lundi 6 août 2012

Jeepers Creepers 2 /Jeepers creepers 2 : like a bat out of hell

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Victor Salva. 2004. U.S.A. 1h44 (1h38 sans générique). Avec Ray Wise, Jonathan Breck, Garikayi Mutambirwa, Eric Nenninger, Nicki Aycox, Marieh Delfino, Diane Delano, Thom Gossom J.R, Billy Aaron Brown, Lena Cardwell.

Sortie salles France: 4 Février 2004. U.S: 29 Août 2003

FILMOGRAPHIE: Victor Salva est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 Mars 1958 Ă  Martinez. 1989: Clownhouse. 1995: Powder. 1999: Rites of Passage. 2001: Jeepers Creepers. 2003: Jeepers Creepers 2. 2006: Peaceful Warrior. 2012: Rosewood Lane.


Modeste rĂ©alisateur, Victor Salva surprit les amateurs du genre avec Jeepers Creepers, petite sĂ©rie B passĂ©e inaperçue en salles en 2001 mais bĂ©nĂ©ficiant ensuite d'un bouche Ă  oreille particulièrement Ă©logieux. Son parfum rĂ©tro hĂ©ritĂ© des annĂ©es 80 et l'efficacitĂ© d'un pitch inspirĂ© de Duel et du psycho-killer contemporain Ă©taient parvenus Ă  captiver le spectateur pour mettre en valeur un croquemitaine hybride des plus charismatiques. Trois ans plus tard, Victor Salva rĂ©cidive avec une sĂ©quelle toute aussi rĂ©ussie et encore plus vigoureuse Ă  travers son principe du survival palpitant ! 

Synopsis: Sur la route d'une campagne isolée, un autocar transportant une équipe de basketteurs se retrouve immobilisé après que l'un des pneus eut été mystérieusement crevé. Ce traquenard est élaboré par le Creeper, monstre affamé de chair humaine apparaissant tous les 23 printemps durant une période de 23 jours avant sa prochaine hibernation. La lutte pour la survie est engagée !


BĂ©nĂ©ficiant d'une splendide photo solaire jaunâtre Ă  l'unisson, la sĂ©quence d'ouverture attise dĂ©jĂ  fascination, anxiĂ©tĂ© et stupeur pour le subterfuge imparti Ă  un Ă©pouvantail plus vrai que nature. DĂ©guisĂ© en mannequin de paille parmi d'autres modèles au sein d'un champ, le Creeper souhaite en l'occurrence jeter son dĂ©volu sur un adolescent pour le ravir face aux regards mĂ©dusĂ©s de son père et de son frère aĂ®nĂ© ! AccablĂ© de tristesse et de colère d'avoir perdu son rejeton après cette tragĂ©die, le fermier semble habitĂ© d'une rancoeur vindicative pour retrouver le responsable de cet enlèvement. PassĂ© ce prologue incisif fort rĂ©jouissant, nous faisons ensuite connaissance avec un groupe de basketteurs et leurs pom-pom girls faisant route Ă  bord d'un autocar. A la suite d'une panne accidentelle compromise par le Creeper, le groupe de jeunes se retrouve coincĂ© au milieu d'une route champĂŞtre Ă©ludĂ©e de citadins.


C'est sur cette voie campagnarde jalonnĂ© de champs de maĂŻs que l'action se focalise pour laisser libre court aux exactions insidieuses de notre crĂ©ature ailĂ©e, bien avant de renouer avec les retrouvailles de notre fermier revanchard, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  l'annihiler. InterprĂ©tĂ© par de jeunes comĂ©diens parfois stĂ©rĂ©otypĂ©s (le bad boy dĂ©testable souhaitant dicter sa hiĂ©rarchie, le froussard invĂ©tĂ©rĂ©, l'hypocrite autonome) mais Ă©pris d'une conviction tangible quand il s'agit de faire face Ă  la terrible menace, leurs vicissitudes sont habilement planifiĂ©es par des pĂ©ripĂ©ties jamais itĂ©ratives, exploitant notamment Ă  bon escient le cadre de son environnement naturel (la fuite Ă  travers champs des rescapĂ©s, les vols aĂ©riens du Creeper aperçus du fond d'un ciel lunaire ornĂ© d'Ă©toiles). De par la tension d'un suspense solidement charpentĂ© puis  l'entremise d'idĂ©es saugrenues, telle la mutation de la crĂ©ature contrainte de changer de tĂŞte pour en dĂ©capiter une autre, le vĂ©hicule confectionnĂ© avec l'aide d'un lance harpon, ou encore l'Ă©pilogue confinĂ© Ă  une exhibition macabre, Jeepers Creepers 2 joue la carte du pur divertissement du samedi soir. Mais surtout, le parti-pris de Victor Salva est Ă  nouveau d'authentifier son monstre hĂ©tĂ©roclite encore plus railleur, pugnace, cruel, retors et toujours aussi ensorcelant. Cette vigueur impartie aux affrontements et le charisme morbide de l'icone monstrueuse renouvelant sans redite ses mĂ©faits meurtriers ! Et sur ce point, notre Jeepers Creepers est LA vĂ©ritable star dĂ©ployant avec vĂ©locitĂ© ses immenses ailes et son ricanement Ă©triquĂ© pour se projeter le plus furtivement sur ses victimes infortunĂ©es. Ses poursuites aĂ©riennes ainsi que son point d'orgue explosif (la vengeance du père opiniâtre) continuant de surenchĂ©rir sur les sĂ©quences vertigineuses au grĂ© d'une poĂ©sie funèbre.


Mené à un rythme échevelé, haletant et bougrement spectaculaire, Jeepers Creepers 2 demeure l'une des rares suites équivalentes à son modèle de par l'intégrité du réalisateur vouant son amour immodéré à un monstre interlope toujours plus magnétique. Esthétiquement superbe et exploitant habilement certaines situations éculées à travers un humour sardonique et de nombreux effets de surprise, ce 2è opus réussit pleinement à surprendre le spectateur embarqué dans un rollercoaster rigoureusement fun, cartoonesque et jouissif. Classique au demeurant.

*Bruno

La Chronique de Jeepers Creepershttp://brunomatei.blogspot.fr/2016/01/jeepers-creepers.html

Dédicace à Christophe Cosyns
06.08.12
11.01.25. Vost


vendredi 3 août 2012

TERREUR A DOMICILE / D'ORIGINE INCONNUE (Of Unknown Origin)

                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site groovydoom.blogspot.fr

de Georges Pan Cosmatos. 1983. U.S.A. 1h28. Avec Peter Weir, Jennifer Dale, Lawrence Dane, Kenneth Welsh, Louis Del Grande, Shannon Tweed.

FILMOGRAPHIE: George Pan Cosmatos Ă©tait un rĂ©alisateur et scĂ©nariste grec nĂ© le 4 janvier 1941 Ă  Florence (Toscane, Italie), mort le 19 Avril 2005 Ă  Victoria (Colombie-Britannique, Canada) d'un cancer du poumon. 1977: Le Pont de Cassandra. 1979: Bons Baisers d'Athènes. 1983: Terreur Ă  Domicile. 1985: Rambo 2, la Mission. 1986: Cobra. 1989: Leviathan. 1993: Tombstone. 1997: Haute Trahison.


Habile artisan de la sĂ©rie B musclĂ©e, George Pan Cosmatos est surtout connu pour avoir rĂ©alisĂ© l'excellent film catastrophe Le Pont de Cassandra, puis Rambo 2 et Cobra pour les fans irrĂ©ductibles d'actionner bourrin. NĂ©anmoins, c'est en 1983 qu'il rĂ©alise son oeuvre la plus percutante et originale, un huis-clos sous tension restĂ© inĂ©dit en salles Hexagonales puis directement sorti en Vhs ! InterprĂ©tĂ© par le futur hĂ©ros de Robocop (Peter Weller), Terreur Ă  Domicile (ou d'Origine Inconnue) reste un modèle d'efficacitĂ© et de suspense, transcendĂ© par un scĂ©nario roublard impeccablement maĂ®trisĂ© !
Alors que sa femme et son fils sont en villégiature, un cadre supérieur isolé dans sa demeure est harcelé par un rat belliqueux. Bientôt, ce cauchemar impromptu va virer à l'obsession et engendrer un affrontement impitoyable entre l'homme et l'animal.


A partir d'un concept dĂ©lirant Ă  peine probable (la lutte sans merci entre un rongeur et un bourgeois prospère communĂ©ment embrigadĂ©s dans un huis-clos), George Pan Cosmatos procède Ă  authentifier un film de terreur d'une diabolique sagacitĂ© dans son suspense en crescendo. C'est la maĂ®trise de son argument Ă  la limite du plausible et une rĂ©alisation sans faille qui Ă©lèvent Terreur Ă  Domicile Ă  un degrĂ© d'efficacitĂ© rarement atteint pour le thème de l'agression animale ! L'habiletĂ© première qui diffère des films fantastiques outranciers est qu'ici le rat est caractĂ©risĂ© comme un animal physiquement "normal". Son caractère intimidant lui est gratifiĂ© d'une redoutable perspicacitĂ© Ă  brimer sans rĂ©pit l'homme retranchĂ© ! En alternant scènes de terreur cinglantes et suspense machiavĂ©lique distillĂ© au compte goutte, le rĂ©alisateur joue autant avec les nerfs du protagoniste extĂ©nuĂ© que celui du spectateur dĂ©sorientĂ©. Cette rivalitĂ© peu commune entre l'homme et un rat "d'origine inconnue" rĂ©ussit le tour de force de nous convaincre que ce mammifère puisse ridiculiser l'ĂŞtre humain avec une intelligence finaude !


D'ailleurs, avant les rixes, le rĂ©alisateur ne va pas manquer de nous Ă©voquer la rĂ©putation notoire de notre rongeur et sa dangerositĂ© universelle. Tel sa facultĂ© Ă  pouvoir se glisser dans un trou de 3 cms, nager 1 km et se maintenir sur l'eau durant 3 jours ! Sa capacitĂ© de traverser le plomb et le bĂ©ton avec ses crocs dont la pression exerce 1,700 kg par cm2 ! Il peut notamment survivre Ă  la descente des WC et Ă  une chute de 5 Ă©tages sans blessure ! Quand Ă  sa progĂ©niture, deux rats ont l'aptitude de prolifĂ©rer jusqu'Ă  20 millions de nouveaux nĂ©s en moins de 3 ans ! Enfin, nous apprenons aussi qu'1/5 des cĂ©rĂ©ales du globe est toujours dĂ©vastĂ© (ce qui Ă©value une perte de 2,5 milliards de kilos rien qu'aux USA !) et qu'au 14è siècle, le rat a transportĂ© la peste noire tuant 1 personne sur 3 de l'Inde en Islande (1/3 du monde civilisĂ© anĂ©anti par le rat !). En alternance, le rĂ©alisateur va nous Ă©noncer d'autres infos vis Ă  vis du comportement inflexible du rat pour mieux l'Ă©radiquer, quand bien mĂŞme  certains pays (l'Inde et l'ExtrĂŞme- Orient) le considèrent comme une divinitĂ©. Cette foule d'informations alarmistes sont mises en Ă©vidence de manière Ă  accentuer le sentiment d'apprĂ©hension, d'incertitude et de prĂ©occupation avant le combat final redoutĂ© ! Et on peut avouer sans rougir que ce baroud d'honneur apocalyptique pour la victoire est un moment d'anthologie aussi furieusement frĂ©nĂ©tique que belliqueux. Mais auparavant, George Pan Cosmatos nous aura planifiĂ© avec rĂ©alisme consciencieux et tension permanente la lente dĂ©rive paranoĂŻaque d'un homme toujours plus dĂ©saxĂ© car confrontĂ© aux provocations insidieuses d'une rate implacable !


DominĂ© par un Peter Weller erratique en diable et utilisant avec dextĂ©ritĂ© l'aspect terrifiant d'un rongeur ordinaire (en insistant sur les gros plans de sa physionomie), Terreur Ă  Domicile demeure un modèle de terreur anxiogène. Sans nul doute le film le plus roublard jamais rĂ©alisĂ© sur le rongeur quadrupède ! Son efficacitĂ© toujours plus insolente, son sens du rythme incisif et la rigueur d'une mise en scène autoritaire nous dĂ©concertent sans jamais dĂ©faillir ! Mais la plus grande rĂ©ussite de cette fable sarcastique fustigeant le matĂ©rialisme de l'homme moderne rĂ©side dans son scĂ©nario original proprement jubilatoire. Il pourrait mĂŞme se rĂ©vĂ©ler potentiellement plausible dans nos fantasmes les plus fous !

http://www.thesun.co.uk/sol/homepage/news/3102460/Invasion-of-the-giant-rats-in-Bradford.html

03.08.12. 4èx
Bruno Matéï

mardi 31 juillet 2012

28 Jours plus tard / 28 Days later

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

de Danny Boyle. 2002. Angleterre. 1h53. Avec Cillian Murphy, Naomie Harris, Megan Burns, Brendan Gleeson, Christopher Eccleston, Alex Palmer, Bindu De Stoppani, Jukka Hiltunen, David Schneider.

Sortie salles France: 28 Mai 2003. U.S: 27 Juin 2003

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un rĂ©alisateur Britannique, nĂ© le 20 Octobre 1946 Ă  Manchester. 1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance. 2015: Steve Jobs.


"Rage et solitude : 28 Jours plus tard".
PrĂ©curseur du film d’infectĂ©s moderne (si l’on met de cĂ´tĂ© le pizzaiolo Avion de l’Apocalypse !), renouveau d’une vague de zombies sous amphĂ©tamines, 28 Jours plus tard inaugure une trilogie post-apo. Si son influence remonte Ă  Romero, Danny Boyle se rĂ©vèle assez habile, inspirĂ©, tatillon et intègre pour livrer une terrifiante descente aux enfers, oĂą la dignitĂ© humaine vacille. 

Le pitch : une association pour la cause animale force l’entrĂ©e d’un laboratoire pour libĂ©rer des chimpanzĂ©s vouĂ©s Ă  la vivisection. ContaminĂ© par la rage, le premier singe libĂ©rĂ© lacère le cou d’un sauveteur. Vingt-huit jours plus tard, la quasi-totalitĂ© des humains est balayĂ©e par ce virus du sang, poussant les infectĂ©s Ă  s’entretuer dans une frĂ©nĂ©sie incontrĂ´lable. Jim, rescapĂ© d’un coma, croise quelques survivants pour affronter ensemble cette menace carnassière.

Ă€ partir de cet argument usĂ© - une poignĂ©e de survivants cherchant refuge dans un monde dĂ©vastĂ© - Boyle dĂ©nonce dès son prologue l’embrasement religieux et la folie guerrière de l’homme. Par le truchement d’images d’archives tĂ©lĂ©visĂ©es, le malaise s’installe : il met Ă  nu la barbarie de civils livrĂ©s Ă  l’anarchie. Catastrophique miroir tendu Ă  la violence urbaine galopante, avant qu’un primate contaminĂ© n’entraĂ®ne l’humanitĂ© dans une furie aveugle. La photo, rugueuse, trouble, dĂ©saturĂ©e, exploitĂ©e en camĂ©ra DV pour accentuer la facture documentaire, dĂ©payse le spectateur, immergĂ© dans une solitude splendide : un pays vidĂ© de sa chair. Ce climat post-apo, soigneusement authentique, distille une dĂ©crĂ©pitude implacable : rares survivants cloĂ®trĂ©s dans des appartements abandonnĂ©s, cadavres empilĂ©s sous la traque de hordes agressives flairant la moindre proie. C’est Jim, ex-blessĂ© Ă  peine tirĂ© de son hĂ´pital dĂ©sertĂ©, qui croise un père et sa fille, puis une femme farouche. Ensemble, ils s’aventurent vers l’inconnu, quĂŞte de havre fragile au milieu des ruines.


Avec pudeur, Boyle imprègne ses personnages d’une humanitĂ© palpable, dĂ©sespĂ©rĂ©ment vivante au cĹ“ur du chaos. Pour amplifier cette insĂ©curitĂ© rampante, certaines attaques fulgurantes dĂ©chirent l’Ă©cran, frĂ©nĂ©tiques, d’une vigueur tĂ©tanisante. La mise en scène, personnelle, entretient cette peur viscĂ©rale et cet isolement oppressant qui pèsent sur les Ă©paules des hĂ©ros - jusqu’Ă  ce qu’un escadron de militaires extrĂ©mistes les prenne en otage après un accueil trompeur. En crescendo, la mise en scène jusque-lĂ  dĂ©pouillĂ©e bascule dans l’action et l’horreur, avec des scènes Ă©prouvantes. En prime, la partition magistrale - Boyle, Godspeed You! Black Emperor, John Murphy - scande une ambiance mortuaire, tandis que les hĂ©ros affrontent la dictature militaire et les infectĂ©s tapis dans l’ombre du château. Le scĂ©nario, d’une efficacitĂ© implacable, joue sur la peur, le doute, la mort toujours imminente, forgeant une empathie prĂ©cieuse pour ces ĂŞtres ballottĂ©s dans un no man’s land prĂ©caire. Jusqu’Ă  ce point d’orgue oĂą la folie primitive des militaires dĂ©voile un machisme obscène, humiliant la femme par le viol et la domination.


"28 Jours pour dĂ©vorer le monde: Une ambiance pestilentielle Ă  couper au rasoir." 
Si 28 Jours plus tard surclasse sans peine tous ses ersatz Ă  venir, c’est autant par la densitĂ© humaine de ses figures que par son atmosphère de dĂ©solation qui cloue le spectateur au siège. Cette compassion dĂ©senchantĂ©e, infusĂ©e dans une Ă©lĂ©gie urbaine et naturelle, soutient une exode Ă©trangement muette. RĂ©aliste, âpre, tendu, dĂ©sespĂ©rĂ©, viscĂ©ralement humain, dĂ©pressif et parfois poĂ©tique (la traversĂ©e des chevaux !), cet incontournable du genre imprime un souvenir sensoriel, magnĂ©tique, comme hĂ©ritĂ© du documentaire. Ni plus ni moins qu’un classique.

*Bruno
16.10.23. 3èx
31.07.12. 


Info Erratum ! http://www.erreursdefilms.com/sf/voir-toutes-les-erreurs-28-jours-plus-tard-28JP.html

RĂ©compenses: Prix du meilleur film britannique lors des Empire Awards en 2003.
Prix de la meilleure photographie lors des Prix du cinĂ©ma europĂ©en en 2003.
Prix du meilleur rĂ©alisateur lors du festival Fantasporto en 2003.
Prix du meilleur film Ă©tranger lors du Festival international du film fantastique de Neuchâtel en 2003.
Saturn Award du meilleur film d'horreur en 2004.


vendredi 27 juillet 2012

THE DARK KNIGHT RISES


de Christopher Nolan. 2012. U.S.A./Angleterre. 2h45. Avec Christian Bale, Liam Neeson, Joseph Gordon-Levitt, Anne Hattaway, Gary Oldman, Morgan Freeman, Marion Cotillard, Michael Caine, Juno Temple.

Sortie salles France: 25 Juillet 2012. U.S: 20 Juillet 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Huit ans après les tragiques Ă©vènements qui vont valu la dĂ©faite du Joker, d'Harvey dent et de Batman, Bruce Wayne reste reclus dans sa demeure, Ă©pargnĂ© de la foule et des mĂ©dias. Mais une cambrioleuse circonspecte et un terroriste du nom de Bane vont contraindre le justicier masquĂ© Ă  renflouer sa panoplie pour combattre le crime et l'injustice.


Suite et fin de la trilogie du Chevalier noir entamĂ© en 2005, The Dark Knight Rises conclu de manière toujours aussi ambitieuse la destinĂ©e du hĂ©ros nĂ©vrotique issu des planches de Comic books. Cette fois, Christopher Nolan aborde le thème du terrorisme de grande ampleur dans un Ă©tat en crise oĂą les nantis vĂ©reux ont davantage le monopole de la mĂ©galomanie. Tristement actuel donc pour mettre en exergue l'impuissance des pauvres, des exclus et des marginaux, subordonnĂ©s au cĂ´tĂ© obscur du terroriste Bane, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  faire exploser un engin nuclĂ©aire en plein centre urbain. Sombre et fascinant dans la densitĂ© d'un scĂ©nario catastrophiste aux enjeux dĂ©mesurĂ©s, le troisième chapitre de Batman est une quĂŞte initiatique sur le sens de la bravoure et du sacrifice en transcendant ses peurs par la rage de vaincre. L'impact du film est indubitablement imparti Ă  ces protagonistes meurtris, que ce soit Bruce Wayne rĂ©duit Ă  l'Ă©tat d'esclave dans la cavitĂ© d'une prison sĂ©culaire; mais obnubilĂ© Ă  remonter Ă  la surface pour combattre un nouvel antagoniste redoutable. Bane, dangereux terroriste au passĂ© trouble et galvaudĂ© est uniquement vouĂ© Ă  annihiler la terre entière par dĂ©pit revanchard. Entre nos deux rivaux pugnaces, Selina Kayle, cleptomane de renom s'accapare des fortunes de riches industriels pour tenir lieu de sa rancoeur inhĂ©rente. Il y a aussi John Blake, un policier orphelin particulièrement empathique pour daigner convaincre Batman de rempiler la panoplie afin que l'injustice soit Ă  nouveau combattue pour redresser une citĂ© en chute libre. Spoiler ! Pour clore ses profils torturĂ©s mais tĂ©mĂ©raires et afin de ne pas spoĂŻler, j'occulterai le nom d'un personnage clef plutĂ´t discret (voir, faussement effacĂ© !) auquel son point d'orgue rĂ©vĂ©lateur lèvera le voile sur sa vĂ©ritable identitĂ© dans un coup de théâtre percutant ! Fin du Spoiler


RĂ©alisĂ© de main de maĂ®tre avec une virtuositĂ© Ă  couper le souffle pour exacerber un suspense oppressant, The Darl Knight Rises n'oublie pas pour autant de nous façonner dans sa dernière heure  un immense spectacle au souffle Ă©pique disproportionnĂ©. Les sĂ©quences d'actions, de poursuites en vĂ©hicules ou de guĂ©rilla urbaine impressionnent par leur acuitĂ© spectaculaire d'une dĂ©bandade civile livrĂ©e Ă  l'anarchie. Alors que sa dramaturgie Ă©motive empreinte de lyrisme parachève une course Ă©reintante contre la mort que Batman et ses comparses vont devoir endurer pour contrecarrer un psychopathe contestataire.
Et afin de symboliser une nouvelle icĂ´ne du mal, Tom Hardy se rĂ©vèle parfaitement appropriĂ© dans sa nouvelle stature corpulente (15 kilos d'embonpoint entrepris rien que pour sa prestance corporelle !) afin de crĂ©dibiliser un terroriste au visage martelĂ© d'un masque d'acier. Son timbre de voix Ă©levĂ© et profond exprime d'une manière théâtrale ses ambitions nihilistes Ă  un peuple assujetti sans faire preuve d'une once d'indulgence. Son passĂ© trouble et torturĂ© est d'autant plus partial que sa vengeance planifiĂ©e l'a dĂ©finitivement assouvie aux racines du mal. Dans celui du chevalier noir, Christian Bale endosse une ultime fois un hĂ©ros malmenĂ© après avoir retrousser sa panoplie, cette fois-ci exilĂ© au fond d'un gouffre carcĂ©ral. Mais sa vaillance pugnace de rĂ©frĂ©ner ses peurs par la rage de vaincre l'illĂ©galitĂ© nous confine vers l'endurance d'une confrontation physique afin de corriger le mĂ©crĂ©ant Bane !


RĂ©flexion sur la dĂ©faillance d'une politique affabulatrice, tutrice de la crise Ă©conomique, introspection du dĂ©passement de soi et du sens du sacrifice, The Dark Knight Rises achève de manière olympienne une trilogie fondĂ©e sur la notion d'hĂ©roĂŻsme et la responsabilitĂ© de l'engagement. Ses protagonistes meurtris opposĂ©s Ă  leur raison et aux sentiments nous bouleversent finalement dans leur propre affliction galvaudĂ©e par la colère ou la haine punitive. La partition musicale puissamment orchestrĂ©e par Hans Zimmer scande le rythme d'une Ă©popĂ©e homĂ©rique Ă  l'intensitĂ© dramatique en apothĂ©ose. Cet embrasement d'apocalypse Ă©lève pourtant le mythe du hĂ©ros "sans pouvoir" Ă  sa valeur humaine par le sens de l'offrande. LĂ  oĂą les surhommes ou demi-dieu se lèguent Ă  la mort, Ă  l'exception des lĂ©gendes vouĂ©es Ă  perdurer pour ne jamais s'Ă©teindre... 

La critique de mon ami Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-the-dark-knight-rises
01.08.12
Bruno Matéï

jeudi 26 juillet 2012

House. Prix de la Critique Avoriaz. Grand Prix au Rex, 1986.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steve Miner. 1986. U.S.A. 1h32. Avec William Katt, George Wendt, Richard Moll, Kay Lenz, Mary Stavin, Michael Ensign, Erik Silver, Mark Silver, Susan French, Alan Autry, Steven Williams.

Sortie salles France: 4 Juin 1986. U.S: 28 Février 1986

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


RĂ©compensĂ© Ă  Avoriaz et au Rex après avoir remportĂ© un joli succès en salles, House surfe sur le dĂ©moniaque Evil-dead depuis une nouvelle tendance d'horreur cartoonesque. Conçu Ă  l'instar d'un train fantĂ´me Ă©maillĂ© de chausse-trappe et revirements dĂ©lirants, cette sĂ©rie B typiquement ludique s'approprie du thème de la demeure hantĂ©e en transcendant ses conventions auprès d'une dĂ©rision sarcastique assez finaude.  Après la disparition inexpliquĂ©e de son fils Jimmy qui aboutira au divorce de sa femme, et après la mort de sa tante, le cĂ©lèbre Ă©crivain Roger Cobb s'installe dans la demeure de la dĂ©funte pour Ă©crire son dernier roman. Mais des phĂ©nomènes surnaturelles vont se manifester prouvant notamment que son fils est bel et bien toujours vivant, retenu prisonnier dans une dimension inconnue. Loufoque et dĂ©bridĂ© avec une gĂ©nĂ©rositĂ© permanente, House constitue le divertissement idĂ©al du samedi soir bâti sur un scĂ©nario inventif allĂ©guant un dĂ©ploiement de monstres ricaneurs en tous genres. Avec comme point de dĂ©part l'argument horrifique d'une demeure hantĂ©e occultant une disparition inexpliquĂ©e, Steve Miner dynamite les traditionnels clichĂ©s lors d'une succession de gags euphorisants.


La caractĂ©risation des personnages excentriques Ă©tant exploitĂ©e Ă  bon escient auprès de leur complicitĂ© amicale sournoise. Ainsi, notre vĂ©nĂ©rable romancier se retrouve Ă©piĂ© par un voisin de palier investigateur et pleutre, quand bien mĂŞme une bimbo dĂ©sinvolte usera un peu plus tard de son charme pour lui soumettre la garde de son rejeton. Les vicissitudes improvisĂ©es qui en Ă©manent, telle l'investigation des flics dans la maison de Roger, la visite surprise de son ex Ă©pouse ou encore la main baladeuse agrippĂ©e au dos du bambin, sont habilement acheminĂ©es avec une efficacitĂ© roublarde. La comĂ©die horrifique aurait Ă©galement pu se prĂ©nommer Monster in the Closet tant la maison recèle de pièces secrètes et sombres placards investis par des hordes d'esprits farceurs ! L'esprit cartoonesque ambiant (d'autant plus que la maison gothique ressemble en quelque sorte Ă  un jouet grandeur nature), la fantaisie naĂŻve que nos protagonistes nous expriment en toute spontanĂ©itĂ© rendent l'aventure diablement rĂ©jouissante par son esprit dĂ©jantĂ©. EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux artisanaux, tant pour la confection singulière des monstres en latex que de l'environnement surnaturel d'une maison au seuil d'une 4è dimension (le saut dans le vide prĂ©cipitĂ© par Roger de sa salle de bain abouti au repère hostile d'une jungle vietnamienne !), House dĂ©payse, dĂ©tonne et surprend avec une inventivitĂ© dĂ©complexĂ©e.


Bougrement sympathique, atmosphĂ©rique et donc dĂ©paysant, House festoie autour d'une horreur cartoonesque, de par son script dingo et ces comĂ©diens avenants Ă  la bonne humeur expansive. Quant Ă  la contribution musicale de l'Ă©minent Harry Manfredini, il y transfigure une cadence entĂŞtante afin de renforcer l'intensitĂ© toujours plus barrĂ©e d'un train fantĂ´me envahit d'itinĂ©rants rĂ©calcitrants.

*Bruno Matéï
26.07.12. 
31.05.22. 6èx

Récompenses: Prix de la Critique à Avoriaz, 1986
Grand Prix au Rex de Paris, 1986

mardi 24 juillet 2012

CARNAGE (Prime Cut)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site esbilla.wordpress.com

de Michael Ritchie. 1972. U.S.A. 1h27. Avec Lee Marvin, Gene Hackman, Angel Tompkins, Gregory Walcott, Sissy Spacek, Janit Baldwin, William Morey, Clint Ellison, Howard Platt, Les Lannom, Eddie Egan.

Sortie salles U.S: 28 Juin 1972

FILMOGRAPHIE: Michael Ritchie est un réalisateur américain, né le 28 Novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin, décédé le 16 Avril 2001 à New-York.
1967: La Course à la Vérité (télé-film). 1969: La Descente Infernale. 1972: Carnage. 1972: Votez Mc Kay. 1975: Smile. 1976: La Chouette Equipe. 1977: Les Faux Durs. 1979: An Almost Perfect Affair. 1980: l'île Sanglante. 1980: Divine Madness ! 1981: Student Bodies. 1983: The Survivors. 1985: Fletch aux Trousses. 1986: Femme de Choc. 1986: Golden Child. 1988: Parle à mon psy, ma tête est malade. 1989: Autant en emporte Fletch. 1989: La Nuit du Défi. 1993: Complot meurtrier contre une pom-pom girl (télé-film). 1994: Les Robberson enquêtent. 1994: La Révélation. 1997: Comfort Texas (télé-film). 1997: La Guerre des Fées. 2000: The Fantasticks.


Réalisé par un cinéaste éclectique aimable faiseur de séries B, Michael Ritchie élabore en 1971 un de ces premiers métrages et sans doute le plus maîtrisé dans le genre policier, ici violent et parfois tendu. Il est dommageable que cette série B remarquablement troussée et dominée par l'illustre prestance de deux monstres sacrés du cinéma (Lee Marvin et Gene Hackman) soit sombrée malencontreusement dans l'oubli.

Un tueur de la mafia et ses coĂ©quipiers vont tenter de rĂ©cupĂ©rer l'argent fraudĂ© d'un trafiquant de drogue et de prostitution, planquĂ© derrière l'entreprise d'un abattoir bauvin du Kansas. Mary Ann doit en effet Ă  son supĂ©rieur de Chicago plus de 500 000 dollars. Les deux hommes vont se provoquer sans intimidation et se confronter Ă  une guerre de clans en pleine campagne rurale. 


A partir d'une trame linéaire éludée de surprises, Michael Ritchie exploite au possible le cadre bucolique de champs de cultivation auquel deux clans mafieux vont devoir s'y planquer pour récupérer un butin d'un demi million de dollars. Avec l'efficience d'une narration lestement structurée dans une mise en scène solide et la présence fébrile de deux mafieux obtus, Carnage est un excellent polar jalonné d'action cinglante et de plages intimistes sur la considération féministe. En effet, Devlin, tueur au grand coeur alarmé par la condition sordide infligée aux jeunes prostituées de Mary Ann, va prendre sous son aile l'une d'entre elles (Sissy Spacek à son tout jeune
âge de beauté candide !) en guise d'acompte. Une façon insolente d'inciter ce dernier à livrer l'argent pour leur prochaine transaction établie au sein d'une foire commerciale bondée de riverains. A ce titre, l'aspect glauque et réaliste d'une séquence clef interpelle les esprits quand une poignée d'esclaves sexuelles sont retrouvées droguées, allongées sur des stands de paille afin d'exposer leur corps dénudé devant une foule de pervers nantis. Bien évidemment, leur rencontre escomptée va aboutir à un sanglant règlement de compte au cours duquel les hommes de main de Mary Ann ne vont pas hésiter à sortir les fusils pour exécuter Devlin et ses complices.


Michael Ritchie exploite habilement son environnement champêtre de champs de mais et de tournesols que nos protagonistes vont devoir traverser pour contrecarrer l'antagoniste. Ces scènes de courses poursuites haletantes et fertiles sont parfaitement coordonnées dans une mise en scène rigoureuse comme cette traque à bout de souffle envisagée à Devlin et sa compagne, tentant désespérément d'échapper aux entrailles d'une moissonneuse batteuse !
Sans instant de répit, et entre deux séquences intimes d'idylle (notamment les retrouvailles de Devlin avec son ancienne maîtresse, se révélant en l'occurrence l'épouse hautaine de Mary Ann !), Carnage est rehaussé par la présence majeure de deux leaders à forte tête, respectivement incarnés par nos briscards Lee Marvin et Gene Hackman. Leur affrontement pugnace émaillé de dérision caustique dans leur verve insolente donne lieu à des séquences percutantes de gunfight, notamment avec l'impact explosif déployé par les fusils à pompe de leurs adjoints !


D'une grande efficacité dans sa narration linéaire et captivant par ses enjeux encourus, Carnage est un petit classique du polar rugueux des années 70. Le cadre insolite de son ambiance rurale et l'humour parfois décalé résultant de certaines situations extravagantes renforcent son aspect anticonformiste d'une oeuvre militante pour la cause animale. Car ici l'homme dépravé et anthropophage s'en distingue par la monstruosité cupide de sa propre mégalomanie.

24.07.12
Bruno Matéï



vendredi 20 juillet 2012

THE DARK KNIGHT (Batman, The Dark Knight)

                                       
Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.com

de Christopher Nolan. 2008. U.S.A. 2h32. Avec Christian Bale, Michael Caine, Heath Lodger, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman, Morgan Freeman, Eric Roberts, Cillian Murphy, Anthony Michael Hall.

Sortie salles France: 13 Août 2008. U.S: 13 Juillet 2008

Récompenses: Oscar 2008 du Meilleur Second Rôle Masculin pour Heath Lodger
Oscar du Meilleur Montage Sonore.

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Batman doit combattre un nouvel ennemi délibéré à procréer le Mal sur Gotham City et ainsi mieux asservir le monde. Sévèrement malmené par une population qui ne croit plus en ses capacités bienfaitrices, le chevalier noir va devoir user de bravoure et vaillance pour se mesurer au joker mais aussi se confronter à un ancien procureur rendu fou de vengeance, Double-face !


Succès invétéré auprès de la critique et du public lors de sa sortie, The Dark Knight est une oeuvre nihiliste et désenchantée sur la notion éperdue de héros. Puisqu'ici Batman, plus que jamais dubitatif sur ses fonctions rédemptrices de justicier redresseur de tort est sévèrement compromis par un sociopathe mégalo, mais aussi sa propre démographie humaine réfractaire à son inefficacité altruiste. Une population précaire en quête d'idéologie car incessamment destinée à refondre un nouvel espoir pour leur postérité après la déroute de Batman. Premier film de super-héros pour adulte d'une richesse thématique abstraite dans les introspections torturées de nos protagonistes confrontés à l'anarchie chaotique du Joker, The Dark Knight est un cauchemar urbain asservi par la folie ambiante. Le maître de cérémonie est ici représenté par un clown sournois au visage ricaneur badigeonné de cirage. Sa quête inhérente n'est que provoquer le désordre et la destruction pour pervertir un monde sur le déclin. De manière sardonique, le Joker va imposer à ses rivaux nombre de dilemmes inéquitables sur le sort réservé aux victimes molestées et par la même occasion influencer les gardiens de l'ordre à reconsidérer leur conviction sur la moralité de l'existence. Pour exacerber la débâcle, un ancien procureur rendu fou de haine après le sacrifice toléré à sa défunte se reconverti du côté obscur pour libérer sa vengeance sur les responsables de cet acte malencontreux. Autour de ce trio maudit, un lieutenant de police va lui aussi tenter d'apporter son soutien dans sa ville sinistrée et épauler Batman dans ces épreuves de force consécutives pour contrecarrer ses psychotiques farceurs.


Dans une mise en scène virtuose dĂ©ployant avec fluiditĂ© des sĂ©quences d'action homĂ©rique ultra spectaculaires, Christopher Nolan dĂ©die nĂ©anmoins son oeuvre funèbre Ă  la densitĂ© tourmentĂ©e de ces personnages Ă©garĂ©s dans le sens de l'Ă©quitĂ©. C'est notamment cette ambiance de dĂ©liquescence humaine oĂą la population affolĂ©e ne sait plus Ă  qui se vouer pour Ă©radiquer la pègre criminelle que The Dark Knight prend des allures d'opĂ©ra dramatique. Au milieu de ce chaos, trois justiciers vont devoir se mesurer et s'entredĂ©chirer pour retrouver un regain d'intĂ©rĂŞt Ă  leur notion de survie. 
Si cette traque implacable se rĂ©vèle si intense, contrariante dans sa dĂ©chĂ©ance humaine en roue libre et Ă©prouvante dans les enjeux dramatiques impartis, elle le doit notamment Ă  la dimension psychotique du regrettĂ© Heath Lodger. En bouffon excentrique odieusement pervers dans ses exactions inlassables, l'acteur endosse son personnage avec une foi autoritaire intarissable ! Le joker dĂ©lurĂ© crève littĂ©ralement l'Ă©cran et impose sa prestance avec un charisme machiavĂ©lique, sachant que sa destinĂ©e est vouĂ©e Ă  une certaine victoire tendancieuse ! De son cĂ´tĂ© obscur d'un psychĂ© nĂ©vrosĂ©, Christian Bale, dans la peau du chevalier noir, n'aura jamais Ă©tĂ© aussi malmenĂ© et dĂ©prĂ©ciĂ© par son ennemi jurĂ©, alors qu'une population Ă©goĂŻste et intransigeante dĂ©cide de lui tourner le dos pour ses inadvertances humaines. Un homme meurtri et repliĂ©, douteux de ces compĂ©tences hĂ©roĂŻques quand un rival futĂ© finit par accĂ©der Ă  la consĂ©cration. Au final, Batman s'occulte dans l'anonymat afin de laisser croire Ă  la dĂ©mographie de Gotham City que l'espoir continue de perdurer, tant qu'un hĂ©ros tapi dans l'ombre puisse Ă  nouveau croire en sa commoditĂ©. 


D'une densitĂ© humaine dĂ©sespĂ©rĂ©e et d'une dimension Ă©pique Ă©tourdissante, The Dark Knight explore des thĂ©matiques passionnantes et profondes sur la notion d'hĂ©roĂŻsme, l'Ă©quitĂ© et la vengeance, la perte d'identitĂ© et notre ambiguĂŻtĂ© existentielle exposĂ©e au Bien et au Mal. Baignant dans une ambiance crĂ©pusculaire et dĂ©ployant des effets pyrotechniques en alliance avec son cheminement narratif, ce chef-d'oeuvre obscur est en outre sublimĂ© par la prestance nocive d'un gĂ©nie du dilemme immoral, un Joker blafard ! Son pouvoir hypnotique de fascination prĂ©domine et Ă©branle le spectateur embarquĂ© dans une odyssĂ©e Ă  bout de souffle, et de lui laisser en mĂ©moire le film de super-hĂ©ros le plus adulte et opaque jamais rĂ©alisĂ© !

20.07.12. 2èx
Bruno Matéï

Apport technique du blu-ray: 10/10


mercredi 18 juillet 2012

BARTON FINK. Palme d'Or Ă  Cannes, 1991

 

de Joel et Ethan Cohen. 1991. U.S.A. 1h57. Avec John Turturro, John Goodman, Judy Davis, Michael Lerner, John Mahoney, Tony Shalhoub, Jon Polito, Steve Buscemi, David Warrilow, Richard Portnow.

Sortie salles France: 25 Septembre 1991. U.S: 21 Août 1991

Récompenses: Palme d'Or, Prix de la Mise en scène, Prix d'Interprétation Masculine à Cannes, 1991.

FILMOGRAPHIE: Joel (né le 29 Novembre 1954) et Ethan Cohen (né le 21 Septembre 1957) sont des réalisateurs, scénaristes, producteurs et monteurs américains.
1984: Sang pour Sang. 1987: Arizona Junior. 1990: Miller's Crossing. 1991: Barton Fink. 1994: Le Grand Saut. 1996: Fargo. 1998: The Big Lebowski. 2000: O'Brother. 2001: The Barber. 2003: Intolérable Cruauté. 2004: Ladykillers. 2006: Paris, je t'aime. 2007: No Country for old Men. 2007: Chacun son cinéma (sketch: world cinema). 2008: Burnt After Reading. 2009: A serious man. 2010: True Grit. Prochainement: Inside Llewyn Davis.


Etrange, insolite, baroque, dérangeant mais aussi loufoque et décalé ! la Palme d'Or de Cannes 1991 est une oeuvre hybride inclassable noyée dans une ambiance anxiogène, où chaque personnage interlope endosse un rôle cynique pour mieux écorner la posture pernicieuse de l'industrie d'Hollywood.

Un auteur de théâtre en ascension se retrouve plongé dans l'univers d'Hollywood après qu'un producteur nanti lui ait proposé de collaborer au scénario d'un film de catcheur. Blotti dans un hôtel à la chaleur étouffante, Barton se lie d'amitié avec un étrange voisin particulièrement bruyant. Déconnecté de sa propre réalité en chute libre et perdant peu à peu ses repères, le scénariste se retrouve incapable de rédiger la moindre ligne. Jusqu'à ce qu'un contexte meurtrier le ramène à l'inspiration !


Un scénario substantiel qui bouscule les conventions du genre pour mieux ébranler son spectateur, entraîné ici dans un cauchemar kafkaïen ! Tel est la marque de fabrique des frères Cohen ! Permettre à l'outil cinématographique de se renouveler dans un fond novateur où l'argument narratif et les protagonistes sont compromis à nous surprendre au sein de leur sombre entreprise.
Avec ironie caustique, les rĂ©alisateurs nous concoctent une descente aux enfers au cours duquel un auteur timorĂ© est contraint d'Ă©crire un scĂ©nario de sĂ©rie B. Peu inspirĂ© par ce nouveau projet Ă  valeur mercantile, Barton sombre peu Ă  peu dans une paranoĂŻa diffuse au fil de ses rencontres impromptues avec des personnages autoritaires. Que ce soit l'arrivĂ©e soudaine de son voisin de palier bedonnant et dĂ©sinvolte (dont l'identitĂ© rĂ©elle va lui permettre de renouer avec la crĂ©ation), son producteur vĂ©reux et sournois, deux flics mesquins et orgueilleux ou encore un illustre cinĂ©aste alcoolo et violent. Avec la scĂ©nographie baroque d'un hĂ´tel inoccupĂ© oĂą la tapisserie murale suinte l'humiditĂ© au contact d'une chaleur feutrĂ©e et avec l'amertume d'un Ă©crivain humaniste dĂ©vouĂ© corps et âme pour sa passion de l'Ă©criture, le film nous entraĂ®ne dans un dĂ©dale psychotique. De façon sous-jacente, les frères Cohen nous Ă©labore une douloureuse farce corrosive sur l'univers du cinĂ©ma d'exploitation en caricaturant une galerie de protagonistes cyniques et condescendants. A travers l'esprit nĂ©vrosĂ© de Barton, davantage assujetti Ă  un environnement qu'il ne tolère pas, sa fragilitĂ© neurotique va davantage le confronter Ă  un climat oppressant oĂą ses pires dĂ©mons vont se matĂ©rialiser sous l'apparence d'un tueur en sĂ©rie sorti tout droit de l'enfer ! Cette ambivalence d'un scĂ©nario dĂ©sordonnĂ© mais clairement planifiĂ© nous piège adroitement dans une chimère dĂ©partagĂ©e entre illusion et rĂ©alitĂ©. En perte de nos repères, les rĂ©alisateurs bousculent nos habitudes de spectateur Ă©panoui et nous confrontent Ă  une forme de thriller sarcastique particulièrement insolent.


En jouant sur la peur de l'échec mais aussi le dépassement de soi par l'accumulation de vicissitudes sordides, Barton Fink dérange, déroute, inquiète et implique le rire nerveux. Son aura insolite découlant d'une allégorie sur le libéralisme et la dimension chétive impartie à son héros malmené en quête d'idéologie humaine lui octroient des allures de conte désabusé sur l'aspiration créative.

18.07.12
Bruno Matéï

mardi 17 juillet 2012

Let's scare Jessica to Death / The Secret Beneath The Lake

                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fuckyeahmovieposters.tumblr.com

de John D. Hancock. 1971. U.S.A. 1h29. Avec Zohra Lampert, Barton Heyman, Kevin O'Connor, Gretchen Corbett, Alan Manson, Mariclare Costello.

Sortie salles U.S.A: 7 Août 1971

FILMOGRAPHIE: John D. Hancock est un réalisateur, scénariste et producteur américain , né le 12 Février 1939 au Kansas City, Missouri. 1970: Sticky My Fingers... Fleet my feet. 1971: Let's Scare Jessica to Death. 1973: Le Dernier Match. 1976: Baby Blue Marine. 1979: California Dreaming. 1987: Weeds. 1988: Steal the Sky (télé-film). 2000: A Piece of Eden. 2001: Mayhem.

 
Sorti en VHS outre-Atlantique Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80 mais honteusement inĂ©dit chez nous, Let's Scare Jessica to Death demeure un ovni maudit, minĂ© par sa faible rĂ©putation : celle d’une expĂ©rience aliĂ©nante, dĂ©pourvue d’effets de manche. Car, Ă  l’instar du tout aussi Ă©trange Carnival of Souls, cette Ĺ“uvre unique, bien ancrĂ©e dans l’authenticitĂ© du cinĂ©ma des seventies, nous est façonnĂ©e par un auteur novateur — spĂ©cialiste entre autres de tĂ©lĂ©films et sĂ©ries TV — littĂ©ralement inspirĂ© par son parti-pris alchimique. Il s’agit donc d’une Ĺ“uvre funeste, Ă  la fois expĂ©rimentale, dĂ©pressive et sensorielle, portĂ©e par une bande sonore assidue et la prestance diaphane de l’Ă©tonnante Zohra Lampert (La Fièvre dans le sang, Alphabet City, L’Exorciste 2...).
 
Le pitch : après six mois d’internement psychiatrique, Jessica s’installe dans une bourgade bucolique du Connecticut, accompagnĂ©e de son mari et d’un ami. Dans leur nouvelle demeure, ils tombent sur une jeune femme Ă©nigmatique : Emilie. Ensemble, ils visitent le village voisin, oĂą les habitants leur rapportent une lĂ©gende : celle du fantĂ´me d’une dame blanche, noyĂ©e dans le lac avant ses noces. BientĂ´t, Jessica, errant près des eaux, se sent de nouveau contrariĂ©e par des phĂ©nomènes inexpliquĂ©s, tandis que des voix lancinantes envahissent sa psychĂ© tourmentĂ©e.


Climat intimiste sous le soleil Ă©trange d’une contrĂ©e champĂŞtre, Let's Scare Jessica to Death se vit comme une expĂ©dition latente dans l’esprit d’une femme aussi dĂ©munie que dĂ©sorientĂ©e face Ă  sa fragilitĂ© nĂ©vrosĂ©e. Avec une pudeur sensible et une angoisse de plus en plus ombrageuse, John D. Hancock y dessine le portrait scrupuleux de Jessica, cherchant Ă  retrouver un semblant d’Ă©quilibre auprès de son compagnon tout en se fascinant pour les sculptures de pierres tombales. Mais harcelĂ©e par une prĂ©sence peut-ĂŞtre diabolique, assaillie de chuchotements insistants, elle replonge dans un vortex d’angoisses dĂ©pressives. Et tandis que son Ă©tat moral tangue vers une bipolaritĂ© diffuse, le rĂ©cit bascule dans un cauchemar Ă©veillĂ©, oĂą l’on ignore si ses tourments proviennent des agissements d’un spectre railleur ou des rĂ©surgences destructrices de sa dĂ©mence — nourrie de doute, d’incertitude, de peur, et de la crainte lancinante de perdre son amant au profit d’une marginale Ă©nigmatique.


D’apparence placide et docile, mais intĂ©rieurement broyĂ©e par des visions et des voix Ă©thĂ©rĂ©es, Jessica s’abĂ®me dans une terreur sournoise. Paysans balafrĂ©s, inconnue aguicheuse, noyĂ©e vengeresse : autant de figures troublantes qui l’assaillent de plus en plus intensĂ©ment. Grâce Ă  l’utilisation magistrale de dĂ©cors naturels Ă©trangement envoĂ»tants (euphĂ©misme !) et une ambiance anxiogène tapie sous la surface, amplifiĂ©e par une bande-son ciselĂ©e — bruits d’insectes, souffles du vent, cris d’animaux —, Let's Scare Jessica to Death nous immerge dans un cauchemar indicible d’une cruautĂ© sourde. Si ce film indĂ©pendant se rĂ©vèle aussi sensoriel qu’hermĂ©tique, il le doit en grande partie Ă  la prĂ©sence Ă©quivoque de Zohra Lampert, transie d’Ă©moi, vibrant d’une sensibilitĂ© contenue. Actrice mĂ©connue, elle insuffle Ă  Jessica une force d’expression tĂ©nue, bouleversante. Son visage hagard s’illumine ou s’affole au grĂ© de visions morbides, comme traversĂ© de pulsions contraires. Soutenu par une partition funèbre, parfois mĂ©lancolique au clavecin, le pĂ©riple disloquĂ© de Jessica nous happe, nous engage Ă©motionnellement dans ses hantises — jusqu’Ă  soupçonner une assaillante vampirique au rĂ´le bicĂ©phale.
 
Cette ambiguïté insoluble, cette étrangeté permanente, provoque en nous une empathie inexorable pour sa précarité mentale en perdition.
 

Hantise ablutophobe
Quintessence du fantastique Ă©thĂ©rĂ©, Let's Scare Jessica to Death mĂ©rite sa place parmi les plus grandes rĂ©ussites du genre "intimiste". Avec son final dĂ©lĂ©tère en apothĂ©ose — comptez trente minutes de cauchemar cĂ©rĂ©bral —, le spectateur Ă©merge difficilement de l’introspection d’une victime dĂ©pressive, broyĂ©e par le fardeau nĂ©buleux d’une injustice intangible. Cette empathie naĂ®t aussi de l’aura sensitive du climat feutrĂ©, de cette lenteur fascinante qui sublime l’errance existentielle de Jessica, enfermĂ©e dans un spleen d’un silence accablant.

Chef-d’Ĺ“uvre, incontestablement. Une des Ĺ“uvres atmosphĂ©riques les plus ensorcelantes du fantastique. Si bien que Jessica reste ancrĂ©e en nous. Ă€ jamais.

*Bruno
17.11.24. Vostfr
08.01.20. 
17.02.12. 512 v

lundi 16 juillet 2012

48 HEURES (48 Hours). Grand Prix au Festival du film policier de Cognac, 1983.


                                                                            (Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site johnplissken.com)


de Walter Hill. 1982. U.S.A. 1h36. Avec Nick Nolte, Eddie Murphy, Annette O'Toole, Frank McRae, James Remar, David Patrick Kelly, Sonny Landham, Brion James, Kerry Sherman, Jonathan Banks.

Sortie salles France: 27 Avril 1983. U.S: 8 Décembre 1982

Récompense: Grand Prix au Festival du film policier de Cognac, en 1983

FILMOGRAPHIE (source Wikipedia): Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis).
1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver, 1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule, 1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs, 1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV).


Gros succès Ă  sa sortie et rĂ©vĂ©lation du nĂ©ophyte Eddie Murphy pour son premier rĂ´le Ă  l'Ă©cran, 48 heures est devenu au fil du temps une rĂ©fĂ©rence du Buddy Movie, genre prisĂ© au dĂ©but des annĂ©es 80. Sous la houlette d'un maĂ®tre du cinĂ©ma musclĂ© et avec la complĂ©mentaritĂ© de deux comĂ©diens loquaces, ce film policier moderne constitue un jubilatoire concentrĂ© d'action et de comĂ©die par son rythme sans faille. Pour retrouver un dangereux criminel et son complice, l'inspecteur Jack Gates nĂ©gocie une transaction avec Reggie Hammond, un taulard afro condamnĂ© Ă  une peine de 3 ans mais prochainement libĂ©rable. Durant 48 heures de libertĂ© surveillĂ©e, Reggie va devoir collaborer avec son alliĂ© pour remonter la piste de ces anciens associĂ©s mais aussi mettre la main sur un butin de 500 000 dollars.


Sous le pilier d'une intrigue habilement troussĂ©e gĂ©nĂ©rant une action Ă©chevelĂ©e et parmi la posture volcanique de deux partenaires forts en gueule, 48 Heures est un modèle de divertissement grand public. Sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© d'une action redondante, Walter Hill mise surtout sur l'abattage de ces deux protagonistes dans leur personnalitĂ© caractĂ©rielle. Au fil de leurs vicissitudes semĂ©es d'embĂ»ches et de dĂ©convenues, le flic et le voleur en perpĂ©tuel conflit moral font finalement parvenir Ă  s'apprivoiser, s'accepter et se tolĂ©rer afin de dĂ©busquer des tueurs sans vergogne lâchĂ©s dans les citĂ©s nocturnes de New-York. A deux doigts d'apprĂ©hender Ă  plusieurs reprises ces criminels, ils n'auront de cesse de manquer leur cible en jouant de malchance ! Un alibi de manière Ă  attiser l'expectative pour la prochaine rixe haletante avivĂ©e d'une violence incisive. Parmi la drĂ´lerie de leur complicitĂ© braillarde, Walter Hill retarde l'altercation pronostiquĂ©e pour laisser libre court Ă  leurs discordes et  provocations fantaisistes (leur rixe improvisĂ©e en pleine rue avant qu'une patrouille de police ne les sĂ©parent, l'interrogatoire improvisĂ© par Reggie Ă  la clientèle d'un bar de country ou encore sa requĂŞte lubrique invoquĂ©e Ă  certaines femmes pour satisfaire sa libido). En flic renfrognĂ© Ă  l'impressionnante carrure, Nick Nolte impose une autoritĂ© inflexible avant d'accĂ©der Ă  la loyautĂ© d'accorder du crĂ©dit Ă  son coĂ©quipier marginal. SecondĂ© par ce taulard aussi loquace que finaud, Eddie Murphy se dĂ©lecte spontanĂ©ment Ă  gouailler son partenaire ainsi que les malfrats avec une verve hilarante.


Au rythme de l'inoubliable thème de James Horner, 48 heures divertit en diable grâce Ă  notre irrĂ©sistible tandem de durs Ă  cuire Ă  l'ironie percutante et au professionnalisme de son auteur transfigurant une action dĂ©capante. En conjuguant avec extravagance l'action et l'humour, 48 Heures peut aisĂ©ment se qualifier comme modèle du Buddy Movie

16.07.12. 4èx
Bruno Matéï