vendredi 8 avril 2022

L'Inspecteur Harry / Dirty Harry. Prix Edgar-Allan-Poe 1972 : meilleur film.

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site plansamericains.com

de Don Siegel. 1971. U.S.A. 1h42. Clint Eastwood, Andrew Robinson, Harry Guardino, Reni Santoni, John Vernon, John Larch, John Mitchum.

Sortie salles France: 16 Février 1972 (Int - 13 ans). U.S: 23 Décembre 1971.

FILMOGRAPHIE: Don Siegel (Donald Siegel) est un réalisateur et producteur américain, né le 26 Octobre 1912 à Chicago en Illinois, décédé le 20 Avril 1991 à Nipoma, en Californie. 1956: l'Invasion des Profanateurs de Sépultures. 1962: l'Enfer est pour les Héros. 1964: A bout portant. 1968: Police sur la ville. 1968: Un Shérif à New-York. 1970: Sierra Torride. 1971: Les Proies. 1971: l'Inspecteur Harry. 1973: Tuez Charley Varrick ! 1974: Contre une poignée de diamants. 1976: Le Dernier des Géants. 1977: Un Espion de trop. 1979: l'Evadé d'Alcatraz. 1980: Le Lion sort ses griffes. 1982: Jinxed.

La marque des chefs-d'oeuvre c'est que mĂŞme quand on connaĂ®t la fin on a toujours le mĂŞme plaisir Ă  les revoir, que ce soit la 5è ou 10è fois, tant on se sent bien avec ceux ayant bercĂ© notre jeunesse cinĂ©phile. L'inspecteur Harry ne dĂ©roge nullement Ă  la règle tant Don Siegel, habitĂ© par ses convictions novatrices, se surpasse d'y imprimer un jeu du chat et de la souris entre un flic rĂ©ac et un psychopathe jamais avare de perversitĂ©. Psycho-killer transplantĂ© dans la cadre du polar urbain et du thriller Ă  lisière du film d'horreur (la traque nocturne sur le stade est filmĂ©e tel un cauchemar vertigineux parmi l'emploi du zoom plongeant en mode inversĂ©), l'Inspecteur Harry ne nous laisse nul rĂ©pit dès que le tueur Scorpio s'efforce sournoisement de se railler de son rival avec un sarcasme mĂ©prisant restĂ© dans toutes les mĂ©moires.  Andrew Robinson immortalisant son rĂ´le viciĂ© avec une expressivitĂ© haineuse dĂ©testable eu Ă©gard de l'aversion ressentie par le spectateur avide d'assister Ă  sa mort en live par notre redresseur de tort Ă  la rĂ©putation peu flatteuse. C'est dire si Don Siegel, alchimiste machiavĂ©lique, s'y entend pour rĂ©veiller nos bas instincts criminels sous l'impulsion d'une vengeance expĂ©ditive qu'Eastwood n'hĂ©site pas Ă  recourir en dĂ©pit de son insigne policier dĂ©nuĂ© de dĂ©ontologie. Celui-ci endossant une sorte de justicier burnĂ© Ă  la fois obtus et provocateur afin de se gausser d'une justice arbitraire beaucoup trop laxiste auprès des droits des criminels. 

D'une brutalitĂ© et d'une violence inouĂŻe afin de survitaminer l'action sanglante Ă  l'aide de gunfights anthologiques, de passages Ă  tabac barbares et de maltraitance infantile (!!!), l'Inspecteur Harry impose une dĂ©marche escarpĂ©e pour y dresser le portrait inĂ©dit d'un psychopathe s'en prenant uniquement Ă  des enfants et des ados (si on Ă©lude la première victime adulte Ă©talĂ©e dans sa piscine) par sadisme, cupiditĂ© et lâchetĂ©. Ainsi, de par l'intimidation de ses exactions Ă  faible lueur d'espoir, l'intrigue vĂ©nĂ©neuse, jusqu'au-boutiste, âpre et malsaine, demeure tendue comme un arc lorsque Harry s'efforce Ă  moult reprises de l'apprĂ©hender avec une dĂ©termination aussi stoĂŻque que professionnelle. Or, le gĂ©nie de la mise en scène de Siegel Ă©mane de cet affrontement au sommet entre eux n'Ă©pargnant aucune pitiĂ© ni coup bas pour emporter la mise. Par consĂ©quent, au grĂ© de cette interminable Ă©preuve de force Ă©talĂ©e sur 1h42 (notamment auprès de cette hallucinante poursuite Ă  pied qu'Harry est contraint d'exĂ©cuter pour rĂ©pondre Ă  divers tĂ©lĂ©phones sur un itinĂ©raire prĂ©cis), l'Inspecteur Harry impose un style documentĂ© Ă  travers son rĂ©alisme limite cauchemardesque (notamment auprès de ces nuits urbaines malfamĂ©es que n'auraient reniĂ© Ferrara ou Friedkin). Clint Eastwood magnĂ©tisant qui plus est l'Ă©cran autant que son antagoniste dĂ©loyal avec un charisme naturellement orgueilleux et distinguĂ© (notamment pour sa dĂ©marche de cool attitude lors de la 1ère fusillade d'un hold-up manquĂ©). Et ce mĂŞme s'il adoptera un ton plus sobre, plus obscur et impassible lors de sa rencontre dĂ©moniale avec ce pire ennemi usant de roublardise pour le dĂ©prĂ©cier. 


La Rançon de la Peur.
Authentique chef-d'oeuvre rĂ©volutionnaire qui influencera une plĂ©thore de Vigilante Movies après avoir cĂ©dĂ© aux sĂ©quelles plutĂ´t rĂ©ussies (en dĂ©pit du 5è volet), L'Inspecteur Harry reste quelques dĂ©cennies plus tard toujours aussi jubilatoire, oppressant et Ă©prouvant de par sa tension exponentielle mettant nos nerfs Ă  rude Ă©preuve. On peut d'ailleurs parler de modèle de mise en scène (assortie de la contribution musicale idoine de Lalo Schifrin) tant Siegel ne nous impose aucune lassitude Ă  travers moult sĂ©quences iconiques que l'on connait par coeur. 

P.S: A privilĂ©gier la VO par sa tonalitĂ© auditive plus âpre, plus grave et plus aigue. 

*Bruno Matéï.
4èx. Vostfr;

Box Office France: 755 540 entrées (mais gros succès Outre-Atlantique avec 35 976 000 $ de recettes vs 6 millions).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire