lundi 18 août 2014

Course contre l'Enfer (Race with the Devil)

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviecovers.com

de Jack Starrett. 1975. U.S.A. 1h29. Avec Peter Fonda, Warren Oates, Loretta Swit, Lara Parker, R.G. Armstrong.

Sortie salles France: 5 Mai 1976. U.S: Juin 1975

FILMOGRAPHIE: Jack Starrett est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Novembre 1936 Ă  Refugio (Texas), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Mars 1989 Ă  Sherman Oaks (Californie). 1969: La Cavale Infernale. 1969: House of Zodiac. 1970: Les Machines du Diable. 1970: Fuite dans la nuit (tĂ©lĂ©-film). 1970: Le Dernier des Apaches. 1972: The Strange Vegeance of Rosalie. 1972: Slaughter. 1973: Dynamite Jones. 1974: The Gravy Train. 1975: Course contre l'Enfer. 1976: La Vengeance aux Tripes. 1976: Hollywood Man. 1977: Haute SĂ©curitĂ© (tĂ©lĂ©-film). 1977: Final Chapter: walking Tall. 1978: Thaddeus Rose and Eddie (tĂ©lĂ©-film). 1978: Big Bob Johnson and his fantastic speed circus (tĂ©lĂ©-film). 1979: Mister Horn (tĂ©lĂ©-film). 1979: Survival of Dana (tĂ©lĂ©-film). 1981: Treachery and greed on the Planet of the Apes (tĂ©lĂ©-film). 1982: Kiss my Grits.


"Sabbat sur l'asphalte: la route est un piège"
Film d'exploitation sans prĂ©tention rĂ©unissant en tĂŞtes d’affiche les vĂ©tĂ©rans Peter Fonda et Warren Oates, Course contre l’Enfer est un road movie horrifique qui tire son efficacitĂ© d’un concept de dĂ©part plutĂ´t original : deux couples de vacanciers, tĂ©moins malgrĂ© eux d’un rituel meurtrier perpĂ©trĂ© par une secte, en pleine cambrousse. RĂ©alisĂ© deux ans avant La Colline a des yeux, on pourrait croire que Wes Craven s’en est inspirĂ© pour camper une famille solidaire, exilĂ©e Ă  bord d’un camping-car, bientĂ´t piĂ©gĂ©e dans un dĂ©sert hostile. LivrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, ils devaient riposter avec force, rivaliser d’ingĂ©niositĂ©, et survivre face Ă  des agresseurs cannibales rĂ©duits Ă  l’Ă©tat primitif.

Dans Course contre l’Enfer, nos jeunes touristes, eux aussi embarquĂ©s en caravane, sont sĂ©vèrement malmenĂ©s par une confrĂ©rie satanique dans le dĂ©sert du Colorado. Inlassablement pourchassĂ©s et persĂ©cutĂ©s, ils font preuve de bravoure et de persĂ©vĂ©rance pour dĂ©jouer les nombreux pièges jalonnant leur itinĂ©raire.

Ce pitch inquiĂ©tant, mĂŞlant les composantes du road movie et de l’horreur, constitue une combinaison judicieuse entre suspense latent, tension palpable - notamment Ă  travers les Ă©changes de regards hostiles - et poursuites endiablĂ©es redoutablement jouissives plus de 50 ans après sa sortie. En toute simplicitĂ©, Jack Starrett façonne un pur divertissement solidement rĂ©alisĂ©, construit sur la fragilitĂ© attachante de personnages emportĂ©s dans une descente aux enfers - leur cohĂ©sion, d’abord amicale puis combative, Ă©veillant notre considĂ©ration, notre empathie, face Ă  leur peur de trĂ©passer - et sur l’action effrĂ©nĂ©e d’une cavale dĂ©sespĂ©rĂ©e. Toujours plus acculĂ©s par des menaces pernicieuses, ils brandissent les armes, seuls contre tous, leur tĂ©moignage ayant Ă©tĂ© balayĂ© d’un revers par la police locale.

Avant une incroyable poursuite sur bitume dĂ©ployant moult cascades, le rĂ©alisateur distille une atmosphère d’insĂ©curitĂ© grandissante, notamment lorsque l’une des hĂ©roĂŻnes, gagnĂ©e par la paranoĂŻa, commence Ă  suspecter les regards patibulaires des habitants de la rĂ©gion. Dès lors, la menace devient d’autant plus sournoise que les satanistes, tapis dans l’ombre, redoublent d’audace morbide.


"Bitume noir, croix inversée"
Rondement menĂ©, Course contre l’Enfer n’a pour seul objectif que de divertir avec l’efficacitĂ© d’un pitch dĂ©monial, multipliant les pĂ©ripĂ©ties haletantes autour de la survie et de la riposte de couples molestĂ©s. Sous la houlette de Peter Fonda et Warren Oates, on embarque d’autant mieux dans cette virĂ©e meurtrière, guidĂ©s par leur virilitĂ© rugueuse et leur pugnacitĂ© commune. Du cinĂ©ma bis redoutablement excitant, audacieux, galvanisant - dont l'Ă©pilogue nihiliste en dĂ©concertera plus d’un - et qui frĂ´le, par moments, le modèle d’efficacitĂ©. Bref, un amour de sĂ©rie B charnellement vintage. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
30/01/26. 4èx. Videoprojo


vendredi 15 août 2014

Montclare: Rendez-vous de l'horreur / Next of Kin. Licorne d'Or, Rex de Paris.

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Facebook via Le Chat qui fume

de Tony Williams. 1982. Australie/Nouvelle-Zélande. 1h29. Avec Jackie Kerin, John Jarrat, Alex Scott, Gerda Nicolson, Charles McCallum, Bernadette Gibson.

Sortie salles France: 30 Avril 1986

FILMOGRAPHIE: Tony Williams est un réalisateur, scénariste et producteur né en 1942 en Nouvelle-Zélande. 1978: Solo. 1982: Montclare: Rendez-vous de l'horreur. 2013: A Place Called Robertson.

Next of Kin — Une hantise trouble, un mirage mental

En plein âge d’or du fantastique australien, qui vit dĂ©ferler des premières Ĺ“uvres aussi originales et poĂ©tiques qu’audacieuses (Harlequin, Les Voitures qui ont mangĂ© Paris, Long Week-end, Picnic at Hanging Rock, La Dernière Vague), voire carrĂ©ment rĂ©volutionnaires (Mad Max 1 et 2), Next of Kin s’impose discrètement, mais sĂ»rement, dans le palmarès.
Tony Williams s’y rĂ©vèle vĂ©ritable auteur, renouvelant le mythe de la demeure hantĂ©e par une mise en scène quasi expĂ©rimentale.
Et pour ses adeptes fidèles, les multiples visionnages n’attĂ©nuent en rien son pouvoir d’envoĂ»tement — au contraire. Chaque retour dans ses mailles sournoises donne l’impression Ă©trange de le dĂ©couvrir Ă  nouveau, ou sous une lumière inĂ©dite, comme un rĂŞve qui change de visage.

Le pitch : après la lecture du testament de sa mère, Linda hĂ©rite de la maison de retraite Montclare afin d’en assurer la relève. Mais dès la nuit tombĂ©e, d’Ă©tranges bruits et incidents domestiques surgissent. Puis un pensionnaire est retrouvĂ© noyĂ© dans sa baignoire. En lisant le journal intime de sa mère, elle dĂ©couvre que ce qu’elle endure semble avoir dĂ©jĂ  eu lieu — les pages du passĂ© se superposent Ă  son prĂ©sent.

DĂ©diĂ© Ă  l’atmosphère gothique d’une maison de retraite imprĂ©gnĂ©e de silence diffus, théâtre de visions macabres, Next of Kin Ă©rige un cinĂ©ma fantasmagorique et baroque.
Ă€ l’image des cauchemars nocturnes qui hantent Linda, surgissent des souvenirs d’enfance — la fillette au ballon rouge, figure spectrale — ou des visions morbides de vieillards dĂ©charnĂ©s, sublimĂ©s par des ralentis qui transforment l’eau en poème funèbre.
Les nuances de rouge et de sĂ©pia sculptent une stylisation baroque, magnifiĂ©e par une camĂ©ra incroyablement fluide, virtuose — ces travellings aĂ©riens vertigineux donnent le vertige de la dĂ©rive mentale.

Sous couvert d’un rĂ©cit de hantise, Tony Williams construit un malaise insidieux, habilement nourri par la simple prĂ©sence de ces pensionnaires au regard morne, presque menaçant.
Si l’intrigue, fondĂ©e sur une rancune meurtrière, semble somme toute classique, la manière dont le cinĂ©aste en tisse les fils, dans une mise en scène minutieuse et sensorielle, produit un envoĂ»tement rĂ©el.
Le suspense, admirablement maintenu, repose sur un art du non-dit, de la suggestion, jusqu’Ă  cette bascule brutale dans une explosion de violence.

Mais lĂ  encore, Tony Williams ne cède pas Ă  la facilitĂ© du gore outrancier — ou alors si peu — prĂ©fĂ©rant poursuivre sa fulgurance visuelle, toujours en accord avec le tempo musical.
La partition mĂ©tronomique et obsĂ©dante de Klaus Schulze y est pour beaucoup, mais l’interprĂ©tation de la troublante Jackie Kerin n’est pas en reste.
Avec son visage blĂŞme, son regard chargĂ© d’angoisse contenue, elle nous entraĂ®ne dans ses doutes, sa solitude, sa douleur sourde — jusqu’Ă  une bravoure finale d’une intensitĂ© rare.

Chef-d’Ĺ“uvre discret mais incontestable du fantastique insolite, Next of Kin utilise le mythe de la maison hantĂ©e comme leurre, pour mieux nous piĂ©ger dans un rĂ©cit mental, un labyrinthe sensoriel.
Angoisse Ă©thĂ©rĂ©e, atmosphère suspendue, intensitĂ© Ă©motionnelle rare : tout converge vers la psychĂ© d’une hĂ©roĂŻne perdue au cĹ“ur d’un lieu figĂ© hors du temps.

Grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation lĂ©chĂ©e, Ă  la richesse de sa photographie et aux jeux d’ombres naturelles, Next of Kin rejoint sans rougir les grandes clĂ©s de voĂ»te de la maison oppressante :
La Maison du Diable, Les Innocents, Trauma, Ne vous retournez pas (pour sa cartographie mentale de Venise), Le Cercle infernal, L’Enfant du Diable.

*Bruno
27.06.23. 5èx

RĂ©compenses: Licorne d'Or et Prix de la Meilleure Musique au Festival du film Fantastique du Rex Ă  Paris, 1983.
Prix de la mise en scène, Sitges.

                                     

lundi 11 août 2014

Holocaust 2000 / Rain of Fire

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Alberto De Martino. 1977. Angleterre/Italie. 1h42. Avec Krik Douglas, Simon Ward, Agostina Belli, Anthony Quayle, Virginia McKenna, Spyros Fokas, Ivo Garrani.

Sortie salles France: 22 Mars 1978 (Int - 18 ans). Italie: 25 Novembre 1977.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Alberto De Martino est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 12 Juin 1929 Ă  Rome. 1962: Les 7 Gladiateurs. 1963: PersĂ©e l'Invincible. 1963: La Maison de la Terreur. 1964: Le Triomphe d'Hercule. 1964: Les 7 Invincibles. 1966: Django tire le premier. 1967: OpĂ©ration frère Cadet. 1968: Rome contre Chicago. 1969: Perversion. 1972: Le Nouveau Bosse de la Mafia. 1974: L'AntĂ©christ. 1977: Holocaust 2000


Après s'ĂŞtre inspirĂ© de L'exorciste pour sa copie latine de l'AntĂ©christ, Alberto De Martino exploite cette-fois le succès de Richard Donner, La MalĂ©diction, pour entreprendre Holocaust 2000. A nouveau influencĂ© par les versets apocalyptiques de la Bible, le scĂ©nario reprend Ă  peu près le mĂŞme schĂ©ma que son homologue ricain avec une efficacitĂ© presqu'aussi redoutable. C'est Ă  dire l'auto-suggestion d'un magnat industriel davantage convaincu qu'une prophĂ©tie est sur le point de converger au moment mĂŞme oĂą une succession d'accidents meurtriers intentent Ă  son entourage. Hormis cette impression de dĂ©jĂ  vu que l'on peut avoir dès le dĂ©part, puisque singeant sans trop de complexe la ligne directrice de La MalĂ©diction, Holocaust 2000 rĂ©ussit pourtant Ă  distiller un suspense en crescendo autour du projet d'une centrale thermo-nuclĂ©aire, mĂ©taphore du dragon Ă  sept tĂŞtes natif de l'apocalypse. Grâce Ă  cette idĂ©e de dĂ©part plutĂ´t astucieuse, et sous couvert de divertissement horrifique, Alberto De Martino se porte en pourfendeur Ă©colo afin de souligner l'Ă©tat de notre planète (les problèmes de pollution et de famine) et ce avant de pointer du doigt la menace nuclĂ©aire. Comme dans la MalĂ©diction, toute l'efficacitĂ© du rĂ©cit rĂ©side dans la perplexitĂ© du hĂ©ros Ă  tenter d'admettre que son projet rĂ©volutionnaire (construire un complexe atomique afin de venir en aide aux pays du tiers-monde !) Ă©mane finalement d'une stratĂ©gie diabolique invoquĂ©e par l'un de ses proches.


C'est ce qu'un habile rebondissement nous divulguera (pour relancer ainsi le suspense !) au cours de son investigation, quand bien mĂŞme il fut sur le point de sacrifier une innocente victime. EmaillĂ© de quelques sĂ©quences-chocs rĂ©ussies (le premier ministre scalpĂ© par la pale d'un hĂ©licoptère, les deux altercations sanglantes intentĂ©es Ă  Robert Caine dans la chambre de l'asile, l'empoisonnement des bĂ©bĂ©s au sein de l'hĂ´pital), Holocaust 2000 rĂ©ussit d'autant mieux Ă  convaincre parmi la complicitĂ© bougrement attachante des comĂ©diens (si on Ă©pargne quelques ellipses narratives, quelques incohĂ©rences dans l'asile dĂ©sertĂ© de surveillants et praticiens et un montage tantĂ´t maladroit). Outre la beautĂ© vertueuse d'Agostina Belli et le charme sournois de l'inquiĂ©tant Simon Ward crevant l'Ă©cran comme de coutume par sa prestance fĂ©line, c'est la prĂ©sence du monstre sacrĂ© Kirk Douglas qui permet d'accorder autant de crĂ©dit Ă  ce dĂ©marquage transalpin (effusions sanglantes en sus !) extrĂŞmement captivant sous l'impulsion d'un climat d'Ă©trangetĂ© amplifiĂ© du superbe score choral d'Ennio Morricone. Incarnant la dĂ©marche autoritaire d'un entrepreneur frĂ©quemment compromis par la remise en question, le doute et la perplexitĂ©, il y dĂ©ploie dans ses moments d'accalmie une rassurante carrure paternelle de par sa bonhomie spontanĂ©e Ă  daigner prĂ©server la vie de sa nouvelle famille que reprĂ©sente la jeune maman Sara sur le point d'accoucher. 


Soutenu de la partition tantôt mélancolique, tantôt religieuse (choeurs maléfiques indissociables !) d'Ennio Morricone et renforcé du jeu cordial des interprètes, Holocaust 2000 réussit constamment à inquiéter et séduire de par l'efficacité d'un scénario fustigeant le péril atomique. Hormis quelques facilités et incohérences (notamment l'altercation finale perpétrée dans l'institut psychiatrique éludé de personnel médical !), il s'avère le meilleur épigone bisseux de La Malédiction parmi La 7 Prophétie.

*Bruno
09.12.22. 4èx

7

vendredi 8 août 2014

SIXIEME SENS (The Sixth Sense)

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de M. Night Shyamalan. 1999. U.S.A. 1h47. Avec Bruce Willis, Haley Joel Osment, Olivia Williams, Toni Collette, Donnie Wahlberg, Bruce Norris, Glenn Fitzgerald.

Sortie salles France: 5 Janvier 2000. U.S: 2 Août 1999

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth.


Enorme succès commercial et critique lors de sa sortie, Sixième Sens a rĂ©ussi Ă  imposer la notoriĂ©tĂ© de son jeune rĂ©alisateur (il avait 30 ans Ă  l'Ă©poque !) alors qu'il s'agissait de son 3è long-mĂ©trage. Souvent cĂ©lĂ©brĂ© pour l'originalitĂ© de son twist final (mĂŞme si avant lui d'autres rĂ©alisateurs avaient dĂ©jĂ  empruntĂ© la mĂŞme pirouette !), Sixième Sens s'avère autrement plus captivant par l'entremise d'une psychanalyse exercĂ©e sur un garçon perturbĂ©. Car Cole Sear possède le don d'apercevoir et de communiquer avec les morts, particulièrement ceux dĂ©cĂ©dĂ©s d'une manière aussi violente qu'inopinĂ©e. Avant sa première rencontre avec le psychologue Malcolm Crowe, on nous rapporte que ce dernier eut Ă©tĂ© victime d'une grave agression Ă  son domicile parmi la prĂ©sence de sa femme. EntrĂ© par effraction en pleine nuit avec une arme Ă  feu, l'un de ces anciens patients lui avait assĂ©nĂ© une balle dans l'abdomen ! C'est un an plus tard que nous retrouvons Malcolm Crowe prĂŞtant main forte au jeune enfant tout en essayant de se rĂ©concilier avec son Ă©pouse traumatisĂ©e de l'agression.


Si à la première vision de Sixième Sens, la majorité des spectateurs avaient été surtout bluffés par sa révélation finale, un second visionnage nous permet de mieux percevoir son intensité émotionnelle et d'aborder le film sous un autre angle vis à vis des personnages tourmentés du psychologue et de son épouse. Principalement ses rapports délicats lorsqu'il tente difficilement de la réconcilier, quand bien même cette dernière se morfond dans une grave solitude avant de se réconforter dans les bras d'un autre ! Sur ce point, le film s'avère beaucoup plus poignant et remarquablement construit lorsque l'on comprend pour quelle raison (l'aider à faire le deuil de manière inconsciente !) il persiste à s'accrocher à son chevet. Entièrement dédié à la caractérisation humaine de personnages emplis de fragilité, Sixième Sens relate leur contrariété et leur fêlure morale avec une sensibilité souvent bouleversante. A l'image de l'innocence infantile de Cole, garçon de 9 ans sévèrement persécuté par des fantômes moribonds en quête d'exutoire. Outre sa réflexion sur la difficulté d'accepter le deuil de l'être aimé et sur l'attention d'être à l'écoute de l'autre (particulièrement envers les gens les plus démunis et esseulés), le film met en relief les rapports complexes de responsabilité et d'éducation parentale lorsqu'une mère divorcée tente désespérément de déceler la pathologie mentale de son fils. Enfin, à travers le cheminement tortueux de ce dernier, Sixième Sens transcende une puissante histoire d'amitié entamée avec son psychologue. Un homme rongé par le doute et le remord, d'autant plus affaibli par sa relation conjugale, mais cette fois-ci délibéré à réparer ses erreurs pour guérir les névroses de l'enfant mais aussi assumer son tragique destin.


DominĂ© par les sobres prestances de Bruce Willis, Haley Joel Osment et Toni Colette, communĂ©ment bouleversants de fragilitĂ© humaine, Sixieme Sens rend ses lettres de noblesse au genre fantastique. Celui d'un cinĂ©ma mature oĂą le climat Ă©thĂ©rĂ© est avant tout dĂ©diĂ© Ă  la psychologie torturĂ©e de personnages en quĂŞte de rĂ©demption. Une oeuvre magnifique, esthĂ©tiquement avisĂ©e et remarquablement maĂ®trisĂ©e, nous donnant sĂ©rieusement envie de croire Ă  la spiritualitĂ© d'un havre de paix. 

Bruno Matéï
3èx


    jeudi 7 août 2014

    Vol 93 / United 93

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

    de Paul Greengrass. 2006. France/Angleterre/U.S.A. 1h51. Avec Christian Clemenson, Trish Gates, David Alan Basche, Cheyenne Jackson, Opal Alladin, Starla Benford, J.J. Johnston.

    Sortie salles France: 12 Juillet 2006. U.S: 28 Avril 2006.

    FILMOGRAPHIE: Paul Greengrass est un journaliste, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© le 13 AoĂ»t 1955 Ă  Cheam (Royaume-Uni). 1998: Envole-moi. 2002: Bloody Sunday. 2004: La Mort dans la Peau. 2006: Vol 93. 2007: La Vengeance dans la Peau. 2009: Green Zone. 2013: Capitaine Phillips.


    Relatant l'interminable calvaire puis la bravoure des passagers du Vol 93 lors des attentats du 11 septembre, Paul Greengrass n'y va pas par quatre chemin pour susciter terreur et effroi en interne d'un avion dĂ©tournĂ© par des terroristes d'Al-QaĂŻda. Alors que leur cible Ă©tait de se crasher sur le capitole, il finiront par dĂ©vier leur trajectoire, faute du courage de certains passagers dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  les affronter afin d'Ă©viter le pire accident et peut-ĂŞtre d'y survivre. Oppressant, Ă©prouvant et d'une intensitĂ© dramatique exponentielle, Vol 93 emprunte le schĂ©ma du film catastrophe avec souci informatif et degrĂ© de rĂ©alisme inĂ©dit pour le genre. La mise en scène studieuse de Greengrass privilĂ©giant l'aspect docu-vĂ©ritĂ© quand bien mĂŞme les Ă©vènements dĂ©crits nous sont rapportĂ©s en temps rĂ©el. Alternant les prises de conscience alertes du personnel de la tour de contrĂ´le, informĂ©s seconde par seconde des divers dĂ©tournements aĂ©riens, et de la panique improvisĂ©e des passagers de l'United Airlines, Vol 93 est une expĂ©rience extrĂŞme avec la peur. Un moment de cinĂ©ma anti ludique conçu pour vous faire participer Ă  une prise d'otages comme si vous y Ă©tiez ! 


    Immersif en diable donc et vĂ©ritablement Ă©touffant dans ce huis-clos instaurĂ© Ă  haute altitude, vous vous sentez intimement impliquĂ©s dans le dĂ©sarroi des voyageurs sĂ©vèrement molestĂ©s, (voir mĂŞme Ă©gorgĂ©s pour certains d'entre eux !) par des fanatiques tout aussi Ă©peurĂ©s de leur mission suicide. Le cinĂ©aste insistant notamment sur la paranoĂŻa de ces intĂ©gristes toujours plus anxieux Ă  l'idĂ©e de passer Ă  l'acte et commettre leur gageure ! Du point de vue de la conscience dĂ©sabusĂ©e des victimes, nous partageons leur immense dĂ©tresse, leur ultime recours d'avertir leurs proches de leur inĂ©vitable sort par le biais du tĂ©lĂ©phone portable. MĂŞme si on connait l'issue tragique, Vol 93 rĂ©ussit Ă  distiller au compte goutte un suspense interminable (notamment Ă  travers le tĂ©moignage affolĂ© du personnel de la station d'observation !), qui ira crescendo jusqu'au baroud d'honneur sacrificiel. Ce point d'orgue ultra spectaculaire et violemment brutal peut faire office d'anthologie de l'horreur tant les altercations dĂ©crites sont reconstituĂ©s avec un rĂ©alisme tranchĂ©. Par l'entremise d'un Ă©lan de solidaritĂ©, les passagers les plus coriaces se projetant sur les pirates de l'air avec une hargne primitive ! Dès lors, jamais une catastrophe aĂ©rienne n'eut Ă©tĂ© rendue aussi intense et Ă©motionnellement Ă©prouvante (jusqu'au malaise tangible !), quand bien mĂŞme le cinĂ©aste a l'intelligence d'Ă©luder l'esbroufe de l'atterrissage forcĂ© afin de respecter le deuil des familles !


    Hommage aux victimes du 11 Septembre 2001 et surtout Ă  la bravoure hĂ©roĂŻque de ces passagers anonymes, Vol 93 illustre leur Ă©preuve de force avec une intensitĂ© et un rĂ©alisme proprement exceptionnels. DĂ©rangeant, affolant, bouleversant et terriblement anxiogène, Paul Greengrass a Ă©galement accompli avec une virtuositĂ© vertigineuse le film catastrophe le plus effrayant jamais rĂ©alisĂ©. A voir absolument avec le coeur bien accrochĂ© !

    A la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie ce jour maudit...

    *Bruno
    13.04.23. 3èx

    mercredi 6 août 2014

    Les Envoûtés / The Possessed

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

    de Jerry Thorpe. 1977. U.S.A. 1h15. Avec James Farentino, Joan Hackett, Claudette Nevins, Eugene Roche, Harrison Ford, Ann Dusenberry.

    Diffusion TV, U.S: 1er Mai 1977

    FILMOGRAPHIE: Jerry Thorpe est un réalisateur et producteur américain, né en 1926.
    1957: Minuit sur le grand canal. 1968: Le Jour des Apaches. 1970: Company of Killers (télé-film). 1970: Dial Hot Line (télé-film). 1971: Lock, Stock and Barrel (télé-film). 1971: Crosscurrent (télé-film). 1972: Kung-Fu (télé-film). 1974: Smile, Jenny, You're Dead (télé-film). 1975: Antonio and the Mayor (télé-film). 1976: The Dark side of Innocence (télé-film). 1976: Laissez moi mon enfant (télé-film). 1977: Yesterday's Child (télé-film). 1977: Les Envoûtés (télé-film). 1978: The Lazarus Syndrome (télé-film). 1978: Stickin'Together (télé-film). 1978: A Question of Love (télé-film). 1979: Heaven Only Knows (télé-film). 1980: Le Noir et le Blanc (télé-film). 1983: Happy Endings (télé-film). 1986: La Fleur Ensanglantée (télé-film).


    TĂ©lĂ©film des annĂ©es 70 dĂ©couvert chez nous un mardi soir dans le cadre des Les Dossiers de l'Ă©cran, Les EnvoĂ»tĂ©s traumatisa toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs impressionnĂ©s par le caractère rĂ©aliste de son thème satanique, Ă  l’instar de son climax inoubliable faisant office de moment de trouille particulièrement dĂ©rangeant. Sans doute influencĂ© par The Exorcist et toute la vague de films dĂ©moniaques qui suivirent (The Omen en tĂŞte de peloton), Jerry Thorpe nous relate ici la descente aux enfers de lycĂ©ennes confrontĂ©es Ă  des phĂ©nomènes surnaturels, dont celui de la combustion spontanĂ©e s’emparant sans raison de leurs corps pour les consumer vives. RamassĂ© sur une durĂ©e de 1h13, sans que cela ne lui porte prĂ©judice tant il va droit Ă  l’essentiel, Les EnvoĂ»tĂ©s sous-entend une rĂ©flexion sur l’existence du Mal Ă  travers le parcours Ă©quivoque d’un ancien prĂŞtre dĂ©cidĂ© Ă  expier sa conduite après avoir offensĂ© Dieu. RessuscitĂ© Ă  la suite d’un accident mortel, sa mission consiste dès lors Ă  venir en aide aux tĂ©moins de l’emprise du Diable. Ce qui l’amène Ă  s’orienter vers un lycĂ©e exclusivement fĂ©minin oĂą de graves incidents ont Ă©tĂ© signalĂ©s par la direction.

    Hormis sa facture tĂ©lĂ©visuelle Ă©tonnamment soignĂ©e, Jerry Thorpe rĂ©ussit avec une rĂ©elle efficacitĂ© Ă  maintenir un suspense constant parmi les vicissitudes des pensionnaires qui Ă©branlent leur tranquillitĂ©, tout en insufflant une atmosphère dĂ©licieusement diabolique par le biais de l’emprise du feu. RenforcĂ©e par une bande-son anxiogène agrippant la pellicule, la manière insidieuse dont les flammes se propagent sur le mobilier ou sur le corps enseignant provoque un sentiment profondĂ©ment malsain. D’autant qu’Ă  plus d’une reprise, la victime ciblĂ©e se retrouve enfermĂ©e dans une pièce verrouillĂ©e de l’intĂ©rieur.


    ÉpaulĂ© par des comĂ©diennes fort convaincantes dans leurs rĂ´les d’enseignantes contrariĂ©es ou de lycĂ©ennes apeurĂ©es, Les EnvoĂ»tĂ©s est Ă©galement dominĂ© par le jeu Ă©nigmatique de James Farentino (remember The Reincarnation of Peter Proud) dans celui de Kevin Leahy, prĂŞtre dĂ©chu revenu de l’au-delĂ . DĂ©pouillĂ© de sa soutane et de ses insignes religieux (il ne croit plus qu’Ă  l’existence du Mal, avouera-t-il Ă  l’une des enseignantes), il demeure pourtant rĂ©signĂ© Ă  combattre et Ă  se sacrifier pour sauver les proies innocentes des forces du Diable.

    Enfin, on reconnaĂ®tra dans un second rĂ´le l’apparition du dĂ©butant Harrison Ford dans celui d’un enseignant batifolant avec une jeune lycĂ©enne. Si le rĂ©cit, tout Ă  fait inquiĂ©tant, n’exploite pas complètement le potentiel de son sujet en raison de quelques raccourcis narratifs (faute Ă  sa durĂ©e Ă©courtĂ©e), il demeure suffisamment bien conduit pour distiller une vĂ©ritable angoisse latente au fil d’une intrigue toujours plus ombrageuse que Kevin Leahy tente de dĂ©mystifier. Ce qui nous conduit Ă  son point d’orgue rĂ©vĂ©lateur ayant tant traumatisĂ© les cinĂ©philes de l’Ă©poque lors de cette confrontation du prĂŞtre et de la directrice rĂ©fugiĂ©s Ă  proximitĂ© d’une piscine.

    En victime ensorcelĂ©e exprimant râles inquiĂ©tants, rictus mesquins et regard pervers, l’actrice Joan Hackett rĂ©ussit Ă  provoquer l’effroi dans sa posture cynique de possĂ©dĂ©e. Aujourd’hui encore, son apparence “envoĂ»tĂ©e” (mais dĂ©pouillĂ©e de tout maquillage grand-guignolesque) nous provoque une rĂ©pulsion viscĂ©rale troublante, au point de raviver ces cauchemars nocturnes hĂ©ritĂ©s d’une enfance tourmentĂ©e.


    En tant que production issue de la tĂ©lĂ©vision, Les EnvoĂ»tĂ©s demeure l’une des rares rĂ©ussites Ă  avoir su distiller avec autant de tact, de sensibilitĂ© et de rĂ©alisme une angoisse vĂ©nĂ©neuse particulièrement dĂ©rangeante, Ă  l’instar de son Ă©pilogue fĂ©tide restĂ© dans les mĂ©moires des tĂ©lĂ©spectateurs. Une pĂ©pite Ă  redĂ©couvrir donc, tant elle s’avère plus honorable et convaincante que la plupart des vulgaires ersatz ayant tentĂ© d’Ă©muler l'Exorciste et consorts. Si bien que Les EnvoĂ»tĂ©s n’a pas pris une ride, portĂ© par une atmosphère envoĂ»tante hantĂ©e par la prĂ©sence d’un Mal de prime abord sournoisement indicible. C’est dire s’il tient encore aujourd’hui sacrĂ©ment la route (j’en suis au quatrième visionnage).

    — Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

    02.05.26. 4èx. Vostfr

    lundi 4 août 2014

    LOCKE

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site drafthouse.com

    de Steven Knight. 2014. U.S.A/Angleterre. 1h25. Avec Tom Hardy.

    Récompense: Meilleur Scénario au British Independent Film Awards, 2013

    Sortie salles France: 23 Juillet 2014. U.S: 25 Avril 2014. Angleterre: 18 Avril 2014

    FILMOGRAPHIE: Steven Knight est un scénariste et réalisateur anglais né en 1959 à Marlborough.
    1995-1997: The Detectives (5 épisodes). 2013: Crazy Joe. 2014: Locke.


    Incarné par un seul acteur confiné dans le décor d'une voiture, Locke nous relate l'itinéraire routier d'un chef de chantier délibéré à dénigrer sa profession pour le compte d'une collègue sur le point d'accoucher. Epoux et père de deux enfants, Ivan mène une vie familiale des plus épanouie s'il ne leur avait pas caché sa liaison d'adultère fautée avec elle. Durant son trajet vers l'hôpital, il va tenter de résolver ses problèmes professionnels pour la construction d'un building, soutenir sa compagne sur le point d'accoucher de son enfant et s'efforcer de convaincre sa femme de lui pardonner cette infidélité.


    Si Mario Bava avait dĂ©jĂ  exploitĂ© la situation dans Chiens EnragĂ©s, Steven Knight adopte ici le concept de manière plus audacieuse, sa camĂ©ra ne quittant jamais de vue notre unique protagoniste parquĂ© Ă  l'intĂ©rieur d'une voiture jusqu'au point de destination. Suivant son trajet nocturne de manière inlassable sur le bitume des autoroutes, nous nous immergeons dans l'introspection tourmentĂ©e d'Ivan Locke harcelĂ© de coups de tĂ©lĂ©phone afin de prĂŞter main forte Ă  quelques ouvriers et sa collègue enceinte. C'est autour de ces conflits qu'il s'efforce d'avouer Ă  sa femme son adultère et la naissance d'un bambin tout en essayant de la convaincre que cette relation Ă©tait sans fondement. A travers les caractĂ©ristiques de cet entrepreneur digne de confiance et de père aimant (suffit d'entendre la fougue de ses enfants lorsqu'ils s'empressent de lui dĂ©voiler le rĂ©sultat d'un match de foot !), le rĂ©alisateur nous brosse la responsabilitĂ© d'un homme intègre, loyal et plein de reconnaissance mais compromis Ă  une faiblesse humaine Ă  un moment alĂ©atoire de sa vie. Celle d'avoir cĂ©dĂ© Ă  la tentation avec une collègue en dĂ©tresse sans jamais avoir pu rĂ©ellement comprendre les tenants et aboutissants d'un comportement aussi contradictoire. Au fil des appels tĂ©lĂ©phoniques reçus, nous allons Ă©galement entendre ses monologues intimes nous dĂ©voilant sa haine envers un père inexistant et donc comprendre Ă  quel point sa dĂ©cision de privilĂ©gier l'assistance paternelle Ă©tait primordiale pour honorer l'avènement d'un enfant. Celui d'assumer la responsabilitĂ©, ĂŞtre inĂ©vitablement prĂ©sent dès le premier jour de sa naissance et le prĂ©server de l'amour qu'il lui portera plus tard !


    A travers le profil de cet homme rempli d'humilitĂ© mais desservi par l'erreur et hantĂ© par le regret, Locke dĂ©voile la fragilitĂ© de la nature humaine capable de trahison mais pourtant rĂ©signĂ© Ă  regagner la confiance de l'autre si le pardon Ă©tait tolĂ©rĂ©. Tout en pudeur, ce road movie contemplatif nous immerge dans sa solitude et son courage (le jeu flegmatique de Tom Hardy y doit beaucoup !) avec une Ă©motion parfois poignante, Ă  l'instar d'un Ă©pilogue bouleversant uniquement bâti sur l'acuitĂ© de suggestion. En terme de production indĂ©pendante, un road-movie touchant, efficace et plein de sincĂ©ritĂ© malgrĂ© son concept casse-gueule de huis-clos Ă©triquĂ© risquant de perdre certains spectateurs en route. 

    Bruno Matéï


    samedi 2 août 2014

    LA PLANETE DES SINGES: L'AFFRONTEMENT (Dawn of the Planet of the Apes)

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zickma.fr

    de Matt Reeves. 2014. U.S.A. 2h10. Avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman, Keri Russell, Kirk Acevedo, Toby Kebbell.

    Sortie salles France: 30 Juillet 2014. U.S: 11 Juillet 2014

    FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 27 Avril 1966 à Rockville Centre (Etats-Unis).
    1993: Future Shock (segment "Mr. Petrified Forrest"). 1996: Le Porteur. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement.


    Si Ruper Wyatt avait rĂ©ussit Ă  relancer la franchise avec un premier reboot très attachant, il cède aujourd'hui sa place Ă  Matt Reeves, rĂ©alisateur de Cloverfield et du remake Laisse moi entrer. Après que la grippe simienne eut dĂ©cimĂ© 95% de la population humaine, une poignĂ©e de survivants immunisĂ©s tentent d'entrer en contact avec les primates rĂ©fugiĂ©s dans la forĂŞt. Incapable de trouver une solution Ă  leur conflit, une guerre semble la seule solution pour obtenir le pouvoir. Plus Ă©pique et violent, La Planète des Singes: l'affrontement illustre donc la dĂ©claration de guerre Ă©tablie entre humains et primates. Le premier point qualitatif que l'on peut cĂ©lĂ©brer dès son introduction concerne la perfection des FX numĂ©riques en motion capture insufflant aux simiens une expression humaine bouleversante.


    La grande rĂ©ussite de cet opus Ă©mane donc une fois encore de l'intensitĂ© Ă©motionnelle, l'empathie que l'on Ă©prouve facilement pour les singes factices, Matt Reeves dĂ©crivant avec attention et sensibilitĂ© leur manière de s'exprimer oralement ou par le langage des signes, leur Ă©thique du respect d'autrui (un singe ne tue pas un singe !) et leur condition de vie sereine dans leur environnement naturel. Mais cette harmonie sera de courte durĂ©e puisqu'un Ă©tranger osera y piĂ©tiner les lieux. Car depuis l'intrusion d'une Ă©quipe de patrouilleurs, un enjeu de survie est Ă  nĂ©gocier. Afin d'apaiser les tensions, leur leader CĂ©sar doit se laisser convaincre d'un marchĂ© proposĂ© par Malcolm, un humain pacifiste. C'est Ă  dire pouvoir accĂ©der au barrage hydroĂ©lectrique confinĂ© Ă  leur frontière afin de le rĂ©parer et rĂ©gĂ©nĂ©rer l'Ă©lectricitĂ©. Une aubaine qui leur permettrait d'Ă©tablir un contact avec le monde extĂ©rieur s'il y avait d'autres potentiels survivants La force de caractère de CĂ©sar, leader intègre mais circonspect, renforce l'intensitĂ© des nĂ©gociations qu'une poignĂ©e d'humains tentent de collaborer en dernier ressort. Pour compliquer la donne, un chimpanzĂ© perfide du nom de Koba tente de contredire les dires des humains et d'influencer sa tribu pour leur menace belliqueuse. L'intĂ©rĂŞt de leurs conflits dĂ©coule donc de savoir qui va bien pouvoir causer la première bourde Ă  dĂ©clencher l'inĂ©vitable guerre et quel clan en sortira vainqueur ! A travers les thèmes de la peur, de la rancoeur, de la jalousie et de la haine, le film explore les failles du sentiment humain ainsi que notre instinct d'orgueil et de revanche. Notamment la peur de l'Ă©tranger contraire Ă  nos cultures et notre incapacitĂ© Ă  gĂ©rer notre confiance lorsque deux clans tentent de s'accaparer d'un territoire pour la survie. MĂ©taphore sur le racisme, rĂ©flexion sur l'incommunicabilitĂ©, l'engrenage de la trahison et l'endoctrinement de la guerre, La Planète des Singes: l'Affrontement fait donc Ă©cho aux actualitĂ©s sanglantes qu'on nous ressasse chaque jour, c'est Ă  dire les sempiternels conflits de discorde que se disputent les peuples Ă  travers le monde.


    Blockbuster intelligent conçu sur l'expectative d'affrontements homĂ©riques, La Planète des Singes: l'Affrontement dĂ©ploie surtout un humanisme poignant et dĂ©sespĂ©rĂ©, notamment Ă  travers les rapports d'amitiĂ© entamĂ©s entre Malcolm et CĂ©sar car compromis par l'enjeu de survie oĂą l'hĂ©gĂ©monie de l'un finira par l'emporter. Un grand spectacle formel oĂą le lyrisme poĂ©tique se dispute au pessimisme le plus austère. 

    Bruno Matéï
    P.S: A déplorer la 3D proprement aseptique et inutile.

    Planète des singes (la): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/la-planete-des-singes-planet-of-apes.html

    vendredi 1 août 2014

    JUILLET DE SANG (Cold in July)

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site abucketofcorn.com

    de Jim Mickle. 2014. U.S.A/France. 1h49. Avec Michael C. Hall, Don Johnson, Nick Damici, Sam Shepard, Vinessa Shaw, Wyatt Russel.

    Sortie salles U.S: 23 Mai 2014. Inédit en France.

    FILMOGRAPHIE: Jim Mickle est un réalisateur et scénariste américain.
    2006: Mulberry Street. 2010: Stake Land. 2013: We are what we are. 2014: Juillet de sang.


    RĂ©alisateur douĂ© ayant dĂ©jĂ  fait ses preuves Ă  trois reprises dans le genre horrifique et fantastique, Jim Mickle s'essaie aujourd'hui au registre du polar avec Juillet de sang. TirĂ© d'un roman de Joe R. Lansdale, le rĂ©cit s'articule dans un premier temps autour de la confrontation de deux pères de famille. Une nuit, Richard Dane surprend un cambrioleur dans sa demeure. Pris de panique, il tire sans sommation et l'abat froidement. ConsidĂ©rĂ© par la police comme un cas de lĂ©gitime dĂ©fense, il s'en sort sans poursuite parmi le soutien de la population. Quelques jours après l'enterrement, le père de la victime, un ex taulard connu de la police, semble vouloir se venger auprès de la famille Dane, puisque Ă©piant leurs faits et gestes jusqu'Ă  s'introduire une nuit dans leur maison pour s'en prendre au petit fils


    Cette trame simpliste et efficace laisse donc prĂ©sager un thriller palpitant par la rivalitĂ© des rapports de force envisagĂ©s mais desservi par un alibi conventionnel. NĂ©anmoins, Jim Mickle peaufine dĂ©jĂ  l'aspect psychologique de ce cas de lĂ©gitime dĂ©fense auquel le criminel est Ă©pris de remord d'avoir osĂ© sacrifiĂ© une vie mais aussi angoissĂ© Ă  l'idĂ©e de redouter la rĂ©volte du père de la victime. Seulement, passĂ© les 45 minutes de mĂ©trage, le rĂ©alisateur opte un virage Ă  180° pour inverser les rĂ´les et mettre en exergue leurs rapports solidaires puisque impliquĂ©s dans une fortuite affaire de corruption et de machination. La densitĂ© du rĂ©cit Ă©mane de leur investigation consciencieuse et leur quĂŞte de vĂ©ritĂ© pour retrouver le tĂ©moin clef d'une affaire crapuleuse. EpaulĂ©s d'un dĂ©tective privĂ©, les voici entraĂ®nĂ©s dans une dĂ©rive justicière afin d'Ă©radiquer un groupuscule mafieux. Impeccablement structurĂ©, Jim Mickle Ă©labore un polar âpre et tendu transcendĂ© par la densitĂ© humaine d'adultes burinĂ©s car rendus marginaux de leur concours de circonstances. Particulièrement, ces pères de famille partagĂ©s entre hĂ©sitation et dĂ©termination de persĂ©vĂ©rer dans leur cheminement punitif, quand bien mĂŞme un rebondissement alĂ©atoire va totalement bouleverser la donne pour l'un d'eux. Car une rĂ©vĂ©lation sordide rapportĂ©e par le tĂ©moignage d'une cassette video va les mener droit en enfer lors d'un règlement de compte sanglant saturĂ© d'Ă©clairages stylisĂ©s. A travers leur cohĂ©sion, le rĂ©alisateur brosse Ă©galement le portrait d'hommes fragilisĂ©s par leur responsabilitĂ© paternelle alors que l'un d'eux aura la difficile Ă©preuve de rompre avec les liens du sang. Il en Ă©mane dès lors une odeur de souffre tangible qui incommodera le spectateur jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin ! 


    Etablissant le rapport primitif entre l'homme et la violence, Juillet de sang est un drame fiĂ©vreux et poignant, une odyssĂ©e sanglante improvisĂ©e par un trio de cowboys contraints d'employer les armes pour rĂ©soudre une affaire crapuleuse niĂ©e des pouvoirs publics. Tendu et poisseux, Juillet de sang est notamment privilĂ©giĂ© par la prĂ©sence virile de comĂ©diens burinĂ©s, par un score synthĂ©tique faisant Ă©cho au cinĂ©ma de Carpenter et par une mise en image quasi surrĂ©aliste lors du climax vertigineux. 

    Bruno Matéï

    jeudi 31 juillet 2014

    LA MAISON DE CIRE (House of Wax)

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Jaume Collet-Serra. 2005. U.S.A./Australie 1h37. Avec Elisha Cuthbert, Chad Michael Murray, Brian Van Holt, Paris Hilton, Jared Padalecki, Jon Abrahams.

    Sortie salles France: 25 Mai 2005

    FILMOGRAPHIE: Jaume Collet-Serra est un rĂ©alisateur catalan, nĂ© le 23 Mars 1974 Ă  Barcelone.
    2005: La Maison de Cire. 2007: Goal 2: La Consécration. 2009: Esther. 2011: Sans Identité. 2014: Non-Stop. 2014: Run all Night.


    Par le réalisateur de l'excellent Esther, Jaume Collet-Serra avait déjà montré ses preuves dans le domaine horrifique avec La Maison de Cire, une relecture moderne du classique d'André De Toth, l'Homme au masque de cire. Et pour une première réalisation, on peut déjà vanter son savoir-faire à avoir su gérer suspense et angoisse à partir d'un scénario éculé mais plus retors qu'il n'y parait. Clairement influencé par le slasher et afin de rameuter la nouvelle génération, La Maison de Cire reprend le canevas traditionnel d'une bande de vacanciers exilés à la campagne et tombant un à un dans les mailles d'un tueur sans pitié. Si la première partie n'évite pas la redite dans sa représentation caricaturale d'ados écervelés s'éclatant autour du sexe et de l'alcool, la suite adopte une tournure plus intéressante lorsque deux d'entre eux se retrouvent infiltrés au sein d'un village fantôme par l'amabilité d'un redneck interlope. Epaulé d'une somptueuse photographie, l'ambiance rétro qui émane de cet endroit touristique atteint son apogée lors de la visite du musée entièrement façonné de cérumen. Car cette bâtisse aux teintes sépia renferme d'étranges personnages de cire, ou plutôt de véritables cadavres fraîchement embaumés par un artiste aussi prodige que maudit. D'ailleurs, toute la ville est aménagée de citadins factices conçus à son image afin de refonder un semblant de vie pour son existence solitaire.


    La fascination macabre qu'exercent ces pantins de chair se rĂ©percute sur l'anxiĂ©tĂ© de nos protagonistes Ă©garĂ©s dans une chambre des horreurs. Sans perdre de temps, Jaume Collet-Serra confronte ces protagonistes Ă  des enjeux de survie puisque l'un d'entre eux finira rapidement par se faire alpaguer par le tueur. Quand bien mĂŞme l'arrivĂ©e des autres camarades vont rapidement faire les frais d'agressions sanglantes pour ĂŞtre sauvagement assassinĂ©s. Sur ce point, l'inventivitĂ© des meurtres et leur rĂ©alisme acĂ©rĂ© impressionne le spectateur SPOILER ! d'autant plus que la menace est finalement exprimĂ©e par deux criminels compromis au secret familial ! Fin du Spoiler. On est aussi parfois surpris de l'ironie accordĂ©e Ă  certaines situations de stress (celle d'une survivante dĂ©passant son doigt au dessus d'une plaque de grillage pour invoquer de l'aide !) ou Ă  la manière inĂ©dite dont certains protagonistes se retrouvent dans une posture cruelle (une victime rendue mutique par de la Super Glue plaquĂ©e sur sa bouche, une autre proie embaumĂ©e mais encore vivante derrière son apparence de cire !). PassĂ© une succession de meurtres en sĂ©rie adroitement planifiĂ©s, l'intrigue se recentre ensuite sur la survie d'un frère et d'une soeur, unissant leurs efforts et redoublant de brutalitĂ© afin de combattre les bourreaux (les coups de batte de base-ball dans une tronche font très mal dans leur impact cinglant !). Palpitant en diable, le rĂ©alisateur les confrontent donc Ă  une sĂ©rie d'Ă©preuves drastiques pour leur survie culminant vers un final littĂ©ralement flamboyant. Sur ce point, on peut Ă©voquer l'anthologie stylisĂ©e tant la perfection des effets spĂ©ciaux rĂ©ussit Ă  nous bluffer lorsque le musĂ©e se met Ă  fondre lentement sa cire par la chaleur d'un incendie ! Les survivants tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extraire de la bâtisse rĂ©duite en lambeaux de pate !


    Efficace et haletant, La Maison de Cire exploite les codes du slasher avec savoir-faire et inventivitĂ©, quand bien mĂŞme la morphologie factice du tueur et la fastuositĂ© des dĂ©cors rĂ©tros participent notamment Ă  l'immersion d'un univers poĂ©tico-macabre. Un excellent divertissement tirant vers le haut un sous-genre plutĂ´t mineur. 

    Bruno 
    02.03.24. 4èx. Vostfr

    mercredi 30 juillet 2014

    Terreur sur la Ligne / When a stranger calls. Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Fred Walton. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Charles Durning, Carol Kane, Colleen Dewhurst, Tony Beckley, Ron O'Neal, Steven Anderson.

    FILMOGRAPHIE: Fred Walton est un réalisateur et scénariste américain.
    1979: Terreur sur la Ligne. 1986: Week-end de terreur. 1987: Confession criminelle. 1987: Hadley's Rebellion. 1988: I saw what you did (tĂ©lĂ©-film). 1989: Seule dans la tour de verre (tĂ©lĂ©-film). 1990: Murder in Paradise. 1992: The Price She Paid (tĂ©lĂ©-film). 1992: Homewrecker (tĂ©lĂ©-film). 1993: Terreur sur la ligne 2 (tĂ©lĂ©-film). 1994: Dead Air (tĂ©lĂ©-film). 1995: The Courtyard (tĂ©lĂ©-film). 1996: The Stepford Husbands (tĂ©lĂ©-film). 


    "La Voix au bout du fil".
    PrimĂ© deux fois Ă  Avoriaz, Terreur sur la Ligne s’est vu gratifiĂ© d’un joli succès commercial Ă  sa sortie. Aujourd’hui oubliĂ©, voire mĂ©prisĂ© par une certaine frange de cinĂ©philes et de critiques spĂ©cialisĂ©es, ce premier long-mĂ©trage de Fred Walton s’impose pourtant comme un vĂ©ritable coup de maĂ®tre dans sa gestion du suspense et de l’angoisse, profondĂ©ment imprĂ©gnĂ©e de l’ombre d’Hitchcock. DĂ©coupĂ© en trois actes, le film ouvre sur vingt-et-une minutes d’une tension insoutenable, oĂą une jeune baby-sitter, Jill Johnson, se retrouve harcelĂ©e par un maniaque au tĂ©lĂ©phone. Inlassablement, il lui rĂ©pète la mĂŞme question : « ĂŠtes-vous allĂ©e voir les enfants ? » Jusqu’Ă  ce qu’elle, submergĂ©e par la peur, n’appelle la police en ultime recours.

    Dans ce huis clos suffocant, Fred Walton orchestre un modèle de mise en scène, distillant une tension exponentielle avec une prĂ©cision chirurgicale. La victime, enfermĂ©e dans une maison obscure dont elle ne maĂ®trise pas les contours, incarne la solitude et la peur viscĂ©rale d’un danger diffus, mais omniprĂ©sent. Le tueur la happe par la voix, enfonçant dans sa psychĂ© cette interrogation entĂŞtante et dĂ©lirante. L’empathie Ă  son Ă©gard s’intensifie, nourrie par son incapacitĂ© Ă  contenir l’angoisse, par sa vulnĂ©rabilitĂ© nue, Ă©motionnellement ravagĂ©e. Ce harcèlement psychologique, insidieux et lancinant, la consume de l’intĂ©rieur jusqu’Ă  l’issue fatale d’un twist.


    Le second acte se recentre sur la figure du tueur : un malade mental rĂ©cemment Ă©chappĂ© de l’asile après sept annĂ©es d’internement. Dans un bar miteux, il aborde une sexagĂ©naire acariâtre, tandis qu’en parallèle, le dĂ©tective John Clifford se lance Ă  ses trousses avec pour seul objectif de l’abattre sans sommation. Cette partie du rĂ©cit s’englue dans une noirceur urbaine, faite de ruelles inquiĂ©tantes et de halos blafards, oĂą plane la menace d’un nouveau drame. Le portrait du meurtrier s’affine : un psychopathe dĂ©chu, rĂ©duit Ă  l’Ă©tat de clochard, contraint de mendier sa pitance dans les soupes populaires. ÉgarĂ©, rongĂ© par la solitude, il erre la nuit dans les quartiers dĂ©laissĂ©s, en quĂŞte d’un semblant de chaleur humaine, jusqu’Ă  se perdre dans des visions morbides. Conscient de sa propre dĂ©chĂ©ance, incapable de s’insĂ©rer dans un monde qui le rejette, il finit par entrevoir le suicide comme unique Ă©chappatoire. InterprĂ©tĂ© avec une intensitĂ© transie par Tony Beckley — mort d’un cancer trois jours après la sortie française du film —, le personnage dĂ©voile une humanitĂ© trouble, entre nĂ©vrose, dĂ©tresse et sursauts de violence.

    Le troisième et dernier acte referme la boucle de l’effroi, renouant avec la baby-sitter Jill Johnson, dĂ©sormais mariĂ©e et mère de deux enfants. Sur le point de dĂ®ner au restaurant avec son mari, elle laisse ses enfants sous la garde d’une nourrice. Le passĂ© ressurgit. Et Ă  nouveau, dans l’enceinte feutrĂ©e de la cellule familiale, la tension grimpe jusqu’au paroxysme. Le point d’orgue, littĂ©ralement cinglant, foudroie.


    "Frissons dans l’ombre, murmures au combinĂ©".
    Fer de lance d’une mouvance horrifique qui engendrera plusieurs ersatz plus ou moins inspirĂ©s (jusqu’Ă  son remake aseptisĂ© ou la saga Scream), Terreur sur la Ligne demeure un modèle absolu de suspense. Rien que son prologue mĂ©riterait d’ĂŞtre enseignĂ© dans les Ă©coles de cinĂ©ma. Ce film n’est pas seulement le rĂ©cit d’une terreur ordinaire, mais aussi l’autopsie de deux fragilitĂ©s psychiques — celle de la proie, et celle du prĂ©dateur. Pour parachever cette Ĺ“uvre vĂ©nĂ©neuse, il faut saluer la puissance de sa partition sonore, ombrageuse, savamment orchestrĂ©e pour exacerber l’angoisse… jusqu’Ă  ce fondu enchaĂ®nĂ© final, rĂ©solument glaçant.

    Bruno 
    5èx