lundi 15 octobre 2018

Trauma / Burnt Offering

                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site t411.me
 
de Dan Curtis. 1976. U.S.A. 2h00. Avec Oliver Reed, Karen Black, Burgess Meredith, Bette Davis, Dub Taylor, Lee Montgomery, Eileen Heckart.

Sortie salles U.S: 25 Août 1976 (avant première). 18 Octobre 1976. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie). 1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).
 

« J’ai toujours pensé qu’il y avait, dans le phénomène des pressentiments, quelque chose de surnaturel qui, mieux observé, fournirait la preuve de l’immatérialité de l’âme. »

Le pitch : Pour un coût dérisoire, un couple, leur fils et sa tante emménagent dans une vaste bâtisse pour les congés d’été. Leur seule condition : s’occuper d’une octogénaire, propriétaire esseulée, recluse dans une chambre à l’étage. Peu à peu, d’étranges incidents viennent ébranler la tranquillité de la famille Rolfe.

La Maison du Diable, L’Emprise, L’Enfant du Diable, Les Innocents, Next of Kin, La Maison des Damnés, Shining, Le Cercle Infernal… Autant de chefs-d’œuvre immuables, maîtres dans l’art de faire trembler la maison hantée sous le joug du pouvoir de suggestion. Trauma s’y inscrit, joyau du film de hantise, aussi inextinguible que ses illustres homologues.
Score monocorde aux accents lourds et ombrageux, cadre bucolique d’une résidence séculaire en lisière de bois… Trauma insuffle, dès son prélude solaire, une fièvre d’étrangeté rampante. En orchestrant le mystère autour d’une chambre close, gardienne d’une vieille femme jamais aperçue, Dan Curtis façonne l’un des cauchemars surnaturels les plus oppressants, sous l’emprise d’une maison maudite.
Sans jamais dévoiler la silhouette de la propriétaire décrépite, il fait monter le suspense jusqu’à un climax tétanisant — vision cauchemardesque et anthologique, gravée dans les annales de l’effroi.

Entre-temps, Curtis prend soin de radiographier ses personnages, tous ébranlés par une succession d’incidents inexplicables. Sans esbroufe ni effets chocs gratuits, sans gore tapageur, Trauma palpite d’une tension viscérale, nourrie par la psychologie contrariée de ses protagonistes. Attachants par leur solidarité, mais faillibles, meurtris, comme “possédés” par l’esprit protéiforme de cette maison avide.
Une demeure ancienne qui semble vouloir se nourrir du fluide anxiogène de ses occupants, les vampiriser pour trouver, en retour, une "mère porteuse" et ainsi se régénérer dans la durée.

Porté par des comédiens habités, Trauma instille un sentiment d’insécurité permanent, qui finit par contaminer l’anxiété du spectateur. Oliver Reed, accablé, incarne un père aimant, mais dépassé, rongé par une dépression rampante et les bizarreries du quotidien. Lee Montgomery, adolescent à la dérive, endure les coups d’un père fragilisé et les griffes de la maison. Bette Davis, immense, joue une femme figée dans la dégénérescence. Quant à Karen Black, inoubliable, elle insuffle une obsession trouble, tiraillée entre son amour maternel et l’attirance morbide que lui inspire la demeure.


Derrière la porte, quelque chose vit...
En plus de marteler l’esprit par des séquences chocs (les apparitions du chauffeur au rictus malade, la mort sacrificielle de la tante, l’attaque des arbres qu’un certain Sam Raimi recyclera dans Evil Dead), Trauma frappe fort avec des scènes éprouvantes : l’agression du fils dans la piscine, la tentative de noyade par une force invisible...
Son intensité culmine dans un final nihiliste à la violence abrupte. L’aura malsaine des pièces closes, la pesanteur dépressive du climat, l’originalité organique de l’intrigue : autant d’éléments qui hissent Trauma au rang de référence absolue du fantastique vintage.

* Bruno
20.08.13. 6èx (694 v)

Dédicace à Christophe Colpaert (pour l'offrande de sa précieuse vostf !)

DistinctionsPrix du meilleur film d'horreur, meilleur réalisateur et meilleur second rôle féminin pour Bette Davis, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1977.
Prix du meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Burgess Meredith et meilleure actrice pour Karen Black, lors du Festival international du film de Catalogne en 1977.

vendredi 12 octobre 2018

La Bête tue de sang froid / Le Dernier train de la nuit / L'ultimo treno della notte

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Aldo Lado. 1975. Italie. 1h34 (version intégrale). Avec Flavio Bucci, Laura D'Angelo, Irene Miracle, Macha Méril, Gianfranco De Grassi, Enrico Maria Salerno.

Sortie salles France: 30 Août 1978. Italie: 8 Avril 1975

FILMOGRAPHIEAldo Lado est un réalisateur italien, né le 5 décembre 1934 à Fiume (Croatie).
1971: La corta notte delle bambole di vetro. 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La Drôle d'affaire. 1973 : Sepolta viva. 1974 : La cugina. 1975: La Bête tue de sang Froid. 1976 : L'ultima volta. 1978 : Il prigioniero (TV). 1979 : L'humanoïde. 1979 : Il était un musicien – Monsieur Mascagni. 1981 : La désobéissance. 1982 : La pietra di Marco Polo (TV). 1983 : La città di Miriam (TV). 1986 : I figli dell'ispettore (TV). 1987 : Sahara Heat ou Scirocco. 1990 : Rito d'amore. 1991 : La stella del parco (TV). 1992 : Alibi perfetto. 1993 : Venerdì nero. 1994 : La chance.

 
La Bête tue de sang froid – Train fantôme pour l’enfer.
Ersatz transalpin de La Dernière Maison sur la Gauche, La Bête tue de sang froid s’est forgé, au fil des décennies, une réputation presque aussi sulfureuse que le trauma initial infligé par Craven. Si Aldo Lado en reprend le canevas narratif pour revisiter le "rape and revenge", il parvient pourtant à s’en détacher en déplaçant l’action dans un huis clos ferroviaire et en esquissant le portrait empoisonné d’une bourgeoise sans scrupules. Prétendument affable, cette dernière entraîne deux marginaux dans une spirale de stupre crapuleuse. Sous son emprise retorse, les deux délinquants, issus de la classe ouvrière, se laissent séduire par sa stature altière pour commettre les pires exactions sur deux adolescentes.

Merveilleusement incarnée par une Macha Méril habitée par une perversité scopophile, sa présence viciée symbolise l’avilissement d’une bourgeoisie engluée dans son confort, son ennui, sa cupidité. À l’instar de ce témoin sexagénaire, respectable en apparence, soudain en proie à des pulsions voyeuristes jusqu’à s’inviter au viol collectif. Tableau pathétique d’une humanité rongée par ses instincts barbares et pervers, La Bête tue de sang froid est un voyage au bout de l’enfer : celui de deux étudiantes embarquées pour rentrer chez elles, mais piégées par un trio diabolique.

Dès l’instant où le piège se referme, Aldo Lado nous condamne au rôle de voyeur. L’angoisse naît du lieu clos - cette cabine étroite et irrespirable - où sévices et viols se répètent avec une violence glaçante, quasi insoutenable. L’atmosphère, rendue irrespirable, suinte des regards obscènes échangés entre l’inspiratrice et ses complices. Lors des actes les plus extrêmes, la lumière vire au bleu nocturne, baignant la scène dans un cauchemar baroque.

Une fois les crimes lâchement perpétrés, le film bascule dans la vengeance, avec l’intervention des parents d’une des victimes. Sur ce point crucial, la manière dont le trio parvient à s’introduire chez eux paraît plus crédible que chez Craven, tout comme le jeu d’acteurs - habités par une angoisse montante, jamais surjouée. Au point que, face à l’insistance d’une mégère blessée (simple écorchure au genou), le père - éminent chirurgien - accepte de la soigner et d’héberger les trois voyageurs. Lado reprend alors le schéma de son modèle (vengeance expéditive, brutale), mais le transcende par un crescendo de tension et une approche plus psychologique. Il ne s’attarde jamais dans la complaisance gore, préférant explorer l’effondrement moral du père, contraint d’exécuter une dernière fois, face au témoignage trouble de son épouse démunie, impuissante face à tant de violence putassière.


Une horreur nauséeuse, confinant au malaise viscéral.
D’une perversité fétide et crapuleuse, aussi dérangeante que malsaine, La Bête tue de sang froid demeure sans doute la plus aboutie des déclinaisons du rape and revenge depuis la référence fondatrice de Craven. Outre sa violence insupportable mais jamais outrancière, son caractère éprouvant est envenimé par l’aura toxique de Macha Méril - inoubliable - et un score lancinant, indolent, chuchoté à l’harmonica. Une oeuvre forte dont on ne sort pas indemne.
Public averti.

⚠️ Attention : la VF présente sur le DVD Neo Publishing est censurée de 15 minutes. Seule la VOSTF propose la version intégrale.

— le cinéphile du cœur noir
22.02.24. vers italienne stfr
09.08.25. 6èx. vers italienne

mercredi 10 octobre 2018

RAIN MAN. 4 Oscars dont celui du Meilleur Film.

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Barry Levinson. 1988. U.S.A. 2h15. Avec Tom Cruise, Dustin Hoffman, Valeria Golino, Jerry Molen, Jack Murdock, Michael D. Roberts.

Sortie salles France: 15 Mars 1989. U.S: 16 Décembre 1988

FILMOGRAPHIE: Barry Levinson est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 6 Avril 1942 à Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique à Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. 2014 : The Humbling. 2015 : Rock the Kasbah.


Pas aussi intense qu'à l'époque de sa sortie (l'effet de surprise de reluquer les performances d'acteurs bankables se dissipant hélas au fil de visionnages), Rain Man est un joli conte initiatique plutôt réaliste, voir légèrement documenté quant à la pathologie mal connue de l'autisme. Une solide histoire d'amitié, de tolérance et de compréhension de l'autre qu'un entrepreneur cupide développera finalement au fil de sa cohabitation avec son frère autiste. Ainsi, en dépit d'un manque d'émotions (que Levinson se réservait peut-être d'ébruiter afin de ne pas sombrer dans le pathos), Rain Man parvient tout de même à séduire et toucher le spectateur, de par la complicité révérencieuse que forment Tom Cruise (brillamment expansif en financier de prime abord orgueilleux, arrogant et condescendant) et Dustin Hoffman (louablement dépouillé en autiste impassible où perce une émotion prude). Au-delà de leurs rapports psychologiques jamais misérabilistes ou lacrymaux, Barry Levinson s'efforce en prime de soigner la forme à travers leur odyssée solaire traversée de magnifiques décors naturels (splendide contrées rocheuses de la Californie sous un ciel tantôt crépusculaire) ou urbains (la nuit pastel au casino de Las Vegas), qu'une splendide photo léchée renchérit sans complaisance. Quant au score composé par l'illustre Hans Zimmer, si on l'a connu plus inspiré, il parvient modestement à rehausser la teneur empathique du récit, notamment lorsque Cruise s'humanise le plus fidèlement afin de préserver la destinée précaire de son frère. Leur étreinte finale s'avérant par ailleurs un bouleversant moment d'émotions tout en retenue (la plus belle séquence du film à mon sens subjectif comme le souligne ma photo postée ci-dessus). Quoiqu'il en soit, et en dépit des aléas du temps, le triomphe public reste plutôt mérité.

* Bruno
3èx

Box-Office France: 6 475 615 entrées

Récompenses:
Ours d'Or au Festival de Berlin
Oscar du meilleur film
Oscar du meilleur réalisateur - Barry Levinson
Oscar du meilleur scénario original - Ronald Bass et Barry Morrow
Oscar du meilleur acteur - Dustin Hoffman
Golden Globe du meilleur film dramatique
Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique - Dustin Hoffman

mardi 9 octobre 2018

KRAMER CONTRE KRAMER. 5 Oscars dont Meilleur Film, 1980.

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site goldposter.com

de Robert Benton. 1979. U.S.A. 1h45. Avec Dustin Hoffman, Meryl Streep, Justin Henry, Jane Alexander, Howard Duff, George Coe.

Sortie salles France: 27 Février 1980. U.S: 19 Décembre 1979

FILMOGRAPHIERobert Benton est un scénariste, réalisateur et acteur américain, né le 29 septembre 1932 à Waxahachie (Texas). 1972 : Bad Company. 1977 : Le chat connaît l'assassin. 1979 : Kramer contre Kramer. 1982 : La Mort aux enchères. 1984 : Les Saisons du cœur. 1987 : Nadine. 1991 : Billy Bathgate. 1994 : Un homme presque parfait. 1998 : L'Heure magique. 2003 : La Couleur du mensonge. 2007 : Feast of Love.


"Le divorce est une horrible souffrance de l'âme et de la chair."
Bouleversant drame familial récompensé de 5 oscars (dont celui du Meilleur Film) et ovationné par la critique et le public (en France, il récolte 4 039 372 entrées), Kramer contre Kramer traite des enfants du divorce sans pathos ni fioriture. L'oeuvre d'une sensibilité épurée illustrant l'ascension paternelle de Ted Kramer parvenant à éduquer son fils au grand dam de l'absence de la mère. Car autrefois égoïste d'avoir privilégié sa carrière au détriment des sentiments de son épouse, il prendra peu à peu conscience de son échec marital en endossant le double rôle de papa au foyer et de brillant graphiste. Alors que Ted Kramer, pubard surqualifié, annonce un soir à sa femme sa victoire d'avoir décroché un poste supérieur, celle-ci lui avoue sa détermination de le quitter en abdiquant également son fils de 7 ans. Livrés à eux-même, Ted et Billy vont apprendre à mieux se connaître au fil d'une intense et tendre complicité paternelle, quand bien même 15 mois plus tard, Johanna refait surface afin de solliciter la garde de son fils. 



Illuminé par les prestances de Dustin Hoffman en tendre paternel débrouillard et de Meryl Streep en mère instable en quête identitaire et d'émancipation féminine (son 1er grand rôle à l'écran !), Kramer contre Kramer diffuse une fragile intensité humaine de par leur désarroi de se confronter aux divergences conjugales, entre crises de colère et remise en question identitaire. Notamment eu égard de la cruauté du procès juridique qu'ils se disputeront au terme entre avocats interposés. Outre le talent virtuose de ce duo plus vrai que nature car endossant leur rôle familial avec une vibrante humanité, on peut autant saluer le jeu époustouflant de vérité de Justin Henry en bambin chétif ballotté entre son amour pour sa mère et celui de son père. Le film d'un réalisme probant parvenant à nous ébranler la corde sensible (sans jamais céder aux bons sentiments !) en nous posant des questions essentielles sur la perte de repères de l'enfant en proie à l'injustice de la  séparation, sur la responsabilité parentale (et l'équité des sexes) à perdurer son éducation et sur la précarité de leurs sentiments lorsque l'un d'eux eut trahi sa cause maritale au profit de la cupidité.


Superbe mélo scandé par un trio de comédiens d'une force d'expression infaillible, Kramer contre Kramer parvient à illustrer sans fard l'épineuse épreuve de force d'un père et d'une mère se disputant la mise pour sauvegarder l'amour de leur chérubin. Inévitablement bouleversant et passionnant, nous assistons scrupuleusement à cet échec conjugal en tenant compte des états d'âme si humbles, matures et fragiles des victimes en proie à une prise de conscience initiatique.  

* Bruno
4èx 

Récompenses: 1979 : LAFCA du meilleur film
Oscar du meilleur film en 1980
Oscar du meilleur réalisateur pour Robert Benton
Oscar du meilleur acteur pour Dustin Hoffman
Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Meryl Streep
Oscar de la meilleure adaptation pour Robert Benton
Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle pour Meryl Streep

lundi 8 octobre 2018

L'Epée Sauvage / The Sword and the Sorcerer

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de  Albert Pyun. 1982. U.S.A. 1h40. Avec Lee Horsley, Kathleen Beller, Simon MacCorkindale, Richard Lynch, George Maharis, Richard Moll.

Sortie salles France: 28 Juillet 1982. U.S: Avril 1982.

FILMOGRAPHIE: Albert Pyun, né le 19 mai 1953 à Hawaii, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 1982 : L'Épée sauvage. 1985 : Le Dernier missile. 1986 : Campus. 1987 : Pleasure Planet. 1987 : Le Trésor de San Lucas. 1988 : L'aventure fantastique. 1989 : Voyage au centre de la Terre. 1989 : Cyborg. 1990 : Captain America. 1991 : Bloodmatch. 1991 : Kickboxer 2 : Le Successeur. 1991 : Dollman. 1992 : Deceit. 1993 : Nemesis. 1993 : Arcade (vidéo). 1993 : Brain Smasher... A Love Story (vidéo). 1993 : Les Chevaliers du futur. 1994 : Kickboxer 4: The Aggressor. 1994 : Hong Kong 97. 1994 : Spitfire. 1995 : Heatseeker. 1995 : Nemesis 2 (vidéo). 1996 : Raven Hawk (TV). 1996 : Nemesis 3: Prey Harder (vidéo). 1996 : Omega Doom. 1996 : Adrénaline. 1996 : Nemesis 4: Death Angel (vidéo). 1997 : Prise d'otages à Atlanta (Blast). 1997 : Mean Guns. 1998 : Crazy Six. 1998 : Postmortem. 1999 : The Wrecking Crew. 1999 : Urban Menace. 1999 : Corrupt. 2001 : Explosion imminente (Ticker). 2003 : More Mercy (vidéo). 2004 : Max Havoc : La malédiction du dragon. 2005 : Infection. 2006 : Cool Air (vidéo). 2007 : Bulletface. 2007 : Left for Dead. 2012 : Road to Hell.


Première réalisation d'Albert Pyuin (cinéaste prolifique habitué aux séries B et Z) surfant sur l'heroic fantasy en vogue (Conan le Barbare, Dar l'Invincible), l'Epée sauvage est une sympathique curiosité à découvrir d'un oeil distrait si bien que l'on jurerait qu'elle soit mise en scène par un cinéaste transalpin. De par son esprit bisseux friand d'un climat parfois étonnamment glauque que de ses (rares) éclaboussures de sang assez fétides. Ainsi, à travers ses jolis décors épaulés d'une photo particulièrement soignée, ses personnages bonnards au surjeu un tantinet attachant et sa violence gore inspirée du cinéma italien, l'Epée Sauvage inspire une certaine attention (affectueuse) auprès des afficionados sensibles au charme d'un cinéma artisanal aussi modeste qu'hélas révolu. En tout état de cause, on retient surtout son prologue horrifique (tellement prometteur), l'aspect plaisant d'une narration redondante aussi éculée qu'involontairement pittoresque ainsi qu'un final (à nouveau horrifique) du plus bel effet esthétisant auprès de ses maquillages charnels assez fascinants. 

* Bruno
02.03.24. 4èx

    vendredi 5 octobre 2018

    Dar l'Invincible : The Beastmaster

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

    "The Beastmaster" de Don Coscarelli. 1982. U.S.A. 1h58. Avec Marc Singer, Tanya Roberts, Rip Torn, John Amos, Josh Milrad, Rod Loomis, Ben Hammer, Ralph Strait, Billy Jayne, Janet DeMay, Christine Kellogg, Jant Jones.

    Sortie salles France: 27 Avril 1983. U.S: 20 Août 1982

    FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. Prochainement: Phantasm 5.


    Entrepris la même année que Conan le BarbareDar l'Invincible est un succédané low-cost que Don Coscarelli (Phantasm, Bubba Ho tep) transpose à l'écran d'après le livre d'André Norton (The Beast Master). Marc Singer, jeune acteur de série TV ayant participé à un seul long-métrage (le Merdier), endosse fougueusement le mastard des temps mémoriaux à défaut de sa silhouette plutôt étroite. Au niveau du pitch éculé, on ne peut pas dire que Don Coscarelli daigne se démarquer du modèle inégalé de Milius pour retranscrire la vengeance d'un guerrier délibéré à retrouver l'assassin de son père et de sa famille adoptive, faute d'un prêtre fanatique voué aux sacrifices d'enfants. Pour autant, le réalisateur y apporte quelques composantes inédites afin d'enrichir l'intrigue émaillée de touches de cocasserie. Pour cause, notre héros pourvu de télépathie communique avec les animaux parmi lesquels deux mangoustes, un aigle et une panthère afin de mieux s'opposer à son ennemi juré, le sorcier Maax. C'est notamment par le truchement d'un de ces fidèles mammifères qu'il parviendra à séduire une esclave aux yeux verts  (la sublime Tanya Roberts dans son plus simple appareil lors de leur première rencontre !) en "jouant" le héros inébranlable. Qui plus est, certains antagonistes, créatures humaines drôlement hybrides, apportent une touche plutôt horrifique de par leur physionomie intensément patibulaire. Je pense aux inquiétants hommes chauves-souris liquéfiant leur victime à l'aide de leurs immenses ailes ou encore des esclaves humains transformés en monstres azimutés faute d'un produit toxique verdâtre introduit dans leur oreille.


    Ainsi, durant leur cheminement vindicatif assez fertile en péripéties, ils seront notamment épaulés d'un duo de preux guerriers (un enseignant noir et un adolescent aussi revanchard car ayant juré de délivrer son père des griffes de Maax) ainsi qu'un paternel charitable d'avoir pu retrouvé son fils en vie grâce au soutien de Dar ! A travers son panorama solaire magnifiquement exploité (notamment les envolées lyriques de l'aigle en vue subjective) et une photo saturée aux couleurs flamboyantes, cette épopée aux allures de BD allie efficacement combats à l'épée, sacrifices humains et créatures belliqueuses du plus bel effet, tel ce trio de sorcières décaties au déhanchement étrangement sensuel ! Pour autant, l'aventure haute en couleurs plutôt bien menée ne fait pas preuve d'esbroufe ni de violence graphique. Coscarelli souhaitant plutôt concilier un public familial dans son alliage d'aventures fantastiques, romance, horreur amiteuse et humour bonnard. Et pour incarner le rôle iconique du guerrier herculéen, Marc Singer cabotine mais s'en tire honorablement de par son enthousiasme aguerri et ce en dépit de sa faible musculature et d'un faciès un peu trop imberbe. Sa bonhomie allouée à la cause animale et certaines de ses maladresses parfois cocasses lui suscitant un profil très attachant à l'instar des seconds rôles avenants autrement charismatiques de par leur élan solidaire. Enfin, on peut également solliciter la puissance épique du superbe score aérien de Lee Holdridge. A l'instar du point d'orgue résolument explosif se déroulant durant une nuit de brasier et d'un épilogue assez touchant Spoil ! pour les adieux de Dar reclus en amont d'une falaise parmi sa partenaire. Fin du Spoil


    En dépit d'un budget mineur desservant l'ampleur du projet, sa facture kitch et le jeu cabotin de certains acteurs (dans le rôle de Maax, Rip Torn abuse de tics renfrognés parmi ses gros cils !), Dar l'Invincible  demeure un fort sympathique spectacle d'Heroic-fantasy au charme typiquement bisseux. Quant au public l'ayant découvert durant sa sortie officielle à l'âge pubère, les nostalgiques les plus vulnérables risquent de le savourer avec un pincement au coeur, pour ne pas dire la larme à l'oeil si bien que Dar restera à mes yeux l'éternel héros de mon adolescence parmi son alter ego Conan

    * Bruno
    05.10.18. 6èx
    17.09.12. (199 vues)

    Box-Office France: 911 857 entrées

    jeudi 4 octobre 2018

    The Rose. Golden Globe Meilleure actrice, Meilleur Espoir féminin.

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Mark Rydell. 1979. U.S.A. 2h13. Avec Bette Midler, Alan Bates, Frederic Forrest, Harry Dean Stanton, Barry Primus, David Keith.

    Sortie salles France: 4 Juin 1980. U.S: 7 Décembre 1979

    FILMOGRAPHIE: Mark Rydell est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 23 mars 1934 à New York (États-Unis). 1964-1966 : Gunsmoke (série TV). 1968 : Le Renard. 1969 : Reivers. 1972 : Les Cowboys. 1976 : Deux farfelus à New York. 1979 : The Rose. 1981 : La Maison du lac. 1984 : La Rivière. 1991 : For the Boys. 1994 : Intersection. 1996 : Le Crime du Siècle. 2001 : Il était une fois James Dean. 2006 : Even Money.

    "Où est-ce que vous allez, où est-ce que tout le monde s'en va ?"

    Avant toute chose, et pour taire certaines rumeurs, le film devait être, à l’origine, un biopic consacré à Janis Joplin. Mais Bette Midler refusa net d’incarner la chanteuse si le scénario et son personnage n’étaient pas entièrement remaniés. Mark Rydell dut plier à ses exigences, porté par son admiration pour l’actrice, justement couronnée aux Golden Globes après le succès du film. En France, il récolta d’ailleurs 1 393 748 entrées.

    Gros morceau de cinéma, d’une puissance émotionnelle à vif, The Rose jaillit comme un cri sitôt le générique élégiaque refermé. Le spectateur, englué dans la détresse, se retrouve suspendu à l’écran - noir et blanc - dans un flegme bouleversé. Si la mise en scène habitée de Rydell (refusant tout misérabilisme ou effet de manche) y est pour beaucoup, la prestance ardente de Bette Midler transforme l’essai en chef-d’œuvre musical. Elle vide ses tripes face caméra, électrise des foules en transe, s’incarne littéralement dans le corps d’une rockeuse blessée, traversée par une névralgie de feu, à l’image de son tempérament volcanique.

    Portrait d’une femme capricieuse et meurtrie, broyée par les excès - sexe, alcool, drogue, voyages - et par la rapacité d’un producteur psychorigide, Rydell en dessine la lente dégénérescence avec une intensité dramatique croissante. Jusqu’au final, apothéose musicale, où "Rose" offre son ultime cri d’amour à un public soudain figé dans un silence anxiogène. Le récit, d’une douleur tenace, ausculte sans fard l’épuisement moral, la solitude affective, l’errance existentielle de cette star vouée à des amours sans lendemain. Malgré la tendresse d’un chauffeur de taxi loyal (interprété avec une sobre intégrité par Frederic Forrest), Mary Rose, déterminée à tourner la page, espère une rédemption romantique pour s’arracher aux artifices d’une célébrité putassière.

    Émaillé de tubes rock électrisants et de ballades graciles, The Rose érige le film musical en sommet de vérisme. Rydell y révèle, sans clichés, l’envers du décor scintillant : celui d’une star junkie, isolée du monde réel, étrangère à elle-même.

    "Requiem pour un ange déchu".
    Cri de rage et d’amour pour la liberté d’une rockeuse autodestructrice, incapable de s’imposer face à la rigidité de son entourage, The Rose demeure l’un des plus beaux poèmes musicaux sur la déchéance d’une star borderline, livrée à une solitude assassine. Grave, bouleversant, porté par une Midler écorchée vive (quelle performance historique), le film laisse le spectateur en état de choc, étreint par un générique à l’acuité tranchante. Spectacle absolu j'vous dit. 

    — le cinéphile du cœur noir
    3èx

    Récompenses: Golden Globe de la Meilleure actrice et du Meilleur espoir féminin pour Bette Midler   

    mardi 2 octobre 2018

    2 GARCONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITES

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

    "Threesome" de Andrew Fleming. 1994. U.S.A. 1h32. Avec Lara Flynn Boyle, Stephen Baldwin, Josh Charles, Alexis Arquette, Martha Gehman.

    Sortie salles France: 10 Août 1994 (Int - 16 ans). U.S: 8 Avril 1994

    FILMOGRAPHIEAndrew Fleming est un réalisateur et scénariste américain, né le 14 mars 1963 (ou le 30 décembre 1965). 1988 : Bad Dreams. 1994 : Deux garçons, une fille, trois possibilités. 1996 : Dangereuse Alliance. 1999 : Dick : Les Coulisses de la présidence. 2000 : Grosse Pointe (série TV). 2002 : Paranormal Girl (TV). 2003 : Espion mais pas trop ! 2005 : Head Cases (série TV). 2007 : Nancy Drew. 2008 : Hamlet 2.


    "Le mot déviant vient du latin "de", en-dehors, et "via", la voix, le chemin. Il désigne donc quelqu'un qui sort du droit chemin. Celui qui fait bande à part. De nos jours, ça désigne quelqu'un dont la sexualité sort de la norme. Voici l'histoire de Stuart, Alex et moi. Voici comment pendant un temps nous sommes devenus des "déviants" dans tous les sens du terme." 

    Réalisateur touche à tout assez discret à qui l'on doit les séries B bonnards Panics (faux remake de Freddy 3 si j'ose dire !) et Dangereuse Alliance, Andrew Fleming s'essaie en 1994 au Teen movie avec Deux garçons, une fille, trois possibilités. En dépit d'un titre racoleur présageant un vulgaire produit lambda, cette comédie romantique parvient louablement à extérioriser une certaine fragilité humaine à travers le portrait d'un trio de lycéens curieux d'expériences nouvelles. Tant et si bien que Stuart et Eddy décident de partager leur chambre d'étudiants avec la jeune et dévergondée Alex en proie à un furieux désir concupiscent. A eux trois, et lors d'une quête identitaire pour leur orientation sexuelle, ils vont multiplier les expériences lubriques au point de converger vers le triolisme.


    Sans pour autant laisser un souvenir impérissable dans nos mémoires, notamment faute du classicisme de sa réalisation et d'une intensité émotionnelle perfectible, Deux garçons, une fille, trois possibilités demeure un charmant Teen movie largement rehaussé du jeu spontané des trois comédiens en osmose libertaire. Le réalisateur osant illustrer à travers leur fidèle amitié un érotisme tantôt audacieux, tantôt provocant sans toutefois verser dans la gratuité putassière. Le message du film annonçant au terme qu'il faut oser braver le politiquement correct lors d'une complicité amicale flirtant avec les vrais sentiments le temps d'une endurance initiatique. Ainsi, à travers leurs batifolages badins et relations charnelles émaneront un apprentissage à la sagesse et la maturité après avoir côtoyé (sans nul regret) une émancipation sexuelle aussi subversive qu'assouvie. Marqués à jamais par leurs expériences égrillardes décalées, ils préserveront au sein de leur mémoire un souvenir saillant, de par leur audace de s'être échangés à une sexualité romantique résolument louable. En somme, vivez à fond vos expériences sexuelles dans une éthique de responsabilité, de respect et d'amitié fructueuse (notamment grâce aux échanges de confidences et remises en question identitaires).

    * Bruno

    lundi 1 octobre 2018

    Mandy

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Panos Cosmatos. 2018. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake, Ned Dennehy.

    Sortie salles France: 12 Mai 2018 (Festival Cannes). U.S: 14 Septembre 2018

    FILMOGRAPHIEPanos Cosmatos est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né en 1974 à Rome (Italie). 2010 : Beyond the Black Rainbow. 2018 : Mandy.

    "Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit."

    Trip mystique d’une fulgurance rubiconde à damner un saint, Mandy s’impose comme une expérience de cinéma rare dans le paysage conventionnel. À partir d’une intrigue aussi simpliste qu’attendue - la vengeance d’un homme après le sacrifice de sa compagne par une secte de hippies fanatisés - Panos Cosmatos (pour sa seconde réalisation) mise sur la forme, l’excès et l’inventivité la plus débridée pour renouveler un spectacle de samedi soir hallucinatoire, baigné de fanatisme religieux.

    Mandy demeure autant un vibrant hommage au cinéma grindhouse des seventies et eighties - à travers ses éclats de séries Z entrevus dans une lucarne 4/3 ou dans le tee-shirt de Red Miller - qu’une expérience sensorielle totale, visuelle et auditive, nous enfermant dans un dédale cauchemardesque peuplé d’âmes dérangées.

    À la fois sarcastique, horrifique, gore, sciemment grotesque et décalé (quelque part entre The Crow et Mad Max vitriolés), mais aussi onirique, stylisé et envoûtant (surtout durant la première demi-heure cosmique, entre les étreintes romanesques), Mandy explore l’ultraviolence vengeresse de Red Miller à travers une scénographie rutilante où les couleurs tapissent le paysage bucolique comme une fresque psychédélique.

    Par la rage que Nicolas Cage exorcise en exterminateur transi de haine, et par l’humanisme dépressif qui suinte de son injustice, l’acteur livre un jeu viscéral, rugissant - à l’image de son tee-shirt animalier. Le film, métaphorique et presque prémonitoire, devient la descente dans la folie d’un justicier éploré, incapable de canaliser sa souffrance pour apprivoiser le deuil. Une démence que le spectateur accepte d’autant mieux qu’il partage son impuissance devant l’immolation de sa compagne par de lâches dévots - cruauté d’une intensité dramatique que Cosmatos pousse ensuite à l’extrême du point de vue de Red, quand enfin libéré de ses chaînes, il laisse éclater une tristesse ivre, volcanique.

    Si Mandy fascine et manipule nos émotions sans pouvoir les maîtriser, c’est autant grâce à l’extravagance de ses antagonistes lunaires - comme surgis d’une dimension parallèle, entre David Lynch et David Blyth - qu’à son univers sonore et visuel démentiel. Les hippies lobotomisés par leur gourou et les bikers tout droit sortis de Hellraiser ou plutôt de Death Warmed Up vocifèrent des répliques hallucinées sur fond de dissonances saturées, leurs voix déformées par le LSD.

     
    L’Enfer de la vengeance.
    Furieusement barge, décoiffant et incandescent dans son action à la fois belliciste et sanglante, mais aussi beau, envoûtant et romanesque dans ses respirations ésotériques, Mandy transcende la série B indépendante en expérience sensorielle désincarnée. Le dépaysement est total - notamment dans ses splendides séquences d’animation, échos hallucinés de la psyché d’un anti-héros consumé par la folie meurtrière. Et lorsque la fureur s’éteint dans une tendresse mélancolique, subsiste l’émotion pure : celle d’une œuvre habitée, personnelle, thermique - où l’humain, même perdu dans la nuit, n’est jamais oublié.

    — le cinéphile du cœur noir
    03.11.25. 2èx. Vostf. 

    La p'tite chronique de Jean-Marc Micciche:
    Séance découverte avec Mandy. Comme vous le savez certainement, Mandy traine depuis quelques semaines une réputation d'oeuvre de bargeot, à la fois folle et inclassable. Et vous savez quoi ? C'est vrai ! à l'heure, où le cinéma de genre et en particulier le fantastique et d'horreur a un mal fou pour sortir des sentiers battus (mais il y a fort heureusement des exceptions, Lords of salem, The witch etc), Mandy fait un bien immense. Non pas que l'essai ne divisera pas ou qu'il ne sera pas clivant, mais au moins quelqu'un a essayé un truc de dingue, un truc que les cinéphiles pourront se refiler au bon souvenir des seventies et eighties. Et il est évident que Mandy trouve sa moelle artistique à cette période. Car si sur le papier, Mandy a tout du revenge movie basique, son traitement narratif et visuelle est clairement à la croisée de diverses influences directes ou indirectes, comme si Lynch avaient tenté un croisement entre Hellraiser et The crow à la sauce Death Warmed up. C'est d'ailleurs à ce film oublié que Mandy fait le plus pensé tant le film diffuse une pate irrésistiblement punk et black métal. Alors oui on pourra arguer que la seconde partie est narrativement plus faible et plus mécanique dans sa démarche, mais elle parvient malgré tout à rester fidèle à son esthétisme et une nouvelle fois on peut se réjouir qu'un fou comme Nicolas Cage soit encore capable à sortir un film de cet acabit dans sa filmographie. D'autres spectres cinématographiques nourries le film : La dernière maison sur la gauche, le look gourou de Richard Lynch de Meurtres sous controles, un combat très massacre à la trançonneuse 2.....

    vendredi 28 septembre 2018

    AUCUN HOMME NI DIEU

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

    "Hold the Dark" de Jeremy Saulnier. 2018. U.S.A. 2h06. Avec Jeffrey Wright, Alexander Skarsgård, James Badge Dale, Riley Keough, Julian Black Antelope, Macon Blair.

    Diffusé sur Netflix le 28 Septembre 2018

    FILMOGRAPHIE: Jeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de photographie américain. 2007: Murder Party. 2013: Blue Ruin. 2015 : Green Room. 2018 : Aucun homme ni Dieu.


    Excellent thriller à la lisière de l'horreur et d'un fantastique mystique, Aucun homme ni dieu est une descente aux enfers aux tréfonds de l'âme humaine que Jeremy Saulnier maîtrise avec un brio indiscutable. Un retour à la sauvagerie primitive de par le passé traumatique d'hommes profondément offensés par la barbarie (celle de la guerre), la désillusion et l'injustice, faute de disparitions infantiles irrésolues. Ne comptant que sur leur indépendance, ils se résignent à perpétrer l'auto-justice au sein d'une contrée indienne livrée à la ségrégation et au laxisme d'une police infructueuse ! En Alaska, une mère de famille implore à un spécialiste de retrouver le loup criminel de son jeune fils mystérieusement disparu. Russel Core accepte en toute loyauté, et ce sans y être rémunéré. Dès lors, il part à la traque aux loups avant de se raviser le soir même et de retourner chez l'étrange inconnue à son tour disparue. Mais la subite présence macabre de son défunt fils va amener Russel à reconsidérer l'improbable situation parmi l'ingérence de la police. D'une extrême violence au sein d'un panorama naturel aussi vaste qu'envoûtant et impénétrable, Aucun homme ni dieu dilue une vénéneuse atmosphère hostile. De par son silence ouaté aux relents de magie noire et des agissements putassiers de criminels interlopes dont il est difficile d'y cerner les véritables enjeux dans leur détermination à ne laisser aucune clémence à leurs prochains.


    Tant auprès du corps policier que de la communauté indienne, voir aussi auprès de quidams sans défense. Imprégné de mystère diffus et de suspense latent, l'intrigue semée d'éclairs de violence abrupts (le massacre des policiers est une chorégraphie morbide proprement anthologique !) nous laisse le souffle coupé de par son réalisme effréné et sa radicalité à ne laisser aucune concession aux victimes d'autant plus innocentes et (le plus souvent) lâchement molestées. Profondément nihiliste, amer, noir et sans espoir, Aucun homme ni Dieu nous dresse un triste tableau de la nature humaine dépendante de son instinct primitif, de sa perversité (Spoil on y suggère en prime l'inceste selon notre interprétation fin du Spoil), de son hypocrisie, de ses mensonges, trahisons et coups bas si bien qu'elle se résigne à purifier son entourage lors d'un bain de sang paroxystique. Or, une majorité de spectateurs risque finalement de faire grise mine quant au dénouement hermétique du récit en suspens nous réservant plus de questions que de réponses quant aux véritables intentions des criminels en étroite relation avec la nature sauvage des loups (et une complicité paraphile). Dans la mesure où les us et coutumes de ces derniers (celle par exemple d'entamer un infanticide pour préserver leur groupe en cas de survie) s'avère difficilement explicable, notamment si on oppose les états d'âme équivoques (pour ne pas dire déviants) du couple maudit anéanti par le chagrin d'une mort innocente.


    Un homme parmi les loups
    Bougrement dommage donc que ce final mystique à multiples niveaux de lecture sème doute et frustration quant à l'ultime coupable de cet infanticide en étroite relation avec la cause des loups. Car Aucun homme ni Dieu était à deux doigts d'effleurer la réussite probante, notamment sous l'impulsion vigoureuse de son casting inquiétant laissant libre court à des pulsions dépressives dévastatrices. Où lorsque l'homme ne croit plus en sa nature humaine mais en l'éthique du loup ! 

    * Bruno

    jeudi 27 septembre 2018

    MASK. Prix d'interprétation féminine, Cannes 85.

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Peter Bogdanovitch. 1985. U.S.A. 2h00. Avec Eric Stoltz, Cher, Sam Elliott, Estelle Getty, Richard Dysart, Laura Dern.

    Sortie salles France: 29 Mai 1985. U.S: 8 Mars 1985.

    FILMOGRAPHIEPeter Bogdanovich est un critique, réalisateur et acteur de cinéma américain né le 30 juillet 1939 à Kingston, New York. 1968 : Voyage to the Planet of Prehistoric Women. 1968 : La Cible. 1971 : La Dernière Séance. 1971 : Directed by John Ford (documentaire). 1972 : On s'fait la valise, docteur ? 1973 : La Barbe à papa. 1974 : Daisy Miller. 1975 : Enfin l'amour. 1976 : Nickelodeon. 1979 : Jack le Magnifique. 1981 : Et tout le monde riait. 1985 : Mask. 1988 : Illégalement vôtre. 1990 : Texasville. 1992 : Bruits de coulisses. 1993 : Nashville Blues. 2001 : Un parfum de meurtre. 2007 : Tom Petty and the Heartbreakers: Runnin' Down a Dream (documentaire). 2014 : Broadway Therapy. 2018 : The Great Buster.


    "Ce qu'il y a de bien dans la vie, esquimaux et gâteaux, balades en moto, chimpanzés en liberté, la pluie sur ma langue et le soleil qui inonde mon visage. Ce qu'il y a de moche dans la vie, poussière dans mes cheveux, trous dans mes souliers, pas de sous dans mes poches et le soleil qui inonde mon visage." 

    Bouleversant mélo retraçant le destin singulier d'un adolescent atteint de dysplasie craniométaphysaire (visage allongé difforme apparenté à un masque), Mask s'inspire de l'histoire vraie de Roy L. Dennis avec une vérité humaine brute de décoffrage. Les comédiens se fondant dans leur rôle avec une spontanéité fringante si bien que l'on se familiarise à leur côté comme s'il s'agissait de notre propre famille. Cet esprit de famille gravitant autour de Rocky, cette tendresse immodérée imprimée dans la réalité de leur quotidien marginal, Peter Bogdanovich les met en exergue avec une dignité souvent intègre. Et ce en dépit d'un soupçon de pathos à certains brefs moments (particulièrement à travers les expressions de 2/3 regards constipés) et de la facilité de bons sentiments rapidement pardonnés grâce à la vigueur des comédiens pleinement impliqués à travers leur idéologie libertaire. Mask nous relatant avec autant de pudeur que de candeur le parcours initiatique, la remise en question identitaire de Rocky en proie à une soif de vivre ainsi qu'une quête désespérée d'y apprivoiser l'amour. Ainsi, ce sentiment insupportable d'abstinence, cette appréhension de ne jamais connaître la chaleur d'un baiser charnel, Eric Stoltz nous les retransmet avec une sensibilité écorchée vive !


    Plaidoyer pour le droit à la différence, à l'instar du chef-d'oeuvre Elephant Man, Mask nous laisse également en état second eu égard de son intensité dramatique convergeant vers une cruelle conclusion résolument crève-coeur. Outre le soin scrupuleux d'y dresser l'inoubliable portrait d'un ado défiguré inévitablement sujet aux brimades, à l'intolérance et à la discrimination, Peter Bogdanovich se permet notamment à travers le jeu si chétif et maternel de (l'ultra sexy !) Cher d'y esquisser un magnifique profil de mère marginale à la fois caractérielle, instable et paumée, faute de ses rencontres lubriques d'un soir et de son addiction pour la drogue auprès d'une communauté de motards pour autant humbles et solidaires. Pour se faire, la comédienne (chanteuse) n'a pas dérobé son Prix d'Interprétation Féminine à Cannes dans sa palette de sentiments contradictoires naviguant entre déchéance morale, remord et rédemption. Et ce pour la cause d'un amour immodéré pour son rejeton et celui (en ascension) de son amant (que campe sobrement le génial car si charismatique Sam Elliott). Couple mythique s'il en est, Eric Stoltz (méconnaissable en freak d'une sensibilité aiguë !) et Cher immortalisent de leur empreinte un recueil de tendresses et d'émotions à travers leur trajectoire existentielle semée de discordes, de scènes de ménages, de conflits familiaux, si bien que l'allégresse, l'espoir et l'infortune ne cessent de se chamailler la mise.


    Un crève-coeur désarmant d'intensité prude. 
    Terrassant d'émotions (même si certains accuseront le coté futilement mielleux de certaines postures sensiblement outrées) à travers son message d'amour, de vie et de sagesse entre une mère immature et son fils difforme, Mask ébranle le coeur avec un réalisme trouble si je me réfère aux souvenirs qu'il nous imprime passé le générique de fin. Dans la mesure où le spectateur hanté de ces décharges émotionnelles semble avoir la trouble impression d'avoir perdu un propre membre de sa famille. 

    Amitié à Seb Lake.

    * Bruno
    4èx

    Récompense: Prix d'interprétation féminine pour Cher, Cannes 1985.


    Roy L. Dennis

    mercredi 26 septembre 2018

    Les Aventures d'un Homme Invisible / Memoirs of an Invisible Man

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de John Carpenter. 1990. U.S.A. 1h39. Avec Chevy Chase, Daryl Hannah, Sam Neill, Michael McKean, Stephen Tobolowsky, Jim Norton.

    Sortie salles France: 29 Juillet 1992. U.S: 28 Février 1992

    FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


    Echec critique et commercial à sa sortie alors qu'il s'agit d'une des rares commandes du maître John Carpenter, Les Aventures d'un Homme Invisible ne méritait pas tant de discrédit à travers son format de série B ludique dénuée de prétention. Et si l'intrigue minimaliste a de quoi décevoir les plus exigeants (une simple course poursuite entre bons et méchants sur fond d'étreinte amoureuse), John Carpenter parvient intelligemment à s'extirper de la routine de par la disparité de situations aussi funs que cocasses (avec un discours autrement caustique sur la fidélité amicale souvent biaisée), par l'inventivité de ces effets-spéciaux aussi surprenants que convaincants et par la tendre complémentarité du duo impromptu Chavy Chase / Daryl Hannah franchement attendrissant en amants marginaux s'épaulant mutuellement afin de s'opposer à l'espionnage international que Sam Neil leur sollicite avec un cynisme perfide en odieux mégalo usant de son pouvoir régi par la CIA. 


    Le couple en fuite portant le film sur leurs épaules tant Carpenter accorde beaucoup d'importance à leur romance fusionnelle à travers le thème si cher du droit à la différence. Si bien que la tendre compagne d'Harvey accepte facilement la condition atypique de son amant de par les sentiments ardents qu'elle éprouve pour lui en n'attachant aucune importance à son physique aseptique. Emaillé de courses-poursuites et scènes d'action plutôt bien troussées au sein d'une métropole joliment photographiée, les Aventures d'un Homme Invisible cède notamment place à un onirisme candide (proche de la féerie) au fil de l'évolution sentimentale du couple apprenant à se connaître dans la confiance et la confidence puis à s'épauler avec une émotion attendrie modestement charmante. Et ce sans sombrer dans une quelconque mièvrerie, notamment grâce à la sobriété des comédiens suscitant une intègre chaleur humaine qu'on ne retrouve plus de nos jours, faute de cinéastes opportunistes comptant le plus souvent sur une action hyperbole pour y combler le grand public. 


    Un fort sympathique divertissement donc, aussi mineur soit-il (ce qui renforce aujourd'hui son charme rétro), parvenant sans temps morts à amuser et à fasciner de par l'astuce retorse de ses nombreux trucages efficacement gérés autour d'une traque aussi fun que tendrement romantique. 


    * Bruno
    11.05.22. 3èx

    mardi 25 septembre 2018

    MR. MAJESTYK

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site dailymars.net

    de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Charles Bronson, Al Lettieri, Linda Cristal, Paul Koslo, Frank Maxwell.

    Sortie salles France: ?. U.S: 17 Juin 1974.

    FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn,  et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


    Modèle d'efficacité au sein du film d'action que Richard Fleischer supervise avec souci professionnel, Mr. Majestyk est un jubilatoire jeu de massacre transcendé par le tempérament imperturbable de Charles Bronson en justicier louable. Je m'explique: propriétaire de pastèques auprès de 65 hectares, Vince Majestyk envisage d'employer de modestes ouvriers mexicains au moment même où un exploiteur sans vergogne souhaite les substituer par ses hommes de main. Face au refus péremptoire de Vince et après s'être affrontés verbalement, une risque s'ensuit entre eux mais Vince parvient à dérober la carabine de son rival pour le brimer à nouveau. Arrêté par la police suite à la plainte de son agresseur, c'est en cellule qu'il fait la connaissance du mafieux Frank Renda. Totalement indifférent à sa réputation criminelle, Vince se contente de le railler alors qu'au moment d'escorter Renda vers un autre pénitencier, des règlements de compte sanglants ont lieu en centre urbain afin de le faire évader. Mais dans le feu de l'action, Vince parvient à s'échapper en bus avec Renda.


    Après s'être planqués dans une cabane, ce dernier lui propose une transaction en échange de sa liberté. Loyal, honnête mais rusé, Vince décide plutôt d'opérer un marché avec la police afin de récupérer sa propre liberté et ses pastèques à cueillir. Mais grâce à la complicité de sa compagne venue lui prêter main forte, Renda parvient in extremis à s'évader. Dès lors, transi de haine et de rancoeur, il jure de se venger en souhaitant la peau de Vince. Fort de cette intrigue habilement structurée, prétexte à règlements de compte sanglants et poursuites en règles jamais gratuits (rare pour ne pas le souligner dans le cadre du film d'action bourrin !), Mr. Majestyk diffuse un rythme effréné pour tenir lieu d'un affrontement stoïque entre un mafieux aussi obtus qu'empoté et un ancien vétéran du Vietnam, fin limier et héros aguerri en justicier gouailleur ! Et donc à travers un jubilatoire jeu du chat et de la souris où les rôles seront amenés à s'inverser en cours de trajectoire épique, Mr. Majestyk redouble d'efficacité en opposant l'injustice d'une violence expéditive résolument couarde contre une auto-justice contre-intuitive misant sur le self contrôle que Bronson instaure avec une force tranquille imprégnée de dérision. Le tout dans le cadre solaire d'une série B purement ludique à la scénographie rurale.


    Western moderne survitaminé pour autant jamais racoleur lors des récurrentes confrontations (aussi bien verbales que physiques) entre bons et méchants, Mr. Majestyk s'adonne à la ferveur expansive à travers les charismes striés du légendaire Charles Bronson et du robuste (par la taille) Al Lettieri aussi bien impressionnant que délectable en salopard sournois ne reculant devant aucune turpitude pour avoir le dernier mot. D'autres seconds-rôles aussi irrésistibles dans leur posture chafouine sont également à la fête (Paul Koslo en faire-valoir mesquin), quand bien même la très élégante et attachante Linda Cristal tente de se faire une place dans le coeur de Bronson avec une détermination sentimentale entêtée. Rondement mené car réalisé de main de maître sous l'impulsion dramatique de quelques éclairs de brutalité assez rugueux (et ce même si le hors-champs est parfois de mise), Mr Majestyk se permet en prime d'inciser ses dialogues à travers des répliques aussi cocasses qu'inventives nous provoquant le rire nerveux ! Une véritable réussite "vintage" auquel le dernier blockbuster mainstream fait bien pâle figure. 

    * Bruno
    3èx