vendredi 19 juillet 2013

PACIFIC RIM

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Guillermo Del Toro. 2013. U.S.A. 2h12. Avec Charlie Hunnam, Ron Perlman, Idris Elba, Charlie Day, Burn Gorman, Clifton Collins Jr, Rinko Kikuchi.

Sortie salles France: 17 Juillet 2013. U.S: 12 Juillet 2013

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.


Kaiju vs Jaegers
Oubliez les baudruches clinquantes Transformers et leurs playmobil, Guillermo Del Toro cristalise avec Pacific Rim un rĂŞve de gosse pour des millions de spectateurs. Pur hommage aux Kaijus (films de monstres japonais apparus au cinĂ©ma dans les annĂ©es 50) mais Ă©galement au mecha (sous genre animĂ© des mangas cĂ©lĂ©brĂ© par Goldorak dans les annĂ©es 70 !), Pacific Rim transcende avec une virtuositĂ© inĂ©dite tout ce qui avait Ă©tĂ© conçu au prĂ©alable dans le gigantisme monstrueux.
Blockbuster familial conçu pour émerveiller toutes les tranches d'âge, cet affrontement colossal entre
Jaegers (robot ultra perfectionné que deux homme réussissent à télécommander par leur pensée commune !) et Kaijus nous plonge dans des rixes de destruction massive étourdissantes. Et pour mieux contempler ses altercations titanesques, Guillermo Del Toro filme toutes les séquences de nuit afin de mieux mettre en valeur les armures métalliques de nos robots guerriers et les écailles argentées de monstres protéiformes ! A titre d'exemple prégnant, leur combat survenant dans un Tokyo illuminé de néons flashy nous déploie des séquences démentielles de bastons homériques avec un sens du détail inouï. Car ici l'action fluide nous permet de nous immerger en interne des combats sans l'utilisation d'une caméra erratique (que ce soit au milieu de l'océan ou à l'intérieur de la ville !). Un privilège donc qui va permettre d'exacerber l'action avec une rare intensité émotionnelle .


Outre la simplicité d'un scénario naïf prétexte aux confrontations pharaoniques (au fond du Pacifique, l'ouverture d'une brèche permet aux Kaijus d'envahir la terre pendant que des robots humanoïdes se préparent à la guerre !), Pacific Rim n'en n'est pas pour autant un épuisant pop-corn movie puisque la première heure prend le temps de nous décrire un univers technologique criant de vérité et de nous établir une complicité avec la caractérisation de nos héros. Que ce soit Raleigh Becket, jeune briscard pugnace mais affaibli par la disparition de son frère durant un combat de labeur, Stacker Pentecost, un colonel drastique au passé glorieux mais souffrant d'une certaine pathologie, et enfin Mako Mori, jeune japonaise pleine de bravoure mais ayant vécu un choc traumatique durant son enfance. En prime, son obscure relation paternelle avec le colonel la contraint de remettre en question sa collaboration avec Raleigh afin de pouvoir partir au front. D'autres seconds protagonistes fort en gueule sont également de la partie pour se mesurer aux Kaijus, tandis qu'un duo de scientifiques fébriles viennent égayer l'aventure de leurs extravagances cérébrales !


Le choc des Titans
Festival de pyrotechnie Ă  vous faire dĂ©coller la mâchoire, Pacific Rim Ă©quivaut Ă  la quintessence de l'actionner bourrin dans sa volontĂ© studieuse de faire rĂŞver son public avec humilitĂ©. Vouant son amour immodĂ©rĂ© pour ces robots d'acier et ces reptiles hostiles, Guillermo Del Toro concède un gigantesque spectacle populaire prĂ´nant les valeurs nobles du courage, de la pugnacitĂ©, de la fraternitĂ© et du sens du sacrifice, tout en glorifiant l'Ă©galitĂ© des sexes et l'unification des peuples.

19.07.13.
Bruno Matéï




                                      

jeudi 18 juillet 2013

Le Jour des Morts-Vivants / Day of the Dead

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site whatculture.com

de Georges A. Romero. 1985. U.S.A. 1h43. Avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joseph Pilato, Jarlath Conroy, Richard Liberty, Sherman Howard.

Sortie salles France: 10 Décembre 1986. U.S: 19 Juillet 1985

FILMOGRAPHIE: Georges Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.

 
"Dans les entrailles du dernier jour".
Huit ans après le raz-de-marĂ©e Zombie, George A. Romero boucle sa trilogie avec Le Jour des Morts-vivants. EntourĂ© d’acteurs mĂ©connus et fidèle Ă  sa touche fĂ©ministe, il confie cette fois le rĂ´le principal Ă  une jeune femme, stoĂŻque comme une statue au milieu du chaos. Avec l’entremise du sorcier des chairs Tom Savini et la pulsation hypnotique de John Harrison, Romero Ă©rige Ă  nouveau sa vision de l’apocalypse, toujours aussi viscĂ©rale, toujours aussi spontanĂ©e.

Dans l’antre d’une base militaire creusĂ©e dans la roche, une poignĂ©e de scientifiques et de soldats s’Ă©charpent pour sauver leurs peaux — tandis que dehors, la terre appartient aux morts.

En huis clos, le cinĂ©aste nous enferme parmi la tyrannie de militaires abrutis et la rĂ©signation nerveuse de savants rongĂ©s d’angoisse. Il ressasse ses obsessions — l’incommunicabilitĂ©, l’individualisme — et se moque cruellement de l’homme, ce primate narcissique soudain confrontĂ© Ă  un dĂ©sordre qui le dĂ©passe. Plus psychologique que son prĂ©dĂ©cesseur, Le Jour des Morts-vivants plonge plus profond dans la chair de ses personnages — et c’est justement ce qu’on lui reprochera. 

 
Romero esquisse un portrait de femme inattendu : Lori Cardille, encore novice, incarne Sarah, meneuse opiniâtre Ă  l’endurance presque virile. Son humanisme bute contre la brutalitĂ© bornĂ©e du capitaine Rhodes (Joseph Pilato, dĂ©licieusement cabotin), despote mesquin prĂŞt Ă  purger quiconque ose le dĂ©fier. Parmi ses compagnons, un latino fiĂ©vreux, incapable de brider ses fantĂ´mes, hait la froideur de Sarah et grince sous le poids de ses propres failles.

Pendant que les zombies, muselĂ©s derrière des grilles rouillĂ©es, attendent leur heure, deux camps rivaux s’autodĂ©voraient dĂ©jĂ . Le Dr Frankenstein, savant fou, tente d’apprivoiser Bub — zombie moribond, inoubliable pantin incarnĂ© par Sherman Howard. BientĂ´t, le chaos Ă©clate : la base s’ouvre, les morts s’engouffrent, et la dernière heure, jusqu’alors tendue par la haine humaine, Ă©clate en une orgie de chair et de tripes.

Plus satirique encore que Zombie, Le Jour des Morts-vivants se gausse des militaires, crĂ©tins congĂ©nitaux Ă  l’ego surdimensionnĂ©, et de la science, arrogante rivale de Dieu. Dehors, l’armĂ©e des goules attend, mâchoires claquantes, boyaux Ă  l’air. LĂ  encore, Tom Savini signe des prodiges : membres arrachĂ©s, entrailles rĂ©pandues, crânes Ă©clatĂ©s — tout filmĂ© sans dĂ©tour ni hors-champ pudique.


Certes, le film est peut-ĂŞtre le plus fragile de la trilogie — budget famĂ©lique, scĂ©nario inĂ©gal — mais ses atouts demeurent implacables : psychologie charnue, narration entaillĂ©e d’ironie noire, explosions de sang orgasmique, ambiance unique, Ă  l'instar de cette bande-son exotique qui bat comme un cĹ“ur malade. Assez pour en faire, malgrĂ© tout, un classique dĂ©finitif du genre.

--Bruno
18.07.13. 5èx

 
Récompenses: Prix d'Interprétation Féminine, Prix des Effets-Spéciaux au Festival du Rex de Paris en 1986.
Prix Spécial Gore


mercredi 17 juillet 2013

QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT (Who Framed Roger Rabbit)

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movie-bar.com

de Robert Zemeckis. 1988. U.S.A. 1h43. Avec Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Joanna Cassidy, Stubby Kaye, Alan Tilvern, Richard LeParmentier, Joel Silver.

Sortie salles France: 18 Octobre 1988. U.S: 22 Juin 1988

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
1978: Crazy Day. 1980: La Grosse Magouille. 1984: A la poursuite du diamant vert. 1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Scrooge. 2013: Flight.

Oscars 1989: meilleurs effets visuels (Ken Ralston, Richard Williams, Edward Jones, George Gibbs), meilleur montage sonore (Charles L. Campbell, Louis L. Edemann), meilleur montage (Arthur Schmidt) et Oscar pour une contribution spéciale (Richard Williams).
BAFTA Awards 1989: meilleurs effets visuels (Ken Ralston, Richard Williams, Edward Jones, George Gibbs)


Couronné de 4 oscars un an après sa sortie, Qui veut la peau de Roger Rabbit n'a pas volé ses prestigieuses récompenses tant il continue de nous bluffer par son exploit technique à avoir su allier personnages de chair et d'os et héros d'animation. Avec la nouvelle recrue Roger Rabitt, ce divertissement roublard nous présente un nouveau toon à la spontanéité virevoltante, entouré d'une femme fatale à la sensualité ardente ! Avec sa trame policière située dans l'après guerre des années 40, Robert Zemeckis rend autant hommage au film noir qu'aux dessins animés de notre enfance érigés sous le label de Warner Bros (les fameux Looney Tunes !) et de Walt Disney (on y côtoie Dumbo, Blanche Neige et consorts). En redécouvrant aujourd'hui ce blockbuster familial, nous nous surprenons encore du soin circonspect intenté à la perfection des effets-spéciaux où des protagonistes humains cohabitent parmi la familiarité de personnages d'animation ! Qui veut la peau de Roger Rabbit s'avère d'autant plus bluffant de réalisme dans ses moult péripéties endiablées qu'il réussit à émerveiller le spectateur lambda âgé de 7 à 77 ans.


Son intrigue charpentĂ©e bourrĂ©e de revirements fortuits nous propose une vĂ©ritable Ă©nigme policière que doit mener le dĂ©tective Eddy Valiant (Bob Hoskins, Ă©tonnamment flegme et gentiment bougon!) Ă©paulĂ© d'un comparse peu commun, Roger Rabbit. A eux deux, ils forment un duo explosif dans leur tentative de dĂ©busquer le meurtrier d'un producteur mais aussi mettre la main sur un mystĂ©rieux testament. Durant leur investigation, ils vont devoir se confronter Ă  l'autoritĂ© drastique de l'Ă©trange Juge DeMort (Christopher Lloyd, diabolique de mĂ©galomanie hautaine !) accompagnĂ© de ses sbires, les Fouines (des toons railleurs particulièrement sardoniques !), communĂ©ment dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver la trace de Roger Rabbit. En effet, ce dernier se retrouve suspectĂ© de l'assassinat de Marvin Acme, producteur de films d'animation et inventeur ayant eu la veille de sa mort une Ă©ventuelle liaison avec Jessica Rabbit !
Ce pitch hérité d'un roman de Gary K. Wolf (Who censored Roger Rabbit ?) et publié en 1981 est une occasion singulière d'opposer des personnages humains avec une foule de toons novices et notoires ! Avec un sens inventif sans cesse renouvelé (comme cette soudaine plongée dans l'univers urbain des Toons ou l'invention mortelle de la Trempette afin de pouvoir les dissoudre !), Qui veut la peau de Roger Rabit déploie sans modération une prolifération de gags échevelés dans une action ininterrompue (course poursuite en plein centre-ville à bord d'une voiture d'animation, rixes en tous genres entre toons et humains et point d'orgue explosif pourvu d'une révélation inopinée !).


Parfaitement Ă©quilibrĂ© par sa drĂ´lerie insolente (mais jamais erratique !) et la tendresse impartie Ă  tous ces protagonistes hybrides (la sĂ©quence mĂ©lancolique dĂ©crivant une Betty Boop passĂ©iste est touchĂ©e par la grâce !), Qui veut la peau de Roger Rabbit est un bijou de fĂ©erie fantaisiste. 
Sans jamais surenchĂ©rir dans une esbroufe gratuite car au service d'un scĂ©nario retors, cet exploit technique insuffle son pouvoir sĂ©ducteur pour le respect accordĂ© Ă  ses icĂ´nes d'animation, alors que Roger Rabbit va imposer son statut d'Ă©toile montante de "Toon Reality" !  

17.07.13. 3èx
Bruno Matéï 

    mardi 16 juillet 2013

    Cannibal Holocaust

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cultreels.net

    de Ruggero Deodato. 1980. 1h32. Italie/Colombie/Etats-Unis. Avec Robert Kerman, Carl Gabriel Yorke, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi.

    Sortie salles France: 22 Avril 1981. Italie: 7 Février 1980

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ruggero Deodato est un réalisateur italien, né le 7 Mai 1939.
    1977: Le Dernier monde Cannibale. 1979: SOS Concorde. 1980: Cannibal Holocaust. 1980: La Maison au fond du parc. 1983: Les Prédateurs du Futur. 1985: Amazonia, la jungle blanche. 1987: Les Barbarians. 1987: Body Count. 1988: Le Tueur de la pleine lune. 1993: The Washing Machine.

     
            "Il faut parfois montrer au monde l’enfer pour qu’il se rende compte de son bonheur."
     
    "Voyeurs de l’abĂ®me : l’hallucinante cruautĂ© de Cannibal Holocaust".
    ClassĂ© X dans certains pays, interdit dans une soixantaine, Cannibal Holocaust garde intact son pouvoir de rĂ©alisme sordide, provoquant chez les spectateurs du monde entier une violente aversion ou une fascination dĂ©rangĂ©e. RĂ©putĂ© comme l’un des films les plus controversĂ©s de l’histoire du cinĂ©ma, il fut saisi dès sa sortie par un magistrat italien pour dĂ©lit d’obscĂ©nitĂ© et suspicion de snuff movie. Ruggero Deodato s’est taillĂ© au fil des dĂ©cennies la rĂ©putation d’un cinĂ©aste scandaleux, notamment pour sa culpabilitĂ© assumĂ©e d’avoir osĂ© assassiner face camĂ©ra des animaux sauvages. Un acte impardonnable qu’il regrette aujourd’hui.

    Mais le rĂ©alisateur poussa encore le vice Ă  sa sortie officielle, en nourrissant une folle rumeur autour du sort des comĂ©diens principaux, exilĂ©s hors d’Italie pendant un temps, complices avec lui pour simuler leur disparition auprès de la populace italienne.


    DĂ©couvrir Cannibal Holocaust aujourd’hui reste une expĂ©rience aussi traumatisante qu’inoubliable. Deodato redouble de provocation putassière, jouant de l’illusion entre fiction et authenticitĂ©, avec le principe avant-gardiste du found footage. La camĂ©ra portĂ©e Ă  l’Ă©paule suit quatre journalistes avides d’images-chocs, filmant en pleine cambrousse amazonienne une succession de mises Ă  mort hyper racoleuses : dĂ©peçage d’une tortue, massacre d’un porcinet, viol d’une indigène, incendie de la hutte des Yacumos. Ils filment aussi une fausse couche suivie d’une lapidation, un rituel barbare, une femme empalĂ©e sur un pieu (sĂ©quence souvent censurĂ©e en VHS), le meurtre d’un des leurs et le viol collectif de la petite amie du cameraman.

    Au-delĂ  de cette boucherie primitive, Cannibal Holocaust dresse une charge corrosive contre notre sociĂ©tĂ© dite civilisĂ©e. Nos quatre reporters, en expĂ©dition amazonienne, s’abandonnent Ă  la dĂ©bauche et Ă  l’assassinat, guidĂ©s par l’appât du scoop et la mĂ©galomanie. Leur cruautĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e vise Ă  prouver aux « primitifs » la suprĂ©matie de la loi du plus fort. En juxtaposant ces barbaries aux coutumes cannibales, aux meurtres d’animaux rĂ©els et aux jouissances meurtrières des « civilisĂ©s », Deodato sème un profond malaise. Son dĂ©sir de choquer, d’Ă©cĹ“urer le spectateur, l’enferme dans un maelström d’images morbides, crues, Ă©difiantes. Entre fiction et rĂ©alitĂ©, on perd ses repères : l’illusion se transcende en vĂ©ritĂ© palpable. Combien, Ă  l’Ă©poque, crurent assister Ă  un vĂ©ritable shockumentaire ?

    Cette aversion viscĂ©rale Ă  la cruautĂ©, le rĂ©alisateur la transforme en une rĂ©flexion sur notre propre voyeurisme, cette curiositĂ© instinctive Ă  observer la mort sous son aspect le plus sordide. Le score Ă©lĂ©giaque, tragique, amplifie avec provocation notre dĂ©goĂ»t, rĂ©vĂ©lant l’animalitĂ© tapie en nous. La mort et la souffrance, qu’elles soient sentence vindicative ou violence gratuite, demeurent des rituels universels, tĂ©moins d’une civilisation aussi moderne qu’inhumaine.


    "Le festin de l’horreur : quand le cinĂ©ma rĂ©vèle notre part d’ombre".
    De ce chaos primitif Ă©mane un grand film malade, viscĂ©ralement Ă©prouvant, hyper dĂ©rangeant, mais d’un pouvoir de fascination rĂ©vulsif et d’une puissance Ă©motionnelle rare. Cette accumulation explicite de barbarie suggère que nous sommes tous complices, coupables de notre voyeurisme, osant contempler la cruautĂ© indissociable du monde sauvage qui nous entoure. Que l’on adhère ou rejette ce tĂ©moignage intolĂ©rable, Cannibal Holocaust provoquera toujours polĂ©miques et dĂ©bats passionnĂ©s sur la nature humaine, son instinct meurtrier, et notre morbide soif d’images choc.

    *Bruno
    16.07.13. 5èx



    lundi 15 juillet 2013

    Halloween de Rob Zombie

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site newageamazon.buzznet.com

    de Rob Zombie. 2007. U.S.A. 1h50. Avec Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell, Tyler Mane, Danielle Harris, Kristina Klebe, Daeg Faerch, Brad Dourif, Sheri Moon Zombie, Hanna Hall, Dee Wallace Stone.

    Sortie salles France: 10 Octobre 2007. U.S: 31 Août 2007

    FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


    Deux ans après sa horde sauvage contemporaine (The Devil’s Rejects), Rob Zombie s’attelle, en 2007, Ă  la conception d’une prĂ©quelle/remake du chef-d'Ĺ“uvre inoxydable Halloween. En s’attardant sur l’enfance meurtrie de Michael Myers dans la première partie, il transcende le portrait glaçant d’un psychopathe juvĂ©nile, dĂ©nuĂ© de conscience et de morale, enfant avortĂ© d’une cellule familiale corrompue. Ă€ coups d’ultraviolence tranchante, Zombie adopte une dĂ©marche explicite : figurer les exactions d’un enfant raillĂ©, molestĂ©, dĂ©terminĂ© Ă  passer Ă  l’acte vindicatif — le premier meurtre, commis sur un camarade de classe, en reste une preuve Ă©prouvante. Le jeune Daeg Faerch, avec sa bouille innocente et son regard de marbre, impressionne par un jeu diaphane : prestance austère, alternance d’accalmies et de fulgurances, sans logique apparente. Son fĂ©tichisme des masques, pour renier sa propre humanitĂ©, est une idĂ©e brillamment exploitĂ©e. Quant au Dr Loomis, incarnĂ© par Malcolm McDowell : s’il n’atteint pas l’aura hantĂ©e de Donald Pleasence, il insuffle une prĂ©sence solide, vacillante — psychologue indĂ©cis, incapable de saisir le cĹ“ur du mal, il se rĂ©sout Ă  l’abstraire : Michael devient symbole pur, entitĂ© du Mal.


    Ă€ contre-courant de l’horreur suggĂ©rĂ©e et du suspense latent magnifiĂ©s dans le modèle initial, cet Halloween 2007 opte pour l’action cuisante, les pĂ©ripĂ©ties Ă©chevelĂ©es, la rage frontale. Sans concession, avec un dĂ©sir assumĂ© de heurter le spectateur, Zombie rĂ©invente le mythe dans une veine crue, crapoteuse, hyperrĂ©aliste. Si la première partie convainc pleinement en exposant l’enfance saccagĂ©e de Michael, la seconde retombe dans une mĂ©canique plus conventionnelle, reproduisant fidèlement les jalons du film original. ÉvadĂ© de sa cellule, Myers, devenu adulte, poursuit l’obsession de renouer avec sa sĹ“ur. On bascule alors dans un psycho-killer dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, enchaĂ®nant les meurtres fulgurants Ă  cadence soutenue, avec une sauvagerie sèche qui n’aurait pas dĂ©plu Ă  Massacre Ă  la tronçonneuse, que Zombie convoque ouvertement. En assumant cette provocation — pied de nez au classicisme clinique de Carpenter — le film tĂ©tanise par la vigueur de sa mise en scène, la prĂ©sence terrifiante du molosse inĂ©branlable, et l’impact foudroyant des assassinats, lâchĂ©s en roue libre. Ă€ noter, geste singulier : ici, Michael ne cherche pas Ă  tuer sa sĹ“ur — il tente de la prĂ©server, de la garder pour lui, comme une ultime attache brisĂ©e.


    Impitoyable, nihiliste, enragĂ© et terrifiant dans ses deux segments oĂą le Mal semble nous fixer droit dans les yeux, Halloween 2007 dĂ©livre, avec une maĂ®trise certaine, des sĂ©quences de terreur sèche et incisive, aux confins du vĂ©risme. D’une audace dĂ©complexĂ©e Ă  dĂ©sacraliser la figure mythique de Michael Myers — bourreau du Mal des temps modernes — Rob Zombie façonne un cauchemar ultra-violent, furibond, insolent. Une relecture Ă  rebrousse-poil, en totale contradiction avec le matĂ©riau d’origine, mais qui redessine, dans le sang, la silhouette d’un Mal autrement bestial, mortifère et primitif. 

    La critique d'Halloween 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/halloween-2-directors-cut.h…

    *Bruno
    09.03.25. 3èx. Vost
    15.07.13. 

                                            

    vendredi 12 juillet 2013

    GENERATION SACRIFIEE (DEAD PRESIDENTS)

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site in.com

    de Albert et Allen Hughes. 1995. U.S.A. 2h00. Avec Larenz Tate, Keith David, Chris Tucker, Bokeem Woodbine, Freddy Rodriguez, Rose Jackson, N'Bushe Wright.

    FILMOGRAPHIE: Albert et Allen Hughes sont des frères jumeaux producteurs, scénaristes et réalisateurs américains, né le 1er Avril 1972 à Détroit (Michigan).
    1993: Menace II Society. 1995: Génération Sacrifiée. 1999: American Pimp (doc). 2001: From Hell. 2009: New-York, I love you (un segment d'Allen Hughes). 2009: Le Livre d'Eli. 2013: Broken City (d'Allen Hughes).


    Inédit en salles dans l'hexagone, Génération Sacrifiée avait néanmoins pu bénéficier d'une édition en Dvd quelques années après sa sortie officielle. Un paradoxe d'autant plus regrettable que le premier long-métrage des Hughes Brothers, Menace II Society, eut été salué pour la maîtrise de sa mise en scène et sa peinture abrupte d'une jeunesse afro-américaine en déclin, opposée aux règlements de compte meurtriers entre bandes rivales. En l'occurrence, les frères Hughes traite des conséquences dramatiques de la guerre du Vietnam après que les survivants ont pu rejoindre leur bercail. En particulier, la réinsertion de la communauté noire si dépréciée par leur société que certains n'hésiteront pas à sombrer dans le banditisme ou des mouvements anarchistes afin de tenter de survivre. Outre le portrait émis à une poignée de délinquants fraternels, Génération Sacrifiée s'intéresse au parcours d'Anthony Curtis (Larenz Tate, étonnant d'innocence galvaudée !), jeune garçon de 18 ans délibéré à s'inscrire dans la marine pour occulter ses études de lycée. Après avoir combattu vaillamment durant 4 ans au Vietnam, notre vétéran retrouve son cocon familial dans un quartier défavorisé par le chômage et la drogue. Après avoir été viré de son job de boucher, Anthony décide de planifier l'attaque d'un fourgon avec la complicité de quelques comparses.


    Violent rĂ©quisitoire contre la guerre du Vietnam qui eut entraĂ®nĂ© la première dĂ©faite militaire des Etats-Unis (toute la partie se dĂ©roulant au champ de bataille met en exergue la dĂ©ficience mentale de certains soldats et l'inanitĂ© d'un conflit Ă  la stratĂ©gie anti-communiste !), GĂ©nĂ©ration SacrifiĂ©e dĂ©nonce le traitement infligĂ© aux vĂ©tĂ©rans afro-amĂ©ricains. Par l'influence d'un mouvement de crise contestataire en ascension (le fameux sĂ©minaire des Black Panthers prĂ´nant la violence des armes Ă  feu en guise de rĂ©bellion !) et par la faute d'un chĂ´mage en recrudescence, certains anciens combattants vont donc se compromettre au brigandage afin de subvenir Ă  leur famille. Dans une mise en scène stylisĂ©e et incisive, les frères Hughes n'y vont pas avec le dos de la cuillère pour illustrer la descente aux enfers irrĂ©versible d'une poignĂ©e de dĂ©linquants utopistes. Parmi le fiasco d'un braquage sanglant (sĂ©quence d'anthologie magnifiquement chorĂ©graphiĂ©e !), les rĂ©alisateurs dĂ©noncent Ă©galement les consĂ©quences dĂ©sastreuses d'une jeunesse rĂ©voltĂ©e en perdition, largement influencĂ©e par l'illusion des drogues et de l'argent facile. Si on prĂ©sage l'issue inĂ©vitable de cette tragique dĂ©route, c'est que la guerre prĂ©alablement imposĂ©e au Vietnam aura engendrĂ© chez certains jeunes fragiles et sans repère une forme d'immoralitĂ©. La violence et la haine inculquĂ©es au front les ayant avili jusqu'Ă  ce qu'ils reproduisent cette dĂ©chĂ©ance destructrice au sein de leurs quartiers urbains du Bronx.


    Au rythme d'une plĂ©thore de tubes Soul entraĂ®nants, GĂ©nĂ©ration SacrifiĂ©e juxtapose critique sociale d'une AmĂ©rique hautaine tournant le dos Ă  leurs anciennes recrues et courant culturel de la Blaxploitation par l'entremise implacable d'une narration nihiliste. De par son ultra violence cinglante et son intensitĂ© dramatique, on sort secouĂ© et aigri pour le portrait infligĂ© Ă  sa gĂ©nĂ©ration immolĂ©e. 

    12.07.13. 3èx
    Bruno Dussart
    Warning ! Le trailer contient beaucoup de spoilers !

                                             

    jeudi 11 juillet 2013

    GUMMO

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposters.2038.net

    de Harmony Korine. 1997. U.S.A. 1h35. Avec Jacob Reynolds, Nick Sutton, Lara Tosh, Jacob Sewell, Darby Dougherty, Chloë Sevigny.

    Sortie salles France: 9 Juin 1999

    FILMOGRAPHIE: Harmony Korine est un réalisateur et scénariste américain, né le 4 Janvier 1973 à Bolinas, Californie.
    1997: Gummo. 1999: Julien Donkey-Boy. 2007: Mister Lonely. 2009: Trash Humpers. 2013: Spring Breakers.


    La célébration des anonymes
    Bien avant l'ovni Spring BreakersHarmony Korine avait dĂ©butĂ© en 1997 avec un premier film indĂ©pendant sorti dans l'indiffĂ©rence mais dont le bouche Ă  oreille lui aura tout de mĂŞme valu d'accĂ©der au rang de film-culte. Tranches de vie d'une poignĂ©e de marginaux après qu'une tornade eut dĂ©vastĂ© leur petite banlieue, Gummo se livre en expĂ©rience humaine oĂą l'hyper rĂ©alisme documentĂ© nous dĂ©concerte et nous Ă©meut par ses Ă©lans d'onirisme blafard. Sans voyeurisme ni misĂ©rabilisme, le rĂ©alisateur nous dresse ici le portrait d'une AmĂ©rique profonde endeuillĂ©e par une catastrophe naturelle mais livrĂ©e depuis toujours dans une immense solitude. Ce tableau peu reluisant d'une population livrĂ©e au chĂ´mage ausculte de façon alĂ©atoire la quotidiennetĂ© triviale de petites gens dĂ©soeuvrĂ©s, dĂ©ficients ou alcooliques tentant de survivre et tuer l'ennui dans un monde qu'ils ne comprennent pas. S'y cĂ´toient devant notre tĂ©moignage et de manière dĂ©sordonnĂ©e, deux adolescents tueurs de chats, une trisomique, un nain africain, une albinos, un travelo, un couple de gay et de lesbiennes, deux soeurs jumelles, deux boxeurs de sang ainsi que la faune Ă©clectique des habitants de Xenia. 


    Avec divers procĂ©dĂ©s photographiques et une camĂ©ra vacillante, Harmony Korine nous pĂ©nètre Ă  l'intĂ©rieur de cette ville sinistrĂ©e avec une vĂ©racitĂ© perturbante si bien qu'il semble filmer en temps rĂ©el l'existence primaire de laissĂ©s-pour-compte avec une improvisation gĂŞnante. Cette sensation de malaise persistant et cette inĂ©vitable empathie que l'on Ă©prouve pour ces quidams nĂ©vrosĂ©s souvent livrĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance ou la perversitĂ© nous remettent en question sur notre situation sociale, le bien-ĂŞtre de notre cocon rassurant et notre Ă©thique Ă  accepter la diffĂ©rence la plus hĂ©tĂ©rodoxe. TransportĂ©s dans un tourbillon de sĂ©quences intimes d'une pudeur dĂ©rangĂ©e (la drague improvisĂ©e entre le gay refoulĂ© et le nain timorĂ©) ou d'une violence animale (la table de cuisine rĂ©duite en pièces dĂ©tachĂ©es par une famille avinĂ©e !), Gummo se positionne en expĂ©rience humaine oĂą l'Ă©motion trouble nous accapare avec une acuitĂ© poignante. L'aspect amateuriste des comĂ©diens nĂ©ophytes ou inexpĂ©rimentĂ©s au langage rustre machinal renforce cet (Ă©trange) sentiment de cruditĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e oĂą la tendresse se mĂŞle Ă  la colère de la partialitĂ©. 


    La monstrueuse parade.
    Avec dignitĂ© et sans jamais se moquer de leurs extravagances, Harmony Kroine livre avec Gummo un portrait inoubliable d'une parade de paumĂ©s inadaptĂ©s sans jamais juger de leurs agissements erratiques. DĂ©rangeant et perturbant mais dĂ©bordant d'humanitĂ© fĂ©brile et de poĂ©sie infantile (le garçonnet aux oreilles de lapin traversant le film avec une discrĂ©tion aphone), cette errance existentielle nous confronte finalement Ă  leur dĂ©sillusion de reconnaissance et d'amour.  

    11.07.13. 2èx
    Bruno Matéï

    mercredi 10 juillet 2013

    Runaway, l'évadé du Futur (Runaway)

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Michael Crichton. 1984. U.S.A. 1h40. Avec Tom Selleck, Cynthia Rhodes, Gene Simmons, Kirstie Alley, Stan Shaw, G.W Bailey.

    Sortie salles France: 7 Août 1985. U.S: 14 Décembre 1984

    FILMOGRAPHIE (source Wikipedia): Michael Crichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles. 1972: Pursuit (télé-film inédit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'évadé du futur. 1989: Preuve à l'appui (Physical Evidence).


    Un bijou d’anticipation irradiĂ© par sa photogĂ©nie nocturne.
    Trois ans après Looker, Michael Crichton renoue avec la thĂ©matique de la robotique, qu’il avait dĂ©jĂ  sublimĂ©e dans le cultissime Mondwest. Thriller futuriste alertant sur les dĂ©rives technologiques - ici, la micro-Ă©lectronique dĂ©tournĂ©e Ă  des fins terroristes - Runaway puise sa force dans son traitement visionnaire et son extrĂŞme efficacitĂ© au sein d’un rĂ©cit orthodoxe, rondement menĂ©.
     
    Synopsis : dans un avenir proche, un flic et sa partenaire sont confrontĂ©s Ă  un inventeur de gĂ©nie capable de transformer les robots domestiques en machines Ă  tuer. Par l’entremise d’idĂ©es futuristes aussi ingĂ©nieuses que dĂ©bridĂ©es (le robot preneur d’otage, les araignĂ©es mĂ©talliques, les missiles Ă  tĂŞte chercheuse pilotĂ©s par une arme rĂ©volutionnaire), Crichton orchestre un divertissement solide, fertile en pĂ©ripĂ©ties, si bien que l’action rebondit sans relâche dans une narration savamment planifiĂ©e.


    Aucune esbroufe racoleuse, donc, mais des sĂ©quences haletantes (telle cette poursuite automobile contre des mines coureuses !) mises au service d’une trame simpliste, mais rigoureusement captivante. Les effets spĂ©ciaux de Mark Dornfeld tiennent encore la route par leur inventivitĂ© : les robots insidieux, jamais vus jusqu’alors, demeurent Ă©tonnamment crĂ©dibles.
    Enfin, le duo formĂ© par la charmante Cynthia Rhodes et l’excellent Tom Selleck - très Ă  l’aise dans son rĂ´le musclĂ© de flic circonspect sujet au vertige - s’avère particulièrement attachant, nourri d’une rĂ©elle densitĂ© humaine. Leur complicitĂ© touchante culmine dans l’instant alarmiste oĂą Karen se retrouve grièvement blessĂ©e Ă  l’avant-bras par une micro-bombe, scène d’une intensitĂ© anthologique. On n’en dira pas autant de notre terroriste du futur, incarnĂ© par l’ex-chanteur de Kiss, Gene Simmons, qui cabotine avec une gouaille sardonique. Pourtant, son charisme israĂ©lo-amĂ©ricain se prĂŞte bien Ă  sa personnalitĂ© frondeuse, et finit par amuser par son outrecuidance mĂ©galo. Sa prĂ©sence, en somme, demeure marquante, iconique, saupoudrĂ©e d’une dĂ©rision tacite.

    Si Runaway arbore aujourd’hui un cachet rĂ©tro Ă©vident, il ne manque ni de style, ni de classe, ni de vigueur, et continue de fasciner par ses spĂ©cimens robotiques et ses gadgets destructeurs, au cĹ“ur d’une intrigue remarquablement troussĂ©e. La solide prĂ©sence de Tom Selleck renforce encore sa facture attachante, dans cette figure de flic dĂ©vouĂ©, en pleine initiation hĂ©roĂŻque. Et son climat nocturne, entre envoĂ»tement surrĂ©el et frisson onirique, nous ensorcelle la vue - non sans Ă©voquer, parfois, New York 1997, par son atmosphère futuriste crĂ©pusculaire, saturĂ©e d’un score Ă©lectro subtilement discret.
    Quant au final vertigineux, au sommet d’une cage de chantier, il s’impose comme un autre moment anthologique : action inventive, tension infiniment oppressante, souffle pur du cinĂ©ma de genre. Un classique des annĂ©es 80, toujours aussi fun, et fascinant.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

    17.02.22. 4èx
    10.07.13. 

                                             

    jeudi 4 juillet 2013

    TRANCE

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site paperblog.fr

    de Danny Boyle. 2013. Angleterre. 1h43. Avec James McAvoy, Rosario Dawson, Vincent Cassel, Simon Kunz.

    Sortie salles France: 8 Mai 2013. Angleterre: 27 Mars 2013

    FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester.
    1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage
    2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance


    Pour son nouveau long-métrage, Danny Boyle renoue avec le thriller cynique préalablement exploité avec son premier essai, Petits meurtres entre amis.

    Le Pitch: Durant une mise aux enchères, un commissaire-priseur est témoin d'un vol de tableau perpétré par le leader Franck. Au moment d'une altercation pour la disparition subite de la toile, Simon est frappé à la tête par son agresseur et se retrouve amnésique. Accusé par Franck et ses sbires d'avoir dérobé la peinture, il est contraint de contacter une hypno-thérapeute afin de retrouver la mémoire pour pouvoir dévoiler sa fameuse planque.


    Thriller Ă  suspense d'une efficacitĂ© exponentielle, Trance est façonnĂ© Ă  l'instar d'un puzzle dans un dĂ©dale de faux semblants, jeu de miroirs et jeu de pouvoir oĂą la manipulation cĂ©rĂ©brale est reine. Toute l'intrigue se focalisant essentiellement autour d'un trio d'amants vĂ©reux. Deux rivaux compromis au charme d'une Ă©nigmatique thĂ©rapeute, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver sous son allĂ©geance le fameux magot d'un tableau d'art. Dans une mise en scène stylisĂ©e hyper travaillĂ©e, Danny Boyle vĂ©hicule une imagerie high-tech au design moderniste oĂą les teintes polychromes se parent d'une Ă©lĂ©gance expressionniste. Avec l'habile emploi d'une structure narrative dĂ©structurĂ©e, il nous projette dans une intrigue tortueuse auquel trois antagonistes n'auront de cesse de nous triturer les mĂ©ninges, Ă  savoir qui est le vĂ©ritable imposteur tirant vĂ©ritablement les ficelles de cette Ă©nigme Ă  tiroirs. Avec plaisir masochiste, le rĂ©alisateur use et abuse de rebondissements fortuits afin de semer doute et confusion et semble notamment expĂ©rimenter un semblant d'hypnose avec le spectateur. A savoir que durant la projection, la plupart des Ă©pisodes suspicieux qui traversent le rĂ©cit dĂ©coulent des expĂ©riences d'un sujet mis sous sommeil artificiel. Par des sĂ©ances rĂ©currentes de transe, l'un de nos antagonistes va se retrouver compromis Ă  un Ă©tat de conscience altĂ©rĂ© impliquant un dĂ©doublement psychique de sa personnalitĂ©. Cet Ă©tat second, Danny Boyle en profite pour semer l'illusion de la rĂ©alitĂ© sans jamais nous avertir de sa rationalitĂ©. En combinant hallucinations, rĂŞve et rĂ©alitĂ©, il nous Ă©gare donc dans un dĂ©dale de simulacre oĂą le mensonge et la manipulation d'esprits cupides vont engendrer une paranoĂŻa collective. 
    C'est dans sa dernière partie échevelée que Trance va redoubler d'intensité haletante pour enfin nous dévoiler sa supercherie dans un maelström d'émotions rudes (on passe de l'angoisse et la panique au malaise viscéral et l'empathie poignante.


    Jeu de pouvoir
    Original, surprenant, dĂ©routant et retors, Trance intrigue et captive avec l'Ă©laboration d'un scĂ©nario machiavĂ©lique oĂą chaque antagoniste n'est jamais celui que l'on pense connaĂ®tre. Pourvu d'une mise en scène inventive et d'un esthĂ©tisme pictural aux figures gĂ©omĂ©triques, ce thriller parano culmine sa chute dans un point d'orgue Ă©tourdissant de rĂ©vĂ©lations. C'est justement au moment propice de cette dĂ©livrance que le film peut enfin nĂ©gocier un nouveau dĂ©fi ! 
    Sensuel et brillant !

    04/07/13
    Bruno Matéï

    mercredi 3 juillet 2013

    Spring Breakers

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pariscine.com

    de Harmony Korine. 2012. 1h34. US.A. Avec James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine, Heather Morris.

    Sortie salles France: 6 Mars 2013. U.S: 22 Mars 2013

    FILMOGRAPHIE: Harmony Korine est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 4 Janvier 1973 Ă  Bolinas, Californie. 1997: Gummo. 1999: Julien Donkey-Boy. 2007: Mister Lonely. 2009: Trash Humpers. 2013: Spring Breakers.


    Le "Breakfast Club" des années 2000. Jean Baptiste-Thoret.
    DĂ©jĂ  responsable d’un authentique film culte indĂ©pendant (Gummo), Harmony Korine nous projette, avec Spring Breakers, dans l’univers factice d’un congĂ© printanier oĂą une jeunesse insouciante s’abandonne sans rĂ©serve Ă  la dĂ©cadence. Cette parenthèse, nĂ©e en AmĂ©rique du Nord, offre Ă  des milliers d’Ă©tudiants l’ivresse de fĂŞtes sans limites avant l’angoisse des examens. Le phĂ©nomène, baptisĂ© Spring Break, s’est rĂ©pandu au-delĂ  des frontières (jusqu’en France), symbole estival oĂą sexe, drogue et alcool dĂ©bordent, malgrĂ© les tragĂ©dies : overdoses, comas Ă©thyliques, viols sur corps trop vulnĂ©rables. 
    Avec son affiche racoleuse et son trailer explosif, Spring Breakers pouvait inquiĂ©ter le cinĂ©phile averti, flairant un Projet X dĂ©guisĂ© en provocation putassière. Que nenni ! L’expĂ©rience se rĂ©vèle un gouffre bipolaire : impossible de savoir oĂą se raccrocher pour Ă©chapper au malaise.

    Le pitch : quatre godiches braquent un fast-food pour financer des vacances fĂ©eriques en Floride. Sur place, elles croisent un rappeur crapuleux qui les guidera vers une dĂ©livrance suicidaire.


    Voici, en quelques lignes, une trame classique, taillĂ©e pour ados. Mais sous l’avalanche des clichĂ©s attendus (sea, sexe, sun, alcool and coke), la rĂ©alisation expĂ©rimentale de Korine - au montage frĂ©nĂ©tique, digne parfois de Tueurs NĂ©s - dynamite tout. Les conventions s’effritent : place Ă  un bad trip onirique, frĂ´lant la mĂ©taphysique. Peu importe la minceur du scĂ©nario : seule compte l’expĂ©rience sensorielle, l’aura insolite, la respiration spirituelle, l’atmosphère de torpeur qui irrigue l’âme de ces filles Ă©garĂ©es. Avec une force Ă©motionnelle piquante car hybride et contradictoire, Spring Breakers raconte leur dĂ©rive, leur soif d’un ultime paradis pailletĂ© face Ă  la grisaille d’une vie sans saveur. Leur faim de bonheur, leur appĂ©tit d’Ă©panouissement, leur rĂŞve d’un avenir insouciant les poussent vers le vice, sous la coupe d’un "penseur" nĂ©vrosĂ© (James Franco, hypnotique et gĂ©nialement grotesque dans sa cool attitude triviale). Transgresser la morale, consumer chaque seconde, brĂ»ler la vie Ă  coups de poudre, de sexe et d’adrĂ©naline : bâtir son paradis artificiel. Cette atmosphère de poĂ©sie crue et de dĂ©sillusion imprègne la pellicule, jusqu’Ă  nous immerger dans une transe hypnotique oĂą le nĂ©ant crĂ©pusculaire culmine Ă  la dĂ©route. No future pour une innocence sans boussole, papillonnant vers un no man’s land. DĂ©sarçonnant. 


    "Fleurs vénéneuses sous le soleil de Floride".
    On ne sort pas indemne de la contemplation de Spring Breakers : une lĂ©thargie diffuse nous endeuille tout du long. Constat amer d’une jeunesse muette, Ă©blouie par les paillettes et l’extase Ă©phĂ©mère, le film est un voyage mĂ©taphysique au bout d’une nuit sans aube. Sa flamboyance formelle, sa mise en scène virtuose et la bande-son - Ă  la fois cotonneuse et tonitruante - infusent malaise, aigreur, et une mĂ©lancolie poignante. Certain(e)s, dĂ©boussolĂ©(e)s, n’y verront peut-ĂŞtre qu’un Ă©cran vide ; d’autres, le cĹ“ur entrouvert, auront du mal Ă  se relever du cri de rĂ©volte de cette jeunesse perdue, sans morale ni repentance.

    10/10

    *Bruno
    03.07.13. 25.22.20. 09.02.26.

    «Spring Breakers», poĂ©tique de l’idiotie
    Par Jean-Baptiste THORET, Historien et critique de cinĂ©ma — 2 avril 2013 Ă  19:06

    Des images d’Ă©tudiantes en bikini, trĂ©moussant leur booty au ralenti sur des plages bondĂ©es, et tout autour, des grappes de jeunes mâles bronzĂ©s comme des homards, tous pectoraux sortis, versant sur elles de la bière comme s’ils urinaient en hurlant des «Yeah !». Ainsi s’ouvre le film Spring Breakers, sorti le mois dernier : par un gigantesque rĂŞve (ou cauchemar) Ă©thylique et partouzard, un prĂ©cipitĂ© gĂ©nial des images industrielles qui composent ce qu’on appelle, faute de mieux, la pop culture mondiale. Spring Break ! Moins le refoulĂ© d’une sociĂ©tĂ© occidentale d’autant plus puritaine qu’elle s’est intĂ©gralement sexualisĂ©e - ici, plus besoin d’un psy pour vous expliquer que le gun, c’est le phallus, «Look at My Shit !» glapit le dealer gangsta-midinette du film qui pianote du Britney Spears (Disney et Snoopy Dog, mĂŞme combat) - qu’une forme de convivialitĂ© fantĂ´me et autistique : le rĂŞve de l’identitĂ© s’achève ici dans l’indiffĂ©rence. «Yeah !» version originale de notre «Yes !» national, interjection performative qui Ă©voque le «Eureka !» criĂ© par le hĂ©ros de la nouvelle Ă©ponyme d’Edgar Poe : «J’ai trouvĂ© !» Mais quoi ?

    Spring Breakers se branche Ă  merveille sur l’humeur et la folie absurde de notre Ă©poque, fascinĂ©e par le fun et le rien, la performance (corporelle, sexuelle, Ă©thylique) et l’agitation, la surface et l’idiotie, au sens oĂą ClĂ©ment Rosset l’entend : «La rencontre d’un but absolument dĂ©terminĂ© et d’une motivation absolument manquante.» Comme le zombie, autre icĂ´ne de notre Ă©poque, passĂ©e en quarante ans des marges du genre et de la critique politique, les crĂ©atures de la Nuit des morts-vivants, encore dĂ©positaires d’une utopie alternative, au centre d’une sociĂ©tĂ© de consommation qui les dĂ©cline, les dĂ©vitalise ad nauseam en sĂ©ries, clips, films, publicitĂ©s et happenings familiaux. Soit ces fameuses zombie walks au cours desquelles papa, maman et le fiston dĂ©ambulent dans les rues, dĂ©guisĂ©s en morts-vivants friendly. Les morts-vivants, canal historique, voulaient dĂ©vorer l’ancienne sociĂ©tĂ© parce qu’ils portaient (Ă  leurs corps dĂ©fendant) un dĂ©sir de changement. Quatre dĂ©cennies plus tard, le processus s’est inversĂ© : c’est nous qui imitons les zombies, manière de pastiche qui masque surtout une formidable dĂ©nĂ©gation de ce que nous sommes devenus. Le Spring Break ou comment se dĂ©lester du poids de ce qu’on est pour embrasser l’identitĂ© nulle d’un collectif de zombies fĂŞtards. En 1988, un slogan publicitaire vantant les mĂ©rites d’une cĂ©lèbre marque de sport - «Just Do It» - avait pointĂ© l’essence de ce consumĂ©risme idiot. «Do It For What ?». Faire la preuve de sa propre vie, sans autre finalitĂ© que de montrer qu’on est capable d’y arriver, tel un canard (un zombie ?) sans tĂŞte qui continue d’avancer (de bouffer ?), mais pour rien, au-dessus du vide, jusqu’Ă  l’Ă©puisement physique.

    L’hĂ©donisme insignifiant que cĂ©lèbre en accĂ©lĂ©rĂ© le Spring Break, la forme souvent grotesque que prennent les plaisirs recherchĂ©s (fumer un joint par l’anus d’un nourrisson en plastique) dĂ©coule de cette jouissance contrainte imposĂ©e par la logique capitaliste et sa hantise de ne pas consommer comme et avec les autres. Spring Breakers est, Ă  n’en pas douter, un film en avance sur son temps, autrement dit Ă  l’heure, pour reprendre la belle expression de Serge Daney Ă  propos du Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone. A l’heure des annĂ©es 2000 comme Easy Rider le fut Ă  celle des annĂ©es 60, Scarface des annĂ©es 80 et Tueurs nĂ©s dix ans plus tard. Regarder Spring Breakers, c’est se retrouver au bord d’un gouffre, essoufflĂ©, Ă  se demander comment on en est arrivĂ© lĂ  (Woodstock 2.0 ?) mais c’est surtout se demander pourquoi la contemplation du vide et du mauvais goĂ»t, du niveau zĂ©ro de la culture de masse, produit malgrĂ© tout une forme d’envoĂ»tement, de poĂ©sie, voire de fascination. S’agit-il de cette extase que Baudrillard, dans les StratĂ©gies fatales, dĂ©crivait comme «cette qualitĂ© propre Ă  tout corps qui tournoie sur lui-mĂŞme jusqu’Ă  la perte des sens et qui resplendit alors dans sa forme pure et vide» ?

    Si Harmony Korine a su trouver la bonne distance par rapport Ă  son sujet, Ă  la fois empathique et excentrĂ©, c’est qu’il a compris une chose, essentielle : pas de meilleur commentaire sur les images et le monde contemporain que le remake de ces mĂŞmes images. Au fond, le tract, le pastiche, l’indignation, la satire, la dĂ©nonciation sont des armes critiques d’un autre temps. La querelle byzantine n’est plus : l’iconodule est aujourd’hui le meilleur des iconoclastes. L’intelligence critique du rĂ©alisateur de Gummo consiste Ă  avoir embrassĂ© exactement la forme de son objet. Le baiser est lĂ , mais envoĂ»tant et froid comme celui du tueur. Parties de rien et arrivĂ©es nulle part, les quatre adolescentes du film rĂŞvent de pouvoir mettre sur pause ce prĂ©sent perpĂ©tuel, de s’y installer pour toujours («Forever»), Ă  l’abri de l’Histoire et du monde. Mais grâce au montage (effets de retard et de bĂ©gaiement du rĂ©cit qui semble ne jamais dĂ©coller), Korine introduit au sein de cette irrĂ©alitĂ© amniotique et immersive, le sentiment du temps qui passe : l’accumulation des signes du bonheur ne fait pas le bonheur et la satisfaction virtuelle («Just Do It») bute bientĂ´t sur un principe de rĂ©alitĂ©.

    Au fond, les images industrielles se consomment sans rĂ©tribution, mĂŞme symbolique : finir par tuer un dealer qu’on connaissait Ă  peine, reprendre la route, et après ? Et alors ? C’Ă©tait donc ça ? Au terme de toutes ces images, un objet perdu nous aveugle. Et la plus violente des critiques prend la forme de la mĂ©lancolie qui Ă©treint celui, ou celle, qui rĂ©alise qu’il n’y a pas de secret. Heureux sont les zombies ?

    Jean-Baptiste THORET Historien et critique de cinéma

    L'avis de Mathias Chaput:
    "Spring breakers" est avant tout un film choc, bien plus malin et intelligent qu'il pourrait paraître...
    Un piège se referme sur les jeunes filles, aussi bien que sur le spectateur, appâtées par le gain et le sexe, pensant se "trouver" alors qu'au final elles se "perdent"...
    Le folklore du gangster à la Tony Montana est de nouveau perpétré dans le film avec un côté moins viscéral que fun, doublé par l'inconscience de personnes désoeuvrées et paumées dans l'âme, ne pouvant qu'observer une issue funeste d'une noirceur absolue...
    Il y a un côté pathétique et touchant en même temps dans "Spring breakers" au carrefour du polar moderne et de l'étude de moeurs ciselée, où s'articulent des thématiques comme la consommation de produits addictifs (la drogue, l'alcool mais aussi la vénalité et la perversion sexuelle) et la désespérance d'une jeunesse prise entre le marteau de l'intégration et l'enclume de la tentation d'une vie festive...
    D'une réalisation fluide et rapide mais parfaitement lisible, "Spring breakers" est un métrage hybride, à mi chemin entre film expérimental et traditionnel, doté de comédiens en roue libre qui semblent "vivre" leurs rôles comme dans le réel...
    Cauchemar crédibilisé par l'émotion des trois héroïnes qui perdent pied rapidement et se "réfugient" dans la violence comme d'autres trouveraient un exutoire afin de pallier à leurs angoisses, Korine trouve la force nécessaire pour insuffler de l'innocence à ces créatures qui en sont dépourvues, sorties de l'adolescence et en mutation transitoire entre l'âge adulte affirmé et les repères éclatés, se cherchant et pensant se trouver dans cette vie anarchique et superficielle, que leur propose Alien...
    A la fois axé sur la tentation et le délabrement, il manquerait juste un côté initiatique au film, il est exempt de la moindre rédemption vis à vis des héroïnes, ce qui accentue et amplifie de fait le malaise provoqué chez le spectateur et fait ressortir ce dernier collapsé à la fin du visionnage...
    "Spring breakers" est assurément un grand film qui laisse une empreinte, qui s'ancre bien dans son époque et qui ose toutes les transgressions pour appuyer son propos de manière très rigoureuse...
    Une belle réussite !

    Note: 9/10


                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aceshowbiz.com