mercredi 17 octobre 2018
LA FEMME DE MON POTE
de Bertrand Blier. 1983. France. 1h40. Avec Coluche, Thierry Lhermitte, Isabelle Hupert, François Perrot, Daniel Colas, Frédérique Michot, Farid Chopel.
Sortie salles France: 31 Août 1983.
FILMOGRAPHIE: Bertrand Blier est un réalisateur, scénariste et écrivain français, né le 14 mars 1939 à Boulogne-Billancourt.1967 : Si j'étais un espion. 1974 : Les Valseuses. 1976 : Calmos. 1978 : Préparez vos mouchoirs. 1979 : Buffet froid. 1981 : Beau-père. 1983 : La Femme de mon pote. 1984 : Notre histoire. 1986 : Tenue de soirée. 1989 : Trop belle pour toi. 1991 : Merci la vie. 1993 : Un, deux, trois, soleil. 1996 : Mon homme. 2000 : Les Acteurs. 2003 : Les Côtelettes. 2005 : Combien tu m'aimes ? 2010 : Le Bruit des glaçons. 2019 : Convoi exceptionnel.
"Le meilleur souvenir que garde une femme d'une liaison c'est l'infidélité qu'elle lui a faite."
Tendre comédie acide fondée sur les rapports insidieux d'un triangle amoureux en proie au doute et à la ferveur de la passion, La Femme de mon pote est servi par de formidables acteurs sous la houlette de l'auteur Bertrand Blier maîtrisant son sujet avec la personnalité corrosive qu'on lui connait (notamment à travers ses dialogues plutôt chiadés !). Alors que Pascal multiplie les conquêtes féminines grâce à son physique plutôt avantageux, son meilleur pote Micky lui sermonne à nouveau la morale de ne plus tomber amoureux d'une inconnue depuis sa nouvelle fréquentation avec la séduisante Viviane. Or, à son tour Micky se laisse aguicher par les avances de cette dernière experte dans l'art de duper ses proies masculines. Comédie aigre douce abordant avec humanité et sensibilité les thèmes de l'infidélité et de la trahison par le biais d'une amitié indéfectible, La Femme de mon pote provoque une émotion empathique lorsque deux meilleurs amis cèdent finalement à la médiation faute du pouvoir vénéneux, pour ne pas dire irrépressible de l'amour. Bertrand Blier n'accusant jamais ses personnages à la fois fragiles, torturés et contrariés de par l'ivresse sentimentale qu'ils s'adonnent avec autant de remord et contradiction dans leur soif de chérir et d'être aimé.
Si Thierry Lhermitte et Coluche forment une complicité versatile à travers leur solide amitié subrepticement écornée par les sentiments de lâcheté et de solitude, la pétillante Isabelle Huppert rivalise de douce exubérance en allumeuse instable pour autant affublée d'une inopinée tendresse pour ses ultimes prétendants. A travers leurs situations conjugales sensiblement cocasses et parfois cruelles, ils forment un trio masochiste en amants trompés avec l'espoir d'emporter la mise pour servir leur ego. A titre subsidiaire, on peut rappeler que le récit s'inspire d'une histoire vraie si bien que Coluche eut une liaison avec l'ex d'un de ses meilleurs amis Patrick Dewaere, décédé récemment avant la sortie du film. D'ailleurs, initialement, celui-ci et Miou Miou devaient mutuellement incarner les rôles de Pascal et Viviane, mais face à la soudaine tragédie Miou Miou réfuta le rôle quand bien même Coluche faillit également se désister du tournage avant de se raviser, à regret, si bien qu'il garde un mauvais souvenir du tournage (notamment en rapport à son addiction pour la drogue). Enfin, les critiques de l'époque ne furent guère tendres pour soutenir le nouveau Bertrand Blier (un peu moins ambitieux que ces précédentes réussites il est vrai !) alors que le public se déplaça dans les salles avec 1 485 746 entrées.
D'une surprenante et attachante tendresse mélancolique entre 2,3 verves pittoresques, La Femme de mon pote milite avant tout pour la fidélité amicale afin de se préserver des exubérances (ambivalentes) de l'amour le plus insolent et aguicheur. A revoir ne serait ce que pour le trio Lhermitte / Coluche / Huppert (plus belle que jamais !) assez impliqués dans leur posture socialement incorrecte pour autant bonnard.
* Bruno
mardi 16 octobre 2018
Long Week-end
"Long Weekend" de Colin Egleston. 1978. Australie. 1h32. Avec John Hargreaves, Briony Behets, Mike McEwen, Roy Day, Michael Aitkens.
Sortie salles France: 30 Juillet 1980. U.S/Australie: 29 Mars 1979
FILMOGRAPHIE: Colin Eggleston est un réalisateur australien, né le 23 Septembre 1941 à Melbourne, décédé le 10 Août 2002 à Genève. 1977: Fantasm Comes Again (pseudo Eric Ram). 1978: Long Week-end. 1982: The Little Feller. 1984: Innocent Prey. 1986: Cassandra. 1986: Dakota Harris. 1986: Body Business (télé-film). 1987: Outback Vampires.
En 1978 surgit sur les Ă©crans un modeste film australien au budget dĂ©risoire, signĂ© d’un metteur en scène nĂ©ophyte dirigeant brillamment deux comĂ©diens encore mĂ©connus. Ă€ la surprise gĂ©nĂ©rale, les rĂ©compenses pleuvent — Ă rebours de l’accueil glacial rĂ©servĂ© par son propre pays ! Antenne d’Or Ă Avoriaz, Prix SpĂ©cial du Jury, Prix de la Critique au Rex de Paris, Meilleur Film, Meilleur Acteur pour John Hargreaves, Prix du Jury Ă Sitges… Rien que ça.
Quelques dĂ©cennies plus tard, remake amorcĂ©, ce chef-d’Ĺ“uvre Ă©colo (terriblement actuel !) conserve intact son pouvoir de fascination, irradie d’un environnement naturel follement anxiogène, presque vĂ©nĂ©neux.
Un couple au bord de la rupture tente de se rĂ©concilier le temps d’un long week-end dans une nature sauvage, Ă proximitĂ© d’une plage. Après avoir plantĂ© leur tente sur un bout de terrain vierge, des phĂ©nomènes naturels inexplicables surviennent — comme si le monde vĂ©gĂ©tal voulait leur peau.
Avec une Ă©conomie de moyens et sans la moindre outrance spectaculaire, Long Weekend distille une peur rampante, par le biais d’une intrigue d’une rare originalitĂ©. Un couple en dĂ©rive conjugale tente une seconde chance, s’Ă©chappe vers une nature bucolique pour quelques jours.
Dès l’introduction, Eggleston pose un univers Ă©colo inquiĂ©tant, puis s’attarde avec prĂ©cision sur ce couple antipathique, dĂ©nuĂ© de toute considĂ©ration pour la faune et la flore. Le mari, bornĂ©, amateur de chasse et de camping, passe son temps Ă inspecter la vĂ©gĂ©tation avant de dĂ©charger, sans remords, ses cartouches sur tout ce qui bouge — volatiles, mammifères, peu importe.
Elle, frustrĂ©e sexuellement, irascible Ă cause d’un avortement et d’un adultère, s’ennuie en silence, se dore la pilule en lisant des magazines Ă©rotiques. Impassible Ă la beautĂ© sauvage, encore plus irrĂ©vĂ©rencieuse et haĂŻssable que son mari. Quand un rapace attaque ce dernier, elle Ă©crase un Ĺ“uf contre un tronc d’arbre — geste de rancune froide, presque sadique.
Peu Ă peu, leur relation dĂ©lĂ©tère se dĂ©chire un peu plus, attisĂ©e par des Ă©vĂ©nements troublants : des cris d’animaux affolĂ©s, Ă©plorĂ©s, des bruits Ă©tranges, organiques, venant des fourrĂ©s.
Mais après avoir sacrifiĂ© des mammifères, piĂ©tinĂ© une forĂŞt vierge, la nature elle-mĂŞme semble rĂ©clamer vengeance. Eggleston orchestre alors une montĂ©e en tension redoutable, issue de ces comportements primaires, Ă©goĂŻstes, d’un couple immature dĂ©versant sa rage, son dĂ©ni, sur le monde autour d’eux.
L’ambiance devient suffocante. L’animositĂ© entre les personnages, les Ă©vĂ©nements inexpliquĂ©s, l’insĂ©curitĂ© croissante, tout cela gĂ©nère une atmosphère dĂ©pressive, un climat visuel oppressant, presque claustrophobe.
La dernière partie, une course de survie dĂ©sespĂ©rĂ©e, rend palpable cette menace invisible, mais sourde, persistante, quasi mystique. Le spectateur, pris au piège, assiste impuissant Ă leur lassitude morale, leur chute intĂ©rieure, sous l’effet d’une dramaturgie escarpĂ©e et d’un humour noir abrasif.
Trois sĂ©quences, gĂ©nialement ubuesques, forment un triptyque d’anthologie : ironiques, cruelles, mais teintĂ©es de compassion face Ă ce duo pathĂ©tique, englouti par ses propres travers.
Et sans jamais sombrer dans l’esbroufe, Colin Eggleston façonne, avec une subtilitĂ© rare, un cauchemar Ă©colo hypnotique, aux cimes du fantastique. Le malaise, profond et rampant, s’empare de notre psychĂ© aussi violemment que de celle des protagonistes.
L’effet de suggestion — vĂ©nĂ©neux, feutrĂ© — installe une terreur implacable au cĹ“ur d’un Ă©crin naturel devenu hostile.
Chef-d’Ĺ“uvre atypique, formellement vertigineux, Long Weekend nous laisse en Ă©tat de transe dès le gĂ©nĂ©rique final. Il nous interroge, en filigrane, sur la cause animale, sur la vengeance d’une nature bafouĂ©e, face Ă la plus grande menace que la planète ait jamais connue :
l’homme.
16.10.18. 4èx
10.01.12 (789 vues)
Récompenses: Prix Spécial du Jury, Prix de la critique au festival du Rex à Paris en 1979.
Antenne d'Or au Festival d'Avoriaz en 1979.
Meilleur Film, Meilleur Acteur (John Hargreaves), Prix du Jury de la critique internationale de Sitges en 1978.
lundi 15 octobre 2018
Trauma / Burnt Offering
« J’ai toujours pensĂ© qu’il y avait, dans le phĂ©nomène des pressentiments, quelque chose de surnaturel qui, mieux observĂ©, fournirait la preuve de l’immatĂ©rialitĂ© de l’âme. »
Le pitch : Pour un coĂ»t dĂ©risoire, un couple, leur fils et sa tante emmĂ©nagent dans une vaste bâtisse pour les congĂ©s d’Ă©tĂ©. Leur seule condition : s’occuper d’une octogĂ©naire, propriĂ©taire esseulĂ©e, recluse dans une chambre Ă l’Ă©tage. Peu Ă peu, d’Ă©tranges incidents viennent Ă©branler la tranquillitĂ© de la famille Rolfe.
La Maison du Diable, L’Emprise, L’Enfant du Diable, Les Innocents, Next of Kin, La Maison des DamnĂ©s, Shining, Le Cercle Infernal… Autant de chefs-d’Ĺ“uvre immuables, maĂ®tres dans l’art de faire trembler la maison hantĂ©e sous le joug du pouvoir de suggestion. Trauma s’y inscrit, joyau du film de hantise, aussi inextinguible que ses illustres homologues.
Score monocorde aux accents lourds et ombrageux, cadre bucolique d’une rĂ©sidence sĂ©culaire en lisière de bois… Trauma insuffle, dès son prĂ©lude solaire, une fièvre d’Ă©trangetĂ© rampante. En orchestrant le mystère autour d’une chambre close, gardienne d’une vieille femme jamais aperçue, Dan Curtis façonne l’un des cauchemars surnaturels les plus oppressants, sous l’emprise d’une maison maudite.
Sans jamais dĂ©voiler la silhouette de la propriĂ©taire dĂ©crĂ©pite, il fait monter le suspense jusqu’Ă un climax tĂ©tanisant — vision cauchemardesque et anthologique, gravĂ©e dans les annales de l’effroi.
Entre-temps, Curtis prend soin de radiographier ses personnages, tous Ă©branlĂ©s par une succession d’incidents inexplicables. Sans esbroufe ni effets chocs gratuits, sans gore tapageur, Trauma palpite d’une tension viscĂ©rale, nourrie par la psychologie contrariĂ©e de ses protagonistes. Attachants par leur solidaritĂ©, mais faillibles, meurtris, comme “possĂ©dĂ©s” par l’esprit protĂ©iforme de cette maison avide.
Une demeure ancienne qui semble vouloir se nourrir du fluide anxiogène de ses occupants, les vampiriser pour trouver, en retour, une "mère porteuse" et ainsi se régénérer dans la durée.
PortĂ© par des comĂ©diens habitĂ©s, Trauma instille un sentiment d’insĂ©curitĂ© permanent, qui finit par contaminer l’anxiĂ©tĂ© du spectateur. Oliver Reed, accablĂ©, incarne un père aimant, mais dĂ©passĂ©, rongĂ© par une dĂ©pression rampante et les bizarreries du quotidien. Lee Montgomery, adolescent Ă la dĂ©rive, endure les coups d’un père fragilisĂ© et les griffes de la maison. Bette Davis, immense, joue une femme figĂ©e dans la dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Quant Ă Karen Black, inoubliable, elle insuffle une obsession trouble, tiraillĂ©e entre son amour maternel et l’attirance morbide que lui inspire la demeure.
En plus de marteler l’esprit par des sĂ©quences chocs (les apparitions du chauffeur au rictus malade, la mort sacrificielle de la tante, l’attaque des arbres qu’un certain Sam Raimi recyclera dans Evil Dead), Trauma frappe fort avec des scènes Ă©prouvantes : l’agression du fils dans la piscine, la tentative de noyade par une force invisible...
Son intensitĂ© culmine dans un final nihiliste Ă la violence abrupte. L’aura malsaine des pièces closes, la pesanteur dĂ©pressive du climat, l’originalitĂ© organique de l’intrigue : autant d’Ă©lĂ©ments qui hissent Trauma au rang de rĂ©fĂ©rence absolue du fantastique vintage.
* Bruno
20.08.13. 6èx (694 v)
vendredi 12 octobre 2018
La BĂŞte tue de sang froid / Le Dernier train de la nuit / L'ultimo treno della notte
de Aldo Lado. 1975. Italie. 1h34 (version intégrale). Avec Flavio Bucci, Laura D'Angelo, Irene Miracle, Macha Méril, Gianfranco De Grassi, Enrico Maria Salerno.
Sortie salles France: 30 Août 1978. Italie: 8 Avril 1975
FILMOGRAPHIE: Aldo Lado est un réalisateur italien, né le 5 décembre 1934 à Fiume (Croatie).
1971: La corta notte delle bambole di vetro. 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La DrĂ´le d'affaire. 1973 : Sepolta viva. 1974 : La cugina. 1975: La BĂŞte tue de sang Froid. 1976 : L'ultima volta. 1978 : Il prigioniero (TV). 1979 : L'humanoĂŻde. 1979 : Il Ă©tait un musicien – Monsieur Mascagni. 1981 : La dĂ©sobĂ©issance. 1982 : La pietra di Marco Polo (TV). 1983 : La cittĂ di Miriam (TV). 1986 : I figli dell'ispettore (TV). 1987 : Sahara Heat ou Scirocco. 1990 : Rito d'amore. 1991 : La stella del parco (TV). 1992 : Alibi perfetto. 1993 : Venerdì nero. 1994 : La chance.
Merveilleusement incarnĂ©e par une Macha MĂ©ril habitĂ©e par une perversitĂ© scopophile, sa prĂ©sence viciĂ©e symbolise l’avilissement d’une bourgeoisie engluĂ©e dans son confort, son ennui, sa cupiditĂ©. Ă€ l’instar de ce tĂ©moin sexagĂ©naire, respectable en apparence, soudain en proie Ă des pulsions voyeuristes jusqu’Ă s’inviter au viol collectif. Tableau pathĂ©tique d’une humanitĂ© rongĂ©e par ses instincts barbares et pervers, La BĂŞte tue de sang froid est un voyage au bout de l’enfer : celui de deux Ă©tudiantes embarquĂ©es pour rentrer chez elles, mais piĂ©gĂ©es par un trio diabolique.
Dès l’instant oĂą le piège se referme, Aldo Lado nous condamne au rĂ´le de voyeur. L’angoisse naĂ®t du lieu clos - cette cabine Ă©troite et irrespirable - oĂą sĂ©vices et viols se rĂ©pètent avec une violence glaçante, quasi insoutenable. L’atmosphère, rendue irrespirable, suinte des regards obscènes Ă©changĂ©s entre l’inspiratrice et ses complices. Lors des actes les plus extrĂŞmes, la lumière vire au bleu nocturne, baignant la scène dans un cauchemar baroque.
Une fois les crimes lâchement perpĂ©trĂ©s, le film bascule dans la vengeance, avec l’intervention des parents d’une des victimes. Sur ce point crucial, la manière dont le trio parvient Ă s’introduire chez eux paraĂ®t plus crĂ©dible que chez Craven, tout comme le jeu d’acteurs - habitĂ©s par une angoisse montante, jamais surjouĂ©e. Au point que, face Ă l’insistance d’une mĂ©gère blessĂ©e (simple Ă©corchure au genou), le père - Ă©minent chirurgien - accepte de la soigner et d’hĂ©berger les trois voyageurs. Lado reprend alors le schĂ©ma de son modèle (vengeance expĂ©ditive, brutale), mais le transcende par un crescendo de tension et une approche plus psychologique. Il ne s’attarde jamais dans la complaisance gore, prĂ©fĂ©rant explorer l’effondrement moral du père, contraint d’exĂ©cuter une dernière fois, face au tĂ©moignage trouble de son Ă©pouse dĂ©munie, impuissante face Ă tant de violence putassière.
D’une perversitĂ© fĂ©tide et crapuleuse, aussi dĂ©rangeante que malsaine, La BĂŞte tue de sang froid demeure sans doute la plus aboutie des dĂ©clinaisons du rape and revenge depuis la rĂ©fĂ©rence fondatrice de Craven. Outre sa violence insupportable mais jamais outrancière, son caractère Ă©prouvant est envenimĂ© par l’aura toxique de Macha MĂ©ril - inoubliable - et un score lancinant, indolent, chuchotĂ© Ă l’harmonica. Une oeuvre forte dont on ne sort pas indemne.
Public averti.
⚠️ Attention : la VF prĂ©sente sur le DVD Neo Publishing est censurĂ©e de 15 minutes. Seule la VOSTF propose la version intĂ©grale.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
mercredi 10 octobre 2018
RAIN MAN. 4 Oscars dont celui du Meilleur Film.
de Barry Levinson. 1988. U.S.A. 2h15. Avec Tom Cruise, Dustin Hoffman, Valeria Golino, Jerry Molen, Jack Murdock, Michael D. Roberts.
Sortie salles France: 15 Mars 1989. U.S: 16 Décembre 1988
FILMOGRAPHIE: Barry Levinson est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 6 Avril 1942 à Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique à Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. 2014 : The Humbling. 2015 : Rock the Kasbah.
Pas aussi intense qu'à l'époque de sa sortie (l'effet de surprise de reluquer les performances d'acteurs bankables se dissipant hélas au fil de visionnages), Rain Man est un joli conte initiatique plutôt réaliste, voir légèrement documenté quant à la pathologie mal connue de l'autisme. Une solide histoire d'amitié, de tolérance et de compréhension de l'autre qu'un entrepreneur cupide développera finalement au fil de sa cohabitation avec son frère autiste. Ainsi, en dépit d'un manque d'émotions (que Levinson se réservait peut-être d'ébruiter afin de ne pas sombrer dans le pathos), Rain Man parvient tout de même à séduire et toucher le spectateur, de par la complicité révérencieuse que forment Tom Cruise (brillamment expansif en financier de prime abord orgueilleux, arrogant et condescendant) et Dustin Hoffman (louablement dépouillé en autiste impassible où perce une émotion prude). Au-delà de leurs rapports psychologiques jamais misérabilistes ou lacrymaux, Barry Levinson s'efforce en prime de soigner la forme à travers leur odyssée solaire traversée de magnifiques décors naturels (splendide contrées rocheuses de la Californie sous un ciel tantôt crépusculaire) ou urbains (la nuit pastel au casino de Las Vegas), qu'une splendide photo léchée renchérit sans complaisance. Quant au score composé par l'illustre Hans Zimmer, si on l'a connu plus inspiré, il parvient modestement à rehausser la teneur empathique du récit, notamment lorsque Cruise s'humanise le plus fidèlement afin de préserver la destinée précaire de son frère. Leur étreinte finale s'avérant par ailleurs un bouleversant moment d'émotions tout en retenue (la plus belle séquence du film à mon sens subjectif comme le souligne ma photo postée ci-dessus). Quoiqu'il en soit, et en dépit des aléas du temps, le triomphe public reste plutôt mérité.
* Bruno
3èx
Box-Office France: 6 475 615 entrées
Récompenses:
Ours d'Or au Festival de Berlin
Oscar du meilleur film
Oscar du meilleur réalisateur - Barry Levinson
Oscar du meilleur scénario original - Ronald Bass et Barry Morrow
Oscar du meilleur acteur - Dustin Hoffman
Golden Globe du meilleur film dramatique
Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique - Dustin Hoffman
mardi 9 octobre 2018
KRAMER CONTRE KRAMER. 5 Oscars dont Meilleur Film, 1980.
de Robert Benton. 1979. U.S.A. 1h45. Avec Dustin Hoffman, Meryl Streep, Justin Henry, Jane Alexander, Howard Duff, George Coe.
Sortie salles France: 27 Février 1980. U.S: 19 Décembre 1979
FILMOGRAPHIE: Robert Benton est un scénariste, réalisateur et acteur américain, né le 29 septembre 1932 à Waxahachie (Texas). 1972 : Bad Company. 1977 : Le chat connaît l'assassin. 1979 : Kramer contre Kramer. 1982 : La Mort aux enchères. 1984 : Les Saisons du cœur. 1987 : Nadine. 1991 : Billy Bathgate. 1994 : Un homme presque parfait. 1998 : L'Heure magique. 2003 : La Couleur du mensonge. 2007 : Feast of Love.
"Le divorce est une horrible souffrance de l'âme et de la chair."
Bouleversant drame familial récompensé de 5 oscars (dont celui du Meilleur Film) et ovationné par la critique et le public (en France, il récolte 4 039 372 entrées), Kramer contre Kramer traite des enfants du divorce sans pathos ni fioriture. L'oeuvre d'une sensibilité épurée illustrant l'ascension paternelle de Ted Kramer parvenant à éduquer son fils au grand dam de l'absence de la mère. Car autrefois égoïste d'avoir privilégié sa carrière au détriment des sentiments de son épouse, il prendra peu à peu conscience de son échec marital en endossant le double rôle de papa au foyer et de brillant graphiste. Alors que Ted Kramer, pubard surqualifié, annonce un soir à sa femme sa victoire d'avoir décroché un poste supérieur, celle-ci lui avoue sa détermination de le quitter en abdiquant également son fils de 7 ans. Livrés à eux-même, Ted et Billy vont apprendre à mieux se connaître au fil d'une intense et tendre complicité paternelle, quand bien même 15 mois plus tard, Johanna refait surface afin de solliciter la garde de son fils.
Illuminé par les prestances de Dustin Hoffman en tendre paternel débrouillard et de Meryl Streep en mère instable en quête identitaire et d'émancipation féminine (son 1er grand rôle à l'écran !), Kramer contre Kramer diffuse une fragile intensité humaine de par leur désarroi de se confronter aux divergences conjugales, entre crises de colère et remise en question identitaire. Notamment eu égard de la cruauté du procès juridique qu'ils se disputeront au terme entre avocats interposés. Outre le talent virtuose de ce duo plus vrai que nature car endossant leur rôle familial avec une vibrante humanité, on peut autant saluer le jeu époustouflant de vérité de Justin Henry en bambin chétif ballotté entre son amour pour sa mère et celui de son père. Le film d'un réalisme probant parvenant à nous ébranler la corde sensible (sans jamais céder aux bons sentiments !) en nous posant des questions essentielles sur la perte de repères de l'enfant en proie à l'injustice de la séparation, sur la responsabilité parentale (et l'équité des sexes) à perdurer son éducation et sur la précarité de leurs sentiments lorsque l'un d'eux eut trahi sa cause maritale au profit de la cupidité.
Superbe mélo scandé par un trio de comédiens d'une force d'expression infaillible, Kramer contre Kramer parvient à illustrer sans fard l'épineuse épreuve de force d'un père et d'une mère se disputant la mise pour sauvegarder l'amour de leur chérubin. Inévitablement bouleversant et passionnant, nous assistons scrupuleusement à cet échec conjugal en tenant compte des états d'âme si humbles, matures et fragiles des victimes en proie à une prise de conscience initiatique.
* Bruno
4èx
Récompenses: 1979 : LAFCA du meilleur film
Oscar du meilleur film en 1980
Oscar du meilleur réalisateur pour Robert Benton
Oscar du meilleur acteur pour Dustin Hoffman
Oscar de la meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Meryl Streep
Oscar de la meilleure adaptation pour Robert Benton
Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Meryl Streep
lundi 8 octobre 2018
L'Epée Sauvage / The Sword and the Sorcerer
de Albert Pyun. 1982. U.S.A. 1h40. Avec Lee Horsley, Kathleen Beller, Simon MacCorkindale, Richard Lynch, George Maharis, Richard Moll.
Sortie salles France: 28 Juillet 1982. U.S: Avril 1982.
FILMOGRAPHIE: Albert Pyun, né le 19 mai 1953 à Hawaii, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 1982 : L'Épée sauvage. 1985 : Le Dernier missile. 1986 : Campus. 1987 : Pleasure Planet. 1987 : Le Trésor de San Lucas. 1988 : L'aventure fantastique. 1989 : Voyage au centre de la Terre. 1989 : Cyborg. 1990 : Captain America. 1991 : Bloodmatch. 1991 : Kickboxer 2 : Le Successeur. 1991 : Dollman. 1992 : Deceit. 1993 : Nemesis. 1993 : Arcade (vidéo). 1993 : Brain Smasher... A Love Story (vidéo). 1993 : Les Chevaliers du futur. 1994 : Kickboxer 4: The Aggressor. 1994 : Hong Kong 97. 1994 : Spitfire. 1995 : Heatseeker. 1995 : Nemesis 2 (vidéo). 1996 : Raven Hawk (TV). 1996 : Nemesis 3: Prey Harder (vidéo). 1996 : Omega Doom. 1996 : Adrénaline. 1996 : Nemesis 4: Death Angel (vidéo). 1997 : Prise d'otages à Atlanta (Blast). 1997 : Mean Guns. 1998 : Crazy Six. 1998 : Postmortem. 1999 : The Wrecking Crew. 1999 : Urban Menace. 1999 : Corrupt. 2001 : Explosion imminente (Ticker). 2003 : More Mercy (vidéo). 2004 : Max Havoc : La malédiction du dragon. 2005 : Infection. 2006 : Cool Air (vidéo). 2007 : Bulletface. 2007 : Left for Dead. 2012 : Road to Hell.
Première réalisation d'Albert Pyuin (cinéaste prolifique habitué aux séries B et Z) surfant sur l'heroic fantasy en vogue (Conan le Barbare, Dar l'Invincible), l'Epée sauvage est une sympathique curiosité à découvrir d'un oeil distrait si bien que l'on jurerait qu'elle soit mise en scène par un cinéaste transalpin. De par son esprit bisseux friand d'un climat parfois étonnamment glauque que de ses (rares) éclaboussures de sang assez fétides. Ainsi, à travers ses jolis décors épaulés d'une photo particulièrement soignée, ses personnages bonnards au surjeu un tantinet attachant et sa violence gore inspirée du cinéma italien, l'Epée Sauvage inspire une certaine attention (affectueuse) auprès des afficionados sensibles au charme d'un cinéma artisanal aussi modeste qu'hélas révolu. En tout état de cause, on retient surtout son prologue horrifique (tellement prometteur), l'aspect plaisant d'une narration redondante aussi éculée qu'involontairement pittoresque ainsi qu'un final (à nouveau horrifique) du plus bel effet esthétisant auprès de ses maquillages charnels assez fascinants.
* Bruno
02.03.24. 4èx
vendredi 5 octobre 2018
Dar l'Invincible : The Beastmaster
"The Beastmaster" de Don Coscarelli. 1982. U.S.A. 1h58. Avec Marc Singer, Tanya Roberts, Rip Torn, John Amos, Josh Milrad, Rod Loomis, Ben Hammer, Ralph Strait, Billy Jayne, Janet DeMay, Christine Kellogg, Jant Jones.
Sortie salles France: 27 Avril 1983. U.S: 20 Août 1982
FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. Prochainement: Phantasm 5.
* Bruno
05.10.18. 6èx
jeudi 4 octobre 2018
The Rose. Golden Globe Meilleure actrice, Meilleur Espoir féminin.
de Mark Rydell. 1979. U.S.A. 2h13. Avec Bette Midler, Alan Bates, Frederic Forrest, Harry Dean Stanton, Barry Primus, David Keith.
Sortie salles France: 4 Juin 1980. U.S: 7 Décembre 1979
FILMOGRAPHIE: Mark Rydell est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 23 mars 1934 à New York (États-Unis). 1964-1966 : Gunsmoke (série TV). 1968 : Le Renard. 1969 : Reivers. 1972 : Les Cowboys. 1976 : Deux farfelus à New York. 1979 : The Rose. 1981 : La Maison du lac. 1984 : La Rivière. 1991 : For the Boys. 1994 : Intersection. 1996 : Le Crime du Siècle. 2001 : Il était une fois James Dean. 2006 : Even Money.
"OĂą est-ce que vous allez, oĂą est-ce que tout le monde s'en va ?"
Avant toute chose, et pour taire certaines rumeurs, le film devait ĂŞtre, Ă l’origine, un biopic consacrĂ© Ă Janis Joplin. Mais Bette Midler refusa net d’incarner la chanteuse si le scĂ©nario et son personnage n’Ă©taient pas entièrement remaniĂ©s. Mark Rydell dut plier Ă ses exigences, portĂ© par son admiration pour l’actrice, justement couronnĂ©e aux Golden Globes après le succès du film. En France, il rĂ©colta d’ailleurs 1 393 748 entrĂ©es.
Gros morceau de cinĂ©ma, d’une puissance Ă©motionnelle Ă vif, The Rose jaillit comme un cri sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©lĂ©giaque refermĂ©. Le spectateur, engluĂ© dans la dĂ©tresse, se retrouve suspendu Ă l’Ă©cran - noir et blanc - dans un flegme bouleversĂ©. Si la mise en scène habitĂ©e de Rydell (refusant tout misĂ©rabilisme ou effet de manche) y est pour beaucoup, la prestance ardente de Bette Midler transforme l’essai en chef-d’Ĺ“uvre musical. Elle vide ses tripes face camĂ©ra, Ă©lectrise des foules en transe, s’incarne littĂ©ralement dans le corps d’une rockeuse blessĂ©e, traversĂ©e par une nĂ©vralgie de feu, Ă l’image de son tempĂ©rament volcanique.
Portrait d’une femme capricieuse et meurtrie, broyĂ©e par les excès - sexe, alcool, drogue, voyages - et par la rapacitĂ© d’un producteur psychorigide, Rydell en dessine la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence avec une intensitĂ© dramatique croissante. Jusqu’au final, apothĂ©ose musicale, oĂą "Rose" offre son ultime cri d’amour Ă un public soudain figĂ© dans un silence anxiogène. Le rĂ©cit, d’une douleur tenace, ausculte sans fard l’Ă©puisement moral, la solitude affective, l’errance existentielle de cette star vouĂ©e Ă des amours sans lendemain. MalgrĂ© la tendresse d’un chauffeur de taxi loyal (interprĂ©tĂ© avec une sobre intĂ©gritĂ© par Frederic Forrest), Mary Rose, dĂ©terminĂ©e Ă tourner la page, espère une rĂ©demption romantique pour s’arracher aux artifices d’une cĂ©lĂ©britĂ© putassière.
ÉmaillĂ© de tubes rock Ă©lectrisants et de ballades graciles, The Rose Ă©rige le film musical en sommet de vĂ©risme. Rydell y rĂ©vèle, sans clichĂ©s, l’envers du dĂ©cor scintillant : celui d’une star junkie, isolĂ©e du monde rĂ©el, Ă©trangère Ă elle-mĂŞme.
"Requiem pour un ange déchu".
Cri de rage et d’amour pour la libertĂ© d’une rockeuse autodestructrice, incapable de s’imposer face Ă la rigiditĂ© de son entourage, The Rose demeure l’un des plus beaux poèmes musicaux sur la dĂ©chĂ©ance d’une star borderline, livrĂ©e Ă une solitude assassine. Grave, bouleversant, portĂ© par une Midler Ă©corchĂ©e vive (quelle performance historique), le film laisse le spectateur en Ă©tat de choc, Ă©treint par un gĂ©nĂ©rique Ă l’acuitĂ© tranchante. Spectacle absolu j'vous dit.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx
Récompenses: Golden Globe de la Meilleure actrice et du Meilleur espoir féminin pour Bette Midler
mardi 2 octobre 2018
2 GARCONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITES
"Threesome" de Andrew Fleming. 1994. U.S.A. 1h32. Avec Lara Flynn Boyle, Stephen Baldwin, Josh Charles, Alexis Arquette, Martha Gehman.
Sortie salles France: 10 Août 1994 (Int - 16 ans). U.S: 8 Avril 1994
FILMOGRAPHIE: Andrew Fleming est un réalisateur et scénariste américain, né le 14 mars 1963 (ou le 30 décembre 1965). 1988 : Bad Dreams. 1994 : Deux garçons, une fille, trois possibilités. 1996 : Dangereuse Alliance. 1999 : Dick : Les Coulisses de la présidence. 2000 : Grosse Pointe (série TV). 2002 : Paranormal Girl (TV). 2003 : Espion mais pas trop ! 2005 : Head Cases (série TV). 2007 : Nancy Drew. 2008 : Hamlet 2.
"Le mot déviant vient du latin "de", en-dehors, et "via", la voix, le chemin. Il désigne donc quelqu'un qui sort du droit chemin. Celui qui fait bande à part. De nos jours, ça désigne quelqu'un dont la sexualité sort de la norme. Voici l'histoire de Stuart, Alex et moi. Voici comment pendant un temps nous sommes devenus des "déviants" dans tous les sens du terme."
Réalisateur touche à tout assez discret à qui l'on doit les séries B bonnards Panics (faux remake de Freddy 3 si j'ose dire !) et Dangereuse Alliance, Andrew Fleming s'essaie en 1994 au Teen movie avec Deux garçons, une fille, trois possibilités. En dépit d'un titre racoleur présageant un vulgaire produit lambda, cette comédie romantique parvient louablement à extérioriser une certaine fragilité humaine à travers le portrait d'un trio de lycéens curieux d'expériences nouvelles. Tant et si bien que Stuart et Eddy décident de partager leur chambre d'étudiants avec la jeune et dévergondée Alex en proie à un furieux désir concupiscent. A eux trois, et lors d'une quête identitaire pour leur orientation sexuelle, ils vont multiplier les expériences lubriques au point de converger vers le triolisme.
Sans pour autant laisser un souvenir impérissable dans nos mémoires, notamment faute du classicisme de sa réalisation et d'une intensité émotionnelle perfectible, Deux garçons, une fille, trois possibilités demeure un charmant Teen movie largement rehaussé du jeu spontané des trois comédiens en osmose libertaire. Le réalisateur osant illustrer à travers leur fidèle amitié un érotisme tantôt audacieux, tantôt provocant sans toutefois verser dans la gratuité putassière. Le message du film annonçant au terme qu'il faut oser braver le politiquement correct lors d'une complicité amicale flirtant avec les vrais sentiments le temps d'une endurance initiatique. Ainsi, à travers leurs batifolages badins et relations charnelles émaneront un apprentissage à la sagesse et la maturité après avoir côtoyé (sans nul regret) une émancipation sexuelle aussi subversive qu'assouvie. Marqués à jamais par leurs expériences égrillardes décalées, ils préserveront au sein de leur mémoire un souvenir saillant, de par leur audace de s'être échangés à une sexualité romantique résolument louable. En somme, vivez à fond vos expériences sexuelles dans une éthique de responsabilité, de respect et d'amitié fructueuse (notamment grâce aux échanges de confidences et remises en question identitaires).
* Bruno
lundi 1 octobre 2018
Mandy
de Panos Cosmatos. 2018. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake, Ned Dennehy.
Sortie salles France: 12 Mai 2018 (Festival Cannes). U.S: 14 Septembre 2018
FILMOGRAPHIE: Panos Cosmatos est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né en 1974 à Rome (Italie). 2010 : Beyond the Black Rainbow. 2018 : Mandy.
"Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit."
Trip mystique d’une fulgurance rubiconde Ă damner un saint, Mandy s’impose comme une expĂ©rience de cinĂ©ma rare dans le paysage conventionnel. Ă€ partir d’une intrigue aussi simpliste qu’attendue - la vengeance d’un homme après le sacrifice de sa compagne par une secte de hippies fanatisĂ©s - Panos Cosmatos (pour sa seconde rĂ©alisation) mise sur la forme, l’excès et l’inventivitĂ© la plus dĂ©bridĂ©e pour renouveler un spectacle de samedi soir hallucinatoire, baignĂ© de fanatisme religieux.
Mandy demeure autant un vibrant hommage au cinĂ©ma grindhouse des seventies et eighties - Ă travers ses Ă©clats de sĂ©ries Z entrevus dans une lucarne 4/3 ou dans le tee-shirt de Red Miller - qu’une expĂ©rience sensorielle totale, visuelle et auditive, nous enfermant dans un dĂ©dale cauchemardesque peuplĂ© d’âmes dĂ©rangĂ©es.
Ă€ la fois sarcastique, horrifique, gore, sciemment grotesque et dĂ©calĂ© (quelque part entre The Crow et Mad Max vitriolĂ©s), mais aussi onirique, stylisĂ© et envoĂ»tant (surtout durant la première demi-heure cosmique, entre les Ă©treintes romanesques), Mandy explore l’ultraviolence vengeresse de Red Miller Ă travers une scĂ©nographie rutilante oĂą les couleurs tapissent le paysage bucolique comme une fresque psychĂ©dĂ©lique.
Par la rage que Nicolas Cage exorcise en exterminateur transi de haine, et par l’humanisme dĂ©pressif qui suinte de son injustice, l’acteur livre un jeu viscĂ©ral, rugissant - Ă l’image de son tee-shirt animalier. Le film, mĂ©taphorique et presque prĂ©monitoire, devient la descente dans la folie d’un justicier Ă©plorĂ©, incapable de canaliser sa souffrance pour apprivoiser le deuil. Une dĂ©mence que le spectateur accepte d’autant mieux qu’il partage son impuissance devant l’immolation de sa compagne par de lâches dĂ©vots - cruautĂ© d’une intensitĂ© dramatique que Cosmatos pousse ensuite Ă l’extrĂŞme du point de vue de Red, quand enfin libĂ©rĂ© de ses chaĂ®nes, il laisse Ă©clater une tristesse ivre, volcanique.
Si Mandy fascine et manipule nos Ă©motions sans pouvoir les maĂ®triser, c’est autant grâce Ă l’extravagance de ses antagonistes lunaires - comme surgis d’une dimension parallèle, entre David Lynch et David Blyth - qu’Ă son univers sonore et visuel dĂ©mentiel. Les hippies lobotomisĂ©s par leur gourou et les bikers tout droit sortis de Hellraiser ou plutĂ´t de Death Warmed Up vocifèrent des rĂ©pliques hallucinĂ©es sur fond de dissonances saturĂ©es, leurs voix dĂ©formĂ©es par le LSD.
vendredi 28 septembre 2018
AUCUN HOMME NI DIEU
"Hold the Dark" de Jeremy Saulnier. 2018. U.S.A. 2h06. Avec Jeffrey Wright, Alexander SkarsgĂĄrd, James Badge Dale, Riley Keough, Julian Black Antelope, Macon Blair.
Diffusé sur Netflix le 28 Septembre 2018
FILMOGRAPHIE: Jeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de photographie américain. 2007: Murder Party. 2013: Blue Ruin. 2015 : Green Room. 2018 : Aucun homme ni Dieu.
Excellent thriller à la lisière de l'horreur et d'un fantastique mystique, Aucun homme ni dieu est une descente aux enfers aux tréfonds de l'âme humaine que Jeremy Saulnier maîtrise avec un brio indiscutable. Un retour à la sauvagerie primitive de par le passé traumatique d'hommes profondément offensés par la barbarie (celle de la guerre), la désillusion et l'injustice, faute de disparitions infantiles irrésolues. Ne comptant que sur leur indépendance, ils se résignent à perpétrer l'auto-justice au sein d'une contrée indienne livrée à la ségrégation et au laxisme d'une police infructueuse ! En Alaska, une mère de famille implore à un spécialiste de retrouver le loup criminel de son jeune fils mystérieusement disparu. Russel Core accepte en toute loyauté, et ce sans y être rémunéré. Dès lors, il part à la traque aux loups avant de se raviser le soir même et de retourner chez l'étrange inconnue à son tour disparue. Mais la subite présence macabre de son défunt fils va amener Russel à reconsidérer l'improbable situation parmi l'ingérence de la police. D'une extrême violence au sein d'un panorama naturel aussi vaste qu'envoûtant et impénétrable, Aucun homme ni dieu dilue une vénéneuse atmosphère hostile. De par son silence ouaté aux relents de magie noire et des agissements putassiers de criminels interlopes dont il est difficile d'y cerner les véritables enjeux dans leur détermination à ne laisser aucune clémence à leurs prochains.
Un homme parmi les loups
Bougrement dommage donc que ce final mystique à multiples niveaux de lecture sème doute et frustration quant à l'ultime coupable de cet infanticide en étroite relation avec la cause des loups. Car Aucun homme ni Dieu était à deux doigts d'effleurer la réussite probante, notamment sous l'impulsion vigoureuse de son casting inquiétant laissant libre court à des pulsions dépressives dévastatrices. Où lorsque l'homme ne croit plus en sa nature humaine mais en l'éthique du loup !
* Bruno

































