mardi 1 septembre 2015

LA RAGE AU VENTRE

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site joblo.com

"Southpaw" de Antoine Fuqua. 2015. U.S.A. 2h03. Avec Jake Gyllenhaal, Rachel McAdams, Forest Whitaker, Oona Laurence, Curtis "50 Cent" Jackson, Skylan Brooks, Naomie Harris, Victor Ortiz, Beau Knapp.

Sortie salles France: 22 Juillet 2015. U.S: 24 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Antoine Fuqua est un réalisateur américain, né le 19 Janvier 1966 à Pittsburgh (Etats-Unis).
1998: Un Tueur pour Cible. 2000: Piégé. 2001: Training Day. 2003: Les Larmes du Soleil. 2004: Le Roi Arthur. 2007: Shooter, tireur d'élite. 2010: L'Elite de Brooklyn. 2013: La Chute de la Maison Blanche. 2014: Equalizer. 2015: La Rage au Ventre.


CinĂ©aste Ă©clectique dans sa diversitĂ© des genres ayant su alterner avec plus ou moins de savoir-faire l'aventure, le polar, la guerre et l'actionner bourrin, Antoine Fuqua renoue avec la qualitĂ© d'une de ses oeuvres les plus abouties (l'Elite de Brooklyn) afin de parfaire une nouvelle "success-story" initiĂ©e par la cĂ©lèbre saga RockyLa Rage au Ventre cultivant avec pathos le cheminement de constance d'un ancien champion du monde dĂ©libĂ©rĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer son prestigieux titre après avoir essuyer une sĂ©rieuse dĂ©route. Ce pitch Ă©culĂ© du dĂ©passement de soi que l'on connait par coeur, Antoine Fuqua le rĂ©exploite parmi l'efficacitĂ© d'une intensitĂ© dramatique (au plus près de la corde sensible) et la prĂ©caritĂ© humaine d'un ancien hĂ©ros en quĂŞte de rĂ©demption tendant Ă  nous questionner sur le sens de l'injustice. Et le miracle de se (re)produire ! Car aussi prĂ©visible que soit son initiation Ă  la sagesse et Ă  la volontĂ© de vaincre, La Rage au Ventre parvient Ă  nouveau avec l'alibi des bons sentiments Ă  nous immerger dans la dĂ©tresse de ce boxer subitement Ă©branlĂ© par la perte de l'ĂŞtre cher.


VĂ©ritable descente aux enfers pour sa dĂ©liquescence humaine et le concours de circonstances aggravantes entraĂ®nant notamment la dĂ©mission de sa fille, l'intrigue s'Ă©rige en tragĂ©die de la dĂ©veine avant de renouer avec l'optimisme victorieux (ou tout du moins tenter de remonter sur le ring pour affronter l'ancien rival responsable de sa tragĂ©die familiale). Pour l'amour et l'honneur familial, et justifier un sens Ă  l'iniquitĂ© de sa cruelle destinĂ©e, Billy Hope va rĂ©apprendre Ă  vivre afin de rĂ©cupĂ©rer sa dignitĂ© par l'entremise d'un coach chevronnĂ©, et en escomptant rĂ©cupĂ©rer la garde de sa fille. Par le biais de ce propos dramatique multipliant les situations lacrymales autour d'une discorde familiale (celle d'un père fustigĂ© par sa propre fille), Antoine Fuqua met en appui les consĂ©quences juridiques du deuil accidentel lorsqu'un paternel n'est plus apte Ă  gĂ©rer son devoir pĂ©dagogique. Le poids incommensurable de cette affliction humaine, Antoine Fuqua l'illustre avec autant de pudeur et d'intensitĂ© que de rĂ©alisme pour les sĂ©quences intimes les plus bouleversantes, et ce en dĂ©pit d'une certaine complaisance Ă  manipuler notre corde sensible. MalgrĂ© ce part-pris trivial impliquĂ© dans la facilitĂ©, nous nous immergeons de plein fouet dans le dĂ©sarroi de cette famille en berne parmi la stature charismatique d'une poignĂ©e de comĂ©diens avenants. Que ce soit la prĂ©sence viscĂ©rale de Jake Gyllenhaal (doublĂ©e d'une transformation physique saillante !) en boxeur noyĂ© de chagrin, la composition acquise du vĂ©tĂ©ran Forrest Whitaker en mentor avisĂ©, la fonction maternelle de Rachel McAdams en Ă©pouse consultante, et la sobriĂ©tĂ© infantile de Oona Laurence en fillette insurgĂ©e, La Rage au Ventre compte sur leur vigueur autoritaire pour nous entraĂ®ner dans un dĂ©luge d'Ă©motions aussi fortes (les combats de boxe très rĂ©alistes et violents gĂ©nèrent tension exponentielle autour d'une mĂ©canique de suspense Ă©prouvant !) que fragiles (toutes les sĂ©quences prĂ©citĂ©es avant les retrouvailles du pardon et l'issue de la rĂ©demption).


Le Champion
Spectacle ardu d'Ă©motions fortes Ă©rigĂ©es autour de la compĂ©tition symbolique de la boxe, La Rage au Ventre parvient avec l'efficacitĂ© de sa mise en scène Ă  renouveler sa narration prĂ©visible par le biais d'un contexte tragique rigoureux (prĂ©parez impĂ©rativement les mouchoirs pour son intensitĂ© dramatique en roue libre !) et le talent sentencieux de comĂ©diens jouant autant sur les ressorts de pudeur que de rĂ©volte pour dĂ©crocher la sĂ©rĂ©nitĂ©. Si je compte sur l'instant euphorique de mon ressenti Ă  chaud, je peux prĂ©tendre sans complexe le "Coup de Coeur" ! 

P.S: A dĂ©conseiller la vision de son Trailer avant la projo puisque dĂ©voilant sans complexe le clou dramatique de l'intrigue !  

Bruno Matéï

    lundi 31 août 2015

    TULPA - PERDIZIONI MORTALI

                                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreur.net  

    de Federico Zampaglione. 2012. 1h32. Italie. Avec Claudia Gerini, Michela Cescon, Ivan Franek, Nuot Arquint, Laurence Belgrave, Yohann Chopin.

    Sortie salles Italie: 20 Juin 2013

    FILMOGRAPHIE: Federico Zampaglione est un réalisateur et scénariste italien, né le 29 Juin 1968 à Rome. 2007: Nero bifamiliare. 2009: Shadow. 2012: Tulpa - Perdizioni Mortali.


    Inédit en salles chez nous, Tulpa - Perdizioni Mortali relate les vicissitudes d'une femme d'affaires ébranlée par un mystérieux tueur s'en prenant à son entourage, uniquement la clientèle de la Tulpa, boite d'échangisme aux pratiques occultes que Lisa s'adonne chaque soir. Alors que les meurtres s'accélèrent, elle tente d'avertir son nouveau compagnon sexuel, Stéphano.


    Giallo typiquement reprĂ©sentatif de la tradition du genre, Ă  contre-emploi donc des expĂ©riences auteurisantes (voires gonflantes pour les rĂ©fractaires !) d'Amer et de L'Etrange couleur des larmes de ton corps, Tulpa empreinte le moule de sa sĂ©rie B sous la houlette d'un rĂ©alisateur respectueux de ces illustres ancĂŞtres. Comme souvent chez le genre codifiĂ©, le scĂ©nario ne brille ni par son originalitĂ© (la forme de conscience et la volontĂ© psychique de la "Tulpa" sont Ă  peine survolĂ©es !) ni par ses rebondissements avares en suspense (la rĂ©vĂ©lation du meurtrier s'avĂ©rant assez insignifiante), l'intrigue n'Ă©tant qu'un prĂ©texte Ă  Ă©mailler habilement des sĂ©quences de meurtres directement inspirĂ©s de Dario Argento. Sur ce point, difficile de dĂ©cevoir les amateurs face au stylisme de sa violence graphique aussi cruelle que cradingue. On apprĂ©ciera d'ailleurs le clin d'oeil du prologue faisant Ă©cho Ă  un cĂ©lèbre assassinat vu dans Opera ! En ce qui concerne la forme, Tulpa s'avère donc une rĂ©ussite, notamment pour le soin esthĂ©tique imparti Ă  ses dĂ©cors baroques (bien que minimalistes) rĂ©gis autour des nuances de rouge et de noir profond. Et en dĂ©pit du classicisme de son cheminement narratif et du manque de profondeur des personnages, on se prend d'intĂ©rĂŞt Ă  suivre les pĂ©ripĂ©ties nocturnes de notre hĂ©roĂŻne malmenĂ©e par un assassin revanchard. D'autant plus que l'Ă©lĂ©gante Claudia Gerini se fond dans le corps (lubrique) d'une entrepreneuse parmi l'autoritĂ© d'une personnalitĂ© respectĂ©e du cadre professionnel. On apprĂ©ciera aussi le magnĂ©tisme ensorcelant qu'invoque implicitement son regard concupiscent !


    Sympathique sĂ©rie B Ă  la rĂ©alisation perfectible mais rĂ©cupĂ©rĂ©e par une ambition formelle, Tulpa rĂ©exploite les codes du giallo avec assez de sincĂ©ritĂ© pour façonner un divertissement sanglant menĂ© tambour battant. En dĂ©pit du caractère Ă©culĂ© des situations et de la rĂ©vĂ©lation aseptique du tueur, on gardera surtout en mĂ©moire une ambiance ombrageuse assez palpable, des sĂ©quences horrifiques de meurtres très crus et le jeu suave de la charmante Claudia Gerini parfois contemplĂ©e dans des Ă©treintes sexuelles mystiques ! 

    Dédicace à Céline Trinci et Cid Orlandu.
    Bruno Matéï

    Qu’est-ce qu’un/une Tulpa ?

    Tulpa(e): LittĂ©ralement “Forme de pensĂ©e” en Sanscrit. Le concept Ă©mergea il y a longtemps en Asie, et s’inscrivait naturellement dans les longues sessions de mĂ©ditation des moines tibĂ©tains.

    Pour complĂ©ter la dĂ©finition donnĂ©e plus haut, on peut dire qu’une tulpa est une forme de conscience autonome et indĂ©pendante, modelĂ©e Ă  partir de la simple volontĂ© psychique. Elle possède les mĂŞmes capacitĂ©s intellectuelles que son hĂ´te (crĂ©ateur) ainsi que les mĂŞmes possibilitĂ©s Ă  penser, raisonner, croire, espĂ©rer et percevoir le monde... que lui.


    vendredi 28 août 2015

    OTAGE

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dougrichardson.com

    de Florent Emilio Siri. 2005. U.S.A. 1h53. Avec Bruce Willis, Ben Foster, Jonathan Tucker, Marshall Allman, Kim Coates, Robert Knepper, Tina Lifford, Kevin Pollak.

    Sortie salles France: 27 Avril 2005. U.S: 11 Mars 2005

    FILMOGRAPHIE: Florent Emilio Siri est un réalisateur et scénariste français, né le 2 Mars 1965 à Saint-Avold en Lorraine.
    1998: Une Minute de Silence. 2001: Nid de Guêpes. 2005: Otage. 2007: L'Ennemi Intime. 2012: Cloclo. 2015: Pension Complète.


    Quatre ans après nous avoir agrĂ©ablement surpris avec le très efficace Nid de GuĂŞpes, digne hommage Ă  AssautFlorent Emilio Siri empreinte la voie du thriller Ă  suspense avec Otage. Un huis-clos aussi intense qu'implacable comme le souligne son prologue abrupt lorsqu'un nĂ©gociateur se retrouve en porte-Ă -faux face au comportement dĂ©saxĂ© d'un père de famille dĂ©terminĂ© Ă  abattre froidement sa femme et son fils. Cette sĂ©quence choc d'une rare violence dans le châtiment imparti aux victimes, notamment cette mort impardonnable perpĂ©trĂ© sur l'enfant, nous Ă©prouve Ă©motionnellement par son rĂ©alisme rigoureux, mĂŞme si le hors-champs nous Ă©pargne intelligemment l'impact graphique du carnage annoncĂ©. Par l'intensitĂ© de la prestation de Bruce Willis endossant avec humanisme fĂ©brile le nĂ©gociateur, nous nous Ă©prenons d'empathie pour l'accablement de son affliction allouĂ©e Ă  la responsabilitĂ© de sa dĂ©route. Un an plus tard, toujours marquĂ© par cette tragĂ©die, Jeff Taller se retrouve Ă  nouveau confrontĂ© Ă  une situation de prise d'otage lorsque trois jeunes marginaux ont dĂ©cidĂ© de s'en prendre Ă  la famille d'un riche comptable.


    Convenue mais efficace, l'intrigue aurait pu s'en tenir lĂ  pour laisser diluer le traditionnel suspense haletant autour des stratĂ©gies du nĂ©gociateur jouant une ultime fois le hĂ©ros en guise de rĂ©demption. Mais afin de corser l'affaire, Florent Emilio Siri relance rapidement les enjeux avec le stratagème imposĂ© d'une autre bande de malfaiteurs dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  faire chanter Jeff Taller afin de le forcer Ă  rĂ©cupĂ©rer un Dvd chez le domicile du comptable. Sa femme et sa fille Ă©tant kidnappĂ©s vers un endroit tenu secret, le nĂ©gociateur n'a d'autre choix que de s'efforcer de convaincre les trois marginaux Ă  libĂ©rer les otages et tenter de pĂ©nĂ©trer en interne de la bâtisse pour pouvoir avoir accès au disque contenant des informations capitales. En dĂ©cuplant les situations de pĂ©ril face au contexte inĂ©dit de deux prises d'otages, Florent Emilio Siri insuffle un suspense d'une tension tangible dans son lot de rebondissements et revirements souvent imprĂ©visibles. Exploitant Ă  merveille les compartiments intimes de la riche demeure (barricadĂ©e de l'extĂ©rieur par une alarme dernier cri !), notamment les combles derrière les murs que le fils cadet parvient Ă  emprunter pour pouvoir s'y rĂ©fugier et correspondre avec la police, Otage multiplie les situations de stress parmi ce personnage secondaire aussi audacieux que retors. Par le tempĂ©rament erratique des trois ravisseurs, l'intrigue suscite Ă©galement une angoisse diffuse par la rigueur de son rĂ©alisme traversĂ©e d'Ă©clairs de violence Ă  la dramaturgie tantĂ´t Ă©prouvante, tantĂ´t dĂ©rangeante. Dans celui du hĂ©ros hantĂ© par le passĂ© de son Ă©chec professionnel, Bruce Willis agence les actions de bravoures de dernier ressort et nĂ©gociations perfides dans une prise de conscience hĂ©sitante afin d'acheminer deux situations alertes vers le succès. Un dilemme draconien que l'acteur parvient Ă  rendre crĂ©dible face Ă  sa fonction dĂ©sespĂ©rĂ©e de hĂ©ros faillible nĂ©anmoins motivĂ© par la volontĂ© de vaincre sa peur afin d'Ă©pargner victimes et sa propre famille.


    Fort d'un scĂ©nario astucieux fertile en rebondissements impondĂ©rables et pĂ©ripĂ©ties explosives, Otage parvient surtout Ă  faire naĂ®tre l'angoisse et la tension parmi l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation maĂ®trisĂ©e exploitant sans fioritures le cadre d'un huis-clos de tous les dangers. Un thriller percutant donc largement au dessus du tout venant commercial, notamment dans la vigueur vertigineuse de ses sĂ©quences d'action Ă©prouvantes. 

    Bruno Matéï
    2èx

    jeudi 27 août 2015

    ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    "Interview with the vampire" de Neil Jordan. 1994. U.S.A. 2h02. Avec Tom Cruise, Brad Pitt, Kirsten Dunst, Antonio Banderas, Stephen Rea, Christian Slater, Thandie Newton, Domiziana Giordano.

    Sortie salles France: 21 Décembre 1994. U.S: 11 Novembre 1994

    FILMOGRAPHIE: Neil Jordan est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain irlandais, nĂ© le 25 FĂ©vrier 1950 Ă  Sligo. 1982: Angel. 1984: La Compagnie des Loups. 1986: Mona Lisa. 1988: High Spirits. 1989: Nous ne sommes pas des Anges. 1991: L'Etrangère. 1992: The Crying Game. 1994: Entretien avec un Vampire. 1996: Michael Collins. 1997: The Butcher Boy. 1999: PrĂ©monitions. 1999: La Fin d'une Liaison. 2002: L'Homme de la Riviera. 2005: Breakfast on Pluto. 2007: A vif. 2009: Ondine. 2012: Byzantium.


    Quelle gageure que d'avoir osĂ© transposer Ă  l'Ă©cran le cĂ©lèbre roman d'Anne Rice ovationnĂ© aux quatre coins du monde par le lectorat ! Un dĂ©fi que le cĂ©lèbre rĂ©alisateur irlandais Neil Jordan relève haut la main grâce Ă  son ambition formelle flamboyante (notamment une reconstitution historique inscrite dans le lyrisme et soucieuse du dĂ©tail !) et le parti-pris aussi judicieux que couillu d'opposer Ă  l'Ă©cran deux stars bankables, Tom Cruise et Brad Pitt ! Les acteurs incarnant respectivement avec une vĂ©ritĂ© troublante un duo de vampires (aux tendances homosexuelles) incapables de s'apprivoiser dans leur Ă©thique contradictoire. Lestat, le vampire par qui Louis fut malencontreusement mordu, n'Ă©tant qu'un ingrat sans vergogne totalement tributaire de son aviditĂ© meurtrière mais aujourd'hui dĂ©libĂ©rĂ© Ă  s'Ă©pauler d'un fidèle compagnon pour tenir lieu d'ennui. Alors que l'on pouvait craindre le pire de la part du bellâtre Tom Cruise, ce dernier parvient pourtant dans une fonction Ă  contre-emploi Ă  transcender son rĂ´le de vampire Ă©gocentrique avec cynisme souvent dĂ©testable !


    Du point de vue de Louis que Brad Pitt endosse avec une aigreur chétive, ce dernier se morfond dans la peau d'un vampire mélancolique, faute de l'empathie qu'il réussit encore à éprouver pour ses victimes, quand bien même sa condition damnée l'entraîne un peu plus vers une désillusion sans échappatoire. Autour de ce duo dissonant, une fillette orpheline viendra violemment s'interposer entre eux dans sa nouvelle condition d'immortelle infantile que Lestat a égoïstement sacrifié afin que Louis se résigne à rester à ses côtés ! Et du haut de ses 12 ans, la néophyte Kirsten Dunst exprime déjà un intense tempérament pour l'autorité de son caractère impertinent, rehaussé d'un regard mature ambivalent ! Grande fresque illustrant le cheminement existentiel de Louis, vampire dépressif interrogé par un journaliste au sein d'une chambre d'hôtel, Entretien avec un Vampire s'édifie au fil de ses vicissitudes comme un album d'images fulgurantes que Neil Jordan illustre au service d'une narration pessimiste. De par la condition existentielle de Louis, on peut notamment y voir un discours sur le fardeau de la solitude et le désintérêt de l'existence, qu'elle soit mortelle ou immortelle lorsque l'amour est en berne face à l'orgueil du Mal ! Outre le sens esthétique imparti à son imagerie gothico-baroque (notamment cette représentation théâtrale sardonique, avant-coureur du snuf-movie !) multipliant traquenards sanglants, règlements de compte punitifs et rebondissements aussi cruels qu'inventifs, cette oeuvre désenchantée parvient avec un réalisme stupéfiant à traiter du thème du vampire par l'entremise d'une vérité historique. Dans le sens où le vampirisme ne tient ici plus lieu de légende séculaire conforme aux clichés désuets (le pieu dans le coeur, les longues canines, la peur de l'ail et du crucifix) mais d'une réalité diachronique par la chimère du cinéma. Autant dire que Neil Jordan croit fermement à ses suceurs de sang, nouveaux aristocrates du 18è siècle, le cinéaste étant parvenu à leur donner chair par le soutien d'un trio de comédiens magnifiquement taillés pour leur discorde en roue libre.


    Une splendide fresque sur la désillusion d'une errance immortelle.
    EpaulĂ© de maquillages et d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques très convaincants que Neil Jordan exploite par moments avec une cruautĂ© graphique sans concession, Entretien avec un Vampire rĂ©ussit Ă  parfaire Ă  l'Ă©cran l'un des plus beaux romans jamais Ă©crits sur le mythe. Avec sa reconstitution flamboyante, son climat gothique ensorcelant et surtout la caractĂ©risation nihiliste allouĂ©e aux antagonistes immortels (que les comĂ©diens transcendent sans grandiloquence !), le vampire archaĂŻque renaĂ®t ici de ses cendres avec autant de rĂ©alisme que de lyrisme blafard ! 

    Bruno Matéï
    4èx


    mercredi 26 août 2015

    Les Autres / The Others

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    d'Alejandro Amenabar. 2001. France/Amérique/Espagne. 1h44. Avec Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Christopher Eccleston, Alakina Mann, James Bentley, Eric Sykes, Elaine Cassidy, Renée Asherson.

    Sortie salles France: 26 Décembre 2001. U.S: 10 Août 2001

    FILMOGRAPHIE: Alejandro Amenabar est un réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur de nationalité hispano chilienne, né le 31 Mars 1972 à Santiago.
    1996: Tesis. 1997: Ouvre les Yeux. 2001: Les Autres. 2004: Mar Adentro. 2009: Agora. 2015: Régression.


    "La Maison des absents".
    Poème gothique sur la solitude de la mort et l’incapacitĂ© d’affronter le deuil, Les Autres explore le cheminement psychotique d’une mère de famille confrontĂ©e Ă  de possibles revenants. Alejandro Amenábar renoue ici avec le classicisme des suspenses psychanalytiques, dans la lignĂ©e des chefs-d’Ĺ“uvre que sont Les Innocents ou La Maison du Diable. PortĂ© par un scĂ©nario retors et remarquablement charpentĂ©, le cinĂ©aste consacre son rĂ©cit Ă  la fragilitĂ© vacillante de ses personnages : une mère et ses deux enfants en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de vĂ©ritĂ©, en terrain mouvant.

    Le pitch : 1945. Alors que son mari n’est toujours pas rentrĂ© de la guerre, Grace accueille trois nouveaux domestiques dans son manoir isolĂ©. Très vite, d’Ă©tranges bruits se font entendre dans l’Ă©paisseur de la bâtisse. Soupçonnant d’abord sa fille — espiègle, impertinente, cruelle avec son frère qu’elle tourmente d’histoires de fantĂ´mes — Grace glisse peu Ă  peu dans un dĂ©lire de persĂ©cution, tandis que les domestiques adoptent un comportement de plus en plus Ă©quivoque.

    InspirĂ© du Tour d’Ă©crou d’Henry James, Amenábar transcende Ă  l’Ă©cran une sombre histoire de hantise, l’ancrant dans les profondeurs du deuil et de l’accablement. L’ambition formelle est saisissante : l’architecture gothique y rayonne Ă  travers une photographie incandescente, et la demeure victorienne, perdue dans la brume, devient elle-mĂŞme un personnage, repliĂ© sur son silence et ses non-dits. Les Autres cultive un goĂ»t certain pour l’angoisse latente, en jouant sur les attentes du spectateur pour mieux les pervertir.

    Les rĂ´les, d’abord attribuĂ©s selon des archĂ©types classiques, se trouvent alors lentement inversĂ©s, jusqu’Ă  une rĂ©vĂ©lation stupĂ©fiante oĂą les vivants et les morts Ă©changent leur place — les identitĂ©s s’effritent, les certitudes vacillent. En se centrant sur le dĂ©sarroi nĂ©vrotique de Grace — mère catholique dĂ©sarmĂ©e, dĂ©vorĂ©e par le chagrin, prisonnière d’un isolement nocturne imposĂ© par la maladie de ses enfants photosensibles — Amenábar dresse le portrait bouleversant d’une femme Ă©garĂ©e, incapable d’affronter l’irrĂ©parable. En filigrane, l’innocence troublĂ©e de ses enfants ajoute au malaise : leur curiositĂ©, leur luciditĂ© Ă©trange, leur rapport au surnaturel tracent les contours d’un monde oĂą les vivants ne se savent plus morts, et oĂą les fantĂ´mes s’ignorent.

    Avec une rigueur implacable, le suspense s’installe, se distille, se resserre — la suggestion prenant toujours le pas sur l’effet, l’Ă©pure sur l’excès. Les trois domestiques, silhouettes Ă©nigmatiques, instillent une tension sourde dès leur apparition. Et si le film fascine autant, c’est aussi par la puissance humaine de son interprĂ©tation. Nicole Kidman, gracile, Ă©lectrique, incarne une Ă©pouse sur le fil, figĂ©e dans une posture de refus et de crispation. Alakina Mann, en sĹ“ur aĂ®nĂ©e arrogante et glaciale, distille un parfum de perversitĂ© enfantine. Tandis que James Bentley, en petit frère transi d’effroi, Ă©meut par sa douceur et sa terreur. Tous trois incarnent une famille en dĂ©composition, hantĂ©e par son propre refoulement, prĂ©cipitĂ©e vers l’effondrement.


    "Ce que la brume ensevelit".
    Poème Ă©lĂ©giaque sur le consentement du deuil, Les Autres est aussi une mĂ©taphore sur les traumatismes de la guerre, une rĂ©flexion spirituelle sur la foi, sur l’illusion du rĂ©el — « la vie n’est qu’un long rĂŞve dont la mort nous rĂ©veille ». Ă€ travers le prisme bouleversĂ© de fantĂ´mes errants, le film affronte la peur de l’inconnu avec une tendresse inconsolable. Le point d’orgue, d’une beautĂ© cruelle, m’a autant effondrĂ© que perturbĂ©, tant il aborde avec pudeur l’acceptation de l’invisible.

    Car tout, ici, converge vers cette rĂ©vĂ©lation — un basculement aussi doux qu’effrayant, qui rĂ©sonne comme un soupir. Un souffle d’Ă©ternitĂ©. Les Autres nous rappelle, dans sa dernière image, que certaines maisons ne veulent pas qu’on parte… et que certains morts ignorent qu’ils sont dĂ©jĂ  chez eux.

    Bruno 
    03.11.24. 5èx. Vostfr

    Récompenses:
    Festival international du film de Flandres 2001.
    Prix du meilleur film d'horreur, meilleure actrice pour Nicole Kidman, meilleur second rôle féminin pour Fionnula Flanagan, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.
    Prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photographie, lors des Cinema Writers Circle Awards 2002.
    Prix Goya du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original, de la meilleure photographie, du meilleur montage, des meilleurs décors et du meilleur son (Ricardo Steinberg, Tim Cavagin, Alfonso Raposo, Daniel Goldstein) en 2002.
    Actrice de l'année pour Nicole Kidman, lors des London Critics Circle Film Awards 2002.
    Saturn Award pour Nicole Kidman.

    mardi 25 août 2015

    Die Hard 4: Retour en Enfer

                                                 
                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site instantcritique.com

    "Live Free or Die Hard" de Len Wiseman. 2007. U.S.A. 2h08. Avec Justin Long, Timothy Olyphant, Cliff Curtis, Maggie Q, Mary Elisabeth Winstead, Jonathan Sadowski, Kevin Smith, Cyril Raffaelli.

    Sortie salles France: 4 Juillet 2007. U.S: 21 Juin 2007

    FILMOGRAPHIE: Len Wiseman (Len Ryan Wiseman) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 Mars 1973 Ă  Fremont, Californie, Etats-Unis. 2003: Underworld. 2006: Underworld 2: Evolution. 2007: Die Hard 4. 2012: Total Recall: MĂ©moires ProgrammĂ©es.

                                                  

    Douze ans après Une JournĂ©e en Enfer, John McClane renoue ses exploits avec Die Hard 4 sous la houlette de Len Wiseman, cinĂ©aste reconnu auprès de la jeune gĂ©nĂ©ration pour ces deux premiers mĂ©trages, Underworld 1 et 2SynopsisAvec l'aide d'un jeune Hacker, McClane doit Ă  nouveau dĂ©jouer le complot terroriste d'un ancien agent des services secrets dĂ©libĂ©rĂ© Ă  prendre sa revanche depuis son Ă©viction injustifiĂ©e. EpaulĂ© d'experts en informatique, Thomas Gabriel cible le rĂ©seau informatique national contrĂ´lant les communications, les transports et l'Ă©nergie des Etats-Unis. Son but: plonger l'AmĂ©rique dans le chaos et en profiter pour lui soutirer des milliards de dollars. A partir de ce pitch pointant du doigt les technologies innovantes de l'informatique et de ses moyens de communications exploitĂ©s Ă  des fins terroristes, Len Wiseman compte sur l'efficacitĂ© optimale de morceaux de bravoure Ă©tourdissants de rĂ©alisme. Bien Ă©videmment, et depuis l'ère triviale du numĂ©rique exploitant tous azimuts une action (souvent) outre-mesure, l'intensitĂ© des situations pĂ©rilleuses s'avère parfois (souvent) invraisemblable Ă  force d'esbroufe ostentatoire. Toutefois, grâce Ă  l'inventivitĂ© d'une action Ă  la fois lisible et vertigineuse, de l'ultra dynamisme du montage et de sa virtuositĂ© technique, ses sĂ©quences anthologiques parviennent donc ici Ă  travestir les exploits pyrotechniques dans le domaine du crĂ©dible. Aussi invraisemblables soient certaines situations saugrenues que l'on contemple pour autant avec un sourire de gosse gâtĂ©. 

                                               

    Niveau action disproportionnĂ©e, nous sommes donc Ă©patĂ©s par cette dĂ©monstration de force rĂ©currente dont le clou du spectacle culmine avec une poursuite en camion Ă  couper le souffle quant Ă  la menace belliqueuse d'un avion prĂŞt Ă  abattre sa cible sur aire d'autoroute. Quant Ă  l'intrigue, simple mais originale et ombrageuse quant au nouveau danger qu'endossent les pirates informatiques et ce manifeste (subsidiaire) anti consumĂ©riste qu'Ă©voque le hacker Matt Farrell Ă  McClane ("instaurer un climat quotidien de frayeur mĂ©diatique afin de pousser le citoyen Ă  consommer"), elle demeure efficacement structurĂ©e avant d'y relancer l'action auprès d'un rapt faute de l'arrogance inĂ©puisable de McClane Ă  se railler de Gabriel et de sa compagne experte en kung-fu. Ce jeu du chat et de la souris, ce "cours après moi que je t'attrape", Len Wiseman nous le livre de manière orthodoxe sans que l'intensitĂ© des enjeux (humains et techniques) ne perde son potentiel en cours de route. MĂŞme si on peut dĂ©plorer un suspense pas si tendu qu'escomptĂ© quant Ă  la confrontation entre Gabriel et Mc Lane. Quand bien mĂŞme la stature cabotine de Timothy Olyphant (car jouant un peu trop sur les mĂŞmes mimiques avec sa petite mâchoire contractĂ© !) ne peut Ă©galer les prestations des autres antagonistes iconisĂ©es par les opus du cinĂ©aste John McTiernan. Et si l'identitĂ© emblĂ©matique du hĂ©ros moderne John McClane perd ici un peu de sa saveur, Bruce Willis reste toutefois attachant, magnĂ©tique, sĂ©ducteur, drĂ´le, hĂ©roĂŻque avec un charisme toujours aussi tranquille que distinguĂ©. EpaulĂ© du jeune Justing Long en hacker retors et dĂ©brouillard, ce nouveau duo opposant le choc des gĂ©nĂ©rations s'avère rĂ©ussi Ă  travers leur cohĂ©sion aussi pugnace que suicidaire si bien qu'ils enchainent pour notre plus grand plaisir les prises de risques les plus follingues et dĂ©bridĂ©es sans jamais se sentir otage d'une action factice risible. 

                                            

    De par l'attrait rĂ©ellement jouissif de son action constamment Ă©pique, Die Hard 4 parvient avec un rĂ©el brio technique Ă  distraire immodĂ©rĂ©ment parmi le savoir-faire technique d'une rĂ©alisation soignĂ©e et l'efficacitĂ© d'une intrigue potentiellement prĂ©monitoire (plier les USA Ă  genou par le biais de l'informatique !). L'action intense, oppressante, gargantuesque demeurant toujours d'une lisibilitĂ© infaillible sous l'impulsion du nouveau duo accord Ă©paulĂ© de la bonnard Mary Elizabeth Winstead en fille Ă  papa Ă  la fois obtuse, sobrement caractĂ©rielle puis tolĂ©rante de par sa condition soumise. A rĂ©habiliter au plus vite donc auprès de ceux n'ayant Ă©tĂ© pleinement convaincus si bien que Die Hard 4 se situe selon moi largement au niveau de 58 minutes pour vivre. Alors que le 5è et ultime opus est Ă  relĂ©guer fissa aux oubliettes. 

    Les autres opus de la saga:
    Piège de Cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/piege-de-cristal.html
    58 Minutes pour vivre: http://brunomatei.blogspot.fr/…/…/58-minutes-pour-vivre.html
    Une JournĂ©e en Enfer: http://brunomatei.blogspot.fr/…/08/une-journee-en-enfer.html

    *Bruno
    3èx. vf 12.08.22


    lundi 24 août 2015

    58 MINUTES POUR VIVRE

                                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dpstream.net

    "Die Hard 2" de Renny Harlin. 1990. U.S.A. 2h04. Avec Bruce Willis, Bonnie Bedelia, William Atherton, Franco Nero, William Sadler, John Amos, Dennis Franz, Art Evans.

    Sortie salles France: 3 Octobre 1990. U.S: 4 Juillet 1990

    FILMOGRAPHIE: Renny Harlin est un réalisateur et producteur américain d'origine finlandaise, né le 15 Mars 1959 à Riihimäki (Finlande).
    1986: Born American. 1988: Prison. 1988: Le Cauchemar de Freddy. 1990: 58 Minutes pour vivre. 1990: The Adventures of Ford Fairlane. 1993: Cliffhanger. 1995: L'île aux Pirates. 1996: Au revoir à jamais. 1999: Peur Bleue. 2001: Driven. 2004: Profession Profiler. 2004: L'Exorciste, au commencement. 2006: Le Pacte du Sang. 2008: Cleaner. 2009: 12 Rounds. 2011: Etat de Guerre. 2013: Dvatlov Pass Incident. 2014: La Légende d'Hercule.


    Second volet de la cĂ©lèbre franchise initiĂ©e en 1988, 58 Minutes pour vivre revient deux ans plus tard sous l'Ă©gide du cinĂ©aste inĂ©gal Renny Harlin. Si ce dernier peine Ă  retrouver la virtuositĂ© de John Mc Tiernan pour l'Ă©laboration des sĂ©quences d'action, sa structure narrative et la rigueur du montage, on peut malgrĂ© tout vanter son savoir-faire Ă  avoir su façonner une grosse sĂ©rie B d'action, de par le caractère trĂ©pidant de son rythme explosif. Cette fois-ci, John McClane doit dĂ©jouer la menace de terroristes dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  faire Ă©vader un trafiquant de drogue, le gĂ©nĂ©ral Ramon Esperanza, juste après que ce dernier doit atterrir sur l'aĂ©roport de Washington-Dulles. Avec leur logistique et leur hiĂ©rarchie militaire, ils parviennent Ă  couper toutes communication avec la tour de contrĂ´le contraignant chaque avion de rester en vol jusqu'Ă  Ă©puisement du carburant. Alors que la police et l'armĂ©e sont dĂ©pĂŞchĂ©s sur les lieux pour tenter de compromettre leur projet, McClane, se rĂ©sout individuellement Ă  trouver une solution depuis que les terroristes ont mis Ă  exĂ©cution leur première menace. 



    Combinant Ă  nouveau les codes du film d'action avec ceux du cinĂ©ma catastrophe, Renny Harlin peine Ă  diluer un suspense haletant autour du sort prĂ©caire de quelques avions contraints de survoler les airs depuis la prise d'otage d'une piste d'atterrissage Ă©pargnĂ©e de signalisation. Et pour Ă©picer la situation singulière, d'y introduire Ă  bord d'une des embarcations l'Ă©pouse de McClane accompagnĂ©e d'un journaliste mĂ©galo tĂŞte Ă  claque (celui du 1er volet !). Et question humour, lĂ  aussi le film pâti d'un certain manque d'originalitĂ© pour les quelques rĂ©pliques Ă©changĂ©es (comme celles de McClane avec le Capitaine Lorenzo) alors que la caricature impartie aux antagonistes n'Ă©vite pas non plus le stĂ©rĂ©otype. NĂ©anmoins, avec l'efficace habiletĂ© d'une sĂ©rie de rebondissements et subterfuges, et la vĂ©locitĂ© de McClane, 58 minutes pour vivre insuffle une indĂ©niable sympathie pour sa stature ludique de spectacle bourrin ! Et bien que Bruce Willis s'avère ici moins habilement exploitĂ© dans sa fonction ironique de hĂ©ros stoĂŻque, il parvient tout de mĂŞme Ă  s'y impliquer spontanĂ©ment dans ses risques allouĂ©s aux bravoures de dernier ressort.


    Malgré le manque de maîtrise de sa réalisation perfectible, à l'instar de quelques moments d'action maladroitement découpées, 58 minutes pour vivre tire-parti de son attrait ludique par l'efficacité d'une intrigue échevelée multipliant sans modération les morceaux de bravoure. Au final, grâce à sa vigueur démonstrative et la bonhomie de ses têtes d'affiche (notamment quelques seconds-rôles plaisantins), on ne s'ennuie jamais de cet excellent spectacle de samedi soir !

    Focus sur les autres opus:
    Piège de Cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/piege-de-cristal.html
    Une JournĂ©e en Enfer: http://brunomatei.blogspot.fr/…/08/une-journee-en-enfer.html

    Bruno Matéï
    4èx

    vendredi 21 août 2015

    PIEGE DE CRISTAL

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bryanonion.com

    "Die Hard" de John Mc Tiernan. 1988. U.S.A. 2h12. Avec Bruce Willis, Alan Rickman, Alexander Godunov, Bonnie Bedelia, Reginald VelJohnson, Paul Gleason, De'voreaux White, William Atherton, Hart Bochner.

    Sortie salles France: 21 Septembre 1988. U.S: 22 Juillet 1988

    FILMOGRAPHIE
    : John McTiernan est un réalisateur et producteur américain, né le 8 janvier 1951 à Albany à New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une Journée en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic. 2015: Red Squad.


    Modèle de suspense et d'efficacitĂ© au sein du cinĂ©ma d'action, Piège de Cristal renouvela le genre Ă  l'issue des annĂ©es 80 par le biais d'un rĂ©alisateur surdouĂ© (un an au prĂ©alable, il triomphait dĂ©jĂ  avec son second film, Predator), quand bien mĂŞme Bruce Willis accĂ©da Ă  la consĂ©cration du public pour son rĂ´le aguerri d'hĂ©ros seul contre tous. 

    Un groupe de faux terroristes prennent en otage les hĂ´tes d'une rĂ©ception en interne d'un gratte ciel afin de dĂ©coder un coffre fort contenant 640 millions de dollars. Au mĂŞme moment, le lieutenant John McLane confinĂ© dans une salle de bain entend les coups de feu de sommation du leader allemand Hans Gruber. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  se cloisonner, McLane va tenter avec bravoure suicidaire de dĂ©jouer l'ambitieux projet des cambrioleurs. 

    Plaçant le cadre de son action dans le huis-clos d'un gigantesque immeuble d'une trentaine d'Ă©tages, dĂ©dale de tous les dangers pour notre hĂ©ros sans repère, John McTiernan l'exploite avec une inventivitĂ© constante pour ses dĂ©placements imposĂ©s. Ce dernier Ă©tant contraint de s'isoler dans les endroits les plus restreints (cage d'ascenseur, conduit d'aĂ©ration, combles du plafond) avant de canarder les terroristes frayant son chemin. 


    Dans la peau du flic arrogant infatigable coursant ses adversaires Ă  pied nu et en "marcel", Bruce Willis iconise son personnage avec un charisme hargneux dĂ©nuĂ© de prĂ©tention sachant que l'acteur ne cesse de se railler de lui mĂŞme dans sa situation dĂ©sespĂ©rĂ©e d'intrus malgrĂ© lui ! BourrĂ© de rĂ©pliques cocasses Ă©changĂ©es entre lui et ses ravisseurs, Piège de Cristal alterne action, humour et catastrophe (Ă  l'instar de son final en apothĂ©ose rappelant l'anthologique Tour Infernale !) avec un sens du suspense incroyablement vertigineux (je pèse mes mots !). De par l'habiletĂ© dont le cinĂ©aste charpente son intrigue, la prĂ©cision accordĂ© au sens du dĂ©coupage que de la tension omniprĂ©sente qu'insuffle ce contexte de siège. En prime, pour Ă©picer les caractĂ©risations humaines, quelques seconds-rĂ´les tantĂ´t sournois, cupides ou obtus (un journaliste en mal de notoriĂ©tĂ©, un otage transfuge, un adjoint de police condescendant) viennent bouleverser la situation avec irresponsabilitĂ©. Outre la trempe antipathique de ces derniers, Piège de Cristal sait Ă©galement se montrer altruiste lorsque McLean sympathise avec un sergent de police (un afro-amĂ©ricain ventripotent au coeur tendre) pour lui dĂ©voiler des infos sur le blocus tout en lui rĂ©vĂ©lant nombre de morts qu'il eut pu supprimer chez les terroristes. Enfin, une pointe de romance est impartie Ă  ces efforts lorsqu'il doit prĂ©server la vie de sa propre Ă©pouse prise en otage, cette dernière tentant fĂ©brilement de masquer son identitĂ© aux yeux des assaillants. BourrĂ© de situations et revirements imprĂ©vues, Ă  l'instar de la police rĂ©unie en masse autour de l'immeuble et tentant d'y pĂ©nĂ©trer quand bien mĂŞme les terroristes ripostent sans modĂ©ration, Piège de Cristal attise le danger omniprĂ©sent parmi l'appui de notre redresseur de tort en prise aux subterfuges et stratĂ©gies d'affront pour la survie des otages. 


    Au rythme d'une bande-son haletante parfaitement idoine, Piège de Cristal renouvelle le cinĂ©ma d'action sous la houlette d'une rĂ©alisation virtuose exploitant Ă  merveille les espaces restreints de l'empire de cristal. Quand bien mĂŞme le duo impĂ©tueux formĂ© par Bruce Willis et Alan Rickman se provoque avec une impudence si jouissive qu'il confine Ă  l'anthologie ! Un absolu chef-d'oeuvre donc n'ayant rien perdu de son souffle Ă©pique pour ses explosions et canardages en règle, sans compter l'attrait Ă©motionnel d'une intrigue fertile en incidents arbitraires quand bien mĂŞme son suspense Ă  couper au rasoir nous laisse bouche bĂ©e !  

    58 Minutes pour vivre: http://brunomatei.blogspot.fr/…/…/58-minutes-pour-vivre.html
    Une JournĂ©e en Enfer: http://brunomatei.blogspot.fr/…/08/une-journee-en-enfer.html

    *Bruno
    06.12.24. 5èx. 4K VOSTFR

    jeudi 20 août 2015

    UNE JOURNEE EN ENFER

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

    "Die Hard with a vengeance" de John Mc Tiernan. 1995. U.S.A. 2h08. Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Jeremy Irons, Graham Greene, Colleen Camp, Larry Bryggman, Anthony Peck, Nick Wyman.

    Sortie salles France: 2 Août 1995. U.S: 19 Mai 1995

    FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 8 janvier 1951 Ă  Albany Ă  New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une JournĂ©e en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic. 2015: Red Squad. 


    Cinq ans après 58 minutes pour vivreJohn McTiernan reprend les commandes de la saga pour transcender une suite aussi digne que son modèle ! Concentré d'action, d'humour et de suspense sur fond de scénario catastrophe imparti au thème du terrorisme, Une Journée en Enfer est également la réunion de deux vétérans en la matière, Bruce Willis et Samuel L. Jackson. Nos deux cabotins formant avec complicité impayable (répliques incisives à l'appui !) un couple de héros à perdre haleine pour leur course intrépide engagée à travers les rues de New-York afin de déjouer le prochain attentat du terroriste Peter Krieg (Jeremy Irons, épatant de fourberie dans son modeste narcissisme !). Ce leader allemand (le frère du franc-tireur du 1er volet !) s'est investi par esprit de vengeance de se payer la tête de Mc Lean en lui assignant un jeu de devinettes. Un défi morbide que nos deux héros vont devoir relever dans un enjeu de survie afin de débusquer l'origine de la bombe et son potentiel désamorçage avant la fatale explosion.


    Course effrĂ©nĂ©e contre la montre, Mc Lean et son co-Ă©quipier noir Zeus Carver sont donc contraints de se soumettre Ă  ce chantage sardonique afin d'Ă©pargner la vie de centaines d'innocents. Spoil ! Mais toute cette mise en scène savamment planifiĂ©e autour d'un mĂ©tro et d'une Ă©cole n'Ă©tait finalement qu'un leurre, un subterfuge afin que Krieg et son armĂ©e puissent dĂ©valiser l'or de la rĂ©serve fĂ©dĂ©rale de New-York ! Fin du Spoil ! Cet hold-up du siècle renfermant des milliards de dollars, John McTiernan le transcende parmi l'audace d'un terroriste utopiste et la perspicacitĂ© de nos hĂ©ros Ă  bout de course. Jubilatoire dans son suspense Ă  couper au rasoir et ses revirements homĂ©riques impromptus, le cinĂ©aste se permet en outre de nous offrir une leçon de mise en scène par le biais d'un savoir-faire technique millimĂ©trĂ©. Avec son intrigue alerte taillĂ©e sur mesure et la complicitĂ© pugnace de nos hĂ©ros en roue libre, une JournĂ©e en Enfer dĂ©cuple son intensitĂ© Ă©motionnelle par le biais d'un montage nerveux enchaĂ®nant parfois en mĂŞme temps deux situations alertes (la tentative policière de dĂ©samorçage d'une bombe infiltrĂ©e dans une Ă©cole au moment mĂŞme oĂą nos hĂ©ros s'efforcent de poursuivre les meurtriers en cavale). Les sĂ©quences intermittentes d'action et de catastrophe s'avĂ©rant d'autant plus vraisemblables et justifiĂ©es sous l'impulsion intraitable de terroristes et hĂ©ros se dĂ©fiant ironiquement l'autoritĂ©. Le rĂ©alisme imparti aux bravoures, la rigueur du montage et le sens inventif des cadrages (le prologue explosif en plein centre urbain, l'altercation sanglante dans l'ascenseur, la course-poursuite de vĂ©hicules entamĂ©e sous une pluie battante !) dĂ©cuplant l'aspect addictif d'un jeu du chat et de la souris opposĂ© entre bons et mĂ©chants.


    Fun, drĂ´le, trĂ©pidant, spectaculaire et jubilatoire, Une JournĂ©e en Enfer relève le dĂ©fi d'Ă©galer son modèle par le biais d'une leçon de mise en scène Ă  inculquer dans les Ă©coles et par la complicitĂ© de deux hĂ©ros sĂ©vèrement raillĂ©s dans leur Ă©preuve de survie. Pour le genre si improbable et fantaisiste du cinĂ©ma d'action en quĂŞte d'esbroufe souvent gratuite, le terme "chef-d'oeuvre" reprend ici tout son sens sous la camĂ©ra circonspecte d'un maĂ®tre non dupe de dĂ©rision.  

    Piège de Cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/piege-de-cristal.html
    58 Minutes pour vivre: http://brunomatei.blogspot.fr/…/…/58-minutes-pour-vivre.html


    Bruno Matéï
    3èx

    mercredi 19 août 2015

    BAD LIEUTENANT

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    d'Abel Ferrara. 1992. U.S.A. 1h36. Avec Harvey Keitel, Frankie Thorn, Victor Argo, Paul Calderon, Leonard L. Thomas, Zoë Lund, Jaime Sanchez, Peggy Gormley.

    Sortie salles France: 10 Mars 1993. U.S: 20 Novembre 1992

    FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
    1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


    TĂ©moignage Ă©difiant sur la dĂ©liquescence morale un flic ripoux et sur l'avilissement de sa toxicomanie (drogue et alcool compris !), Bad Lieutenant est une descente aux enfers qu'Abel Ferrara filme au plus près des tourments de son personnage autodestructeur. FilmĂ© Ă  la manière d'un reportage en plein coeur des citĂ©s marginales new-yorkaises, son hyper rĂ©alisme s'avère d'autant plus rigoureux avec l'appui des comĂ©diens poussant le vice jusqu'Ă  l'extrĂŞme puisque vĂ©ritablement shootĂ©s devant la camĂ©ra d'un Ferrara complice. 


    Immersif, viscĂ©ral, glauque, Ă©touffant, sensitif, Bad Lieutenant insuffle le malaise pour ausculter l'introspection licencieuse d'un lieutenant condamnĂ© Ă  rĂ©pĂ©ter les mĂŞmes gestes de routine pour son accoutumance Ă  la came, l'alcool et l'argent. Une posture davantage dĂ©pravĂ©e afin de fuir une rĂ©alitĂ© trop vĂ©reuse dans son lot quotidien de faits divers criminels et de dĂ©linquances mineures sans repères. Sa dĂ©rive vers le nĂ©ant n'Ă©tant que les consĂ©quences de ses excès toxicomanes, son goĂ»t pour les paris d'argent et son parti-pris libertaire Ă  souiller l'honneur de son insigne jusqu'Ă  concrĂ©tiser ses fantasmes pervers (son chantage sexuel imparti Ă  deux jeunes fĂŞtardes durant un contrĂ´le routier). Avec une rare intensitĂ© Ă©motionnelle, Ferrara filme les sĂ©quences de dĂ©fonce Ă  la manière d'un documentaire hardcore que n'aurait pas reniĂ© la chaĂ®ne allemande Arte. Les shoots Ă  la seringue pĂ©nĂ©trant dans les veines avec un rĂ©alisme chirurgical quand bien mĂŞme le dĂ©corum restreint d'appartement dĂ©labrĂ© participe au climat putassier de l'environnement insalubre ! De par sa cruditĂ© abrupte et le jeu hallucinĂ© d'Harvey Keitel vĂ©ritablement transi par sa dĂ©chĂ©ance humaine, le malaise Ă©prouvĂ© durant son cheminement existentiel inspire nausĂ©e mais aussi pitiĂ© lorsque ce dernier tente in extremis de trouver la rĂ©demption auprès de Dieu. Subitement Ă©pris d'empathie pour le viol d'une nonne qui aura dĂ©cidĂ© d'invoquer le pardon Ă  ses agresseurs (deux jeunes mineurs issus de quartier misĂ©reux), le lieutenant l'incite dans un revers de conscience Ă  dĂ©poser plainte. La puissance du film Ă©manant Ă©galement de son idĂ©ologie catholique, de ses remords Ă©prouvĂ©s, de sa dĂ©cision d'affronter sa culpabilitĂ© pour finalement se confesser Ă  Dieu et qui, dans un ultime acte salvateur, dĂ©cide d'alpaguer ces deux violeurs afin de se racheter une conduite. 


    RĂ©flexion sur le pardon, la rĂ©demption spirituelle et l'influence perverse du Mal, cri d'alarme sur les ravages de la toxicomanie, Bad Lieutenant est un uppercut Ă©motionnel d'une intensitĂ© crapuleuse aussi dĂ©rangeante que malsaine lorsque Harvey Keitel se met Ă  nu devant la camĂ©ra expĂ©rimentale d'un Ferrara aussi torturĂ© par ses vieux dĂ©mons. 

    A Zoë Lund...

    Bruno Matéï
    4èx 

    mardi 18 août 2015

    JACKIE BROWN

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fontsinuse.com

    de Quentin Tarantino. 1997. U.S.A. 2h34. Avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Robert Foster, Robert De Niro, Bridget Fonda, Mickael Keaton, Michael Bowen, Chris Tucker, Lisa Gay Hamilton, Sid Haig, Hattie Winston, Tom Lister, Quentin Tarantino, Denise Crosby, Helmut Berger.

    Sortie salles France: 1er Avril 1998. U.S: 25 Décembre 1997

    FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
    1992: Réservoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jackie Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained. 2015: The Hateful Eight.


    Hommage Ă  la Blaxploitation et dĂ©claration d'amour Ă  son Ă©gĂ©rie fĂ©minine, Pam GrierJackie Brown emprunte un roman d'Elmore Leonard, Punch Creole, afin de cĂ©lĂ©brer le complot d'une hĂ´tesse de l'air prise Ă  parti avec la police et un trafiquant d'armes pour lequel elle intervient en tant que passeuse de monnaie. Par l'entremise d'un tour de passe-passe avec des sacs et avec l'aide d'un prĂŞteur sur gages, elle dĂ©cide de s'emparer de 550 000 dollars sous la surveillance discrète de la police dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  coincer son mentor, le gangster Ordell Robbie. Trois ans après la consĂ©cration de Pulp FictionQuentin Tarantino continue de surfer sur le polar dans une dĂ©marche de suspense policier et de mettre sur piĂ©destal une anti-hĂ©roĂŻne au passĂ© galvaudĂ© cette fois-ci dĂ©terminĂ©e Ă  prendre sa revanche sur sa mĂ©diocre existence. Comme de coutume, Tarantino rassemble autour de son intrigue un florilège de stars notoires pour mettre en exergue des numĂ©ros d'acteur Ă  la verve infatigable. 


    Que ce soit De Niro pour son numĂ©ro parodique de braqueur de banque en beauf semi-retraitĂ©, Bridget Fonda dans sa fonction railleuse de garce arrogante ou Samuel L. Jackson interprĂ©tant avec cynisme un trafiquant d'armes sournois dans ses accès de rancoeur meurtrière. Mais la palme du duo le plus proĂ©minent revient Ă  Pam Grier, l'actrice en second souffle endossant avec flegme couillu une hĂ´tesse de l'air apte Ă  duper ses adversaires, quand bien mĂŞme Robert Foster (l'inoubliable interprète de Vigilante de Lustig) lui partage la vedette dans celui du prĂŞteur de caution, un quinquagĂ©naire subitement amoureux de cette rĂ©cidiviste malmenĂ©e. Au rythme d'une BO entraĂ®nante enchaĂ®nant sans modĂ©ration les plus beaux tubes de Soul-Music, et parmi la stylisation d'une rĂ©alisation toujours aussi Ă©purĂ©e, Quentin Tarantino bâti une intrigue charpentĂ©e autour d'une conjuration retorse que mène Jacky pour parfaire son dessein et piĂ©ger Ă  son tour une police perfide. Outre l'aspect stimulant de ce complot de longue haleine non dĂ©nuĂ© d'humour et de rebondissements caustiques pour ses Ă©clairs de violence rĂ©aliste, l'intensitĂ© Ă©motionnelle qui s'y dĂ©gage est largement impartie Ă  la spontanĂ©itĂ© flamboyante des comĂ©diens en roue libre superbement dessinĂ©s dans leur Ă©tude caractĂ©rielle. Notamment l'intĂ©rĂŞt que porte son auteur au thème de la vieillesse qu'il aborde avec tendresse sous l'impulsion romantique de Jackie et Max. C'est ce que laisse transparaĂ®tre la sous-intrigue, une histoire d'amour forte et mature allouĂ©e au couple vĂ©reux de quinquagĂ©naires. Par le biais de leur rapport timorĂ©, voir hĂ©sitant, mais par l'alchimie de leurs sentiments qu'ils partagent implicitement, Jackie Brown bouleverse les coeurs au sens noble du terme. Le film abordant l'amour et la vieillesse avec la considĂ©ration de ces seniors en quĂŞte de rĂ©demption mais finalement incapables de s'autoriser une seconde chance par crainte de l'engagement et de l'Ă©chec. Le film se clĂ´turant sur leur amertume d'un destin infortunĂ© quand bien mĂŞme l'usure du temps s'Ă©tiole un peu plus entre leurs mains. 


    En dépit de son brio technique inébranlable, de la fougue faconde des comédiens et de l'aspect roublard de son intrigue, Quentin Tarantino livre peut-être avec Jackie Brown son oeuvre la plus intimiste et émouvante afin de sacraliser la Blaxploitation parmi l'icone de deux anciens vétérans du cinéma Bis, Pam Grier et Robert Foster. Un grand moment de cinéma d'une maturité beaucoup plus sensible et profonde qu'elle n'y parait !

    Bruno Matéï
    2èx

    lundi 17 août 2015

    Splice

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Vincenzo Natali. 2009. U.S.A/France/Canada. 1h44. Avec Adrien Brody, Sarah Polley, David Hewlett, Delphine Chanéac, Brandon McGibbon, Simona Maicanescu.

    Sortie salles France: 30 Juin 2010. U.S: 4 Juin 2010

    FILMOGRAPHIE: Vincenzo Natali est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 6 Janvier 1969 à Détroit, Michigan. 1997: Cube. 2002: Cypher. 2003: Nothing. 2009: Splice. 2013: Haunter.


    (Sempiternelle) Mise en garde contre les manipulations gĂ©nĂ©tiques Ă  des fins mĂ©dicales, Splice empreinte ce thème d'anticipation afin d'y façonner une sĂ©rie B aussi efficace que bougrement inquiĂ©tante eu Ă©gard de son aura de souffre permĂ©able. Le PitchAfin de favoriser la recherche mĂ©dicamenteuse, un couple de chercheurs joue aux apprentis-sorciers en combinant l'ADN humain avec celui de divers animaux. Il en rĂ©sulte une crĂ©ature hybride mi-humaine, mi-animale que le duo dĂ©cide de confiner dans la grange de leur foyer. PrĂ©nommĂ© Dren, cette dernière adopte un comportement toujours plus agressif depuis sa claustration, quand bien mĂŞme les rapports du couple de scientifiques s'avèrent houleux face Ă  leur situation devenue ingĂ©rable. Sous couvert de science-fiction alarmiste, le rĂ©alisateur de Cube  exploite fort efficacement le mythe du savant fou sous l'impulsion d'un suspense soutenu quant Ă  l'Ă©volution morale (puis physique) de la crĂ©ature et de nos apprentis sorciers ne sachant plus distinguer le bien du mal. Par le biais d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques incroyablement rĂ©alistes, Splice insuffle un indĂ©niable pouvoir de fascination pour l'attrait immaculĂ© du cobaye androgyne chamarrĂ© d'un regard sensuel aussi diaphane qu'anxiogène. 


    Le rĂ©alisateur accordant notamment avec soin documentĂ© d'y dĂ©peindre les diverses Ă©tapes de sa transformation, de sa gestation Ă  sa maturitĂ©. Outre l'aspect attractif de cette dĂ©couverte rĂ©volutionnaire tenant lieu de situations tantĂ´t tendres, tantĂ´t cocasses, l'intrigue met en parallèle les rapports Ă©quivoques du couple de chercheurs bravant les lois et leur Ă©thique pour parfaire leur intĂ©rĂŞt personnel (la quĂŞte de cĂ©lĂ©britĂ©) et mĂ©dical (notamment afin de crĂ©er un vaccin contre Alzheimer). Par consĂ©quent, de par leurs expĂ©riences frauduleuses y Ă©mane un comportement malsain bâti sur le mensonge, la trahison et mĂŞme l'adultère lorsque la sexualitĂ© commence Ă  susciter chez l'un d'eux un dĂ©sir irrĂ©pressible d'expĂ©rience nouvelle avec l'Ă©tranger. Et donc, Ă  travers leur autoritĂ© contradictoire dĂ©nuĂ©e de repère dans leur Ă©thique anti manichĂ©enne, et l'attitude toujours plus farouche de Dren, une tension palpable commence Ă  s'irriguer autour d'eux, quand bien mĂŞme le spectateur, conscient de leur tardive prise de conscience redoute une issue dramatique. Parfois angoissant, voir mĂŞme flippant auprès de la posture imprĂ©visible de la crĂ©ature plus vraie que nature, Splice n'en demeure pas moins passionnant et empathique de par le caractère attachant des amants en perdition (Adrien Brody et Sarah Polley provoquent une Ă©paisseur psychologique davantage sentencieuse dans leurs accès de remords et quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de rĂ©demption) . Sans compter l'aspect onirique de certaines sĂ©quences crĂ©pusculaires (particulièrement le final Ă  la dramaturgie homĂ©rique) qu'une crĂ©ature en mutation progressive instaure en nouvelle icone du bestiaire fantastique.


    A la fois malsain, inquiĂ©tant et parfois mĂŞme Ă©tonnamment pervers, Splice parvient surtout Ă  conjuguer avec intelligence suspense, tension, Ă©motion, apprĂ©hension et tendresse autour des agissements vĂ©reux du trio maudit. Tant au niveau de leur amour maternel que de la montĂ©e progressive du danger engendrant de façon insidieuse le ressort du sacrifice. Outre l'alchimie romantique du duo infortunĂ© se disputant la vedette avec rigueur dramatique, l'oeuvre fĂ©tide est toutefois contrebalancĂ©e d'un sens de l'Ă©merveillement en la prĂ©sence ambivalente de Dren, victime hybride malencontreusement enfantĂ©e par le genre humain.

    *Bruno
    08.04.23. 3èx 
    17.08.15 / 02.11.10 - 70v