mercredi 2 avril 2014

LES VIERGES DE LA PLEINE LUNE (Il Plenilunio delle Vergini)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vampyres-online.com

de Luigi Batzella. 1973. Italie. 1h22. Avec Mark Damon, Rosalba Neri, Francesca Romana Davila, Esmeralda Barros, Xiro Papas, Sergio Pislar...

FILMOGRAPHIE: Luigi Batzella est un réalisateur italien né le 27 Mai 1924 à San Sperate, en Sardaigne, décédé le 18 Novembre 2008.
1966: Tre franchi di pietà. 1969: Les Mille et une nuits d'Istamboul. 1970: Quand explose la dernière grenade. 1971: Pour Django les salauds ont un prix. 1971: Les Ames damnées de Rio Chico. 1972: Le poulain était fils Dieu. 1972: Confessioni segrete di un convento di clausura. 1973: Les Vierges de la pleine lune. 1974: Les Nuits perverses de Nuda. 1974: Lo Strano ricatto di una ragazza par bene. 1977: Les Tigres du Désert. 1977: Holocauste Nazi. 1978: Symphonie de l'amour. 1979: La Guerre du Pétrole. 1980: l'Implacable Défi (non crédité).


CinĂ©aste mineur responsable du scandaleux et très Z Holocauste Nazi, Luigi Batzell rĂ©alise en 1973 son meilleur film avec Les Vierges de la pleine lune. On est d'autant plus surpris par la qualitĂ© du produit que sa raretĂ© nous avait portĂ© prĂ©judice au sein de l'hexagone. Chose rĂ©parĂ©e aujourd'hui puisque le film bĂ©nĂ©ficie enfin d'une sortie Dvd digne de son support sous l'Ă©gide d'Artus Film !
A la recherche d'un anneau prĂ©cieux confĂ©rant richesse et pouvoir Ă  celui qui le possède, deux frères dĂ©cident de partir en Transylvanie pour tenter de se l'approprier dans l'ancien château du comte Dracula. AttisĂ© par la cupiditĂ©, Franz arrive d'abord le premier et se voit accueilli par une Ă©trange comtesse fĂ©rue de messe noire. 


Ce qui frappe d'emblée avec cette série B bien ancrée dans l'expression "Bis", c'est le soin accordé à la poésie de ces images contrastant avec des éclairages limpides. Notamment la richesse de sa photographie transcendant une scénographie gothique pour composer des séquences picturales axées sur la sensualité féminine et le rituel de sacrifices. Le réalisateur pallie donc son budget minimaliste par le sens esthétique d'un univers funeste où le rouge, le blanc et le noir prédominent l'assemblée des suceurs de sang. Si le scénario n'est pas un modèle d'intelligence, il s'avère bien conté, assez captivant, parfois surprenant (la relation insidieuse des frères jumeaux, l'épilogue nihiliste relégué en farce macabre) et d'autant mieux rythmé par son lot de rebondissements (la dernière demi-heure multiplie actions imprévisibles et retournements de situation !). Qui plus est, la caractérisation des personnages s'avère également attachante dans le jeu de séduction alloué entre Franz et la veuve de Dracula. Ponctué de séquences érotiques vertueuses et de quelques scènes gores graphiques, les Vierges de la pleine lune est une plongée fantasmatique dans la demeure intimiste d'une femme vampire adepte de solitude. Possédant une bague conférant tous les pouvoirs, elle décide de régir sa vie sous la mainmise des ténèbres en exploitant le sang des jeunes vierges et en séduisant les mâles imprudents. A travers sa mise en scène stylisée, Luigi Batzella emprunte donc les thèmes du vampirisme, de la beauté éternelle et du satanisme en mettant en exergue les pouvoirs surnaturels d'une amulette et d'un anneau, symboles antinomiques du Bien et du Mal. Sur ce point, la confrontation finale (à la lisière du grotesque !) instaurée entre Karl et la comtesse réussit à nous y impliquer, non sans une certaine ironie dans leurs efforts surmontés.


Sans aucune prĂ©tention que de divertir modestement, Luigi Batzell compose avec les Vierges de la peine lune une sĂ©rie B finalement originale dans son thème Ă©culĂ© du vampirisme d'oĂą plane l'ombre de la comtesse Bathory (douche de sang Ă  l'appui !), d'autant plus formelle dans le sens du cadrage hĂ©ritĂ© de l'art pictural. 

Bruno Matéï


mardi 1 avril 2014

LA VENGEANCE DE LADY MORGAN (La Vendetta di Lady Morgan)

                                                                                Photo personnelle appartenant Ă  Bruno Dussart.

de Massimo Pupillo. 1965. Italie. 1h25. Avec Barbara Nelli, Erika Blanc, Gordon Mitchell, Paul Muller, Michel Forain, Carlo Kechler.

Sortie salles Italie: 16 Décembre 1965

FILMOGRAPHIE: Massimo Pupillo est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 7 Janvier 1929 à San Severo, Italie.
1961: Teddy, l'osacchiotto vagabondo. 1965: Cinq tombes pour un médium. 1965: Vierges pour le bourreau. 1965: La Vengeance de Lady Morgan. 1967: Django, le taciturne. 1970: L'amore, questo sconosciuto. 1970: Giovane Italia, Giovane Europa. 1984: Sajana, l'audace impresa


ExhumĂ© de l'oubli grâce Ă  l'Ă©diteur français Artus Films, La Vengeance de Lady Morgan renoue avec la tradition du gothisme italien en s'inspirant de Danse Macabre de Margheriti. Joliment mis en scène dans un noir et blanc ciselĂ©, le film relate l'histoire d'amour impossible entre deux amants, tour Ă  tour victimes du complot d'Harold Morgan et de ses sbires. PersuadĂ©e que son ancien amant est mort d'une noyade accidentelle, Susan s'est donc rĂ©solue Ă  Ă©pouser le comte Morgan en dĂ©sespoir de cause. DivisĂ© en deux parties, le premier segment joue la carte de la sobriĂ©tĂ© pour dĂ©peindre les tourments psychologiques de la jeune fille, sĂ©vèrement persĂ©cutĂ©e par son mari cupide, et victime d'hypnose de la part d'une des domestiques. Sa vie conjugale vire donc rapidement au cauchemar depuis que d'Ă©tranges Ă©vènements influent sur son Ă©tat mental et depuis que son Ă©poux infidèle a manigancĂ© un complot communautaire en guise d'hĂ©ritage.


Dans un souci esthétique, Massimo Pupillo compose des images gracieuses (voires aussi baroques à certains moments) en harmonie avec le style gothique du château hanté, des couloirs inquiétants éclairés aux candélabres, du cimetière brumeux et d'une crypte à torture. Outre l'aspect envoûtant de la scénographie, le film tire également parti de la caractérisation des personnages sournois au charisme évocateur. Que ce soit le majordome au visage buriné qu'incarne avec démence le vétéran Gordon Mitchel, le compte orgueilleux Harold Morgan qu'interprète Paul Muller dans une posture longiligne, ou encore la domestique aguicheuse qu'Erika Blanc endosse avec charme pernicieux ! Enfin, compromise par l'infortune de la mort, la personnalité de Lady Morgan plane sur le récit à l'instar du fantôme en robe blanche que Barbara Nelli retranscrit avec autant de fragilité que d'empathie pour la destinée de son compagnon. La deuxième partie, beaucoup plus exubérante, emprunte le thème du vampirisme (la condition des fantômes mécréants contraints de boire du sang afin de survivre dans notre monde !) et joue avec les forces du surnaturel lorsque Susan décide d'entamer une vengeance diabolique conçue sur le subterfuge SPOILER ! puisque les responsables de sa mort finiront maladroitement par s'entretuer fin du SPOILER. Emaillé de séquences chocs éculées mais efficaces (les procédés spectaculaires de l'esprit frappeur imposent l'artillerie usuelle des portes qui claquent, des objets qui se déplacent, du vent violent et de l'embrasement du feu ), Massimo Pupillo se laisse notamment aller à l'horreur graphique lorsque l'un des antagonistes grièvement blessé est sévèrement pris à parti avec les sabots d'un cheval !


Scénario structuré, noir et blanc formel, gothique raffiné, érotisme sensuel et personnages fielleux, La Vengeance de Lady Morgan se porte en digne représentant de l'horreur italienne dans sa texture séculaire liée à l'architecture moyenâgeuse. Une belle surprise et une aubaine que les aficionados pourront découvrir pour la première fois en Dvd chez Artus Films

Bruno Matéï

lundi 31 mars 2014

Le Cirque des Vampires / Vampire Circus

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site projectdeadpost.com

de Robert Young. 1972. Angleterre. 1h27. Avec Laurence Payne, Domini Blythe, Lynne Frederick, Thorley Walters, Adrienne Corri, Robert Tayman.

Sortie salles: 23 Août 1973

FILMOGRAPHIE: Robert (William) Young est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 16 Mars 1933 à Cheltenham. 1972: Le Cirque des Vampires. 1979: Le monde est plein d'homme mariés. 1993: Grandeur et descendance. 1997: Créatures Féroces.

Etrange Ă©crin (maudit) que ce Cirque des vampires (Ă©chec public et critique Ă  sa sortie), au sein de l’illustre firme Hammer - qui plus est, façonnĂ© par un cinĂ©aste encore nĂ©ophyte : Robert Young.
En dĂ©pit de quelques effets spĂ©ciaux perfectibles et du cabotinage parfois appuyĂ© de Robert Tayman - il force le trait dans sa posture vampirique, mais se rattrape par un charisme dĂ©lĂ©tère, irradiĂ© d’un regard viciĂ© - cette sĂ©rie B quasi expĂ©rimentale impose sa singularitĂ©, son pouvoir de fascination autre, grâce au dĂ©cor forain et Ă  la subversion assumĂ©e qui circule sous le chapiteau.

Synopsis: En 1810, le comte Mitterhouse est assassinĂ© par les villageois après avoir tentĂ© d’enlever une mère et sa fille. Avant d’expirer, il promet de revenir hanter leurs descendants. Quinze ans plus tard, un cirque s’installe dans la rĂ©gion, dirigĂ© par son cousin. Des meurtres sanglants s’enchaĂ®nent ; la suspicion enfle ; l’Ă©trange confrĂ©rie est dĂ©signĂ©e.


Ă€ partir d’un postulat classique - la vengeance d’un vampire venu parachever sa malĂ©diction - Robert Young dĂ©joue l’impression de dĂ©jĂ -vu par l’Ă©clat de scènes singulières et l’onirisme des tours de prestidigitation. Le premier spectacle de la femme-tigre. L’Ă©preuve du miroir de la vie, oĂą certains villageois se voient projetĂ©s, malgrĂ© eux, vers une autre dimension. Le saut crĂ©pusculaire des funambules mĂ©tamorphosĂ©s en chauves-souris, sous l’Ĺ“il mĂ©dusĂ© du public.
Cette communautĂ© gitane, soumise Ă  l’autoritĂ© du mal, rassemble des figures extravagantes - l’Hercule, l’homme panthère, les jumeaux vampires, le nain - chacune vouĂ©e Ă  un stratagème sacrificiel. La confrontation surnaturelle des villageois Ă  ces pièges relance sans cesse une action sanglante, comme un sursaut contre la mort.
Et puis, fidèle Ă  la dĂ©ontologie Hammer : dĂ©cors flamboyants tout juste nuancĂ©s - le cirque nocturne tapi dans les bois, la chapelle, la crypte -, horreur graphique flirtant avec un gore rutilant, jeunes filles aux poitrines charnelles irradiant d’une sensualitĂ© naturelle.


D’une beautĂ© indicible, dĂ©concertant au premier abord - il faut le revoir, disait Alain Schlockoff, pour en saisir la richesse et palier ses lacunes narratives, dans les Bonus du Blu-ray-, Le Cirque des vampires doit sa fascination macabre Ă  ce chapiteau gouvernĂ© par une alliance aussi ombrageuse que sournoise.
Il en Ă©mane une Ĺ“uvre exigeante, traversĂ©e d’audaces thĂ©matiques (saphisme, inceste, pĂ©dophilie tacite, infanticides) et de fulgurances poĂ©tiques, au point que certaines images s’impriment en nous, presque malgrĂ© nous.

À revoir, encore et encore, pour en éprouver toute la substance.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx. Vostfr

vendredi 28 mars 2014

HIDDEN (The Hidden). Grand Prix Avoriaz 1988.

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Jack Sholder. 1987. U.S.A. 1h36. Avec Kyle MacLachlan, Michael Nouri, Claudia Christian, Clarence Felder, Clu Gulager, Ed O'Ross, William Boyett.

Sortie salles France: 23 Mars 1988. U.S: 20 Octobre 1987

FILMOGRAPHIE (source wikipedia): Jack Sholder est un réalisateur américain, né le 8 juin 1945 à Philadelphia. 1973: The Garden Party (court-métrage). 1982: Alone in the dark. 1985: Le Revanche de Freddy. 1987: Hidden. 1988: Vietnam War Story 2. 1989: Flic et Rebelle. 1990: By Dawn's Early Light (télé-film). 1993: 12H01: prisonnier du temps (télé-film). 1994: Sélection naturelle (télé-film). 1994: The Omen (télé-film). 1996: Generation X (télé-film). 1997: Panique sur l'autoroute (télé-film). 1999: Wishmaster 2. 2001: Arachnid. 2002: Beeper. 2004: 12 Days of terror.


Déjà auteur de l'excellent Alone in the Dark (psycho-killer sardonique où des fous s'évadaient d'un asile pour semer la panique dans une banlieue !) et du sympathique second opus de Freddy, La Revanche de Freddy, Jack Sholder réalise en 1987 son meilleur film avec Hidden, auréolé du Grand Prix d'Avoriaz. Si l'on peut néanmoins contester l'attribution de cette prestigieuse récompense, on ne peut nier l'incroyable efficacité d'un récit alternant action explosive et science-fiction horrifique, quand bien même la vigueur de sa réalisation et la précision de son montage nous laissent sur les rotules.

Partant d'un pitch complètement délirant - un parasite féru de gros flingues, de rock'n'roll et de vitesse en Ferrari investissant le corps de citadins pour foutre le zouc dans une bourgade de Los Angeles -, le réalisateur exploite une pure série B ludique conçue autour du fun des situations. Inspiré de classiques notoires parmi lesquels Alien et The Thing, il reprend le thème éculé de l'extraterrestre inhospitalier en dédiant ses confrontations belliqueuses aux forces de police, où l'action et les cascades n'auront de cesse de rebondir d'une séquence à l'autre.


Mené sur un rythme sans faille, le scénario tire notamment son efficacité des stratégies récurrentes que le parasite est contraint d'adopter afin de se glisser dans la peau d'une victime, puis d'en dégoter rapidement une autre dès que le corps qu'il occupe a été trop abîmé. L'idée retorse consistant à éradiquer la créature à l'aide d'une arme futuriste est également bien exploitée puisque son adversaire doit attendre qu'elle s'extirpe de l'enveloppe corporelle de sa victime, le pistolet ne produisant aucun dommage sur la chair humaine.

Au même moment, deux inspecteurs sont dépêchés sur le terrain afin d'enquêter sur cette vague de crimes inexpliqués tandis que de modestes quidams sont subitement atteints de démence. Pour ajouter un peu de consistance à l'intrigue, l'un des deux policiers s'avère être un agent du FBI investi d'une mission secrète que son supérieur tente vainement de percer, jusqu'au moment où ce premier décide d'avouer sa fonction de sauveur de l'humanité.

D'ailleurs, on peut saluer le jeu diaphane de Kyle MacLachlan, qui incarne à merveille un humanoïde flegmatique au regard étrangement angélique. Son comparse, interprété par Michael Nouri, s'avère tout aussi persuasif dans la peau d'un flic expéditif tentant de démystifier les tenants et aboutissants d'une improbable enquête. Outre la violence incisive de ses scènes spectaculaires et son humour noir décomplexé, Hidden bénéficie également d'effets spéciaux modestes mais tout à fait impressionnants (la grosse limace s'extirpant en temps réel de la bouche d'une victime pour en infiltrer une autre !).


Fun et jouissif de par son lot ininterrompu d'action explosive où les gunfights confinent au carnage - la dernière demi-heure pétaradante se rapprochant des excès destroy de Terminator -, Hidden s'érige en véritable leçon de mise en scène pour son sens de l'efficacité, où les altercations n'auront de cesse de redoubler d'intensité. Enfin, la complicité formée par le duo de flics ajoute une certaine densité psychologique, voire une dimension humaine dédiée au sens du sacrifice, à leurs rapports d'abord marqués par la divergence, avant que la confiance mutuelle ne finisse par porter ses fruits.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

3è

RĂ©compensesGrand Prix au Festival d'Avoriaz, 1988
Prix du Jury de la critique internationale et prix du meilleur acteur pour Michael Nouri, lors du Festival du film de Catalogne en 1987.
Prix du meilleur rĂ©alisateur et nomination au prix du meilleur film au festival Fantasporto en 1988.

jeudi 27 mars 2014

La Guerre du Feu / Quest for Fire. César du Meilleur Film

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site relamovies.com

de Jean Jacques Annaud. 1981. France/Canada. 1h36. Avec Everett McGill, Ron Perlman, Nicholas Kadi, Rae Dawn Chong.

Récompenses: César du Meilleur Film, César du Meilleur Réalisateur

Sortie salles France: 16 Décembre 1981. Canada: 10 Février 1982

FILMOGRAPHIE: Jean-Jacques Annaud est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 1er Octobre 1943 Ă  Juvisy-sur-Orge (Essonne). 1976: La Victoire en Chantant. 1979: Coup de TĂŞte. 1981: La Guerre du Feu. 1986: Le Nom de la Rose. 1988: L'Ours. 1992: L'Amant. 1995: Guillaumet, les ailes du courage. 1997: 7 ans au Tibet. 2001: Stalingard. 2004: Deux Frères. 2007: Sa MajestĂ© Minor. 2011: Or Noir. 2015: Wolf Totem.


Il y a 80 000 ans se levait l'aube de l'humanitĂ©. L'homme prĂ©historique savait conserver le feu offert par les hasards de la nature: foudre, Ă©ruptions volcaniques. Mais il ne savait pas le crĂ©er artificiellement. Ce feu, pour nous, si banal, Ă©tait l'enjeu de rivalitĂ©s impitoyables. En ces âges farouches, le feu assurait la survie de notre espèce. Il servait Ă  l'homme pour se protĂ©ger des froids terribles des glaciations, Ă©carter les animaux fĂ©roces, cuir les viandes. Les hordes s'organisaient autour de sa claire puissance bienfaitrice. Ceux qui le possĂ©daient possĂ©daient la vie. 

Succès mondial lors de sa sortie, auréolé chez nous du César du Meilleur Film, La Guerre du Feu est une gageure à vocation pédagogique et ludique que Jean-Jacques Annaud relève dignement afin de reconstituer l'époque du Paléolithique. Une première dans l'histoire du cinéma puisque le réalisateur traite son sujet avec souci de réalisme dans sa configuration géographique (décors naturels du Canada, de l'Ecosse et du Kenya), dans sa violence graphique imposée (affrontements sanglants assez brutaux) mais aussi dans la physionomie des acteurs au faciès simiesque ! On est donc loin ici des ersatz transalpins qui exploiteront rapidement le filon dans une précarité de système Z à but foncièrement mercantile.


Notre aventure dĂ©bute donc avec l'expĂ©dition de trois guerriers de la tribu des Ulam contraints de quitter leur contrĂ©e pour partir conquĂ©rir le feu après l'avoir Ă©garĂ© dans un rĂ©cipient. A partir de ce simple canevas, le rĂ©alisateur nous dĂ©peint un captivant rĂ©cit d'aventure chargĂ© de souffle Ă©pique lors de ces batailles adverses que nos trois hĂ©ros vont devoir braver durant leur pĂ©riple. RĂ©cit initiatique, leçon de vie pour l'Ă©volution humaine, La Guerre du Feu se porte en humble tĂ©moignage afin de rendre hommage Ă  nos ancĂŞtres oĂą leur destinĂ©e de survie s'avĂ©rait particulièrement prĂ©caire. Incessamment confrontĂ©s Ă  l'hiver climatique d'une nature sauvage, aux rivalitĂ©s des tribus et Ă  l'hostilitĂ© d'animaux affamĂ©s, nos hĂ©ros vont devoir Ă©valuer leur sens de bravoure afin de s'approprier la denrĂ©e du feu et pouvoir le crĂ©er indĂ©pendamment. De par leur Ă©preuve de survie, leur dĂ©sir de prĂ©server leur dynastie mais aussi leur esprit de curiositĂ©, ils vont dĂ©fier la peur et apprendre les sens du mot amour, respect, fraternitĂ© et humour en se mesurant Ă  la culture des tribus Ă©trangères. Ainsi, Ă  travers le tempĂ©rament primitif de l'homme, capable de perpĂ©trer impunĂ©ment un viol sur une Ă©trangère, Jean Jacques Annaud illustre notamment notre instinct machiste et phallocrate avant de nous inculquer la valeur essentielle de l'amour. Car Ă  travers la relation empathique partagĂ©e entre Naoh et Ika, le rĂ©alisateur dĂ©peint avec poĂ©sie la prĂ©mices amoureuse lorsque deux amants sont communĂ©ment Ă©pris de sentiments avant de procrĂ©er leur descendance (l'Ă©pilogue tacite au clair de lune).


Projet casse-gueule rĂ©putĂ© inadaptable, voir peu convaincant du point de vue de certains scientifiques, La Guerre du Feu rĂ©ussit pourtant l'exploit de retranscrire le PalĂ©olithique avec souci de rĂ©alisme studieux. EsthĂ©tiquement magnifique Ă  travers ces dĂ©cors montagneux, bercĂ© d'une partition envoĂ»tante Ă  la flĂ»te de Pan et Ă©paulĂ© du jeu intense des comĂ©diens, Jean-Jacques Annaud accorde autant de crĂ©dit au sens du mot spectacle dans cette aventure lyrique oĂą le feu reste la convoitise pour nos ancĂŞtres afin de prĂ©munir leur destinĂ©e. Chef-d'oeuvre au demeurant. 

Bruno Matéï
4èx 

    mercredi 26 mars 2014

    Black Christmas / Silent Night Evil Night

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arte.tv

    de Bob Clark. 1974. Canada. 1h38. Avec Olivia Hussey, Keir Dullea, Margot Kidder, John Saxon, Andrea Martin, Marian Waldman.

    Sortie salles Canada: 11 Octobre 1974. U.S: 20 DĂ©cembre 1974 

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Bob Clark est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 5 AoĂ»t 1941 Ă  La Nouvelle-OrlĂ©ans, en Louisiane (Etats-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 4 Avril 2007 Ă  Pacific Palisades, en Californie. 1966: The Emperor's New Clothes. 1967: She-Man. 1972: Children Shouldn't play with dead things. 1974: Le Mort-Vivant. 1974: Black Christmas. 1979: Meurtre par dĂ©cret. 1980: Un Fils pour l'Ă©tĂ©. 1982: Porky's. 1983: Porky's 2. 1983: A Christmas Story. 1984: Rhinestone. 1985: Turk 182 ! 1987: From the Hip. 1990: Loose Cannons. 1995: Derby (tĂ©lĂ©-film). 1999: P'tits gĂ©nies. 2004: SuperBabies.

     
    "Le grenier aux murmures".
    Pièce fondatrice du psycho-killer, Black Christmas dĂ©tourne les codes du genre horrifique avec une perspicacitĂ© peu commune, une mise en scène affĂ»tĂ©e s’opposant aux conventions par son originalitĂ© et son sens de la dĂ©rision macabre.

    Partant de ce simple postulat - des Ă©tudiantes d’une rĂ©sidence harcelĂ©es au tĂ©lĂ©phone par un psychopathe et disparaissant une Ă  une sous l’autoritĂ© perplexe de la police - Bob Clark Ă©rige son suspense de façon circonspecte, le laissant sourdre jusqu’Ă  un crescendo suffocant. L’idĂ©e retorse, gĂ©nialement exploitĂ©e, veut que le tueur se tapisse Ă  l’endroit mĂŞme oĂą logent ses proies : une stratĂ©gie perfide pour mieux les piĂ©ger et accomplir impunĂ©ment ses exactions. PlanquĂ© dans le grenier, après avoir massacrĂ© deux locataires, il ne cesse d’importuner ses proies au tĂ©lĂ©phone, attendant l’instant propice pour frapper Ă  nouveau. Alors que police et badauds imaginent le meurtrier en maraude dans le blizzard, lui perpĂ©tue son rituel, ricanant Ă  travers ses appels - divagations verbales d’une tonalitĂ© tantĂ´t goguenarde, tantĂ´t stridente, qui glacent le sang.

     
    Ce harcèlement tĂ©lĂ©phonique, nouvelle trouvaille, Bob Clark l’exploite avec une ingĂ©niositĂ© diabolique pour distiller l’anxiĂ©tĂ© sans recourir aux artifices balisĂ©s. Qui plus est, la prĂ©sence fantomatique du tueur, insinuĂ©e par la camĂ©ra subjective, exacerbe l’inquiĂ©tude et l’insĂ©curitĂ© rĂ©gnant au sein du huis clos. La manière dont il abat ses victimes sans jamais se faire prendre sĂ©duit par son comportement studieux, mĂ©thodique, insaisissable. Autre astuce macabre : la première victime, figĂ©e Ă  une fenĂŞtre du grenier, guette le monde de son Ĺ“il de verre - et nul, parmi la police ou les passants, n’aura la curiositĂ© de lever la tĂŞte !

    CĂ´tĂ© mise Ă  mort, Clark innove sans esbroufe : il privilĂ©gie la concision, la stylisation, hĂ©ritĂ© du giallo — comme en tĂ©moigne la mise Ă  mort onirique de Barbara, engloutie par le sommeil. Toujours prĂŞt Ă  briser ses propres codes, il parsème l’horreur de sĂ©quences dĂ©licieusement pittoresques : ainsi ce duo de flics pris d’un fou rire, raillant un collègue incapable de saisir le mot « fellation ». Puis, de manière exponentielle, Clark culmine un final terrifiant oĂą les rebondissements manipulent sans vergogne et nous laissent, hagards, Ă  scruter le sort de la dernière survivante - et l’identitĂ©, pour toujours incertaine, du monstre tapi dans l’ombre.


    "Le Sapin a les boules." 
    PrĂ©curseur de Halloween, Terreur sur la ligne et d’une kyrielle d’ersatz, Black Christmas transcende le psycho-killer par un sens du suspense mĂ©ticuleux, Ă  l’efficacitĂ© intacte. Chef-d’Ĺ“uvre atypique, d’une modernitĂ© insoupçonnĂ©e dans sa mise en scène roublarde, il demeure un divertissement horrifique qui, un demi-siècle plus tard, n’a pas pris une ride.

    *Bruno 
    16.01.24 — 3èx. Vostfr

    Récompense: Prix de la meilleure actrice pour Margot Kidder et meilleur montage son pour Kenneth Heeley-Ray, au Canadian Film Awards, 1975.

    mardi 25 mars 2014

    Les Innocents / The Innocents. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site peoplearecrying.blogspot.com

    de Jack Clayton. 1961. Angleterre. 1h40. Avec Deborah Kerr, Michael Redgrave, Peter Wyngarde, Megs Jenkins, Pamela Franklin. 

    Sortie salles France: 16 Mai 1962

    FILMOGRAPHIE: Jack Clayton est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 1er mars 1921 à Brighton, décédé le 26 Février 1995 à Slough (Royaume-Uni). 1959: Les Chemins de la haute ville. 1961: Les Innocents. 1964: Le Mangeur de Citrouilles. 1967: Chaque soir à 9 heures. 1974: Gatsby le magnifique. 1983: La Foire des Ténèbres. 1987: The Lonely passion of Judith Hearne. 1992: Memento Mori (télé-film).

     
    "Le doute comme unique vérité."
    Quintessence du cinĂ©ma fantastique pur et dur, dans ce qu’il a de plus Ă©thĂ©rĂ© et abrupt, Les Innocents est un cauchemar sur pellicule que le cerveau encaisse comme une Ă©preuve de force. Modèle d’Ă©criture ciselĂ©e, entièrement vouĂ©e Ă  la psychologie torturĂ©e de ses personnages, Les Innocents emprunte aux thèmes de la hantise, de la possession et de l’enfant malĂ©fique avec une force de persuasion sans Ă©gale.

    C’est dans le pouvoir de suggestion que Jack Clayton se surpasse pour orchestrer une histoire dĂ©moniaque, oĂą deux enfants espiègles seront sĂ©vèrement rĂ©primandĂ©s par leur nouvelle gouvernante. PersuadĂ©e qu’ils sont les vecteurs d’une malĂ©diction invoquĂ©e par leur ancien valet de maison, elle apprend, par la nourrice, que ce dernier - prĂ©nommĂ© Quint - a trouvĂ© la mort dans un accident douteux liĂ© Ă  son Ă©briĂ©tĂ©. Plus troublant encore : Miss Jessel, ancienne gouvernante, est elle aussi dĂ©cĂ©dĂ©e subitement après une liaison particulièrement licencieuse avec Quint. Face Ă  l’insolence croissante des enfants et Ă  leur comportement interlope, Miss Giddens, la nouvelle maĂ®tresse de maison, est convaincue qu’ils sont possĂ©dĂ©s par les fantĂ´mes des deux amants. Ses soupçons se cristallisent dès l’instant oĂą elle aperçoit Ă  plusieurs reprises leurs silhouettes tapies dans la maison ou rĂ´dant près du parc…

    Ce scénario charpenté, Jack Clayton le maîtrise avec une rare subtilité, distillant une angoisse tangible, un malaise diffus qui ne laisse jamais le spectateur en paix.
    ÉpaulĂ© par la photographie en clair-obscur du grand Freddie Francis, les jeux d’ombre et de lumière accentuent le sentiment d’insĂ©curitĂ© latente, enfouie dans les murs mĂŞmes de cette demeure victorienne.
    En jouant sur le gothique intimiste des pièces closes et sur le regard angĂ©lique de bambins prĂ©tendument innocents, le rĂ©alisateur installe un vĂ©ritable climat malsain, suffocant, Ă  mesure que la gouvernante s’abandonne Ă  la certitude qu’une force obscure s’est emparĂ©e de leurs âmes.

    Mais la grande force du rĂ©cit rĂ©side dans sa manière de faire vaciller notre propre perception. Miss Giddens, femme noble issue d’une Ă©ducation puritaine, est aussi le miroir d’une subjectivitĂ© nĂ©vrosĂ©e, oĂą la sensibilitĂ© se mue peut-ĂŞtre en dĂ©lire de persĂ©cution. Faute de preuves tangibles, faute de ce comportement trop maĂ®trisĂ© des enfants, et face aux visions spectrales qui colonisent son esprit, elle pourrait n’ĂŞtre que la victime de son autosuggestion… Une fanatique, prĂŞte Ă  purifier ces ĂŞtres prĂ©tendument souillĂ©s par la perversion.

     
    "L’innocence est un mensonge."
    DĂ©rangeant, anxiogène, perturbant, Les Innocents est un cauchemar implacable, d’une puissance Ă©motionnelle trouble, d’une cruautĂ© tragique, dont le point d’orgue nihiliste confine au traumatisme - pour mieux hanter notre mĂ©moire par son irrĂ©solution.
    Son climat est d’autant plus dĂ©stabilisant qu’il pervertit la candeur enfantine et fissure la conviction d’une gouvernante (Deborah Kerr, bouleversante, transie d’Ă©moi, le regard exorbitĂ©, elle Ă©crase l'Ă©cran !), rongĂ©e par la paranoĂŻa… ou peut-ĂŞtre par un refoulement sexuel larvĂ©.

    Un joyau d’une noirceur insondable, si bien que la vĂ©ritĂ© ne nous sera jamais offerte. Henry James lui-mĂŞme refusa d’Ă©clairer le moindre indice, interdisant Ă  jamais la dĂ©mystification - qu’il s’agisse de Miss Giddens, des enfants, ou des amants d’outre-tombe. On ne s'en plaindra pas, loin s'en faut. 
    Génuflexion.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
    08.04.26. 4èx. Vostfr

    Récompense: Prix Edgar-Allan-Poe du Meilleur scénario


    lundi 24 mars 2014

    THE IMMIGRANT

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de James Gray. 2013. U.S.A. 1h57. Avec Joaquin Phoenix, Marion Cotillard, Jeremy Renner, Dagmara Dominczyk, Angela Sarafyan, Antoni Corone.

    Sortie salles France: 27 Novembre 2013

    FILMOGRAPHIE: James Gray est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1969 à New-York.
    1994: Little Odessa. 2000: The Yards. 2007: La Nuit nous appartient. 2008. Two overs. 2013: The Immigrant.


    Cinq ans après Two Lovers, James Gray renoue avec le mĂ©lo afin de transposer The Immigrant, l'histoire douloureuse de deux soeurs polonaises fuyant leur pays pour accomplir le rĂŞve amĂ©ricain après la première guerre mondiale. ArrivĂ©e Ă  New-York, l'une d'elles est arrĂŞtĂ©e par la police Ă  cause de sa tuberculose et se voit admise dans un hĂ´pital. Mais le jour de leur arrivĂ©e, l'aĂ®nĂ©e rencontre un gentleman affable dĂ©cidĂ© Ă  lui venir en aide. En attente d'ĂŞtre prochainement expulsĂ©es, Ewa tente de trouver l'argent nĂ©cessaire pour sauver sa soeur mais se retrouve embarquĂ©e dans un rĂ©seau de prostitution.


    Drame romantique dominé par la présence divine de Marion Cotillard, The Immigrant tire parti de son interprétation et des rapports équivoques qu'entretiennent le couple Ewa et Bruno, ce dernier s'avérant un insidieux maquereau. Si de prime abord, Ewa n'éprouve que du dégoût pour ce personnage sans scrupule et pour sa condition de prostituée, leur relation va peu à peu évoluer depuis que Bruno osera avouer ses sentiments. Avec l'intrusion du cousin Orlando, magicien de cabaret beaucoup plus intègre et tout aussi décidé à conquérir le coeur d'Ewa, on imagine que l'intrigue s'articulera autour d'un triangle amoureux, quand bien même un évènement inopiné va remettre en cause notre hypothèse. A travers cette liaison romantique inappropriée, James Gray brosse le portrait d'un anti-héros rongé par ses démons et sa médiocrité, mais rattrapé par une prise de conscience en quête de rédemption. Face à l'autorité de ce maître chanteur, Ewa nous retransmet son désarroi d'une femme humiliée gagnée par la honte et partagée entre le dilemme de deux hommes aux moralités contradictoires. Avec fragilité humaine, Mario Cotillard livre une fois de plus une interprétation magistrale pour incarner une immigrante timorée à la noble dignité lorsqu'il s'agit de s'opposer à l'injustice afin de sauvegarder l'existence de sa soeur.


    Si l'intrigue manque inĂ©vitablement d'intensitĂ© Ă©motionnelle dans sa dramaturgie imposĂ©e et dans la caractĂ©risation de certains personnages (les rapports de force qu'entretiennent Bruno et Orlando ne s'avèrent pas très convaincants dans leur conflit d'autoritĂ©), la rĂ©alisation s'avère suffisamment compĂ©tente et soignĂ©e (la reconstitution d'Ă©poque est criante de vĂ©ritĂ© et la photo ocre illumine sa scĂ©nographie sĂ©culaire !) pour s'y laisser convaincre. PortĂ© Ă  bout de bras par le talent sobre de Marion Cotillard mais secondĂ© par la prĂ©sence cabotine de Joaquin Phoenix (sa confession finale invoquĂ©e Ă  Ewa inspire l'outrance), The Immigrant rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  nous sĂ©duire afin de nous impliquer dans leur idylle impossible.  

    Bruno Matéï

    vendredi 21 mars 2014

    SNOWPIERCER (Le Transperceneige)

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Bong Joon-ho. 2013. France/Etats-Unis/Corée du Sud. 2h06. Avec Chris Evans, Song Kang-ho, Ed Harris, John Hurt, Tilda Swinton, Jamie Bell, Octavia Spencer, Ewen Bremner.

    Sortie salles France: 30 Octobre 2013. Corée du Sud: 1er Août 2013

    FILMOGRAPHIE: Bong Joon-ho est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né le 14 Septembre 1969 à Séoul.
    2000: Barking Dog. 2003: Memories of Murders. 2006: The Host. 2009: Mother. 2013: Le Transperceneige.


    TirĂ© d'une bande dessinĂ©e française, Snowpiercer renouvelle le film d'action avec une originalitĂ© sans Ă©gale, le rĂ©alisateur exploitant le dĂ©cor d'un train avec autant de crĂ©ativitĂ© (sa configuration hybride) que d'intelligence pour la peinture de son microcosme oĂą l'inĂ©galitĂ© des classes va imploser. En 2031, après le rĂ©chauffement climatique de la planète qui aura provoquĂ© un cataclysme, l'humanitĂ© est devenue un glacier de dĂ©solation. Seuls, une poignĂ©e de survivants rĂ©fugiĂ©s Ă  bord d'un train sont contraints de faire le tour du monde pour sauvegarder leur vie et entretenir le fonctionnement du convoi. Alors que les plus riches, installĂ©s dans les premiers compartiments, mènent une existence Ă©dĂ©nique, les pauvres sont parquĂ©s dans les dernières cabines insalubres pour ĂŞtre rĂ©duits Ă  l'esclavage et la malnutrition. Mais leur leader Curtis et ses acolytes sont prĂŞts Ă  mener une sĂ©dition afin de pouvoir accĂ©der Ă  la "machine" gĂ©rĂ©e par le dictateur Wilford. 


    Réflexion écolo sur le réchauffement climatique, pamphlet sur l'inégalité des classes sociales auquel les riches exploitent les plus faibles afin de mener une existence prospère, Snowpiercer redore le blason du film d'action avec méditation, épaulé du charisme buriné (ou excentrique !) de personnages opiniâtres. Alternant moments de bastonnades et gunfights stylisés (ralenti à l'appui !) aussi cinglants que barbares, ce survival réfrigérant tire parti de son décor ferroviaire avec un sens esthétique confinant parfois à la féerie (l'aquarium géant, le jardin des plantes, la piscine). Chaque compartiment du train révélant aux yeux de nos héros un nouveau décor insolite quand bien même une frange de population y cohabite en harmonie. A l'instar d'un jeu-video, nos héros sont donc contraints d'avancer avec prudence vers une nouvelle cabine pour déjouer l'hostilité de tueurs intraitables. Sans jamais se répéter et se laisser piéger par l'esbroufe, le réalisateur improvise ses scènes d'action avec intensité et refus de concession pour la survie de nos héros (n'importe lequel d'entre eux pouvant trépasser à tous moments !). C'est donc un véritable parcours du combattant que vont devoir affaire Curtis et sa troupe avec un sens du courage déterminé. Outre le caractère spectaculaires des offensives déloyales (nombre de stratégies perfides leur sont souscrits), Bong Joon-ho accorde autant d'intérêt à la dimension humaine de ces protagonistes (leur épreuve de force pour la survie et celle de la liberté, la remise en cause du héros) qu'à sa progression narrative incessamment surprenante (rebondissements en diable et intrusion inopinée de nouveaux antagonistes avant la confrontation attendue avec Wilford). Qui plus est, avec une amertume désespérée où l'être humain est assigné à reproduire les mêmes erreurs dans sa cupidité et son profit, le réalisateur transcende la destinée d'un héros ordinaire profondément fragilisé de sa condition d'opprimé. Enfin, Snowpiercer est notamment une réussite formelle dans la retranscription d'un univers post-apo où les effets spéciaux numérisés s'avèrent souvent stupéfiants de réalisme (je tairais d'ailleurs le caractère dantesque de son épilogue à bout de souffle !).


    Généreux en diable, violent, intense, original et furieusement excitant, Snowpiecer transcende le mode du film d'action en accordant autant de place au facteur humain des enjeux dramatiques qu'au caractère spectaculaire des affrontements aléatoires. Avec une belle densité psychologique, il ne manque pas de nous interpeller sur sa condition sociale d'un régime despotique où l'enfant martyr paye une fois de plus le lourd tribut de la barbarie de l'homme. Celle de l'indépendance liée à la loi du plus fort, vecteur de survie pour accéder à la première place. Une référence du film d'action et un classique à en devenir !

    Bruno Matéï
    La critique de Yannick Dahan: https://www.youtube.com/watch?v=vZedrpiWGIk

    Récompenses:
    Grand Bell Awards 2013: Meilleur dĂ©corateur (Ondrej Nekvasil), Meilleur monteur (Choi Min-yeong et Kim Chang-joo). 
    Korean Association of Film Critics Awards 2013: Meilleur film, Meilleure rĂ©alisateur (Bong Joon-ho)
    Meilleur directeur de la photographie (Hong Kyung-pyo). 
    Blue Dragon Film Awards 2013: Meilleur rĂ©alisateur (Bong Joon-ho), Meilleur dĂ©corateur (Ondrej Nekvasil).

     

    jeudi 20 mars 2014

    THE SEASONING HOUSE

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zombiehamster.com

    de Paul Hyett. 2012. Angleterre. 1h33. Avec Rosie Day, Anna Walton, Jemma Powell, Kevin Howarth, Sean Pertwee, David Lemberg.

    Inédit en salles en France.

    FILMOGRAPHIE: Paul Hyett est un réalisateur, maquilleur, acteur et scénariste anglais.
    2012: The Seasoning House. 2014: Heretiks. 2014: Howl.


    PrĂ©cĂ©dĂ© d'une certaine rĂ©putation sulfureuse, faute de sĂ©quences gores d'un raffinement putassier, The Seasoning House joue la carte du film d'exploitation lancĂ© par la franchise Hostel, Saw et consorts. Sur le modèle du Tortur'porn et du Rape and revenge, le britannique Paul Hyett s'essayant aux genres avec autant de maladresse que de complaisance. Prisonnière d'un rĂ©seau clandestin de prostitution en ex-yougoslavie, une sourde muette prĂ©pare son Ă©vasion afin de s'Ă©pargner une existence misĂ©reuse oĂą viols et sĂ©vices sont quotidiennement perpĂ©trĂ©es sur d'innocentes esclaves. Par l'entremise d'un bref flash-back, nous apprendrons que ces jeunes filles ont Ă©tĂ© soutirĂ©es de leurs parents (souvent assassinĂ©s sous leur yeux !) par des militaires durant la guerre pour ĂŞtre exploitĂ©es Ă  la prostitution et donc livrĂ©es Ă  une gente misogyne dans un bordel miteux.


    Glauque et poisseux, The Seasoning house nous plonge dans un univers de claustration en interne d'une cabane poussiéreuse, où le sang, le sperme et la sueur imprègnent les draps de chaque chambre, quand bien même les jeunes filles violées sont soumises aux pires maltraitances. Avec une certaine efficacité, la première demi-heure réussit à distiller une ambiance malsaine dans son décor putride et à provoquer une certaine empathie pour le courage de l'héroïne contrainte de droguer ses amies pour le compte d'une clientèle SM. Mais dès qu'elle tente de sauver une de ses collègues, prise à parti avec la perversité d'un colosse, les invraisemblances et les situations éculées n'auront de cesse de desservir la vraisemblance du récit. A l'instar de l'agression sanglante interminable émise entre la muette et ce surhomme increvable, ou encore quand cette dernière tente de se faufiler à l'intérieur des parois de l'établissement, telle une souris rusée, afin d'échapper aux tueurs. Mis en scène avec peu d'habileté dans son montage approximatif et modestement interprété, The Seasoning House finit donc rapidement par accumuler les situations grotesques, d'autant plus que l'attitude malhabile des tueurs finit par nous lasser de leurs stratégies dérisoires à tenter d'appréhender la rebelle. Pour parachever dans le ridicule, le réalisateur enfonce le clou dans son dernier quart-d'heure quand l'héroïne se retrouve (comme par enchantement !) accueilli par la femme du tueur à l'intérieur de son foyer, mais aussi quand elle tente de s'extirper d'un entrepôt pour échapper à son assaillant (la manière dont ce dernier est désarmé est plutôt risible).


    Pur produit de consommation vouĂ© Ă  choquer le spectateur dans le sens le plus racoleur du terme et avec une facilitĂ© redondante, The Seasoning House tente de provoquer et d'impressionner par le biais d'une violence graphique crue et d'une action spectaculaire canonique. Ces deux Ă©lĂ©ments conformĂ©ment associĂ©s finissant par nuire Ă  sa crĂ©dibilitĂ© et Ă  l'intensitĂ© procurĂ©e. Pour les amateurs indulgents d'horreur ludique, le film peut nĂ©anmoins procurer son petit effet rĂ©vulsif, certaines sĂ©quences vomitives provoquant l'inĂ©vitable "haut-le-coeur". 

    Bruno Matéï  

    mercredi 19 mars 2014

    Missouri Breaks / The Missouri Breaks


                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au siteImdb.com

    d'Arthur Penn. 1976. U.S.A. 2h06. Avec Jack Nicholson, Marlon Brando, Randy Quaid, Kathleen Lloyd, John McLiam, Frederic Forrest, Harry Dean Stanton.

    Sortie salles U.S: 18 Mai 1976

    FILMOGRAPHIE: Arthur Penn est un réalisateur américain, né le 27 Septembre 1922 à Philadelphie, décédé le 28 Septembre à Manhattan, New-york. 1958: Le Gaucher. 1962: Miracle en Alabama. 1965: Mickey One. 1966: La Poursuite Impitoyable. 1967: Bonnie and Clyde. 1969: Alice restaurant. 1970: Little big man. 1975: La Fugue. 1976: Missouri Breaks. 1981: Georgia. 1985: Target. 1987: Froid comme la mort. 1989: Penn and Teller get killed. 1995: Lumière et compagnie (segment).

    EuphĂ©misme que d’affirmer qu’Ă  l’Ă©poque de sa sortie, Missouri Breaks dĂ©routa une partie du public. Car ici, Arthur Penn bouscule nos habitudes avec un cynisme particulièrement insolent et un ton pittoresque inhabituel pour ce noble genre. Rien que la sĂ©quence d’ouverture, une cruelle pendaison d’un rĂ©alisme saisissant, place le spectateur dans l'inconfort, tandis que les tĂ©moins locaux, gĂŞnĂ©s de cette macabre mise en scène, se morfondent dans un mutisme pesant. Le rĂ©alisateur alterne ainsi les situations pittoresques - le jeu de provocation machiste entre Tom et Jane dans l’Ă©closion de leur idylle, ou encore l’arrivĂ©e prĂ©cipitĂ©e des voleurs au bordel tenu par une septuagĂ©naire - avec d’autres plus grotesques, notamment toutes les facĂ©ties excentriques du rĂ©gulateur, Ă  l’instar de son travestissement en grand-mère (il fallait oser), sans oublier des Ă©clats de violence Ă  la dramaturgie inopinĂ©ment cruelle, oĂą ses exactions sanglantes se rĂ©vèlent aussi lâches que perfides.

    Western insolite au cheminement narratif imprĂ©visible, semĂ© d’accalmies durant sa première heure au risque parfois de nous perdre en route, Missouri Breaks affiche la marginalitĂ© de ses anti-hĂ©ros au grĂ© d’une chasse Ă  l’homme orchestrĂ©e depuis le point de vue amoral d’un rĂ©gulateur prenant un malin plaisir Ă  Ă©liminer des voleurs de bĂ©tail. Tout au long du rĂ©cit, Arthur Penn prend soin de nous attacher Ă  la familiaritĂ© de ces quatre malfrats, nantis d’un vĂ©ritable esprit de solidaritĂ©, alors mĂŞme que leur leader s’Ă©prend de la fille d’un riche Ă©leveur. C’est d’ailleurs ce dernier qui recrutera Robert Lee Clayton, rĂ©gulateur impertinent et goguenard, dĂ©terminĂ© Ă  assassiner un Ă  un ces voleurs de chevaux soudĂ©s par l’amitiĂ©.

    Dans la peau de ce tueur sans vergogne, empli de lâchetĂ© et d’une perfidie sournoise, Marlon Brando crève l’Ă©cran en endossant un personnage dĂ©testable, passant son temps Ă  se goinfrer tout en bavassant avec ses ennemis avec une hypocrisie narquoise. Ă€ la fois flegmatique et aimable, Jack Nicholson lui tient tĂŞte avec aplomb avant de cĂ©der malgrĂ© lui Ă  des pulsions expĂ©ditives. Entre-temps, le rĂ©alisateur prend soin de mettre en valeur sa complicitĂ© amoureuse avec Jane, ainsi que son dĂ©sir latent de se ranger pour prĂ©server leur relation. Or, personne ne sortira vainqueur de cette traque reptilienne, emportĂ© dans une rĂ©action en chaĂ®ne dĂ©shumanisante.

    "Une farce macabre gagnée par la défaite."

    En dĂ©pit d’une première heure relativement langoureuse par son rythme sporadique, Missouri Breaks dĂ©tourne les codes du western avec une ironie caustique particulièrement dĂ©rangeante, Ă  l’image de ses dialogues ciselĂ©s et de ses Ă©clairs de violence que l’on ne voit jamais venir. Qui plus est, son cheminement narratif volontairement indĂ©cis nous place dans une perpĂ©tuelle interrogation quant au sort rĂ©servĂ© aux voleurs de bĂ©tail, mais aussi au rĂ©gulateur lui-mĂŞme. On sera d’autant plus dĂ©routĂ© par son final malsain d’une grande violence, dĂ©nuĂ© de tout happy-end, pour mieux afficher l’amertume de protagonistes dĂ©chus. Un western atypique donc, dont l’ambiance cynique nous laisse un goĂ»t de soufre en bouche, et auquel l’interprĂ©tation effrontĂ©e de Marlon Brando mĂ©rite Ă  elle seule le dĂ©tour.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

    28.04.26. 3èx

    mardi 18 mars 2014

    LE DEMON DES ARMES (Gun Crazy / Deadly is the Female)

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

    de Joseph H. Lewis. 1950. U.S.A. 1h27. Avec Peggy Cummins, John Dall, Berry Kroeger, Morris Carnovsky, Annabel Shaw, Harry Lewis.

    Sortie salles France: 20 Janvier 1950

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph H. Lewis est un réalisateur américain, né le 6 Avril 1907 à New-York (Etats-Unis), décédé le 30 Août 2000 à Santa Monica (Californie).
    1945: My name is Julia Ross. 1946: So dark the night. 1948: Le Manoir de la Haine. 1949: Le Maître du gang. 1950: Le Démon des Armes. 1950: La Dame sans passeport. 1952: Quatre jours d'angoisse. 1955: Man on a bus. 1955: Association Criminelle. 1955: Ville sans loi. 1958: Terreur au Texas.


    Bien avant le chef-d'oeuvre d'Arthur Penn, un film noir s'Ă©tait lui aussi inspirĂ© des mĂ©faits dĂ©linquants du couple meurtrier Bonnie and Clyde. Film noir d'une beautĂ© diaphane, Le DĂ©mon des armes retrace avec rĂ©alisme (du moins pour l'Ă©poque !) l'Ă©quipĂ©e sauvage d'un couple d'amants, spĂ©cialiste des armes Ă  feu et des braquages de banques. Au fil de leur pĂ©riple infernal, ils vont s'attirer une triste renommĂ©e auprès des mĂ©dias et des journaux au point de mobiliser toutes les polices de l'Ă©tat qui finiront par leur soumettre une traque inlassable (l'haletante chasse Ă  l'homme investie dans la forĂŞt et en amont des marais reste ancrĂ©e dans les mĂ©moires).


    A travers cette course poursuite effrĂ©nĂ©e d'un couple de gangsters avides de libertĂ© et de richesse, Joseph H. Lewis dresse un magnifique portrait de marginaux totalement tributaires de leur passion amoureuse autant que celle, indissociable, de leurs armes Ă  feu. Des personnages burnĂ©s mais Ă  la dimension humaine fragile et dĂ©sespĂ©rĂ©e car entraĂ®nĂ©s malgrĂ© eux dans une virĂ©e criminelle toujours plus houleuse et irrĂ©versible. Par leurs exactions dĂ©linquantes, on sent bien que le rĂ©alisateur s'Ă©panche sur la fascination des armes exercĂ©e envers le citoyen amĂ©ricain. Ici, c'est son cĂ´tĂ© perfide et malsain qui est mis en valeur par l'autoritĂ© d'un couple spĂ©cialiste du tir et des braquages. Le goĂ»t du risque, l'adrĂ©naline et la dĂ©termination de leurs actes rebelles dĂ©coulant d'une attirance semi-inconsciente pour une violence vĂ©nale ! (c'est ce que Bart avouera Ă  sa compagne après avoir tentĂ© de tuer un policier, alors que cette dernière est capable de braver l'acte par une peur irraisonnĂ©e !). Ce couple d'amants communĂ©ment fous d'amour mais incapables de s'extirper de leur existence asociale est incarnĂ© Ă  l'Ă©cran par des acteurs transis d'Ă©moi ! Avec son charisme longiligne et son humanisme sentencieux, John Dall campe un gangster fascinĂ© depuis l'enfance par sa passion des armes au point d'endosser finalement le rĂ´le d'un gangster pour l'amour de sa compagne. Trouble et vĂ©nĂ©neuse et beaucoup moins circonspecte, Peggy Cummins retransmet Ă  merveille une criminelle toute aussi obsĂ©dĂ©e par le tir mais vĂ©ritable instigatrice d'avoir impliquĂ© son compagnon jusqu'au point de non retour. A eux deux, ils forment un duo aussi mythique que le couple Warren Beatty/Faye Dunaway recrutĂ© 17 ans plus tard dans Bonnie and Clyde, et doivent beaucoup Ă  l'intensitĂ© furieuse et Ă©motionnelle du rĂ©cit.


    Chef-d'oeuvre avant-coureur du film noir symbolisant les "amants criminels", Le DĂ©mon des Armes (titre français encore plus incisif et rĂ©vĂ©lateur que son modèle !) est habitĂ© par l'exaltation amoureuse mais compromis par l'acte suicidaire d'un couple marginal pris dans l'engrenage de la violence. 

    Bruno Matéï
    2èx