jeudi 23 juin 2016
INCASSABLE
"Unbreakable" de Night M. Shyamalan. 2000. U.S.A. 1h47. Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright Penn, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Eamonn Walker, Leslie Stefanson
Sortie salles France: 27 Décembre 2000. U.S: 22 Novembre 2000
FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit.
Un an après le succès notoire du 6è Sens, M. Night Shyamalan recrute à nouveau Bruce Willis pour le glisser dans la peau d'un super-héros hétérodoxe. Car à travers ce thème mythologique, l'intrigue audacieuse fait fi de surenchère homérique afin de privilégier la dimension torturée de deux personnages en discorde morale. David Dunn poursuivant durant son cheminement existentiel une quête identitaire sous l'influence d'un féru de bande dessinée. Miraculeusement indemne après un tragique accident ferroviaire, il rencontre Elijah Price, artiste peintre de BD atteint d'une maladie rare, l'ostéogenèse (grande fragilité des os dû à une anomalie congénitale). Ce dernier tente de convaincre David, agent de sécurité dans un stade de foot, qu'il est affublé de pouvoirs surhumains à l'instar d'un super-héros. Réfutant cette théorie improbable mais hanté par son don pour la survie, David ne cesse de se remettre en question parmi le témoignage de son fils toujours plus intrigué par sa santé prospère. Mais comme tous les personnages super-héroïques, ce dernier pâti d'un point faible qu'Elijah va tenter d'élucider.
Récit d'anticipation émaillé de rebondissements (l'évolution morale de David et Elijah donne lieu à une complicité ambivalente !) et de plages d'intimité d'une pudeur fragile (la complicité autant amicale que paternelle de David avec son fils, ses rapports conjugaux en quête de réconciliation), Incassable prend le contre-pied du divertissement lambda pour transcender le mythe du super-héros avec sobriété imperturbable. Dénué d'aucune prétention, M. Night Shyamalan exploite tous les codes du genre avec une rare subtilité (la prise de conscience surhumaine de David avec la séance des haltères) tout en offrant au passage une déclaration d'amour à la bande dessinée (le générique introductif, l'analyse d'un dessin pictural !). A l'aide d'une réalisation alambiquée, le cinéaste prend son temps pour peaufiner un récit diaphane à travers les profils contrariés de personnages en proie à la délivrance. Réflexion sur l'identité, la rédemption, le but de notre destinée mais aussi celui du sacrifice (sur ce dernier terme, le point de vue est établi par le "méchant"), Incassable oppose les sentiments contradictoires de vengeance et de justice avec singularité. Shyamalan multipliant les rivalités psychologiques avec un humanisme fragile plutôt que la tradition des confrontations musclées (un seul pugilat est à relever !). Tant pour la remise en question de David hanté par sa condition surhumaine (une tare l'empêchant de façonner sa vie de famille), la posture admirative du fils puis sa crise morale à vouloir démasquer l'identité de son père, que de la condition versatile d'Elijah depuis son handicap congénital.
Avec le parti-pris de déconcerter le grand public, M. Night Shyamalan a pris d'énormes risques à traiter sobrement de l'univers des super-héros et de la bande dessinée en misant essentiellement sur la dimension humaine de personnages partagés entre révolte et reconnaissance ou quête de rédemption et quiétude existentielle. Outre le brio technique du cinéaste conteur, on peut également prôner le jeu flegme des comédiens communément impliqués dans la vigueur émotionnelle. Déroutant mais passionnant sous le pilier de ses thèmes universels.
2èx
mercredi 22 juin 2016
LA SECTE SANS NOM. Prix du jury, prix de la critique, prix du jury jeune et Prix de la découverte, Gerardmer 2000.
"Los sin nombre" de Jaume Balagueró. 1999. Espagne. 1h39. Avec Emma Vilarasau, Karra Elejalde, Tristán Ulloa, Toni Sevilla, Brendan Price, Jordi Dauder
Sortie salles France: 23 Août 2000. Espagne: 19 Novembre 1999
FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un réalisateur et scénariste espagnol d'origine catalane, né le 2 Novembre 1968 à Lérida.
1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen métrage). 2007: REC (co-réalisé avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-réalisé avec Paco Plaza). 2011: Malveillance. 2014: REC Apocalypse.
Premier long-métrage oh combien éprouvant du prodige Jaume Balaguero, la Secte sans nom fut salué à travers le monde par de multiples récompenses. En témoigne son accueil reçu en France lorsqu'il s'est vu attribué le Prix du jury, le Prix de la Critique, le Prix du Jury Jeune et le Prix de la Découverte Ciné-Live au Festival de Gérardmer. Thriller horrifique sans doute influencé par Rosemary's Baby, Seven et le Silence des Agneaux, la Secte sans nom fait parti de ses rares métrages où l'atmosphère putride et la terreur cérébrale nous saisissent à la gorge sans jamais lâcher prise ! A l'instar de son prélude auquel une fillette tuméfiée est retrouvée vitriolée après avoir été plongée dans un bain d'acide ! Une séquence morbide d'un réalisme halluciné d'autant plus dérangeante que le symbole candide est immolé au nom d'une confrérie néo-nazie.
Cinq ans après ce tragique évènement, Claudia reçoit un appel de sa défunte fille lui suppliant de partir à sa recherche. Oh départ dubitative mais gagnée par la curiosité et une soif de vérité, elle se lance à sa recherche avec l'aide d'un ex policier. Au même moment, un journaliste enquête en parallèle pour tenter de lever le voile sur ces sinistres disparitions d'enfants auquel Santini et un médecin nazi en seraient les principaux commanditaires. Prenant pour thème le satanisme (même si le mot n'est jamais ou si peu prononcé me semble t'il !), la pédophilie et le snuff movie, La Secte sans nom baigne dans un climat malsain difficilement respirable. Epaulé d'une photo désaturée et de décors désaffectés où plane une ombre hostile, l'ambiance poisseuse que Jaume Balaguero façonne scrupuleusement nous magnétise l'esprit sans complaisance. En dépit d'une intrigue complexe conçue comme un puzzle à devinettes, le cinéaste sème doute, trouble et confusion pour mieux nous plonger dans le désarroi sous l'impulsion délétère d'un ésotérisme parareligieux en concertation avec le nazisme. Cette secte ayant pour mission de synthétiser la pureté du mal autour des personnages martyrs d'Angela et de sa mère. Remarquablement interprété, les comédiens s'investissent dans leur rôle avec une mine aussi contrariée que sentencieuse. Les protagonistes avides de vérité s'efforçant de résoudre l'énigme avec une foi mêlée d'appréhension et de désespoir.
Une pellicule impure habitée par le Mal.
Profondément malsain, trouble, dérangeant et réellement terrifiant lors de moments d'intimité chargés d'ambiguïté (l'aparté avec Santini, la posture gouailleuse et viciée du gourou), La Secte sans nom laisse des séquelles psychologiques sitôt le générique écoulé. De par son effrayante conclusion bâtie sur le nihilisme et son réalisme cru conféré aux faits de société tels que les enlèvements d'enfants et le satanisme. Epaulé d'une bande-son stridente, il en émane un chef-d'oeuvre du genre d'une angoisse dépressive dans sa manière capiteuse de susciter l'émoi au coeur d'un surnaturel laissé en suspens.
3èx
Récompenses: Meilleure actrice pour Emma Vilarasau, meilleure photo pour Xavi Giménez au Festival international du film de Catalogne de Sitges. Prix du meilleur film international au festival FanTasia de Montréal.
Prix du jury, prix de la critique, prix du jury jeune et Prix de la découverte Ciné-Live au festival de Fantastic'Arts 2000 de Gérardmer.
Corbeau d'or au Festival international du film fantastique de Bruxelles.
Prix de la critique et prix du meilleur réalisateur du meilleur film international fantastique au Fantasporto à Porto.
mardi 21 juin 2016
SSSSnake
"Sssssss" de Bernard L. Kowalski. 1973. U.S.A. 1h39. Avec Strother Martin, Dirk Benedict, Heather Menzies-Urich, Richard B. Shull, Tim O'connor.
Sortie salles France: 8 Mai 1974
FILMOGRAPHIE: Bernard L. Kowalski est un réalisateur et producteur américain, né le 2 Août 1929 à Brownsville, Texas, décédé le 26 Octobre 2007 à Los Angeles, Californie. 1958: Hot car girl. 1958: Night of the Blood Beast. 1959: Attack of the Giant Leeches. 1959: Blood and Steel. 1961: Las Vegas Beat. 1968: Krakatoa à l'est de Java. 1969: Stiletto. 1970: Macho Callahan. 1971: Panique en plein ciel (télé-film). 1971: Black Noon (télé-film). 1972: Women in chains (télé-film). 1972: Two for the Money (télé-film). 1972: The New Healers (télé-film). 1972: The Woman Hunter (télé-film). 1973: SSSnake. 1975: The Supercops (télé-film). 1976: Risko. 1977: Flight to holocaust (télé-film). 1978: The Nativity (télé-film). 1979: Marciano (télé-film). 1980: Nick and the Dobermans (télé-film). 1980: Turnover Smith (télé-film). 1980: Patrouille de nuit à Los-Angeles (télé-film). 1983: Johnny Blue (télé-film). 1988: Miracle at Beekman's Place (télé-film). 1989: Nashville Beat (télé-film).

Autrefois inédit en Vhs et mais diffusé à l'époque sur la chaîne TV6 au coeur des années 80, SSSSnake marqua une génération de téléspectateurs pour ceux ayant eu l'opportunité de le découvrir un dimanche soir. Réalisateur prolifique ayant aussi bien oeuvré au cinéma qu'à la TV (on lui doit des épisodes de Magnum, K2000, Supercopter, Tonnerre de Feu, Mike Hammer, Simon et Simon, les Petits génies, Chips, Barreta, etc...), Bernard L. Kowalski réalise en 1973 une série B horrifique plutôt efficace par son rythme soutenu largement rehaussé du réalisme documenté imparti aux reptiles. Car comme le souligne son avertissement liminaire, tous les serpents sont bel et bien d'authentiques spécimens ramenés de Bangkok (les Cobras royaux) et de Singapour (le Python) et non de vulgaires effets spéciaux façonnés à base de prothèses et latex. 155 étaient d'ailleurs présents sur le tournage dont la moitié venimeux ! Quant à la métamorphose de David en reptile humain, si les effets cheap peuvent timidement prêter à sourire, le réalisme imparti à sa souffrance physique (râles d'agonie à l'appui !) finit rapidement par provoquer l'effroi avec une empathie teintée de désespoir. Certaines séquences fortement dérangeantes insufflant d'ailleurs un climat résolument malsain, tant pour la déchéance humaine des sujets (le héros en mutabilité puis celui exposé dans un cirque !) que du combat réalisé sans trucage entre une mangouste et un cobra royal ! Ainsi, en fustigeant la moralité du cinéaste, on peut donc se scandaliser de cette éventuelle maltraitance animale !


En dépit de son aspect télévisuel (non dénué de charme) et du manque d'ambition d'un concept aussi saugrenu que débridé (Bernard L. Kowalski survole à mon sens le potentiel de son intrigue), SSSSnake parvient sans peine à fasciner, terrifier, révulser et impressionner par son climat malsain où (l'omniprésence) de réels reptiles se prêtent à la complicité des comédiens avec troublante hostilité ! A l'instar du combat final imparti entre le savant et le cobra domestique. Une authentique perle culte donc rehaussée d'une aura de soufre toujours plus tangible (la dernière demi-heure est immanquable) si bien qu'il m'a aujourd'hui beaucoup plus impressionné que lors de sa diffusion TV dans les années 80.
"Tous les reptiles montrés dans ce film sont réels. Les cobras royaux ont été importé de Bangkok, le python de Singapour. Nous souhaitons remercier l'équipe et les acteurs pour leur courage... car ils ont été exposés à des conditions très dangereuses."
jeudi 16 juin 2016
EMPRISE. Prix du Meilleur Film, Horror Guild Awards, 2003
"Frailty" de Bill Paxton. 2002. U.S.A. 1h39. Avec Bill Paxton, Matthew McConaughey, Levi Kreis, Powers Boothe, Matt O'Leary, Jeremy Sumpter
Sortie salles France: 15 Mai 2012. U.S: 12 Avril 2002
FILMOGRAPHIE: Bill Paxton est un acteur et réalisateur américain, né le 17 mai 1955 à Fort Worth (Texas). 1982: Fish Heads (court métrage). 2002: Emprise. 2005: Un parcours de légende.
Premier et avant-dernier métrage de l'acteur Bill Paxton, Emprise aborde les thématiques de la superstition et du fanatisme religieux avec une ambiguïté dérangeante. Spoil ! A l'instar de son final révélateur à contre emploi de tout ce que le réalisateur semblait nous dénoncer ! Par ce revirement inopiné, le film adopte dès lors une tournure beaucoup plus effrayante pour mettre en exergue une réflexion sur l'existence du Mal et la foi catholique depuis une injonction divine. Fin du Spoil ! Profondément malsain par son climat étouffant souvent régi en vase clos, par son idéologie religieuse rappelant un célèbre précepte de la bible (la tâche d'Abraham et son fils) et la barbarie qui émane des sacrifices humains (même si le hors-champs est louablement prescrit !), Emprise nous immerge dans la mission divine d'un père persuadé de sacrifier des quidams depuis une vision angélique. Selon une liste ciblée de personnes, il est contraint de les assassiner à la hache depuis que les démons les habitent. Dans son délire mystique, il s'efforce d'endoctriner ses deux fils vers l'initiation criminelle afin de contenter la parole de Dieu.
Remarquablement interprété, tant par la prestance parano de Bill Paxton en paternel castrateur, le flegme rassurant de Matthew McConaughey en narrateur que par le duo infantile que forment spontanément Jeremy Sumpter et (surtout) Matt O'Leary, Emprise honore le genre horrifique sous le pilier du drame psychologique. D'une intensité cruelle, l'intrigue ne cesse de nous déstabiliser lorsque ces enfants candides témoignent impuissants à la gratuité d'une série de crimes sauvages. Ce sentiment anxiogène de fragilité et de perplexité qu'ils nous insufflent se traduit surtout en la présence de Fenton persuadé que son père n'est qu'un charlatan depuis ses exactions barbares. Multipliant vainement les tentatives d'évasion et de révolte alors que son frère cadet se conforte à l'emprise du père, Fenton provoque une digne empathie quant à sa pugnacité et son courage juvéniles (notamment son épreuve de force endurée dans le cachot). Outre ses moments horrifiques où le suspense ne cesse de rebondir quant aux tentatives désespérées de Fenton à s'extraire de la folie homicide (notamment lorsque son père lui ordonne de tuer un otage), Emprise se permet en prime de parachever cette sordide affaire familiale par le biais d'un thriller perfide quant aux tenants et aboutissants des personnages. Sa conclusion délétère s'avérant aussi salvatrice que perturbante !
La Nuit du Chasseur
Onirique (les allers-retours dans le jardin des roses, la reconversion de Fenton au travers de plans chimériques), dérangeant et machiavélique pour son final retors où Bien et Mal se contredisent, et d'une densité psychologique éprouvante quant à la condition soumise d'enfants innocents, Emprise transcende l'horreur réaliste en oscillant les composantes du drame, du fantastique et du thriller. Fort d'un scénario solide bâti sur le sens du sacrifice et la fraternité familiale, il en émane un manifeste (équivoque) sur la foi religieuse et notre conviction morale à tolérer l'obédience divine.
Prix Bram Stoker du meilleur scénario en 2003.
mercredi 15 juin 2016
LES ARDENNES
de Robin Pront. 2015. Belgique/Hollande. 1h32. Avec Jeroen Perceval, Kevin Janssens, Veerle Baetens, Jan Bijvoet, Sam Louwyck, Viviane De Muynck
Sortie salles France: 13 Avril 2016. Belgique: 14 Octobre 2015.
FILMOGRAPHIE: Robin Pront est un réalisateur et scénariste belge. 2015: Les Ardennes.
Drame psychologique sur fond de film noir, Les Ardennes relate la relation conflictuelle d'un trio d'amants maudits. Alors que Dave vient d'échapper à une peine de prison pour braquage, son frère Kenny écope de 7 ans de réclusion après avoir été alpagué. Quatre ans plus tard, il retrouve sa liberté mais sa fiancée Sylvie a décidé de rompre leur relation depuis qu'elle entretient une liaison avec Dave. Sévèrement contrarié, Kenny accumule les sautes d'humeur au moment même où le couple s'efforce de lui avouer la vérité.
Une trame convenue que Robin Pront parvient à transcender avec intensité psychologique pour les rapports insidieux du trio d'amants, quand bien même à mi-parcours le réalisateur relance l'intrigue par le biais d'un revirement inopiné. Si la première partie préfigure donc un drame de la jalousie, le second acte adopte une tournure beaucoup plus sordide quant aux règlements de compte en roue libre où les coups les plus couards y seront tolérés. Brossant avec réalisme et sans romantisme le tableau dérisoire de deux marginaux en quête impossible de rédemption, Robin Pront y dénonce l'influence du frère aîné ayant perpétuellement entraîné sa compagne et son frère vers la grande délinquance. Les Ardennes dressant sans concession les conséquences dramatiques de ce personnage aussi influent que perfide si bien que le frère cadet s'efforce désespérément de s'extirper de son emprise. Outre le soin de la mise en scène que le novice Robin Pront maîtrise avec brio, le jeu naturel des comédiens (trognes burinées en sus !) et la justesse des dialogues parviennent à nous familiariser à travers un jeu de massacre où la rigueur dramatique ira crescendo. Ce dernier multipliant rebondissements et situations insolites (seconds rôles excentriques à l'appui !) avec une inventivité insolente.
Prenant pour cadre la Belgique profonde avant de nous confiner dans la moiteur crépusculaire des vallées ardennaises, les Ardennes juxtapose film noir (on peut aussi songer à l'univers sardonique des frères Cohen !) et drame social pour mettre en exergue la déliquescence morale de deux frères incapables de s'extirper de leur médiocrité. Baroque, glauque et poignant, les Ardennes nous laisse dans une impression amère de déchéance criminelle depuis la déroute d'une réinsertion sociale.
Dédicace à Mylène Lam
mardi 14 juin 2016
Saturn 3
de Stanley Donen. 1980. Angleterre. 1h28. Avec Farrah Fawcett, Kirk Douglas, Harvey Keitel, Ed Bishop, Roy Dotrice.
Sortie salles France: 28 Mai 1980. U.S: 15 Février 1980.
FILMOGRAPHIE: Stanley Donen est un réalisateur américain, né le 13 avril 1924 à Columbia (Caroline du Sud).1949 : Un jour à New York (On the Town). 1951 : Mariage royal. 1952 : Love Is Better Than Ever. 1952 : Chantons sous la pluie . 1952 : L'Intrépide. 1954 : Donnez-lui une chance. 1954 : Les Sept Femmes de Barbe-Rousse. 1954 : Au fond de mon cœur. 1955 : Beau fixe sur New York. 1955 : Kismet (non-credité au générique). 1957 : Drôle de frimousse. 1957 : Pique-nique en pyjama. 1957 : Embrasse-la pour moi. 1958 : Indiscret. 1958 : Cette satanée Lola. 1960 : Chérie recommençons. 1960 : Un cadeau pour le patron. 1960 : Ailleurs l'herbe est plus verte. 1963 : Charade. 1966 : Arabesque. 1967 : Voyage à deux. 1967 : Fantasmes. 1969 : L'Escalier. 1974 : Le Petit Prince. 1975 : Les Aventuriers du Lucky Lady. 1978 : Folie Folie. 1980 : Saturn 3. 1984 : La Faute à Rio.
Quand on pense que derrière Saturn 3 se planque le réalisateur de Chantons sous la Pluie, on peine à le croire tant le spectacle kitchissime s'érige en série B du Samedi soir. De par son intrigue aussi futile que niaise, du jeu cabotin d'acteurs notoires mais attachants et de décors high-tech étonnamment soignées pour l'époque (merci John Barry, décorateur de la Guerre des Etoiles et de Superman alors qu'il quitta ici précipitamment les commandes de la réalisation après seulement 1 semaine de tournage !), Saturn 3 fait office d'ovni saugrenu. A mi-chemin entre l'épigone trivial d'Alien et du précurseur "docile" de Terminator. Visez un peu le pitch d'après un concept de John Barry himself ! Un capitaine sans vergogne s'est invité dans la station de recherche écolo d'Adam et Axelle afin de tester la technologie d'un androïde téléguidé par transmission de pensée. Bien évidemment, le robot finit par échapper à son contrôle et sème le zouc auprès du duo agronome. Diffusé un lundi soir dans le cadre de l'émission culte l'Avenir du Futur, Saturn 3 fit son p'tit effet ludique lors de sa diffusion au début des années 80.
Aujourd'hui encore, et malgré son caractère naïf et obsolète, le film parvient à divertir aimablement d'après son lot de courses poursuites censées susciter l'angoisse depuis que nos deux survivants tentent de contredire l'arrogance d'Hector le robot. Malgré l'aspect redondant de sa narration faiblarde en soubresauts, Saturn 3 nous tient en éveil sous l'impulsion complice (et également improbable !) de Kirk Douglas et Farrah Fawcet. Un couple en étreinte amoureuse que le capitaine James s'efforce de nuire en guise de jalousie et d'érotomanie. Harvey Keitel incarnant à merveille ce rôle antipathique à l'aide d'une gouaille détestable. D'autre part, grâce à l'aspect immersif du décorum futuriste faisant office de cocon domestique et grâce à la posture quelque peu fascinante d'Hector là aussi convaincant de par son anatomie humanoïde truffée de détails techniques, Saturn 3 amuse gentiment avec une fantaisie parfois débridée. Les déplacements atones de celui-ci cultivant un certain charisme hostile à daigner nuire à autrui sous la mainmise de son créateur dénué de vergogne. Le score aux accents horrifiques d'Elmer Bernstein renforçant notamment l'aspect menaçant de la créature de métal lors de ces affrontements bellicistes. On apprécie enfin en guise de cerise sur le gâteau l'intrusion (toutefois) concise d'effets gores assez réussis (le cadavre déchiqueté par les câbles lors du prologue, une main sectionnée ainsi que la tête humaine implantée sur la tête d'Hector !).
Dans l'espace, Hector joue au phallocrate !
Série B relativement plaisante, un tantinet sexy (les tenues frivoles de Farraw, le cul nu de Douglas !) et atmosphérique, Saturn 3 compte sur l'autorité altruiste du vétéran Kirk Douglas, le sex-appeal de Farraw Fawcett et le charisme hiératique d'Hector pour nous divertir sans prétention. Quelque peu loufoque mais aussi fascinant grâce à son esthétisme formel immersif, Saturn 3 saura encore contenter les amateurs de plaisir innocent en prime d'y distraire les passéistes de l'Avenir du Futur marqués à jamais par cette prod hybride, aussi mineur soit son contenu prévisible (à l'instar de son final pas aussi spectaculaire que prévu mais néanmoins avenant).
lundi 13 juin 2016
The Quiet
de Jamie Babbit. 2005. U.S.A. 1h34. Avec Elisha Cuthbert, Camilla Belle, Edie Falco, Martin Donovan, Shawn Ashmore, Katy Mixon :
Sortie salles: 1er Septembre 2006
FILMOGRAPHIE: Jamie Babbit, née le 16 novembre 1970 à Shaker Heights dans l'Ohio, est une réalisatrice américaine. 1999 : But I'm a Cheerleader. 2005 : The Quiet. 2007 : Itty Bitty Titty Committee. 2013 : Breaking the Girls. 2014 : Untitled Riddle/Salahuddin Project (téléfilm)
2015 : Addicted to Fresno.
vendredi 10 juin 2016
SHOTGUN STORIES
de Jeff Nichols. 2007. U.S.A. 1h31. Michael Shannon, Douglas Ligon, Barlow Jacobs, Natalie Canerday, Glenda Pannel, Lynnsee Provense, Michael Abbott Jr.
Sortie salles France: 2 Janvier 2008
FILMOGRAPHIE: Jeff Nichols est un réalisateur et scénariste américain né le 7 Décembre 1978 à Little Rock, Arkansas (Etats-Unis).
2007: Shotgun Stories. 2011: Take Shelter. 2012: Mud. 2016: Midnight Special. 2016: Loving.
jeudi 9 juin 2016
Event Horizon: Le Vaisseau de l'au-delĂ . Prix du public, Bruxelles 98.
de Paul W. S. Anderson. 1997. 1h36. Avec Laurence Fishburne, Sam Neill, Kathleen Quinlan, Joely Richardson, Richard T. Jones, Jack Noseworthy, Jason Isaacs.
Sortie salles France: 6 Mai 1998. U.S: 15 Août 1997
FILMOGRAPHIE: Paul William Scott Anderson, né le 4 mars 1965 à Newcastle upon Tyne est un producteur, réalisateur et scénariste britannique. 1994 : Shopping. 1995 : Mortal Kombat. 1997 : Event Horizon, le vaisseau de l'au-delà . 1998 : Soldier. 2000 : The Sight. 2002 : Resident Evil. 2004 : Alien vs Predator. 2008: Death Race. 2010 : Resident Evil: Afterlife. 2011 : Les Trois Mousquetaires 3D. 2012 : Resident Evil : Retribution 3D. 2014 : Pompéi. 2016 : Resident Evil : Chapitre final.
Échec public et critique lors de sa discrète sortie en salles, Event Horizon constitue une sympathique bisserie de luxe, un grand huit stellaire à l'imagerie toujours plus gorasse. Tant par l'efficacité de sa mise en scène, cultivant une angoisse en apesanteur, que par son esthétisme inquiétant sublimant l'architecture baroque du vaisseau, Paul W. S. Anderson signe une série B plutôt efficace, portée par une ambiance aussi oppressante que tangible. À mi-chemin entre Hellraiser, pour sa vision d'un Enfer sadomasochiste, et La Maison du Diable, pour son aura diabolique sous-jacente, Event Horizon captive par l'enchaînement de situations hostiles où une mort insidieuse, surgie des ténèbres, ne laisse nul répit à ses proies.
Durant quatre-vingt-dix minutes, une poignée d'astronautes tente de percer le mystère de l'Event Horizon, disparu depuis plusieurs années avant de réapparaître aussi soudainement qu'inexplicablement. À mesure que progresse leur exploration macabre, une présence démoniaque semble planer sur leurs épaules, les entraînant progressivement dans une paranoïa grandissante à travers des hallucinations plus vraies que nature. Ce climat d'insécurité permanent, doublé d'une force malveillante s'immisçant dans leurs souvenirs les plus douloureux, est renforcé par le jeu impliqué des acteurs. Plus qu'une simple menace surnaturelle, le mal exploite les blessures intimes de chacun, faisant resurgir culpabilité, regrets et traumatismes enfouis afin de mieux opposer ses victimes vers la folie. Le film explore alors nos angoisses les plus malaisantes, celles que l'on tente désespérément d'enfouir au plus profond de soi.
En jouant sur la dimension parallèle du trou noir, le récit suggère une vision de l'Enfer d'une puissance évocatrice saisissante, nourrie par une technologie rotative cauchemardesque et d'hallucinations hystériques de corps suppliciés. Au-delà du réalisme funeste de sa scénographie spatiale et de son climat anxiogène, Event Horizon bénéficie également d'une distribution particulièrement solide, où Laurence Fishburne et Sam Neill se disputent l'autorité avec sang-froid, jusqu'à un affrontement aussi psychologique que physique. Si son dernier acte cède quelque peu aux facilités du spectacle pyrotechnique, entre confrontations musclées et explosions dantesques, Paul W. S. Anderson conclut néanmoins son cauchemar cosmique sur une ultime note sardonique faisant intelligemment écho à son prologue.
Pur divertissement marginal porté par des décors futuristes inquiétants, des effusions sanglantes et une atmosphère poisseuse prégnante, Event Horizon met en exergue une science-fiction sépulcrale où l'horreur cosmique se conjugue avec la culpabilité humaine et les peurs les plus viscérales. Assurément la proposition la plus ambitieuse, la plus inspirée et la plus aboutie de la filmographie du très inégal Paul W. S. Anderson en dépit d'un cheminement convenu aux situations éculées.
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mercredi 8 juin 2016
FIRESTARTER
"Charlie" de Mark L. Lester. 1984. U.S.A. 1h53. Avec David Keith, Drew Barrymore, Freddie Jones, Heather Locklear, Martin Sheen, George C. Scott.
Sortie salles U.S: 11 Mai 1984
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mark Lester est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 26 Novembre 1946 à Cleveland, Ohio.
1971: Twilight of the Mayas. 1973: Steel Arena. 1982: Class 84. 1984: Firestarter. 1985: Commando. 1986: Armé et Dangereux. 1990: Class of 1999. 1991: Dans les Griffes du Dragon Rouge. 1996: Public Ennemies. 2000: Blowback. 2000: Sacrifice (télé-film). 2000: Guilty as Charged (télé-film). 2002: Piège sur Internet. 2003: Trahisons. 2003: Ruée vers la Blanche. 2005: Ptérodactyles.
Un an avant Commando, Mark Lester s'essaie au genre fantastique en transposant à l'écran le roman de Stephen King, Charlie. Série B dénuée de prétention malgré une distribution alléchante (on y croise David Keith, Drew Barrymore, Martin Sheen, George C. Scott), Firestarter relate dans un schéma narratif orthodoxe les vicissitudes d'un père et de sa fille pourchassés par des agents gouvernementaux depuis que cette dernière cultive des pouvoirs pyromanes. Ses dons meurtriers émanant des expériences scientifiques que ses parents ont autrefois toléré afin de servir la science. Par l'influence surnaturelle de son esprit fulminant, Charlie parvient furtivement à enflammer ses rivaux. Ce qui nous vaut des séquences d'embrasement assez réussies, à l'instar de son final particulièrement homérique dont les effets spéciaux délirants font preuve de réalisme. Avec l'aide d'un tueur professionnel, le capitaine Hollister finit par kidnapper les deux fugitifs afin d'exploiter à des fins belliqueuses le don de la petite Charlie.
Par le biais d'un cheminement narratif assez efficace, suspense et fantastique se chevauchent autour du sort précaire de Charlie et de son père, communément soudés par les liens familiaux. Mark Lester accordant beaucoup de crédit à leur relation affective alors que ces derniers seront séparément cloisonnés dans les chambres d'un institut expérimental. Grâce à la conviction d'une distribution charismatique (en particulier George C Scott, Martin Sheen et David Keith), Firestarter parvient à nous convaincre de son propos fantastique pointant du doigt la menace du nucléaire sous le ressort de la télékinésie. Qui plus est, le jeu dégourdi de Drew Barrymore s'avère assez crédible dans sa fonction candide de victime infortunée s'efforçant de canaliser ses pouvoirs depuis l'enseignement loyal de son père. Hélas, et en dépit du caractère attachant de ce duo servile, Firestarter manque sévèrement d'intensité et d'enjeux dramatiques pour immerger le spectateur dans une palpitante course contre la survie. Car si le spectacle s'avère agréable et jamais ennuyeux, il ne fait que survoler un scénario mal exploité et dénué de surprises. On se rabat alors sur la compassion que suscitent fébrilement le père et sa fille depuis leur maltraitance d'une confrérie avide de totalitarisme.
Soutenu par la partition envoûtante de Tangerine Dream, Firestarter constitue une aimable série B fantastique émaillée de séquences d'incendies parfois fulgurantes et de plages de tendresse que le couple parental endosse avec une certaine densité humaine.
mardi 7 juin 2016
EDDIE THE EAGLE
PIERRE DE COUBERTIN, Fondateur des Jeux Olympiques, 1896.
Grand moment d'Ă©motions aussi fortes que fragiles pour la destinĂ©e insensĂ©e d'une Ă©toile filante, Eddie the eagle emprunte le schĂ©ma modeste de la sĂ©rie B pour parfaire une "success-story" Ă
lundi 6 juin 2016
LA CHEVRE
de Francis Veber. 1980. France. 1h33. Avec Pierre Richard, Gérard Depardieu, Michel Robin, André Valardy, Corynne Charbit, Pedro Armendáriz Jr., Jorge Luke .
Sortie salles France: 9 Décembre 1981
FILMOGRAPHIE: Francis Veber est un réalisateur, scénariste, dialoguiste et producteur français, né le 28 Juillet 1937 à Neuilly sur Seine. 1976: Le Jouet. 1981: La Chèvre. 1983: Les Compères. 1986: Les Fugitifs. 1989: Les 3 Fugitifs. 1992: Sur la corde raide. 1996: Le Jaguar. 1998: Le Dîner de con. 2000: Le Placard. 2002: Tais-toi ! 2006: La Doublure. 2008: L'Emmerdeur.
Enorme succès à sa sortie en France (7 079 674 entrées), La Chèvre n'a point usurpé son statut de classique de la comédie populaire tant Francis Veber est parvenu à conjuguer éclats de rire et tendresse sous l'impulsion d'un duo d'acteurs que personne n'aurait imaginé voir réunir ! Car outre sa bonne idée de départ (recruter un comptable malchanceux afin de débusquer la fille d'un PDG aussi infortunée que lui !), La Chèvre tire parti de son ressort comique grâce aux rapports conflictuels que se disputent Pierre Richard et Gérard Depardieu. Si ce dernier adopte une posture autoritaire souvent dénigrante pour se railler des bévues de son camarade, il ne manque pas non plus de susciter un regain de compassion depuis que Perrin est réduit au bouffon de service (et non comme un leader sagace comme le laissaient croire ses supérieurs).
vendredi 3 juin 2016
LA TARENTULE AU VENTRE NOIR
"La Tarantola dal ventre nero" de Paolo Cavara. 1971. Italie. 1h38. Avec Giancarlo Giannini, Claudine Auger, Barbara Bouchet, Rossella Falk, Silvano Tranquilli, Barbara Bach, Stephania Sandrelli.
Sortie salles Italie: 12 Août 1971
FILMOGRAPHIE: Paolo Cavara est un réalisateur et scénariste italien, né le 4 Juillet 1926 à Bologne (Italie), décédé le 7 Août 1982 à Rome. 1988: Accadde a Parma. 1981 Fregoli (TV Mini-Series). 1980 La locandiera. 1979 Atsalut pader. 1979 Sarto per signora (Téléfilm). 1976 E tanta paura. 1974 Il lumacone. 1974 Un parfum d'amour. 1973 Los amigos. 1971 La tarentule au ventre noir. 1969 La Capture. 1967 La cible dans l'oeil. 1966 Witchdoctor in Tails (Documentaire). 1964 I malamondo (Documentaire). 1963 La donna nel mondo (Documentaire. Non crédité). 1962: Mondo Cane (Documentaire).
Giallo injustement occulté et boudé en France si bien qu'en l'occurrence aucune édition numérique n'ait encore percée chez nous, La Tarentule au ventre noir ne manque pas de qualités pour émuler le genre avec sincérité et application. Non pas que la mise en scène soit un modèle du genre, loin de là , mais que le réalisateur parvient à structurer une intrigue assez prenante par son suspense latent contrebalancé de rebondissements (le détail sur la photo !) et (inévitables) fausses pistes. C'est du côté d'un institut de beauté que l'intrigue s'oriente depuis que le personnel est devenu la cible récurrente d'un tueur auquel l'adultère et la nymphomanie en sont les principaux ressorts. La première originalité du récit incombe à l'élaboration des meurtres et l'omnipotence de l'assassin lorsque ce dernier ganté préconise la paralysie de ses victimes à l'aide d'une aiguille empoisonnée (du venin de guêpe nous révélera plus tard un entomologiste !), et ce, juste avant de les assassiner. Dès lors, ces dernières, en état de conscience, subissent impuissantes aux châtiments du poignard pénétré à diverses reprises sur le bas-ventre jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Parfois sanglants et soigneusement cadrés, ses crimes s'avèrent assez impressionnants sous l'impulsion d'un rituel atypique redoutablement pervers. La victime féminine symbolisant la soumission d'une tarentule si bien que le tueur s'inspire de la bravoure victorieuse de la "Pepsis Formosa". Une "guêpe des chemins" parvenant toujours à éliminer son rival grâce à la paralysie de son venin injecté dans l'estomac afin de libérer des larves carnivores ! C'est ensuite au niveau du profil de l'inspecteur Tellini que La Tarentule... puise son intensité psychologique, notamment parmi ses rapports intimes entretenus avec sa fiancée philanthrope. En perte de vitesse car ayant une longueur de retard sur les agissements du tueur persifleur (il filme les ébats sexuels de ce dernier et de sa compagne), Tellini se remet constamment en question sur son pragmatisme au risque d'abdiquer sa profession au profit de sa vie de famille. Outre l'efficacité des nombreux meurtres que le récit affiche avec un certain stylisme, La Tarentule... recourt aussi à une rigueur vertigineuse lors d'une course-poursuite entamée sur les toits d'un immeuble. Quant au final haletant, l'intrigue met en parallèle les situations alarmistes de deux victimes en proie à la menace meurtrière, au moment même où l'inspecteur ne s'efforce une ultime fois d'alpaguer le tortionnaire, symptomatique du misogyne.
Avec ses meurtres raffinés (inscrits dans le mutisme), le jeu sentencieux de Giancarlo Giannini, ses têtes d'affiche féminines d'une beauté éminemment lascive et la mélodie envoûtante d'Ennio Morricone, La Tarentule au ventre noir n'a pas à rougir de ses illustres ascendants pour mettre en exergue un thriller captivant. Certes un peu maladroit dans sa réalisation et le jeu perfectible de quelques seconds-rôles, mais d'une sincérité indiscutable lorsque le cinéaste s'efforce d'affilier caractérisation psychologique et suspense métronomique.
















































