mercredi 14 novembre 2018

Natty Gann. Prix du Meilleur espoir féminin pour Meredith Salenger, Young Artist Award.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Journey of Natty Gann" de Jeremy Kagan. 1985. U.S.A. 1h42. Avec Meredith Salenger, John Cusack, Ray Wise, Lainie Kazan, Scatman Crothers, Verna Bloom, Barry Miller.

Sortie salles France: 5 Février 1986. U.S: 27 Septembre 1985

FILMOGRAPHIEJeremy Kagan est un réalisateur américain né le 14 décembre 1945. 1972 : Columbo - Le grain de sable (TV). 1974 : Unwed Father (TV). 1974 : Judge Dee and the Monastery Murders (TV). 1975 : Katherine (TV). 1977 : Scott Joplin. 1977 : Héros. 1978 : La Grande Triche. 1981 : L'Élu. 1983 : L'Arnaque 2. 1985 : Natty Gann. 1986 : Seule contre la drogue (Courage) (TV). 1987 : Conspiracy: The Trial of the Chicago 8 (TV). 1989 : Big Man on Campus. 1990 : Descending Angel (TV). 1991 : Par l'épée. 1994 : Roswell, le mystère (TV). 1997 : Color of Justice (TV). 1997 : Cœur à louer (TV). 2001 : La Ballade de Lucy Whipple (TV).2002 : Bobbie's Girl (TV). 2004 : Crown Heights (TV). 2007 : Golda's Balcony.


Une production Disney écolo et sociétale sous sa période la plus déférente.
Produit par Disney au milieu des annĂ©es 80, Natty Gan est un rĂ©cit d'aventures Ă  la fois exaltant et haletant, l'Ă©popĂ©e humaine d'une ado dĂ©brouillarde en initiation de survie, faute d'un contexte de crise sociale des annĂ©es 30. Parce que son père dĂ» prĂ©cipitamment l'abandonner pour dĂ©crocher un emploi Ă  3000 kms de leur bercail, Natty s'enfuit du foyer d'une mĂ©gère surveillante afin de tenter de le retrouver. Constamment ballottĂ©e d'un train de marchandise Ă  un autre, ses pĂ©rĂ©grinations l'amènent Ă  frĂ©quenter des citadins intolĂ©rants et tantĂ´t avenants, une police et une milice drastiques ainsi que de jeunes marginaux aussi dĂ©soeuvrĂ©s qu'elle. Quand bien mĂŞme durant son itinĂ©raire forestier elle se lie d'amitiĂ© avec un loup entraĂ®nĂ© aux combats de chiens. Hymne Ă  la nature et Ă  l'amour du loup livrĂ© comme l'hĂ©roĂŻne Ă  la solitude, Ă  l'autonomie et Ă  l'exil, Natty Gann fait naĂ®tre une sincère Ă©motion au fil de leur parcours d'endurance semĂ©e de rencontres hostiles mais aussi amiteuses. Sans cĂ©der aux sirènes de la mièvrerie (suffit de prendre comme exemple les rapports timidement sentimentaux de Natty avec l'itinĂ©rant Harry et de s'Ă©mouvoir sans fard Spoil ! de leurs adieux sur le quai fin du Spoil), Jeremy Kagan  s'extirpe honorablement du produit imberbe de par son intĂ©gritĂ© Ă  illustrer une solide histoire d'amour et d'amitiĂ© nullement racoleuse. Celle envers la nature (vĂ©ritable bouffĂ©e d'air frais), envers la faune et envers l'homme le plus loyal.


Tant auprès du loup protecteur humanisĂ© par sa maĂ®tresse, de l'Ă©tranger Harry en quĂŞte d'un toit, que du père, leader syndical rongĂ© par le remord, le dĂ©sagrĂ©ment et l'affres de l'incertitude depuis la disparition inexpliquĂ©e de sa fille. EmaillĂ© de pĂ©ripĂ©ties, bĂ©vues, accalmies et rebondissements parfois Ă©tonnamment spectaculaires (le saut Ă  haut risque pour accĂ©der Ă  un des wagons, l'emploi vertigineux du père de Natty enrĂ´lĂ© bĂ»cheron dans des chantiers forestiers), Natty Gan fait vibrer la corde sensible sans se complaire dans le pathos ou une facilitĂ© lacrymale. Et lorsque les larmes tombent lors d'un final binaire Ă  la fois Ă©mouvant et rĂ©dempteur, on reste accrochĂ© Ă  la dignitĂ©, notamment grâce Ă  la prestance dĂ©pouillĂ©e des comĂ©diens. Particulièrement Meredith Salenger Ă©tonnamment simple, fraĂ®che et naturelle en hĂ©roĂŻne en herbe animĂ©e par l'espoir et sa tendresse pour son père. Magnifiquement photographiĂ© dans des paysages naturels Ă©dĂ©niques alors que sa fidèle reconstitution historique nous remĂ©more un dramatique Ă©pisode de crise sociale, Natty Gann se permet avec un rĂ©alisme parfois douloureux de rendre hommage Ă  ces chĂ´meurs dĂ©munis d'autant plus chassĂ©s de leur foyer sous une dictature bien-pensante (notamment auprès d'une milice sans vergogne).


Beau, simple et vibrant d'humanitĂ© Ă  travers un pĂ©riple bucolique flirtant avec le conte (prod Disney oblige sous sa pĂ©riode la plus rĂ©vĂ©rencieuse !), Natty Gann se dĂ©cline comme un superbe rĂ©cit initiatique. Une leçon de tolĂ©rance tant auprès du domptage de l'animal sauvage que du prolĂ©taire exploitĂ© comme du bĂ©tail lors d'un contexte historique de "grande dĂ©pression".  

* Bruno
2èx

mardi 13 novembre 2018

Outlaw King: le roi hors la loi

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de David Mackenzie. 2018. U.S.A. 2h02. Avec Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson, Florence Pugh, Stephen Dillane, Billy Howle, Tony Curran

DiffusĂ© sur Netflix le 9 Novembre 2018 

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs. 2016: Comancheria. 2018: Outlaws King.


RemarquĂ© par Les Poings contre les Murs et ComancheriaDavid McKenzzie poursuit son bonhomme de chemin qualitatif avec Outlaw King, une production estampillĂ©e Netflix. InspirĂ© d'une histoire vraie, ce rĂ©cit d'aventures historiques plutĂ´t âpre et tendu s'avère rondement menĂ©, quand bien mĂŞme son brio technique imperturbable nous cloue au siège tant les sĂ©quences guerrières nous retournent le cerveau avec une intensitĂ© exponentielle ! Reconstitution hyper soignĂ©e, photo contrastĂ©e, panoramas d'un beautĂ© sensitive ahurissante, costumes et figurants dĂ©ployĂ©s en masse, chevaux trĂ©buchants parmi les cadavres sur les champs de bataille dans un dĂ©luge de pluie, de sang et de sueur, Outlaw King constitue une claque visuelle permanente ! Et bien que prioritairement bâti sur l'aspect belliciste d'une Ă©popĂ©e tributaire du fracas des glaives, le rĂ©alisateur parvient pour autant Ă  structurer un solide rĂ©cit sans que les enjeux humains n'y perdent de leur intĂ©rĂŞt en cours de trajectoire de survie. A savoir l'inimitiĂ© filiale entre deux rois, l'un vĂ©reux sans vergogne, l'autre redresseur de tort qui tentera de se rĂ©approprier sa terre Ă©cossaise.


Et si dans le rĂ´le Robert de Brus (premier roi d’Écosse devenu hors la loi pour la bonne cause), Chris Pine manque de virilitĂ© et de force d'expression Ă  travers ses traits de visage un poil trop imberbes, il n'en demeure pas moins assez convaincant dans sa sobre dimension humaine en ascension hĂ©roĂŻque. Tant auprès de sa conviction morale Ă  recruter une armĂ©e de fortune que de ses capacitĂ©s physiques Ă  repousser l'ennemi, notamment lorsque sa muse est sĂ©questrĂ©e dans un château Ă©cossais. Bluffant de rĂ©alisme donc tout en s'efforçant de combler les attentes de l'amateur d'action Ă  travers un souffle Ă©pique constamment rigoureux (la bataille finale peut faire office de bravoure anthologique au grĂ© d'un montage ultra dynamique dĂ©nuĂ©e de prĂ©cipitation), Outlaw King renoue avec le "plaisir de cinĂ©ma" Ă  travers une sĂ©rie B de luxe dĂ©nuĂ©e de fards, de fioritures et de grandiloquence. David McKenzzie ne perdant d'autant plus jamais de vue l'humanisme fĂ©brile de ces preux guerriers se livrant corps et âme pour le sens de la justice avec un hĂ©roĂŻsme suicidaire. Tant et si bien que certaines sĂ©quences Ă  l'acuitĂ© dramatique poignante confirment le potentiel Ă©motionnel de cette Ă©popĂ©e humaine Ă©maillĂ©e de sobre romantisme (les rapports concis mais denses du couple en quĂŞte de dĂ©livrance). Beau, violent et furieusement excitant Ă  la fois.

* Bruno

lundi 12 novembre 2018

Le Tueur du Vendredi

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 411.me

"Friday the 13th, part 2" de Steve Miner. 1981. U.S.A. 1h27. Avec Amy Steel, John Furey, Adrienne King, Kirsten Baker, Stuart Charno, Warrington Gillette, Walt Gorney, Marta Kober, Tom McBride.

Sortie salles France: 13 Janvier 1982. U.S: 1er Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Juin 1951 Ă  Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur du Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce HĂ©ros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (tĂ©lĂ©-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (tĂ©lĂ©-film). 2006: Scarlett (tĂ©lĂ©-film). 2007: Day of the Dead.


Un an après l'Ă©norme succès Vendredi 13, Steve Miner succède Ă  son crĂ©ateur Sean S. Cunningham  pour nous livrer une vaine dĂ©clinaison gentiment ludique. Cinq ans après les Ă©vènements tragiques du camp Crystal Lake, un nouveau groupe de campeurs s'installe près des environs alors qu'un tueur dĂ©cime un Ă  un ses occupants. Le dĂ©but du cauchemar ne fait que recommencer ! On prend les mĂŞmes et on recommence ! Recette inchangĂ©e et succès renouĂ© au box-office, Le Tueur du Vendredi ne dĂ©roge pas Ă  la règle du traditionnel slasher champĂŞtre Ă©maillĂ© de meurtres sanglants Ă  rythme cadencĂ©. Avec une banalitĂ© Ă©loquente, Steve Miner ne prend aucun risque pour prendre la relève Ă  travers sa mise en scène acadĂ©mique assurant le minimum syndical. PassĂ© dix minutes d'Ă©vocation des Ă©vènements antĂ©cĂ©dents vĂ©cus dans le prĂ©cĂ©dent volet, le film ne perd pas de temps Ă  nous caractĂ©riser une nouvelle clique de vacanciers venus musarder Ă  proximitĂ© du camp Crystal Lake! En accordant peu d'intĂ©rĂŞt Ă  ses personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s et sans distiller une quelconque notion de suspense ou de tension (Ă  l'exception de 2/3 occasions concises), Le Tueur du Vendredi compte donc aujourd'hui sur la fibre nostalgique pour satisfaire ses inconditionnels de la saga. 


Si bien que caricatural auprès de ces personnages (le vieillard arriĂ©rĂ© avertissant ses nouveaux rĂ©sidents que la mort rode toujours Ă  Crystal Lake, le bateleur friand de blagues potaches, le couple d'amoureux bravant les interdits pour investir les lieux du drame sanglant, etc...), Ă©maillĂ© de clichĂ©s et situations rebattues (la farce macabre contĂ©e par le leader au coin du feu, les jumpscares (dont 1 très rĂ©ussi !), la voiture incapable de dĂ©marrer au moment fatal et son point d'orgue haletant oĂą la dernière victime rusĂ©e tentera de dĂ©jouer le tueur), Le Tueur du Vendredi ne pourra donc que satisfaire les puristes ayant Ă©tĂ© bercĂ©s durant les annĂ©es 80. Enfin, et pour respecter le schĂ©ma de son modèle, la dernière demi-heure affiche un rythme plus homĂ©rique pour traque entamĂ©e entre l'hĂ©roĂŻne et Jason (affublĂ© ici d'un sac Ă  patate sur la tĂŞte !), alors qu'une certaine cocasserie involontaire Ă©mane parfois de cette course-poursuite cartoonesque. La survivante tentant en guise de survie de se faire passer pour la mère de Jason alors que celui-ci fait preuve de maladresses Ă  courser sa proie en trĂ©buchant sur le palier Ă  plusieurs reprises !


Que reste-il aujourd'hui de cette suite triviale moins inspirĂ©e que son modèle ? Une curiositĂ© futilement sympathique, prioritairement auprès de l'aficionado de la franchise. Deux, trois meurtres spectaculaires, le minois de quelques jolies donzelles, son cadre bucolique plaisamment estival ainsi que l'illustre partition d'Harry Manfredini nous Ă©gayent tout de mĂŞme Ă  travers son modeste charme horrifique gentiment rĂ©tro. 

* Bruno
26.01.24. 6èx
12.11.18. 
23.07.12. 82 v

vendredi 9 novembre 2018

Le Survivant d'un monde parallèle / "The Survivor"

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinematerial.com

de David Hemmings. 1981. Australie. 1h27. Avec Robert Powell, Jenny Agutter, Peter Sumner, Joseph Cotten, Angela Punch McGregor.

Sortie salles France: 2 Décembre 1981

FILMOGRAPHIE: David Hemmings est un acteur, producteur et réalisateur britannique, né le 18 novembre 1941 à Guildford, Surrey, et mort d'une crise cardiaque le 3 décembre 2003 à Bucarest (Roumanie).1972 : Running Scared. 1973 : The 14. 1979 : C'est mon gigolo. 1981 : Les Bourlingueurs. 1981 : Le Survivant d'un monde parallèle. 1984 : Money Hunt: The Mystery of the Missing Link (vidéo). 1985 : Le Code Rebecca (The Key to Rebecca) (TV). 1989 : Down Delaware Road (TV). 1992 : Dark Horse. 1993 : Christmas Reunion (TV). 1993 : Passport to Murder (TV).

"MĂ©moires d’un ciel dĂ©chirĂ©".
Sorti Ă  la fin de l’âge d’or du fantastique australien, Le Survivant d’un monde parallèle capitalise sur le charisme lunaire de Robert Powell, rĂ©vĂ©lĂ© un an plus tĂ´t dans le singulier Harlequin (Prix du Jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur au Rex de Paris). Le film joue la carte d’un fantastique intègre, original, mystĂ©rieux, assez intriguant pour captiver sans relâche, sans effets de manche ni esbroufe tapageuse. David Hemmings (inoubliable interprète de Blow-Up et des Frissons de l’angoisse) parvient ici Ă  structurer un suspense latent autour de la quĂŞte de vĂ©ritĂ© d’un pilote, rescapĂ© d’un crash aĂ©rien.

ÉpaulĂ© d’une mĂ©dium tĂ©moin de la tragĂ©die ayant causĂ© plus de 300 morts, le commandant Keller tente de retrouver la mĂ©moire afin d’Ă©lucider les causes de l’accident. Sabotage ? DĂ©faillance technique ? Pourquoi est-il l’unique survivant ? Et pourquoi, autour des dĂ©bris calcinĂ©s, certains membres de son entourage meurent-ils, acculĂ©s par une Ă©trange fillette et les cris invisibles d’enfants ?


ParsemĂ© d’incidents horrifiques discrets mais marquants, le film instille un surnaturel tacite - feutrĂ©, crĂ©dible, insidieux - qui fait vibrer l’Ă©cho spectral des plaintes infantiles. Le Survivant d’un monde parallèle cultive l’expectatif, dilue la terreur dans le silence, au fil d’une enquĂŞte de longue haleine menĂ©e par Keller et sa partenaire Hobbs (Ă©lĂ©gamment campĂ©e par Jenny Agutter, vue dans Le Loup-Garou de Londres), Ă  partir de maigres indices glanĂ©s çà et lĂ , comme tombĂ©s d’un autre monde.

Entre incomprĂ©hension, stupeur et angoisse sourde, le spectateur se laisse emporter dans cette dĂ©rive interlope, digne d’un Ă©pisode de La Quatrième Dimension, jusqu’Ă  un ultime quart d’heure aussi limpide que - volontairement ? - confus. Le trouble du rĂ©cit repose aussi sur la relation Ă©trange et silencieuse entre Keller et Hobbs, tissĂ©e de non-dits et d’expressions imperceptibles, de regards dĂ©tachĂ©s. Ce mystère Ă©motionnel ajoute Ă  l’aura Ă©sotĂ©rique du film, oĂą la suggestion règne en maĂ®tre, guidĂ©e par un hors-champ sonore aussi dĂ©stabilisant que fascinant.


Le charme rĂ©tro d’un fantastique aux portes de l’au-delĂ .
Grâce Ă  son casting sincèrement attachant (Powell, magnĂ©tique par son hermĂ©tisme, Agutter, touchante par son flegme contrariĂ©), Ă  sa superbe photo en Scope et Ă  son atmosphère spirituelle subtilement suggĂ©rĂ©e - on croit sans sourciller Ă  la revanche des fantĂ´mes - Le Survivant d’un monde parallèle s’impose comme un excellent suspense fantastique. Solide, pudique, habitĂ©. AdaptĂ© d’un best-seller de James Herbert (Celui qui survit), le film offre Ă  David Hemmings l’occasion d’imprimer sans tapage sa patte personnelle : une aura ouatĂ©e, un mystère diffus, quelques sĂ©quences-chocs savamment distillĂ©es (notamment l’inventivitĂ© visuelle du crash, Ă  la fois rĂ©aliste et spectaculaire malgrĂ© un budget modeste, et un dĂ©nouement Ă  twist oĂą des voix d’outre-tombe viennent souffler une vĂ©ritĂ© honteuse).


* Bruno
17.02.24. Vostfr
25.06.25. 5èx.

mercredi 7 novembre 2018

Vendredi 13, Chapitre final.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Friday the 13th: The Final Chapter" de Joseph Zito. 1984. U.S.A. 1h31. Avec Ted White, Kimberly Beck, Erich Anderson, Corey Feldman, Barbara Howard, Peter Barton

Sortie salles France: 11 Juillet 1984. U.S: 13 Avril 1984

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph Zito est un réalisateur américain, né le 14 mai 1946 à New York. 1975 : Abduction. 1979 : Bloodrage. 1981 : Rosemary's Killer. 1984 : Vendredi 13 : Chapitre final. 1984 : Portés disparus. 1985 : Invasion USA. 1989 : Le Scorpion rouge. 2000 : Delta Force One: The Lost Patrol. 2003 : Power Play.


On prend les mĂŞmes et on recommence sous la houlette du petit artisan de la sĂ©rie B Joseph Zito (Rosemary's Killer, PortĂ©s Disparus, Invasion U.S.A.), et ce tout en nous promettant la fin des exactions de Jason le tueur Ă  la machette Ă  travers un sous-titre sans Ă©quivoque. Ainsi, on a beau connaĂ®tre la recette par coeur (pourquoi changer une formule aussi payante ?), Vendredi 13, Chapitre final sĂ©duit miraculeusement, aussi crĂ©tines soient ses situations Ă©culĂ©es ! Comme de coutume, et Ă  condition de suivre ses vicissitudes horrifiques au second degrĂ©, Vendredi 13 IV cumule Ă  rythme mĂ©tronomique les morts brutales sous l'impulsion d'un gore assez jouissif (mĂŞme si trop souvent concis) concoctĂ© par l'illustre Tom Savini. Et de s'amuser entre temps des beuveries et batifolages  d'ados polissons lors de confrontations machistes (Ă  qui tringlera le premier la plus aguicheuse du groupe ?) si bien que son Ă©rotisme timorĂ© reste aussi inoffensif aujourd'hui.


Pour autant, par je ne sais quel miracle, ces ados dĂ©cervelĂ©s gentiment attachants de par leur fraĂ®cheur innocente (avec un brin de clĂ©mence sans doute !) parviennent Ă  nous immerger dans leur situation anxiogène lorsque Jason tapi dans l'ombre d'une porte, d'une fenĂŞtre ou d'un bosquet se prĂ©pare Ă  perpĂ©trer un nouveau massacre auprès d'une victime prise en estocade (score strident de Manfredini  au rappel !). D'autre part, Ă  travers la photogĂ©nie de sa nature forestière, Joseph Zito parvient parfois Ă  distiller un climat d'angoisse quelque peu permĂ©able, notamment dans sa capacitĂ© Ă  suggĂ©rer la prĂ©sence invisible de Jason, de jour comme de nuit. Quand bien mĂŞme, et pour parachever en bonne et due forme, on continue de se divertir du caractère Ă  la fois haletant et spectaculaire de sa poursuite finale lorsque la dernière victime retranchĂ©e dans son cocon domestique parmi son frère (un fĂ©ru de cinĂ© horreur collectionnant masques et gadgets de ses monstres attitrĂ©s) tente de combattre (arme blanche Ă  la main) le tueur tous azimuts. Ce dernier quart d'heure Ă©motionnellement palpitant s'avĂ©rant rondement menĂ© auprès d'un esprit cartoonesque aussi bien dĂ©bridĂ© que jouissif. Quand bien mĂŞme la posture furibonde de l'ado subtilement revanchard (il se fait passer pour Jason Ă  l'âge de sa noyade afin de mieux le duper) extĂ©riorise une aura malsaine bienvenue lors de sa folie meurtrière incontrĂ´lĂ©e qu'une ultime image dĂ©rangeante persistera sans ambiguĂŻtĂ©.


Sans dĂ©cevoir ses aficionados, Vendredi 13, chapitre Final peut autant faire office de nanar bonnard que de sĂ©rie B efficacement troussĂ©e grâce au savoir-faire de Joseph Zito soignant d'autant mieux sa scĂ©nographie forestière avec comme alibis usuels les maquillages de Savini et la prĂ©sence iconique du molosse Ă  la machette plus obtus et destructeur que jamais (incarnĂ© pour le coup par Ted White mĂ©content du rĂ©sultat final ainsi que des 3 opus antĂ©cĂ©dents !). 

* Bruno
3èx

Box Office France: 270 013 entrées

mardi 6 novembre 2018

Sicario: la guerre des cartels

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Sicario: Day of the Soldado" de Stefano Sollima. 2018. Italie/U.S.A. 2h02. Avec Benicio del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner, Jeffrey Donovan, Manuel Garcia-Ruflo, Catherine Keener

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 29 Juin 2018

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima est un cinĂ©aste et rĂ©alisateur italien, nĂ© le 4 mai 1966 Ă  Rome. 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. SĂ©ries TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - sĂ©rie TV, 7 Ă©pisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini sĂ©rie (2005), Crimini - sĂ©rie TV, Ă©pisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).


Si Denis Villeneuve n'est plus de la partie pour donner suite Ă  Sicaire, le rĂ©alisateur italien Stefano Sollima (dĂ©jĂ  très remarquĂ© avec son 1er mĂ©trage A.C.A.B et surtout Suburra !) relève haut la main la gageure de surpasser son congĂ©nère avec une sĂ©quelle de haute volĂ©e. Sicario: la guerre des Cartels retraçant avec un rĂ©alisme mĂ©ticuleux la mission secrète de la CIA et du sicaire Alejandro Gillick d'enlever la fille d'un parrain du cartel afin d'influencer une guerre fratricide entre clans mafieux tirant des bĂ©nĂ©fices sur le dos des migrants Ă  la frontière americano-mexicaine. Car depuis un attentat meurtrier dans un supermarchĂ©, les passeurs grassement payĂ©s par leur supĂ©rieur sont dĂ©signĂ©s coupables par le secrĂ©taire de la dĂ©fense d'y faire entrer des migrants potentiellement terroristes. Ainsi, alors que la CIA parvient Ă  kidnapper leur cible, la mission doit ĂŞtre annulĂ©e depuis la rĂ©vĂ©lation identitaire des terroristes natifs d'AmĂ©rique. Mais au mĂ©pris de ses supĂ©rieurs et de son bras droit Matt Graver, Alejandro rĂ©fute les ordres d'Ă©liminer chaque tĂ©moin. Thriller hypnotique rondement menĂ©e car d'une prĂ©cision chirurgicale auprès de sa mise en scène virtuose, Sicario: la guerre des cartels plaque au siège de par sa structure narrative captivante fertile en bravoures homĂ©riques, retournements de situations et rebondissements parfois insensĂ©s (mais chut, j'en ai dĂ©jĂ  trop dit !). On peut d'ailleurs s'agenouiller face au dynamisme du montage rendant lisible la chorĂ©graphie de l'action entièrement au service narratif, et ce sans jamais complexifier vainement le rĂ©cit plutĂ´t limpide et dĂ©nuĂ© de digressions.


Superbement campĂ© par 2 acteurs en acmĂ©, Benicio del Toro / Josh Brolin se partagent la vedette avec un charisme quasi animal, notamment auprès de leur idĂ©ologie Ă©quivoque Ă  combattre vaillamment le crime au prix d'un sacrifice difficilement tolĂ©rable. Description aride d'une sociĂ©tĂ© de corruption en dĂ©liquescence morale, tant auprès des redresseurs de tort impassibles que des trafiquants ne sachant plus trop distinguer qui travaille pour qui et quel est leur vĂ©ritable identitĂ© derrière l'insigne ou le treillis, Sicario se taille une carrure mature assez avilissante auprès de ces personnages vĂ©reux s'entretuant pour l'enjeu d'une otage sans dĂ©fense. Tendu comme un arc auprès de sa seconde partie Ă  couper le souffle, le suspense narratif cède place Ă  une dramaturgie escarpĂ©e lorsque Alejandro doit tenter de passer la frontière pour sauver l'otage sĂ©vèrement ballottĂ©e d'assister en direct Ă  des tueries de masse. LĂ  encore, Stefano Sollima apporte un soin scrupuleux Ă  dresser le portrait si "rĂ©aliste" d'une jeune fille obtuse et rebelle mais davantage fragile et dĂ©munie au fil de son parcours de survie en proie au chaos. Outre le regard très sobre de Isabela Moner très impressionnante dans sa fonction aussi bien soumise qu'Ă©peurĂ©e, le jeune Elijah Rodriguez s'avère aussi soigneusement structurĂ© en passeur en herbe indĂ©cis gagnĂ© pour autant par le dĂ©sir de vaincre ses peurs et montrer ses preuves Ă  sa vile hiĂ©rarchie quitte Ă  y vendre son âme. La pâleur de son regard candide, sa posture plutĂ´t timorĂ©e doucement ternis par ses actes frauduleux nous glacent d'amertume passĂ© sa probation criminelle.


Passionnant, violent et tendu Ă  l'extrĂŞme lors d'un second acte littĂ©ralement anthologique, Sicario: la guerre des cartels surpasse son modèle en mode thriller noir et radical oĂą bons et mĂ©chants ne font plus qu'un au sein d'une sociĂ©tĂ© aussi parano que schizo. 

* Bruno

lundi 5 novembre 2018

Du sang dans la poussière

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Spikes Gang" de Richard Fleischer. 1974. U.S.A. 1h36. Avec Lee Marvin, Gary Grimes, Ron Howard, Charles Martin Smith, Arthur Hunnicutt, Marc Smit.

Sortie salles U.S: 1er Mai 1974

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.

HĂ©las mĂ©connu et oubliĂ©, Du sang dans la poussière s’impose pourtant comme l’un des plus beaux westerns des annĂ©es 70. Sans fioriture, Richard Fleischer y retrace la dĂ©rive criminelle de trois ados après avoir secouru un braqueur blessĂ©.

Dur, mĂ©lancolique, profondĂ©ment dĂ©sespĂ©rĂ©, le film prend le contrepied du western classique en adoptant un rĂ©alisme presque poisseux. Fleischer y dresse le portrait fragile d’une jeunesse en quĂŞte d’espoir et de libertĂ©, Ă©touffĂ©e par un cadre parental oppressant. Ă€ travers Will Young, marquĂ© par la violence d’un père abusif, se dessine le besoin viscĂ©ral de fuite, d’Ă©mancipation, d’un ailleurs peut-ĂŞtre illusoire.

Mais cette échappée se heurte rapidement à la brutalité du réel.


Sous l’influence d’un criminel aguerri, le trio se fantasme une existence plus vaste, plus libre. Or, au fil des braquages improvisĂ©s et des confrontations, leur errance se transforme en spirale funeste. L’inexpĂ©rience, l’illusion, et cette camaraderie fragile les prĂ©cipitent inexorablement vers leur chute.

PortĂ© par des interprĂ©tations d’un naturel innocent remarquable - Ron Howard et Charles Martin Smith imposent une sincĂ©ritĂ© touchante - le film trouve en Gary Grimes une figure bouleversante. RĂŞveur frondeur, habitĂ© par une lumière fragile, il voit peu Ă  peu son regard se ternir, rongĂ© par la peur, la colère et le dĂ©senchantement.

Face Ă  eux, Lee Marvin incarne une prĂ©sence glaçante. D’abord figure presque paternelle, il rĂ©vèle progressivement un visage minĂ©ral, impassible, rĂ©gi par une logique implacable oĂą toute faiblesse est condamnĂ©e. Ă€ son contact, les illusions se brisent, laissant place Ă  une vĂ©ritĂ© sèche : survivre ne dĂ©pend que de soi.


D’une noirceur implacable, le film touche par sa cruautĂ© autant que par son humanitĂ©. Presque documentaire dans son approche, il capte la dĂ©rive d’une jeunesse abandonnĂ©e Ă  ses chimères. Fleischer filme cette descente avec une rigueur sèche, laissant affleurer une mĂ©lancolie persistante qui frappe l'âme.

Et lorsque le silence retombe, portĂ© par la musique lancinante de Fred Karlin, ne subsiste qu’un goĂ»t amer. Celui d’un rĂŞve avortĂ©, consumĂ© trop tĂ´t.

Une œuvre âpre, sans concession, qui hante la mémoire.
Une référence du genre dont on sort vidé, démuni.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx 

vendredi 2 novembre 2018

L'enfant du Diable / The Changeling

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Medak. 1980. U.S.A. 1h47. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse, Madeleine Thorton-Sherwood, Helen Burns, Frances Hyland.

Sortie en salle en France le 29 Octobre 1980. U.S.A: 28 Mars 1980.

FILMOGRAPHIEPeter Medak est un rĂ©alisateur et producteur hongrois nĂ© le 23 DĂ©cembre 1937 Ă  Budapest (Hongrie). 1968: Negative, 1972: A day in the death of Joe Egg, 1973: Ghost in the noonday sun, 1978: The Odd job, 1980: l'Enfant du diable, 1981: la Grande Zorro, 1986: The Men's club, 1990: la Voix humaine, 1993: Romeo is bleeding, 1994: Pontiac moon, 1998: la Mutante 2.


Quelques mois après le grand succès public d’Amityville, la maison du diable, les producteurs Garth H. Drabinsky et Joel B. Michaels lancent, pour 7,6 millions de dollars, un nouveau projet de film de maison hantĂ©e. C’est Ă  Peter Medak qu’Ă©choit la tâche — cinĂ©aste canadien ayant dĂ©jĂ  fait ses preuves Ă  la tĂ©lĂ©vision (Amicalement vĂ´tre, Cosmos 1999) et dans quelques longs-mĂ©trages parmi lesquels Negative ou A Day in the Death of Joe Egg. TirĂ© d’un scĂ©nario de Russell Hunter, inspirĂ© de faits supposĂ©ment rĂ©els, L’Enfant du Diable (titre français d’apparence racoleuse mais moins fallacieux qu’il n’y paraĂ®t) puise sa substance et son intensitĂ© dans un alibi narratif solidement ancrĂ©, au service d’une angoisse diffuse. Et ce, loin de l’artillerie surchargĂ©e des producteurs margoulins.

Le Pitch: John Russell vient de perdre sa femme et sa fille dans un accident de voiture. Lourdement Ă©prouvĂ©, après quatre mois de deuil, il quitte son foyer pour s’installer dans l’État de Washington, oĂą un poste d’enseignant et de compositeur l’attend. Il se rĂ©fugie dans une vaste demeure louĂ©e, mais bientĂ´t, des phĂ©nomènes inexpliquĂ©s s’y manifestent. 

Après un prĂ©lude sobre et poignant — cette tragĂ©die percutant de plein fouet une mère et sa fille, sous les yeux impuissants du père —, Peter Medak nous immerge dans l’environnement gothique d’une maison aux pièces muettes, hantĂ©es d’une prĂ©sence occulte. Une ambiance inquiĂ©tante, dĂ©lectable, Ă©maillĂ©e de moments de tension rĂ©alistes et ensorcelants, rĂ©veillant en nous la peur du noir, de l’inconnu, du frĂ©missement derrière une porte close. Medak, d’une camĂ©ra parfois subjective, insuffle un sentiment d’insĂ©curitĂ© vĂ©nĂ©neuse, aussi discret que lancinant.


Outre le plaisir ambivalent de frissonner dans l’inconfort, le rĂ©cit, solidement charpentĂ©, privilĂ©gie les Ă©nigmes et s’ancre dans la perspective d’un homme rationnel cherchant Ă  dĂ©mystifier l’improbable. Une narration sans effets tapageurs, dĂ©voilant peu Ă  peu une ignoble stratĂ©gie infanticide. La psychologie des personnages s’Ă©toffe, s’humanise, devenant celle d’enquĂŞteurs animĂ©s par un sens profond de justice. Le pouvoir de suggestion du metteur en scène convainc : cette prĂ©sence surnaturelle, relĂ©guĂ©e dans un grenier ornĂ© de vieux souvenirs, n’a rien de grotesque. Elle devient tragĂ©die. Les comĂ©diens, d’une sobriĂ©tĂ© humaine bouleversante, extĂ©riorisent une compassion lucide face Ă  l’horreur qui se dessine. Dans ce climat anxiogène, tangible mais vaporeux, le film glisse doucement vers une investigation criminelle au crescendo dramatique, aussi poignant que rĂ©voltant. Sans pathos, Medak tisse les fils d’un crime dissimulĂ©, perpĂ©trĂ© sous la protection d’une sommitĂ© handiphobe.

Dans la peau du veuf accablĂ©, mais digne, George C. Scott incarne une dĂ©termination calme, une douleur enfouie sous la pudeur, une empathie austère. Sa quĂŞte de vĂ©ritĂ© devient double : rĂ©habiliter une victime oubliĂ©e, et peut-ĂŞtre, retrouver un peu de lui-mĂŞme, brisĂ© dans la perte. Scott, irradiant l’Ă©cran, exprime une palette de sentiments — dĂ©sarroi, obstination, vertige mĂ©taphysique — avec une Ă©conomie de gestes bouleversante.


Par son florilège de sĂ©quences marquantes — Spoil ! la sĂ©ance de spiritisme, la dĂ©couverte du grenier et du puits, la noyade dans la baignoire, les coups de marteau tambourinant les cloisons, la balle ricochant dans l’escalier, l’apparition de la chaise, le final incendiaire Fin du Spoil. — L’Enfant du Diable s’impose comme un sommet du fantastique Ă©purĂ©. Ă€ l’image de La Maison du Diable, Les Innocents, Ne vous retournez pas, Trauma ou Le Cercle Infernal, il insuffle au surnaturel une noblesse dramatique, une intensitĂ© morale, un humanisme discret mais tenace.

Dans cette maison rongĂ©e par les murmures du passĂ©, le poids du deuil, la rage contenue d’un homme et la plainte d’un esprit oubliĂ©, L’Enfant du Diable accède au panthĂ©on du chef-d’Ĺ“uvre maudit : aussi lancinant que tragique, aussi sobre que dĂ©vastateur.

Récompenses: Prix du Meilleur acteur (George Scott) au Fantafestival 1982.
Prix génie du meilleur film, Genie Awards de la Meilleure photographie, Meilleur son, Meilleure direction artistique, Meilleur acteur étranger (George Scott), Meilleure actrice étrangère (Trish Van Devere), Meilleur scénario et Meilleur son en 1980

* Bruno
02.11.18. 5èx
07.04.11. 4 (611 v)

jeudi 1 novembre 2018

Vendredi 13, chapitre VI : Jason le mort-vivant

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Friday the 13th Part VI: Jason Lives" de Tom Mcloughlin. 1986. U.S.A. 1h29. Avec Thom Matthews, Jennifer Cooke, David Kagen, Kerry Noonan, Renée Jones, Tom Fridley.

Sortie salles France: 14 Janvier 1987. U.S: 1er Août 1986.

FILMOGRAPHIE: Tom Mcloughlin est un scénariste et réalisateur américain né en 1950. 1983: One Dark Night, 1986: Jason le mort-vivant, 1987: Date with an angel, 1991: Sometimes they come back, 1992: Something to live for: the alison gertz story, 1999: Anya's Bell, 2001: The Unsaid, 2002: Murder in Greenwich, 2003: D.C. Sniper: 23 Days of fear, 2004: She's too young, 2005: Odd Girl Out, Cyber Seduction: His secret life, 2006: Not like everyone else, 2007: The Staircase Murders, 2008: Fab Five: The Texas Cheerleader Scandal.


Aussi surprenant que cela puisse paraĂ®tre, car qui aurait pu imaginer un tel revirement dans l'ornière de la cĂ©lèbre saga; Vendredi 13, Chapitre 6 s'avère de loin le meilleur du lot. Tout du moins, et Ă  mon sens, le plus fun, le plus ludique, le plus dĂ©complexĂ©, le plus cartoonesque, et ce grâce au panache de sa mise en scène jamais Ă  court de carburant, Ă  ses personnages en roue libre et Ă  son esthĂ©tisme bucolique joliment photographiĂ©. RĂ©alisĂ© par Tom Mcloughlin Ă  qui l'on doit le sympathique Une nuit trop noire (bien connu des rats des vidĂ©os), ce dernier parvient miraculeusement Ă  transcender les situations Ă©culĂ©es grâce Ă  une dĂ©rision endĂ©mique que les protagonistes empotĂ©s et Jason l'incorrigible amorcent avec second degrĂ© assumĂ©. Ainsi donc, truffĂ© de personnages inconsĂ©quents que Jason Voorhees poursuit avec une tranquillitĂ© limite parodique, Vendredi 13, Chapitre 6 transpire la bonne humeur en toute dĂ©contraction. Notamment grâce au duo burnĂ© formĂ© par Thom Matthews (Tommy aujourd'hui adulte, l'ado autrefois rescapĂ© du Chapitre Final !) et Jennifer Cooke (la fille entĂŞtĂ©e du shĂ©rif s'adonnant Ă  une marginalitĂ© hĂ©roĂŻque impromptue). Et donc si son schĂ©ma narratif ne sort pas des sentiers battus, Tom Mcloughlin parvient efficacement Ă  renouveler les sĂ©quences de poursuites et exactions meurtrières dans de multiples sentiers forestiers si bien que l'on s'Ă©tonne de son rythme littĂ©ralement affolant (notamment auprès de son final haletant avec son action ramifiĂ©e du point de vue des flics et du couple juvĂ©nile !).


Ainsi, le spectateur jouasse s'enjaille à comptabiliser les victimes, sacrifiées, comme de coutume, de manière aussi cruelle que spectaculaire. D'ailleurs, on s'étonne même parfois d'y ressentir un soupçon d'empathie auprès de certaines timidement attachantes de par leur innocence. Et pour pimenter l'intrigue inévitablement rebattue (de jeunes vacanciers du camp "Forrest Green", quelques quidams locaux et 3,4 militaires férus de paintball vont faire les frais du tueur parmi le témoignage médusé d'une colonie d'enfants auquel Jason n'osera jamais lever la main !), Tommy s'efforcera durant sa garde à vue prolongée de convaincre le shérif local que Jason est bel et bien revenu d'entre les morts pour y semer un nouveau carnage. A cet égard, on peut également souligner son jouissif préambule aussi inventif que pittoresque lorsque Tommy et un acolyte se résignent à exhumer le cadavre de Jason dans une nécropole (délicieusement photogénique !) afin d'exorciser son traumatisme d'ado. Inventive, trépidante et semée d'humour noir, cette mise en bouche prometteuse annonce déjà le parti-pris sarcastique du cinéaste tout en starisant Jason dans sa nouvelle stature criminelle davantage indestructible (on croirait presque avoir à faire à un super-anti-héros !).


B movie du samedi soir purement ludique Ă  travers sa moisson de pĂ©ripĂ©ties horrifiques rondement menĂ©es, Vendredi 13, Chapitre 6 dĂ©tonne en diable sous l'impulsion d'une dĂ©rision Ă  la fois espiègle et sardonique. Quand bien mĂŞme on s'Ă©tonne de la prestance convaincante de son casting guilleret se prĂŞtant au jeu du "ouh fais moi peur" et du "attrapes moi si tu peux" avec une fougue communĂ©ment expansive. Si bien que le tournage assurĂ©ment festif leur aura sans doute lĂ©guĂ© un prĂ©cieux souvenir potache ! 

* Bruno
3èx

mercredi 31 octobre 2018

Une prière avant l'aube

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.muaythaitv.com

"A Prayer Before Dawn" de Jean-StĂ©phane Sauvaire. 2018. France/Angleterre. 1h56. Avec Joe Cole, Vithaya Pansringarm, Nicolas Shake, Panya Yimmumphai, Pornchanok Mabklang, Billy Moore.

Sortie salles France: 20 Juin 2018 (Int - 16 ans). Angleterre: 20 Juin 2018.

FILMOGRAPHIE: Jean-StĂ©phane Sauvaire est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français, nĂ© le 31 dĂ©cembre 1968. 2003, Carlitos Medellin. 2008, Johnny Mad Dog. 2012: Punk (tĂ©lĂ©-film). 2017 : Une prière avant l'aube.


"L'important est de ne jamais désespérer"
Film choc retraçant avec un vĂ©risme ultra documentĂ© le parcours d'endurance de Billy Moore, jeune dĂ©tenu britannique incarcĂ©rĂ© en prison pour possession de drogue, Une prière avant l'aube est une expĂ©rience sensitive dans l'enfer carcĂ©ral ThaĂŻlandais peu (ou jamais ?) abordĂ© Ă  l'Ă©cran. Tout du moins c'est que nous illustre sa première partie littĂ©ralement nausĂ©euse lorsque Billy tĂ©moigne des conditions sordides de son incarcĂ©ration avec d'autres dĂ©tenus similaires Ă  des animaux sauvages impudents. Viols, suicide, meurtres, châtiments corporels s'avĂ©rant leur lot quotidien si bien que chacun d'entre eux tente de survivre avec comme seul palliatif moral la drogue dure et l'alcool. Pour autant, dans ce milieu insalubre dĂ©nuĂ© d'humanitĂ© oĂą tout se marchande, Billy va parvenir Ă  se raccrocher au fil de sa passion pour la boxe après avoir essuyĂ© une tentative de suicide. On peut d'ailleurs prĂ©venir les âmes sensibles que sa première demi-heure parfois insoutenable (le mot n'est point outrĂ©) nous plonge dans un Ă©tat de malaise viscĂ©ral difficilement gĂ©rable. Prioritairement une exaction de viol communautaire de par son rĂ©alisme ultra malsain auprès des corps en rut et d'un tĂ©moignage impuissant. Jean-StĂ©phane Sauvaire filmant son contexte carcĂ©ral avec une vĂ©ritĂ© sensorielle eu Ă©gard de sa camĂ©ra expĂ©rimentale auscultant les corps en mutation avec une virtuositĂ© autonome.


Quand bien mĂŞme tous les interprètes thaĂŻlandais mĂ©connus chez nous s'expriment dans leur langage volontairement inaudible (une partie des dialogues n'est pas sous-titrĂ©) afin de mieux s'identifier dans le mental de Billy en proie Ă  la perte de repères, l'incomprĂ©hension et l'incommunicabilitĂ©. Car si Une prière avant l'aube s'avère aussi dur, cruel, asphyxiant et brut de dĂ©coffrage, il le doit au talent personnel de son auteur rĂ©futant toute forme de racolage car plutĂ´t dĂ©libĂ©rĂ© Ă  nous conter avec souci de vĂ©ritĂ© un vĂ©cu inusitĂ©. Tant et si bien qu'Une prière avant l'aube demeure avant tout un film de boxe transplantĂ© dans la cadre d'un drame carcĂ©ral soigneusement reconstituĂ©. Evitant les clichĂ©s usuels et l'esbroufe lors de multiples matchs de combats d'un rĂ©alisme et d'une intensitĂ© Ă  perdre haleine, Jean-StĂ©phane Sauvaire nous hypnotise les sens lors de l'initiation hĂ©roĂŻque de Billy partagĂ© entre une rĂ©volte fielleuse (notamment faute de sa prise de stupĂ©fiants par intermittence !) et un dĂ©sir de surpasser ses pires dĂ©mons. Le rĂ©alisateur filmant avec beaucoup de sensualitĂ© les dĂ©placements et mouvements corporels des boxeurs vouant un culte pour le Tatoo afin d'imprimer leur nouvelle identitĂ© dans leur condition exclue. A travers son parti-pris d'authentifier et d'y dĂ©noncer l'enfer d'un tĂ©moignage carcĂ©ral puis de bifurquer ensuite vers l'hymne Ă  la boxe thaĂŻ sous l'impulsion d'une fureur de vaincre, il faut impĂ©rativement saluer la prĂ©cision de sa bande-son hyper travaillĂ©e lĂ  encore conçue pour nous immerger dans l'introspection morale de Billy passant par divers stades de souffrances/transformations corporelles. Quitte Ă  en perdre son essence vitale Ă  travers ses perles de sueur !


La Nouvelle Chair.
D'une intensitĂ© dramatique constamment rigoureuse sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© de sentiments dĂ©monstratifs, Jean-StĂ©phane Sauvaire opte pour la pudeur et la sobriĂ©tĂ©, notamment auprès du jeu naturel de Joe Cole (Peaky Blinders, Green Room) Ă©poustouflant en guerrier primitif naviguant entre rĂ©silience et dĂ©sespoir, folie et quĂŞte de rĂ©demption. Drame carcĂ©ral Ă©prouvant doublĂ© d'un drame sportif par le truchement d'une histoire vraie, Une prière avant l'aube n'Ă©pargne aucune souffrance au spectateur immergĂ© dans la tourmente d'un dĂ©tenu stoĂŻque Ă  deux doigts d'y perdre son âme. 

* Bruno

mardi 30 octobre 2018

Oeil pour oeil

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Lone Wolf McQuade" de Steve Carver. 1983. U.S.A. 1h47. Avec Chuck Norris, David Carradine, Barbara Carrera, Leon Isaac Kennedy, Robert Beltran, L. Q. Jones

Sortie salles France: 20 Juillet 1983

FILMOGRAPHIE: Steve Carver est un réalisateur américain né le 5 avril 1945 à Brooklyn, New York. 1971 : The Tell-Tale Heart. 1974 : La Révolte des gladiatrices. 1974 : Super nanas. 1975 : Capone. 1976 : L'Enfer des mandigos. 1979 : Fast Charlie... the Moonbeam Rider. 1979 : Des nerfs d'acier. 1980 : Angel City (TV). 1981 : Dent pour dent. 1983 : Œil pour œil. 1986 : Oceans of Fire (TV). 1987 : Jocks. 1988 : À l'épreuve des balles. 1989 : La Rivière de la mort. 1996 : The Wolves.


Un must have de l'action décérébrée typiquement originaire de sa sacro-sainte décennie 80.
Gros souvenir de cinĂ©phage si bien que j'ai eu l'opportunitĂ© de le dĂ©couvrir en salles Ă  sa sortie, Oeil pour Oeil est ce que l'on prĂ©nomme un gros plaisir coupable du cinĂ©ma d'action bourrin. Ou plus favorablement un pur trip de western moderne afin d'Ă©viter de le vulgariser via sa locution maĂŻnstream. SĂ©rie B purement ludique endossĂ©e par l'une des stars des Eighties Chuck Norris (c'est d'ailleurs probablement son meilleur film !), accompagnĂ© ici du non moins notoire David Carradine  (rĂ©vĂ©lĂ© par la mythique sĂ©rie Kung-Fu!), Oeil pour Oeil fleure bon la nostalgie rĂ©volue Ă  travers son Ă©motion souvent Ă©lĂ©giaque qu'un score très Morriconien (d'ailleurs composĂ© par l'italien Francesco De Masi !) amplifie tout le long d'une intrigue cousue de fil blanc. Car en dĂ©pit de ces innombrables clichĂ©s et situations hĂ©roĂŻques tantĂ´t (involontairement) hilarantes (notamment en sus de rĂ©parties altières), Steve Carver s'efforce de rendre Oeil pour Oeil le plus attractif possible sous l'impulsion d'une distribution spontanĂ©e, aussi surjouĂ©e soit leur prestance pugnace ou belliqueuse.


En gros, un ranger du Texas rĂ©putĂ© pour ses mĂ©thodes expĂ©ditives doit se confronter Ă  d'odieux trafiquants d'armes que dirige le mafieux Rawley Wilkes, alors qu'au mĂŞme moment la fiancĂ©e de ce dernier se sĂ©duit du preux ranger. Et donc Ă  travers un schĂ©ma narratif Ă©culĂ© que l'on connait sur le bout des ongles, Steve Carver parvient miraculeusement Ă  nous impliquer (Ă©motionnellement parlant) dans l'action dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e suivie ensuite d'une dramaturgie racoleuse (avec nombre de "gentils" lâchement sacrifiĂ©s !) eu Ă©gard de sa gĂ©nĂ©rositĂ© Ă  enfiler les sĂ©quences homĂ©riques avec une Ă©motion florissante ! Ainsi, on a beau anticiper les rĂ©currents règlements de compte sanglants suivis des stratĂ©gies offensives de nos hĂ©ros solidaires (notamment parmi l'appui d'une jeune recrue latino et d'un black de la police fĂ©dĂ©rale), puis sourire des bons sentiments que se concertent mutuellement le couple Chuck Norris / Barbara Carrera (superbe mannequin originaire du Nicaragua !), on batifole sans se lasser des viccisitudes du ranger redresseur de tort (hĂ©ritier bisseux de Harry le salopard !).  Chuck Norris endossant au premier degrĂ© son personnage de loup solitaire avec la mine impassible qu'on lui connait, quand bien mĂŞme David Carradine (d'une force tranquille fĂ©line !) se mesure Ă  lui lors d'une chorĂ©graphie martiale en guise de point d'orgue. Un affrontement aussi jouissif que plaisamment pittoresque Ă  travers leurs Ă©changes sagaces de corps Ă  corps vĂ©loces et regards inflexibles !


Et donc tout cela a beau paraître aujourd'hui désuet, naïf et académique, Oeil pour Oeil dégage un charme insensé auprès des aficionados d'action belliqueuse de par la généreuse sincérité du travail appliqué de Steve Carver (dont j'ignore le contenu de sa filmo à priori bisseuse), aussi futile soit son concept narratif prisonnier d'une formule rebattue. Et ce même si l'abondante action teintée d'arts martiaux est ici transplantée dans le cadre du western moderne (notamment à travers sa superbe scénographie de plaines désertiques solaires). A savourer au second degré, anti-dépresseur galvanisant !

* Bruno
3èx

Box-office France : 741.000 entrées

lundi 29 octobre 2018

Un couteau dans le Coeur

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Yann Gonzalez. 2018. France. 1h42. Avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Jonathan Genet, Khaled Alouach, Bastien Waultier, Thibault Servière, Pierre Emö.

Sortie salles France: 27 Juin 2018

FILMOGRAPHIEYann Gonzalez est un artiste et réalisateur français né en 1977 à Nice. 2013 : Les Rencontres d'après minuit. 2018 : Un couteau dans le cœur.


Un thriller gay auteurisant TRES, TRES, TRES particulier si bien que le grand public n'ayant aucune culture du cinĂ© Bis des "Seventies/Eighties" (l'action se dĂ©roule en 1979) risque fort d'ĂŞtre dĂ©routĂ© ou blasĂ©. Narrativement simpliste et sans surprises (un tueur masquĂ© s'en prend aux acteurs porno d'une  productrice sentimentalement Ă©plorĂ©e), musicalement planant, cette oeuvre underground vaut surtout pour sa facture onirico-baroque stylisĂ©e (l'ombre d'Argento y plane par moments) et son climat mĂ©lancolique nostalgique d'un cinĂ©ma rĂ©volu (celui de l'industrie du Porno artisanal et de ses cinĂ©mas de quartier). D'ailleurs, j'ai souvent Ă©tĂ© gĂŞnĂ© par le trop plein de sĂ©quences lubriques homo Ă  la fois crues, provocatrices et volontairement triviales. Au niveau du casting (Ă  la diction hĂ©las théâtrale), et mĂŞme si Vanessa Paradis parvient parfois Ă  distiller une Ă©motion empathique dans sa condition torturĂ©e, on l'a connu plus brillante au prĂ©alable. A moindre Ă©chelle, les amateurs s'amuseront de retrouver avec plaisir quelques seconds couteaux au charismatique striĂ©.
A réserver prioritairement à la communauté gay.

* Bruno

vendredi 26 octobre 2018

Les Femmes de Stepford / The Stepford Wives / Le Mystère Stepford

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de Bryan Forbes. 1974. U.S.A. 1h54. Avec Katharine Ross , Paula Prentiss, Peter Masterson, Nanette Newman, Tina Louise, Carol Eve Rossen, William Prince, Carole Mallory, Toni Reid, Judith Baldwin.

Date de sortie: 12 fĂ©vrier 1975 (USA)

FILMOGRAPHIE: Bryan Forbes est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma britannique, Ă©galement acteur, producteur et scĂ©nariste, nĂ© John Theobald Clark Ă  Londres le 22 juillet 1926. 1961 : Whistle Down the Wind , 1962 : La Chambre indiscrète,1964 : Le Rideau de brume,1964 : L'Ange pervers,1965 : Un caĂŻd, 1966 : Un mort en pleine forme,1967 : Les Chuchoteurs,1968 : Le chat croque les diamants,  1969 : La Folle de Chaillot, 1971 : The Raging Moon, 1975 : Les Femmes de Stepford, 1976 : The Slipper and the Rose, 1978 : Sarah,1980 : Les SĂ©ducteurs   1982 : MĂ©nage Ă  trois, 1984 : The Naked Face, 1990 : The Endless Game (tv)


« Desperate Housewives ».
AdaptĂ© d’un roman d’Ira Levin (Rosemary’s Baby), Les Femmes de Stepford se dĂ©cline en diabolique satire caustique du sexisme. Une vision saugrenue et glaçante de la phallocratie, traduite dans une anticipation horrifique d’une franche singularitĂ©. D’ailleurs, son potentiel misogyne engendra une plĂ©thore de sĂ©quelles - The Revenge of the Stepford Wives (tĂ©lĂ©film de 1980), The Stepford Children, The Stepford Husbands - jusqu’au remake aseptisĂ© signĂ© Frank Oz en 2004.

Un couple emmĂ©nage dans la bourgade bucolique de Stepford, Connecticut, village oĂą règnent calme, silence et propretĂ©. Joanna se lie d’amitiĂ© avec les voisines du quartier, notamment Bobby, jeune femme affranchie et extravertie, qui n’hĂ©site pas Ă  moquer l’attitude figĂ©e de leurs congĂ©nères. Peu Ă  peu, le duo s’inquiète du comportement lisse, stĂ©rĂ©otypĂ©, sans aspĂ©ritĂ© ni volontĂ©, de ces femmes devenues coquilles vides.

PrĂ©curseur du gĂ©nial Get Out (dĂ©rivĂ© en satire antiraciste), Bryan Forbes surprend autant qu’il Ă©branle avec cette vision vitriolĂ©e de la guerre des sexes. Après une première partie trouble et vĂ©nĂ©neuse, oĂą rien ne laisse prĂ©sager la montĂ©e progressive du cauchemar domestique, Les Femmes de Stepford insuffle une atmosphère anxiogène, diffuse, qui rampe sous la surface d’un quotidien trop bien huilĂ©. Ces portraits de mĂ©nagères dociles, femmes-modèles d’un idĂ©alisme dĂ©shumanisĂ©, dĂ©rangent par leur feutre inquiĂ©tant et leur absence d’âme.

Sans cĂ©der au grand-guignol facile, Bryan Forbes use d’un pitch machiavĂ©lique et d’une irrationalitĂ© jamais rĂ©solue pour mieux troubler le spectateur, prisonnier du mĂŞme dĂ©sarroi que son hĂ©roĂŻne. MaĂ®trisĂ© de bout en bout, le film s’appuie sur un suspense d’une prĂ©cision chirurgicale qu’Hitchcock n’aurait pas reniĂ©e. Ă€ travers la puissance vĂ©nĂ©neuse de la suggestion, Forbes dĂ©nonce avec subtilitĂ© la rĂ©duction de la femme Ă  un rĂ´le d’objet conjugal, au cĹ“ur d’une Ă©poque charnière oĂą souffle encore timidement l’Ă©mancipation fĂ©minine.

La charge satirique, fĂ©roce, vise de plein fouet le mâle bourgeois, aveuglĂ© par son appĂ©tit sexuel et son besoin de domination. Les Femmes de Stepford, cauchemar cĂ©rĂ©bral, adopte le point de vue d’une hĂ©roĂŻne frondeuse, progressivement laminĂ©e par l’incomprĂ©hension et le doute, jusqu’Ă  une quĂŞte de vĂ©ritĂ© ultime, dans un point d’orgue oppressant, jusqu’au-boutiste et profondĂ©ment amer. L’horreur y devient lâche, insidieuse, presque silencieuse. Et pourtant, le scĂ©nario initial de William Goldman allait encore plus loin dans l’effroi…

Avec ses figures fĂ©minines figĂ©es dans une fausse perfection, profondĂ©ment dĂ©rangeantes, le film atteint parfois une intensitĂ© quasi hypnotique. La justesse du casting (tant du cĂ´tĂ© des hommes virils que des Ă©pouses soumises) contribue Ă  cette rĂ©ussite, mais rien ne serait aussi viscĂ©ral sans Katharine Ross. Son charisme mature, sa sensualitĂ© discrète et la profondeur de son regard noir, vacillant entre douceur et inquiĂ©tude, donnent chair Ă  une photographe ambitieuse, lentement rattrapĂ©e par une psychose dĂ©lĂ©tère, jusqu’Ă  bouleverser sa trajectoire toute tracĂ©e.


« Sois belle et tais-toi. »
Chef-d’Ĺ“uvre d’Ă©trangetĂ© horrifique, au climat insidieux, claustrophobe et glacĂ©, Les Femmes de Stepford empoisonne lentement le spectateur dans un cauchemar domestique oĂą le suspense gagne du terrain jusqu’Ă  l’asphyxie. Sa conclusion sardonique, presque traumatisante, laisse une amertume tenace chez les plus sensibles d’entre nous. Pastiche corrosif de l’Ă©mancipation fĂ©minine en pleine rĂ©volution des Seventies, Les Femmes de Stepford reste tristement d’actualitĂ©, dans une sociĂ©tĂ© ultraconservatrice oĂą les dissensions homme/femme n’ont jamais Ă©tĂ© aussi rĂ©pressives et intolĂ©rantes.
Ă€ redĂ©couvrir d’urgence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

26.10.18. 3èx
11.01.11. (231 vues)