jeudi 10 janvier 2013

Quelque part dans le Temps / Somewhere in time. Antenne d'Or Ă  Avoriaz, 1981

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site badmovieart.blogspot.com

de Jeannot Swarc. 1980. U.S.A. 1h43. Avec Christopher Reeves, Jane Seymour, Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, George Voskovec, William H. Macy.

Sortie salles France: 6 Mai 1981. U.S: 3 Octobre 1980

FILMOGRAPHIE: Jeannot Szwarc est un réalisateur français, né le 21 Novembre 1939 à Paris.
1973: Columbo: adorable mais dangereuse. 1975: Les Insectes de Feu. 1978: Les Dents de la Mer 2.
1980: Quelque part dans le temps. 1983: Enigma. 1984: Supergirl. 1985: Santa Claus. 1987: Grand Larceny. 1988: Honor Bound. 1990: Passez une bonne nuit. 1991: La Montagne de Diamants. 1994: La Vengeance d'une blonde. 1996: Hercule et Sherlock. 1997: Les Soeurs Soleil

"L’Ă©ternitĂ© d’un battement de cĹ“ur".
RĂ©alisateur Ă©clectique, Jeannot Szwarc s’attelle en 1980 Ă  l’adaptation du roman de Richard Matheson, Le Jeune Homme, la Mort et le Temps. RebaptisĂ©e au cinĂ©ma Quelque part dans le temps, cette tragĂ©die romantique Ă  postulat d’anticipation (le voyage temporel) demeure la plus vibrante rĂ©ussite de son auteur, justement rĂ©compensĂ©e de l’Antenne d’Or Ă  Avoriaz.

Le Pitch: Lors d’une rĂ©ception, un dramaturge reçoit la visite d’une septuagĂ©naire qui, troublante, le supplie de lui revenir. DĂ©contenancĂ© par cette Ă©trange supplique, et par l’offrande d’une montre ancienne, Richard Collier poursuit sa vie solitaire dans le tumulte passionnĂ© de sa vocation. Huit ans plus tard, sĂ©journant dans un hĂ´tel, il dĂ©couvre au mur du hall la photographie d’une actrice de 1912. IrrĂ©sistiblement attirĂ©, il reconnaĂ®t les traits de la mystĂ©rieuse vieille dame croisĂ©e dans les coulisses de sa première pièce. Avec l’aide d’un professeur utopiste, il entreprend alors de dĂ©fier le temps pour rejoindre l’amour de sa vie.
 

Ă€ partir d’un canevas dĂ©lirant, Szwarc devient conteur romantique sous l’Ă©gide du mythique Richard Matheson. Dans la complicitĂ© candide du duo Christopher Reeve / Jane Seymour, Quelque part dans le temps donne Ă  voir une romance Ă©perdue, d’une grâce pudique. Modestement retranscrite Ă  travers la reconstitution bucolique des annĂ©es 1910, cette bouleversante histoire d’amour s’empare du fantastique pour unir deux âmes promises, sĂ©parĂ©es par les âges. Point de machines : ici, le voyage dans le temps se joue par l'autosuggestion. Un simple acte de foi mentale. Et, chose rare, cette Ă©trangetĂ© convainc. Car il suffit d’un esprit dĂ©vorĂ© par la passion pour dĂ©fier les lois du rĂ©el. Ă€ moins qu’il ne s’agisse, plus tragiquement, de l’hallucination d’un Ă©crivain esseulĂ©, glissant peu Ă  peu hors du monde.

Romantisme incandescent et sensibilitĂ© dĂ©licate : Szwarc tisse des instants de pure poĂ©sie, traversĂ©s d’un humour tendre (Elise avouant son amour sur scène devant un public mĂ©dusĂ©, ou l’amitiĂ© pudique avec le jeune Arthur – futur majordome de l’hĂ´tel). Au-delĂ  des obstacles dressĂ©s par un maĂ®tre-chanteur menaçant, Quelque part dans le temps nous captive par la sincĂ©ritĂ© de ses interprètes. En Dom Juan Ă©garĂ© dans l’Histoire, vĂŞtu de l’Ă©lĂ©gance d’un autre siècle, Christopher Reeve incarne son personnage avec une candeur bouleversante. Face Ă  lui, Jane Seymour, actrice au seuil de sa gloire, impose une prĂ©sence d’une douceur souveraine. Ensemble, ils forment un couple tragique, jamais mièvre, consumĂ© par une passion pure.

Quant au final, il frappe en plein cĹ“ur. Renversant, brutal, il saborde d’un coup leur romance Ă©dĂ©nique, et laisse le spectateur dĂ©semparĂ©, saturĂ© d’amertume. L’Ă©pilogue, tout aussi funèbre, rĂ©sonne comme une complainte, jusqu’Ă  cet ultime sursaut d’onirisme qui vient apaiser l’âme.

"Au-delĂ  du temps, l’Ă©cho d’un amour".
D'une beautĂ© pudique, presque sacrĂ©e, et d’une Ă©motion double – entre perte et transcendance –, Quelque part dans le temps est un poème virginal sur l’amour absolu, la fuite des heures et le deuil de l’ĂŞtre aimĂ©. PortĂ© par la symphonie pudibonde de John Barry, ce chef-d’Ĺ“uvre lyrique cisèle le destin d’amants maudits, condamnĂ©s Ă  s’aimer au-delĂ  des frontières du temps.
 
*Bruno
10.01.13. 3èx

Récompense: Antenne d'Or à Avoriaz, 1981


lundi 7 janvier 2013

Psychose, Phase 3 (The Legacy)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique

de Richard Marquand. 1978. Angleterre/U.S.A. 1h39. Avec Katharine Ross, Sam Elliott, John Standing, Ian Hogg, Margaret Tyzack, Charles Gray, Roger Daltrey.

Sortie salles France: 2 Avril 1980. Angleterre: Septembre 1978

FILMOGRAPHIERichard Marquand est un rĂ©alisateur et producteur anglais, nĂ© le 22 Septembre 1938 Ă  Cardiff, Pays de Galles, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 Septembre 1987 Ă  l'âge de 48 ans d'un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral. 1970: Edward 2 (tĂ©lĂ©-film). 1971: The Search for the Nile (tĂ©lĂ©-film). 1975: The Puritain Experience: Forsaking England (moyen mĂ©trage). 1976: NBC Special Tret (tĂ©lĂ©-film). 1978: Psychose Phase 3. 1979: Birth of the Beatles. 1981: l'Arme Ă  l'oeil. 1983: Le Retour du Jedi. 1984: French Lover. 1985: A double tranchant. 1987: Heart of Fire.


InfluencĂ© par Suspiria, Rosemary's Baby et consorts, Psychose phase 3 traite conformĂ©ment du satanisme et de la sorcellerie sous l'effigie d'une modeste sĂ©rie B parfaitement efficace. Bien connu des amateurs de Fantastique qui ont pu le dĂ©couvrir chez les tenanciers de nos vidĂ©os des annĂ©es 80, le premier long-mĂ©trage de Richard Marquand est un super divertissement rĂ©alisĂ© sans prĂ©tention, tout Ă  fait bonnard Ă  travers son sens du rythme mĂ©tronome. 

Le pitchA la suite d'un accident de moto, un couple est convié à séjourner dans le manoir du milliardaire Jason Montoulive. Alors que d'autres invités viennent s'y rejoindre, de mystérieux incidents meurtriers vont se succéder. Margaret et Pete décident de quitter la demeure, en vain...


Psychose Phase 3 est le genre de sĂ©rie B mineure avec son scĂ©nario orthodoxe et sa mise en scène dĂ©pouillĂ©e mais qui parvient sans difficultĂ© Ă  insuffler une indĂ©niable sympathie auprès de l'aficionado du genre. Avec la bonhomie complice de la radieuse (et si rare) Katharine Ross, convoyĂ©e du briscard moustachu Sam Elliott, ainsi que d'autres seconds rĂ´les aussi avenants (le chanteur des Who, Roger Daltrey et le vĂ©tĂ©ran Charles Gray), cette Ă©nième conjuration sataniste rĂ©ussit sans peine Ă  prĂ©server un intĂ©rĂŞt constant. Et si l'on peut reprocher certaines facilitĂ©s (les dĂ©mĂŞlĂ©s du couple manquent parfois un tantinet de persuasion), un faux raccord (l'attaque des rottweilers sur Pete) et quelques futiles incohĂ©rences, son intrigue occulte traitant de sorcellerie et de rĂ©incarnation suscite interrogation auprès de l'hĂ©ritage d'un milliardaire corrompu. EmaillĂ© de sĂ©quences-chocs parfois spectaculaires ou intenses (immolation Ă  travers les flammes de cheminĂ©e, Ă©touffement par nourriture, noyade dans une piscine, empalements par des Ă©clats de verre), Psychose Phase 3 rĂ©ussit par ailleurs Ă  insĂ©rer quelques pĂ©ripĂ©ties haletantes. A l'instar de cette fuite chaotique amorcĂ©e par le couple pour rejoindre leur bercail. Car tentant de s'Ă©chapper en dĂ©sespoir de cause Ă  cheval puis en voiture, les deux amants doivent emprunter le mĂŞme parcours champĂŞtre de façon rĂ©cursive.


On pense parfois à Suspiria pour le cérémonial de cette étrange confrérie réunie autour d'un vieillard moribond, pour le caractère interlope de ses protagonistes (la majordome insidieuse est parfaite de présence délétère avec son flegme impassible), et pour le décor baroque d'une piscine pourvue d'un esthétisme raffiné. Quelques rebondissements viennent également crédibiliser l'énigme ésotérique (la raison pour laquelle 5 membres des invités doivent être sacrifiés) avant la révélation escomptée d'un point d'orgue démoniaque non exempt de déconvenues. Enfin, pour la tonalité de son score, certains spectateurs pourront sourire de sa mélodie enjouée plutôt obsolète. En l'occurrence, cette sonorité pop typique des seventies renforce pourtant son charme rétro non négligeable.


AgrĂ©ablement limpide et ludique Ă  travers son classicisme contemporain mais efficace et très attachant, Psychose Phase 3 rĂ©ussit comme par miracle Ă  engendrer une sĂ©rie B trĂ©pidante dont le rythme alerte le prĂ©munit de la banalitĂ©. En prime, l'aspect gothique Ă©rigĂ© autour d'un manoir british ainsi que le caractère trouble de sa conspiration surnaturelle vĂ©hiculent un pouvoir de fascination diaphane avant de nous surprendre par son final anti happy-end. 

*Eric Binford
15.09.21. 4èX
07.01.13. 



samedi 5 janvier 2013

MANIAC

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site marvelll.fr

de Franck Khalfoun. 2012. France/U.S.A. 1h33. Avec Elijah Wood, Nora Arnezeder, Liane Balaban, America Olivo, Joshua De La Garza.

Sortie salles France: 2 Janvier 2013

FILMOGRAPHIEFranck Khalfoun est un réalisateur, scénariste, acteur et monteur américain
2007: 2è Sous-sol. 2009: Engrenage Mortel (Wrong Turn at Tahoe). 2012: Maniac



DiscrĂ©ditĂ© avant mĂŞme l'entreprise de sa rĂ©alisation puisque estampillĂ© remake bancable d'après un chef-d'oeuvre traumatisant, Maniac, nouvelle mouture, prenait Ă©galement le risque d'attribuer son rĂ´le titre Ă  un illustre acteur au minois infantile. Un choix particulièrement couillu qui laissait craindre le pire, d'autant plus que son rĂ©alisateur novice Ă©tait dĂ©jĂ  responsable de deux manufactures conventionnelles. Produit par William Lustig en personne, Ă©paulĂ© des français Aja et Levasseur (notamment crĂ©ditĂ©s au scĂ©nario), cette nouvelle dĂ©clinaison adopte le parti-pris de ne pas vulgairement copier-coller son modèle cradingue. FilmĂ© entièrement en camĂ©ra subjective du point de vue du tueur, Maniac version 2012 est une nouvelle descente aux enfers dans les bas-fonds de Los Angeles qu'un tueur psychopathe s'entreprend de nettoyer des quartiers malfamĂ©s putes et call-girl racoleuses. Dès le prologue, l'ambiance anxiogène et crĂ©pusculaire d'un new-york insalubre nous est illustrĂ©e avec un rĂ©alisme cafardeux (badauds dĂ©soeuvrĂ©s sont mĂŞlĂ©s Ă  la foule cosmopolite arpentant des trottoirs inondĂ©s de dĂ©chets). A l'image cinglante de son premier crime imposĂ© de manière totalement impromptue.


La cruautĂ© du meurtre et l'impuissance Ă  laquelle la victime ne puisse exprimer la moindre clameur nous saisit de stupeur. La bonne nouvelle c'est qu'ensuite l'errance quotidienne du maniac dans les rues nocturnes restera une dĂ©rive introspective jalonnĂ©e d'estocades aussi terrifiantes qu'Ă©prouvantes. Car durant tout son cheminement meurtrier, le spectateur est forcĂ©ment contraint de s'identifier instinctivement Ă  son existence sordide grâce Ă  l'agilitĂ© d'une camĂ©ra subjective en interne du sujet ! L'effet d'immersion est immĂ©diat mais surtout il dĂ©range, incommode, asphyxie son public pris en otage par ses pensĂ©es dĂ©ficientes, ses visions horrifiĂ©es de mannequins ensanglantĂ©s blottis dans une chambre tamisĂ©e et surtout ses crimes crapuleux lâchement perpĂ©trĂ©s avec violence acĂ©rĂ©e ! Autant avouer que dans cette nouvelle mouture, l'effet de submersion est beaucoup plus prĂ©gnant que dans son modèle originel. A contrario, on est loin du traumatisme imposĂ© par le climat poisseux de Lustig et du jeu transi d'Ă©moi de Joe Spinell ! NĂ©anmoins, certaines sĂ©quences gores percutantes ont de quoi retourner les estomacs les plus fragiles, mais surtout sa sauvagerie cuisante qui en dĂ©coule effleure parfois l'insupportable (le meurtre Ă  coups de poignards d'une prostituĂ©e rĂ©fugiĂ©e dans un parking est franchement pĂ©nible Ă  endurer !).


 Il faut notamment louer la maĂ®trise de sa mise en scène expĂ©rimentale (le jeu de miroirs judicieux pour entrevoir le visage du tueur) ou affinĂ©e (certaines sĂ©quences stylisĂ©es surprennent par son esthĂ©tisme poĂ©tique d'autant plus Ă©purĂ©e d'une photo limpide) et la manière habile dont le rĂ©alisateur exploite son potentiel de terreur face aux exactions du maniac. A ce titre, le point d'orgue final jusqu'au-boutiste s'avère un moment d'anthologie particulièrement Ă©prouvant lors la traque de la dernière victime en instance de survie. Et le gore paroxystique d'atteindre son apogĂ©e dans un Ă©pilogue aussi bestial et grand-guignol que son ancĂŞtre. Pour parachever, nos scĂ©naristes ont eu la bonne idĂ©e d'insister sur l'idylle amoureuse entre Franck et une photographe de mode. En l'occurrence, l'empathie accordĂ©e Ă  ce dernier s'avère beaucoup plus persuasive si bien qu'une rĂ©elle compassion lui est finalement tolĂ©rĂ©e auprès du spectateur. Le rĂ©alisateur prenant bien soin d'illustrer sa pychĂ© torturĂ©e Ă  travers une rĂ©miniscence infantile rĂ©sultant des exactions sexuelles de sa mĂ©gère. En rĂ©sulte une ambiance de nonchalance teintĂ©e de mĂ©lancolie qui imprègne toute la pellicule,  amplifiĂ©e par la mĂ©lodie d'un score tragique infiniment fragile. Un parti-pris adĂ©quat pour mettre en exergue la romance fĂ©brile des deux protagonistes esseulĂ©s et pour ausculter le passĂ© douloureux du tueur misogyne, victime malgrĂ© lui d'une enfance galvaudĂ©e.


A bout de souffle
Terrifiant et dĂ©rangeant par son immersion expĂ©rimentale, glauque et malsain (mĂŞme si Ă  100 lieux du chef-d'oeuvre initial), mais surtout sauvage et cruel, Maniac adopte l'intelligence de se dĂ©marquer de son modèle sans faire preuve d'esbroufe mais en insistant plutĂ´t sur la dĂ©chĂ©ance mentale du tueur pathĂ©tique livrĂ© Ă  une insupportable solitude. Et si au premier abord Elijah Wood avait de quoi laisser dubitatif pour prendre la relève au jeu maladif de Joe Spinell, il parvient sobrement Ă  y imprimer sa propre personnalitĂ© dans le corps d'un psychopathe timorĂ© et impuissant, Ă©garĂ© dans l'amertume d'un amour insoluble. La nouvelle gĂ©nĂ©ration peut applaudir, un nouveau classique de l'horreur hardcore leur est Ă©galement lĂ©guĂ©e.

* Bruno
05.01.13


vendredi 4 janvier 2013

Tourist Trap / Le Piège

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fascinationcinema.tumblr.com

de David Schmoeller. 1979. U.S.A. 1h30. Avec Chuck Connors, Jocelyn Jones, Jon Van Ness, Robin Sherwood, Tanya Roberts, Dawn Jeffory, Keith McDermott.

Sortie salles France: 30 Avril 1980. U.S: 16 Mars 1979

FILMOGRAPHIE: David Schmoeller est un acteur, monteur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 8 décembre 1947 à Louisville, dans le Kentucky (Etats-Unis). 1976: The Spider will kill you (Court-Metrage). 1979: Le Piège. 1982: The Seduction. 1986: Fou à Tuer. 1988: Catacombs. 1989: Puppet Master. 1991: The Arrival. 1992: Le Rebelle ("Renegade"). Série TV. 1992: Netherworld. 1998: The Secret Kingdom. 1999: Please Kill Mr Kinski. 1999: Search for the Jewel of Polaris: Mysterious Museum (télé-film).

 
"Tourist Trap : le cri des années vidéo".
Film culte pour toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes, alors qu’il s’agissait de la première rĂ©alisation d’un cinĂ©aste encore novice, Tourist Trap a laissĂ© une empreinte indĂ©lĂ©bile chez les vidĂ©ophiles des annĂ©es 80. Quelques dĂ©cennies plus tard, force est de constater qu’il n’a pas pris une ride, traversĂ© par un climat d’Ă©trangetĂ© tenace, insaisissable.

Le pitch : Ă  la suite d’une panne, quatre vacanciers s’Ă©garent dans un coin de campagne. Un sexagĂ©naire solitaire les accueille chaleureusement dans sa demeure, oĂą d’innombrables mannequins de cire ornent les pièces. BientĂ´t, d’Ă©tranges Ă©vĂ©nements vont menacer la vie des estivants.

Modeste sĂ©rie B lorgnant vers les survivals des seventies et les classiques de l’horreur archaĂŻque, Tourist Trap doit son salut Ă  une atmosphère inquiĂ©tante, comme hĂ©ritĂ©e des contes funèbres de notre enfance. Car en jouant sur les terreurs enfantines — l’ogre tapi dans les bois, le baroque menaçant des mannequins figĂ©s — David Schmoeller cristallise un cauchemar surnaturel oĂą un psychopathe, douĂ© de tĂ©lĂ©kinĂ©sie, façonne son propre univers.

Dès la sĂ©quence d’ouverture, une atmosphère lourde et anxiogène s’insinue lentement dans l’esprit du spectateur, avant de culminer dans le meurtre d’un pèlerin rĂ©fugiĂ© dans une pièce calfeutrĂ©e. Forces invisibles et mannequins gouailleurs s’y dĂ©chaĂ®nent, jusqu’Ă  ce que mort brutale s’ensuive. Avec une efficacitĂ© rare, le rĂ©alisateur distille un sentiment oppressant au cĹ“ur du huis clos, jouant des entitĂ©s paranormales de mannequins douĂ©s de vie. Leur rictus dĂ©moniaque, mĂŞlĂ© de braillements stridents, provoque un malaise tangible — chez la victime dĂ©munie comme chez le spectateur.

Après ce prĂ©lude saisissant, oĂą la cruautĂ© dispute sa place Ă  la poĂ©sie macabre — un tuyau empalĂ© dans les reins laisse goutter lentement le sang sur le sol —, Schmoeller nous enferme dans l’Ă©trange musĂ©e d’un redneck anachronique, hantĂ© par la perte de son Ă©pouse. Ă€ l’arrivĂ©e inopinĂ©e des vacanciers, les Ă©vĂ©nements meurtriers s’enchaĂ®nent. Pour entretenir le suspense et faire monter l’apprĂ©hension, un second personnage est introduit : le frère du propriĂ©taire, affublĂ© d’un masque de plâtre. Dès lors, chaque meurtre perpĂ©trĂ© au milieu d’un chassĂ©-croisĂ© brouille les pistes ; le spectateur perd ses repères, incapable de dĂ©signer le coupable.

Et puis il y a ces automates, immobiles ou animĂ©s par tĂ©lĂ©kinĂ©sie, qui peuplent couloirs et chambres. Des mannequins de femmes, alignĂ©s comme des saintes damnĂ©es, chuchotent, gĂ©missent parfois de plaintes langoureuses. Tandis que dans la cave, d’Ă©tranges expĂ©riences sont administrĂ©es aux corps kidnappĂ©s. Dans une photographie ocre et sĂ©pia qui accentue son climat feutrĂ©, Schmoeller peaufine dĂ©cors tamisĂ©s et clair-obscur naturel pour fantasmer un cauchemar Ă©veillĂ©, oĂą un tueur rural s’est forgĂ© une nouvelle matĂ©rialitĂ©.

Dans le rĂ´le du tueur, Chuck Connors donne chair Ă  son personnage interlope avec la retenue d’un regard flâneur. Ă€ l’inverse, si les autres interprètes manquent d’aplomb et livrent un jeu limitĂ©, ils parviennent pourtant Ă  susciter un certain attachement, par leur naĂŻvetĂ© candide Ă  se laisser berner par l’oppresseur.

"Hurlements de cire dans la nuit".
SĂ©rie B horrifique Ă  l’intrigue en apparence convenue mais fondamentalement singulière, Tourist Trap distille une rigueur stupĂ©fiante Ă  travers une ambiance d’Ă©trangetĂ© touchant aux cimes de la fĂ©erie macabre. Et pour transcender cet onirisme indicible, le sublime score de Pino Donaggio envoĂ»te les sens d’une Ă©motion Ă©lĂ©giaque. Du pur cinĂ©ma d’ambiance — que les cinĂ©astes actuels feraient bien de raviver pour imposer leur patte et s’Ă©carter de l’ornière.
*Bruno
03.09.22. 5èx. Vostfr
04.01.13. 



jeudi 3 janvier 2013

DREDD


de Pete Travis. Angleterre/Afrique du Sud. 2012. 1h40. Avec Karl Urban, Olivia Thirlby, Lena Headey, Domhnall Gleeso.

Sortie salles France: 16 Septembre 2012, uniquement en avant-première à l'Etrange Festival.
U.S.A. 21 Septembre 2012. Belgique: 21 Novembre 2012

FILMOGRAPHIE: Pete Travis est un réalisateur britannique né à Manchester en Angleterre.
2008: Angles d'attaque. 2009: Endgame. 2012: Dredd


Si le nanar risible Judge Dredd, campĂ© par un Stallone cabotin, avait Ă©tĂ© un Ă©chec cuisant lors de sa sortie en 1995, sa rĂ©actualisation entreprise aujourd'hui par un rĂ©al novice va dĂ©finitivement inhumer le pudding Ă©dulcorĂ© de Danny CannonDans une sociĂ©tĂ© futuriste totalitaire rĂ©gie par des juges pugnaces, Dredd et sa nouvelle recrue, Anderson, doivent faire face Ă  un cartel de la drogue manoeuvrĂ© par une psychopathe notoire. Alors qu'ils sont sur le point de mettre sous les verrous l'un de ses alliĂ©s, la matriarche "ma-ma" dĂ©cide de boucler l'immeuble pour les embrigader en invoquant Ă  la population de les assassiner. Ceux qui attendaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment une version cinĂ©matographique emblĂ©matique du comics créé par John Wagner risquent fort de jubiler Ă  la vue de cet actionner bourrin dĂ©diĂ© Ă  la subversion ultra violente. CaractĂ©risĂ© par un scĂ©nario simpliste mais redoutablement haletant dans son enchaĂ®nement d'action dĂ©complexĂ©e, Dredd nouveau cru est un plaisir coupable Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© imperturbable.


Avec peu de décors (l'essentiel de l'action se focalisant derrière les murs anti-atomiques d'une gigantesque tour), le réalisateur Pete Travis réussit louablement à nous immerger de plein fouet dans l'urbanisation d'une cité futuriste en décrépitude. Un monde irradié et déshumanisé où drogue et criminalité sont un fléau permanent sous l'allégeance d'une criminelle sanguinaire (elle dépèce vivant ses adversaires qui empiètent sur son territoire avant de les droguer et les éjecter du haut de 200 étages !). Avec sa photographie cristalline saturée de teintes fluos, cette mouture hardgore utilise harmonieusement une palette de couleurs criardes afin de mettre en exergue les nombreuses effusions sanguinolentes qui en émanent. Notamment quelques plages de poésie fantasmagorique comme ces effets hallucinogènes de la nouvelle drogue "slo-mo" produisant chez le sujet un effet de ralentissement sur la notion temporelle ! Pour ce qui concerne les péripéties encourues chez nos deux baroudeurs pourvus d'armes high-tech (gadgets à l'appui !), Pete Travis ne cesse de leur faire subir moult épreuves de survie au sein d'un immeuble infesté de tueurs et de quidams corrompus. A la manière d'une compétition, nos deux héros doivent affronter subterfuges et rixes cinglantes face à des antagonistes toujours plus déterminés (telle cette embuscade furibonde à la sulfateuse !) et tenter d'obstruer la mégère dégénérée.


Dans le rĂ´le titre, Karl urban s'en sort avec les honneurs pour incarner le nouveau justicier impassible. S'il peut paraĂ®tre au dĂ©part un poil rigide dans sa posture hĂ©roĂŻque Ă  la mâchoire contractĂ©e, il rĂ©ussit fissa Ă  s'imposer en hĂ©ros flegmatique, sensiblement Ă©pris de conscience humaniste depuis l'indulgence de sa co-Ă©quipière. La charmante Olivia Thirlby prĂŞte son talent pour endosser de façon circonspecte une mutante douĂ©e de pouvoirs psychiques, mais aussi de compassion chez les dĂ©shĂ©ritĂ©s. Enfin, en baronne de la drogue burinĂ©e d'une cicatrice sur le visage, Lena Headey se rĂ©vèle aussi dĂ©lectable que mĂ©prisable dans ses agissements sanguinaires afin de prouver son autoritĂ© inĂ©branlable Ă  une population disciplinĂ©e.


Escape from Mega City One
Ultra violent, bourrin, gore, immersif et jouissif en diable, Dredd se coltine en prime d'une bande son Ă©lectro Ă©moustillante afin de scander les pĂ©ripĂ©ties explosives qui empiètent le rĂ©cit. Honteusement ignorĂ© en salles dans l'hexagone, ce film d'action furibond insuffle une vigueur et un charisme animal face Ă  la dĂ©liquescence urbaine d'une sociĂ©tĂ© en perdition. Juste avant de lever un voile d'espoir en la prĂ©sence clairvoyante d'une mutante clĂ©mente. 

03.01.13
Bruno Matéï


mercredi 2 janvier 2013

LES NERFS A VIF (Cape Fear)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mediafilm.ca

de Jack Lee Thompson. 1962. U.S.A. 1h46. Avec Robert Mitchum, Gregory Peck, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam, Jack Kruschen, Telly Savalas, Barrie Chase.

Sortie salles France: 31 Octobre 1962. U.S: 18 Avril 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJack Lee Thompson (John Lee Thompson), est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© le 1er AoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 AoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). 1955: An Alligator Named Daisy. 1959: Aux Frontières des Indes. 1959: Les Yeux du TĂ©moin. 1961: Les Canons de Navarone. 1962: Les Nerfs Ă  Vif. 1962: Tarass Boulba. 1963: Les Rois du Soleil. 1964: Madame Croque-maris. 1965: l'Encombrant Monsieur John. 1966: l'Oeil du Malin. 1969: l'Or de Mackenna. 1969: l'Homme le plus dangereux du monde. 1970: Country Dance. 1972: La ConquĂŞte de la Planète des Singes. 1973: La Bataille de la Planète des Singes. 1976: Monsieur St-Yves. 1977: Le Bison Blanc. 1979: Passeur d'Hommes. 1980: Cabo Blanco. 1981: Happy Birthday. 1981: Code Red (tĂ©lĂ©-film). 1983: Le Justicier de Minuit. 1984: l'Enfer de la Violence. 1984: l'Ambassadeur: chantage en Israel. 1985: Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon. 1986: La Loi de Murphy. 1986: Le Temple d'Or. 1987: Le Justicier braque les Dealers. 1988: Le Messager de la Mort. 1989: Kinjite, sujets tabous.


Un an après les Canons de Navarone, Jack Lee Thompson change de registre afin d'adapter un roman noir de John D. MacDonald, The Executioners. Rebaptisé Les Nerfs à vif, ce thriller intense et captivant doit beaucoup à l'affrontement dantesque de ces deux antagonistes, partagés entre une rancoeur vindicative et la préméditation meurtrière.

Après avoir purgé une peine de 8 années de prison, un psychopathe décide de se venger du responsable de sa condamnation, en s'en prenant notamment à sa famille. La victime est un paisible avocat, Sam Bowden, préalablement témoin du viol d'une jeune fille commis par Max Cady. Depuis sa sortie de prison, ce violeur rongé de haine et de vengeance s'évertue à épier les moindres faits et gestes de l'avocat, en harcelant également sa femme ainsi que sa fille.


Thriller austère pourvu d'un suspense oppressant, les Nerfs Ă  Vif est un superbe affrontement psychologique confiĂ© entre deux monstres sacrĂ©s du cinĂ©ma. L'un s'attribuant le rĂ´le d'un criminel cynique dĂ©nuĂ© de vergogne pour accomplir sa vengeance mĂ©thodique, l'autre endossant celui d'un notable avocat finissant peu Ă  peu par sombrer dans une paranoĂŻa dĂ©lĂ©tère. Outre le caractère anxiogène des mĂ©faits impudents perpĂ©trĂ©s par un redoutable psychopathe, la dĂ©chĂ©ance morale impartie au magistrat, paisible père de famille, s'alloue d'une Ă©thique Ă©quivoque pour sa planification meurtrière. En traitant de l'abus de pouvoir chez la dĂ©ontologie policière, le rĂ©alisateur aborde pour autant une rĂ©flexion sur la lĂ©galitĂ© lĂ©gislative quand un meurtrier dĂ©cide de nuire Ă  autrui sans employer de prime abord une violence physique. Si les Nerfs Ă  vif se rĂ©vèle si captivant, c'est qu'il s'attarde Ă  relater avec beaucoup d'efficacitĂ© la confrontation paroxystique de deux hommes engagĂ©s dans une Ă©preuve de force. Par petites touches, Jack Lee Thompson distille en amont une tension progressive quand, par exemple, Max Cady dĂ©cide de surveiller la fille du magistrat. La sĂ©quence perfide oĂą l'adolescente, rĂ©fugiĂ©e en interne d'une Ă©cole, est persuadĂ©e d'ĂŞtre poursuivie par son tortionnaire, est un joli moment d'apprĂ©hension dans son subterfuge tolĂ©rĂ©. Outre les incessantes provocations verbales prononcĂ©es par Max Cady sur la modeste famille, d'autres moments forts surprennent par une violence physique quelque peu acerbe  (l'agression Ă  coup de chaĂ®ne de Cady par les trois complices de Bowden). L'intrusion soudaine du meurtrier Ă  bord de la pĂ©niche afin d'apprĂ©hender l'Ă©pouse esseulĂ©e est Ă©galement une estocade particulièrement perverse dans son allusion sexuelle. Quand au fameux point d'orgue escomptĂ©, il culmine sa dĂ©chĂ©ance morale vers un survival abrupt au sein d'une rivière crĂ©pusculaire. En prime, son Ă©pilogue inopinĂ© milite en faveur d'une justice Ă©quitable rĂ©futant la loi du talion pour mieux consigner son coupable meurtrier. Si on peut saluer la sobriĂ©tĂ© d'interprĂ©tation du grand Gregory Peck dans celui d'un avocat attisĂ© par la corruption, l'immense Robert Mitchum s'alloue d'une prestance flegmatique pour incarner un ex-taulard haineux, gagnĂ© par une vengeance redoutablement rusĂ©e. La petite Lori Martin se rĂ©vèle notamment particulièrement expansive dans la peau d'une adolescente candide endurant divers tourments psychologiques.


D'un point de vue personnel, j'aimerais souligner que j'accorde plus d'affection au remake homonyme Ă©laborĂ© 30 ans plus tard par l'illustre Martin Scorcese. Parce que plus intense, Ă©prouvant, cinglant et violent, cet exercice de style virtuose n'hĂ©sitait pas non plus Ă  Ă©voquer un certain tabou (l'allusion sexuelle particulièrement Ă©quivoque entretenue durant un apartĂ© entre Robert De Niro et la jeune adolescente Juliette Lewis). Mais le classique originel de Jack Lee Thompson, rehaussĂ© du score orchestral d'Herrmann, reste suffisamment dense et maĂ®trisĂ© pour daigner le discrĂ©diter. D'autant plus que l'interprĂ©tation dĂ©moniaque de Robert Mitchum mĂ©rite Ă  elle seule le dĂ©tour !

02.01.13
Bruno 

mardi 1 janvier 2013

Le Voyage Fantastique (Fantastic Voyage)

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Richard Fleischer. 1966. U.S.A. 1h40. Avec Stephen Boyd, Raquel Welch, Edmond O'Brien, Donald Pleasence, Arthur O'Connell, William Redfield, Arthur Kennedy.

Sorties salles U.S: 21 Août 1966

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.


Classique de la science-fiction des années 60 auréolé de 3 oscars, le Voyage Fantastique transfigure
l'anatomie corporelle de l'ĂŞtre humain sous la houlette du vĂ©tĂ©ran Richard Fleischer. Le pitch: A la suite d'un attentat commis contre un scientifique ayant dĂ©couvert le procĂ©dĂ© de miniaturisation Ă  temps illimitĂ©, une Ă©quipe de mĂ©decins sont infiltrĂ©s Ă  l'intĂ©rieur de son corps pour tenter de dissoudre un caillot de sang situĂ© au cerveau. Cependant, ils ne disposent que de 60 minutes pour achever leur mission, c'est Ă  dire sauver la vie de Jane Bennes, placĂ© en hypothermie. En interne de leur sous-marin miniaturisĂ©, nos 5 scientifiques vont se confronter Ă  moult dĂ©convenues au coeur de cette incroyable odyssĂ©e organique. Titre on ne peut mieux approprier, le Voyage Fantastique est l'incroyable projet d'une cause scientifique permettant Ă  la matière de pouvoir se miniaturiser. Par cette idĂ©e fantasmatique purement improbable, Richard Fleischer y extrait un fascinant divertissement fertile en pĂ©ripĂ©ties dont l'esthĂ©tisme flamboyant est conçu pour transcender le mĂ©tabolisme de l'ĂŞtre humain. 


Eloge au phĂ©nomène biologique de la vie oĂą une simple petite fourmi mĂ©rite autant de considĂ©ration que l'homme dans la religion hindouiste, le voyage fantastique nous immerge dans l'antre vertigineux d'un univers organique rempli d'Ă©lĂ©ments perturbateurs. Ainsi, Ă  la manière d'un documentaire scrupuleux non avare en dĂ©tails scientifiques pour ausculter l'anatomie humaine sous toutes ses coutures, l'ambition de Fleischer est fondĂ©e sur une vĂ©ritable prouesse technique pour mieux crĂ©dibiliser la mission pĂ©rilleuse de scientifiques envoyĂ©s au centre d'un corps terrestre. Tant pour leur pĂ©riple confinĂ© Ă  proximitĂ© d'un coeur bourdonnant, d'un poumon  oxygĂ©nĂ©, d'une oreille Ă  l'ouĂŻe dĂ©cuplĂ©e ou de l'esprit neurotique d'un cerveau endommagĂ© ! L'odyssĂ©e aquatique de nos experts demeurant une Ă©preuve de courte haleine (Ă  peine 60 minutes pour boucler leur mission de survie) Ă©maillĂ© de dangers alarmistes (les effets pervers des globules blancs ou l'offensive oppressante des fameux anticorps). En prime, et pour Ă©picer l'intrigue, le rĂ©alisateur introduit parmi l'Ă©quipage la prĂ©sence d'un potentiel saboteur. Une idĂ©e judicieuse afin de rehausser son suspense progressiste, d'autant plus qu'un compte Ă  rebours nous est rigoureusement dĂ©comptĂ©. Le caractère palpitant des enjeux culminant vers un final oppressant pour la survie de nos hĂ©ros en perdition ainsi que celle du sujet autopsiĂ©.


MaĂ®trisĂ© avec souci documentĂ©, formellement fascinant et dĂ©paysant, le Voyage Fantastique rĂ©ussit Ă  Ă©merveiller la rĂ©tine du spectateur immergĂ© comme jamais Ă  l'intĂ©rieur d'un corps humain de par la persuasion de ces effets visuels. Hormis son aspect rĂ©tro, cette perle d'anticipation prĂ©serve encore aujourd'hui son pouvoir dĂ©lectable de contemplation, le charme nostalgique qui va avec.

*Eric Binford
25.10.21. 5èx
01.01.13. 

Récompense: Oscar des Meilleurs Effets Spéciaux Visuels
Oscar des Meilleurs Décors
Oscar de la Meilleure Direction Artistique

vendredi 28 décembre 2012

Dellamorte Dellamore / Cemetery Man. Prix Spécial du Jury à Gérardmer, 1994

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site intemporel.com

de Michele Soavi. 1994. Italie. 1h44. Avec Rupert Everett, François Hadji-Lazaro, Anna Falchi, Mickey Knox.

Sortie salles France: 10 Mai 1995. U.S: 26 Avril 1996. Toronto: 9 Septembre 1994

FILMOGRAPHIE: Michele Soavi est un réalisateur italien né le 3 Juillet 1957 à Milan, (Italie).
1985: The Valley (vidéo). 1985: Le Monde de l'horreur (Documentaire). 1987: Bloody Bird. 1989: Le Sanctuaire. 1991: La Secte. 1994: Dellamorte Dellamore. 2006: Arrivederci amore, ciao. 2008: Il sangue dei vinti.

"Nous sommes morts avant d’ĂŞtre vivants."

En petit maĂ®tre de l’horreur transalpine, Michele Soavi nous enthousiasma en 1987 avec une première Ĺ“uvre prometteuse : un giallo sciemment théâtral, justement rĂ©compensĂ© Ă  Avoriaz, Bloody Bird. Sa carrière se prolonge ensuite avec deux essais fantastiques parfois maladroits, mais profondĂ©ment intègres, passionnants et ambitieux, tant par leur inventivitĂ© onirique que par leur atmosphère envoĂ»tante : Le Sanctuaire et surtout l’incroyable La Secte, au pitch redoutablement substantiel. Or, en 1994, il livre avec Dellamorte Dellamore son chef-d’Ĺ“uvre : un diamant noir aux multiples niveaux de lecture, toujours plus Ă©quivoques et stimulants au fil des rĂ©visions. Un poème macabre et mĂ©lancolique, d’autant plus personnel dans son lyrisme qu’il y esquisse une rĂ©flexion mĂ©taphysique sur la nonchalance de l’existence - la lassitude et la peur de vivre, non celle de mourir.

Le pitch : Francesco est le gardien d’un cimetière, assistĂ© d’un subalterne dĂ©ficient. Ensemble, ils fuient l’ennui de l’existence en assassinant les morts rĂ©calcitrants au sein de leur nĂ©cropole. Un jour, il rencontre une jeune veuve ravagĂ©e par la perte de son mari. Éperdument amoureux, il tente d’entamer une idylle passionnelle. Mais la jeune femme, Ă©prise de tendances nĂ©crophiles, se transforme en zombie sous la morsure de son dĂ©funt. Pendant ce temps, un inspecteur enquĂŞte sur la vague de meurtres qui secoue la rĂ©gion.

ComĂ©die d’horreur dĂ©calĂ©e au cheminement narratif incontrĂ´lable et irracontable, Dellamorte Dellamore se rĂ©approprie le mythe du zombie avec une originalitĂ© incongrue. Si sa première partie, esthĂ©tiquement immaculĂ©e, s’Ă©rige en poème nĂ©crophile autour d’un amour Ă©perdu, le second chapitre nous entraĂ®ne dans le dĂ©dale psychique d’un gardien dĂ©pressif, davantage accablĂ© par la dĂ©rision de l’existence. JalonnĂ© de situations excentriques, aussi cocasses que dĂ©bridĂ©es - la relation infantile de Gnaghi avec une tĂŞte putrescente, les multiples dĂ©convenues de Francesco face aux sosies de son Ă©gĂ©rie nĂ©crophile, l’opĂ©ration chirurgicale de sa prĂ©tendue castration - Soavi se concentre surtout sur les monologues existentiels d’un hĂ©ros dĂ©chu, devenu meurtrier malgrĂ© lui, par indiffĂ©rence envers les vivants.

"J’ai rĂŞvĂ© d’un autre monde."

Chacun peut interprĂ©ter librement l’Ă©thique vĂ©ritable de cette fantaisie aussi grotesque que dĂ©sincarnĂ©e, tant - de l’aveu mĂŞme du rĂ©alisateur - il ignorait lui-mĂŞme l’analyse dĂ©finitive qu’il pouvait en tirer. Formellement Ă©purĂ© Ă  damner un saint, portĂ© par une richesse cĂ©rĂ©brale vertigineuse, Dellamorte Dellamore est une ode au nĂ©ant et au rĂŞve. Ou plutĂ´t Ă  un ailleurs, Ă  un au-delĂ  indĂ©terminĂ©, vu Ă  travers le regard d’un solitaire incapable de s’adapter au monde adulte, profondĂ©ment ennuyĂ© par la morositĂ© de son existence. Un poème nĂ©crophile oĂą la rĂ©surrection devient une dĂ©veine et oĂą l’amour ne trouve plus de rĂ©demption.

Et pourtant, le film nous murmure paradoxalement qu’en dĂ©pit de l’absurditĂ© existentielle et de l’indiffĂ©rence affective que le monde nous renvoie, notre destinĂ©e demeure instinctivement gouvernĂ©e par l’Ă©lan de cristalliser nos rĂŞves les plus intimes sous l’impulsion de l’amour - Ă  condition de savoir aimer, donc d’apprendre Ă  aimer. Ă€ dĂ©faut, mieux vaut Ă©viter de se forger un cocon oppressant, une prison virtuelle nĂ©e de la peur de s’ouvrir aux autres, dĂ©jĂ  plus morts que vivants. Grand film mĂ©taphorique sur la tare de l’ennui, au point de privilĂ©gier le trĂ©pas plutĂ´t que l’attachement Ă  la vie, Dellamorte Dellamore s’adresse Ă  l’âme, au cĹ“ur et Ă  la raison, Ă  travers des trĂ©sors d’onirisme macabre oĂą Ă©rotisme et mort ne font plus qu’un, portĂ©s par un sens fulgurant du dĂ©tail stylisĂ©. Chef-d’Ĺ“uvre intemporel, impermĂ©able Ă  l’Ă©preuve du temps, Dellamorte Dellamore nous parle au plus profond de l’âme et du cĹ“ur avec un art inĂ©puisable de la chimère existentielle.

le cinéphile du cœur noir 🖤

06.01.26. 5èx. Vo 
06.05.22. 
28.12.12. 

DistinctionsPrix SpĂ©cial du Jury Ă  GĂ©rardmer
Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam
Meilleur Acteur pour Rupert Everett au Festival de Fantasporto


jeudi 27 décembre 2012

Schock / les Démons de la Nuit

                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ilgiornodeglizombi.wordpress.com

de Mario Bava. 1977. Italie. 1h33. Avec Daria Nicolodi, John Steiner, David Colin Jr, Ivan Rassimov, Nicola Salerno.

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie). Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo. 1946: L'orecchio. 1947: Santa notte. 1947: Legenda sinfonica. 1947: Anfiteatro Flavio. 1949: Variazioni sinfoniche. 1954: Ulysse (non crédité). 1956: Les Vampires (non crédité). 1959: Caltiki, le monstre immortel (non crédité). 1959: La Bataille de Marathon (non crédité). 1960: Le Masque du démon. 1961: Le Dernier des Vikings (non crédité). 1961: Les Mille et Une Nuits. 1961: Hercule contre les vampires. 1961: La Ruée des Vikings. 1963: La Fille qui en savait trop. 1963: Les Trois Visages de la peur. 1963: Le Corps et le Fouet. 1964: Six femmes pour l'assassin. 1964: La strada per Fort Alamo. 1965: La Planète des vampires. 1966: Les Dollars du Nebraska (non cédité). 1966: Duel au couteau. 1966: Opération peur. 1966: L'Espion qui venait du surgelé. 1968: Danger : Diabolik ! 1970: L'Île de l'épouvante. 1970: Une hache pour la lune de miel. 1970: Roy Colt e Winchester Jack. 1971: La Baie sanglante. 1972: Baron vampire. 1972: Quante volte... quella notte. 1973: La Maison de l'exorcisme. 1974: Les Chiens enragés. 1977: Les Démons de la nuit (Schock). 1979: La Venere di Ille (TV).

 
"Dora, miroir brisé."
Pour son ultime rĂ©alisation, Mario Bava laisse derrière lui une pierre angulaire de l’Ă©pouvante contemporaine. En brassant les thèmes Ă©culĂ©s du fantastique - demeure hantĂ©e, paranoĂŻa, hallucinations, possession, folie meurtrière -, le maĂ®tre du macabre en extrait un modèle d’efficacitĂ© et d’originalitĂ©, portĂ© par une maestria Ă  susciter l’effroi Ă  travers une poĂ©sie trouble, sensuelle, vĂ©nĂ©neuse.

Le pitch : jadis propriĂ©taire d’une demeure aux cĂ´tĂ©s d’un ex-compagnon toxicomane, une jeune femme s’y rĂ©installe, accompagnĂ©e de son fils et de son nouvel Ă©poux. Rapidement, l’attitude railleuse du gamin irrite la mère, d’autant que des visions rĂ©currentes l’entraĂ®nent dans une paranoĂŻa schizophrène.
Avec une roublardise frĂ©nĂ©tique, Bava orchestre un huis clos infernal dans une maison hantĂ©e par le spectre d’un dĂ©funt revanchard. Sous l’allĂ©geance d’un bambin Ă©trangement complice, cette prĂ©sence hostile communique avec lui pour harceler la mère dĂ©pressive, victime d’hallucinations et de persĂ©cutions quotidiennes. NoyĂ©e dans les visions surnaturelles, Dora sombre peu Ă  peu, dĂ©rivant dans une dĂ©chĂ©ance mentale que scelle un passĂ© traumatique, gardien d’un secret sordide.


Atmosphère lourde et feutrĂ©e, Ă©trangetĂ© rampante, suspense diffus - Bava n’a rien perdu de sa verve insolente pour cristalliser un cauchemar onirique, parsemĂ© d’incidents inexpliquĂ©s.
Chaque recoin obscur devient un piège, chaque objet familier se mue en menace. Schock Ă©rige la couardise en art, dans un labyrinthe paranoĂŻde oĂą la temporalitĂ© s’effrite. La rĂ©alitĂ© se disloque, piĂ©gĂ©e dans les mĂ©andres de la psychose maternelle.
La prĂ©sence interlope du jeune garçon renforce encore le malaise : ses gestes ambigus, son regard torve, ses sourires Ă  contre-temps. L’interprĂ©tation excessive du petit David Colin Jr peut paraĂ®tre outrancière, mais son visage de poupĂ©e maudite, ses yeux versatiles, distillent une angoisse rampante. En miroir, Daria Nicolodi, transie d’Ă©moi, les yeux Ă©carquillĂ©s, le visage trempĂ© de sueur, incarne avec une intensitĂ© farouche une victime au bord de la rupture.
Et puis, comme un poison doux, la poésie visuelle éclate par fulgurances - une goutte de sang se confond avec un pétale de rose. Aux éclairs de violence sanglants répond une bande-son déréglée, entêtante : douce comptine malaisante, percussions vrombissantes, orgue halluciné, cordes frénétiques. Un contrepoint musical dévastateur.


"La Maison de tous les cauchemars".
Terriblement efficace, original et affolant sans jamais sombrer dans la redite, Schock ressurgit aujourd’hui avec une force opaque, presque invasive, dans sa manière de rĂ©inventer les conventions du genre Ă  travers une sensibilitĂ© intensĂ©ment latine.
Soutenu par la frĂ©nĂ©sie d’un score hĂ©tĂ©roclite et un scĂ©nario rusĂ© multipliant les incidents incongrus, Schock nous entraĂ®ne dans le dĂ©dale anxiogène d’une hĂ©roĂŻne en perdition, dont le dĂ©lire contamine peu Ă  peu les sens du spectateur.

Incontournable, évidemment.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
21.05.22. 5èx
27.12.12. 4èx


mardi 25 décembre 2012

LE CHOC DES TITANS (Clash of the Titans)

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thot-book.blogspot.com

de Desmond Davis. 1981. U.S.A. 1h58. Avec Harry Hamlin, Judi Bowker, Burgess Meredith, Laurence Olivier, Jack Gwillim, Claire Bloom, Maggie Smith, Ursula Andress.

Sortie salles France: 8 Juillet 1981. U.S: 12 Juin 1981

FILMOGRAPHIE: Desmond Davis est un réalisateur britannique, né le 24 Mai 1926 à Londres.
1964: La Fille aux yeux verts. 1965: The Uncle. 1965: I was Happy Here. 1967: Deux anglaises en dĂ©lire. 1969: A nice girl like me. 1981: Le Choc des Titans. 1984: Ordeal by Innocence


Sorti la mĂŞme annĂ©e, jour pour jour, que les Aventuriers de l'Arche Perdue, Le Choc des Titans fut nĂ©anmoins un succès commercial considĂ©rable aux Etats-unis, puisqu'il aura amassĂ© plus de 41 000 000 de dollars de recettes (sur un budget estimĂ© Ă  15 !). Il s'agit notamment du dernier film auquel le maĂ®tre Ray Harryhausen a souhaitĂ© collaborer aux effets-spĂ©ciaux mais aussi en tant que co-producteur avec l'appui de Charles H. Schneer. Après l'entreprise calamiteuse d'un remake insignifiant conçu par le français Louis Leterrier, il faut bien admettre que ce peplum fantastique Ă©rigĂ© sur le mythe de PersĂ©e continue de perdurer dans sa capacitĂ© Ă  enchanter le public de 7 Ă  77 ans.


Après avoir Ă©tĂ© prĂ©muni par son père d'une condamnation Ă  mort, PersĂ©e, fils de Zeus, tombe sous le charme de la jeune Andromède. Mais Ă  la suite d'un affront sur sa beautĂ© ingĂ©nue, la dĂ©esse ThĂ©tis exige que dans 30 jours la princesse soit offerte en sacrifice au Kraken, monstre de la mer. Afin de sauver la vie d'Andromède, PersĂ©e part en direction de l'Ă®le des morts avec l'assistance de son cheval ailĂ© PĂ©gase, la chouette Bubo, son conseiller Ammon ainsi qu'une escorte de combattants pugnaces. 

 
Film d'aventures haut en couleurs dĂ©ployant une multitude de crĂ©atures mythologiques, Le Choc des Titans se rĂ©vèle l'ultime rĂ©ussite technique du maĂ®tre du trucage en stop motion, Ray Harryhausen. Si la mise en scène manque parfois d'opulence et que l'interprĂ©tation du jeune Harry Hamlin aurait mĂ©ritĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus persuasive dans son charisme folichon, le spectacle promu par Desmond Davis ne manque pas d'attrait dans ses enjeux fantastiques. Notamment d'une certaine intensitĂ© Ă©manant de quelques confrontations dantesques avec divers monstres (l'altercation de nos hĂ©ros avec la gorgone en interne de son temple ou leurs combats perpĂ©trĂ©s avec les scorpions gĂ©ants). D'autres crĂ©atures (estampillĂ©es avec autant de considĂ©ration par notre maĂ®tre prodige) s'allouent d'une prestance dĂ©moniaque particulièrement impressionnante dans leur apparence dĂ©mesurĂ©e ou hideuse. Tant auprès de Kraken, monstre des mers atteint d'un gigantisme disproportionnĂ©, que de Calibos, fils maudit de la dĂ©esse ThĂ©tis, devenu en l'occurrence un dĂ©mon cornu empli de haine et de rancoeur. BasĂ© sur le mythe stellaire des dieux antiques, le Choc des Titans oppose de prime abord leur colère, leur jalousie et leur orgueil sur la postĂ©ritĂ© de mortels vouĂ©s Ă  transcender honneur et bravoure. Avec l'entremise de crĂ©atures attachantes, tels le cheval ailĂ© Pegase ou la chouette mĂ©canique Buba, la mission pĂ©rilleuse de PersĂ©e est une escapade jalonnĂ©e de confrontations insensĂ©es pour la sauvegarde d'une romance Ă©purĂ©e.


Hormis le caractère dĂ©suet de certains trucages parfois perfectibles (le raz de marĂ©e mal ajustĂ© aux sĂ©quences rĂ©elles de foule en panique, l'aspect risible du système d'ouverture de la grille du Kraken, ou encore le maquillage trivial conçu sur les paupières des trois sorcières aveugles) ainsi que la modestie de son caractère Ă©pique, le Choc des Titans est suffisamment attrayant dans sa gĂ©nĂ©rositĂ© de fournir un spectacle ludique pour satisfaire les plus indĂ©cis. En prime, l'illusion artisanale des FX de Harryhausen, l'aspect gracile du score aĂ©rien composĂ© par Laurence Rosenthal et sa conclusion incandescente dĂ©coulant d'une poĂ©sie stellaire confinent l'aventure mythologique au rang de classique du genre. 

Dédicace à Isabelle Rocton
25.12.12. 5èx
Bruno Matéï


lundi 24 décembre 2012

FRANKENWEENIE

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site melty.fr

de Tim Burton. 2012. U.S.A. 1h30. Noir et Blanc.

Sortie salles France: 31 Octobre 2012. U.S: 5 Octobre 2012

Récompenses: Prix du Meilleur Film d'animation
Prix du Meilleur Film d'animation: New York Film Critics Circle Awards
Prix du Meilleur Film d'animation: Boston Society of Fil Critics Awards
Prix du Meilleur Film d'animation: Florida Film Critics Circle Awards
Prix du Meilleur Film d'animation: Kansas City Film Critics Circle Awards

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au payx des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie.


Sept ans après les Noces Funèbres, Tim Burton renoue avec l'animation conçue en stop motion pour adapter l'un de ses premiers courts, Frankenweenie. Hommage Ă  Frankenstein et aux monstres hybrides, ode au droit Ă  la diffĂ©rence, Frankenweenie est une comĂ©die dĂ©bridĂ©e Ă  la poĂ©sie macabre prĂ©dominante. TournĂ© dans un noir et blanc immaculĂ© afin de mieux suggĂ©rer l'atmosphère monocorde de James Whale, cette perle funeste allie avec insolence, fantaisie, tendresse et Ă©motion. Après avoir perdu son chien mortellement blessĂ© par une voiture, le jeune Victor Frankenstein se destine Ă  rĂ©animer son cadavre. Revenu Ă  la vie, Sparky commence Ă  attiser la curiositĂ© des camarades de son maĂ®tre après s'ĂŞtre Ă©chappĂ© de sa maison. En prime, depuis que leur professeur de Biologie a lancĂ© un concours de science, certains Ă©lèves envisagent Ă  leur tour de ranimer leurs dĂ©funts animaux pour remporter le 1er prix. 


Cette dĂ©clinaison infantile du cĂ©lèbre Frankenstein est d'abord une rĂ©ussite esthĂ©tique probante dans sa facture monochrome contrastant avec la richesse de dĂ©cors crĂ©pusculaires (cimetière gothique, moulin Ă  vent, grenier rĂ©gi en laboratoire d'expĂ©rimentation). L'atmosphère lugubre qui en Ă©mane et son thème mĂ©taphysique imparti Ă  la rĂ©surrection vĂ©hiculent des images picturales emplies de poĂ©sie. A partir d'un argument fantastique notoire, Tim Burton nous confectionne une irrĂ©sistible comĂ©die bourrĂ©e de rĂ©fĂ©rences aux classiques du film de monstres (Gamera, Dracula, la Momie, la FiancĂ©e de Frankenstein, voir mĂŞme Gremlins !). D'autant plus que la narration dĂ©lirante regorge dans sa seconde partie de pĂ©ripĂ©ties particulièrement Ă©chevelĂ©es. En effet, la dernière demi-heure, intense et homĂ©rique, dĂ©ploie un attirail de monstres belliqueux venus semer la panique en plein centre-ville. Que ce soit en interne d'une fĂŞte foraine oĂą chaque crĂ©ature investit les lieux avec une vigueur cinglante ou au sein d'un moulin enflammĂ© auquel les villageois s'Ă©taient rĂ©unis pour traquer le petit Sparky.


Le soin mĂ©ticuleux octroyĂ© Ă  la confection des personnages se rĂ©vèlent saisissant de rĂ©alisme dans leur physionomie caricaturale oĂą chacun s'alloue d'une personnalitĂ© distincte. Leur caractère commun s'avĂ©rant bien dĂ©fini si bien que l'on s'attache facilement aux mesquineries des gamins indisciplinĂ©s (façon Goonies !) Ă©pris d'expĂ©riences morbides Ă  daigner rĂ©veiller les morts ! Mention spĂ©ciale au camarade de Victor, gamin insidieux incapable de garder sa langue dans sa poche avec sa dentition effrayante ! D'autres protagonistes snobs et interlopes (l'instituteur de biologie passionnĂ© par ses cours d'enseignement), marginaux (la gamine mortuaire et son Ă©trange chat) ou bougons (le voisin bedonnant fĂ©ru de botanique) nous communiquent autant de ferveur dans leur personnalitĂ© spontanĂ©e.
Sous l'entremise d'un jeune enfant Ă©pris d'amour pour son chien, Tim Burton accorde notamment beaucoup d'intĂ©rĂŞt Ă  illustrer avec une infinie tendresse l'Ă©motion partagĂ©e entre l'homme et l'animal. Plusieurs sĂ©quences poĂ©tiques laisse place Ă  de jolis moments intimistes (Victor, plongĂ© dans l'amertume de l'existence. Sparky, rĂ©fugiĂ© sur sa tombe pour s'isoler d'une population intolĂ©rante), tandis que d'autres situations dĂ©bridĂ©es distillent une cocasserie irrĂ©sistible (les altercations entre Victor et son voisin opiniâtre, la conjonction Ă©lectrique entre Sparky et la chienne de la voisine, les cours de biologie oĂą chaque Ă©lève semble transi d'Ă©moi devant la persuasion drastique de leur professeur). Spoiler ! A contrario, on regrettera l'aspect conventionnel de son happy-end inutilement niais car glorifiant une rĂ©surrection salvatrice. Fin du Spoiler.


En traitant des thèmes du droit Ă  la diffĂ©rence et de l'indĂ©fectible fraternitĂ© impartie entre l'homme et l'animal, Frankenweenie constitue une fantaisie macabre Ă  l'inventivitĂ© expansive. Le soin assidu imparti Ă  l'extravagance des personnages, son esthĂ©tisme sĂ©pulcrale et la compassion entretenue au cours du cheminement mystique de Victor s'harmonisent afin d'agrĂ©menter un hommage cartoonesque au mythe de Frankenstein.

24.12.12
Bruno Matéï