vendredi 18 octobre 2013

Le Village des Damnés / Village of the Damned

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de John Carpenter. 1995. U.S.A. 1h39. Avec Christopher Reeve, Kirstie Alley, Linda Kozlowski, Michael Paré, Meredith Salenger, Mark Hamil.

Sortie salles France: 16 Août 1995. U.S: 28 Avril 1995

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis).
1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


Si tout le monde (ou presque) s'accorde Ă  dire que Le Village des DamnĂ©s fait parti d'un des mĂ©trages les moins renommĂ©s de la carrière de John Carpenter, il serait toutefois temps de réévaluer cette petite pĂ©pite d'angoisse parano, remake intelligemment rĂ©actualisĂ© en couleurs d'un scope Ă©clatant. AdaptĂ© du cĂ©lèbre roman de John Wyndham (The Midwich Cuckoos) et dĂ©jĂ  portĂ© Ă  l'Ă©cran par Wolf Rilla en 1960, le Village des DamnĂ©es doit sa rĂ©ussite Ă  son traitement original d'une menace surnaturelle envers l'apparence anodine de chĂ©rubins blonds. Avec une certaine Ă©motion, c'est Ă©galement l'occasion de retrouver dans un dernier rĂ´le valide le grand Christopher Lee, parfaitement Ă  l'aise dans celui d'un mĂ©decin flegmatique au destin valeureux. Le PitchDans la petite ville de Midwich, plusieurs habitants s'Ă©vanouissent Ă  un endroit prĂ©cis de la rĂ©gion après qu'un nuage invisible vogua au dessus de leur banlieue. RĂ©veillĂ©s quelques heures plus tard, plusieurs femmes se retrouvent inexplicablement enceintes afin d'enfanter des rejetons aux pouvoirs surnaturels !


Avec sa rĂ©alisation consciencieuse peaufinant l'espace du cadre au sein d'un esthĂ©tisme flamboyant, John Carpenter possède le don innĂ© de nous plonger dans des contes cauchemardesques oĂą l'aura trouble s'insinue naturellement en nous. L'art de narrer un sujet original oĂą de petits blondinets possèdent la facultĂ© de lire et contrĂ´ler nos pensĂ©es par un simple regard tĂ©lĂ©pathique et dont le but Ă©gotiste et d'y rĂ©gir notre monde. RĂ©flexion spirituelle sur l'indĂ©pendance de l'âme, l'impulsion de l'amour et notre sens humaniste nĂ©cessaire Ă  la clef de survie, le Village des DamnĂ©es contraste ces thèmes parmi l'immoralitĂ© d'une colonie d'enfants impassibles, mĂ©taphore sur la fascisme. Des marmots dĂ©lĂ©tères Ă  la conscience collective incontrĂ´lable, dĂ©nuĂ©s de compassion et de sentiments pour pouvoir s'adapter avec la race humaine. Ainsi, dans une Ă©thique d'asservissement et de dictature, leur dĂ©ontologie est donc essentiellement vouĂ©e Ă  se reproduire biologiquement afin d'accĂ©der Ă  la suprĂ©matie. A travers ce rĂ©cit fantastique aussi envoĂ»tant (les enfants possèdent un magnĂ©tisme psychologique rĂ©ellement inquiĂ©tant avec leurs yeux scintillants), intense et captivant (les enjeux de survie sont toujours plus alarmistes jusqu'au point d'orgue vertigineux), John Carpenter renouvelle le principe du remake avec l'habiletĂ© du conteur studieux.


Pourvu d'une narration privilégiant l'étude de caractère des personnages en oscillant intelligemment avec les scènes chocs horrifiques (le bras plongé dans un bain d'eau bouillante, le cuisinier carbonisé sur son barbecue) ou explosives (la fusillade sanglante perpétrée entre les forces de l'ordre, l'ultime confrontation psychologique entre le docteur et les enfants), Le Village des Damnés est un efficace jeu d'angoisse en acmé, métaphore sur la soumission et le totalitarisme. Un cauchemar d'autant plus inquiétant, trouble, anxiogène qu'il est transcendé du charisme surnaturel de ces charmantes têtes blondes et d'une partition envoûtante si chère à Carpenter

*Bruno
18.10.13. 3
11.09.24. 4èx.Vostfr


jeudi 17 octobre 2013

La Malédiction Finale / The Final Conflict

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blushots.weebly.com

de Graham Baker. 1981. U.S.A. 1h48. Avec Sam Neill, Rossano Brazzi, Don Gordon, Lisa Harrow, Barnaby Holm, Mason Adams.

Sorties salles France: 7 Octobre 1981

FILMOGRAPHIE: Graham Baker est un réalisateur, producteur et scénariste américain.
1981: La Malédiction Finale. 1984: Impulse. 1988: Futur Immédiat, Los Angeles 1991. 1990: The Recruit. 1991: Ni dieu ni maître (Born to Ride). 1999: Beowulf


"Regarde le Lion de Juda ! Le messie qui est venue d'abord enfant et ne revient pas enfant, mais en Roi des Rois, pour régner dans la gloire à jamais !"

Dernier volet d’une trilogie Ă  succès (en Ă©pargnant le calamiteux tĂ©lĂ©film des annĂ©es 90), La MalĂ©diction Finale scelle l’achèvement de l’AntĂ©christ, dĂ©sormais mĂ» par des motivations politiques.
Car Ă  prĂ©sent âgĂ© de 32 ans, Damien Thorn vient d’ĂŞtre nommĂ© ambassadeur en Grande-Bretagne, après s’ĂŞtre dĂ©barrassĂ© de son prĂ©dĂ©cesseur. Tandis que la renaissance du NazarĂ©en approche, il met tout en Ĺ“uvre pour l’Ă©radiquer, aidĂ© de ses fidèles disciples.

CinĂ©aste discret, mais auteur de deux sĂ©ries B fort honorables (Impulse, Futur ImmĂ©diat), Graham Baker contourne l’horreur cinglante du second opus pour retrouver la sobriĂ©tĂ© psychologique du chef-d’Ĺ“uvre de Donner, avec un esthĂ©tisme gothique plus affirmĂ© - ruines monumentales oĂą se rĂ©unissent les moines, final crĂ©pusculaire dans une abbaye fantomatique oĂą Damien s’est retranchĂ©.
RenforcĂ© par l’interprĂ©tation inquiĂ©tante de Sam Neill, tout en magnĂ©tisme contenu, La MalĂ©diction Finale se montre plus ambitieux que son prĂ©dĂ©cesseur, prĂ©fĂ©rant explorer les stratĂ©gies politiques de Damien pour accĂ©der Ă  son omnipotence.

Exit donc le rythme effrĂ©nĂ© d’une horreur spectaculaire : place Ă  un thriller politico-spirituel, traversĂ© par le combat Ă©ternel du Mal contre le Bien.
C’est un Damien au sommet de sa puissance, mais hantĂ©, que nous dĂ©voile Baker, sa crainte de la rĂ©surrection du Christ devenant plus viscĂ©rale Ă  l’approche d’une date prophĂ©tique : le 24 mars, entre minuit et six heures.
En parallèle, une confrĂ©rie de sept moines, guidĂ©e par les Écritures et les signes astraux, s’apprĂŞte Ă  dĂ©jouer ses plans, tentant de l’Ă©liminer Ă  l’aide des fameuses dagues sacrĂ©es.

Et si la mise en scène, constamment efficace, accuse parfois quelques facilitĂ©s (la rapiditĂ© avec laquelle la maĂ®tresse de Damien dĂ©cèle le chiffre 666 sous sa chevelure, ou un affrontement final peut-ĂŞtre trop vite expĂ©diĂ©), la tension alarmiste et la densitĂ© des enjeux tiennent le spectateur en haleine jusqu’Ă  la chute inĂ©luctable du Fils du Diable.

L’horreur graphique s’efface au profit d’une dimension mystique, mais certaines morts restent redoutablement percutantes : le suicide mĂ©canique du premier ambassadeur, une balle dans la bouche dĂ©clenchĂ©e par un ingĂ©nieux dispositif ; le chrĂ©tien foudroyĂ© et brĂ»lĂ© vif sur un plateau tĂ©lĂ©visĂ© ; ou encore cette chasse Ă  courre d’une brutalitĂ© implacable, galvanisĂ©e par le souffle homĂ©rique de la mise en scène.
Ajoutons à cela une dimension tragique, quasi biblique, lors des harangues de Damien à ses fidèles ou face au Christ de pierre, dans un monologue aussi intime que glaçant.

"Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,
car le monde ancien a disparu."
Apocalypse 21:4

Avec son format scope classieux, La MalĂ©diction Finale s’impose comme une conclusion digne, subtilement distincte de ses aĂ®nĂ©es. Un scĂ©nario solide, une mise en scène Ă©lĂ©gante, l’aura troublante de Sam Neill, la puissance grĂ©gorienne de Jerry Goldsmith
Autant d’Ă©lĂ©ments qui parachèvent cette passionnante trilogie vers une Ă©piphanie finale aussi tĂ©mĂ©raire que mystique.

Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir

La critique de La Malédictionhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html
La critique de Damien: La Malédiction 2http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/damien-la-malediction-2-damien-omen-2.html

28.04.25. 5èx. Vost
26.11.24. 
17.10.13. 

mercredi 16 octobre 2013

Damien: La Malédiction 2 / Damien: Omen II

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site esplatter.com
 
de Don Taylor. 1977. U.S.A. 1h46. Avec William Holden, Lee Grant, Jonathan Scott-Taylor, Robert Foxworth, Nicholas Pryor, Lew Ayres, Sylvia Sidney.

Sortie salles France: 16 Août 1978. U.S: 9 Juin 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Taylor est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 13 Décembre 1920 à Freeport, Pennsylvanie (Etats-Unis), décédé le 29 Décembre 1998 à Los Angeles (Californie). 1969: 5 hommes armés. 1971: Les Evadés de la Planète des Singes. 1973: Tom Sawyer. 1977: L'île du Docteur Moreau. 1978: Damien: la malédiction 2. 1980: Nimitz, retour vers l'enfer.


"Ces hommes-lĂ  sont de faux apĂ´tres, des ouvriers trompeurs, dĂ©guisĂ©s en apĂ´tres du Christ". 

Second opus d’une trilogie passionnelle consacrĂ©e Ă  l’avènement de l’AntĂ©christ sur Terre, Damien : La MalĂ©diction 2 poursuit son chemin de croix apocalyptique Ă  travers l’Ă©veil d’un adolescent en quĂŞte d’identitĂ©. Richard Donner n’Ă©tant plus aux commandes, la rĂ©alisation Ă©choit Ă  Don Taylor, artisan habile de la sĂ©rie B fantastique (Les ÉvadĂ©s de la planète des singes, L’ĂŽle du Dr Moreau, Nimitz). Quant Ă  William Holden, qui avait dĂ©clinĂ© le rĂ´le de père adoptif dans le premier volet pour cause de rĂ©ticence envers le satanisme, il revient cette fois-ci, convoquĂ© par le triomphe planĂ©taire du chef-d’Ĺ“uvre initial, pour incarner le frère de Robert Thorn.

Certaines scènes sont signĂ©es par le scĂ©nariste Mike Hodges (le dĂ®ner avec la tante, la visite de l’usine, l’enseignement militaire), mais des dĂ©saccords avec la production le poussent Ă  quitter le projet. C’est donc Ă  Don Taylor que revient l’honneur d’achever cette entreprise infernale.

Le pitch : aujourd’hui âgĂ© de 12 ans, Damien Thorn est recueilli par son oncle Richard et son Ă©pouse, suite aux tragiques Ă©vĂ©nements ayant emportĂ© ses parents adoptifs. Inscrit dans une Ă©cole militaire, le jeune garçon s’initie peu Ă  peu Ă  sa vĂ©ritable nature, guidĂ© par les murmures de ses disciples, tandis que de mystĂ©rieux accidents meurtriers sèment l’effroi au sein de son nouveau foyer.

Deux ans après La MalĂ©diction, cette suite, lancĂ©e dans la foulĂ©e, ne retrouve pas l’intensitĂ© tragique de son prĂ©dĂ©cesseur, mais elle s’impose comme une Ĺ“uvre rigoureuse, axĂ©e sur un florilège de morts violentes orchestrĂ©es par les forces du Mal - parfois incarnĂ©es par la figure Ă©nigmatique d’un corbeau noir magnĂ©tique.

Don Taylor mise sur l’efficacitĂ© brute, privilĂ©giant des sĂ©quences choc, vertigineuses dans leur cruautĂ© sèche : l’agression d’une femme par des corbeaux sur une route bucolique, la noyade sous la glace d’un vieil homme aspirĂ© par les courants, ou encore le dĂ©membrement d’un mĂ©decin dans la cage d’un ascenseur pris de folie mĂ©canique. Autour de ces morts plus explicites que dans le premier volet, le film s’attache Ă  la montĂ©e en puissance du jeune Damien, dĂ©sormais Ă©lève modèle dans un Ă©tablissement martial, siège de sa mĂ©tamorphose.

Si le rĂ©cit s’avère un peu moins dense, il reste captivant, soutenu par une mise en scène nerveuse et stylisĂ©e : l’attaque des corbeaux sur cette femme au manteau rouge flamboyant, ou la sĂ©quence du lac gelĂ©, vĂ©ritable coup de froid claustrophobe gravĂ© dans la rĂ©tine. Le couple William Holden / Lee Grant, bien que moins imposant que Gregory Peck et Lee Remick, apporte une prestance suffisante pour ancrer la narration, surtout grâce Ă  la stature rassurante de Holden.

Mais c’est Jonathan Scott Taylor, au regard impassible et troublant, qui irradie. Son interprĂ©tation glacĂ©e insuffle Ă  Damien une aura ensorcelante, sur le fil entre innocence perdue et dĂ©termination malĂ©fique. Adolescent surdouĂ© - comme en tĂ©moigne ce duel oral fulgurant avec son professeur d’histoire - il bascule progressivement dans l’ombre, conscient de sa destinĂ©e. Et si, parfois, une hĂ©sitation, un remords, viennent fissurer la carapace, la perte de valeur humaine est dĂ©jĂ  amorcĂ©e.

 
Son pouvoir infini est sa solitude. Sa splendeur, la fatalitĂ© qui l’Ă©treint.
"Le jour viendra, Damien, oĂą le monde saura qui tu es..."
Soutenue par la partition enragĂ©e de Jerry Goldsmith (dans une version plus moderne mais tout aussi saisissante), Damien : La MalĂ©diction 2 joue brillamment la carte du divertissement intelligent. Suspense horrifique, action brutale, tension spirituelle : tout s’harmonise dans un crescendo de damnation. L’empreinte de Damien, adolescent maudit en pleine mutation, demeure fascinante. Son regard transperce, ses choix dĂ©rangent, et son chemin, jalonnĂ© de sang et de renoncements, continue de hanter la mĂ©moire du spectateur. Notamment dans ces sĂ©quences marquantes : sa joute pĂ©dagogique, son sacrifice final, ou l’Ă©clair de luciditĂ© qui scelle son abandon Ă  la noirceur.
Une excellente sĂ©quelle, maĂ®trisĂ©e et fiĂ©vreuse, dont la mise en scène resserrĂ©e capte chaque battement de cĹ“ur… ou d’horreur.

Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir

La chronique de La Malédiction http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html
La chronique de La Malédiction Finalehttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction-finale-final-conflict.html

16.10.13.
08.10.20. 4èx


mardi 15 octobre 2013

La Malédiction / The Omen

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ablogofhorror.com

de Richard Donner. 1976. U.S.A/Angleterre. 1h51. Avec Gregory Peck, Lee Remick, Harvey Stephens, David Warner, Billie Whitelaw, Patrick Troughton.

Sortie salles France: 17 Novembre 1976. U.S: 25 Juin 1976

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


"Il faut de la finesse. Que l'homme doué d'esprit calcule le chiffre de la Bête: c'est un chiffre d'homme: son chiffre est 666"
Livre de l'Apocalypse, Chapitre 13, verset 18.

"Damien, l’Ange aux Griffes Noires".
Trois ans après le traumatisme L'Exorciste de Friedkin, et pour mieux surfer sur la vague mercantile du satanisme, Richard Donner puise dans les versets bibliques pour La MalĂ©diction, espĂ©rant ainsi gagner en authenticitĂ©. ÉpaulĂ© par des stars aussi prestigieuses que Lee Remick, David Warner et surtout le vĂ©tĂ©ran Gregory Peck – admirable de robustesse dans un rĂ´le pourtant inadaptĂ© – cette variation grand public sur le thème dĂ©moniaque tente de nous persuader que l’AntĂ©christ s’apprĂŞte Ă  accomplir sa sinistre prophĂ©tie, dissimulĂ© sous les traits d’un charmant bambin. Pour masquer la mort de son fils et sans en rĂ©vĂ©ler la supercherie Ă  son Ă©pouse, l’ambassadeur Robert Thorn adopte un nourrisson sur les conseils ambigus d’un prĂŞtre. Très vite, l’enfant prĂ©sente un comportement troublant, tandis qu’une sĂ©rie d’incidents meurtriers vient dĂ©cimer l’entourage familial.

« La marque du chef-d’Ĺ“uvre, c’est que mĂŞme lorsqu’on en connaĂ®t l’issue, le plaisir du revoir reste intact ! » Classique notoire, La MalĂ©diction ne dĂ©roge pas Ă  cette règle d’or, gravant dans le marbre un rĂ©cit diabolique Ă©rigĂ© sous le sceau de l’Évangile. Avec un savoir-faire virtuose, Donner orchestre pour son quatrième long-mĂ©trage un film d’horreur ludique, d’une efficacitĂ© redoutable, alignant les scènes chocs spectaculaires sur une ossature narrative solidement charpentĂ©e.

Car au-delĂ  de la brutalitĂ© impressionnante des morts (la pendaison de la gouvernante, l’empalement du prĂŞtre, la dĂ©capitation nette du photographe, la chute de Mme Thorn du balcon puis sa dĂ©fenestration en hĂ´pital) et des incidents incongrus (l’agression des babouins au zoo, l’hystĂ©rie de Damien face Ă  l’oratoire), c’est la dĂ©tresse humaine du couple en perdition qui retient l’attention. Donner nous accable en exposant leur impuissance face Ă  une vĂ©ritĂ© insoutenable. L’horreur ici se love sous l’apparence la plus anodine : celle d’un enfant de cinq ans. Son nom : Damien Thorn. Ou, pour ĂŞtre plus tranchĂ© : le fils du diable.

L’empathie dĂ©sespĂ©rĂ©e qu’inspire cette gueule d’ange sournoise provoque un malaise croissant, une confusion inquiète Ă  mesure que les Ă©vĂ©nements s’assombrissent. Autour d’une enquĂŞte fiĂ©vreuse menĂ©e par un père vacillant, de plus en plus tourmentĂ©, et un photographe retors, les rĂ©vĂ©lations s’accumulent, nourrissant une angoisse rampante. Jusqu’au point d’orgue, insoutenable : un père, dans une cathĂ©drale, levant un poignard sur la tĂŞte de son propre fils… Dernière image : le visage angĂ©lique du spectre de Satan, vision d’effroi parmi les plus marquantes du genre.


 "Le Diable dans la Chair de l’Enfance".
En maĂ®tre d’Ĺ“uvre d’une horreur moderne, Donner conjugue crescendo de tension, horreur cinglante et enquĂŞte archĂ©ologique, exploitant les peurs de l’inconscient collectif – l’abĂ®me du diable, ses pouvoirs invisibles. Le charisme patibulaire des figures antagonistes (les gouvernantes, le chien-cerbère, le prĂŞtre hallucinĂ©), l’esthĂ©tique sĂ©pulcrale de certains dĂ©cors (le cimetière Ă©trusque aux accents gothiques, la chambre tamisĂ©e de Damien) renforcent l’aura malĂ©fique qui suinte de chaque recoin. Et que dire de l’ombreuse partition de Jerry Goldsmith, aux accents liturgiques infernaux ? Un classique impĂ©rissable, d’une intensitĂ© Ă©motionnelle presque implacable.

* Bruno

RĂ©compense: Oscar de la Meilleure musique en 1977

La critique de Damien: la Malédiction 2 http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/damien-la-malediction-2-damien-omen-2.html
La critique de La Malédiction Finalehttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction-finale-final-conflict.html

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lundi 14 octobre 2013

NORTHWEST (Nordvest). Prix de la Critique, Prix du Jury, Beaune 2013

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site leblogducinema.com

de Michael Noer. 2013. Danemark. 1h31. avec Gustav Dyekjaer Giese, Oscar Dyekjaer Giese, Lene Maria Christensen, Annemieke Bredahl Peppink, Nicholas Westwood Kidd, Roland Moller. 

RĂ©compenses: Prix du Jury, Prix de la Critique au Festival International du film Policier Ă  Beaune, 2013. 

Sortie salles France: 9 Octobre 2013. salles Danemark: 18 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Michael Noer est un réalisateur danois, né le 27 Décembre 1978
2003: En Rem af Huden. 2005: Mimis Sidste Valg. 2006: Hawaii. 2007: Vesterbro. 2008: De Vilde Hjerter. 2010: R. 2013: Nordvest


Après la trilogie Pusher, le Danemark fait Ă  nouveau parler de lui sous l'influence de Michael Noer dont il s'agit ici de son second long-mĂ©trage. Dans un souci d'authenticitĂ© proche du docu-vĂ©ritĂ©, le cinĂ©aste danois nous assène un uppercut avec ce drame d'une dĂ©linquance juvĂ©nile plongeant tĂŞte baissĂ©e dans les racines du Mal. RĂ©compensĂ© Ă  Beaune, Northwest suit le quotidien du jeune Casper, dĂ©linquant spĂ©cialiste du cambriolage et travaillant pour le compte de Jamal. Un jour, il rencontre un malfrat beaucoup plus qualifiĂ© qui dĂ©cide de l'initier Ă  son juteux buziness de came et de proxĂ©nĂ©tisme. C'est avec le soutien de son jeune frere Andy que Casper va gravir les Ă©chelons du grand banditisme, jusqu'au jour oĂą Jamal revient faire surface pour lui demander des comptes. 


D'un rĂ©alisme saisissant d'âpretĂ© et incarnĂ© par des gueules taillĂ©es Ă  la serpe, Northwest joue la carte du reportage avec ce portrait abrupt de deux jeunes marginaux sombrant dans la criminalitĂ©. Si le scĂ©nario n'apporte rien de neuf et se contente de dĂ©crire la descentes aux enfers de frères issus d'un quartier dĂ©favorisĂ© de Copenhague, la mise en scène inspirĂ©e et le jeu tranchĂ© des interprètes renouvellent le genre avec une maĂ®trise fascinante ! En Ă©prouvant une certaine empathie pour ces frères paumĂ©s, soucieux d'entretenir leur famille d'une mère larguĂ©e et dĂ©boussolĂ©e, Northwest retranscrit leurs vicissitudes avec froideur et jusqu'au-boutisme glaçant ! Durant 1h30, le rĂ©alisateur nous plonge dans l'univers dĂ©lĂ©tère de la pègre et des boites techno avec une intensitĂ© Ă©motionnelle toujours plus ardue quand on imagine l'issue irrĂ©versible des frangins. Sans dĂ©sir de choquer (la violence la plus brutale n'est jamais graphique) Michael Orner peaufine leur fraternitĂ© familiale et Ă©tudie leurs rapports conflictuels autour d'un contexte d'Ă©litisme. ATTENTION SPOILER !!! Si l'aĂ®nĂ© accorde pas mal de crĂ©dit Ă  vouloir protĂ©ger l'existence du cadet, l'Ă©lève va se rĂ©soudre Ă  lui tenir tĂŞte dans une volontĂ© rebelle de le surpasser ! Les consĂ©quences dĂ©sastreuses de leur dĂ©mĂŞlĂ© de soumission vont engendrer une vendetta du clan hostile qu'ils vont devoir contrecarrer en dĂ©sespoir de cause ! FIN DU SPOILER


TranscendĂ© par le jeu authentique des comĂ©diens et la mise en scène acerbe de Michael Orner, Northwest bouleverse les codes du drame dĂ©linquant avec un souci de vĂ©ritĂ© peu commun. Il en ressort une tragĂ©die noire oĂą les enjeux humanistes sont sĂ©vèrement mis Ă  mal par un endoctrinement criminel. Un moment de cinĂ©ma hypnotique filmĂ© Ă  l'arrachĂ© afin d'intensifier la dĂ©chĂ©ance juvĂ©nile d'une marginalitĂ© livrĂ©e aux sanglantes luttes de gangs. 

14.10.13
Bruno Matéï


vendredi 11 octobre 2013

DESPUES DE LUCIA. Prix Un Certain Regard, Cannes 2012

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ciudadanonoodles.blogspot.com

de Michel Franco. 2012. Mexique/France. 1h43. Avec Tessa La, Hernan Mendoza, Gonzalo Vega Sisto, Tamara Yazbek Bernal, Paco Rueda, Paloma Cervantes.

Sortie salles France: 3 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE: Michel Franco est un réalisateur, scénariste et producteur mexicain.
2009: Daniel et Ana. 2012: Despues De Lucia. 2013: A Los Ojos (to the eyes).


Récompensé à Cannes du Prix Un certain regard en 2012, Despues de Lucia est un drame éprouvant que le réalisateur mexicain Michel Franco retranscrit avec souci de réalisme et rythme monotone. L'âpre descente aux enfers d'une adolescente, souffre-douleur de ses camarades de classe après que l'un de ses petits amis ait divulgué une vidéo de leurs ébats au sein du lycée. Alors que son père se remet difficilement de la mort accidentelle de sa femme Lucia, ce dernier décide de lui cacher la vérité et emménage dans une nouvelle banlieue à Mexico. C'est dans son nouvel établissement scolaire que la jeune fille va devenir la cible de ses camarades railleurs qui n'hésiteront pas à lui infliger sévices et humiliations, jusqu'aux viols collectifs. Film choc dont on se remet difficilement et qui provoque chez le spectateur un marasme progressif, Despues de Lucia joue la carte de l'hyper réalisme pour dénoncer sans concession le malaise des adolescents quand ils sont victimes de maltraitance scolaire. A travers le calvaire incessant d'Alejandra, Michel Franco nous assène un cri d'alarme et de désespoir face à la responsabilité parentale où le manque de communication peut s'avérer un préjudice lourd de conséquences pour la victime désignée. Le réalisateur aborde ce phénomène sociétal avec lucidité et refus de fioriture pour mettre en exergue la cruauté démesurée de ces mineurs insouciants totalement en décalage avec la réalité des exactions lâchement commises. Alors que l'on présage la destinée tragique du supplice d'Alejandra, Michel franco surprend dans la trajectoire inopinée de sa narration et nous plonge dans l'abyme d'un cauchemar où personne ne sortira indemne.


Dans un rôle difficile d'adolescente candide et introvertie mais curieuse des premiers émois amoureux, Tessa La livre une prestation bouleversante dans sa fragilité meurtrie de victime soumise, incessamment martyrisée. La compassion inévitable que l'on accorde à son égard est d'autant plus douloureuse qu'elle se refuse à provoquer une rébellion devant la dictature de ses oppresseurs. C'est donc avec une crainte de plus en plus prégnante que nous redoutons un suicide rédempteur, juste avant que le réalisateur relance son intrigue SPOILER !!! dans une réflexion sur la vengeance lourde de répercutions Fin du SPOILER. Dans celui du père aimant et attentif mais contrarié par le brutal décès de son épouse, Hernan Mendoza compose un personnage laconique plutôt discret dans les rapports intimes avec sa fille bien que débordant d'amour et d'inquiétude. Epris d'un accès de colère impulsif (l'altercation avec un conducteur obtus), l'acteur extériorise soudainement un tempérament colérique à la violence incontrôlée, reflet de son affliction sévèrement mise à mal par le deuil conjugal.


Avec sa photo naturaliste, sa mise en scène hyper maĂ®trisĂ©e et le jeu criant de vĂ©ritĂ© des comĂ©diens, Michel Franco s'implique en auteur rigoureux pour nous assĂ©ner de plein fouet le portrait sordide d'une jeunesse irresponsable incapable de mesurer la gravitĂ© de leurs actes. Il en ressort un tĂ©moignage terrifiant car nihiliste et sans concession pour cette jeunesse esseulĂ©e de dĂ©mission parentale. Pour rajouter le cĂ´tĂ© pathĂ©tique de ce fait-divers actuel, le nihilisme de son Ă©pilogue nous achève SPOILER !!! par son sens du dĂ©sespoir imparti Ă  la loi du talion. Fin du SPOILER

Dédicace à Jenny Winter
11/10/13
Bruno Matéï


jeudi 10 octobre 2013

Le Jour du Dauphin (The Day of the Dolphin)

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotion.com

de Miche Nichols. 1973. U.S.A. 1h44. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Paul Sorvino, Fritz Weaver, Jon Korkes, Edward Herrmann.

Sortie salles U.S: 19 Décembre 1973

FILMOGRAPHIE: Mike Nichols, de son vrai nom Michael Igor Peschkowsky, est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, d'origine allemande, nĂ© le 6 Novembre 1931 Ă  Berlin. 1966: Qui a peur de Virginia Woolf ? 1967: Le LaurĂ©at. 1970: Catch 22. 1971: Ce Plaisir qu'on dit charnel. 1973: Le Jour du Dauphin. 1975: La Bonne Fortune. 1984: Le Mystère Silkwood. 1985: La BrĂ»lure. 1988: Biloxi Blues. 1989: Working Girl. 1990: Bons baisers d'Holywood. 1991: A Propos d'Henry. 1994: Wolf. 1996: The Birdcage. 1998: Primary Colors. 2000: De quelle planète viens-tu ? 2001: Bel Esprit. 2003: Angels in America. 2004: Closer. 2007: La Guerre selon Charly Wilson.


Drame écolo aux confins de la science-fiction, Le Jour du Dauphin avait ému une génération de spectateurs lorsqu'il fut diffusé sur la Cinq au tout début des années 80. Œuvre maudite car aujourd'hui délaissée par une poignée de cinéphiles et ignorée du jeune public, ce superbe récit d'aventures est une déclaration d'amour pour la cause des dauphins, un hymne à l'océan et une réflexion sur la connexion amicale entre l'homme et l'animal.

Sur une île, un chercheur féru de passion pour les dauphins réussit à communiquer le langage de la parole à l'un d'eux. Mais une poignée d'hommes d'affaires sans scrupule décident de tirer profit de cette nouvelle révolution.

Si l'intrigue peut paraître au premier abord prévisible, sa structure adopte une démarche plutôt inopinée au fil de son cheminement alarmiste et accentue par la même occasion un vrai suspense. Mike Nichols, illustre réalisateur du Lauréat et de Qui a peur de Virginia Woolf ?, s'inspire d'un roman de Robert Merle, Un animal doué de raison, pour mettre en scène ce récit d'aventures d'une émotion pudique dans la tendre relation que se partagent deux dauphins et une équipe de biologistes. La sobriété du propos avec laquelle cette histoire fascinante nous est contée et le jeu circonspect des comédiens sont si persuasifs qu'il ne fait aucun doute pour le spectateur de croire à la communication entreprise entre l'homme et le mammifère. Avec la beauté de ces images maritimes, Mike Nichols élabore parfois des séquences poétiques d'une pudeur sensuelle lorsque deux dauphins s'enlacent au fond d'un bassin sous une musique mélancolique de Georges Delerue. L'émotion pure qui en émane provoque chez le spectateur un sentiment d'abandon total de notre réalité car nous nous immergeons comme par enchantement dans la conscience candide des cétacés.

Toutes les séquences d'éducation au cours desquelles le biologiste en chef lie une complicité indéfectible avec Alpha, le dauphin surdoué, s'avèrent d'autant plus crédibles et attachantes que l'éminent Georges C. Scott se prête au jeu avec un naturel confondant. Attentionné et studieux dans son rôle à contre-emploi de scientifique érudit, l'acteur dégage une densité psychologique et humaniste, désireux de sauvegarder coûte que coûte l'espèce animale compromise par la stratégie de malfrats perfides.

C'est lors de cette seconde partie retorse que Le Jour du Dauphin surprend par son refus des conventions avec un scénario plus finaud qu'il n'y paraît. Réquisitoire contre la cupidité de l'homme avide d'exploiter la cause animale, Mike Nichols fait intervenir espionnage et terrorisme pour mettre en exergue la nature délétère de l'homme mégalo. Son point d'orgue haletant, course contre la montre et la mort pour la survie de nos dauphins, culmine dans une conclusion bouleversante où l'émotion sera mise à rude épreuve pour le public sensible.


Poème lyrique proféré à l'amour des dauphins, témoignage de tolérance pour la cause animale et sa libre indépendance, aventure haletante insufflant en dernier recours un suspense intense, Le Jour du Dauphin est d'autant plus convaincant qu'il est rehaussé d'une interprétation au cordeau (jusqu'aux seconds rôles) et que la mise en scène de Mike Nichols élude toute niaiserie. Une œuvre magnifique d'une humilité bouleversante, à redécouvrir d'urgence.


Dédicace à Goon et au Pharmacien de garde
10.10.13
Bruno Matéï

                                       

mercredi 9 octobre 2013

Prisoners

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lyricis.fr

de Denis Villeneuve. 2013. Québec. 2h33. Avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Maria Bello, Terrence Howard, Melissa Leo, Paul Dano, Dylan Minnette.

Sortie salles France: 9 Octobre 2013. U.S: 20 Septembre 2013

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur quĂ©bĂ©cois, nĂ© le 3 octobre 1967 Ă  Trois-Rivières. 1996: Cosmos. 1998: Un 32 AoĂ»t sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoners.


Multi rĂ©compensĂ© avec ces derniers mĂ©trages et considĂ©rĂ© dans son pays comme un nouveau maĂ®tre du cinĂ©ma d'auteur, le quĂ©bĂ©cois Denis Villeneuve s'expatrie aux Etats-Unis pour le projet d'un thriller noir de triste actualitĂ© (les enlèvements infantiles). Avec l'appui des valeurs montantes Hugh Jackman (son rĂ´le le plus dur et viscĂ©ral) et Jake Gyllenhaal, Prisoners oscille drame psychologique et policier Ă  suspense autour d'un dĂ©dale machiavĂ©lique. De par le judicieux prĂ©texte d'une Ă©nigme insoluble jonchĂ©e de maigres indices, le rĂ©alisateur brosse scrupuleusement le portrait de deux hommes entĂŞtĂ©s, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  rĂ©soudre une douloureuse histoire de disparitions. Le PitchDeux familles sont dĂ©chirĂ©es par la disparition soudaine de leur enfant. Alors que l'inspecteur Loki s'Ă©vertue Ă  rechercher les filles et retrouver un potentiel coupable, l'un des pères de familles dĂ©cide d'employer une justice individuelle.

                                       

Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-mĂŞme.
Thriller Ă©prouvant d'une efficacitĂ© optimale, Ă  tel point que sa durĂ©e excessive de 2h30 bouleverse toute notion temporelle, Prisoners joue la carte de l'Ă©motion ardue Ă  privilĂ©gier l'aspect psychologique d'un script filandreux et le ressort d'un suspense exponentiel toujours plus acĂ©rĂ©. Ainsi, Ă  travers son Ă©nigme dĂ©rangeante inspirĂ©e des fait-divers morbides de ces dernières annĂ©es, Denis Villeneuve nous plonge dans le dĂ©sarroi familial, Ă©preuve de force pour les familles accablĂ©es (leurs attentes autant que leurs craintes insupportables pour la survie de leurs rejetons), alors qu'un flicard indĂ©cis et un père renfrognĂ© mettront tout en oeuvre pour retrouver les disparues et son coupable. Du point de vue du père irascible dĂ©libĂ©rĂ© Ă  martyriser le prĂ©sumĂ© coupable, Denis Villeneuve met en exergue de prime abord une rĂ©flexion sur la vengeance et la justice individuelle. Si bien que ce lynchage interminable Ă©prouve et Ă©meut lorsque nous sommes contraints d'assister Ă  l'affliction d'une sentence barbare. PartagĂ© entre le dĂ©sir de savoir s'il s'agit bien du vĂ©ritable assassin ou d'un simple innocent, Prisoners met Ă  mal nos pulsions vindicatives face Ă  notre instinct inhumain aveuglĂ© par la colère de l'iniquitĂ©. Il nous dĂ©voile avec un rĂ©alisme brut mais sans complaisance la face cachĂ©e de notre rancoeur capable d'extĂ©rioriser des exactions de cruautĂ©, alors que les preuves de culpabilitĂ© Ă©mises au coupable restent infondĂ©es. Et donc en Ă©prouvant autant d'empathie pour le père haineux, rongĂ© Ă  vif de douleur pour sa fille disparue, et pour le potentiel coupable, simplet mutique incapable de prononcer une syllabe, le drame qui se noue lentement dĂ©stabilise notre jugement en espĂ©rant trouver refuge vers une issue plus favorable avec l'autoritĂ© d'un flic estimable. C'est lors de sa seconde partie, un peu plus focalisĂ©e sur la remise en question de l'inspecteur hĂ©sitant, sĂ©vèrement mis Ă  mal par les parents et la deveine, que le film  redouble d'intensitĂ© pour son suspense Ă©prouvant en y confrontant un autre prĂ©sumĂ© coupable beaucoup plus probant. Alternant fausses pistes, indices gĂ©ographiques et rebondissements fortuits, la traque inlassable culmine son point de chute vers l'inĂ©vitable rĂ©solution du meurtrier ainsi qu'une course contre la montre dĂ©sespĂ©rĂ©e.


Si tu plonges longuement ton regard dans l'abîme, l'abîme finit par ancrer son regard en toi...
DominĂ© par les prestations pugnaces de Hugh Jackman (saisissant de hargne en justicier intolĂ©rable) et de Jake Gyllenhaal (flegmatique et boiteux en flic studieux mais toujours plus endurant), Prisoners  renouvelle les codes du thriller avec brio d'une mise en scène au cordeau, intelligence des thĂ©matiques abordĂ©es et dimension humaine poignante. La mĂ©canique de son suspense infaillible nous Ă©prouvant les nerfs avec une intensitĂ© d'autant plus fragile qu'elle traite d'un thème d'actualitĂ© inquiĂ©tant, la disparition d'enfants et leur traitement infligĂ©. Cafardeux, hypnotique et bouleversant, Prisoners ne vous laisse pas une seconde de rĂ©pit jusqu'Ă  son ultime image elliptique.

*Bruno
09.10.13


mardi 8 octobre 2013

La Belle et la BĂŞte. Prix Louis Delluc, 1946

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jean Cocteau. 1946. France. 1h34. Avec Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair, Mila Parély, Nane Germon, Marcel André, Raoul Marco, Jean Cocteau, Christian Marquand.

Sortie salles France: 29 Octobre 1946. U.S: 23 Décembre 1947

FILMOGRAPHIE: Jean Cocteau est un rĂ©alisateur, dessinateur, poète, graphiste, dramaturge français, nĂ© le 5 Juillet 1889 Ă  Maisons-Laffitte, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Octobre 1963. 1930: Le Sang d'un Poète. 1946: La Belle et la BĂŞte. 1948: l'Aigle a 2 tĂŞtes. 1948: Les Parents Terribles. 1950: OrphĂ©e. 1960: Le Testament d'OrphĂ©e.

 
"Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout."
Chef-d’Ĺ“uvre mythique du cinĂ©ma français,
La Belle et la BĂŞte fut d’abord inscrit au panthĂ©on des contes lĂ©gendaires sous la plume de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, dans son classique homonyme publiĂ© en 1757. Par l’ambition formelle du poète Jean Cocteau, cette transposition cinĂ©matographique se joue des trucages de prestidigitation et du maquillage afin de matĂ©rialiser une histoire d’amour fĂ©erique entre une bĂŞte humaine et une belle candide.

Le pitch : afin de sauver son père d’une sentence inĂ©vitable, une jeune fille est contrainte de partir Ă  la rencontre de la BĂŞte, seigneur mi-homme mi-animal vivant reclus dans un immense château. Celui-ci tombe subitement amoureux de la Belle. Peu Ă  peu, une relation affectueuse se noue entre eux.

Conte universel sublimant la virginitĂ© de l’âme, le droit Ă  la diffĂ©rence, la duperie des apparences et la rĂ©demption par l’amour,
La Belle et la BĂŞte conserve intact son pouvoir ensorcelant, dĂ©ployant un onirisme baroque sous la houlette d’un cinĂ©aste Ă  son apogĂ©e. Technicien circonspect, Jean Cocteau croit si profondĂ©ment Ă  la puissance de ses images picturales qu’une aura fantasmatique en Ă©mane inĂ©vitablement.

Si la candeur de ces plages poĂ©tiques atteint une telle intensitĂ© irrĂ©elle, elle le doit notamment Ă  l’interprĂ©tation transie de fragilitĂ© de Jean Marais. L’acteur endosse un triple rĂ´le, incarnant des figures contradictoires dans leur autoritĂ© Ă  conquĂ©rir une dulcinĂ©e. Mais c’est dans la peau de la BĂŞte que Marais transcende une charge Ă©motionnelle en demi-teinte, portĂ©e par un amour vouĂ© Ă  la Belle. DĂ©bordant d’affection pour cette inconnue, mais prisonnier de son apparence monstrueuse, le personnage attend la rĂ©ponse de sa bien-aimĂ©e dans un espoir Ă©lĂ©giaque d’une rare puissance expressive.

BeautĂ© pastel incarnant la douceur la plus tĂ©nue, Josette Day lui offre la rĂ©plique avec l’Ă©lĂ©gance sensuelle d’une âme innocente. D’abord rĂ©ticente face Ă  cette proposition insensĂ©e - un mariage contre la vie de son père -, la Belle apprend peu Ă  peu Ă  connaĂ®tre la BĂŞte, Ă  comprendre sa fougue et son dĂ©sarroi sentimental, en faisant fi de sa laideur corporelle. Leur destin incroyable se condense alors dans l’acuitĂ© d’un amour capable d’amadouer l’agressivitĂ© du monstre le plus indomptable.


Il Ă©tait une fois…
Baignant dans un esthĂ©tisme monocorde Ă  l’architecture baroque,
La Belle et la BĂŞte fait figure d’ovni intemporel, variation cathartique sur l’amour apte Ă  mĂ©tamorphoser l’ĂŞtre le plus impĂ©nĂ©trable. Au-delĂ  de son imagerie foisonnante, oĂą la fĂ©erie atteint une dimension hors norme, le duo maudit formĂ© par Jean Marais et Josette Day demeure, sans nul doute, l’un des couples les plus beaux - et les plus Ă©tranges - de l’histoire du cinĂ©ma. Et rien que pour leur prĂ©sence irrĂ©elle et fantasmagorique, La Belle et la BĂŞte mĂ©rite d’ĂŞtre vu et revu, afin d’en saisir toute l’essence, si difficile Ă  enfermer dans les mots.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
 
La critique d'un autre ovni aussi fantasmatique : http://brunomatei.blogspot.fr/2012/11/la-belle-et-la-bete-panna-netvor-prix.html

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Le Blu-ray est un miracle formel !

lundi 7 octobre 2013

THE WAY, LA ROUTE ENSEMBLE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aceshowbiz.com

de Emilio Estevez. 2010. U.S.A/Espagne. 2h01. Avec Martin Sheen, Emilio Estevez, Deborah Kara Unger, Yorick van Wageningen, James Nesbitt.

Sortie salles France: 25 Septembre 2013. Canada: 10 Septembre 2010. U.S: 7 Octobre 2011. Espagne: 19 Novembre 2010

FILMOGRAPHIE: Emilio Estevez est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 12 Mai 1962 à New-York.
1986: Wisdom. 1990: Men at Work. 1996: The War at home. 2000: Classé X. 2005: Culture Clash in AmeriCCa. 2006: Bobby. 2010: The Way.


Venant d'apprendre la mort de son fils durant un pèlerinage, un père dĂ©cide d'accomplir le mĂŞme trajet de dĂ©votion afin de justifier son dĂ©cès. 

RĂ©cit initiatique sur l'accomplissement de soi, l'espoir et la foi en l'âme, The Way est une odyssĂ©e humaine inscrite dans la plĂ©nitude. Une randonnĂ©e pĂ©destre de 800 kms parcourue par quatre pèlerins Ă  travers la France et l'Espagne. Acteur notoire de second rĂ´le dans les annĂ©es 80, Emilio Estevez (fils de Martin Sheen) endosse la fonction de rĂ©alisateur pour mettre en exergue ce projet personnel qui lui tenait Ă  coeur. Mettre en scène son propre père alors que Martin Sheen avait dĂ©jĂ  effectuĂ© un pèlerinage en compagnie de son petit fils. C'est d'ailleurs Taylor Estevez, fortement marquĂ© par ce pĂ©riple spirituel, qui lança l'idĂ©e Ă  son père d'en concrĂ©tiser un long-mĂ©trage.
C'est avec une grande simplicité qu'Emilio Estevez nous retrace l'odyssée mystique d'un père endeuillé, profondément marqué par la disparition soudaine de son fils de 40 ans. Souvent sujet à des opinions de divergence, les deux hommes entretenaient peu de rapports courtois. Aujourd'hui accablé par la douleur, Thomas Avery décide à son tour de reprendre le même cheminement après avoir récupérer les cendres de son fils pour les déposer au lieu-dit. Au fil de son long voyage, cet ophtalmologiste un peu bourru va parcourir nombre de kms parmi l'entremise de trois autres pèlerins tout aussi méditatifs et indécis.


Leçon de vie, hymne à la beauté immaculée de la nature, The Way s'érige en aventure cosmopolite durant ces rencontres fortuites avec son lot de citadins éclectiques. Une longue marche pédestre émaillée d'improvisations, quiproquos et déboires auquel quatre aventuriers vont tenter de regagner leur dignité. Avec pudeur et bonhomie sincère, Emilio Estevez réussit à rendre attachante cette quête initiatique sans pathos et avec l'intégrité de protagonistes perfectibles.
Outre le jeu dépouillé des comédiens, c'est bien évidemment la présence notable de Martin Sheen qui prodigue le souffle lyrique octroyée à cette randonnée. A travers ses yeux renfrognés de paternel vieillissant, le comédien insuffle une humanité fragile davantage gagnée par la conviction de son engagement mais aussi la fraternité de ces camarades.


Vivre libre
EntrecoupĂ© de tubes mĂ©lodiques, The Way surprend par le ton de sa simplicitĂ© et l'Ă©motion qu'il finit par engendrer au fil de son cheminement spirituel. Parfois touchĂ© par une grâce cĂ©leste (l'incroyable sĂ©quence de recueillement dans la cathĂ©drale de Saint-Jacques-de-Compostelle nous Ă©branle le coeur par son improvisation Ă©motionnelle !) et privilĂ©giĂ© par un quatuor de comĂ©diens attachants, The Way est une Ă©popĂ©e qui rassemble, Ă©loge humaniste Ă  la tolĂ©rance et au respect de soi. 
Beau Ă  en pleurer.

A mon frère de coeur Pascal...
07.10.13
Bruno Matéï

La critique de mon ami Gilles Rolland http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-the-way-route

vendredi 4 octobre 2013

BERBERIAN SOUND STUDIO. Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique à Gérardmer, 2013

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wildside.fr

de Peter Strickland. 2012. Angleterre. 1h32. Avec Toby Jones, Tonia Sotiropoulo, Susanna Cappellaro, Cosimo Fusco.

Sortie salles Royaume-Uni: 28 Juin 2012

RĂ©compenses: 2013: Prix spĂ©cial ex-æquo du Jury au Festival du film fantastique de GĂ©rardmer.
2013: Prix de la critique au Festival du film Fantastique de GĂ©rardmer.
2012: Mention spĂ©ciale du jury au Festival international du film de Catalogne.
2012: British Independent Film Award du meilleur film, du meilleur acteur pour Toby Jones, meilleure production, meilleur technicien
2013: London Film Critics Circle Awards: Film britannique ou irlandais de l'annĂ©e, Acteur britannique de l'annĂ©e
2013: Evening Standard British Film Awards: Meilleur acteur pour Toby Jones

FILMOGRAPHIE: Peter Strickland est un réalisateur et scénariste anglais, né en 1973 à Reading, Berkshire, en Angleterre.
2009: Katalin Varga. 2012: Berberian Sound Studio.


Comment Ă©tablir une opinion objective quand on se retrouve confrontĂ© Ă  une expĂ©rience imbitable ? Mise en abyme du milieu du cinĂ©ma, Peter Strickland souhaite rendre hommage Ă  ces bruiteurs de films d'exploitation Ă  travers le portrait d'un sexagĂ©naire timide et introverti, venu exercer auprès d'un studio prĂ©caire de l'Italie. De toute Ă©vidence, le rĂ©alisateur est indĂ©niablement nostalgique de l'Ă©poque des annĂ©es 70 oĂą fleurissaient les premiers giallos et l'ascension d'un Argento en pleine expĂ©rimentation avec son opĂ©ra lyrique Suspiria. Pour preuve, le film se situe Ă  cette pĂ©riode charnière oĂą les tueurs gantĂ©s violaient les femmes Ă  l'aide d'un couteau acĂ©rĂ© et se focalise sur un pitch occulte Ă  base de sorcières et de prĂŞtres inquisiteurs. Fourmillant de dĂ©tails techniques sur la manière dont les bruitages sont façonnĂ©s par les ingĂ©nieurs du son et oĂą les actrices nĂ©ophytes tentent de doubler des hurlements stridents, Berberian Sound Studio dĂ©voile l'envers du dĂ©cor Ă  l'instar d'un livre de cuisine. Puisqu'ici, les lĂ©gumes y occupent une place Ă©loquente, comme le fait de simuler Ă  l'aide d'un chou-fleur ou d'une pastèque le son d'une lame de couteau pĂ©nĂ©trant la chair humaine. Au milieu de cette hiĂ©rarchie destructurĂ©e par des cinĂ©astes vĂ©reux et lubriques, notre bruiteur Gilderoy semble dĂ©boussolĂ© Ă  Ă©laborer tous ces bruitages hostiles. Au fil des synchronisations, leur intonation horrifique s'avère si dĂ©rangeante et rĂ©currente qu'il commence Ă  perdre pied avec la rĂ©alitĂ©. Victimes d'hallucinations (ou d'une machination exercĂ©e par une troupe de techniciens perfides), Gilderoy semble se fondre avec l'illusion de la toile blanche pour se perdre Ă  jamais dans l'abyme du silence.


Si un bonne partie du public risque de décrocher devant cette expérience hermétique, languissante, voire rébarbative, le soin alloué à sa mise en scène travaillée, le jeu des éclairages contrastant avec une superbe photo sépia, la reconstitution rétro du studio et l'alchimie inquiétante des comédiens inconnus nous rappellent les beaux jours d'un cinéma pragmatique épris de singularité. Qui plus est, à travers cette scénographie peu exploitée au cinéma, une ambiance lourde s'y détache avec une aura insolite prégnante où fiction et réalité succombent à s'uniformiser !


A vous de juger si Berberiand Sound Studio mĂ©rite les louanges qu'il a pu recevoir dans certains festivals et si cette leçon de cinĂ©ma impartie Ă  la synchronisation du doublage et des bruitages s'avère aussi adroite et dialectique. De toute Ă©vidence, un second visionnage devrait ĂŞtre fructueux (du moins pour mon compte personnel !) afin de mieux dĂ©celer les tenants et aboutissants du cinĂ©aste auteurisant. Au cas oĂą, je revendrais plus tard avec une opinion plus tranchĂ©e...

04.10.13
Bruno Matéï