vendredi 16 juillet 2021

Dans ma peau

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Marina de Van. 2002. France. 1h34. Avec Marina de van, Laurent Lucas, LĂ©a Drucker, Thibault de Montalembert, Dominique Reymond, Bernard Alane, Marc Rioufol. 

Sortie salles France: 4 Décembre 2002 (Int - 16 ans avec mention: certaines scènes du film peuvent être difficilement soutenable).

FILMOGRAPHIEMarina de Van est une réalisatrice, scénariste, écrivaine et actrice française de cinéma, née le 8 février 1971 à Boulogne-Billancourt. 2002 : Dans ma peau. 2009 : Ne te retourne pas. 2011 : Le Petit Poucet (Téléfilm). 2013 : Dark Touch.

 
La femme qui se mange elle-mĂŞme
Ĺ’uvre extrĂŞme flirtant avec l’horreur viscĂ©rale, Dans ma peau nous plonge dans la dĂ©rive autodestructrice d’une jeune femme, Esther, qui bascule dans l’automutilation après s’ĂŞtre accidentellement blessĂ©e Ă  la jambe - sans mĂŞme ressentir la moindre douleur sur le moment. Le film, formellement dĂ©conseillĂ© aux âmes sensibles, expose des sĂ©quences Ă  la limite du soutenable tant leur rĂ©alisme cru nous malmène (j’ai moi-mĂŞme dĂ» dĂ©tourner les yeux Ă  deux reprises). Premier long-mĂ©trage de Marina de Van, qui en signe aussi la mise en scène et le rĂ´le principal, Dans ma peau s’impose comme une Ă©prouvante expĂ©rience corporelle : la mutilation, la scarification, l’anthropophagie s’y enchaĂ®nent au fil de pulsions morbides incontrĂ´lables - pour ne pas dire littĂ©ralement addictives.

TroublĂ©e de ne pas avoir ressenti la douleur initiale, l’hĂ©roĂŻne tente de renouer avec son corps, de le ressentir Ă  nouveau, en martyrisant sa peau. Une quĂŞte nĂ©vrotique, presque mystique, de souffrance intime. Ce film d’auteur premier degrĂ©, redoutablement malaisant, nous aspire dans sa mise en scène clinique et Ă©purĂ©e, si bien que l’on observe la dĂ©liquescence morale de son personnage avec une fascination rĂ©pulsive. Le sang, les plaies bĂ©antes, les morceaux de chair s’imposent avec une rĂ©gularitĂ© presque mĂ©tronomique.

Mais au-delĂ  de sa rigueur formelle, Ă©trange, poĂ©tique, presque documentaire, le film est transcendĂ© par le jeu schizo de Marina de Van, absolument terrifiante en victime dĂ©pressive qui, par le goĂ»t du sang, apprend Ă  rĂ©interprĂ©ter - remodeler ? - son corps, Ă  l’aimer, Ă  le possĂ©der, Ă  s’y fondre. Jusqu’Ă  se tailler un morceau de peau qu’elle tanne pour le glisser entre son sein et son soutien-gorge. Nouvelle chair. Nouvelle identitĂ©.

Peut-ĂŞtre faut-il y voir une mĂ©taphore du malaise moderne, celui d’un monde du travail aliĂ©nant, cannibalisĂ© par la rentabilitĂ© et la performance. Dans ce cadre, le film laisse aussi transparaĂ®tre l’Ă©goĂŻsme rampant et l’opportunisme glacĂ© de collègues en guerre larvĂ©e (la discussion au restaurant entre confrères et consĹ“urs en est l’Ă©cho parfait). Tandis que Sandrine, amie envieuse, se mue en rivale sourde et sadique, dans sa course infantile au pouvoir après avoir dĂ©crochĂ© un poste de leader.


La nouvelle chair.
Qu’on y adhère ou qu’on le rejette en bloc, cet objet filmique inclassable, rigoureusement autre et profondĂ©ment couillu, ne peut laisser indiffĂ©rent tout passionnĂ© de cinĂ©ma en quĂŞte d’expĂ©rience. Aussi malsain et dĂ©rangeant que soit son contenu, Dans ma peau Ă©vite toute complaisance - un exploit vu la nature scabreuse, dĂ©viante, de sa matière. Étouffant, psychologiquement terrifiant, le film ausculte l’accoutumance pathologique d’une femme en chute libre, irrĂ©mĂ©diablement seule, avec une tension qui semble sans retour, malgrĂ© une fin laissĂ©e ouverte.

L’Ĺ“uvre tire sa puissance de fascination d’un langage visuel rĂ©solument sensoriel, transfigurĂ© par la prĂ©sence ambivalente de Marina de Van, dont les expressions faciales - effacĂ©es, indicibles - perturbent, inquiètent, dĂ©sarçonnent. Face Ă  Laurent Lucas, excellent compagnon dĂ©passĂ© par les simulacres de son amante, elle impose une aura froide, Ă©rotisante, troublĂ©e, dĂ©nuĂ©e de logique, de rĂ©solution, de mots.

Un film pour public averti, mais essentiel.

*Eric Binford
2èx

jeudi 15 juillet 2021

L'Anti-gang

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

"Sharky's Machine" de Burt Reynolds. 1981. U.S.A. 2h02. Avec Burt Reynolds, Charles Durning, Vittorio Gassman, Brian Keith, Bernie Casey, Rachel Ward, Darryl Hickman, Earl Holliman, Henry Silva. 

Sortie salles France: 7 Juillet 1982 (Int - 13 ans). U.S: 18 Décembre 1981 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Burton Leon Reynolds, dit Burt Reynolds est un acteur, producteur de cinĂ©ma et cascadeur amĂ©ricain nĂ© le 11 fĂ©vrier 1936 Ă  Lansing au Michigan, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 septembre 2018 Ă  Jupiter en Floride. 1976 : Gator. 1978 : Suicidez-moi docteur. 1985 : Stick, Le Justicier de Miami. 1993: La gloire oubliĂ©e (TV Movie). 1993: Harlan & Merleen (TV Movie). 1998: Hard time - Coup dur (TV Movie). 2000 : The Last Producer. 


Encore une oeuvre maudite, un polar urbain oubliĂ© des annĂ©es 80, une perle rare que Burt Reynolds  rĂ©alisa avec inspiration somme toute consciencieuse. Tant et si bien qu'Ă  la revoyure, l'Anti-gang peut se targuer d'ĂŞtre sa plus grande rĂ©ussite (nulle hĂ©sitation possible !) Ă  travers son lot d'actions sanglantes (peu de le dire !), de suspense latent surfant sur le principe du psycho-killer (il y plane parfois un climat dĂ©lĂ©tère aux cimes de l'horreur; notamment de par la prestance hallucinĂ©e d'Henry Silva habitĂ© par son personnage de junkie psychotique), de romance suave et de policier investigateur. Le tout mis en scène avec une solide inventivitĂ© afin d'y dĂ©tourner les codes de manière aussi finaude que narquoise (ah ce 1er baiser fallacieux que Sharky hĂ©site Ă  Ă©changer avec Dominoe lors de regards mutiques !). Le pitch: Ă  la suite d'une bavure ayant engendrĂ© la mort d'une victime par un preneur d'otage froidement abattu l'instant d'après, « Sharky » se retrouve mutĂ© Ă  la brigade des moeurs pour prendre en filature une prostituĂ©e de luxe. Mais un mystĂ©rieux assassin poursuit sa sĂ©rie de meurtres auprès de jeunes catins en coĂŻt avec des sĂ©nateurs. Quand bien mĂŞme Sharky est sur le point d'alpaguer un Ă©minent macro en Ă©troite connivence avec son frère toxico, le tĂ©nĂ©breux "Billy Score". Clairement influencĂ© par la saga l'Inspecteur Harry et son fameux 357 magnum, L'Anti-gang rĂ©exploite surtout le flingue et ses Ă©clairs de violence encore plus incisifs (aux States le film est interdit aux moins de 17 ans) au sein d'une efficace intrigue minutieusement charpentĂ©e. 


Burt Reynolds
soignant autant la caractĂ©risation de ses personnages, en prime de nous dresser un magnĂ©tique profil de flic Ă  la fois stoĂŻque, rĂ©ac, studieux et empathique (sa relation naissante avec Dominoe donne lieu Ă  des Ă©treintes romantiques d'une Ă©lĂ©gance Ă©purĂ©e, sans compter une splendide et mĂ©lancolique vision fantasmatique biaisĂ©e) que sa rĂ©alisation assidue oĂą rien n'est laissĂ© au hasard (dĂ©cors high-tech parfaitement exploitĂ©s Ă  l'appui avec en sus un Ă©pilogue vertigineux en gratte-ciel). Burt Reynolds se fondant dans le corps d'un flic en faction au tempĂ©rament discret et laconique mais perspicace dans sa colère contenue lorsqu'il s'agit de mettre hors d'Ă©tat de nuire un rĂ©seau de prostitution huppĂ©e. Et si Burt Reynolds monopolise l'Ă©cran sans jamais singer Harry Callahan pour imposer sa personnalitĂ© autonome, les seconds-rĂ´les dĂ©lĂ©tères, machiavĂ©liques, ne sont pas en reste. Tant auprès du monstre sacrĂ© Vittorio Gassman en mac pĂ©dant injectĂ© d'arrogance Ă  travers ces petits yeux noirs viciĂ©s, que du monolithique Henry Silva absolument bluffant d'expression dĂ©moniale Ă  travers ses hurlements hystĂ©risĂ©s faute d'abus de coke. Probablement l'un de ses meilleurs rĂ´les Ă  l'Ă©cran, tout du moins le plus Ă©lectrisant, se permettant d'ailleurs Ă  un moment fatidique de larmoyer face Ă©cran avec un rĂ©alisme toujours aussi trouble que dĂ©rangeant. Qui plus est, le final homĂ©rique se permet d'y exacerber sa prĂ©sence dĂ©lĂ©tère en instaurant subitement un climat horrifique Ă  la lisière du surnaturel ! Une dĂ©marche aussi couillue que convaincante grâce au talent de la rĂ©alisation profilant cet acteur charismatique en proie Ă  une haine indĂ©crottable. Quant Ă  l'envoĂ»tante Rachel Ward (Ă  la carrière hĂ©las concise mais fascinante),  elle illumine naturellement l'Ă©cran de sa prĂ©sence charnelle aussi voluptueuse que rassurante. Aucunement potiche, elle livre une sobre prestance de prostituĂ©e au grand coeur en instaurant parfois des sĂ©quences intimistes quelque peu empathiques dans sa condition soumise sans Ă©chappatoire. 


Captivant et passionnant de par son enquĂŞte soigneusement brodĂ©e, cinglant et sans concession auprès de ses bravoures sanguinolentes impeccablement montĂ©es, surprenant et frĂ©quemment imprĂ©visible Ă  travers ces rebondissements ou situations faussement Ă©culĂ©es, L'Anti-gang se dĂ©cline en polar de grande classe en prime d'y cĂ´toyer le psycho-killer en mode thriller Ă©rotique. Si bien que De Palma s'en serait peut-ĂŞtre inspirĂ© pour y parfaire Body Double (notamment auprès de la posture spectrale, assumĂ©e, du tueur sans pitiĂ©, comme extirpĂ© d'un film d'horreur). A ne pas rater, ou Ă  redĂ©couvrir d'urgence sous l'impulsion d'un score gĂ©nialement stylĂ© oscillant Jazz, Funk and Soul ! 

*Eric Binford. 
3èx

mardi 13 juillet 2021

Comme un homme libre

                              Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Jericho Mile" de Michael Mann. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Peter Strauss, Richard Lawson, Roger E. Mosley, Brian Dennehy, Geoffrey Lewis, Billy Green Bush, Ed Lauter, Beverly Todd, William Prince, Miguel Pinero, Richard Moll, Edmund Penney.

Sortie salles France: 6 Mai 1981. U.S: 18 March 1979 (diffusion ABC)

FILMOGRAPHIE: Michael Kenneth Mann est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain nĂ© le 5 fĂ©vrier 1943 Ă  Chicago, dans l'État de l'Illinois, aux États-Unis. 1979: Comme un homme libre, 1981 : Le Solitaire, 1983 : La Forteresse noire, 1986 : Le Sixième Sens, 1992 : Le Dernier des Mohicans, 1995 : Heat, 1999 : RĂ©vĂ©lations, 2001 : Ali, 2004 : CollatĂ©ral,  2006 : Miami Vice - Deux flics Ă  Miami ,2009 : Public Enemies. 2015 : Hacker 


“Tout ce que tu vois, derrière ou devant toi, tu dois le dĂ©passer en te dĂ©passant toi-mĂŞme.”
OubliĂ© de nos jours, Comme un homme libre est le premier long-mĂ©trage de Michael Mann rĂ©alisĂ© pour la tĂ©lĂ©vision. Sa diffusion programmĂ©e sur la chaine ABC le 18 Mars 1979 eut un tel Ă©cho mĂ©diatique qu'elle fut rĂ©exploitĂ©e dans certaines salles de cinĂ©ma (ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  le cas 8 ans plus tĂ´t avec Duel de Spielberg). Quand bien mĂŞme sa diffusion TV chez nous aura marqua toute une gĂ©nĂ©ration de tĂ©lĂ©spectateurs fascinĂ© par les talents athlĂ©tiques d'un taulard pas comme les autres. Le pitch: Rain Murphy est un dĂ©tenu du pĂ©nitencier de Folsom condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© pour le meurtre sauvage de son père. Afin de palier sa routine, faute de sa privation de libertĂ©, il court machinalement autour du terrain de la prison sans jamais y Ă©prouver un sentiment de lassitude. Et ce face au tĂ©moignage mĂ©dusĂ© de la populace carcĂ©rale et de son directeur compatissant. Au point d'ailleurs que celui-ci lui propose de concourir aux jeux olympiques ! Avec un certain souci de rĂ©alisme proche du documentaire, le nĂ©ophyte Michael Mann exploite son intrigue au coeur d'un vĂ©ritable pĂ©nitencier de Californie, et ce parmi la prĂ©sence d'authentiques prisonniers purgeant leur peine. Ainsi, durant le tournage parfois houleux, un meurtre fut hĂ©las perpĂ©trĂ© sans qu'un quelconque comĂ©dien n'y soit impliquĂ©. Scrupuleusement dĂ©peint, l'atmosphère Ă©touffante du pĂ©nitencier Ă©clairĂ© d'un soleil Ă©crasant n'a pas de peine Ă  nous immerger dans cet environnement marginal oĂą plane incessamment les provocations entre bandes rivales. 


Par consĂ©quent, parmi cette foule peu recommandable aussi sournoise qu'arrogante, un dĂ©tenu s'extirpe du lot. Il s'agit de Larry Murphy condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© mais aspirĂ© Ă  retrouver un semblant de libertĂ© de par son enjeu d'une course Ă  pied en interne de la cour de la prison surveillĂ©e par les géôliers. Ainsi, avec la permission du directeur accort et de l'aide fraternelle de prisonniers afros rĂ©solument reconnaissants pour son courage et son amitiĂ© indĂ©fectible pour l'un des leurs, le terrain de l'Ă©tablissement y devient une piste chevronnĂ©e afin de parfaire ses performances. Dès lors, Murphy va pouvoir s'entrainer dans des conditions idĂ©ales et ainsi envisager de participer aux fameux jeux olympiques bien qu'il prĂ©fère expier sa faute dans une solitude assumĂ©e. Au-delĂ  de la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, connus et mĂ©connus, assez attachants et au charisme assorti, Peter Strauss s'y dĂ©tache haut la main dans celui du coureur aguerri rongĂ© par une culpabilitĂ© morale irrĂ©vocable. DĂ©terminĂ© et acharnĂ© Ă  accomplir un exploit afin de cultiver la rĂ©demption, Peter Strauss se transcende corps et âme, mâchoire serrĂ©e, pour se donner un nouveau sens Ă  sa vie dans sa condition recluse. Ainsi, grâce Ă  sa force d'expression pugnace et Ă  sa rĂ©silience communicative, l'acteur soulève le mĂ©trage du poids de ses agiles Ă©paules avec une dignitĂ© poignante. L'intĂ©rĂŞt de l'intrigue rĂ©sidant dans son Ă©volution morale Ă  se pardonner sa culpabilitĂ© en affichant une rĂ©silience qui laissera pantois d'admiration tout le corps carcĂ©ral après un règlement de compte meurtrier et en dĂ©pit de la dĂ©cision drastique d'un dirigeant impassible. 


Vivre libre.
En dĂ©pit d'un score obsolète plutĂ´t inappropriĂ© auprès de certaines actions romantisĂ©es (alors que paradoxalement son thème principal affiche une tonalitĂ© cadencĂ©e beaucoup plus idoine), Comme un homme libre reste un tĂ©moignage fort du surpassement de soi auprès d'un taulard en guerre contre lui mĂŞme pour autant dĂ©cidĂ© Ă  accomplir l'improbable en guise de catharsis. Humble et loyal, torturĂ© et Ă©corchĂ© la rage au ventre, spartiate et intransigeant auprès de son Ă©thique, Peter Strauss imprimant de son empreinte un poignant portrait de forçat renouant avec la libertĂ© (morale et corporelle) par sa passion du sprint. 

*Bruno
13.07.21. 3èx
21.02.11

lundi 12 juillet 2021

Alphabet City

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Amos Poe. 1984. U.S.A. 1h25. Avec Vincent Spano, Michael Winslow, Kate Vernon, Jami Gertz, Zohra Lampert, Raymond Serra. 

Sortie salles France: 27 fĂ©vrier 1985. U.S.A: 4 Mai 1984

FILMOGRAPHIEAmos Poe est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1949 Ă  Tel-Aviv, IsraĂ«l. Night Lunch (1975). The Blank Generation (1976). Unmade Beds[2] (1976). The Foreigner (1978). TV Party (1978). Subway Riders (1981). Alphabet City (1985). Rocket Gibraltar (1988) (screenplay)
Triple Bogey on a Par Five Hole (1991). Dead Weekend (1994). Frogs for Snakes (1998). 29 Palms (2001) (murchian engineering). Steve Earle: Just An American Boy (2003). When You Find Me (2004). John The Cop (2004). Her Illness (2004). Empire II (2007). La Commedia di Amos Poe (2010). Ladies & Gentlemen (2012). A Walk in the Park (2012). Happiness Is a Warm Gun (2015). 


SĂ©rie B oubliĂ©e des annĂ©es 80 (tournĂ©e en seulement 20 nuits), Alphabet City n'Ă©chappe pas aux poncifs et au personnages caricaturaux Ă  travers un scĂ©nario prĂ©visible beaucoup trop faible pour captiver le spectateur embarquĂ© dans la virĂ©e nocturne d'un petit caĂŻd de la drogue mis Ă  mal avec sa hiĂ©rarchie après avoir refusĂ© une mission. Si Vincent Spano demeure quelque peu attachant en mafieux en herbe au tempĂ©rament (gentiment) rebelle tentant de se fonder un semblant de vie familiale malgrĂ© sa marginalitĂ© criminelle, les autres seconds-rĂ´les sont beaucoup trop outrĂ©s dans leur posture caricaturale Ă  forcer le trait d'expressions surjouĂ©es. Et si l'ensemble s'avère Ă©culĂ© et que les situations effleurent la semi-parodie le rythme est bizarrement assez soutenu (Ă©paulĂ© de l'omniprĂ©sence de sa bande-son pop dĂ©suète), sa rĂ©alisation parfois stylisĂ©e et son climat nocturne quelque peu surrĂ©aliste (nĂ©ons Ă  dominante rouge, rose et bleue). Si bien que Alphabet City dĂ©gage un petit charme bisseux symptomatique des annĂ©es 80 tout en Ă©tant largement dispensable. 


*Eric Binford
2èx

jeudi 8 juillet 2021

Frankie et Johnny

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ebay.fr

de Garry Marshall. 1991. U.S.A. 1h58. Avec Al Pacino, Michelle Pfeiffer, Hector Elizondo, Nathan Lane, Kate Nelligan, Jane Morris 

Sortie salles France: 5 Février 1992

FILMOGRAPHIE: Garry Masciarelli, dit Garry Marshall, nĂ© le 13 novembre 1934 Ă  New York et mort le 19 juillet 2016 Ă  Burbank (Californie), est un acteur, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 1982 : Docteurs in love. 1984 : Le Kid de la plage. 1986 : Rien en commun. 1987 : Un couple Ă  la mer. 1988 : Au fil de la vie. 1990 : Pretty Woman. 1991 : Frankie et Johnny. 1994 : Exit to Eden. 1996 : Escroc malgrĂ© lui. 1999 : L'Autre SĹ“ur. 1999 : Just Married. 2001 : Princesse malgrĂ© elle. 2004 : Fashion Maman. 2004 : Un Mariage de princesse. 2007 : Mère-fille, mode d'emploi. 2010 : Valentine's Day. 2011 : Happy New Year. 2016 : Joyeuse fĂŞte des mères. 


Une ballade romantique fĂ©rue de charme, d'humour et de tendresse Ă  la faveur du couple fusionnel Pacino / Pfeiffer. 
Reconnu avec son succès planĂ©taire Pretty Woman, Gary Marshall remet le couvert un an plus tard avec Frankie et Johnny. Une romcom pleine de bons sentiments que les midinettes raffolent prioritairement Ă  travers un concentrĂ© d'humour frivole et de tendresse romantique. InĂ©vitablement mielleux donc Ă  travers 2/3 sĂ©quences triviales, caricatural au possible auprès d'une poignĂ©e de seconds-rĂ´les forçant le trait, parfois maladroit de par sa rĂ©alisation classique exploitant des clichĂ©s gros comme des boules de billard, un peu trop gentillet aussi ou carrĂ©ment improbable auprès de situations romancĂ©es (le type sortant de prison comme s'il revenait du club-med face Ă  un géôlier mimant la mine impassible, arme Ă  la main), Frankie et Johnny ne peut faire office de chef-d'oeuvre bien que les critiques et le public ne furent pas insensibles Ă  la nouvelle contribution sentimentale de Gary Marshall. Et pourtant, 1h58 durant, le miracle opère comme par magie. Ou plutĂ´t grâce au tempĂ©rament incandescent du couple Al Pacino / Michelle Pfeiffer, le film dĂ©gage un charme et une spontanĂ©itĂ© aussi rafraichissantes que galvanisantes. Si bien que Franky et Johnny parvient haut la main Ă  nous duper et Ă  nous manipuler de par les Ă©changes tantĂ´t torrides, tantĂ´t houleux du couple orageux en voie perpĂ©tuelle de contradiction. Et ce sans jamais nous lasser d'une scène de mĂ©nage en trop, notamment grâce Ă  l'utilisation judicieuse d'un humour quasi omniprĂ©sent, voir parfois mĂŞme très drĂ´le.

On peut d'ailleurs Ă©voquer l'exploit tant la recette habilement fusionnelle y porte ses fruits sans prĂ©tention. Johnny Ă©tant frappĂ© du coup de foudre dès son embauche au snack de leur première rencontre, Frankie Ă©tant pĂ©trie de trouille Ă  l'idĂ©e de s'engager auprès de ce cuisinier Ă©loquent fraĂ®chement sorti de dĂ©tention pour une fraude bancaire. Par consĂ©quent, de par son intensitĂ© Ă©motionnelle Ă©tonnamment pure, vertueuse et si scintillante, on peut rapprocher l'alchimie du couple Ă  celui de Rocky et Adrian Ă  travers leurs ballades romantiques (parfois crĂ©pusculaires) inscrites dans la simplicitĂ© des sentiments et la tendresse candide que Pacino provoque incessamment sans ambages. Les 2 acteurs se livrant corps et âme face camĂ©ra avec une redoutable efficacitĂ© eu Ă©gard de leurs Ă©treintes et apartĂ©s romantiques qu'ils nous communiquent dans une modestie souvent intime si on Ă©pargne leur crĂ©page de chignon en communautĂ© amicale. Michelle Pfeiffer insufflant une prestance renfrognĂ©e nullement outrĂ©e et encore moins ridicule en femme blessĂ©e d'un passĂ© rĂ©solument torturĂ©. Taciturne et frigide mais curieuse et sensiblement attirĂ©e Ă  travers ses sentiments et rĂ©flexions contradictoires oĂą le chaud et le froid ne cessent de s'y tĂ©lescoper, Michelle Pfeiffer crève l'Ă©cran de A Ă  Z sans jamais nous susciter une Ă©motion programmĂ©e prĂ©judiciable. Al Pacino tentant d'y percer les causes de sa souffrance morale avec une verve aussi chaleureuse que loyale au grĂ© de ses ardents sentiments pour elle qu'il chĂ©rit sans modĂ©ration. LĂ  aussi l'acteur viril demeure tout bonnement Ă©clatant de sincĂ©ritĂ© dans sa fonction de Dom Juan empotĂ© pour autant productif dans ses intentions de prĂ©tendant intègre. 


Je t'aime, moi non plus. 
D'une simplicitĂ© prĂ©visible Ă  travers l'universalitĂ© d'un amour en demi-teinte oĂą l'un ne cesse d'y faire marche arrière par peur de l'engagement alors que l'autre emprunte un cheminement autrement optimiste Ă  travers sa persuasion amoureuse, Frankie et Johnny se permet en outre d'y traiter en filigrane le thème de la violence conjugale du point de vue de la femme molestĂ©e incapable de se reconstruire passĂ©e l'Ă©preuve traumatique. En dĂ©pit de ses maladresses prĂ©citĂ©es, de son manque de tact et de subtilitĂ© et de ses conformitĂ©s trop aimables, Frankie et Johnny est un trĂ©sor d'Ă©motions  gratifiantes en compagnie d'un couple d'acteurs au diapason de leur carrière. Rien que pour leur complĂ©mentaritĂ© dĂ©miurge (ils Ă©taient vraiment fait l'un pour l'autre Ă  travers le conte !), cette ballade romantique Ă  la fois drĂ´le, charnelle et attendrissante atteint haut la main son but: ensorceler le spectateur infiniment troublĂ©, charmĂ©, consumĂ© par leur symbiose amoureuse !

DĂ©dicace Ă  Sonia. 

*Bruno
2èx

mardi 6 juillet 2021

Les Guerriers de l'Enfer

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Who'll Stop the Rai" de Karel Reisz. 1978. U.S.A. 2h06. Avec  Nick Nolte, Jonathan Banks, Michael Moriarty, Tuesday Weld, Anthony Zerbe, Richard Masur, Ray Sharkey, Gail Strickland.

Sortie salles France: ?. U.S: 2 AoĂ»t 1978

FILMOGRAPHIEKarel Reisz est un réalisateur, producteur et théoricien du cinéma puis un metteur en scène de théâtre britannique d'origine tchécoslovaque, né le 21 juillet 1926 à Ostrava (ex-Tchécoslovaquie), décédé le 25 novembre 2002 à Londres. 1955 : Momma Don't Allow (court métrage documentaire). 1958 : We Are the Lambeth Boys (documentaire). 1960 : Samedi soir, dimanche matin. 1964 : La Force des ténèbres. 1966 : Morgan. 1968 : Isadora. 1974 : Le Flambeur. 1978 : Les Guerriers de l'enfer (Who'll Stop the Rain). 1981 : La Maîtresse du lieutenant français. 1985 : Sweet Dreams. 1990 : Chacun sa chance. 1994 : Performance - épisode The Deep Blue Sea (TV). 2000 : Act Without Words I (TV).


DĂ©couvrir pour la 1ère fois en 2021, et Ă  titre de (grande) curiositĂ©, ce drame guerrier totalement passĂ© aux oubliettes prouve Ă  quel point le cinĂ©ma des annĂ©es 70 reste une source intarissable de classiques inoxydables de par son âpre rĂ©alisme dĂ©nuĂ© de fioriture. Car Les Guerriers de l'Enfer a beau ĂŞtre honteusement non reconnu, il demeure selon moi l'un des plus forts tĂ©moignages que le cinĂ©ma ricain nous ait offert sur la guerre du Vietnam. En tout Ă©tat de cause le plus intègre, le plus authentique, le plus  sombre et dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  travers son climat fĂ©tide transpirant haine et avarice. Omettez cependant son titre fallacieux que les français ont osĂ© singer afin sans doute de rameuter le grand public friand d'action belliqueuse, si bien que "Qui arrĂŞtera la pluie" "Who'll Stop the Rai" est avant tout un puissant drame psychologique que Nick Nolte (certains critiques prĂ©tendent qu'il s'agit - Ă  raison - d'un de ses meilleurs rĂ´les), Michael Moriarty (toujours abonnĂ© aux seconds-rĂ´les de paumĂ© avenant avec un talent ici au diapason !), Tuesday Weld (superbe portrait de femme fragile en junkie en devenir) impriment de leur talent avec une force d'expression tacitement sentencieuse. Par consĂ©quent, l'intrigue tourne autour de la rivalitĂ© latente entre des agents fĂ©dĂ©raux vĂ©naux (principalement une paire d'engeances ne reculant devant rien pour gruger 2 kilos d'hĂ©ro) et 2 combattants du vietnam tout juste rentrĂ©s au bercail. Or, livrĂ© Ă  lui mĂŞme et traumatisĂ© par les horreurs du passĂ©, John Converse (Michael Moriarty) se permet de passer en contrebande de l'hĂ©roĂŻne avec l'aide de son comparse Ray Hicks (Nick Nolte), jeune loup autrement stoĂŻque. 


Mais au moment du R.V fixĂ© au foyer conjugal, Ray se retrouve seul avec l'Ă©pouse de John ignorant tout de leur transaction alors que 2 flics y surveillent sa demeure. VoilĂ  pour l'exposĂ© brillamment mis en scène si bien que Karel Reisz affiche une circonspection Ă  la prĂ©sentation de ces personnages empotĂ©s impliquĂ©s dans un pathĂ©tique compromis avec des agents sans vergogne. C'est Ă©galement ce qui fait la force de l'intrigue habilement structurĂ©e (puisque TOUJOURS imprĂ©visible) car plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera ! Autant dire que l'oeuvre Ă  la fois insidieuse et lestement malsaine captive dès le dĂ©part avec l'entrĂ©e en matière de tous ces personnages vĂ©reux ne comptant que sur leur indĂ©pendance pour venir Ă  bout de leur dĂ©sir. Anti-manichĂ©en quant Ă  ses anciens combattants fascinĂ©s par le nouveau marchĂ© juteux de la drogue dure, les Guerriers de l'Enfer laisse un goĂ»t de plus en plus âcre dans la bouche lorsque ceux-ci ont dĂ©cidĂ© de passer au front lors d'un final westernien d'une originalitĂ© audacieuse. Karel Reisz  injectant une dose d'ironie acide Ă  travers sa sinistre farce de règlements de compte sanglants. Une mise en scène "pop rock opĂ©ratique" dĂ©tournant le symbolique "peace and love" peinturĂ©e sur une falaise, oĂą l'action lisible s'y confine d'autant plus de nuit ! Intense et captivant, de par son suspense alĂ©atoire et la posture couillue de ces protagonistes aussi entĂŞtĂ©s que suicidaires, Les Guerriers de l'Enfer suscite une Ă©motion Ă  la fois trouble et poignante auprès de ces laissĂ©s pour compte se rĂ©fugiant dans l'illusion de la drogue en guise d'exutoire moral. 


Remarquablement interprĂ©tĂ© par un cast vibrant d'Ă©motions dĂ©pouillĂ©es de par le brio de la mise en scène soumise Ă  leurs actions acharnĂ©es, les Guerriers de l'Enfer nous laisse sur une mĂ©lancolique impression de dĂ©faite en dĂ©pit de sa lueur d'espoir de dernier ressort que l'on entĂ©rine facilement. D'une intensitĂ© dramatique sobrement instillĂ©e, ce grand film âpre, violent et pessimiste cultive un sentiment d'amertume poignant Ă  travers son rĂ©quisitoire contre les consĂ©quences morales de la guerre du Vietnam tout en Ă©gratignant ostensiblement le piège avilissant de la drogue. C'est donc Ă©videmment Ă  ne pas rater afin de tenter de lui offrir une seconde vie, bouche Ă  oreille aidant si possible. 

*Eric Binford (immense merci Ă  buddy-movierepack, en espĂ©rant voir dĂ©barquer un jour prochain une Ă©dition blu-ray digne d'Ă©loges, on a bien le droit de rĂŞver !)

Ci-joint sa superbe affiche ricaine :

lundi 5 juillet 2021

Trois Heures, l'heure du crime

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Three O'Clock High" de Phil Joanou. 1987. U.S.A. 1h29. Avec Casey Siemaszko, Annie Ryan, Richard Tyson, Stacey Glick, Jonathan Wise, Jeffrey Tambor

Sortie salles U.S: 9 Octobre 1983. InĂ©dit en salles en France. 

FILMOGRAPHIEPhil Joanou est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 20 novembre 1961 Ă  La Cañada Flintridge en Californie (États-Unis).1984 : Last Chance Dance (court mĂ©trage). 1987 : Trois heures, l'heure du crime. 1990 : Les Anges de la nuit. 1992 : Sang chaud pour meurtre de sang-froid. 1996 : Vengeance froide. 1988 : U2: Rattle and Hum (documentaire sur U2). 1999 : Entropy. 2006 : RĂ©demption. 2012 : Dirty Laundry (court mĂ©trage). 2016 : The Veil. 

Objet d'infortune s'il en est, de par son Ă©chec public aux States, sa privation de salle chez nous et la discorde entre Spielberg, producteur ayant soutirĂ© son nom au gĂ©nĂ©rique, et Phil Joanou, rĂ©alisateur nĂ©ophyte l'ayant trahi Ă  concevoir une copie de KaratĂ© Kid, Trois heures, l'heure du crime est une perle rare comme on en voit peu dans la comĂ©die. Autrement dit un vrai film culte que ce teen movie dĂ©calĂ© parvenant Ă  imprimer sa propre personnalitĂ© afin de se dĂ©marquer de l'ornière codifiĂ©e. Le rĂ©alisateur demeurant scrupuleusement attentif Ă  sa rĂ©alisation inventive, tant en terme de souci technique (avec des effets de style alambiquĂ©s ou saccadĂ©s annonciateurs de la sĂ©rie Parker Lewis !) qu'idĂ©es retorses parfois gĂ©nialement dĂ©complexĂ©es (la drague improvisĂ©e entre Jerry et sa prof en plein cours afin d'espĂ©rer bĂ©nĂ©ficier d'heures de colle et ainsi rejeter le compromis de buddy). Et s'il nous faut un petit temps d'adaptation durant les 20/30 premières minutes si bien que l'on a un peu de mal Ă  discerner son ambiance dĂ©calĂ©e et ses persos pas si attachants que cela, Trois heures, l'heure du crime demeure peu Ă  peu stimulant, voir toujours plus captivant au fil des vicissitudes de Jerry multipliant les stratagèmes de dernier ressort afin de faire annuler son R.V avec la terreur du lycĂ©e Buddy Revell (endossĂ© par le monolithique Richard Tyson littĂ©ralement imperturbable dans sa carrure de mastard suffisant). Celui-ci ayant proposĂ© Ă  son adversaire une baston de rue Ă  15h de l'après-midi dans la cour du lycĂ©e que tout le monde s'empressera d'y assister en espĂ©rant la victoire de Jerry. 

Tout cela parce que ce dernier eut le malheur de toucher l'Ă©paule de son adversaire avec son index lors de leur rencontre improvisĂ©e dans les toilettes du lycĂ©e. Sorte de After Hours scolaire si j'ose dire, Trois heures, l'heure du crime demeure diablement rĂ©jouissant Ă  travers l'Ă©preuve morale (et physique) de Jerry pĂ©trifiĂ© Ă  l'idĂ©e de se faire massacrer par cet Ă©tranger de triste renommĂ©e. Phil Joanou dirigeant habilement ses comĂ©diens, pour la plupart mĂ©connus, Ă  l'aide d'un parti-pris dĂ©pouillĂ© dans leur jeu contractĂ© de ne point s'adonner Ă  la franche rigolade. Aucun esprit potache donc et c'est justement ce qui fait le charme du film de par son climat discrètement dĂ©bridĂ© utilisant Ă  bon escient nombre de sĂ©quences ubuesques rĂ©alisĂ©es avec une expression sĂ©rieuse pour chacun des personnages juvĂ©niles et chacun des profs Ă  la mine impassible. Son cĂ´tĂ© jubilatoire Ă©manant notamment de la progression morale de Jerry s'attirant tout compte fait la sympathie de ses camarades, le soutien indĂ©fectible de sa soeur et la curiositĂ© d'une gente fĂ©minine attirĂ©e par son Ă©ventuel courage de se mesurer au dur Ă  cuire. Or, durant toute la journĂ©e, Jerry tâchera en secret de trouver astuces et combines pour fuir son ennemi jurĂ©. Et ce quitte Ă  y braver l'interdit ! Ce qui nous vaudra de façon paroxystique un pugilat final remarquablement troussĂ© Ă  travers ses rebondissements cocasses (que les protagonistes expriment toujours avec le plus grand des sĂ©rieux) et cette montĂ©e en puissance du suspense en crescendo Ă  savoir qui emportera la mise. 

Si Trois heures, l'heure du crime affiche modestement un charme aussi irrĂ©sistible que subtilement dĂ©calĂ© Ă  travers ses attachants personnages sans fard issus des annĂ©es 80, il demeure aussi drĂ´le qu'envoĂ»tant sous l'impulsion du score de Tangerine Dream (pour rappel, le meilleur groupe instrumental au monde !) insufflant parfois une Ă©motion exaltĂ©e lors d'intimitĂ©s oniriques. On s'attache enfin et surtout au jeu craintif de Casey Siemaszko au physique ordinaire parvenant Ă  nous enjailler et sĂ©duire dans sa fonction de pleutre en initiation valeureuse. A ne pas rater ! 

*Eric Binford

vendredi 2 juillet 2021

L'Homme des Hautes Plaines

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Dvdfr.com

"High Plains Drifter" de Clint Eastwood. 1973. U.S.A. 1h45. Avec Clint Eastwood, Billy Curtis, Mitchell Ryan, Ted Hartley, Geoffrey Lewis, Verna Bloom, Walter Barnes. 

Sortie salles France: 23 Août 1973

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, rĂ©alisateur, compositeur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 31 Mai 1930 Ă  San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le MaĂ®tre de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un  Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: JugĂ© Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: CrĂ©ance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: MĂ©moires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delĂ . 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper.


"Les dieux de la vengeance exercent en silence."
Quel bien Ă©trange western que cet Homme des Hautes plaines filmĂ© et interprĂ©tĂ© par Clint Eastwood alors qu'il s'agit de sa seconde rĂ©alisation. Le pitch: un Ă©tranger sans nom arrive dans un village pour y semer meurtres et dĂ©sordre Ă  la suite de la flagellation mortelle de l'ancien shĂ©rif exĂ©cutĂ© parmi la complicitĂ© des citadins. Si le prologue jubilatoire inspire le western spaghetti Ă  influence LĂ©onienne Ă  travers ses visages impassibles, son climat laconique et sa violence percutante, l'Homme des hautes plaines bifurque ensuite vers un climat hybride dĂ©tonnant oĂą l'humour (assez cruel) et le baroque se dispute ensuite au surrĂ©alisme le plus feutrĂ©. Tant auprès de son ironie mĂ©tronome parfois imprĂ©gnĂ©e de machisme anti-manichĂ©en (l'Ă©tranger ira jusqu'au viol pour y châtier la garce du village sans une once de remord) que de sa progression dramatique davantage malsaine quant aux intentions vindicatives de l'Ă©tranger nullement empathique auprès des rĂ©sidents de la ville hantĂ©s de honte et de culpabilitĂ© d'avoir laissĂ© pour mort le shĂ©rif sans broncher d'un cil. 


Et sur ce point Eastwood ne lĂ©sine pas sur la violence sanguine (quitte parfois Ă  s'y complaire Ă  force d'insister Ă  plusieurs reprises au châtiment extrĂŞme du shĂ©rif lors de flash-back d'un sadisme Ă  rude Ă©preuve) au point de mettre Ă  mal le spectateur voyeur malgrĂ© lui de ce lynchage crapuleux imprimĂ© dans la pĂ©nombre. Qui plus est, accompagnĂ© d'une bande musicale tantĂ´t inquiĂ©tante, tantĂ´t spectrale afin de renforcer le malaise auprès de ses fĂ©lons observant l'agonie d'un homme par 3 bandits sans vergogne, l'Homme des Hautes plaine nous paraĂ®t davantage fĂ©tide au fil de son cheminement punitif dĂ©nuĂ© de concession. On peut Ă©galement relever le traitement misogyne imparti aux femmes du quartier d'après la posture de l'Ă©tranger se raillant d'elles avec une ironie spĂ©cialement caustique. Autant dire que ce western pas comme les autres n'a pas froid aux yeux pour y exclure la biensĂ©ance Ă  renfort de provocations et d'idĂ©ologie rĂ©actionnaire quant aux agissements impĂ©rieux de l'Ă©tranger asservissant toute la populace (ou presque) Ă  renfort de mĂ©taphores (les maisons peinturĂ©es en rouge avec, en guise de prologue identitaire, le mot "hell" placardĂ© Ă  l'entrĂ©e du village en guise d'hospitalitĂ© !). 


Vengeance d'outre-tombe
Western sardonique davantage crĂ©pusculaire et inquiĂ©tant au grĂ© d'un rythme vif, l'Homme des Hautes plaines laisse des traces dans l'encĂ©phale de par son ambiance pestilentielle au confins du Fantastique. Avec comme maĂ®tre Ă  penser Clint Eastwood en exterminateur fraĂ®chement dĂ©complexĂ© Ă  accomplir sa marche funeste auprès d'une confrĂ©rie d'engeances aussi pleutres qu'insidieuses. 

*Eric Binford
2èx

jeudi 1 juillet 2021

Dans la ligne de mire

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Wolfgang Petersen. 1993. U.S.A. 2h08. Avec Clint Eastwood, John Malkovich, Rene Russo, Dylan McDermott, Gary Cole, Tobin Bell, John Heard.

Sortie salles France: 8 Septembre 1993

FILMOGRAPHIE: Wolfgang Petersen est un réalisateur allemand né le 14 Mars 1941 à Emden. 1974: Einer von uns beiden. 1977: La Conséquence. 1981: Le Bateau. 1984: L'Histoire sans Fin. 1985: Enemy. 1991: Troubles. 1993: Dans la ligne de mire. 1995: Alerte ! 1997: Air force one. 2000: En pleine tempête. 2004: Troie. 2006: Poséidon. 2016 : Braquage à l'allemande

Thriller tendu comme un arc Ă  travers l'affrontement cĂ©rĂ©bral entre un agent secret sclĂ©rosĂ© et un tueur, ex-agent de la CIA dĂ©libĂ©rĂ© Ă  assassiner le prĂ©sident des Etats-Unis, Dans la ligne de mire s'y dĂ©cline en divertissement de haut calibre sous l'impulsion d'Eastwood et Malkovich se disputant la brimade avec une ironie gĂ©nialement sournoise (les rĂ©parties fusant tous azimuts mĂŞme aux moments les plus prĂ©caires). Jeu du chat et de la souris impeccablement menĂ© par un Wolfgang Petersen circonspect si bien que l'on effleure le modèle d'efficacitĂ©, Dans la ligne de mire dĂ©mĂ©nage en diable entre ses actions oppressantes d'une vigueur pulsatile (les poursuites sur bitume et celle sur le toit), son suspense ciselĂ© aux influences Hitchcockiennes (quel final anthologique en doublon !) et sa romance attachante que se partagent sans effet de manche l'agent Horrigan et l'agent Lilly Raines qu'endosse avec charme suave RenĂ© Russo toute en discrĂ©tion. Autant confirmer que les genres disparates se conjuguent aisĂ©ment au grĂ© d'une ossature narrative dĂ©nuĂ©e de temps morts, qui plus est accompagnĂ©e d'une action intermittente imprĂ©visible et jamais gratuite. 

D'oĂą l'intensitĂ© graduelle des diverses courses-poursuites exĂ©cutĂ©es avec un brio gĂ©omĂ©trique au point de s'accrocher au siège pour ne rater aucune seconde d'inattention. Rare pour ne pas le souligner dans ce type de production Hollywoodienne ne s'embarrassant guère de subtilitĂ© et d'originalitĂ© pour appâter le grand public (souvent friand d'action dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e). Si bien que Dans la ligne de mire demeure frĂ©quemment retors auprès des stratĂ©gies morales d'Eastwood s'efforçant d'apprĂ©hender son pire ennemi avec une hargne toujours plus appuyĂ©e quant Ă  l'arrogance du tueur particulièrement machiavĂ©lique Ă  contredire son adversaire. Un duel psychologique de longue haleine Ă©galement corporel puisque Petersen s'alloue d'un masochisme assumĂ© Ă  mettre l'Ă©preuve notre garde du corps dĂ©pendant de son âge avancĂ© mais dĂ©libĂ©rĂ© Ă  se racheter une conduite rĂ©demptrice en tentant de sauver le nouveau prĂ©sident des Etats-Unis. L'intrigue y brossant donc ce joli portrait d'homme torturĂ© par sa culpabilitĂ© de n'avoir pu empĂŞcher l'assassinat de Kennedy en 1963. Quand bien mĂŞme on en apprend autant sur le passĂ© accablĂ© du tueur sociopathe avide de rancoeur contre le système politique après avoir exercĂ© dans l'une des agences de renseignement les plus rĂ©putĂ©es des États-Unis (j'ai nommĂ© la CIA). 

Formidable machine Ă  tension scandĂ©e des performances infaillibles de Clint Eastwood (encore impressionnant en hĂ©ros Ă  la traĂ®ne) et John Malkovich (au sommet de sa carrière avec son flegme tranquille !), Dans la ligne de mire demeure un jouissif affrontement entre ses monstres sacrĂ©s se disputant la mise Ă  coup de rĂ©pliques et pugilats gĂ©nialement vaniteux. Du grand spectacle intelligent donc conçu avec un art consommĂ© du savoir-faire si bien que le temps n'y accuse aucun prĂ©judice. On peut donc sans rougir adouber qu'il s'agit d'un des meilleurs thrillers des annĂ©es 90 Ă  revoir urgemment.

*Eric Binford

P.S: l'édition 4K est d'une beauté renversante.

Box Office France: 924 875 entrĂ©es. 

mercredi 30 juin 2021

Le Vampire et le Sang des Vierges

                                          
                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemadequartier.over-blog

"Die Schlangengrube und das Pendel" de Harald Reinl. 1967. Allemagne. 1h23. Avec Lex Barker, Karin Dor, Christopher Lee, Carl Lange, Vladimir Medar, Christiane RĂĽcker.

Sortie salles France: 5 Mars 1969. Allemagne: 5 Octobre 1967


Affichant une carrière prolifique de plus de soixante films, l'autrichien Harald Reinl est surtout connu pour les adaptations des romans d'Edgar Wallace et de Karl May, dont la sĂ©rie des Winnetou, ainsi que deux mĂ©trages illustrant le personnage notoire du docteur Mabuse. Mais c'est avec le Vampire et le Sang des Vierges, probablement son oeuvre la plus reconnue et mĂ©ritoire, que son talent explose de par sa libertĂ© de ton saugrenue. A titre d'anecdote morbide, Harald Reinl accuse un triste destin si bien qu'il dĂ©cĂ©da le 9 octobre 1986 Ă  Puerto de la Cruz (Espagne), assassinĂ© par sa femme, l'actrice tchèque  Daniela Maria Delis. TirĂ© d'une nouvelle d'Egard PoeLe Vampire et le sang des vierges nous narre la terrible vengeance du Comte Regula autrefois Ă©cartelĂ© par ses bourreaux pour avoir assassinĂ© douze  vierges innocentes 35 ans plus tĂ´t. Mais ses obscures exactions expĂ©rimentales Ă©taient conçues pour le compte de l'immortalitĂ©. En l'occurrence, Regula, de retour Ă  la vie avec l'aide de son comparse, eut concoctĂ© une diabolique machination pour entraĂ®ner nos hĂ©ros, (un faux prĂŞtre, un avocat, une comtesse et sa dame de compagnie) au sein d'un dĂ©dale de tous les dangers. Et parmi ses hĂ´tes y sont conviĂ©s le fils et la fille des ancĂŞtres responsables de sa mort. Dans la lignĂ©e des grands films gothiques influencĂ©s par Roger Corman, Mario Bava ou encore par l'illustre firme anglaise, Hammer FilmLe Vampire et le sang des vierges, production allemande aurĂ©olĂ©e de la prĂ©sence du dandy Christopher Lee, est un rĂ©gal esthĂ©tique pour l'amateur d'ambiance gothique aux p'tits oignons. Un envoĂ»tement permanent de par ses fastes dĂ©cors d'une poĂ©sie morbide et d'agrĂ©ments macabres qu'on nous improvise avec une insolence excentrique. 


Reprenant la trame canonique d'une vengeance spectrale hĂ©ritĂ©e du Masque du DĂ©mon de Bava (le prĂ©ambule avec l'idĂ©e du masque assorti de pointes pour l'Ă©craser sur le visage de la victime), Le Vampire... se rĂ©vèle Ă  la fois atypique, fascinant et irrĂ©sistiblement ludique. Une variation germanique Ă  l'identitĂ© propre car dĂ©peignant un univers baroque complètement dĂ©calĂ© Ă  travers sa saturation formelle vue nulle part ailleurs. Ainsi donc, bienvenue dans ce corpus d'images gothiques dĂ©ployant non sans raffinement des auberges alsaciennes Ă  l'accueil douillet, des villageoises aux joues rubicondes et Ă  poitrine opulente et des bourreaux trapus aux muscles d'airain affublĂ©s de cagoules noires. Pour les sĂ©quences marquantes, on parachève avec ce cochĂ© apeurĂ© fuyant la mort Ă  vive allure sur ses chevaux endiablĂ©s au sein d'une forĂŞt enchantĂ©e, sans compter cette soudaine vision diaphane de pendus suspendus sur les branches  d'arbres quand bien mĂŞme d'autres victimes nues y sont carrĂ©ment ensevelis Ă  travers l'Ă©corce. Mais d'autres surprises encore plus dĂ©bridĂ©es vont intervenir durant l'investigation de nos hĂ©ros emprisonnĂ©s dans le château poussiĂ©reux ! Si bien que l'on peut rĂ©pertorier ce dĂ©filĂ© de vierges ensanglantĂ©es affalĂ©es sur des instruments de torture ingĂ©nieux, ces cranes humains encastrĂ©s dans les murs d'un corridor, ces reptiles rampants, volatiles carnassiers et autres mammifères sortis de nulle part, ces cachots humides insalubres suintant la mort ou encore ces pièges machiavĂ©liques planquĂ©s sous le sol et Ă  l'intĂ©rieur des murs tapissĂ©s d'esquisses picturales. Un programme rĂ©tro singulier puisant sa force et son charme dans cette forme extravagante laissant libre court Ă  une inventivitĂ© dĂ©bordante parmi l'appui d'une intrigue  ludique truffĂ©e de chausses trappes ! Magnifiquement photographiĂ© Ă  travers ses teintes polychromes alternant le rouge, le jaune, l'oranger ainsi qu'une touche de mauve criard afin d'exacerber sa frĂ©nĂ©sie fantasmagorique, le Vampire et le sang des vierges  dĂ©tonne incessamment sous l'impulsion d'une partition folklorique parfois dĂ©calĂ©e de par ses sonoritĂ©s modernes plutĂ´t stylĂ©es pour ce type de production gothique !


Sans se compromettre Ă  une vaine outrance formelle et au patchwork d'idĂ©es grotesques, Le Vampire et le sang des vierges parvient miraculeusement Ă  s'y harmoniser en rĂŞve Ă©veillĂ© (Ă  la croisĂ©e du cauchemar et du merveilleux donc) au travers d'une scĂ©nographie picturale parfois novatrice, voire dĂ©jantĂ©e et souvent ensorcelante. Sans forcĂ©ment de maĂ®trise sereine mais avec une gĂ©nĂ©rositĂ© et une sincĂ©ritĂ© sans Ă©gales, le franc-tireur Harald Reinl sacralise sous des allures de train fantĂ´me sĂ©culaire une quintessence gothique influencĂ©e par ses pairs anglais et italiens mais dont sa patte, Ă  la fois autonome et effrontĂ©e, se dĂ©marque du tout venant ! On peut enfin avouer en guise de cerise que les personnages communĂ©ment attachants affichent une spontanĂ©itĂ© payante dans leur complĂ©mentaritĂ© solidaire dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention. 
     
Anecdote: Le rĂ©alisateur se maria entre 1954 et 1968 avec l'actrice allemande Karin Dor, notamment connue pour avoir incarnĂ© un rĂ´le dans la sĂ©rie des James Bond, On ne vit que deux fois (1967).

*Eric Binford
30.06.21
17/06/10. 453 v

FILMOGRAPHIE: Harald Reinl, nĂ© le 8 juillet 1908 Ă  Bad Ischl, Autriche, dĂ©cĂ©dĂ© le 9 octobre 1986 Ă  Puerto de la Cruz (Espagne), Ă©tait un scĂ©nariste et rĂ©alisateur allemand.
1937: Wilde Wasser, 1939: Osterkitour in Tirol, 1948: Zehn Jahre spater, 1949: Bergkristall, 1951: Gesetz ohne Gnade, Nacht am Mont-Blanc, 1952: Hinter Klostermauern, 1952: Der Herrgottschnitzer von Ammergau, 1953: Der Klosterjager, 1954: Der Schweigende Engel, Rosen-Resli, 1955: Solange du lebst, 1956: Ein Herz schlagt fur Erika, La Fée du Bodensee, Johannisnacht, 1957: Die Prinzessin von St.Wolfgang, Die Zwillinge vom Zillertal, Almenrausch und Edelweib, 1958: Les Diables verts de Monte Cassino, U47 - Kapitanleutnant Prien, Romarei, das Madchen mit den grunen Augen, 1959: Paradies der Matrosen, La Grenouille attaque Scotland Yard, 1960: Scotland Yard contre le masque, Wir wollen niemals auseinandergehen, 1961: Der Falsher von London, Le Retour du Dr Mabuse, 1962: L'invisible Dr Mabuse, 1962: Der Teppich des Grauens, Le Trésor du Lac d'Argent, 1963: L'Araignée blanche défie Scotland Yard, Le Mystère du chateau de Blackmoor, La Révolte des Indiens Apaches, 1964: Attaque au fourgon postal, Le Trésor des Montagnes Bleues, 1965: Le Dernier des Mohicans, Winnetou - 3. Teil, 1965: Der Unheimliche Monch, 1966: Das Schwert des Nibelungen, Die Nibelungen, Teil 1: Siegfried, 1967: Die Nibelungen, Teil 2: Kriemhilds Rache, Le Vampire et le Sang des Vierges, 1968: Dynamit in gruner Seide, L'Homme à la jaguar rouge, Winnetou und Shatterhand im Tal Der Toten , 1969: Todesschusse am Broadway, Dr Med. Fabian - Lachen ist die beste Medizin, Pepe, der Paukerschreck, 1970: Erinnerungen an die Zukunft, Wir hau'n die pauker in die Pfanne, 1971: Wer zuletzt lacht, lacht am besten, Kommissar X jagt die roten Tiger, Verliebte Ferien in Tirol, 1972: Sie Liebten sich einen Sommer, Der Schrei der schwarzen Wolfe, Grun ist die Heide, 1973: In search of Ancient Astronauts (TV), Die Blutigen Geier von Alaska, Schlob Hubertus, 1974: Ein Toter Taucher nimmt kein Gold, Der Jager von fall, 1976: Botshchaft der Gotter, 1977: ...und die Bibel hat doch recht, 1982: La Jungle en Folie, 1987: Sri Lanka - Leuchtendes Land.

Wendy

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Benh Zeitlin. 2020. U.S.A. 1h52. Avec Devin France, Elle Fanning, Tommie Milazzo, Allison Campbell, Yashua Mack, Gage Naquin, Gavin Naquin.

Sortie salles France: 23 Juin 2021

FILMOGRAPHIE: Benh Zeitlin est un réalisateur, scénariste, compositeur américain, né à New-York. 2012: Les bêtes du Sud Sauvage. 2020: Wendy.


“La plupart des hommes trahissent leur jeunesse.”
Reconnu pour avoir rĂ©alisĂ© le splendide Les BĂŞtes du sud sauvage en 2012, Benh Zeitlin nous revient 8 ans plus tard avec Wendy. Un second chef-d'oeuvre (le terme est lâchĂ© sans rougir !) renouant avec le conte existentiel avec un similaire sens de l'improvisation et de l'impulsion musicale enjouĂ©e (on y retrouve les mĂŞmes tonalitĂ©s exaltĂ©es). Car loin de nous livrer une variation hollywoodienne du mythe de Peter Pan, Wendy y demeure le contre-pied d'une vision Ă©dulcorĂ©e dĂ©nuĂ©e de personnalitĂ©. Une oeuvre indĂ©pendante aussi fragile que bouillonnante Ă©tablie du point de vue de bambins avides de tendresse et d'Ă©vasion. Le tout traitĂ© dans le non-dit, la pudeur, le sous-entendu, l'imaginaire, la poĂ©sie des mots dĂ©coulant de leurs pensĂ©es les plus profondes et intimes. Avec toujours cette cantique Ă©perdue pour la maternitĂ© que Wendy nous murmure avec mĂ©lancolie gratifiante. Il s'agit donc d'une relecture naturaliste du cĂ©lèbre personnage créé par le romancier J. M. Barrie comme nul autre cinĂ©aste ne l'eut entrepris avec autant de force de caractère et de fulgurance formelle. Ce qui aura d'ailleurs sans doute rebutĂ© une frange de critiques et de parents responsables boudant son climat vĂ©riste dĂ©nuĂ© de fioritures et de bons sentiments Ă  travers ses personnages plus vrais que nature jouant parfois Ă  des jeux dangereux ou entreprenant des dĂ©cisions beaucoup trop radicales (le châtiment de la main coupĂ©e d'un des protagonistes !). 

Par consĂ©quent, ce qui frappe irrĂ©mĂ©diablement Ă  la vision de cette aventure Ă©perdument lyrique Ă©mane de la posture dĂ©pouillĂ©e des enfants d'une expression innocente Ă  donner le vertige de par cette Ă©motion  commune ressentie sans ambages. Benh Zeitlin parvenant Ă  capter les silences au-delĂ  des mots pour les remplir d'humanitĂ© avec ces regards candides inscrits dans la puretĂ© existentielle. Ainsi, Ă  travers leur refus impĂ©ratif de grandir au sein d'une Ă®le mystĂ©rieuse peuplĂ©e de vieillards dĂ©catis ayant perdu tout espoir, Wendy et ses amis vont tenter de rĂ©animer chez eux la fougue et la passion d'autrefois (ah cette danse improvisĂ©e nous bouleversant aux larmes jouasses !) Ă  travers le pouvoir de suggestion et l'interaction amicale. Filmant ses dĂ©cors naturels avec un souffle Ă©pique sensoriel, Wendy se feuillette en splendide livret d'images estampillĂ©es "national geographic" sans jamais se laisser dĂ©border par une quelconque outrance opportuniste. Qui plus est on y remarque dès la prĂ©mices de l'aventure les valeurs si nobles au cinĂ©aste que symbolisent l'Ă©cologie (le volcan en semi-activitĂ©) et la cause animale (la baleine iconisĂ©e par la "mère" rĂ©demptrice). Ainsi, regorgeant de poĂ©sie, de mĂ©taphores spirituelles et mĂ©taphysiques, Wendy se dĂ©cline en invitation au rĂŞve Ă  travers l'instinct de la jeunesse dĂ©vorant la vie avec une curiositĂ© insatiable. Une tribu primitive en connexion avec cette nature environnante comme s'il s'agissait de leurs propres parents. Pour autant, Ă  travers sa puissance Ă©motionnelle confinant au chef-d'oeuvre, Wendy parvient avec originalitĂ© Ă  nous broder un rĂ©cit d'aventures parfois sombre et sensiblement dĂ©sespĂ©rĂ© Ă©maillĂ© de rebondissements un tantinet cruels mais toujours rattrapĂ©s d'une poĂ©sie dĂ©miurge en harmonie avec l'enfant, l'animal et la nature Ă©troitement liĂ©s Ă  la jeunesse Ă©ternelle. 


"Qui aime la jeunesse, aime la mer".
Infiniment pur, archange, aimant, absolu au point de nous chavirer de larmes de la manière la plus mesurĂ©e (le dernier quart d'heure est un moment d'onirisme proprement vertigineux de par sa grâce existentielle !), Wendy est un morceau de cinĂ©ma anthologique Ă  travers sa rĂ©flexion universelle sur une jeunesse retrouvĂ©e. Un cri du coeur d'une fulgurance humaniste libĂ©ratrice si on est avant tout prĂŞt Ă  se rĂ©concilier avec (la mère,) la faune et la flore.  

*Eric Binford

Ci-joint la chronique des BĂŞtes du sud sauvage: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/11/les-betes-du-sud-sauvage-beasts-of.html

Remerciement Ă  Thierry Spadino et Frederic Serbource.

lundi 28 juin 2021

Sans un bruit 2 / A Quiet Place: Part II

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Krasinski. 2020. U.S.A. 1h37 (1h28 sans le générique). Avec Emily Blunt, Millicent Simmonds, Noah Jupe, Cillian Murphy, Djimon Hounsou

Sortie salles France: 16 Juin 2021. U.S: 28 Mai 2021

FILMOGRAPHIE: John Krasinski est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 20 Octobre 1979 à Newton, Massachusetts, USA. 2020: Sans un bruit 2. 2018: Sans un bruit. 2016: La Famille Hollar. 2010-2012: The Office (TV Series: 3 episodes). 2009: Brief Interviews with Hideous Men.


Toujours rĂ©alisĂ© par John Krasinski, Sans un bruit 2 tente de renouer avec le succès du 1er opus avec plus ou moins d'efficacitĂ© faute de son effet de surprise aujourd'hui rompu. Toujours bâti sur les enjeux de survie auprès de la famille Abbott contraint de se sĂ©parer pour explorer d'autres horizons en compagnie d'un survivant en quĂŞte de rĂ©demption, Sans un bruit 2 mise surtout sur l'action de ses nombreuses crĂ©atures Ă  la fois teigneuses et vĂ©loces en prime de nous dĂ©nicher d'autres survivants après deux jours de marche tendue. Comme le souligne d'ailleurs son implacable prologue rappelant un peu celui de la Guerre des Mondes de Spielberg lorsque les citadins Ă©baubis par une vision cauchemardesque venue du ciel s'empressent de fuir la menace meurtrière avec un affolement cuisant. Une sĂ©quence anthologique; la plus puissante de tout le mĂ©trage. L'intrigue, sans surprise mais modestement efficace se focalisant ensuite sur les vicissitudes de la famille Abbott toujours confinĂ©e dans des planques de fortune mais contrainte de s'extirper de leur tanière pour des motifs sanitaires et d'appels Ă  l'aide via frĂ©quence radio musicale. 


EmaillĂ© de sĂ©quences d'attaques assez bien torchĂ©es, voires parfois mĂŞme quelque peu terrifiantes de par la fascination qu'exercent les crĂ©atures dĂ©charnĂ©es assez crĂ©dibles, Sans un bruit 2 manque toutefois d'intensitĂ© et de suspense exponentiel en dĂ©pit de la bonne volontĂ© du rĂ©alisateur Ă  honorer son modèle et de ces acteurs irrĂ©prochables dans leur fonction de victime mutique en progression hĂ©roĂŻque. Notamment en mettant en valeur la bravoure de deux adolescents retors afin de venir Ă  bout de la menace meurtrière terriblement vĂ©loce. Sympathique donc de par le soin de sa rĂ©alisation faisant notamment intervenir avec une efficacitĂ© autrement payante 2 actions distinctes en simultanĂ©e grâce Ă  l'habiletĂ© du montage au cordeau afin d'amplifier l'angoisse des agressions redoutĂ©es, Sans un bruit 2 demeure Ă  terme un honorable divertissement horrifique, qui plus est visuellement expressif auprès de sa nature feutrĂ©e insĂ©curisante.

*Bruno
22.03.24. 2èx. Vostfr

La chronique de "Sans un bruit": http://brunomatei.blogspot.fr/2018/05/sans-un-bruit.html