mercredi 8 avril 2020

L'Aventure de Mme Muir

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site imdb

"The Ghost and Mrs. Muir "de Joseph L. Mankiewicz. 1947. U.S.A. 1h44. Avec Gene Tierney, Rex Harrison, George Sanders, Edna Best, Natalie Wood, Vanessa Brown, Anna Lee

Sortie salles France: 26 Mai 1948

FILMOGRAPHIE: Joseph Leo Mankiewicz, né le 11 février 1909 à Wilkes-Barre en Pennsylvanie et mort le 5 février 1993 à Mount Kisco (New York), est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain.1946 : Le Château du dragon. 1946 : Quelque part dans la nuit. 1947 : Un mariage à Boston. 1947 : L'Aventure de madame Muir. 1948 : L'Évadé de Dartmoor. 1949 : Chaînes conjugales. 1949 : La Maison des étrangers. 1950 : La porte s’ouvre. 1950 : Ève. 1951 : On murmure dans la ville. 1952 : L’Affaire Cicéron. 1953 : Jules César. 1954 : La Comtesse aux pieds nus. 1955 : Blanches colombes et vilains messieurs. 1958 : Un Américain bien tranquille. 1959 : Soudain l’été dernier. 1963 : Cléopâtre. 1964 : A Carol for Another Christmas (TV). 1967 : Guêpier pour trois abeilles. 1970 : King. 1970 : Le Reptile. 1972 : Le Limier.

3è révision de L'Aventure de Mme Muir, magnifique histoire d’amour puisant toute son intensité au-delà de la mort, portée par le duo mythique Gene Tierney et Rex Harrison. Ces amants maudits, liés par une tendre complicité badine, parviennent à donner chair à leurs personnages avec une alchimie quasi surnaturelle, comme si leur rencontre relevait déjà d’un autre monde.

Outre la beauté immaculée de son noir et blanc, chargé d’un onirisme crépusculaire tout en délicatesse, l’originalité et la grande force du récit émanent autant de ses rapports de force initiatiques que de l’inventivité de ses dialogues ciselés et de ses situations pittoresques, parfois décomplexées, que le couple traverse avec une subtilité et un équilibre remarquables.

Car derrière cette apparente légèreté, une tendre mélancolie vient peu à peu irriguer le récit jusqu’à en modifier la texture émotionnelle. Une mélancolie du temps révolu, de la vieillesse inéluctable, de l’amour manqué, que Lucy Muir endure dans une forme d’infortune silencieuse, malgré cette revendication intime d’avoir apprivoisé la solitude avec une lucidité presque paisible.


Joseph L. Mankiewicz orchestre alors ce dernier bouleversant chapitre avec une grâce infinie, jusqu’à cette ultime image sereine et délicate où la mort cesse d’être une fin pour devenir une forme de rédemption. Il parvient à nous faire croire à l’improbable, à rendre tangible l’invisible, à travers cette noblesse visuelle et morale que ses protagonistes dessinent dans leur caractérisation : équilibrés, mûrs, fragiles, tendres et profondément mélancoliques.

On peut sans doute tiquer, au premier visionnage, devant le tempérament machiste, bourru et autoritaire du Capitaine Gregg, secrètement consumé par son amour pour Lucy Muir. Mais au fil des révisions, cette rugosité s’éclaire autrement, elle se bonifie, on s'acclimate à la carapace du capitaine condamné à aimer sans posséder, armé d'une patience aussi aphone que démesurée. 

Et c’est peut-être là que réside la grandeur de L'Aventure de Mme Muir : dans ce tourbillon d’émotions pures et candides que ses vingt dernières minutes élèvent jusqu’au chef-d’Å“uvre, dans une grâce élégiaque dont on ressort le cÅ“ur noyé autant qu'apaisé.

— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
08.05.26. 3èx. vo

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