vendredi 30 août 2013

Wolf Creek

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site baranfilm27.org

de Greg McLean. 2005. Australie. 1h44. Avec Nathan Philipps, Cassandra Magrath, Kestie Morassi, John Jarratt.

Sortie salles France: 9 Août 2006. Australie: 3 Novembre 2005

FILMOGRAPHIE: Greg McLean est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2005: Wolf Creek. 2007: Solitaire


Chaque annĂ©e, en Australie, 30 000 personnes sont portĂ©es disparues. 90 % d'entre elles sont retrouvĂ©es en l'espace d'un mois. Certaines disparaissent Ă  jamais. 

K.O. et dĂ©primĂ© Ă  la sortie de la projo de Wolf Creek. Pour une première Ĺ“uvre, Greg McLean signe un coup de maĂ®tre avec ce survival aride, saturĂ© d’un climat d’insĂ©curitĂ© permanent. Une Ă©preuve de force physique et morale, infligĂ©e Ă  un trio d’Ă©tudiants malmenĂ©s par un tueur en sĂ©rie dans l’immensitĂ© brĂ»lante du dĂ©sert australien magnifiquement photographiĂ©.

Ă€ partir d’un concept Ă©culĂ©, nourri des classiques des seventies - Massacre Ă  la Tronçonneuse en tĂŞte, pour l’affliction hystĂ©risĂ©e des victimes, la moiteur de son atmosphère et son authenticitĂ© malsaine - McLean renouvelle la terreur avec un esprit anti-ludique, refusant toute distraction facile pour mieux nous Ă©branler. Car Wolf Creek n’a rien du traditionnel “ouh, fais-moi peur” rĂ©confortant, avec tueur dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© courant après des proies ingĂ©nues. Non. Ici, il s’agit d’une expĂ©rience extrĂŞme, toujours plus Ă©prouvante, refusant les compromis, la complaisance, la facilitĂ© - et exprimant une terreur crue, jusqu’au malaise.

Les victimes, enchaĂ®nĂ©es, hurlent de douleur ou d’impuissance face Ă  la monstruositĂ© d’un prĂ©dateur pervers, jouissant de ses pulsions dans un laps de temps indĂ©fini. En toute libertĂ©, au cĹ“ur d’un dĂ©sert crĂ©pusculaire, ce tueur mĂ©thodique s’amuse Ă  piĂ©ger des touristes dans un hangar rouillĂ©, les torturant Ă  sa guise dès que le goĂ»t du sordide lui revient. Une effroyable descente aux enfers d’une redoutable efficacitĂ©, que Greg McLean relate avec un souci glaçant de rĂ©alisme. Car Wolf Creek s’inspire librement d’un fait rĂ©el : le rapt de deux touristes par Bradley John Murdoch, condamnĂ© pour meurtre en 2005. En rĂ©alitĂ©, une seule victime fut retrouvĂ©e, et bien loin du fameux cratère : Ă  plus de 2000 kilomètres…

Le tempo bourdonnant d’un score monocorde, la rigueur de la mise en scène exploitant l’hostilitĂ© sublime de ces paysages dĂ©solĂ©s, la scrupuleuse radiographie de la dĂ©tresse humaine - tout ici exacerbe un malaise si insidieux que le spectateur, pris de vertige, se retrouve piĂ©gĂ© dans cette claustration Ă©touffante. Jusqu’au-boutiste et sans concession : aucun Ă©chappatoire Ă  l’horizon. Et si certaines tentatives d’Ă©vasion semblent audacieuses, la mort - brutale, lâche - les rattrape inexorablement.


Chef-d’Ĺ“uvre du survival niant toute notion de divertissement facile, Wolf Creek nous prend aux tripes, pour nous plonger dans l’authenticitĂ© d’une horreur vĂ©cue. Celle de voyageurs malchanceux croisant un inconnu affable… alors qu’un monstre Ă  visage humain s’apprĂŞte Ă  tomber le masque pour infliger les sĂ©vices les plus crapuleux. On en ressort d’autant plus traumatisĂ© que les comĂ©diens, inconnus au bataillon mais criants de vĂ©ritĂ©, nous touchent avec une empathie Ă  vif, profondĂ©ment meurtrie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

26.07.25. 3èx. Vostf. 4k
30.08.13. 2èx

La critique de Wolf Creek 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/wolf-creek-2.html




mercredi 28 août 2013

Un Justicier dans la ville / Death Wish

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.fr

de Michael Winner. 1974. U.S.A. 1h33. Avec Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin, Stephen Elliott.

Sortie salles France: 18 Octobre 1974. U.S: 24 Juillet 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013.
1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.


PrĂ©curseur du Vigilante movie qui fit couler tant d’encre Ă  sa sortie, Un Justicier dans la Ville rĂ©vèle une figure devenue emblĂ©matique du cinĂ©ma d’action : l’implacable Charles Bronson. AdaptĂ© du roman Death Wish de Brian Garfield, ce polar brutal retrace l’expĂ©dition meurtrière d’un homme dĂ©cidĂ© Ă  purger les rues de leurs voyous arrogants.

Synopsis: Trois dĂ©linquants s’introduisent chez une mère et sa fille. La première, battue Ă  mort, succombe Ă  ses blessures ; la seconde, violĂ©e, est internĂ©e dans un institut psychiatrique, ravagĂ©e par le traumatisme. RongĂ© par le deuil et l’impuissance d’une police inerte, Paul Kersey s’arme et s’abandonne Ă  une vendetta expĂ©ditive.

Film-choc Ă  la violence glaciale et implacable, dont le prologue - passage Ă  tabac d’une mère et de sa fille dans l’intimitĂ© de leur foyer - conserve aujourd’hui encore une brutalitĂ© sidĂ©rante, Un Justicier dans la Ville frappe par son radicalisme : il expose une violence nue, gratuite, miroir d’une insĂ©curitĂ© urbaine en pleine recrudescence. Si la polĂ©mique fut immĂ©diate, c’est parce que le film joue dangereusement avec une thĂ©matique rĂ©actionnaire, esquissant le portrait psychotique d’un adepte de l’autodĂ©fense. Michael Winner dĂ©peint avec un rĂ©alisme clinique la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un architecte respectĂ©, happĂ© par une spirale meurtrière pour venger sa femme. Son premier meurtre, commis dans un sursaut de bravoure, l’Ă©crase de dĂ©goĂ»t - il en vomit ses tripes dans les toilettes. Mais peu Ă  peu, ses exĂ©cutions lui procurent une satisfaction trouble, puis une cĂ©lĂ©britĂ© malsaine, Ă  mesure que la criminalitĂ© recule. PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, le justicier inspire une partie de la population qui se met, elle aussi, Ă  prendre les armes. DĂ©semparĂ©e, la police hĂ©site Ă  l’arrĂŞter, craignant d’Ă©riger un martyr et de voir les taux de criminalitĂ© remonter en flèche.

Avec une efficacitĂ© redoutable, Winner livre un polar ultra-violent, tendu de sĂ©quences d’action acĂ©rĂ©es, sans jamais cĂ©lĂ©brer la justice individuelle. Car il rĂ©vèle plutĂ´t la vĂ©nalitĂ© d’un tueur radical, pris dans l’ivresse de son propre vertige sanglant. Son Ă©pilogue Ă©difiant - ce sourire narquois de Kersey, doigt en revolver pointĂ© sur d’Ă©ventuels agresseurs - rĂ©sume toute l’ironie morbide du personnage. Non pas l’apologie d’une violence fascisante, mais l’avertissement d’une dĂ©rive immorale oĂą la vendetta personnelle dĂ©vore la raison.

Alternant enquĂŞte policière et action expĂ©ditive, Un Justicier dans la Ville demeure un polar brutal, fulgurant, construit sur une vengeance putassière. Michael Winner y scrute aussi l’Ă©chec d’une police impuissante face Ă  une criminalitĂ© impunie. MagnĂ©tique et impassible, Charles Bronson Ă©clabousse l’Ă©cran et grave dans le marbre l’ambiguĂŻtĂ© d’un justicier rĂ©actionnaire, glaçant, pervers et fascinant Ă  la fois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

17.08.25. 4èx. Vo 4K
28.08.13. 3èx

mardi 27 août 2013

Le Labyrinthe de Pan / El laberinto del fauno

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site locecine.info

de Guillermo Del Toro. 2006. Espagne/Mexique. 1h59. Avec Ivana Baquero, Doug Jones, Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ariadna Gil, Alex Angulo.

Sortie salles France: 1er Novembre 2006. Espagne: 11 Octobre 2006. Cannes: 27 Mai 2006

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.

Deux ans après Hellboy, Guillermo Del Toro renoue avec le fantastique intimiste qu’il avait dĂ©jĂ  explorĂ© dans L’Échine du Diable, sous le spectre du franquisme. Dans Le Labyrinthe de Pan, conte onirique et drame de guerre se tĂ©lescopent avec une verdeur qui en aura brusquĂ© plus d’un. La faute revient Ă  une affiche trompeuse, promettant une aventure fĂ©erique expurgĂ©e de toute cruautĂ©. Or Del Toro n’a rien d’un illusionniste candide : il frappe sans dĂ©tour pour dĂ©noncer les horreurs du fascisme durant la guerre d’Espagne, au point de rendre son film constamment Ă©prouvant, surtout Ă  travers le regard dĂ©sabusĂ© d’une enfant. Car ce sont ses yeux de rĂŞveuse, cherchant Ă  fuir la brutalitĂ© qui l’engloutit, qui nous ouvrent les portes d’un monde obscur, habitĂ© de crĂ©atures hybrides Ă©chappĂ©es des contes les plus inquiĂ©tants.

Synopsis. Avec sa fille Ofelia, Carmen rejoint l’armĂ©e de son mari, le capitaine Vidal, tyran impitoyable. Tandis que les rĂ©sistants traquent l’officier et que sa mère enceinte dĂ©pĂ©rit, Ofelia se rĂ©fugie dans un royaume de contes, guidĂ©e par un insecte. Un faune lui confie une mission : retrouver le labyrinthe qui lui permettrait de renaĂ®tre princesse. Mais l’Ă©preuve est implacable : sacrifier la vie de son futur petit frère pour accĂ©der Ă  l’Ă©ternitĂ© du monde souterrain.


Avec une audace rare, Del Toro juxtapose la quĂŞte spirituelle et la cruautĂ© belliqueuse, Ă©rigeant un contraste foudroyant entre chimère et rĂ©alitĂ© sanguinaire. L’esthĂ©tique oscille entre flamboyance (le royaume souterrain, la forĂŞt peuplĂ©e de crĂ©atures difformes) et tĂ©nèbres (le camp de Vidal, la grange des prisonniers). Tout repose sur l’imaginaire fragile d’une fillette isolĂ©e dans un monde oĂą le fascisme impose sa doctrine, Ă©rigeant l’injustice en dogme. Les monstres de contes, Ă©trangement expressifs, rĂ©sonnent comme les reflets cauchemardĂ©s d’une guerre sans pitiĂ©. En parallèle, Del Toro filme sans relâche les corps suppliciĂ©s, la dĂ©tresse d’une maternitĂ© vouĂ©e Ă  l’Ă©chec. Il refuse toute indulgence, cherchant Ă  nous Ă©branler face Ă  la barbarie fasciste qui broie l’enfance et profane la vie. Ses scènes de torture et d’exĂ©cutions, d’une vĂ©racitĂ© suffocante, deviennent le miroir nausĂ©eux du rĂŞve d’Ofelia, obstinĂ©e Ă  croire en un ailleurs purifiĂ© de toute douleur. De cette opposition jaillit une Ă©motion dĂ©chirante : lyrisme dĂ©sespĂ©rĂ© d’un conte qui tente de rĂ©conforter, mĂŞme au cĹ“ur du dĂ©sastre.

PortĂ© par la partition Ă©lĂ©giaque de Javier Navarrete, Le Labyrinthe de Pan s’impose comme un chef-d’Ĺ“uvre du fantastique transgressif. Dans l’alliance singulière de l’horreur crue et de la fĂ©erie, Del Toro sculpte une Ĺ“uvre dure, inconfortable, mais d’une beautĂ© mĂ©taphorique saisissante. Une poĂ©sie de l’abĂ®me, oĂą la dignitĂ© du sacrifice s’Ă©rige en ultime lumière.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

27.08.13. 2èx
 
Récompenses: Oscars de la meilleure Photographie, Meilleure Direction Artistique et Meilleurs Maquillages, 2006.
Meilleur Film et Meilleur Acteur (Sergi Lopez) Ă  Fantasporto, 2007
Meilleur Film International, Meilleure jeune Actrice, Ivana Baquero, au Saturn Awards, 2007
Meilleur Film au NSFC Awards, 2007
Meilleur Long-métrage au Prix Hugo, 2007


lundi 26 août 2013

Un Elève doué / Apt Pupil

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dl-more.eu

de Bryan Singer. 1998. U.S.A/France. 1h50. Avec Brad Renfro, Ian McKellen, David Schwimmer, Ann Dowd, Bruce Davison, Elias Koteas, Joe Morton.

Sortie salles France: 20 Janvier 1999. U.S: 23 Octobre 1998

FILMOGRAPHIE: Brian Singer est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 17 Septembre 1965 Ă  New-York aux Etats-Unis. 1993: Ennemi Public. 1995: Usual Suspects. 1998: Un Elève DouĂ©. 2000: X Men. 2003: X Men 2. 2006: Superman Returns. 2009: Walkyrie. 2013: Jack, le Chasseur de GĂ©ants. 2014: X Men: Days of Future Past.


Trois ans après Usual Suspects, Bryan Singer s’attelle Ă  l’adaptation d’une nouvelle de Stephen King (DiffĂ©rentes Saisons) pour retracer l’itinĂ©raire sulfureux d’un adolescent fascinĂ© par le Mal tapi chez un ancien criminel de guerre. Son Ă©chec commercial et l’accueil critique mitigĂ© tiennent sans doute Ă  l’ambiguĂŻtĂ© d’un scĂ©nario audacieux, au rapport masochiste qui lie les deux antagonistes, et au climat dĂ©lĂ©tère que Singer distille sans vergogne autour de leurs gestes et de leurs silences. Plus encore, en refusant de les juger, il choisit d’explorer leur cheminement vĂ©nĂ©neux, nourri d’arrivisme, de perversitĂ©, de sadisme et de soif de domination. CoincĂ© dans ce terrain instable, le spectateur se sent complice, voyeur, happĂ© par un duel psychologique partagĂ© avec deux monstres Ă©rudits.

Thriller psychologique austère, saturĂ© d’une ambiance fĂ©tide et implacable, Un Élève DouĂ© nous plonge dans l’intimitĂ© d’un ancien criminel nazi, Kurt Dussander, contraint de collaborer avec un jeune voisin qui l’oblige Ă  rĂ©vĂ©ler les dĂ©tails de ses exactions meurtrières. FascinĂ© par la mort, Todd, brillant Ă©tudiant, parvient Ă  dĂ©busquer le masque de ce monstre authentique. Il dĂ©cide alors de le faire chanter, avide de sonder jusqu’au vertige l’idĂ©ologie du meurtre et de la cruautĂ©.

DominĂ© par les prestations souveraines de l’illustre Ian McKellen et du jeune Brad Renfro - glaçant de naturel impassible -, Un Élève DouĂ© met Ă  nu l’influence corruptrice du Mal. La relation que tisse Todd avec son ascendant le dĂ©shumanise peu Ă  peu : Ă©chec scolaire, retrait de soi, sentiments atrophiĂ©s. Bâtie sur le chantage, la trahison et la manipulation, leur alliance est avant tout un jeu d’asservissement, une quĂŞte de domination individuelle, et finalement l’aveu voilĂ© d’une culpabilitĂ© partagĂ©e.


NĂ© pour tuer.
HermĂ©tique, aurĂ©olĂ© de soufre, ce duel malsain entre deux gĂ©nĂ©rations provoque un malaise tangible, une perversion qui contamine l’Ă©cran. PortĂ© par l’intensitĂ© du duo McKellen / Renfro, le film nous confronte Ă  la contagion du Mal, au dĂ©sir de soumission et Ă  l’instinct cruel gouvernĂ© par la mĂ©galomanie. On en sort fangeux, avec la brĂ»lure impĂ©rieuse de se laver sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

05.09.25. 3èx. Vost
26.08.13. 






vendredi 23 août 2013

The Conjuring

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de James Wan. 2013. U.S.A. 1h52. Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor, Ron Livingston, Mackenzie Foy, Shannon Kook-Chun, Joey King, Hayley McFarland.

Sortie salles France: 21 AoĂ»t 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIEJames Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


"Possession Ă  l’ancienne, peur Ă  vif".
Trois ans après l’Ă©patant Insidious, dĂ©clinaison Ă  peine voilĂ©e de Poltergeist, James Wan renoue avec l’Ă©pouvante acadĂ©mique des esprits frappeurs et de la possession, en rendant hommage cette fois-ci Ă  Amityville et L’Exorciste — foi catholique Ă  l’appui, en bonne et due forme. PrĂ©cĂ©dĂ© d’une rĂ©putation flatteuse avant mĂŞme sa sortie, The Conjuring s’Ă©rige sur un fait divers supposĂ©, rapportĂ© par les cĂ©lèbres enquĂŞteurs du surnaturel, Ed et Lorraine Warren. Ce couple de chasseurs de fantĂ´mes est cette fois appelĂ© Ă  la rescousse d’une famille en dĂ©tresse : les Perron, emmĂ©nagĂ©s dans une demeure poussiĂ©reuse rongĂ©e par une entitĂ© diabolique.

Ce pitch archĂ©typal, dĂ©clinaison directe du thème de la hantise, emprunte aux classiques du genre comme aux DTV les plus rances. Et pourtant. James Wan, passionnĂ© jusqu’au bout des ongles par les films de possession et de maisons maudites, s’Ă©vertue, avec intĂ©gritĂ© et ferveur, Ă  ressusciter la trouille sur grand Ă©cran. Ă€ l’instar du trĂ©pidant train fantĂ´me qu’Ă©tait Insidious, il ne recule pas devant l’usage de ficelles usĂ©es, mais les affine, les tend, les affĂ»te, jusqu’Ă  en faire des pièges redoutables.

ConcoctĂ©e Ă  partir d’une vieille formule — mĂŞme l’Ă©poque se cale sur les seventies ! — cette nouvelle mouture fonctionne Ă  tel point que l’on croit dur comme fer que la maison des Perron est infestĂ©e par le Diable lui-mĂŞme. La peur du noir, une porte qui grince ou claque, un saut dans le vide, trois claps de mains, un placard mesquin, des volatiles suicidaires, une poupĂ©e sardonique, une cave mortuaire… et surtout, surtout, une entitĂ© malĂ©fique dont on redoute la moindre rĂ©surgence. Et ça marche. Ă€ la perfection.

Pour asseoir son rĂ©cit surnaturel, James Wan prend d’abord le temps d’humaniser ses protagonistes : il peaufine la vie conjugale des Perron, mais aussi celle des Warren. Il cultive une empathie viscĂ©rale pour cette famille harcelĂ©e par l’invisible, et creuse en parallèle les liens affectifs qui unissent le couple d’exorcistes. La sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, empreints d’une fragilitĂ© contenue, confère Ă  l’ensemble une humanitĂ© touchante — les enfants, notamment, sont admirables de justesse dans leur peur nue. Ă€ tel point qu’on en vient, au fil du rĂ©cit, Ă  Ă©prouver une Ă©motion poignante Ă  l’idĂ©e de leur destin vacillant.

La crĂ©dibilitĂ© des personnages se double d’un volet quasi documentaire autour du couple Warren : James Wan crĂ©dibilise leur fonction avec force dĂ©tails, mĂŞlant images d’archives et foi catholique fervente. Leur manière de dissocier le vrai du faux, leur solidaritĂ© mutuelle face aux forces du Mal, leur connaissance des domaines occultes… tout cela renforce l’Ă©paisseur de leur rĂ´le. Jusqu’Ă  cette pièce secrète, oĂą s’entassent les objets maudits rĂ©coltĂ©s au fil des exorcismes — reliques du cauchemar ordinaire.

Si la première heure, parfois terrifiante, distille avec brio la suggestion d’une angoisse tapie dans l’ombre, la seconde bascule dans une intensitĂ© sensorielle presque insoutenable. La peur prend chair, se densifie, s’Ă©panche dans un crescendo de visions d’effroi culminant lors d’un exorcisme fiĂ©vreux et dĂ©sespĂ©rĂ©.


"Panique sacrée".
Grâce Ă  cette densitĂ© dramatique, James Wan signe avec The Conjuring un film d’Ă©pouvante d’une redoutable efficacitĂ©. Rigoureux, affolant, et d’une maĂ®trise technique Ă©clatante (plan-sĂ©quence d’ouverture, travellings aĂ©riens, cadrages alambiquĂ©s), il exploite Ă  merveille les recoins tĂ©nĂ©breux d’une bâtisse gothique, tout en convoquant de vĂ©ritables poussĂ©es d’angoisse — brutales, irrationnelles, jamais racoleuses. Car ici, on ne sait jamais d’oĂą viendra l’attaque. Ni qui sera la prochaine proie.

Pensé comme un train fantôme en guise de déclaration d'amour au film de possession et de demeures hantées, The Conjuring ne se repose jamais sur une vacuité mercantile. Il tient ses promesses. Et provoque une peur panique comme le cinéma horrifique nous en offre trop rarement. Un électrochoc spectral, orchestré avec foi et frisson.

*Bruno

La Chronique de The Conjuring 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/conjuring-2-le-cas-endfield…

02.06.25. 3èx. 4K Vost
24.08.13 (232)
20.06.16



                                       

Dead Silence

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site screen-play.fr

de James Wan. 2007. U.S.A. 1h31. Avec Ryan Kwanten, Amber Valleta, Donnie Wahlberg, Michael Fairman, Joan Heney, Bob Gunton, Laura Regan.

Sortie salles France: 21 Novembre 2007. U.S: 16 Mars 2007

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


Au 6è siècle avant J.-C., on croyait que les esprits des morts parlaient du ventre des vivants. 
Des mots latins VENTER: "ventre" et LOQUI: "parler" vient le mot VENTRILOQUE (ventriloquist)

"Dead Silence : la langue des morts".
Trois ans après le cultissime Saw, James Wan poursuit son sillon horrifique et rend hommage, cette fois, au conte d’Ă©pouvante avec Dead Silence. Un titre on ne peut plus juste : ici, pour survivre, il ne faut surtout pas crier… mais garder le silence.

Synopsis: Un couple reçoit un colis anonyme contenant une poupĂ©e ventriloque. Peu après, la femme est retrouvĂ©e morte, la langue arrachĂ©e. Jamie Nash, son Ă©poux, entame alors sa propre enquĂŞte, laquelle le ramène dans sa ville natale, lĂ  oĂą plane encore l’ombre de Mary Shaw, spectre vengeur qui terrorise les vivants.

Le premier Ă©loge Ă  faire au nouveau prodige de l’horreur, c’est l’Ă©clat esthĂ©tique de sa scĂ©nographie gothique, d’un raffinement classieux. PortĂ© par une photo dĂ©saturĂ©e tranchant avec un rouge rutilant, Dead Silence Ă©blouit : James Wan cisèle ses cadres avec une ambition picturale rare. Qu’il s’agisse d’un amphithéâtre flambant neuf ou tombĂ© en ruines, d’un cimetière diaphane, d’une bâtisse aux lignes mortuaires ou d’un village fantĂ´me, tout suinte la beautĂ© glaciale d’un cauchemar ancien.
Cette atmosphère sĂ©culaire d’une Ă©pouvante gothico-onirique captive d’autant plus que le pitch recycle habilement de vieilles ficelles — peur du noir, angoisse du mutisme — pour mieux les rĂ©inventer sous les traits d’une mĂ©gère flĂ©trie flanquĂ©e d’une poupĂ©e sardonique.

Ă€ l’image d’un prologue terrifiant, James Wan orchestre un montage fin, distillant l’apprĂ©hension d’un danger diffus et sculptant le silence avec une prĂ©cision sonore acĂ©rĂ©e. En jouant sur la peur enfantine de la poupĂ©e figĂ©e, il dĂ©clare son amour aux automates hagards, ici possĂ©dĂ©s par l’esprit vengeur de Mary Shaw. Dans un Ă©lan d’originalitĂ©, il revisite la figure du spectre maudit sous les traits d’une sexagĂ©naire hargneuse, dĂ©cidĂ©e Ă  faire taire Ă  jamais les enfants insolents en leur tranchant la langue.

Si Dead Silence parvient efficacement Ă  ressusciter une Ă©pouvante archaĂŻque, on peut peut-ĂŞtre se dĂ©solidariser de son Ă©pilogue, totalement dĂ©risoire. Un rebondissement faisant Ă©cho Ă  l’effet de stupeur dĂ©jĂ  invoquĂ© dans Saw, pour Ă  nouveau dĂ©coiffer le spectateur. Or, cet Ă©pilogue poursuit sa ligne de conduite narrative Ă  manipuler Ă  sa guise l'ultime victime telle un pantin dĂ©sarticulĂ©. 


"Le cri dans la gorge, le silence en héritage".
Efficacement troussĂ© dans une intrigue captivante et parsemĂ© de moments vĂ©ritablement effrayants — son prologue meurtrier, les apparitions de Mary Shaw, la première reprĂ©sentation de Billy devant un public suffoquĂ©, ou encore le final confinĂ© sous une tribune poussiĂ©reuse — Dead Silence joue avec une macabre dĂ©rision et un soin formel redoutable. Il orchestre avec brio le ballet sinistre entre silence oppressant et cri interdit.

*Bruno
09.06.25. 4èx. Vost
23.08.13. 

"Le bois grince, les ventres se taisent" — Dead Silence, James Wan (2007).
Il y a dans ce film quelque chose d’inhumainement froid. Un vide creusĂ© dans la bouche des morts. Un hurlement qu’on n’a pas entendu, mais dont l’Ă©cho racle encore les murs de nos nerfs.

James Wan, jeune architecte de cauchemars, dĂ©laisse ici les chaĂ®nes et les pièges de Saw pour bâtir un mausolĂ©e gothique, un théâtre du silence oĂą les morts parlent par l’intermĂ©diaire du bois poli et des yeux de verre. Dead Silence n’est pas un film qui crie. C’est un murmure humide. Une comptine que chuchotent les cercueils fermĂ©s.

Au cĹ“ur du rĂ©cit, Mary Shaw, spectre aux lèvres figĂ©es, fait de ses poupĂ©es les prolongements d’un traumatisme irrĂ©solu. Elle ne tue pas. Elle recompose, dĂ©coupe les corps pour mieux en faire des accessoires de théâtre. Elle sculpte les âmes avec la prĂ©cision d’un artisan maudit. Ses marionnettes sont des cercueils miniatures, des orphelins sans fils visibles.

Et Jamie, lui, traverse ce rĂ©cit comme un mort-vivant Ă©garĂ©. Son visage de veuf prĂ©maturĂ© se dĂ©compose Ă  mesure que les secrets remontent, que le passĂ© familial remonte par la trachĂ©e, comme une bile noire. La vĂ©ritĂ©, au fond, c’est que tout le monde est dĂ©jĂ  mort. Les vivants ne sont que des pantins avec un peu d’illusion dans les yeux.

Le théâtre abandonnĂ©, l’Ă©clairage au nĂ©on malade, les chambres vides, tout semble exsangue. La mise en scène respire par spasmes. Chaque plan est une crypte. Chaque coupe, un cercueil qui claque.

Et puis vient la fin. Le dernier retournement. Celui qui serre la gorge et laisse une brĂ»lure dans les amygdales. Le père mort depuis longtemps, manipulĂ© comme un pantin humain… Mary Shaw qui vit encore, parasite silencieux logĂ© dans une nouvelle hĂ´te. Alors Jamie crie. Et c’est ce cri — enfin — qui le condamne.

Dans ce monde-lĂ , ce n’est pas la mort qui tue, c’est le son.

Dead Silence, derrière sa trame de sĂ©rie B assumĂ©e, Ă©voque la transmission du mal comme un virus gĂ©nĂ©alogique, un poison logĂ© dans la langue. C’est un film hantĂ©, pas seulement par des fantĂ´mes, mais par les mots qu’on n’a pas su taire, les cris qu’on a laissĂ©s sortir. Un conte cruel pour adultes endormis.

Ne criez pas.

Elle écoute.


jeudi 22 août 2013

TONNERRE DE FEU (Blue Thunder)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de John Badham. 1983. U.S.A. 1h49. Avec Roy Scheider, Warren Oates, Candy Clark, Daniel Stern, Paul Roebling, David Sheiner, Joe Santos, Malcolm McDowell.

Sortie salles France: 17 Août 1983. U.S: 13 Mai 1983

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton.
1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.

"IL" EST LA...
Pilotant l'arme la plus redoutable jamais conçue...
Le "TONNERRE DE FEU" !
En son pouvoir, une caméra infra rouge voit au travers des murs de votre chambre.
Un micro enregistre toutes vos conversations intimes.
Et un canon électronique, magnum de 20 mm à six barillets, peut transformer votre quartier en un véritable enfer d'apocalypse.
Il vole, LA, juste au dessus de vous !
Et SEUL, un homme peut l'empêcher d'être utilisé contre vous.



RĂ©alisĂ© John Badham, briscard du cinĂ©ma de genre, Tonnerre de Feu fit grand bruit lors de sa sortie en salles en 1983 pour la facture ultra spectaculaire de son action explosive et l'idĂ©e singulière d'un appareil de filature façonnĂ© pour l'espionnage. D'après un scĂ©nario de Dan O'Bannon, le film s'approprie d'un argument d'anticipation afin de mettre en garde les dĂ©rives des technologies modernes et les nouveaux procĂ©dĂ©s de surveillance Ă  distance. En l'occurrence, John Badham imagine la conception rĂ©volutionnaire du Blue Thunder (en français: tonnerre bleue !). Un hĂ©licoptère ultra perfectionnĂ© apte Ă  espionner par camĂ©ra infrarouge Ă  travers les murs, Ă©couter et enregistrer les conversations indiscrètes Ă  l'aide d'un micro, et tirer Ă  canon Ă©lectronique sur n'importe quelle cible. Cette arme ultra moderne Ă©tant principalement conçue pour mieux dĂ©jouer la violence urbaine et le terrorisme de grande ampleur Ă  l'approche des jeux olympiques. Suite Ă  l'agression meurtrière d'une militante contre la dĂ©linquance, Spoil ! l'officier Frank Murphy va dĂ©couvrir que cet assassinat avait Ă©tĂ© prĂ©mĂ©ditĂ© par des dirigeants policiers et magistrats afin de vanter l'efficacitĂ© novatrice du Blue Thunder. Conscient de son utilisation illicite, Frank dĂ©cide de dĂ©rober l'appareil et tente de dĂ©voiler aux mĂ©dias une conspiration politique. Fin du Spoil.


Avec sa mise en scène virtuose dĂ©ployant des sĂ©quences homĂ©riques au souffle Ă©pique, Tonnerre de Feu coiffe au poteau la plupart des films d'action entrepris durant la dĂ©cennie 80. Et il faudra attendre le maĂ®tre Ă©talon du genre, Die Hard de John Mc Tiernan pour retrouver une telle efficacitĂ© narrative et surtout une ampleur visuelle dĂ©coiffante imputĂ©e Ă  sa pyrotechnie. Avec la prĂ©sence attachante de trois gueules burinĂ©es invĂ©tĂ©rĂ©es (Roy Scheider magnĂ©tise l'Ă©cran avec son traditionnel charme viril, Warren Oates lui donne la rĂ©plique avec retenue et Malcolm McDowell excelle Ă  les provoquer dans celui d'un traĂ®tre sarcastique !), John Badham possède un don innĂ© pour Ă©laborer un spectacle attractif Ă  partir d'une rĂ©flexion alarmiste sur la vidĂ©osurveillance. Car il faut bien le dire, l'aspect fascinant de son argument en revient tout autant Ă  la star charismatique du "Blue Thunder", engin aĂ©rien pourvu de gadgets indĂ©cents afin de prĂ´ner l'institution du "big brother". Il faut le voir se faufiler entre les buildings des citĂ©s urbaines pour contrecarrer moult poursuites endiablĂ©es parmi des avions de chasse ! A cet Ă©gard, durant ces 45 ultimes minutes, John Badham nous peaufine assidĂ»ment un spectacle ahurissant de haute voltige Ă  la technicitĂ© fluide (looping Ă  l'appui !). C'est simple, nous sommes vĂ©ritablement immergĂ©s dans la peau d'un pilote d'aĂ©ronef survolant en plein ciel sa trajectoire avec la souplesse d'une action virevoltante (chassĂ©s croisĂ©s avec rivaux qualifiĂ©s pourchassant Murphy Ă  l'aide de missiles orientĂ©s vers des tours d'immeubles !).


D'une efficacitĂ© optimale par sa densitĂ© narrative et sa puissance formelle, Tonnerre de Feu transcende le cinĂ©ma d'action sous l'impulsion d'un appareil de sĂ©curitĂ© anti-terroriste apte Ă  violer notre vie privĂ©e par le truchement de dissidents. Jouissif en diable, il demeure un grand spectacle de virtuositĂ© technique d'un rĂ©alisme rigoureux et Ă  la thĂ©matique visionnaire. 

22.08.13. 3èx
BM

mercredi 21 août 2013

THIRTEEN. Prix de la mise en scène à Sundance. Prix du Jury à Deauville.

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Catherine Hardwicke. 2003. U.S.A. 1h35. Avec Holly Hunter, Evan Rachel Wood, Nikki Reed, Jeremy Sisto, Brady Corbet, Kip Pardue, deborah Kara Unger.

Sortie salles France: 10 Décembre 2003. U.S: 21 Août 2003

FILMOGRAPHIE:  Catherine Hardwicke est une rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et chef dĂ©coratrice amĂ©ricaine, nĂ© en 1955 Ă  Cameron (Texas, Etats-Unis).
2003: Thirteen. 2005: Les Seigneurs de Dogtown. 2006: La Nativité. 2008: Twilight, chapitre 1. 2011: Le Chaperon Rouge. 2012: Plush.


Pour son premier long-mĂ©trage, la future rĂ©alisatrice du 1er tome de Twilight a entrepris avec Thirteen un vĂ©ritable coup de maĂ®tre en autopsiant l'adolescence en perdition face Ă  une Ă©ducation parentale atone. A cause d'une mauvaise influence, une jeune collĂ©gienne de 13 ans sombre dans la marginalitĂ© et la drogue devant l'impuissance de sa mère. FilmĂ© Ă  l'arrachĂ© dans un souci documentaire, Thirteen est une oeuvre forte d'une fragilitĂ© acerbe pour souligner le malaise existentiel d'une jeune adolescente prise au piège de la mauvaise influence d'une camarade de lycĂ©e. Ensemble, elles dĂ©cident de former un tandem d'allumeuses impertinentes pour draguer les beaux mâles du quartier tout en se livrant Ă  une vie dĂ©linquante en commettant divers larcins dans les boutiques friquĂ©es. Tatouages et piercings imprimĂ©s sur leur corps dans des dĂ©froques aguichantes, ces dernières s'entreprennent de brĂ»ler leur vie sous l'influence du sexe, de la drogue et de l'alcool !


Face au laxisme d'une mère aimante et attendrissante, sa fille Tracy en profite pour dicter sa loi et sa rébellion mais ne peut refréner ses scarifications commises sur son poignet, faute d'un malaise existentiel toujours plus ingérable et du manque affectif d'un paternel inexistant. Dépassée par les évènements, la mère démunie éprouve une impuissance grandissante à tenter de renouer les liens familiaux. Sans misérabilisme ni pathos, Catherine Hardwicke suit la pénible dérive de cette mère et la descente aux enfers de ces deux adolescentes avec un souci de réalisme ardu pour mettre en exergue la responsabilité parentale bannie de sa notion enseignante. Si Thirteen s'avère aussi froid et bouleversant, il le doit notamment au talent de ces comédiennes d'une justesse confondante. Pour incarner une mère instable desservie par un récent divorce, Holly Hunter apporte une gracile dimension humaine pour tenter de raisonner sa fille plongée dans la spirale de l'insouciance. Pétillante d'énergie mais aussi démunie par sa fragilité morale, Evan Rachel Wood insuffle une contrariété latente vibrante de vérité pour retranscrire son désarroi existentiel d'une crise adolescente face à l'influence peu recommandable de son acolyte. Nikki Reed lui partage donc la vedette avec sournoiserie et désinvolture afin de souligner son caractère inconscient d'allumeuse dévergondée.


Moi, Tracy F... 13 ans, droguée et scarifiée
OvationnĂ© et rĂ©compensĂ© dans divers festivals, Thirteen marche sur les traces d'un Larry Clark pour mettre en relief le difficile cap de l'adolescence (en l'occurrence, du point de vue fĂ©minin !), compromis entre la fascination de l'interdit, le dĂ©sir d'Ă©mancipation et l'influence des mauvaises frĂ©quentations. Il en ressort une oeuvre bouleversante faisant office de vĂ©ritable documentaire pour souligner l'introspection douloureuse d'une adolescente en crise existentielle, tout en s'attardant sur la remise en question parentale. 

21.08.13.
2èx

Récompenses: Prix de la mise en scène au Festival de Sundance.
LĂ©opard d’argent au Festival de Locarno, 2003.
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville.
Prix spécial décerné à Evan Rachel Wood pour sa prestation dans le film en 2003 au Bratislava International Film Festival

lundi 19 août 2013

The Woods

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chuckpalahniuk.net

de Lucky McKee. 2006. U.S.A. 1h30. Avec Agnes Bruckner, Patricia Clarkson, Rachel Nichols, Lauren Birkell, Bruce Campbell, Emma Campbell, Marcia Bennett.

Sortie salles Amsterdam: 24 Avril 2006. Canada: 3 octobre 2006

FILMOGRAPHIELucky Mc Kee est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 1er Novembre 1975 Ă  Jenny Lind (Californie). 2002: All Cheerleaders Die (court). May. 2006: Master of Horror (un Ă©pisode). The Woods
2008: Red. Blue Like You. 2011: The Woman.


Ă€ l’Ă©poque, on attendait au tournant le second film de Lucky McKee, rĂ©alisateur du coup de maĂ®tre May, poème noir littĂ©ralement bouleversant. InĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, The Woods renoue avec la tradition d’un fantastique vintage assumĂ©, privilĂ©giant une atmosphère d’Ă©trangetĂ© pleinement tangible, sous la mainmise d’une Ă©tude caractĂ©rielle d’antagonistes particulièrement hostiles.

Le pitch : en 1965, sous l’autoritĂ© de parents autoritaires, une jeune fille est envoyĂ©e dans un pensionnat isolĂ©. Très vite, d’Ă©tranges disparitions frappent certaines pensionnaires, tandis que la forĂŞt avoisinante semble habitĂ©e par une prĂ©sence malĂ©fique.

Joliment photographiĂ© dans un monochrome soignĂ© et superbement Ă©clairĂ©, McKee façonne un conte horrifique teintĂ© d’influences Ă©videntes : Carrie (humiliation, harcèlement, pouvoirs surnaturels, perte de l’innocence) et Suspiria (hiĂ©rarchie castratrice de sorcières, Ă©tablissement fĂ©minin anxiogène, cheminement tortueux de l’hĂ©roĂŻne chrysalide, lait empoisonnĂ©). Autant de rĂ©miniscences intĂ©grĂ©es toutefois Ă  une ambition plus personnelle, centrĂ©e sur la thĂ©matique du sortilège.


L’aspect fascinant et onirique Ă©mane de l’esthĂ©tique tĂ©nĂ©breuse d’une forĂŞt hostile et d’un internat gouvernĂ© par l’autoritĂ© perfide d’institutrices inquiĂ©tantes. Sur ce point, le rĂ©alisateur choisit avec justesse trois comĂ©diennes au charisme redoutable : des sexagĂ©naires longilignes, drapĂ©es d’une Ă©lĂ©gance hautaine, vouĂ©es au sacrifice de jeunes internes au nom d’une divinitĂ© vĂ©gĂ©tale.

PortĂ© par la prestance renfrognĂ©e d’Agnes Bruckner, The Woods dĂ©crit le cheminement indĂ©cis de son hĂ©roĂŻne entre l’amitiĂ© d’une souffre-douleur, la tyrannie d’une Ă©lève Ă©gotiste et la soumission imposĂ©e par des enseignantes impĂ©tueuses. DotĂ©e d’un don extralucide rĂ©vĂ©lĂ© par ses songes et de pouvoirs inexpliquĂ©s - jusqu’Ă  la lĂ©vitation d’objets - la jeune pensionnaire semble peu Ă  peu se compromettre dans les rites diaboliques d’une communautĂ© obscure.

Si le film se rĂ©vèle tour Ă  tour inquiĂ©tant, palpable, fascinant et envoĂ»tant dans son approche psychologique, et s’il sait instaurer une rĂ©elle intensitĂ© dramatique, son final bâclĂ© et expĂ©ditif, manifestement imposĂ© par les producteurs, l’empĂŞche hĂ©las d’accĂ©der au statut de rĂ©fĂ©rence. Pour autant, reste une conclusion horrifique voilĂ©e et spectaculaire, loin d’ĂŞtre dĂ©shonorante ou nĂ©gligeable, surtout Ă  la revoyure.


Ainsi, si The Woods aurait gagnĂ© Ă  davantage de subtilitĂ© et de cohĂ©rence dans son point d’orgue, il demeure profondĂ©ment captivant grâce Ă  son intrigue Ă  suspense, nourrie par la photogĂ©nie d’une forĂŞt belliqueuse et de sorcières invocatrices. L’attrait visuel de cet univers crĂ©pusculaire, la prestation convaincante d’Agnes Bruckner et l’utilisation judicieuse d’une partition chorale entĂŞtante Ă©lèvent l’Ĺ“uvre bien au-dessus de la mĂŞlĂ©e des DTV de consommation courante. Hautement recommandable, donc, tant Lucky McKee continue d’y dĂ©clarer sa flamme au genre, malgrĂ© les entraves de producteurs margoulins, manifestement Ă©trangers au fantastique le plus noble et ensorcelant.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

27.12.25. 3èx
19.08.13. 2èx


mercredi 14 août 2013

La Promise / The Bride

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flickfacts.com

de Franc Roddam. 1985. Angleterre. 1h58. Avec Sting, Jennifer Beals, Anthony Higgins, Clancy Brown, David Rappaport, Geraldine Page, Cary Elwes.

Sortie salles France: 4 Septembre 1985. U.S: 16 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Franc Roddam est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 29 Avril 1946.1977: Dummy (télé-film). 1979: Quadrophenia. 1983: La Loi des Seigneurs. 1985: La Promise. 1988: War Party. 1991: K2, l'ultime défi.


"Un attachant conte romantique injustement oublié, pour ne pas dire parfois méprisé. Et c'est bien dommage tant la déclinaison demeure rigoureusement sincère et sensuelle."
DĂ©clinaison de la FiancĂ©e de Frankenstein, la Promise est un joli conte romantique hĂ©las restĂ© dans l'oubli depuis sa sortie au milieu des annĂ©es 80. Avec, en tĂŞtes d'affiche, le chanteur Sting et la dĂ©butante Jennifer Beals (rĂ©vĂ©lĂ©e 2 ans au prĂ©alable dans Flashdance), il y avait de quoi rester dubitatif Ă  l'annonce de cette rĂ©actualisation d'un des plus cĂ©lèbres mythes de l'Ă©pouvante. Et pourtant, avec une certaine ambition esthĂ©tique et une volontĂ© narrative de se dĂ©marquer du roman de Mary Shelley, le britannique  Franc Roddam rĂ©alise un divertissement particulièrement attachant autour de ces protagonistes molestĂ©s, vĂ©ritables moteurs du rĂ©cit. Le PitchAlors que le baron Frankenstein vient de crĂ©er une compagne pour sa crĂ©ature, une violente altercation s'ensuit entre les deux hommes suite Ă  une trahison. Durant cette confrontation, un incendie se propage au sein du laboratoire permettant Ă  la crĂ©ature de s'Ă©chapper dans la nature. Sur son chemin bucolique, il sympathise avec un nain avec qui il dĂ©cide de collaborer pour pouvoir travailler dans un cirque. Pendant ce temps, la promise dĂ©couvre les joies de l'existence en s'Ă©duquant auprès des enseignements du docteur. Mais un jeune dom Juan commence Ă  s'intĂ©resser Ă  cette jolie inconnue venue de nulle part. Photo Ă©clatante, costumes Ă©lĂ©gants, dĂ©cors d'architecture grandioses rĂ©gis autour d'une magnifique nature verdoyante du Sud de la France, La Promise s'alloue d'un soin formel pour nous sĂ©duire avec cette nouvelle confrontation entre un Baron condescendant et ses deux crĂ©atures modèles. Dans un premier temps, le rĂ©alisateur s'attache Ă  nous dĂ©crire le cheminement indĂ©cis du monstre rapidement Ă©paulĂ© d'un nain affable avec qui il amorcera une complicitĂ© amicale. Toutes les sĂ©quences oĂą nos deux compagnons sont solidaires de leur commune confiance sont soigneusement illustrĂ©es avec un sens pittoresque et chaleureux (le feu de camp autour du poulet grillĂ©, la beuverie dans l'auberge, les reprĂ©sentations du numĂ©ro de trapèze) mais aussi dramatique pour leurs mĂ©saventures Ă  venir (leur sĂ©paration prĂ©visible s'avĂ©rant poignante) avec un patron de cirque sans scrupule. 


Bien qu'en parallèle, d'une sĂ©quence Ă  l'autre, nous suivons Ă©galement l'apprentissage d'Eve, la nouvelle crĂ©ature entretenue par un Frankenstein enseignant, adepte d'une Ă©ducation inscrite dans l'indĂ©pendance fĂ©ministe. Une idĂ©ologie contradictoire si bien que le rĂ©alisateur nous caractĂ©rise ensuite un baron autoritaire particulièrement jaloux et terriblement possessif depuis qu'un don Juan eut dĂ©cidĂ© de courtiser sa jeune promise. A travers ce rĂ´le antagoniste, Sting s'emploie avec cynisme Ă  exprimer le plus naturellement ses sentiments orgueilleux dans une silhouette angĂ©lique hautaine (visage pastel et chevelure dorĂ©e). Peut-ĂŞtre le plus grand rĂ´le de sa carrière. En crĂ©ature soumise mais toujours plus frondeuse, Jennifer Beals s'approprie son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ© d'une sensualitĂ© immaculĂ©e en abordant un jeu contestataire pour  y dĂ©fendre son autonomie existentielle impartie au fĂ©minisme. Enfin, le robuste Clancy Brown se camoufle sous l'apparence du monstre avec un maquillage modĂ©rĂ© afin d'y reprĂ©senter sa physionomie discrètement difforme. La encore, on se laisse facilement convaincre par ses expressions dociles mises en valeur par un jeu de mime jamais ridicule. Il faut le souligner. Par consĂ©quent, autour de ce trio infortunĂ©, Franc Roddam parvient Ă  nous brode un conte fantastique oĂą la romance occupe une place de choix (la quĂŞte amoureuse et dĂ©sespĂ©rĂ©e de la crĂ©ature pour la promise) mais auquel l'autoritĂ© d'hommes Ă©goĂŻstes, machistes, perfides (le baron dictateur et le sĂ©ducteur usurpateur) vont venir compromettre sa nature virginale. A la rĂ©solution finale, on s'Ă©tonne du happy-end prodiguĂ© par le rĂ©alisateur tout en  approuvant l'audace de son souffle romantique (jamais sirupeux) impartie Ă  deux crĂ©atures candides auquel l'apparence ne dispose plus d'intĂ©rĂŞt.


Soigneusement mis en scène (l'anthologie spectaculaire accordĂ©e au prĂ©lude), formellement poĂ©tique (la festivitĂ© du bal de confettis confine au sublime, aussi concise soit-elle) et largement privilĂ©giĂ© de la prĂ©sence notable de comĂ©diens dirigeant la narration dans une psychologie torturĂ©e, La Promise  demeure indiscutablement sincère et attachant Ă  s'approprier le mythe en affichant les nobles valeurs de l'amour, de l'Ă©ducation et de la tolĂ©rance sur fond d'Ă©mancipation fĂ©minine. A redĂ©couvrir sans prĂ©jugĂ©. 

*Bruno
16.02.23. 4èx
14.08.13. 

mardi 13 août 2013

The last will and Testament of Rosalind Leigh

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solarvip.info

de Rodrigo Gudino. 2012. Canada. 1h24. Avec Aaron Poole, Vanessa Redgrave, Julian Richings, Stephen Eric McIntyre, Mitch Markowitz.

FILMOGRAPHIE: Rodrigo Gudino est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien. 
The last will and Testament of Rosalind Leigh est son premier long-métrage.


Première oeuvre de Rodrigo Gudino directement passĂ©e par la case "DTV", The last will and Testament of Rosalind Leigh risque sĂ©vèrement de diviser le cinĂ©phile averti et d'ennuyer le public lambda par sa lenteur imposĂ©e auprès d'une ambiance latente dĂ©nuĂ©e d'artifices. 

Suite Ă  l'hĂ©ritage de sa mère rĂ©cemment disparue, LĂ©on se retrouve isolĂ© dans sa vaste demeure remplie de sculptures divines. Rapidement, d'Ă©tranges Ă©vènements vont Ă©branler la tranquillitĂ© du nouvel hĂ´te rĂ©futant toute croyance religieuse. 


Sous le concept Ă©culĂ© d'un cas de hantise, ce petit essai indĂ©pendant n'a pas pour ambition de renouer aux traditionnelles apparitions fantomatiques Ă  base d'effets-spĂ©ciaux spectaculaires et/ou de gore explicite. Le rĂ©alisateur prĂ©fĂ©rant se focaliser sur l'aura spirituelle d'une demeure opaque et de nous y balader parmi la prĂ©sence d'un non-croyant. Avec son rythme languissant quasi fastidieux, nombre de spectateurs risquent fort de dĂ©crocher l'expĂ©rience par son absence de surprises Ă©manant d'un scĂ©nario linĂ©aire uniquement inscrit dans la foi religieuse. Sous l'entremise d'un athĂ©e ayant prĂ©alablement abdiquĂ© sa propre mère, le rĂ©cit nous plonge dans une promenade existentielle auquel des esprits ont dĂ©cidĂ© de le narguer afin de tester sa rationalitĂ©. EsthĂ©tiquement soignĂ© dans ses dĂ©cors d'architecture et ses Ă©clairages pastels et assidĂ»ment rĂ©alisĂ©, The last will and Testament of Rosalind Leigh dĂ©gage un charme d'Ă©trangetĂ© oĂą le poids du silence et de la solitude ont une place primordiale. Par intermittence, il faut aussi relever le cĂ´tĂ© horrifique de quelques rares apparitions monstrueuses provoquant une certaine apprĂ©hension dans leur physionomie indiscernable. Je parle bien sĂ»r de la crĂ©ature animale qui hante la forĂŞt oĂą celles qui ont rĂ©ussi Ă  s'engouffrer dans certaines pièces de la demeure.  
NĂ©anmoins, pour apprĂ©cier Ă  sa juste valeur cette oeuvre originale difficilement accessible mais pleine de bonnes intentions, il faut indubitablement s'y prĂ©parer et accepter sa monotonie perpĂ©tuelle pleinement assumĂ©e par un rĂ©alisateur en pleine rĂ©flexion mystique. Y'a t'il une vie après la mort ? l'âme y survit-elle ? Dieu est-il responsable de l'univers et notre entitĂ© corporelle ? 
Avec simplicitĂ© et sensibilitĂ©, The last will and Testament of Rosalind Leigh adopte une dĂ©marche personnelle pour tendre Ă  prouver qu'il suffit de croire Ă  son destin et aimer son prochain pour pouvoir perdurer après le trĂ©pas. 
Après cette expĂ©rience Ă©sotĂ©rique avec les voix d'outre-tombe et notre questionnement sur la foi, le film se clĂ´t sur un rebondissement inopinĂ© chargĂ© d'une mĂ©lancolie incurable. VĂ©ritable moment d'Ă©motion d'une intensitĂ© toute fragile, le poème prend subitement une ampleur tragique pour mettre en exergue la douleur insurmontable de la solitude ATTENTION SPOILER !!! en relation avec une dĂ©mission parentale FIN DU SPOILER. Avec le poids de ce twist soudainement rĂ©vĂ©lĂ©, le spectateur semble perdre pied avec la rĂ©alitĂ© (c'est Ă  dire tout ce qu'il venait d'endurer avec Leon !) et tente de se remĂ©morer son cheminement pour mieux comprendre les tenants et aboutissants du point de vue d'un autre tĂ©moin Ă©loquent. 


Dieu e(s)t la solitude
Languissant et laborieux mais inĂ©vitablement Ă©trange et fantasmatique, The last will and Testament of Rosalind Leigh ne pourra sans doute sĂ©duire que l'amateur de curiositĂ© singulière pour peu qu'il ait Ă©tĂ© averti de son rythme ardu et de son absence de terreur escomptĂ©e. Sa rĂ©flexion spirituelle sur notre foi en l'au-delĂ  et l'importance divine impartie Ă  la reconnaissance de l'amour ne nous laissent pas indiffĂ©rents et nous bouleversent avec l'accablement d'une conclusion funèbre !    

Dédicace au geek canadien indétrônable, Steven Lefrançois !
13.08.13
Bruno Matéï