mardi 29 août 2017

BUSHWICK

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemamontreal.com

de Jonathan Milott et Cary Murnion. 2017. U.S.A. 1h34. Avec Dave Bautista, Brittany Snow, Angelic Zambrana, Jeff Lima, Paco Lozano, Christian Navarro.

Sortie France uniquement en VOD. U.S: 25 août 2017 (sortie limitée en salles et VOD)

FILMOGRAPHIE: Jonathan Milott est un réalisateur américain. 2014: Cooties. 2017: Bushwick
Cary Murnion est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2008: Jay vs Life (TV Movie). 2014: Cooties. 2017: Bushwick.


Dtv distribué par Netflix, Bushwick est la seconde réalisation du duo Jonathan Milott / Cary Murnion préalablement responsable d'une comédie horrifique, Cooties. Film d'action belliciste sur fond de crise politico-sociale, Bushwick (quartier de Brooklyn) relate le parcours de survie de Lucy prise à parti avec des tirs militaires et civils au sein de sa cité réduite à feu et à sang. Durant sa fuite, et après avoir échappée au viol par deux délinquants, elle est secourue par un mastard, Stupe, ancien infirmier ayant servi plus tôt dans la marine en Irak. Ensemble, ils tentent de regagner le foyer de la grand-mère de Lucy tout en essayant de saisir les tenants et aboutissants de l'insurrection urbaine livrée à l'auto-justice. Et ce en dépit de la potentielle loi martial soudainement décrétée pour un motif que l'on ne connaîtra qu'à mi-parcours de l'action. Filmé en temps réel sous le principe souvent subjectif, Bushwick joue la carte du divertissement belliqueux avec le parti-pris de privilégier/respecter le spectateur adulte au détriment de l'ado féru d'actionner bourrin. Dans une ambiance cauchemardesque particulièrement réaliste, les auteurs parviennent à nous immerger dans l'intensité de l'action sans jamais céder à une vaine esbroufe si bien que les divers déplacements de nos héros (faits de "chair et de sang", j'insiste !) nous paraissent crédibles quant à leurs efforts de survie à se dépêtrer des balles ennemies avec un humanisme poignant.


Nanti d'un score Ă©lectro incisif et d'une mise en scène Ă©tonnamment maĂ®trisĂ©e (notamment au travers de plans sĂ©quences vertigineux ou lors de saisissants panoramas faisant office de fresque d'apocalypse !), Bushwick possède un style formel pas très Ă©loignĂ© du cinĂ©ma de John Carpenter (format scope en sus !). Notamment si je me rĂ©fère au charisme sans fard de vraies gueules d'acteurs qu'on ne retrouve plus (ou alors si peu) dans le cinĂ©ma d'action mainstream si lisse car trop conventionnel. Dave Bautista (très impressionnant de carrure trapue !) et Brittany Snow se partageant mutuellement la vedette avec autant de fragilitĂ© dĂ©munie (notamment cette superbe sĂ©quence finale oĂą Stupe se confie sans complexe Ă  elle sur son passĂ© tragique) que de pugnacitĂ© couillue (l'un et l'autre vont apprendre Ă  s'Ă©pauler durant leur traque et isolement et ainsi canaliser leur peur lors d'un hĂ©roĂŻsme abrupte au risque de cĂ©der Ă  des pulsions meurtrières punitives). Car il faut les voir accourir, faire profil bas dans les rues de Brooklyn pour tenter d'esquiver les balles provenant autant du haut des toitures que du bitume engorgĂ© de carcasses de voitures incendiĂ©es ! De surcroĂ®t, le sentiment d'insĂ©curitĂ© permanent et de danger lĂ©tal Ă©manent notamment de l'incapacitĂ© pour nos hĂ©ros Ă  pouvoir distinguer quel ennemi ils doivent combattre lorsque civils et militaires s'entretuent sans aucune morale avant d'y connaĂ®tre l'instigateur ! (une rĂ©vĂ©lation d'ordre politique faisant froid dans le dos !).


Solidement rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© sous le pilier d'une intrigue ombrageuse Ă©voquant le spectre de la guerre civile par le biais d'une dissidence politique, Bushwick parvient Ă  faire naĂ®tre l'apprĂ©hension en nous immergeant tĂŞte baissĂ©e dans un contexte rĂ©aliste de sĂ©dition plausiblement prĂ©monitoire. En prime de l'efficacitĂ© des pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques et embĂ»ches insidieuses par le biais de rencontres impromptues, Bushwick oppose de poignantes intimitĂ©s psychologiques avant de se clore (et donc pour mieux nous Ă©branler de sa dĂ©liquescence sociale !) sur le pessimisme d'une conclusion aussi radicale qu'effrayante ! Une bonne surprise d'une brĂ»lante actualitĂ© mĂ©taphorique. 

Dédicace à Jean-Marc Micciche
Bruno Matéï

lundi 28 août 2017

Vampires vous avez dits vampires 2 / Fright Night 2

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Fright Night Part 2" de Tommy Lee Wallace. 1988. 1h44. Avec William Ragsdale, Roddy McDowall, Traci Lind, Julie Carmen, Jon Gries, Russell Clark, Brian Thompson.

Sortie salles France: 11 Janvier 1989. U.S: 19 Mai 1989

FILMOGRAPHIE: Tommy Lee Wallace (né le 06/09/1949) est un réalisateur, producteur, chef accessoiriste, monteur, chef décorateur et scénariste américain. 1982 : Halloween 3 : Le Sang du sorcier. 1988 : Aloha Summer. 1988 : Vampire, vous avez dit vampire 2 ? 1990 : Ça (It) (TV). 1991 : And the Sea Will Tell (TV). 1992 : The Comrades of Summer (TV). 1992 : Danger Island (en) (TV)
1994 : Witness to the Execution (TV). 1994 : Green Dolphin Beat (TV). 1996 : Born Free: A New Adventure (TV). 1996 : Alliance interdite (TV). 1997 : Steel Chariots (TV). 1998 : Une voleuse de charme (TV). 1998 : L'Ultime Verdict (TV). 2002 : Vampires 2 : Adieu vampires. 2010 : Helliversity

 
"La suite qu’on n’attendait pas… mais qu’on prend avec plaisir."

Trois ans après un premier volet devenu culte chez la gĂ©nĂ©ration 80, c’est Ă  Tommy Lee Wallace - cinĂ©aste du gĂ©nial Halloween III et du tĂ©lĂ©film Ça !, sympathique madeleine de l’angoisse tĂ©lĂ©visĂ©e - qu’Ă©choit la tâche dĂ©licate de donner une suite aux aventures nocturnes de Charlie Brewster. Sous l’Ă©gide des deux illustres revenants William Ragsdale (toujours aussi investi dans son combat contre les tĂ©nèbres) et Roddy McDowall, plus exubĂ©rant que jamais dans son rĂ´le de Peter Vincent, le chasseur de vampires cabotin et touchant, Vampires, vous avez dit vampires 2 tente de raviver la flamme.

Synopsis: Quelques annĂ©es après les Ă©vĂ©nements surnaturels du premier film, Charlie suit une thĂ©rapie : il ne croit plus aux vampires. Mais l’arrivĂ©e de nouveaux voisins, au charme discret et inquiĂ©tant, va bousculer ses certitudes et le pousser Ă  recontacter Peter Vincent. Reprenant Ă  peu de choses près le schĂ©ma narratif du film original, cette suite conjugue horreur et comĂ©die avec un peu moins de pĂ©tulance, mais parvient nĂ©anmoins Ă  impliquer le spectateur grâce Ă  un trio de hĂ©ros toujours aussi attachants. Et c’est bien dans leur humanitĂ© que rĂ©side la clef de notre adhĂ©sion, encore une fois.

Si la nouvelle petite amie de Charlie - incarnĂ©e par la charmante Traci Lind - peut d’abord sembler un peu potiche, son Ă©volution morale, Ă  mesure qu’elle prend conscience de la rĂ©alitĂ© vampirique, lui redonne du corps. Son audace pour sauver Peter Vincent de la camisole, ses Ă©lans hĂ©roĂŻques face aux vampires, tout comme la candeur douce-amère de sa romance avec Charlie, la rendent finalement touchante. Et mĂŞme si l’impression de dĂ©jĂ -vu peut rebuter de prime abord, la mise en scène soignĂ©e de Tommy Lee Wallace et quelques idĂ©es originales - Charlie en mutation vampirique, Peter internĂ© en psychiatrie, la filiation entre RĂ©gine et Jerry Dandrige (le vampire du premier opus) - suffisent Ă  relancer l’intĂ©rĂŞt.

Ajoutons Ă  cela un parfum sensuel inĂ©dit : cette fois, le mal a le visage d’une femme. Julie Carmen incarne RĂ©gine avec un magnĂ©tisme vĂ©nĂ©neux, fĂ©lin, ensorcelant. Une antagoniste rare, qui fait varier le climat du film vers quelque chose de plus lascif, presque hypnotique. Et si la seconde moitiĂ© s’essouffle quelque peu, on suit malgrĂ© tout avec plaisir les nouvelles stratĂ©gies de nos hĂ©ros affrontant des vampires aux allures de hipsters dĂ©cadents, sur fond d’action horrifique inventive. Les effets spĂ©ciaux, encore une fois, Ă©tonnent par leur qualitĂ© technique et formelle.

"Retour à la crypte des années 80".
Efficace, fun, distrayant - et parfois même envoûtant (ah, la scène de danse entre Régine et Charlie sur la somptueuse mélodie de Brad Fiedel !) - Vampires, vous avez dit vampires 2 reste une suite tout à fait fréquentable, pétrie de charme et de savoir-faire.
Comme l’avait dĂ©jĂ  prouvĂ© Tommy Lee Wallace avec le percutant Halloween III, sa plus belle rĂ©ussite Ă  ce jour. Mais… ceci est une autre histoire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 

La Chronique de son modèle: http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/vampires-vous-avez-dit-vampire-fright.html

vendredi 25 août 2017

MARCHE A L'OMBRE

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kaxecommons.org

de Michel Blanc. 1984. France. 1h22. Avec Gérard Lanvin, Michel Blanc, Didier Agostini, Sophie Duez, Mimi Félixine, Béatrice Camurat, Prosper Niang, Katrine Boorman.

Sortie salles France: 17 Octobre 1984

FILMOGRAPHIEMichel Blanc est un acteur et réalisateur français, né le 16 avril 1952 à Courbevoie (Hauts-de-Seine). 1984 : Marche à l'ombre. 1994 : Grosse fatigue. 1999 : Mauvaise passe. 2002 : Embrassez qui vous voudrez.


Premiers débuts de Michel Blanc derrière la caméra, Marche à l'ombre totalisa 6,1 millions d'entrées
au box-office français alors que son thème d'actualitĂ© traitĂ© avec lĂ©gèretĂ© et dĂ©rision (l'exclusion sociale des sans-logis) aurait pu fuir le grand public. Devenu depuis un classique du "buddy movie" auprès de la gĂ©nĂ©ration 80, Marche Ă  l'ombre doit largement sa renommĂ©e envers la complĂ©mentaritĂ© du duo GĂ©rard Lanvin / Michel Blanc crevant l'Ă©cran dans leur esprit de camaraderie indĂ©fectible ainsi que leurs caractères distincts bien trempĂ©s. Michel Blanc endossant un faire-valoir râleur, pleutre, empotĂ© et infortunĂ© avec un naturel bonnard, quand bien mĂŞme son acolyte GĂ©rard Lanvin lui partage la rĂ©plique dans celui d'un dĂ©brouillard spartiate constamment rattrapĂ© par son instinct dĂ©bonnaire. Le tandem Ă©minemment contradictoire dans leurs rĂ©flexions professionnelles et sociales cumulant les gaffes et p'tites querelles avec une verve impayable. A ce titre, Michel Blanc, rĂ©alisateur, nous a scrupuleusement travaillĂ© ses dialogues avec un sens de l'inventivitĂ© Ă  couper au rasoir si bien que rien qu'au niveau des joutes verbales, Marche Ă  l'ombre demeure un rĂ©gal auditif !


D'une grande simplicité, l'intrigue cinétique nous relate les tribulations de deux itinérants inséparables sillonnant les banlieues parisiennes en quête d'un toit et de p'tits boulots. Complètement à la dèche, ils s'efforcent en désespoir de cause de faire la manche dans les métros avant de sombrer dans le recel et la vente d'objets volés. Durant leur parcours semé de trafalgars, péripéties, rencontres amicales, hostiles et romantiques, ils vont se raccrocher au fil de leur amitié afin de résister à la sinistrose. Ces derniers ne cessant de bifurquer d'un foyer précaire à un autre sans pouvoir s'implanter durablement. Drôle et pittoresque au sein du cadre de la comédie sociale et de l'aventure urbaine si j'ose dire, Marche à l'ombre constitue une petite merveille d'émotions optimistes en dépit de la gravité du sujet (plus qu'actuel !). Michel Blanc se réservant tout pathos et misérabilisme afin de respecter le genre dans lequel il appartient. Pour autant, et par le biais de l'humour, de la légèreté et de la fantaisie, Marche à l'ombre conjugue harmonieusement chaleur humaine, tendresse et générosité auprès d'une galerie de marginaux inscrits dans la solidarité (car désargentés et donc renouant avec la simplicité de leur existence sans la corruption cupide du matérialisme !).


Un hymne Ă  l'amitiĂ© et Ă  la dĂ©brouille en pleine crise du chĂ´mage. 
TrĂ©pidant, tendre et constamment cocasse au travers de rĂ©pliques anthologiques et de bĂ©vues rocambolesques, Marche Ă  l'ombre transcende la comĂ©die populaire avec une juste Ă©motion si bien que cet humble tĂ©moignage imputĂ© aux laissĂ©s pour compte ne cède jamais au pessimisme plombant pour nous chĂ©rir. Un dernier mot subsidiaire ! En p'tite amante chĂ©tive, la juvĂ©nile Sophie Duez ne manque pas d'Ă©lĂ©gance dans une candeur aussi suave que sensuelle ! 

Bruno Dussart
3èx

jeudi 24 août 2017

LE MONSTRE

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

"The Quatermass Xperiment" de Val Guest. 1955. Angleterre. 1h21. Avec Brian Donlevy, Jack Warner, Margia Dean, Thora Hird, Gordon Jackson.

Sortie salles U.S: Juin 1956. Angleterre: 20 Novembre 1955

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Val Guest de son vrai nom Valmond Guest est un scénariste, réalisateur et producteur britannique né le 11 décembre 1911 à Londres (Royaume-Uni) et décédé le 10 mai 2006 à Palm Springs (Californie). 1954 : La Revanche de Robin des Bois. 1955 : Le Démon de la danse. 1955 : Le Monstre. 1956 : It's A Wonderful World. 1957 : Scotland Yard appelle FBI. 1957 : La Marque. 1957 : Le Redoutable Homme des neiges. 1960 : Expresso Bongo. 1961 : Traitement de choc. 1961 : Le Jour où la Terre prit feu. 1967 : Casino Royale. 1970 : Toomorrow. 1970 : Quand les dinosaures dominaient le monde. 1982 : The Boys in Blue (en). 1984 : Mark of the Devil (en) (TV). 1984 : In Possession (TV). 1985 : Child's Play (TV).


Premier volet de la trilogie Quatermass inspirĂ© de la sĂ©rie TV créée par Nigel Kneale, et première production de la Hammer, Le Monstre se solda par un gros succès public Ă  sa sortie anglaise si bien qu'une suite fut rapidement mise en chantier 2 ans plus tard par Val Guest himself. Quant au troisième opus rĂ©alisĂ© tardivement en 1968, Roy Ward Barker prendra le relais pour parfaire un chef-d'oeuvre encore plus retors et abouti que ces congĂ©nères, les Monstres de l'Espace. InfluencĂ© par la Chose d'un autre monde sortie 4 ans plus tĂ´t, Val Guest nous relate (Ă©galement) avec souci documentĂ© l'atterrissage en catastrophe d'une fusĂ©e commanditĂ© par le physicien Quatermass. A bord, seul Victor Carroon parvient Ă  s'y extraire avec l'aide des pompiers alors que ses 2 Ă©quipiers ont mystĂ©rieusement disparu. EmmenĂ© d'urgence Ă  l'hĂ´pital, celui-ci en catatonie semble possĂ©dĂ© par une entitĂ© invisible (peut-ĂŞtre un spĂ©cimen vĂ©gĂ©tale) ayant pour mission de contaminer la terre. Quatermass et la police vont tenter par tous les moyens d'enrayer la chose en constante mĂ©tamorphose. En conjuguant avec homogĂ©nĂ©itĂ© science-fiction, Ă©pouvante et une pincĂ©e de catastrophe, Val Guest parvient Ă  distiller angoisse, suspense, terreur autour du thème d'une invasion extra-terrestre aussi sournoise que La Chose d'un autre monde. D'autre part, et au vu du potentiel de son traitement aussi dĂ©bridĂ© que singulier, Le Monstre sera une source d'inspiration auprès des gĂ©nĂ©rations Ă  venir comme le dĂ©montreront les annĂ©es 80 avec Contamination, MutantLifeforce, le Monstre qui vient de l'Espace et consorts.


Formidablement intense et Ă©quivoque durant sa première partie jouant la carte de l'expectative parmi l'effet de suggestion et en se focalisant sur la vision de dĂ©tails inquiĂ©tants (le mĂ©tabolisme inexpliquĂ© de Victor face Ă  la perplexitĂ© des mĂ©decins et de son Ă©pouse), Le Monstre insuffle l'apprĂ©hension Ă  travers la mutabilitĂ© d'une victime souffreteuse franchement patibulaire. L'acteur Richard Wordsworth provoquant un vrai malaise dans son dĂ©sarroi aussi bien physique que moral, et quelques instants de frayeurs (la sĂ©quence scrupuleuse de son Ă©vasion puis sa planque dans la voiture parmi la complicitĂ© de son Ă©pouse), notamment grâce Ă  la dĂ©liquescence de son apparence rachitique dĂ©shĂ©ritĂ©e d'un regard hagard ! Quant Ă  la dĂ©couverte des victimes liquĂ©fiĂ©es ou surtout momifiĂ©es que Tobe Hooper reprendra dans le très attachant Lifeforce, on peut Ă©galement vanter la qualitĂ© artisanale des effets-spĂ©ciaux, et ce jusqu'Ă  l'apparence tentaculaire (et non caoutchouteuse) de la chose rĂ©duite Ă  un amas d'organes lors d'un final en mode "Catastrophe". Si cette seconde partie autrement suggĂ©rĂ©e, moins terrifiante et immersive, se focalise sur les dĂ©ambulations urbaines du monstre un peu plus discret Ă  l'Ă©cran, Val Guest parvient pour autant Ă  gĂ©rer le suspense grâce Ă  son adroite mise en scène et une narration planifiĂ©e parvenant encore Ă  surprendre quant Ă  l'apparence disproportionnĂ©e du monstre polymorphe. Et ce jusqu'Ă  son Ă©pilogue pour autant pessimiste Ă©voquant une rĂ©flexion sur les dangers du progrès technologique Ă  des fins scientifiques, Quatermass nous annonçant l'envoi d'une nouvelle fusĂ©e dans l'espace en guise d'orgueil.


Premier grand classique de la Hammer qui permettra Ă  la firme de percer dans l'horreur de manière encore plus couillue et flamboyante (sexe et gore en sus en version technicolor !), le Monstre n'a rien perdu de son impact visuel Ă  crĂ©dibiliser un rĂ©cit de science-fiction oĂą l'horreur des situations s'avère encore aujourd'hui effrayante et malsaine. Et dans ce domaine, on peut largement applaudir le jeu subtilement viscĂ©ral de l'acteur mutique Richard Wordsworth littĂ©ralement transi de mal-ĂŞtre en zombie vĂ©gĂ©tale. 

Eric Binford
3èx

mardi 22 août 2017

...ET LE VENT APPORTA LA VIOLENCE...

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

"E Dio disse a Caino..." de Antonio Margheriti. 1970. Italie/Allemagne de l'Ouest. 1h34. Avec Klaus Kinski, Peter Carsten, Marcella Michelangeli |

Sortie salles France: 30 Décembre 1970. Italie: 5 février 1970

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Western mythique s'il en est, de par son atmosphère crĂ©pusculaire aux confins de l'horreur gothique et de la prĂ©sence magnĂ©tique de Klaus Kinski d'un flegme imperturbable, Et le vent apporta la violence Ă©lève le film d'ambiance Ă  son firmament. Après 10 ans de bagne, Gary Hamilton retrouve enfin sa libertĂ© après avoir Ă©tĂ© graciĂ© par la justice. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  se venger auprès des responsables de son injuste condamnation, il retourne dans son village pour abattre tous les sbires son ancien ami, Acombar, aujourd'hui ennemi jurĂ© d'une ignoble trahison. Baignant dans une dĂ©licieuse atmosphère d'Ă©trangetĂ© sous l'impulsion d'une tempĂŞte d'outre-tombe, second rĂ´le Ă©thĂ©rĂ© de l'histoire, Et le vent apporta la violence nous immerge de plein fouet dans une ambiance d'isolation au sein d'un village maudit. De par la complicitĂ© vĂ©nale de tous les responsables de la rĂ©clusion d'Hamilton et de l'intrusion soudaine de ce dernier dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les exterminer un Ă  un. Abordant le thème de la vengeance dans sa reprĂ©sentation la plus vĂ©reuse si bien que dès le dĂ©part Hamilton autrefois innocent nous exprime ouvertement sa damnation depuis sa motivation punitive, Antonio Margheriti fignole le cadre sĂ©pulcrale de sa tragĂ©die macabre.


En brossant également les profils des seconds-rôles couards davantage gagnés par la peur du trépas (notamment l'ancienne maîtresse d'Hamilton incapable de canaliser ses affres au moment des retrouvailles !), voir même le remord ostensiblement avoué chez l'un d'eux ou autrement tacite du point de vue d'Acombar hanté de culpabilité. Mais au préalable, Margheriti développe lestement le cas docile du fils de celui-ci s'efforçant de découvrir la vérité sur l'étranger depuis sa longue absence au village. Le seul personnage véritablement candide de l'histoire mais pour autant contraint de céder in extremis à la trahison et à la corruption afin de préserver l'honneur de sa famille. Cette intensité dramatique qui émane du désarroi d'antagonistes impliqués dans un redoutable enjeu de survie permet à l'intrigue de redoubler d'efficacité sous le pilier de leur psychologie fébrile. Quand aux somptueux décors domestiques d'un gothisme inopinément flamboyant, on se croirait dans une oeuvre baroque de Roger Corman durant sa période florissante des adaptations de Poe, quand bien même Kinski perdure à traîner sa dégaine rigide à l'instar d'un fantôme errant sous l'acuité du regard impassible ! (notamment ses jeux de miroir invoqués sur sa présence ubique lors d'une ultime confrontation à la lisière du surnaturel !)


Modeste sĂ©rie B transfigurĂ©e par la permĂ©abilitĂ© de son esthĂ©tisme mortifère et l'intensitĂ© d'une intrigue vĂ©nĂ©neuse auquel personne ne pourra accoster la rĂ©demption, Et le vent apporta la violence confine au chef-d'oeuvre du western crĂ©pusculaire, poème tragique sur l'engrenage de la vengeance habitĂ© par un Kinski aussi bien hypnotique qu'Ă©trangement ambigu. 

Bruno Dussart
3èx

...Et le vent apporta la violence...
...Et Dieu dit Ă  CaĂŻn:
par ton crime tu as crĂ©e le mal 
et le sang versé retombera sur toi
et sur ta descendance qui ira 
errante et vagabonde sur la terre. 

lundi 21 août 2017

LE CLAN DE LA CAVERNE DES OURS

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Clan of the Cave Bear" de Michael Chapman. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Daryl Hannah, Emme Floria, Pamela Reed, James Remar, Thomas G. Waites, John Doolittle, Curtis Armstrong.

Sortie salles France: 6 Août 1986. U.S: 17 Janvier 1986

FILMOGRAPHIE: Michael Chapman est un directeur de la photographie américain, né le 21 novembre 1935 (81 ans) à Wellesley, Massachusetts. Il est aussi acteur, opérateur caméra, réalisateur.1983 : L'Esprit d'équipe. 1986 : Le Clan de la caverne des ours. 1986 : Annihilator, le destructeur. 1995 : The Viking Sagas.


Echec public lors de sa sortie en salles et sombrĂ© dans l'oubli depuis son exploitation Vhs locative, Le Clan de la Caverne des ours s'inspire du chef-d'oeuvre de Jean Jacques Annaud pour mettre en exergue un rĂ©cit d'aventures prĂ©historiques truffĂ© d'Ă©motions, et ce mĂŞme s'il cède parfois Ă  la naĂŻvetĂ© des bons sentiments. En toute simplicitĂ©, le rĂ©cit retrace le pĂ©riple ardu de Ayla, petite orpheline chaudement recueillie par le clan de la caverne des ours après la mort accidentelle de sa mère. Parvenant Ă  se faire une place au sein du groupe, elle est toutefois discrĂ©ditĂ©e par le fils du chef, Broud, n'hĂ©sitant pas Ă  moult reprises Ă  la violer. ArmĂ©e de courage et de dĂ©sir d'Ă©mancipation, elle va tenter d'imposer sa dignitĂ© et ses valeurs durant sa quĂŞte identitaire. Sous le moule de la sĂ©rie B ludique dĂ©nuĂ©e de prĂ©tentions, Michael chapman n'a pas pour ambition de singer le modèle d'Annaud en dĂ©pit de quelques thèmes similaires dĂ©noncĂ©s (la condition de la femme au sein d'un peuple machiste ultra conservateur et les viols qu'ils perpĂ©tuent dans l'impunitĂ©) si bien qu'il s'intĂ©resse ici Ă  nous dĂ©crire la vie moderne des hommes de cro-magnon durant la pĂ©riode du PalĂ©olithique moyen.


Bien conscient de ses moyens prĂ©caires Ă  authentifier sa scĂ©nographie prĂ©historique mais pour autant rehaussĂ© des magnifiques dĂ©cors naturels du Canada (photo saturĂ©e Ă  l'appui), le rĂ©alisateur lĂ©sine sur l'esbroufe (en dĂ©pit d'une Ă©tonnante scène de combat avec un ours !) pour se concentrer avec attention et chaleur humaine sur les conditions de vie primitives d'un clan en apprentissage existentiel. Et ce sous l'impulsion d'une hĂ©roĂŻne en herbe peu Ă  peu farouche et maternelle. Car curieuse, pĂ©dagogue et avide de libertĂ©, Ayla va y transgresser quelques règles, ce qui aura comme consĂ©quence une nouvelle prise de conscience (plus tolĂ©rante) de la part du clan après avoir Ă©tĂ© sujette au châtiment et Ă  l'exclusion. Par le biais de cette icone subversive, Michael Chapman nous dresse un joli portrait de femme rebelle que la charmante Darryl Hannah insuffle avec une belle dignitĂ©. Les autres seconds-rĂ´les particulièrement attachants dans leur dynamique de groupe se prĂŞtant au jeu du mimĂ©tisme et du langage inaudible (les paroles sont sous-titrĂ©es en français dans la VO) avec un brin de naĂŻvetĂ© non dĂ©nuĂ© de charme et parfois mĂŞme d'intensitĂ©.


EpaulĂ© du score lyrique et Ă©motif d'Alan Silvestri sous le pilier d'une honnĂŞte distribution, Le clan de la caverne des ours parvient Ă  sĂ©duire Ă  travers un joli rĂ©cit d'aventures militant pour la sagesse, l'enseignement et la tolĂ©rance du point de vue d'une affranchie en initiation de maturitĂ©. Sans prĂ©tention aucune car retranscrit avec autant de simplicitĂ© que de sincĂ©ritĂ© (d'oĂą son charme innocent qui y dĂ©coule !), il s'avère Ă  mon sens le meilleur succĂ©danĂ© de (l'inĂ©galĂ©) la Guerre du Feu. 

P.S: Le dvd édité chez TF1 ne comportant pas de VOSTFR, il faut donc se rabattre sur sa VF absconse car non sous-titrée.

Bruno Matéï
2èx

vendredi 18 août 2017

HIGHT SPIRITS

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Neil Jordan. 1988. Angleterre/U.S.A. 1h39 Avec Steve Guttenberg, Daryl Hannah, Peter O'Toole, Beverly D'Angelo, Liam Neeson, Martin Ferrero, Jennifer Tilly.

Sortie salles France: 18 Janvier 1989. U.S.A: 18 Novembre 1988

FILMOGRAPHIE: Neil Jordan est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain irlandais, nĂ© le 25 FĂ©vrier 1950 Ă  Sligo. 1982: Angel. 1984: La Compagnie des Loups. 1986: Mona Lisa. 1988: High Spirits. 1989: Nous ne sommes pas des Anges. 1991: L'Etrangère. 1992: The Crying Game. 1994: Entretien avec un Vampire. 1996: Michael Collins. 1997: The Butcher Boy. 1999: PrĂ©monitions. 1999: La Fin d'une Liaison. 2002: L'Homme de la Riviera. 2005: Breakfast on Pluto. 2007: A vif. 2009: Ondine. 2012: Byzantium. 


Echec public lors de sa discrète sortie en salles alors qu'il s'agissait de l'unique incursion de Neil Jordan dans la comĂ©die, High Spirits conjugue avec une bonne humeur souvent expansive cocasserie et fantastique Ă  travers le thème des esprits (farceurs). OubliĂ© Ă  tort depuis sa confection et peu diffusĂ© Ă  la TV, High Spirits empreinte le schĂ©ma de la sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e au travers d'une intrigue sommaire riche en quiproquos, incidents surnaturels et Ă©treintes amoureuses. Neil Jordan s'appliquant avec intĂ©gritĂ© Ă  nous relater les vicissitudes d'une poignĂ©e de touristes dĂ©barquĂ©s au sein d'un manoir sclĂ©rosĂ©. Le propriĂ©taire des lieux alcoolo et au bord du suicide (que le cabotin Peter O'Toole campe avec une irrĂ©sistible dĂ©rision !) s'Ă©vertuant Ă  sĂ©duire sa frĂŞle clientèle par l'entremise de fantĂ´mes risibles que lui et ses comparses ont mis au point Ă  l'aide de trucages vieux comme le monde. 


Seulement, après avoir cernĂ© la supercherie, les hĂ´tes vont soudainement se confronter Ă  de vĂ©ritables fantĂ´mes; quand bien mĂŞme Jack Crawford va profiter de son idylle naissante avec une revenante afin de fuir son Ă©pouse acariâtre ! A travers cette intrigue simpliste plutĂ´t redondante il faut l'avouer dans ses jeux de drague que s'Ă©changent un couple de fantĂ´mes avec un couple d'humains, High Spirits amuse pour autant la galerie sous l'impulsion de gags pittoresques qu'une foule d'acteurs enchaĂ®nent avec exubĂ©rance contagieuse. Si la première demi-heure, la plus rĂ©ussie dans sa dĂ©marche autoparodique, privilĂ©gie les situations comiques avec inventivitĂ© et vigueur effrĂ©nĂ©es, la suite s'oriente plus du cĂ´tĂ© de la romance Ă  travers les charmants duos que forment Steve Guttenberg Daryl Hannah et Beverly D'Angelo / Liam Neeson (Ă  ses touts dĂ©buts dans une prestance subalterne) s'efforçant mutuellement d'adhĂ©rer Ă  l'amour surnaturel. Bien que Neil Jordan abuse de temps Ă  autre d'une esbroufe parfois gratuite par le biais d'effets-spĂ©ciaux nĂ©anmoins rĂ©ussis, on lui pardonne ses facilitĂ©s tant l'insolence des Ă©vènements surnaturels nous amusent constamment avec un esprit vintage (notamment ses dĂ©cors marins de carton pâte se matĂ©rialisant soudainement sous nos yeux !). 


En dĂ©pit d'un rythme parfois dĂ©faillant saupoudrĂ© de quelques longueurs et d'un scĂ©nario Ă  la fois linĂ©aire et sans surprise (on devine aisĂ©ment l'issue finale pour les 2 couples en ascension amoureuse), High Spirits parvient Ă  distraire avec une simplicitĂ© aussi charmante qu'attendrissante. Sa modeste rĂ©ussite rĂ©sidant surtout dans la complicitĂ© festive des comĂ©diens d'une spontanĂ©itĂ© et d'une fraĂ®cheur galvanisantes (jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les pĂ©tillants de naĂŻvetĂ© - Meg Tilly en tĂŞte ! -). Enfin, tout en s'attachant peu Ă  peu Ă  l'onirisme candide d'une romance improbable, on se laisse aussi enivrer par l'esthĂ©tisme gothique du vaste manoir confinĂ© Ă  proximitĂ© d'une nature crĂ©pusculaire. 

Bruno Dussart
3èx

jeudi 17 août 2017

ELLE S'APPELAIT SCORPION

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bĂ´ / Female Convict Scorpion Jailhouse 41" de Shunya Ito. 1972. Japon. 1h28. Meiko Kaji, Fumio Watanabe, Kayoko Shiraishi, Yukie Kagawa.

Sortie salles Japon: 30 Décembre 1972. France: 22 April 2011 (Lyon Festival Hallucinations Collectives)

FILMOGRAPHIEShun’ya ItĹŤ (伊藤 俊也, ItĹŤ Shun’ya?) est un rĂ©alisateur japonais nĂ© le 17 FĂ©vrier 1937. 1972 : La femme scorpion. 1972 : Elle s'appelait scorpion. 1973 : La tanière de la bĂŞte. 1982 : Piège pour un Kidnapper. 1985 : Gray Sunset. 1988 : Labyrinth of Flower Garden. 1995 : Adieu, Nostradamus ! 1998 : Pride: The Fateful Moment.


Second volet d'une saga légendaire de 6 films et considéré comme le plus réussi, Elle s'appelait Scorpion empreinte le schéma du WIP ("women in prison") avant de bifurquer fissa vers le rape and revenge et le survival lorsqu'une poignée de prisonnières parviennent à s'échapper de leur geôle grâce à la complicité de l'indomptable Matsu. Une détenue tête de turc passée maître dans l'art de l'évasion mais pour autant molestée par ses propres rivales jouant l'indépendance à travers leur haine, leur jalousie, leur rancoeur et leur vengeance. Durant un houleux périple, elles n'auront de cesse de s'opposer à la police et aux gardiens lancés à leur trousse quand bien même les touristes d'un car vont leur servir d'otages afin de déjouer un barrage.


Sous le moule d'une sĂ©rie B d'exploitation alternant Ă  rythme mĂ©tronomique, sĂ©vices corporels, viols, humiliations et règlements de compte sanglants entre dĂ©tenues et gynophobes (le terme est on ne peut mieux appropriĂ© !), Elle s'appelait Scorpion aurait pu sombrer dans le produit lambda si la mise en scène hyper stylisĂ©e n'avait su faire preuve d'autant de fulgurances visuelles, Ă  mi-chemin de la bande dessinĂ©e, du western et du conte moderne. VĂ©ritable trip expĂ©rimental baignant dans un onirisme baroque, notamment de par ses dĂ©cors gĂ©omĂ©triques, Elle s'appelait Scorpion se vit Ă  l'instar d'un rĂŞve Ă©veillĂ© sous la mainmise d'une anti-hĂ©roĂŻne mutique (elle prononce Ă  peine 3 phrases durant tout le mĂ©trage !) que campe avec pudeur la troublante Meiko Kaji. Sa prĂ©sence spectrale inscrite dans le non-dit et l'intensitĂ© de son regard impassible restant une Ă©nigme chez le spectateur incapable d'en dĂ©fricher sa vĂ©ritable identitĂ©. Cruel, cynique et ultra violent, le rĂ©cit suggère la mĂ©taphore sur l'Ă©mancipation fĂ©minine lorsque ces dernières sont traitĂ©es comme du bĂ©tail par des machistes sans vergogne. A cet Ă©gard, la ligue fĂ©ministe devrait s'en rĂ©jouir puisque tous les protagonistes mâles qu'on nous prĂ©sentent outrancièrement s'avèrent des ordures libidineuses n'hĂ©sitant pas d'autre part Ă  bafouer leur dĂ©ontologie pour mieux parvenir Ă  leurs fins. Tandis que les fugitives, assoiffĂ©es de haine et de libertĂ©, n'hĂ©siteront pas Ă  recourir Ă  la vendetta expĂ©ditive durant leur traque de survie.  


Prenant Ă  contre pied la norme du divertissement jouissif, Elle s'appelait Scorpion opte pour les ruptures de ton, l'expressionnisme baroque (photo contrastĂ©e Ă  l'appui) et les expĂ©rimentations alambiquĂ©es afin de perdre sens et repères du spectateur embarquĂ© dans une sĂ©rie B hybride quasi surnaturelle. A la lisière de la fĂ©erie macabre mais plutĂ´t difficile d'accès, cette perle culte au pouvoir de fascination subtilement trouble et capiteux porte la signature du talent personnel de Shun’ya ItĹŤ.

Bruno Dussart
2èx

mercredi 16 août 2017

UNE MESSE POUR DRACULA

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com


"Taste the Blood of Dracula" de Peter Sasdy. 1970. Angleterre. 1h31. Avec Christopher Lee, Geoffrey Keen, Gwen Watford, Linda Hayden, Peter Sallis, Anthony Corlan, Isla Blair.

Sortie salles France: 7 Octobre 1970. U.S: 7 Juin 1970

FILMOGRAPHIEPeter Sasdy est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 27 mai 1935 Ă  Budapest. 1970 : Une messe pour Dracula. 1971 : La Fille de Jack l'Éventreur. 1971 : Comtesse Dracula. 1972 : Doomwatch. 1973 : Nothing But the Night. 1975 : Evil Baby. 1983 : The Lonely Lady.


Suite directe de Dracula et les femmes, Une messe pour Dracula est le 5è volet consacrĂ© au prince des tĂ©nèbres que Peter Sasdy dirige pour la première fois sous l'Ă©gide de la Hammer. A partir d'un scĂ©nario assez faiblard mais non exempt d'originalitĂ©, Ă  l'instar de cette sĂ©ance envoĂ»tĂ©e de messe noire plutĂ´t malsaine et Ă  la rĂ©surrection qui s'ensuit, Une Messe pour Dracula est transcendĂ© par l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation scrupuleuse oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, par sa fulgurance gothique traversĂ©e d'images picturales Ă  damner un saint, et d'un jeu d'acteurs parfaitement impliquĂ©s dans leur pĂ©riple de survie oĂą le dĂ©sarroi gagne du terrain. En gros, trois notables plutĂ´t dĂ©vergondĂ©s (on les rencontre de prime abord dans un bordel de catins aux poitrines ouvertement opulentes) se laissent influencer par un Lord adepte d'une messe noire bien spĂ©cifique. Car au sein d'une Ă©glise dĂ©catie, ce dernier a pour ambition de rĂ©animer le prince des tĂ©nèbres parmi leur frĂŞle complicitĂ©. Mais la sĂ©ance tourne au fiasco lorsque les hĂ´tes terrorisĂ©s Ă  l'idĂ©e de boire le sang de Dracula cèdent Ă  la panique quand bien mĂŞme le lord s'empresse d'ingurgiter lui mĂŞme la potion avant d'ĂŞtre pris de convulsions.


C'est alors que ces derniers se ruent sur lui pour le battre Ă  mort. Quelques jours après le drame, et alors que chacun des coupables se confinent dans le mutisme (voir l'alcoolisme pour l'un d'entre eux) au sein de leur foyer, Dracula parvient toutefois Ă  renaĂ®tre de ses cendres en prenant possession du corps du Lord Courtley. Uniquement bâti sur la vengeance de Dracula dĂ©libĂ©rĂ© Ă  venger la mort de son serviteur auprès des responsables, Une messe pour Dracula parvient pour autant Ă  captiver grâce Ă  la corruption de ces trois criminels rongĂ©s par le remord et l'angoisse de passer sous les verrous quand bien mĂŞme les seconds-rĂ´les fĂ©minins assujettis au prince font preuve d'un charme vĂ©nĂ©neux dans leur posture pernicieuse. Bien Ă©videmment, chacun des trois coupables pĂ©rira de manière aussi cruelle que perfide si bien que Dracula utilise Ă  chaque fois la complicitĂ© de ses maĂ®tresses sous l'impulsion de l'hypnose. Une fois de plus, dans sa stature tĂ©nĂ©breuse et longiligne, Christopher Lee crève l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions spectrales. Peter Sasdy cadrant l'acteur affublĂ© d'une longue cape noire de manière stylisĂ©e afin de rehausser l'aspect surnaturel de sa prĂ©sence sĂ©pulcrale.


SĂ©rie B d'exploitation transfigurĂ©e par un esthĂ©tisme flamboyant (plusieurs images picturales sont franchement sublimes sous la lumière d'une photo sĂ©pia), une rĂ©alisation efficace et le talent spontanĂ© de comĂ©diens dandy, Une Messe pour Dracula fascine irrĂ©mĂ©diablement au sein d'une narration classique tantĂ´t audacieuse par son climat malsain (la longue sĂ©ance de messe noire s'avère le moment le plus intense et inquiĂ©tant, notamment auprès de sa poĂ©sie macabre !), son onirisme expĂ©rimental loin d'ĂŞtre banal (la mort vertigineuse de Dracula !) et enfin son Ă©rotisme dĂ©monstratif (la sĂ©quence du bordel) qui lui vaudra Ă  l'Ă©poque quelques vĂ©tilles avec dame censure. 

Bruno Dussart
2èx

mardi 15 août 2017

DEUX YEUX MALEFIQUES

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

"Due occhi diabolici / Two Evil Eyes" de George A. Romero et Dario Argento. 1990. U.S.A/Italie. 1h59. Avec Adrienne Barbeau, Ramy Zada, Bingo O'Malley, Jeff Howell, Harvey Keitel, Madeleine Potter, John Amos, Sally Kirkland, Kim Hunter.

Sortie salles France : 8 juillet 1992. États-Unis : 25 octobre 1991. Italie : 25 janvier 1990

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.
George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York, et décédé le 16 juillet 2017 à Toronto. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


InspirĂ© de deux nouvelles d'Edgar Allan Poe, les maĂ®tres de l'horreur George A. Romero et Dario Argento s'Ă©taient rĂ©unis en 1990 pour un diptyque. A savoir la conjugaison de deux segments d'une durĂ©e de 55 minutes chacune, pour le meilleur et le moins bon. On commence donc avec le plus faible, La VĂ©ritĂ© sur le cas de Monsieur Valdemar que George Romero nous emballe sans trop de fougue en dĂ©pit de l'originalitĂ© d'un pitch dĂ©jĂ  beaucoup mieux traitĂ© dans le formidable Empire de la Terreur de Roger Corman (saisissante interprĂ©tation de Vincent Price en sus dans le rĂ´le Ă©ponyme !). En gros, un couple d'amants tente d'escroquer le mari alitĂ© par le pouvoir de l'hypnose. Seulement, alors qu'ils salivent d'impatience Ă  empocher l'hĂ©ritage, ce dernier succombe prĂ©maturĂ©ment Ă  sa maladie. Ce qui remet en question le complot machiavĂ©lique des amants maudits. Au-delĂ  du jeu parfaitement convaincant de Ramy Zada (en amant meurtrier burnĂ©) et d'Adrienne Barbeau (en complice pleutre hantĂ©e par le remord), La vĂ©ritĂ© sur le cas de Mr Valdamar peine Ă  insuffler de l'intensitĂ© dans son rĂ©cit macabre faisant intervenir au terme la figure du mort-vivant (une sĂ©quence d'autant plus fade dans son effet de surprise recherchĂ© !). Toutefois mis en scène avec un certain savoir-faire par son ambiance d'Ă©trangetĂ© quelque peu palpable, ce sketch se suit sans dĂ©plaisir et Ă©veille mĂŞme la stupeur lors d'une scène gore incroyablement percutante que Tom Savini transcende avec son habituel professionnalisme.


Le second sketch, le Chat Noir nous illustre la dĂ©rive meurtrière d'un photographe Ă  sensations superbement campĂ© par un Harvey Keitel transi de fascination morbide, et ce avant de succomber au vice le plus rĂ©prĂ©hensible ! En collaboration avec la police, il opère les clichĂ©s de victimes retrouvĂ©es sauvagement agressĂ©es sur la scène du crime mais finit peu Ă  peu par se laisser sĂ©duire par le vertige du voyeurisme malsain ! Par l'entremise de cette dĂ©viance immorale, Savini nous concocte quelques visions horrifiques du plus bel effet ! Vivant paisiblement avec sa maĂ®tresse, Roderick Fisher est aujourd'hui agacĂ© par l'intrusion d'un chat que celle-ci vient d'adopter. De plus en plus soupe au lait car irritĂ© par son omniprĂ©sence, il dĂ©cide de se dĂ©barrasser de l'animal avant de sombrer dans une folie meurtrière. Original, dĂ©bridĂ© (notamment ce cauchemar Ă©veillĂ© que ce dernier subit durant l'Ă©poque mĂ©diĂ©vale en guise de châtiment !), pervers et sadique, Le Chat Noir est menĂ© sur un rythme sans faille sous l'impulsion orgueilleuse d'un Harvey Keitel aussi bien dĂ©testable que couard ! EmaillĂ© de scènes chocs une fois de plus incisives et très sanglantes, ce rĂ©cit dĂ©pravĂ© illustrant la dĂ©chĂ©ance sadique du photographe obsĂ©dĂ© par la superstition du chat captive jusqu'Ă  sa chute prĂ©visible mais pour autant dĂ©tonante lorsque Dario Argento y apporte Ă  nouveau sa patte personnelle Ă  une conclusion dĂ©jĂ  connue. Car nonobstant une partition franchement peu inspirĂ©e, pour ne pas dire inadĂ©quate, le Chat Noir nous entraĂ®ne dans une vĂ©nĂ©neuse descente aux enfers parmi la compagnie secondaire de chats dĂ©lĂ©tères dans leur esprit de revanche.


Si Deux yeux malĂ©fiques n'est pas le sommet horrifique escomptĂ© de la part des deux grands maĂ®tres, le segment du Chat Noir s'avère suffisamment ludique, audacieux, fou et surtout redoutablement pervers sous l'impulsion viciĂ©e d'Argento et Keitel en Ă©troite complicitĂ© dĂ©moniaque.  

Eric Binford.
3èx

lundi 14 août 2017

Hurlements / The Howling. Prix de la Critique, Avoriaz 81.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemovies.fr
 
de Joe Dante. 1980. U.S.A. 1h30. Avec Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens, Elisabeth Brooks, Robert Picardo.

Sortie salles France: 21 Janvier 1981. U.S: 10 Avril 1980

FILMOGRAPHIEJoe Dante (nĂ© le 28 novembre 1946 Ă  Middletown, New Jersey) est un critique, scĂ©nariste, monteur, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. Son plus grand succès populaire est, Ă  ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-rĂ©alisĂ© avec Allan Arkush 1978 : Piranhas (Piranha),1981: Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième Ă©pisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure IntĂ©rieure. 989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle gĂ©nĂ©ration (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent Ă  l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound 2010 : The Hole. 2014: Burying the ex

 
"Le loup selon Joe Dante". 
Trois ans après Piranhas, dĂ©marquage semi-parodique des Dents de la mer, Joe Dante livre avec Hurlements sa dĂ©claration d’amour au mythe du loup-garou, dĂ©poussiĂ©rĂ© ici dans un contexte contemporain. SaupoudrĂ©e d’humour noir et de clins d’Ĺ“il, cette rĂ©fĂ©rence du fantastique moderne doit aussi son salut au talent respectif des maquilleurs Rob Bottin et Rick Baker. Plus de quarante ans après sa sortie et son trophĂ©e Ă  Avoriaz (Prix de la critique !), Hurlements resplendit encore par sa capacitĂ© Ă  nous faire croire Ă  l’existence du lycanthrope — sans effets de manche.

Le pitch : une Ă©minente journaliste, Karen White, doit rencontrer le mystĂ©rieux Eddie Quist, soupçonnĂ© de meurtre. La rencontre a lieu dans un sex-shop ; confinĂ©e dans une cabine, Karen se retrouve face Ă  lui. Vision d’horreur. Panique. Elle appelle Ă  l’aide. Un vĂ©hicule de police patrouillait non loin ; un agent intervient, tire, et abat froidement l’assaillant. TraumatisĂ©e, amnĂ©sique, Karen est envoyĂ©e avec son Ă©poux dans un centre de thĂ©rapie sous l’autoritĂ© du Dr George Waggner.

Sorti la mĂŞme annĂ©e que Le Loup-Garou de Londres, Hurlements partage avec son jumeau une certaine paritĂ© d’intentions : esprit sarcastique, humour noir (satire de l’addiction carnivore, reflet de l’instinct sauvage enfoui en chaque homme), contexte moderne pour ressusciter une figure mythique, et effets spĂ©ciaux rĂ©volutionnaires aussi bluffants que percutants.

Si ce joyau de sĂ©rie B demeure aussi envoĂ»tant, c’est autant pour sa maĂ®trise formelle que pour ses scènes chocs, parfois cruelles (les morts inopinĂ©es de deux personnages marquants), et pour la caractĂ©risation ironique d’antagonistes retors — Ă  l’image du Dr Waggner, campĂ© avec aplomb par Patrick Macnee, psychologue bienveillant en apparence, qui aide ses patients Ă  canaliser leurs pulsions… meurtrières. Car nos loups-garous, depuis l’avènement de la civilisation moderne, sont contraints de rĂ©primer leur instinct de chasseurs pour se contenter de consommer du bĂ©tail. Mais les plus anarchistes d’entre eux bafouent ces règles pour cĂ©der Ă  leur besoin primal de chair humaine.

Visuellement, les dĂ©cors champĂŞtres d’une forĂŞt embrumĂ©e, la photographie saturĂ©e d’azur et d’oranges transfigurent l’ensemble en un crĂ©puscule fantastique, Ă  la lisière du rĂŞve.

Aussi simple que solidement construite, la narration diffuse une angoisse envoĂ»tante, surtout durant les sĂ©quences nocturnes, portĂ©e par une partition intense de Pino Donaggio. Les FX artisanaux — jamais gratuits — Ă©mergent du parcours des personnages en quĂŞte de vĂ©ritĂ©. La transformation d’Eddie en lycanthrope, lente, progressive, reste un moment d’anthologie : un modèle de rĂ©alisme, une scène saisissante, contemplĂ©e par une victime catatonique, fascinĂ©e, terrorisĂ©e.

Le climat d’Ă©pouvante, renforcĂ© par le dĂ©sarroi des hĂ©roĂŻnes en investigation, s’intensifie au fil des hurlements surgis du fond de la forĂŞt — autant d’Ă©chos d’une prĂ©sence invisible mais tapie. Outre cette ambiance ouatĂ©e, capiteuse, presque sensuelle, surgit une scène restĂ©e cĂ©lèbre : l’Ă©treinte torride des amants infidèles sous une pleine lune.

Les comĂ©diens, principaux et seconds couteaux (les briscards John Carradine, Dick Miller, Kevin McCarthy, l’envoĂ»tante et provocante Belinda Balaski, ou encore le placide Patrick Macnee) offrent une belle alchimie dans cette galerie de personnages tantĂ´t rassurants, tantĂ´t cyniques, notamment au sein de la colonie. Quant Ă  Dee Wallace — que je n’ai jamais trouvĂ©e aussi charmante et glamour — elle vole presque la vedette, incarnant avec justesse la fragilitĂ© d’une amnĂ©sique en proie au surnaturel avant son ultime hurlement poignant, rĂ©sonnant comme un cri du cĹ“ur inoubliable. 

 
"Hurlements, ou l’art du frisson artisanal".
DirigĂ© avec soin par un cinĂ©aste transi d’amour pour son bestiaire lycanthrope, Hurlements s’impose comme une rĂ©fĂ©rence incontournable du cinĂ©ma de genre. Un conte horrifique d’une modernitĂ© fascinante, portĂ© par une dynamique de groupe Ă©tonnamment attachante. Reste Ă  savoir qui, un jour, parviendra Ă  transcender — sinon Ă©galer — cet artisanat fĂ©roce (aussi bien du cĂ´tĂ© du rĂ©alisateur que de ses techniciens). Car les chefs-d’Ĺ“uvre sont inoxydables, et Hurlements, Ă  l’instar du Loup-Garou de Londres ou de La Nuit du Loup-Garou, n’a nul besoin de rougir face Ă  ses congĂ©nères.

Pour la petite anecdote personnelle : Hurlements fut mon tout premier film d’horreur vu en salle, un mardi après-midi de congĂ© scolaire, en compagnie de ma tante. Un traumatisme fascinatoire inĂ©galĂ© — Ă  l’exception peut-ĂŞtre de Frayeurs et L’Exorciste.

*Bruno
 
25.04.12 (273 V)
14/08/17
31.07.23. 10èx

Récompense: Prix de la Critique à Avoriaz 1981

vendredi 11 août 2017

HALLUCINATIONS

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

"The Comeback" de Pete Walker. 1978. Angleterre. 1h30. Avec Jack Jones, Pamela Stephenson, David Doyle, Bill Owen, Sheila Keith.

Sortie salles Angleterre: 16 Juin 1978

FILMOGRAPHIEPete Walker est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© en 1939 Ă  Brighton. 1968: l'Ecole du sexe, For men only, 1970: Cool, c'est Carol, 1971: Man of violence, Die Screaming, Marianne, 1972: Quatre dimensions de Greta, le Théâtre de l'angoisse, 1973: Tiffany Jones, 1974: Flagellations, Frightmare, 1976: The Confessionnal, Schizo, 1978: Hallucinations, 1979: Home Before Midnight, 1983: House of the long shadows.


Petit artisan brittish du B movie horrifique ayant principalement sĂ©vi dans les annĂ©es 70 (si on excepte son sympathique House of the Long Shadows tournĂ© en 83), Pete Walker rĂ©alise en 1978 l'un de ses meilleurs films avec Hallucinations. Un thriller Ă  suspense mâtinĂ© de psycho-killer alors que la mĂŞme annĂ©e sort sur les Ă©crans son modèle du genre, Halloween. En mal de notoriĂ©tĂ© depuis 6 ans d'absence, un chanteur tente de remonter sur scène après son divorce conjugal. SĂ©journant dans une vieille bâtisse louĂ©e par un couple de retraitĂ©s, Nick Cooper est sujet Ă  de mystĂ©rieuses hallucinations durant certaines nuits, après quoi des gĂ©missements infantiles lui martèlent l'esprit. Un peu plus tĂ´t (face Ă  notre unique tĂ©moignage !), un tueur affublĂ© d'un masque de sorcière venait d'assassiner son ex femme dans son ancienne demeure ! Modeste sĂ©rie B horrifique imprĂ©gnĂ©e d'angoisse latente de par les cloisons audibles d'une demeure gothique, Hallucinations cultive un suspense soutenu par le truchement d'une intrigue simpliste pour autant efficace.


Car jonglant non sans savoir-faire avec les clichĂ©s des Ă©ventuels suspects et faux coupables et de la fameuse prĂ©sence hostile prĂŞte Ă  alpaguer sa proie, Pete Walker s'entoure notamment d'un casting tout Ă  fait attachant afin de renchĂ©rir ce whodunit Ă©maillĂ© de visions putrides que n'aurait pas reniĂ© Fulci ou D'Amato ! Tant auprès de la ravissante et très sexy Pamela Stephenson en maĂ®tresse plutĂ´t prĂ©venante, de David doyle (Bosley de la sĂ©rie TV DrĂ´les de dames) en imprĂ©sario gentiment badin et bonnard, que de la prĂ©sence de Jack Jones en chanteur vieillissant tiraillĂ© par une psychose indĂ©crottable. Qui plus est, les deux meurtres sauvagement exĂ©cutĂ©s face camĂ©ra s'avèrent d'une grande violence avec l'appui d'un montage ultra dynamique ne lĂ©sinant pas sur les focus de plaies entaillĂ©es. Autant dire que les visions sanglantes complaisamment Ă©talĂ©es feront les choux gras des fans de Bis. Outre l'aspect ludique de ce psycho-killer sans prĂ©tention jouant en prime avec le thème de la hantise en soignant le cadre d'une demeure fĂ©tide, Hallucinations traduit scrupuleusement une ambiance d'insĂ©curitĂ© et de mystère feutrĂ© sous l'impulsion fragile de notre hĂ©ros en proie aux persĂ©cutions morales. Et si le final prĂ©visible peut un brin dĂ©cevoir quant Ă  l'identitĂ© du coupable, les tenants et aboutissants ainsi que ses motivations ne manquent pas de densitĂ© dramatique Spoil ! notamment si je me rĂ©fère Ă  l'influence que peut exercer la starisation auprès des fans. Fin du Spoil.


Efficace, agrĂ©ablement menĂ© et toujours attachant, Hallucinations laisse surtout en mĂ©moire une ambiance horrifico-putride permĂ©able comme seules les annĂ©es 70 et 80 Ă©taient capables d'en concevoir sous la mainmise d'un artisan intègre fĂ©ru d'amour du genre. A redĂ©couvrir ! 

Bruno Matéï
3èx