mercredi 6 novembre 2013

L'Exorciste 2, l'hérétique / Exorcist 2: The Heretic

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site daysarenumbers.net

de John Boorman. 1977. U.S.A. 1h58. Avec Linda Blair, Richard Burton, Louise Fletcher, Max Von Sydow, Kitty Winn, Paul Henreid, James Earl Jones, Ned Beatty.

Sortie salles France: 25 Janvier 1978. U.S: 17 Juin 1977

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur américain, né le 18 Janvier 1933 à Shepperton (Royaume-Uni).
1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: Délivrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La Forêt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour réussir. 1995: Rangoon. 1998: Le Général. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail.

"J’ai trouvĂ© particulièrement stimulante l’idĂ©e de faire un film qui s’appuyait sur l’attente d’un public prĂ©existant. Chaque film exige un effort pour rejoindre son public, et c’est pourquoi le cinĂ©ma est si souvent rĂ©pĂ©titif : la rĂ©pĂ©tition est gage de succès. J’ai trouvĂ© qu’il serait honnĂŞte de prendre en charge cette attente du public et de la remodeler, de l’aider Ă  se rĂ©orienter, plutĂ´t que de le satisfaire avec la réédition d’un produit familier." — John Boorman

"L’HĂ©rĂ©sie selon Boorman : hypnotique odyssĂ©e au cĹ“ur du Mal"
Quatre ans après le traumatisme foudroyant de L’Exorciste, John Boorman entreprend de rĂ©aliser une suite Ă  rebours des attentes, s’Ă©cartant rĂ©solument du grand-guignol rĂ©vulsif de son modèle. Échec commercial cinglant - le public, sans doute, attendait un remake plus horrifique encore - le film est Ă  nouveau boudĂ© lorsque Boorman en remonte une version modifiĂ©e, avec final spectaculaire Ă  la clĂ©. 

Synopsis: En enquĂŞtant sur les circonstances troubles de la mort du père Merrin, le prĂŞtre Lamont entre en contact avec la jeune Regan Ă  travers des sĂ©ances d’hypnose synchronisĂ©e, pour tenter de confronter Ă  nouveau le dĂ©mon Pazuzu.


Visuellement Ă©blouissant, notamment durant l’odyssĂ©e initiatique du père Lamont en Afrique, L’Exorciste II : L’HĂ©rĂ©tique joue la carte du vertige sensoriel : jusqu’Ă  s’infiltrer, par hypnose synchronique, dans les crevasses d’une montagne pour assister Ă  l’exorcisme d’un enfant nommĂ© Kokumo. RĂ©flexion mĂ©taphysique sur la nature du Mal, le film bouscule les conventions, tente de sonder les fondements malĂ©fiques de Pazuzu - lequel se manifeste sous l’apparence d’une invasion de sauterelles - et ose dĂ©tourner le spectacle vers l’Ă©trangetĂ© spirituelle. Boorman dĂ©route, mais avec panache : il accumule les visions, les incursions mentales, les connexions tĂ©lĂ©pathiques, jusqu’Ă  faire vaciller toute notion de rĂ©alitĂ©.

Plus Ă©sotĂ©rique encore dans sa seconde partie, l’Ĺ“uvre nous entraĂ®ne Ă  la recherche de Kokumo, porteur d’un savoir ancestral capable de dĂ©mystifier le Mal. Ă€ grands renforts de rituels tribaux, d’illusions mystiques et d’une Ă©cologie prĂ©monitoire, le film fait rĂ©sonner la figure des sauterelles en menace symbolique - entitĂ© organique, incontrĂ´lable, presque divine. Le climat tropical qui martèle cette contrĂ©e aride en amplifie la moiteur hypnotique.

CĂ´tĂ© interprĂ©tation, on retrouve avec bonheur Linda Blair, Regan affirmĂ©e, lumineuse, dont la sensualitĂ© adolescente Ă©pouse certaines plages oniriques d’une rare grâce - notamment sa prĂ©sence symbolique sur un toit, parmi une nuĂ©e de colombes. Si Richard Burton frĂ´le parfois le cabotinage (le prologue, oĂą une possĂ©dĂ©e s’immole sous son regard hallucinĂ©, fait vaciller la crĂ©dibilitĂ©), il parvient fort bien Ă  insuffler au père Lamont une prĂ©sence hantĂ©e, tragique, parcourue de stupeur et d’obsession. Monolithique mais transi d'inquiĂ©tude et de contrariĂ©tĂ©, il incarne une densitĂ© humaine vacillante, ensorcelĂ©e.

Fascinante plongĂ©e dans les trĂ©fonds du Mal, rythmĂ©e par l’inoubliable partition de Morricone, L’Exorciste II refuse la redite et peut se targuer d’ĂŞtre l’une des rares suites Ă  affronter son panthĂ©on diabolique avec une rĂ©elle autonomie d’auteur. EsthĂ©tiquement envoĂ»tant dans ses nuances ocres, le film n’oublie pas de provoquer l’Ă©motion - celle d’une Regan rĂ©conciliĂ©e avec sa lumière - et de culminer dans un final apocalyptique d’anthologie, soutenu par des FX prodigieux.

Comme le soulignait Pierre-AndrĂ© Arène Ă  l’Ă©poque, il est grand temps de redĂ©couvrir cette Ĺ“uvre complexe, dĂ©routante, mais passionnĂ©ment originale.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

06.11.13. 3èx
12.08.25. 4èx. Vost 

mardi 5 novembre 2013

Razorback

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Russell Mulcahy. 1984. Australie. 1h35. Avec Gregory Harrison, Arkie Whiteley, Bill Kerr, Chris Haywood, David Argue, Judy Morris.

Sortie salles Australie: Avril 1984

FILMOGRAPHIE: Russell Mulcahy est un rĂ©alisateur australien, nĂ© le 23 Juin 1953 Ă  Melbourne, dans l'Ă©tat de Victoria. 1979: Derek and clive get the horn. 1984: Razorback. 1985: Arena. 1986: Highlander. 1991: Highlander 2. 1991: Ricochet. 1992: Blue Ice. 1993: l'Affaire Karen McCoy. 1994: The Shadow. 1996: Tireur en pĂ©ril. 1998: La malĂ©diction de la Momie. 1999: Resurrection. 2003: Swimming Upstream. 2007: Resident Evil: Extinction. 2008: Le Rois Scorpion 2. 2009: Fais leur vivre l'enfer, Malone !

 
"Dans la gueule du désert : Razorback".
Ă€ peine âgĂ© de trente et un ans lorsqu’il met en chantier son second long-mĂ©trage, Russell Mulcahy ne laisse pas indiffĂ©rent le jury d’Avoriaz, qui voit en ce solide artisan un nouveau prodige de la mise en scène — et ce, mĂŞme si Razorback repart bredouille. Si, lors de sa sortie en salles, le succès reste timide auprès du grand public, c’est du cĂ´tĂ© des vidĂ©ophiles qu’il se taille peu Ă  peu une rĂ©putation de sĂ©rie B culte. Mixant allègrement fantastique, aventure et horreur fangeuse pour croquer le portrait dĂ©viant d’un duo de rednecks, Mulcahy rĂ©invente le bestiaire animalier pour hausser l’affrontement au rang de mythe. Mais deux portraits d’ĂŞtres meurtris se tĂ©lescopent dans Razorback : celui de Carl, jeune homme exilĂ© dans le dĂ©sert australien pour retrouver la trace de sa femme disparue, Beth Winters, journaliste engagĂ©e pour la cause animale ; et celui de Jack, vieil homme esseulĂ©, rongĂ© par la vengeance après avoir perdu son petit-fils dans une attaque nocturne du sanglier. Chacun, avec sa faille, livre Ă  sa façon une guerre impitoyable contre la bĂŞte, tandis que deux bouseux d’abattoir, violeurs en cavale, se retrouvent happĂ©s par cette traque implacable.
 

Spectacle baroque et furibond, oĂą l’onirisme crĂ©pusculaire s’imbibe d’une nature solaire, clairsemĂ©e — la traversĂ©e hallucinĂ©e de Carl dans le dĂ©sert aride ! — Razorback joue la carte de la singularitĂ© en ravivant des thèmes Ă©culĂ©s du cinĂ©ma fantastique. Avec une ambition stylisĂ©e, Mulcahy sème des plages de poĂ©sie tout au long du cheminement, hasardeux et belliqueux, de ses justiciers hantĂ©s par le deuil. Dans la mouvance des Dents de la mer pour la dĂ©mesure bestiale et de Massacre Ă  la tronçonneuse pour le portrait de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s sadiques — ces chasseurs de kangourous, aveuglĂ©s sous les projecteurs, traquĂ©s la nuit pour ĂŞtre torturĂ©s Ă  loisir — Razorback hybride les genres et dĂ©cuple l’intensitĂ© de l’aventure. Surtout, Mulcahy nous attache Ă  ses personnages cabossĂ©s, oĂą l’humanisme saigne d’Ă©corchures intimes, et propulse ce bestiaire dans un survival sensoriel oĂą des chasseurs faillibles, mais rebelles, affrontent le monstre. Une Ă©motion poignante affleure dans la relation naissante entre Sarah, jeune assistante de Jack, et Carl, veuf inconsolable, qui grâce Ă  elle, s’arrime de nouveau Ă  la tendresse. Cette bribe de romantisme, qui infuse peu Ă  peu le rĂ©cit, trouve son Ă©crin dans la superbe Ă©lĂ©gie musicale d’Iva Davies.

Quant Ă  la carrure monstrueuse du Razorback, Mulcahy privilĂ©gie la suggestion, sans jamais cĂ©der Ă  l’esbroufe : sans doute pour compenser un budget restreint, il use de gros plans, dĂ©taille la physionomie infernale, exalte la fĂ©rocitĂ©. Avec un montage prĂ©cis, une rĂ©alisation souvent inventive, Razorback accomplit le tour de force de rendre son monstre crĂ©dible, soutenu par une imagerie crĂ©pusculaire, littĂ©ralement — et inlassablement — ensorcelante. DĂ©jĂ  un chef-d’Ĺ“uvre formel.


"Bestiaire baroque sous le soleil mort : Razorback".
Spectacle flamboyant, oĂą l’onirisme baroque se dispute Ă  une violence sèche, Razorback mĂŞle les genres avec une efficacitĂ© et une pudeur d’Ă©motion rares. Sa mise en scène, d’une audace inouĂŻe, transcende la bĂŞte d’apocalypse et la pugnacitĂ© de pionniers que rien n’Ă©puise. Un classique indĂ©pendant, incandescent, qui n’est pas près de s’Ă©teindre.
 
*Bruno
22.12.24. 6èx. Vostf (comme si c'était la toute 1ère fois)
05.11.13. 5èx

lundi 4 novembre 2013

LES FANTOMES D'HALLOWEEN (Lady in White / La dame blanche)

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forgottenflix.com

de Franck LaLoggia. 1988. U.S.A. 1h57 (version longue). Avec Lukas Haas, Len Cariou, Alex Rocco, Katherine Helmond, Jason Presson.

Sortie salles U.S: 22 Avril 1988. Angleterre: 16 Juin 1989

FILMOGRAPHIE: Franck La Loggia est un réalisateur, acteur, scénariste, producteur et compositeur américain, né le 12 Janvier 1954 à Rochester, New-York. 1981: Fear no Evil. 1988: Les Fantômes d'Halloween. 1995: Mother


Directement sorti en Vhs Ă  la fin des annĂ©es 80 et relativement passĂ© inaperçu auprès des vidĂ©ophiles, Les FantĂ´mes d'Halloween est une curieuse production d'un rĂ©alisateur mĂ©connu puisque uniquement responsable de trois longs-mĂ©trages. Baignant dans le climat solaire d'une paisible bourgade ricaine, son prĂ©lude nous remĂ©more inconsciemment l'esprit infantile de Spielberg lorsque des enfants farceurs batifolent dans leur quartier en toute insouciance. Mais un Ă©vènement dramatique va rapidement obscurcir cette impression de bonheur exaltant avec la rĂ©actualisation d'un fait divers crapuleux auquel le responsable n'eut jamais Ă©tĂ© rĂ©primandĂ©. Car 10 ans au plus tĂ´t, une dizaine d'enfants fut lâchement exĂ©cutĂ©s par ce dangereux psychopathe. Suite Ă  une mauvaise farce d'Halloween, un garçon embrigadĂ© dans le sellier de son Ă©cole se retrouve nez Ă  nez avec l'apparition fantomatique d'une fillette. PrĂ©cĂ©demment violentĂ©e et assassinĂ©e, elle dĂ©cide de rentrer en contact avec Frank afin qu'il puisse l'aider Ă  retrouver la paix pour dĂ©voiler au grand jour l'identitĂ© du meurtrier. Victime lui aussi d'une sauvage agression par ce mĂŞme assassin, Frank va tenter de le dĂ©masquer avec l'entremise de son frère et d'une intrigante dame blanche. 


Ce qui au premier abord parait Ă©dĂ©nique avec les FantĂ´mes d'Halloween, c'est son esprit de bonhomie hĂ©ritĂ© du conte fantastique si bien que les enfants en seront les principaux tĂ©moins. Particulièrement Frank, gosse docile Ă©levĂ© par un père prĂ©venant mais bouleversĂ© depuis la disparition de son Ă©pouse ! Et le jeune fils de se retrouver embarquĂ© dans une situation improbable particulièrement alerte pour sa propre survie ! En confrontant l'amertume des fantĂ´mes plaintifs, l'innocence d'un gamin prude et les nouvelles stratĂ©gies horrifiques d'un criminel en fuite, les FantĂ´mes d'Halloween oscille les genres parmi l'interfĂ©rence de traits d'humour (les broutilles quotidiennes imparties aux grands parents de Frank depuis que l'aĂŻeul consomme ses cigarettes en catimini). En prenant son temps pour structurer un cheminement narratif peu surprenant mais parfois cruel, le cinĂ©aste fait Ă©galement preuve d'une dramaturgie inattendue lorsqu'un prĂ©sumĂ© coupable est sur le point de retrouver sa libertĂ©. En illustrant l'AmĂ©rique des annĂ©es 60 corrompue par le racisme et la motivation expĂ©ditive d'une victime inconsolable, Frank Lallogia ternie Ă  nouveau l'apparence aimable de cette bourgade que l'on s'Ă©tait idĂ©alisĂ© au premier abord. Mais surtout, il met en exergue les affres d'un enfant fragile confrontĂ© Ă  sa raison existentielle. PrĂ©alablement sauvĂ© in extremis d'une mort certaine et opposĂ© aux apparitions spirituelles des fantĂ´mes, Frank n'aura de cesse pour un si jeune âge d'affronter ses craintes afin de prĂŞter main forte Ă  une mère et une fille dĂ©sunies ! En jouant sur la lĂ©gende urbaine de la dame blanche, le rĂ©alisateur tente notamment d'agrĂ©menter une petite Ă©nigme autour de ce symbole, ici redresseur de tort. Alors que le final ne manquera pas de provoquer une Ă©motion poignante face au ton rĂ©solument fĂ©erique, libĂ©rateur de la situation.


Attachant et agrĂ©able Ă  suivre mais nĂ©anmoins perfectible, Les FantĂ´mes d'Halloween aurait pu ĂŞtre plus passionnant Ă  travers ses sombres thĂ©matiques si la mise en scène chĂ©tive et une direction de seconds rĂ´les parfois timorĂ©e eurent Ă©tĂ© plus maĂ®trisĂ©s. Pour autant, la beautĂ© naturelle de certaines images, l'onirisme formel qui en dĂ©coule tantĂ´t, la bouille attachante du jeune Lukas Haas et surtout la volontĂ© du rĂ©alisateur Ă  ternir son rĂ©cit emportent l'adhĂ©sion. 

Un grand merci Ă  l'Univers Fantastique de la Science-fiction
04.11.13. 3èx
Bruno Matéï

jeudi 31 octobre 2013

Henry, portrait d'un serial-killer

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

"Henry: Portrait of a Serial Killer" de John Mc Naughton. 1986. U.S.A. 1h23. Avec Michael Rooker, Tom Towles, Tracy Arnold.

Sortie salles France: 6 Février 1991

FILMOGRAPHIE: John Mc Naughton est un réalisateur américain, né le 13 Janvier 1950 à Chicago. 1984: Dealers in Death. 1986: Henry, portrait d'un serial killer. 1991: Sex, drugs, Rock and Roll. 1991: The Borrower. 1993: Mad Dog and Glory. 1996: Normal Life. 1998: Sexcrimes. 2000: Condo Painting. 2001: Speaking of sex. 2004: Redliners. 2009: Backstabbers. 2013: The Harvest.


Ce film s'inspire de fait rĂ©els. Ce n'est pas une histoire vraie proprement dite. Les aveux d'un certain Henry ont servi Ă  faire ce film. Aveux qu'il a niĂ©s, par la suite. Otis et Becky sont des personnages fictifs. 

Interdit en salles durant 4 ans par la censure amĂ©ricaine et estampillĂ© X, Henry est le premier long-mĂ©trage du rĂ©alisateur John Mc Naughton. InspirĂ© du personnage d'Henry Lee Lucas, tueur en sĂ©rie responsable de plus de 199 meurtres, le film dĂ©peint la dĂ©rive meurtrière d'un duo d'anciens taulards, des marginaux rĂ©solument reclus de leur condition misĂ©reuse. D'un cĂ´tĂ©, Henry, le plus influent, est un tueur mĂ©thodique extĂ©riorisant sa rage sur les innocents depuis le traumatisme de son enfance galvaudĂ©e par une mère prostituĂ©e. De l'autre, Otis est un badaud Ă©cervelĂ© facilement influencĂ© par le vice et la perversion. A bord de leur vĂ©hicule, ils sillonnent les quartiers nocturnes afin d'assassiner au hasard d'une rue des citadins. Au coeur de ce duo indocile, la soeur d'Otis, Becky, tente de se faire une place dans leur appartement restreint et s'efforce Ă  chercher un petit boulot de strip-teaseuse avant de tomber amoureuse d'Henry. Car Ă©pris d'empathie et d'identification pour ses confidences martyrs, Becky eut Ă©tĂ© prĂ©alablement victime d'une enfance incestueuse vis Ă  vis de son gĂ©niteur. A travers le teint blafard d'une photo granuleuse ainsi que le souci documentaire d'une rĂ©alisation expĂ©rimentale,  John Mc Naughton nous immerge au sein d'un cauchemar urbain profondĂ©ment glauque et crapuleux. Ainsi, le climat poisseux, particulièrement prĂ©gnant, s'avère si malsain qu'Ă  la sortie de la projo nous nous sentions physiquement polluĂ©s par cette dĂ©bauche oĂą la saletĂ© du sang et les cris d'agonie rĂ©sonnent encore tel un Ă©cho !


Or, en autopsiant sans concession le portrait de deux assassins arriérés, littéralement vautrés dans le meurtre, Henry... constitue une épreuve de force morale toujours plus dérangeante de par sa gratuité profondément perverse. Car en position de voyeur, nous sommes contraints de témoigner de l'existence triviale du trio de chômeurs (Otis va vite abdiquer son poste de pompiste au fil de son cheminement meurtrier) et surtout d'espionner par l'oeil de la caméra leurs méfaits criminels par le truchement de leurs errances nocturnes. La contrainte de subir leur quotidienneté misérable et surtout d'assister à leurs exactions sanglantes provoquant un malaise viscéral tangible du fait de son traitement hyper réaliste. Ainsi, en évitant toute forme de racolage, John Mc Naughton filme de manière crue des meurtres brutaux à l'aide d'une caméra vhs qu'Otis se divertit à préserver en mémoire. Alors que du point de vue de Henry (l'être le moins licencieux car jamais assouvi de sadisme), les crimes sont souvent établis hors champs en nous proposant simplement d'en découvrir la résultante des mutilations. Qui plus est, les flash-back émis au son des hurlements des victimes rehaussent l'aspect cauchemardesque de l'esprit dérangé d'Henry, prisonnier de ses pulsions vengeresses et torturé par ces démons. On s'étonne d'ailleurs de lui éprouver un chouia d'empathie pour le rapport à la fois amical et affectueux entretenu avec Becky, et ce juste avant de renouer avec ses pulsions malades.


IncarnĂ© par des comĂ©diens transis de vĂ©ritĂ© Ă  travers leur dĂ©gĂ©nĂ©rescence immorale, Henry... provoque autant de fascination pour l'aspect reportage infligĂ© Ă  sa mise en scène que de dĂ©goĂ»t pour la reprĂ©sentation radicale du duo de serial-killers irrĂ©cupĂ©rables. Glaçant et psychologiquement perturbant du fait de son Ă©pineuse intensitĂ© (telle ce massacre d'une famille filmĂ© en mode "VHS" !), rarement un film d'horreur n'aura dĂ©crit avec autant de vĂ©risme et vĂ©racitĂ© l'introspection pathĂ©tique de deux monstres humains. 
Pour public averti.

L'avis de Mathias Chaputhttp://horrordetox.blogspot.fr/2011/03/henry-portrait-of-serial-killer-de-john.html

*Bruno
31.10.13. 3èx


mardi 29 octobre 2013

IMPULSE (Pulsion Homicide)

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviescreenshots.blogspot.com

de Graham Baker. 1984. U.S.A. 1h31. Avec Meg Tilly,  Tim Matheson, Hume Cronyn, Bill Paxton, John Karlen, Claude Earl Jones.

Sortie salles U.S: 28 Septembre 1984

FILMOGRAPHIEGraham Baker est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
1981: La MalĂ©diction Finale. 1984: Impulse. 1988: Futur ImmĂ©diat, Los Angeles 1991. 1990: The Recruit. 1991: Ni dieu ni maĂ®tre (Born to Ride). 1999: Beowulf


Trois ans après la MalĂ©diction Finale et pour une seconde fois Graham Baker renoue avec la sĂ©rie B fantastique militant ici contre la pollution chimique. Dans une petite ville bucolique, suite Ă  un sĂ©isme, leurs habitants sont soudainement Ă©pris d'accès de dĂ©mence incontrĂ´lĂ©e ! SĂ©rie B modeste ayant connu son petit succès auprès des vidĂ©os-clubs des annĂ©es 80, Impulse est notamment une nouvelle occasion pour Meg Tilly de renouer avec le genre après s'ĂŞtre fait remarquĂ©e un an au prĂ©alable dans Une Nuit trop noire et Psychose 2. Avec un pitch de dĂ©part accrocheur digne d'un Ă©pisode de la 4è Dimension, Graham Baker ne manque pas d'audace pour illustrer la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence "schizo" de citadins contaminĂ©s par un produit toxique. Ainsi, c'est Ă  travers le personnage de Jennifer que nous allons suivre cette folie collective après qu'elle eut reçu un appel de sa gĂ©nitrice. Dans des propos incohĂ©rents extrĂŞmement virulents, cette dernière s'en prend violemment Ă  elle pour lui reprocher d'ĂŞtre responsable de sa dĂ©pression. Quelques minutes plus tard, la mĂ©gère se tire une balle dans la tĂŞte mais y survit in extremis ! Avec l'aide de son mari, Jennifer retourne dans sa rĂ©gion natale pour se rendre Ă  l'hĂ´pital auprès d'elle afin de tenter de saisir les motivations de son suicide. Au mĂŞme moment, d'Ă©tranges Ă©vènements surviennent auprès de la population, les habitants semblant Ă©pris de pulsions immorales !


Avec cet argument prometteur dĂ©cuplant nombre d'incidents dĂ©bridĂ©s, Impulse dĂ©gage un parfum de souffre assez fascinant du point de vue des protagonistes renouant avec leurs bas instincts ! A l'image de ce mĂ©decin dĂ©libĂ©rĂ© Ă  couper le tube d'oxygène d'une patiente de façon irrĂ©gulière pour mieux observer ses instants d'agonie ! Alors qu'un peu plus tard, le shĂ©rif rĂ©gional ne vas pas hĂ©siter Ă  abattre d'une balle dans le dos un adolescent suspectĂ© de vol Ă  l'Ă©talage ! Cette succession d'accidents volontaires dĂ©nuĂ©s de raisonnement nous confine donc dans un cauchemar hallucinĂ© oĂą notre pauvre Jennifer (Meg Tilly dĂ©gage une belle fragilitĂ© Ă©motionnelle) tentera de prĂ©server sa famille en guise de survie. RehaussĂ© du climat champĂŞtre d'un soleil Ă©crasant, Impulse insuffle des sentiments troubles d'inquiĂ©tude et de rire nerveux lorsque les victimes intoxiquĂ©es sont incapables de pouvoir rĂ©frĂ©ner leur accès d'irascibilitĂ© ! Cette psychose collective n'Ă©pargnant aucun citadin, Jennifer semble de plus en plus compromise Ă  protĂ©ger ses proches, Ă  moins que la rĂ©solution de cette pandĂ©mie n'y soit enfin divulguĂ©e. Que nenni ! Graham Baker rĂ©futant le happy end salvateur et enfonçant le clou du nihilisme lors d'une conclusion glaçante Spoiler ! oĂą les autoritĂ©s du gouvernement seront directement mises en cause afin d'Ă©touffer l'affaire ! Fin du Spoil


SĂ©rie B fantastique Ă©colo non dĂ©nuĂ©e de maladresses de par sa rĂ©alisation parfois hĂ©sitante et auprès des rĂ©actions parfois incohĂ©rentes des personnages, Impulse joue la carte du dĂ©lire incongrue Ă  travers son thème alarmiste liĂ© Ă  la pollution, et ce afin de mieux nous surprendre. Le caractère attachant des protagonistes (comĂ©diens de seconde zone au visage familier !), son climat versatile et surtout l'audace impartie Ă  certains moments scabreux (les Ă©changes de regards lubriques entre un adulte et une adolescente) renforcent la nature saugrenue de cet ovni injustement mĂ©connu. 

Dédicace à Christophe Colpaert
29.10.13
Bruno Matéï


lundi 28 octobre 2013

L'HOMME AU MASQUE DE CIRE (House of Wax)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fearsforqueers.blogspot.com

d'André De Toth. 1953. U.S.A. 1h28. Avec Vincent Price, Paul Picerni, Frank Lovejoy, Phyllis Kirk, Carolyn Jones, Charles Bronson.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: AndrĂ© De Toth (Endre von Toth) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain, d'origine austro-hongroise, nĂ© le 15 Mai 1912 Ă  Mako (Csongrad), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Octobre 2002 Ă  Burbank (Californie). 1942: Le Livre de la Jungle (rĂ©alisation de 2è Ă©quipe). 1944: Dark Waters. 1947: Femme de feu. 1947: l'OrchidĂ©e Blanche. 1951: Le Cavalier de la mort. 1952: Les ConquĂ©rants de Carson City. 1953: L'Homme au Masque de cire. 1954: Chasse au gang. 1955: La Rivière de nos amours. 1959: La ChevauchĂ©e des bannis. 1960: Contre-espionnage. 1961: Les Mongols. 1963: l'Or des CĂ©sars. 1968: Enfants de salaud.


"L'un des plus beaux films en couleurs dans l'histoire du cinéma d'épouvante", à découvrir impérativement en HD !

Remake d'un petit classique oubliĂ© des annĂ©es 30, l'homme au Masque de Cire va largement dĂ©passer son modèle sous la houlette d'AndrĂ© De Toth, cinĂ©aste plus habituĂ© aux westerns traditionnels que de l'Ă©pouvante gothique. Pourvu d'un Technicolor resplendissant et de l'interprĂ©tation magnĂ©tique du monstre Vincent Price, ce chef-d'oeuvre inspirĂ© du FantĂ´me de l'OpĂ©ra suscite toujours la mĂŞme fascination, sans tenir compte du procĂ©dĂ© 3D rĂ©volutionnaire de l'Ă©poque. Le PitchRĂ©gisseur d'un musĂ©e de cire, Henry Jarrod voue un amour immodĂ©rĂ© pour ses mannequins de cire. Un soir, son associĂ© cupide dĂ©cide d'incendier l'Ă©tablissement afin de toucher une prime d'assurance de 25 000 dollars. PortĂ© disparu, Henry Ă©labore une vengeance diabolique au sein de ses nouvelles crĂ©ations. 


Ainsi, Ă  travers la vengeance morbide d'un sculpteur entièrement vouĂ© Ă  sa passion, AndrĂ© De Toth livre un classique d'Ă©pouvante d'une santĂ© florissante auprès de sa rĂ©alisation alerte prenant soin de tailler une carrure Ă  ses divers personnages. Que ce soit notre "monstre au masque" accompagnĂ© de sbires disciplinĂ©s (dont l'un d'eux est incarnĂ© par le tout jeune nĂ©ophyte Charles Bronson !), l'investigatrice Sue Allen (très convaincante dans son rĂ´le de limier scrupuleuse !) et son fidèle amant, ou encore les policiers fureteurs aux rĂ©parties sarcastiques. Chacun de ces protagonistes s'impliquant dans l'action avec intĂ©gritĂ© pour faire progresser les Ă©vènements dans une notion de suspense habilement dosĂ©e. L'amour dĂ©sespĂ©rĂ© que porte Henry pour son (nouveau) modèle fĂ©minin et l'enquĂŞte suspicieuse menĂ©e par cette dernière (Sue Allen) demeurant les principaux moteurs Ă©motionnels oĂą leur confrontation s'avèrera toujours plus intense et risquĂ©e ! Outre l'esthĂ©tisme raffinĂ© imparti Ă  sa scĂ©nographie gothique du musĂ©e de cire, l'Homme au masque de cire est donc rehaussĂ© d'une intrigue solide (mĂŞme si classique) alternant rebondissements horrifiques, humour noir et Ă©tude policière. Au delĂ  de la prestance sacrĂ©e de Vincent Price, artiste maudit fĂ©ru d'amour pour sa "Marie Antoinette", la fascination exercĂ©e est notamment dĂ©cuplĂ©e par les mannequins historiques qui jalonnent le musĂ©e dans une reconstitution minutieuse afin de mieux coller Ă  la rĂ©alitĂ© des faits exposĂ©s. Cette aura fantastique sous jacente qui enveloppe le rĂ©cit est d'autant plus trouble quand on sait que sous l'apparence Ă©trangement humaine de ces figures encaustiques s'y planque un cadavre humain !


Au-delà de son attrait irrésistiblement ludique, son incroyable rutilance formelle et la densité des personnages, l'Homme au Masque de cire aborde en sous-texte une réflexion sur l'art perfectible, la quête du sensationnalisme au sein de l'entertainment (le public en quête d'émotions toujours plus intenses !) et surtout la passion dévorante allant à l'encontre de la raison. Or, sous l'allégeance indéfectible de Vincent Price et de ces fameux mannequins de cire, cette vengeance macabre s'est également immortalisée en classique inoxydable !

*Bruno
29.02.24. 6èx
28.10.13. 


samedi 26 octobre 2013

TOP SECRET !

                                          Photo empruntĂ©e sur Google appartenant au site fan-de-cinema.com

de Jim Abrahams, Jerry et David Zucker. 1984. U.S.A/Angleterre. 1h30. Avec Val Kilmer, Lucy Gutteridge, Billy J. Mitchell; Christopher Villiers, Michael Gough, Sydney Arnold, Jim Carter, Omar Sharif, Peter Cushing, Jeremy Kemp.

Sortie salles France: 26 Septembre 1984. U.S: 8 Juin 1984


FILMOGRAPHIE: David Zucker est un réalisateur, producteur, scénariste, acteur, cascadeur américain, né le 16 Octobre 1947 à Milwaukee, Wisconsin (Etats-Unis). 1980: Y'a t-il un pilote dans l'avion ? 1984: Top Secret. 1986: Y'a t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988: Y'a-t'il un flic pour sauver la reine. 1991: Y'a t'il un flic pour sauver le président ? 1993: For Goodness Sake. 1998: BASEketball. 2003: Mon boss, sa fille et moi. 2003: Scary Movie 3. 2006: Scary Movie 4. 2008: An American Carol.
Jim Abrahams est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur américain, né le 10 Mai 1944 à Shorewood. 1980: Y'a t-il un pilote dans l'avion ? 1984: Top Secret. 1986: Y'a t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988: uand les jumelles s'emmêlent. 1990: Roxy est de retour. 1991: Hot Shots ! 1993: Hot Shots 2. 1997: Au risque de te perdre. 1998: Le Prince de Sicile.
Jerry Zucker est un producteur, réalisateur, scénariste et acteur américain, né le 11 Mars 1950 à Milwaukee, Wisconsin. 1979: Rock 'n' Roll Hgh School. 1980: Y'a t-il un pilote dans l'avion ? 1984: Top Secret. 1986: Y'a t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1990: Ghost. 1995: Lancelot. 2001: Rat Race.


Quatre ans après le succès phĂ©nomène Y'a t'il un pilote dans l'avion ?, le trio Jim Abrahams, David et Jerry Zucker rĂ©cidive dans la parodie afin de rendre hommage en l'occurrence Ă  l'espionnage et l'action belliqueuse. Pour anecdote, l'apparition clin d'oeil d'Omar Sharif (franchement Ă  l'aise dans un rĂ´le aussi grotesque !) est d'ailleurs une note d'intention au film d'espionnage homonyme de Black Edwards rĂ©alisĂ© en 1974. ComĂ©die dĂ©bridĂ©e au non-sens que n'aurait pas reniĂ© les Monty Python, Top Secret brasse tous azimuts les classiques vintage des annĂ©es 40/50 (la Grande Evasion, le Magicien d'Oz, l'Homme qui en savait trop, Stalag 17) et les produits modestes des annĂ©es 80, Ă  l'instar de l'inĂ©narrable le Lagon bleu, gros succès "fleur bleue" des annĂ©es 80. A travers la simplicitĂ© d'un scĂ©nario improbable (avec l'aide de rĂ©sistants, un chanteur de rock va tenter de faire Ă©vader un savant notoire emprisonnĂ© en Allemagne de l'Est pour l'achèvement d'une arme secrète), nos rĂ©alisateurs perpĂ©tuent leur tradition du pastiche cartoonesque avec toujours autant de verve impayable.


En comptant un gag visuel ou verbal toutes les 15 Ă  20 secondes, Top Secret ne peut pas concourir Ă  la perfection de l'hilaritĂ©. Mais l'abattage des comĂ©diens (Val Kilmer en tĂŞte, imitant spontanĂ©ment Elvis Presley dans la peau de Nick Rivers !), les numĂ©ros musicaux chorĂ©graphiĂ©s avec entrain et sa frĂ©nĂ©sie visuelle lorgnant vers le fantastique (la dĂ©marche et le langage verso du bibliothĂ©caire incarnĂ© par Peter Cushing, la scĂ©nographie d'un saloon subitement rĂ©gie sous la mer !) nous plongent dans un dĂ©lire anarchique oĂą l'absurditĂ© est Ă  son apogĂ©e. Si les Ă©clats de rire ne sont pas aussi probants que leur indĂ©modable premier chef-d'oeuvre, les ZAZ ont tout de mĂŞme procréé l'objet culte d'une farce impĂ©tueuse !

26.10.13
Bruno Matéï



vendredi 25 octobre 2013

Les RĂ©voltĂ©s de l'an 2000 / ¿QuiĂ©n puede matar a un niño? / Who can kill a child ?

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinaff.com

de Narciso Ibanez Serrador. 1976. Espagne. 1h50. Avec Lewis Fiander, Prunella Ransome, Antonio Iranzo, Miguel Narros, Maria Luisa Arias, Marisa Porcel, Juan Cazalilla.

Sortie salles France: 2 Février 1977. Espagne: 26 Avril 1976

FILMOGRAPHIE: Narciso Ibanez Serrador est un scénariste, producteur et réalisateur uruguayen, né le 4 Juillet 1935 à Montevideo (Uruguay).
1969: La RĂ©sidence. 1976: Les RĂ©voltĂ©s de l'An 2000 

 
"Et l’enfant Ă©gorgea le monde".
Longtemps restĂ© inĂ©dit en DVD/Blu-ray en France, Les RĂ©voltĂ©s de l'an 2000 est une perle rare signĂ©e par un cinĂ©aste discret, natif d’Espagne, qui avait dĂ©jĂ  Ă©branlĂ© les cinĂ©philes avec un premier chef-d'Ĺ“uvre de perversitĂ© gothique : La RĂ©sidence. Sur une petite Ă®le, un couple de vacanciers doit affronter une ribambelle d’enfants tueurs. Cette trame, aussi linĂ©aire qu’improbable, s’Ă©rige sous la camĂ©ra de Narciso Ibáñez Serrador en acmĂ© d’effroi, par sa tension Ă©prouvante, dĂ©nuĂ©e de toute concession.

La force incisive de ce cauchemar hermĂ©tique Ă©mane de son thème – l’enfance meurtrie – et d’une mise en scène alerte, qui rejette toute gaudriole grand-guignolesque. Ă€ l’image de son gĂ©nĂ©rique abominable, franchement insoutenable jusqu’aux larmes, oĂą dĂ©filent des images d’archives de crimes de guerre perpĂ©trĂ©s contre des enfants. Cette introduction, d’une brutalitĂ© extrĂŞme, illustre ce que l’humanitĂ© peut envisager de pire pour sa propre progĂ©niture en cas de gĂ©nocide. PassĂ©e cette turpitude, le film en extrait une fable contestataire, oĂą des bambins passent Ă  l’action du talion contre la cruautĂ© des adultes.

Quoi de plus banal, après tout, qu’un garçonnet innocent batifolant avec ses camarades dans une ruelle ? Sauf qu’ici, leur environnement insulaire est Ă©pargnĂ© de toute prĂ©sence parentale. Serrador tisse alors, avec un sens du suspense latent et un climat de mystère littĂ©ralement permĂ©able, une toile d’araignĂ©e autour de ce couple dĂ©sorientĂ©, pris dans le mutisme pesant des citadins.

Et c’est Ă  travers le tĂ©moignage de deux survivants qu’ils prendront la mesure du danger. Car ici, les bambins fripons Ă  la bouille angĂ©lique tuent, sans la moindre hĂ©sitation, tout Ă©tranger majeur. Aucune justification n’est donnĂ©e pour leurs exactions vengeresses — si ce n’est l’hypothèse d’une haine transmise par tĂ©lĂ©pathie. Ce refus d’explication rationnelle renforce d’autant plus le malaise diffus que perçoit le spectateur, happĂ© dans une impuissance de plus en plus dĂ©sespĂ©rĂ©e.

L’enjeu de survie auquel le couple est confrontĂ© devient alors d’autant plus malsain que la rigueur du rĂ©cit les pousse Ă  riposter par une violence intolĂ©rable. Mais que dire des enfants goguenards, capables d’exercer des sĂ©vices indĂ©cents contre l’Ă©tranger ? Le vieillard battu Ă  mort Ă  coups de bâton, le jeu de la serpe, la dĂ©funte dĂ©shabillĂ©e par des enfants ricanants, le lynchage du père provoquĂ© par sa propre fille… Par son rĂ©alisme âpre et une dimension psychologique terrassante, Ibáñez Serrador orchestre une impitoyable descente aux enfers pour la frĂŞle destinĂ©e de ses hĂ©ros. Ă€ l’image de son final nihiliste, d’une intensitĂ© dramatique sans compromis, jusqu’au malaise moral.


"L’Ă®le aux enfants perdus".
InquiĂ©tant et dĂ©rangeant, psychologiquement effrayant et d’une cruautĂ© inouĂŻe, Les RĂ©voltĂ©s de l’an 2000 est une Ă©preuve de force d’une rare puissance Ă©motionnelle et d’Ă©vocation. Ă€ l’image insensĂ©e de ce fĹ“tus exterminant, de l’intĂ©rieur de l’abdomen, sa propre gĂ©nitrice — il fallait oser pareille idĂ©e tordue ! L’originalitĂ© burnĂ©e du scĂ©nario, la rigueur d’un climat d’Ă©trangetĂ© irrespirable et le jeu Ă©trangement naturel des enfants n’ont jamais Ă©tĂ© aussi convaincants pour transcender la thĂ©matique de l’enfant tueur.

Et si un jour leur rĂ©volte avait lieu… serions-nous capables d’enrayer pareille menace planĂ©taire ? Visionnaire au possible, cette date de l’horreur reste d’une maturitĂ© indĂ©fectible.

Note : En raison de sa violence jugée insupportable, le film fut interdit en Finlande et en Islande.

RĂ©compensePrix de la Critique Ă  Avoriaz, 1977

*Bruno
23.07.24. 4èx. Version anglaise


jeudi 24 octobre 2013

Le Blob / The Blob

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Chuck Russel. 1988. U.S.A. 1h35. Avec Kevin Dillon, Shawnee Smith, Donovan Leitch, Ricky Paull Goldin, Jeffrey DeMunn, Candy Clark, Joe Seneca, Del Close.

Sortie salles U.S: 5 Août 1988. France: 1er Février 1989

FILMOGRAPHIE: Chuck Russel est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 6 AoĂ»t 1952 Ă  Highland Park dans l'Illinois (Etats-Unis). 1987: Freddy 3. 1988: Le Blob. 1994: The Mask. 1996: l'Effaceur. 2000: l'Elue. 2002: Le Roi Scorpion. 2014: Arabian Nights.


Remake d'un petit classique des annĂ©es 50 incarnĂ© par le tout jeune dĂ©butant Steve McQueen, Le Blob revient 30 ans plus tard sous la houlette du nĂ©ophyte Chuck Russel. Après avoir succĂ©der Ă  Wes Craven  et Jack Sholder pour l'entreprise du 3è opus de Freddy, cet habile faiseur de sĂ©rie B Ă©labore avec son second mĂ©trage une rĂ©actualisation beaucoup plus stimulante que son ancĂŞtre. Si bien que grâce aux incroyables effets spĂ©ciaux conçus en partie par la sociĂ©tĂ© Dream Quest Images, le Blob redouble de punch, d'intensitĂ©, d'efficacitĂ© d'Ă©laborer des sĂ©quences cinglantes aussi inventives que spectaculaires. Or, dans un esprit cartoonesque parfois Ă©paulĂ© d'une dose de dĂ©rision sardonique, les attaques rĂ©currentes de la fameuse gĂ©latine organique s'avèrent redoutablement jouissives lorsqu'elle s'attaque aux quidams pour les ingurgiter. A l'instar de ce pauvre clochard ayant osĂ© toucher la masse visqueuse Ă  l'aide d'un bâton après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin du crash d'un mĂ©tĂ©ore. 


Ainsi donc, avec originalité et une surprenante maîtrise au niveau du dynamisme du montage et de sa réalisation avisée allant droit à l'essentiel, Chuck Russel rivalise d'audaces à piéger les victimes au sein d'endroits familiers lors des confrontations avec la chose. Que ce soit à l'intérieur d'une cabine téléphonique ou d'une voiture, dans une chambre d'hôpital ou sous la bouche d'un évier, au plafond d'un cinéma ou encore dans les sous-sols de conduits, le Blob se faufile et s'infiltre dans chaque recoin avec une sagacité redoutable ! Car plus elle ingurgite de victimes, plus sa masse protéiforme s'amplifie ! Néanmoins, cette germe tueuse venue de l'espace par la faute de l'homme possède une faille, celle de ne pas supporter la température extrême du froid. Alors qu'un couple d'adolescents à la fois attachants, réfléchis et débrouillards (une fois n'est pas coutume au sein du moule de la série B de Samedi soir !) tentera d'avertir les autorités et la population du danger exponentiel, une équipe de confinement biologique (des bactériologues véreux) tentera de préserver la chose pour l'asservir en arme de guerre au péril des citadins.


Attention au Blob, ça colle !
De par sa mise en scène rigoureusement nerveuse et son intrigue efficiente multipliant courses-poursuites, action explosive et scènes gores inventives sous le pilier d'un monstre d'un rĂ©alisme visqueux Ă  couper au rasoir, le Blob parvient Ă  divertir avec un savoir-faire artisanal dĂ©bordant de gĂ©nĂ©rositĂ©. A l'instar de ces remarquables trucages (j'insiste) adroitement peaufinĂ©s afin d'y caractĂ©riser l'horreur graphique ainsi que l'aspect dĂ©vastateur d'une gĂ©latine rose d'une redoutable voracitĂ©. Enfin, le duo fraternel formĂ© par les deux amants pugnaces (Kevin Dillon n'est autre que le frère de Matt Dillon dans une sobriĂ©tĂ© hĂ©roĂŻque jamais outrĂ©e) contourne le stĂ©rĂ©otype du teenager Ă©cervelĂ© avec une dose d'humanitĂ© lestement intègre. Un modèle de sĂ©rie B n'ayant pas pris une ride (Ă  2/3 plans cheap près).

*Bruno
26.04.23. 4èx
24.10.13. 

mercredi 23 octobre 2013

Mother's Day

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Charles Kaufman. 1980. 1h31. U.S.A. Avec Nancy Hendrickson, Deborah Luce, Tiana Pierce, Holden McGuire, Billy Ray McQuade, Robert Collins, Rose Ross.

Sortie salles U.S: Septembre 1980

FILMOGRAPHIE: Charles Kaufman est un réalisateur, producteur et scénariste américain. Il est le frère du producteur de la firme Troma. 1977: The Secret Dreams of Mona. 1980: Mother's Day. 1982: Ferocious Female Freedom Fighters? 1985: When Nature Calls. 1988: Jakarta.


"Mother’s Day : la tendresse crasse d’une mère indigne".
Hit vidĂ©o des annĂ©es 80, Mother’s Day fit les beaux jours des fantasticophiles friands de bandes horrifiques dĂ©complexĂ©es. Et si aujourd’hui cette bisserie estampillĂ©e Troma a un peu sombrĂ© dans l’oubli, on se surprend encore de l’efficacitĂ© de ce concept familial soumis Ă  un survival aussi brutal que sardonique.

Le pitch : trois amies cĂ©libataires s’offrent un week-end bucolique en camping sauvage. La nuit tombĂ©e, elles tombent sur une bande de rednecks affamĂ©s de violence. SurexcitĂ©s par leurs trophĂ©es vivants, ces brutes les livrent aussitĂ´t Ă  leur gĂ©nitrice.

D’entrĂ©e, le ton est donnĂ© : impossible d’oublier ce prologue goguenard, oĂą un jeune couple paie le prix d’une panne simulĂ©e. Ă€ l’orĂ©e du sentier forestier, deux hommes masquĂ©s surgissent, les prennent en chasse : dĂ©capitation sèche du pauvre hère, passage Ă  tabac de la fille sous nos yeux — et, face Ă  cette tuerie, une mamie hilare applaudit, tout sourire, les exploits de ses rejetons. Fondu au noir : gĂ©nĂ©rique. Bienvenue chez Mother’s Day, dont le titre seul est dĂ©jĂ  une blague de mauvais goĂ»t. Par le prisme du psycho-killer couplĂ© au survival, Charles Kaufman orchestre une farce sanglante, bardĂ©e de clichĂ©s empruntĂ©s aux bandes dĂ©viantes seventies (Massacre Ă  la Tronçonneuse, La Colline a des Yeux) et au phĂ©nomène Vendredi 13, sorti quatre mois plus tĂ´t.

Si les personnages potaches (mais attachants) et les situations attendues foisonnent durant la première demi-heure, la suite bascule dans un spectacle cartoonesque, bĂŞte et mĂ©chant — pour ne pas dire jouissif. HĂ©ritier des sĂ©ries B d’exploitation, Mother’s Day aligne viols, sĂ©vices et humiliations comme un calvaire grotesque pour nos trois hĂ©roĂŻnes. CloĂ®trĂ©es dans une bicoque infecte, noyĂ©e sous les tĂ©lĂ©s, les dĂ©chets et la junk food, elles s’acharnent Ă  s’Ă©vader, soudĂ©es par leur sororitĂ©. L’intrigue, classique, vaut surtout pour le portrait dĂ©lirant du trio familial : deux crĂ©tins gavĂ©s de pub, de tĂ©lĂ© et de malbouffe, dressĂ©s Ă  la dure par une rombière narcissique qui les mène Ă  la baguette pour mieux sacrifier les Ă©garĂ©s. Leur entraĂ®nement spartiate est d’ailleurs un sommet d’ironie crasse, quand ils rivalisent d’acrobaties sous l’Ĺ“il humide de fiertĂ© maternelle.

Pour relancer le survival, Kaufman entremĂŞle courses-poursuites dans les bois et bascule vers un rape and revenge Ă©maillĂ© de soubresauts empathiques (le sort tragique de l’une des victimes). Ă€ bout de nerfs et de chair, les filles organisent une vengeance d’une sauvagerie animale : hache dans les testicules, aiguille dans le cou, acide dans le gosier, tĂ©lĂ©viseur encastrĂ© dans la tronche, strangulation, charcutage au couteau Ă©lectrique ! Autant dire que la cruautĂ© fuse Ă  un rythme de dessin animĂ© furieux, jouant la catharsis Ă  pleine puissance. Et dans ce dĂ©ferlement, l’amitiĂ© brute, la rage sororale, la revanche viscĂ©rale se cristallisent en un dernier feu d’artifice de bestialitĂ© libĂ©ratrice.


"Quand Maman applaudit le carnage".
PortĂ© par sa folie potache inĂ©galable, Mother’s Day se croque comme une sucrerie empoisonnĂ©e : l’humour noir du clan dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, la cohĂ©sion Ă©reintĂ©e de ses proies, la satire viciĂ©e d’une AmĂ©rique sous perfusion de pop culture en font un petit monument d’irrĂ©vĂ©rence, mĂ©chamment subversif et joyeusement immoral. On osera dire qu’il compte parmi les psycho-killers les plus finauds et inattendus de l’ère 80.
À réserver aux estomacs lestés.
 
Bruno
11/08/18. 6èx
23.10.13. 

Jaquette Vhs appartenant au site l'Antre de l'horreur

Gravity

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de Alfonso Cuaro. 2013. U.S.A/Angleterre. 1h31. Avec Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris.

Sortie salles France: 23 Octobre 2013. U.S: 4 Octobre 2013

FILMOGRAPHIE: Alfonso Cuaro est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur mexicain, nĂ© le 28 Novembre 1961 Ă  Mexico. 1991: Solo con tu pareja. 1995: Le Petite Princesse. 1998: De Grandes EspĂ©rances. 2001: Y tu mama tambien. 2004: Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. 2006: Les Fils de l'Homme. 2013: Gravity.


Repoussant les limites du réalisme au cinéma, Gravity marque un nouvel échelon au sein du space opera dans une forme minimaliste réfutant la surenchère traditionnelle. Nous sommes donc ici à contre-emploi des blockbusters lucratifs conçus pour épater le public ado friand de batailles intergalactiques. Ici, c'est une invitation au voyage en apesanteur auquel nous participons de plein gré. Une contemplation de notre système stellaire tel que nous ne l'avions jamais observé auparavant ! Qui plus est, avec l'entremise du relief, ce procédé perfectible n'aura jamais été aussi inhérent afin de s'immiscer dans l'action où l'immensité de l'espace, la structure détaillée des navettes fissiles ainsi que les pluies fortuites de projectiles déploient une profondeur de champ irréelle !


Ainsi, Ă  travers la survie d'une astronaute perdue au milieu de l'infini, sĂ©vèrement perturbĂ©e par moult incidents techniques et intempĂ©ries de particules, Alfonso Cuaro nous entraĂ®ne dans une dĂ©rive cauchemardesque oĂą la tension s'avère toujours plus expressive ! Car 1h30 durant, nous sommes immergĂ©s dans la conscience fĂ©brile de Ryan Stone, doctoresse prĂ©alablement meurtrie par le deuil accidentel de sa fille et prise de marasme lorsque le manque d'oxygène de sa combinaison s'y fait sentir. A travers son cheminement personnel partagĂ© entre l'instinct de survie et le dĂ©sir du sacrifice, le rĂ©alisateur cĂ©lèbre le courage et le dĂ©passement de soi. La capacitĂ© psychologique de pouvoir se relever en dĂ©sespoir de cause et obstruer ses pensĂ©es les plus noires, notamment la dignitĂ© du baroud d'honneur pour la reconquĂŞte d'une vie terrestre. Bouleversante quand elle livre ses confidences morales face Ă  notre tĂ©moignage ou devant son poste Ă©metteur en guise de solitude, Sandra Bullock livre une interprĂ©tation viscĂ©rale Ă  coeur ouvert. La puissance Ă©motionnelle qui Ă©mane de son dĂ©sespoir existentiel et sa volontĂ© de dĂ©jouer son dĂ©faitisme nous accablant d'une manière d'autant plus intimiste que personne ne peut lui venir en aide au coeur de cet abyme mutique.


Alone
Prouesse technique et visuelle Ă©tourdissante de virtuositĂ© Ă  tel point que certaines images anthologiques confinent au vertige (les astronautes incessamment livrĂ©s au vide de l'apesanteur) ou Ă  la claustration suffocante (l'intĂ©rieur des sas auquel Ryan est contrainte de se blottir), Gravity exalte le lyrisme poĂ©tique d'un cinĂ©aste entièrement vouĂ© Ă  l'humanitĂ© de son personnage. ConfrontĂ©s Ă  un enjeu de survie redoublant de vicissitudes mortelles, Alfonso Cuaro nous fait participer Ă  une expĂ©rience cinĂ©matographique sensitive, nouveau langage expĂ©rimental Ă©tabli via une camĂ©ra amovible. Et de porter Ă  l'Ă©difice un magnifique portrait de femme fragile oĂą la dernière image, symbolique, nous dĂ©chire le coeur de par son onirisme naturaliste.  

23.10.13
Bruno Matéï

    

mardi 22 octobre 2013

Ne vous retournez pas / Don't look now

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieramblings.com

de Nicolas Roeg. 1973. Angleterre/Italie. 1h50. Avec Donald Sutherland, Julie Christie, Hilary Mason, Clelia Matania, Massimo Serato, Renato Scarpa.

Sortie salles France: 18 Septembre 1974

FILMOGRAPHIE: Nicolas Roeg est un rĂ©alisateur anglais et directeur de photo, nĂ© le 15 AoĂ»t 1928 Ă  Londres. 1970: Performance. 1971: La RandonnĂ©e. 1973: Ne vous retournez pas. 1976: l'Homme qui venait d'ailleurs. 1980: EnquĂŞte sur une passion. 1984: Eureka, 1985: Insignificance. 1986: Castaway. 1988: Track 29. 1990: Les Sorcières. 1991: Cold Heaven. 1995: Two Deaths. 2007: Puffball.


Pierre angulaire du fantastique cĂ©rĂ©bral, Ne Vous retournez pas est l'une des rares expĂ©riences cinĂ©matographiques Ă  avoir su transcender l'inquiĂ©tude oppressante de manière Ă©thĂ©rĂ©e si bien que nos sentiments troubles se laissent voguer au rythme d'une intrigue latente perpĂ©tuellement envoĂ»tante. A contrario de son point d'orgue terrifiant culminant vers un meurtre graphique Ă  la vision d'effroi, Nicolas Roeg brode une intrigue machiavĂ©lique oĂą la (hantise de la) mort, le faux semblant et la prĂ©monition s'avèrent les thèmes essentiels de cette excursion avec le mysticisme. Car par l'entremise du prĂ©lude traumatique auquel une fillette en manteau rouge vient de perdre la vie en se noyant dans une rivière, Ne vous retournez pas suit le cheminement des parents endeuillĂ©s au sein de la ville spectrale de Venise.


Ainsi, à travers une photo naturaliste, c'est un véritable voyage touristique que le réalisateur nous guide parmi la présence de citadins instinctivement craintifs de présence étrangère. Dans cette région mutique aux ruelles obscures, John et Laura Baxter établiront la connaissance de deux soeurs décaties dont l'une s'avère médium. Réfractaire à l'existence d'un au-delà alors qu'au moment de la mort de sa fille un présage inscrit sur une diapositive se révéla à lui, John se retrouve confronté à son scepticisme face au témoignage d'incidents alarmistes. De son côté, sa femme Laura se réconforte dans les bras de l'extralucide après avoir appris que sa fille se trouve en harmonie dans un au-delà serein. Néanmoins, un avertissement divinatoire les mettra en garde pour le sort de John. Tandis que ce dernier sera nouveau être témoin d'une étrange vision (sa propre femme vêtue de noir en compagnie des soeurs inséparables), un mystérieux tueur accoutré d'une capuche rouge perpétue ses crimes dans les parages.


La peur innĂ©e de la mort, notre questionnement sur l'existence d'un "ailleurs", la paranoĂŻa s'insinuant dans notre fragilitĂ© lorsqu'un deuil familial vient de nous accabler, Nicolas Roeg traite ces thèmes avec un pouvoir de suggestion aussi trouble qu'hypnotique. Sa mise en scène avisĂ©e et expĂ©rimentale, exploitant Ă  merveille le cadre touristique d'un Venise diaphane, s'enrichit d'un montage rigoureux afin de nous perturber les sens entre prĂ©sent, passĂ© et futur. Qui plus est, le jeu viscĂ©ral du couple Julie Christie / Donald Sutherland (Ă  l'instar de leur Ă©treinte charnelle oĂą l'Ă©rotisme ne fut jamais aussi virginal Ă  l'Ă©cran) agrĂ©mente un climat sensitif oĂą nos facultĂ©s semblent dĂ©libĂ©rĂ©ment s'abandonner Ă  l'alchimie crĂ©atrice du cinĂ©aste. Errance obsĂ©dante avec l'insolite d'une rĂ©alitĂ© indĂ©cise, balade crĂ©pusculaire avec la mort et ses prĂ©monitions, Ne vous retournez pas s'accapare de notre psychĂ© Ă  la manière sensorielle du paternel rongĂ© par son deuil filial. Ainsi, Ă  travers son parcours introspectif (auquel il est aussi permis d'Ă©voquer le rĂŞve de sa culpabilitĂ©), Nicolas Roeg Ă©voque une rĂ©flexion spirituelle sur l'angoisse de l'inconnu, sur l'illusion de notre rĂ©alitĂ© ("rien n'est ce qu'il semble ĂŞtre") et sur la force de l'intuition en interne d'un cauchemar insurmontable.

*Bruno
31.05.24. 4èx. Vostfr
22.10.13.