sein de leur mĂ©moire un souvenir saillant, de par leur audace de s'ĂŞtre Ă©changĂ©s Ă  une sexualitĂ© romantique rĂ©solument louable. En somme, vivez Ă  fond vos expĂ©riences sexuelles dans une Ă©thique de responsabilitĂ©, de respect et d'amitiĂ© fructueuse (notamment grâce aux Ă©changes de confidences et remises en question identitaires).

    * Bruno

    lundi 1 octobre 2018

    Mandy

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Panos Cosmatos. 2018. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake, Ned Dennehy.

    Sortie salles France: 12 Mai 2018 (Festival Cannes). U.S: 14 Septembre 2018

    FILMOGRAPHIEPanos Cosmatos est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien, nĂ© en 1974 Ă  Rome (Italie). 2010 : Beyond the Black Rainbow. 2018 : Mandy.

    "Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit."

    Trip mystique d’une fulgurance rubiconde Ă  damner un saint, Mandy s’impose comme une expĂ©rience de cinĂ©ma rare dans le paysage conventionnel. Ă€ partir d’une intrigue aussi simpliste qu’attendue - la vengeance d’un homme après le sacrifice de sa compagne par une secte de hippies fanatisĂ©s - Panos Cosmatos (pour sa seconde rĂ©alisation) mise sur la forme, l’excès et l’inventivitĂ© la plus dĂ©bridĂ©e pour renouveler un spectacle de samedi soir hallucinatoire, baignĂ© de fanatisme religieux.

    Mandy demeure autant un vibrant hommage au cinĂ©ma grindhouse des seventies et eighties - Ă  travers ses Ă©clats de sĂ©ries Z entrevus dans une lucarne 4/3 ou dans le tee-shirt de Red Miller - qu’une expĂ©rience sensorielle totale, visuelle et auditive, nous enfermant dans un dĂ©dale cauchemardesque peuplĂ© d’âmes dĂ©rangĂ©es.

    Ă€ la fois sarcastique, horrifique, gore, sciemment grotesque et dĂ©calĂ© (quelque part entre The Crow et Mad Max vitriolĂ©s), mais aussi onirique, stylisĂ© et envoĂ»tant (surtout durant la première demi-heure cosmique, entre les Ă©treintes romanesques), Mandy explore l’ultraviolence vengeresse de Red Miller Ă  travers une scĂ©nographie rutilante oĂą les couleurs tapissent le paysage bucolique comme une fresque psychĂ©dĂ©lique.

    Par la rage que Nicolas Cage exorcise en exterminateur transi de haine, et par l’humanisme dĂ©pressif qui suinte de son injustice, l’acteur livre un jeu viscĂ©ral, rugissant - Ă  l’image de son tee-shirt animalier. Le film, mĂ©taphorique et presque prĂ©monitoire, devient la descente dans la folie d’un justicier Ă©plorĂ©, incapable de canaliser sa souffrance pour apprivoiser le deuil. Une dĂ©mence que le spectateur accepte d’autant mieux qu’il partage son impuissance devant l’immolation de sa compagne par de lâches dĂ©vots - cruautĂ© d’une intensitĂ© dramatique que Cosmatos pousse ensuite Ă  l’extrĂŞme du point de vue de Red, quand enfin libĂ©rĂ© de ses chaĂ®nes, il laisse Ă©clater une tristesse ivre, volcanique.

    Si Mandy fascine et manipule nos Ă©motions sans pouvoir les maĂ®triser, c’est autant grâce Ă  l’extravagance de ses antagonistes lunaires - comme surgis d’une dimension parallèle, entre David Lynch et David Blyth - qu’Ă  son univers sonore et visuel dĂ©mentiel. Les hippies lobotomisĂ©s par leur gourou et les bikers tout droit sortis de Hellraiser ou plutĂ´t de Death Warmed Up vocifèrent des rĂ©pliques hallucinĂ©es sur fond de dissonances saturĂ©es, leurs voix dĂ©formĂ©es par le LSD.

     
    L’Enfer de la vengeance.
    Furieusement barge, dĂ©coiffant et incandescent dans son action Ă  la fois belliciste et sanglante, mais aussi beau, envoĂ»tant et romanesque dans ses respirations Ă©sotĂ©riques, Mandy transcende la sĂ©rie B indĂ©pendante en expĂ©rience sensorielle dĂ©sincarnĂ©e. Le dĂ©paysement est total - notamment dans ses splendides sĂ©quences d’animation, Ă©chos hallucinĂ©s de la psychĂ© d’un anti-hĂ©ros consumĂ© par la folie meurtrière. Et lorsque la fureur s’Ă©teint dans une tendresse mĂ©lancolique, subsiste l’Ă©motion pure : celle d’une Ĺ“uvre habitĂ©e, personnelle, thermique - oĂą l’humain, mĂŞme perdu dans la nuit, n’est jamais oubliĂ©.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    03.11.25. 2èx. Vostf. 

    La p'tite chronique de Jean-Marc Micciche:
    Séance découverte avec Mandy. Comme vous le savez certainement, Mandy traine depuis quelques semaines une réputation d'oeuvre de bargeot, à la fois folle et inclassable. Et vous savez quoi ? C'est vrai ! à l'heure, où le cinéma de genre et en particulier le fantastique et d'horreur a un mal fou pour sortir des sentiers battus (mais il y a fort heureusement des exceptions, Lords of salem, The witch etc), Mandy fait un bien immense. Non pas que l'essai ne divisera pas ou qu'il ne sera pas clivant, mais au moins quelqu'un a essayé un truc de dingue, un truc que les cinéphiles pourront se refiler au bon souvenir des seventies et eighties. Et il est évident que Mandy trouve sa moelle artistique à cette période. Car si sur le papier, Mandy a tout du revenge movie basique, son traitement narratif et visuelle est clairement à la croisée de diverses influences directes ou indirectes, comme si Lynch avaient tenté un croisement entre Hellraiser et The crow à la sauce Death Warmed up. C'est d'ailleurs à ce film oublié que Mandy fait le plus pensé tant le film diffuse une pate irrésistiblement punk et black métal. Alors oui on pourra arguer que la seconde partie est narrativement plus faible et plus mécanique dans sa démarche, mais elle parvient malgré tout à rester fidèle à son esthétisme et une nouvelle fois on peut se réjouir qu'un fou comme Nicolas Cage soit encore capable à sortir un film de cet acabit dans sa filmographie. D'autres spectres cinématographiques nourries le film : La dernière maison sur la gauche, le look gourou de Richard Lynch de Meurtres sous controles, un combat très massacre à la trançonneuse 2.....

    vendredi 28 septembre 2018

    AUCUN HOMME NI DIEU

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    "Hold the Dark" de Jeremy Saulnier. 2018. U.S.A. 2h06. Avec Jeffrey Wright, Alexander SkarsgĂĄrd, James Badge Dale, Riley Keough, Julian Black Antelope, Macon Blair.

    Diffusé sur Netflix le 28 Septembre 2018

    FILMOGRAPHIE: Jeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de photographie américain. 2007: Murder Party. 2013: Blue Ruin. 2015 : Green Room. 2018 : Aucun homme ni Dieu.


    Excellent thriller Ă  la lisière de l'horreur et d'un fantastique mystique, Aucun homme ni dieu est une descente aux enfers aux trĂ©fonds de l'âme humaine que Jeremy Saulnier maĂ®trise avec un brio indiscutable. Un retour Ă  la sauvagerie primitive de par le passĂ© traumatique d'hommes profondĂ©ment offensĂ©s par la barbarie (celle de la guerre), la dĂ©sillusion et l'injustice, faute de disparitions infantiles irrĂ©solues. Ne comptant que sur leur indĂ©pendance, ils se rĂ©signent Ă  perpĂ©trer l'auto-justice au sein d'une contrĂ©e indienne livrĂ©e Ă  la sĂ©grĂ©gation et au laxisme d'une police infructueuse ! En Alaska, une mère de famille implore Ă  un spĂ©cialiste de retrouver le loup criminel de son jeune fils mystĂ©rieusement disparu. Russel Core accepte en toute loyautĂ©, et ce sans y ĂŞtre rĂ©munĂ©rĂ©. Dès lors, il part Ă  la traque aux loups avant de se raviser le soir mĂŞme et de retourner chez l'Ă©trange inconnue Ă  son tour disparue. Mais la subite prĂ©sence macabre de son dĂ©funt fils va amener Russel Ă  reconsidĂ©rer l'improbable situation parmi l'ingĂ©rence de la police. D'une extrĂŞme violence au sein d'un panorama naturel aussi vaste qu'envoĂ»tant et impĂ©nĂ©trable, Aucun homme ni dieu dilue une vĂ©nĂ©neuse atmosphère hostile. De par son silence ouatĂ© aux relents de magie noire et des agissements putassiers de criminels interlopes dont il est difficile d'y cerner les vĂ©ritables enjeux dans leur dĂ©termination Ă  ne laisser aucune clĂ©mence Ă  leurs prochains.


    Tant auprès du corps policier que de la communautĂ© indienne, voir aussi auprès de quidams sans dĂ©fense. ImprĂ©gnĂ© de mystère diffus et de suspense latent, l'intrigue semĂ©e d'Ă©clairs de violence abrupts (le massacre des policiers est une chorĂ©graphie morbide proprement anthologique !) nous laisse le souffle coupĂ© de par son rĂ©alisme effrĂ©nĂ© et sa radicalitĂ© Ă  ne laisser aucune concession aux victimes d'autant plus innocentes et (le plus souvent) lâchement molestĂ©es. ProfondĂ©ment nihiliste, amer, noir et sans espoir, Aucun homme ni Dieu nous dresse un triste tableau de la nature humaine dĂ©pendante de son instinct primitif, de sa perversitĂ© (Spoil on y suggère en prime l'inceste selon notre interprĂ©tation fin du Spoil), de son hypocrisie, de ses mensonges, trahisons et coups bas si bien qu'elle se rĂ©signe Ă  purifier son entourage lors d'un bain de sang paroxystique. Or, une majoritĂ© de spectateurs risque finalement de faire grise mine quant au dĂ©nouement hermĂ©tique du rĂ©cit en suspens nous rĂ©servant plus de questions que de rĂ©ponses quant aux vĂ©ritables intentions des criminels en Ă©troite relation avec la nature sauvage des loups (et une complicitĂ© paraphile). Dans la mesure oĂą les us et coutumes de ces derniers (celle par exemple d'entamer un infanticide pour prĂ©server leur groupe en cas de survie) s'avère difficilement explicable, notamment si on oppose les Ă©tats d'âme Ă©quivoques (pour ne pas dire dĂ©viants) du couple maudit anĂ©anti par le chagrin d'une mort innocente.


    Un homme parmi les loups
    Bougrement dommage donc que ce final mystique Ă  multiples niveaux de lecture sème doute et frustration quant Ă  l'ultime coupable de cet infanticide en Ă©troite relation avec la cause des loups. Car Aucun homme ni Dieu Ă©tait Ă  deux doigts d'effleurer la rĂ©ussite probante, notamment sous l'impulsion vigoureuse de son casting inquiĂ©tant laissant libre court Ă  des pulsions dĂ©pressives dĂ©vastatrices. OĂą lorsque l'homme ne croit plus en sa nature humaine mais en l'Ă©thique du loup ! 

    * Bruno